IIIÉMOIRES COUROIVNÉS
ET
MÉMOIRES DES SAVANTS ÉTRANGERS,
PClués PAR
L'ACADÉMIE ROYALE
DES SCIENCES ET BELLES-LETTRES DE BRUXELLES.
^. 7<?A Fd^i,
MÉMOIRES COLROMNÉS
MÉMOIRES DES SAVANTS ÉTRANGERS,
PUBLIÉS PAIt
L'ACADÉMIE ROYALE
DES SCIENCES ET BELLES-LETTRES DE BRUXELLES.
TOME XTIII. — 1844 et 1845-
BRUXELLES ,
M. HATEZ, IMPRIMEUR DE L'ACADÉMIE ROYALE.
1845.
Qjp
TABLE
DES MÉMOIRES CORTERUS DANS LE TOME XVIII.
MÉMOIRES DES SAVANTS ÉTRANGERS.
Sur les étoiles filantes périodiques du mois d'août, et en particulier sur leur apparition de 1842;
par M. Houzeau.
Sur les corrections de la lunette méridienne; par M. le capitaine Liagre.
Recherches sur la cause des variations barométriques ; par M. Ath. Peltier.
Mémoire sur les tremblements de terre ressentis en France, en Belgique et en Hollande, depuis
le 1V°" siècle de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (1843 inclusivement); par Alexis Perrey.
Note sur la formation de la glace dans les eaux courantes; par M. Désiré Leclercq.
Mémoire sur im appareil de Thilorier modifié, et sur les propriétés de l'acide carbonique liquide et
solide ; par J. Marcska et F. Donny.
Notice géologique sur le département de l'Aveyron ; par M. Marcel De Serres.
Étude archéologique , architectonographiqne et iconographique sur l'église souterraine d'Ander-
lechl lez-Bruxelles; par M. Frédéric Van der Rit.
SUR
LES ÉTOILES FILANTES PÉRIODIQUES
DU MOIS D'AOUT,
ET EN PARTICULIER SUR LEUR JlPPARITION DE 1843;
PAR
M. HOUZEAU.
(Prés«oté k U séance de racadéinie du 3 août 1&44.)
Ton. XVIII.
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SUR
LES ÉTOILES FILANTES PÉRIODIQUES
DU MOIS D'AOUT,
ET EN PARTICULIER SUR LEUR APPARITION EN 1842.
Depuis plusieurs années on a fait un grand nombre de recherches
sur les étoiles filantes. Les apparitions extraordinaires d'août et de
novembre ont surtout attiré l'attention des observateurs. La périodicité
de ces phénomènes, qui les ramenait lorsque la terre occupait à peu
près exactement les mêmes points dans son orbite, a conduit à l'idée
de leur origine cosmique. En considérant les étoiles filantes commode
petites planètes qui se meuvent autour du soleil, on a fait plusieurs
tentatives pour déterminer les éléments des orbites qu'elles décrivent.
Tantôt on les a considérées isolément, et l'on a attribué à chacune d'elles
une conique particulière, et tantôt on a admis une seule courbe pour re-
présenter la marche du nuage météorique rencontré annuellement par
la terre dans tel point de son orbite. Cette dernière manière d'envisager la
révolution des étoiles filantes dans les espaces célestes, a été adoptée par
A. Erraan ', et par Walker *. Elle parait offrir plus de probabilité : il sem-
* Astronoinische Nachrichten, n°38o. Bd. XVH, S. 12.
» Transaclion» of the philosophical Society of Philadelphy , vol. VIII, p. 110.
4 SUR LES ÉTOILES FILANTES
blerait difficile, en effet, d'expliquer commentdes milliers de petits corps,
décrivant des orbites indépendantes, s'entre-croiseraient mutuellement
dans un même point, qui serait justement situé sur la route que notre
globe parcourt annuellement. On ne pourrait, je pense, donner cette
explication qu'en supposant à tous ces corps une origine commune, et
en admettant qu'ils aient tous passé autrefois par le point dans lequel
leurs orbites se coupent aujourd'hui- Or, la circonstance que ce point
soit situé dans l'écliptique même, ou du moins très-près de cette courbe,
rend cette hypothèse fort peu probable. Il est par conséquent bien plus
naturel d'admettre que le nuage météorique marche en corps, et sui-
vant une route qu'on peut représenter par une orbite unique. Toute-
fois la démonstration de ce fait est encore loin d'être acquise à la science.
Les éléments de l'orbite suivie par le nuage météorique qui ren-
contre la terre vers le 10 août de chaque année ont été calculés par
Walker, ainsi qu'il suit :
Demi-grand axe „ , 0,686
Excentricité .... 'p'°P^ff^'- 0,488
Longitude du périhélie 1M°2
Longitude du nœud ascendant 157,5
Inclinaison 78,9
Époque pour le 1" janvier 1840 28,S
Mais avant que ces hypothèses soient vérifiées, il faudra réunir encore
des observations poursuivies pendant un certain nombre d'années, et
examiner comment les résultats des observations ultérieures s'accor-
deront avec elles. Il faut donc ici, comme pour le perfectionnement de
toutes les théories imparfaites, ou imparfaitement démontrées, multi-
plier encore les observations. Il faut surtout s'attacher à en recueillir
les résultats immédiats, ceux que l'on peut obtenir indépendamment de
toute supposition.
Parmi les résultats de cette nature, il y en a plusieurs qui se dédui-
sent de la situation relative des trajectoires apparentes des météores.
Ces données peuvent conduire à des considérations intéressantes sur
le lieu du point de contact de l'atmosphère terrestre avec l'axe du cou-
PÉRIODIQUES. 5
rant d'astéroïdes, et sar la direction que ceux-ci possèdent au moment
de ce contact. Ainsi l'on a remarqué que les trajectoires des étoiles fi-
lantes, suffisamment prolongées dans des grands cercles, vont généra-
ment passer à proximité d'un même point de la sphère céleste, qui,
pour cette raison , a reçu le nom de point de convergence. Ces mêmes
grands cercles déterminent aussi, par leurs intersections mutuelles, un
autre point diamétralement opposé, qui est le centre d'émanation.
Olmsted est, je crois, le premier qui ait remarqué et signalé, en 1833,
l'existence d'un centre d'émanation, dans les pluies ou apparitions
extraordinaires d'étoiles filantes '. isnn^
Une autre circonstance à laquelle on ne me parait pas avoir fait
attention jusqu'à présent, c'est que l'émanation a lieu suivant un ou
plusieurs fuseaux déterminés, de sorte que dans le voisinage de cer-
tains grands cercles, tirés du centre d'émanation, et rencontrant
l'équateur céleste dans des points déterminés, les météores sont plus
nombreux et plus serrés.
Mon but, en effectuant les calculs numériques dont les résultats sont
consignés ci-après, a été de fournir des données, tirées immédiatement
de l'observation, et indépendantes de toute hypothèse. Ce sont uni-
quement des déterminations du centre d'émanation, et des directions
suivant lesquelles les trajectoires sont plus multipliées. Mais ces cal-
culs m'ayant conduit à examiner, d'une part les erreurs dont les
observations sont susceptibles, et de l'autre les simplifications que com-
portaient les méthodes de calcul dont on faisait usage jusqu'ici, je
crois devoir entrer dans quelques détails relativement à ces différentes
questions. i-.qrni ■ (ï»f .j'.riuMtf «^ -i '■■u>oi
I. — DES ERREURS PROBA.BLES DES 0BSERVA.TI0KS d'ÉTOILES FILAfîTES. i
L'observation d'une trajectoire d'étoile filante se compose essen-
tiellement de la détermination de deux points de la sphère céleste,
situés sur cette trajectpjurp,iné;me^ P^ux^^jc^ s^|Qi§enL
• SiUimans american Joumafm^. XXV/p.'S^^'l ^t, J JBlfiOd »b.iuioq llb Iisil À
6 SUR LES ÉTOILES FILANTES
assigner la position d'une droite, et jusqu'ici tous les astronomes ont
admis que les trajectoires vraies des étoiles filantes sont des lignes
droites ', Us se fondent pour cela sur le jugement porté par tous les ob-
servateurs. La presque totalité des étoiles filantes paraissent se mouvoir
dans des directions rectilignes. Une très-faible courbure de la trajec-
toire serait sensible pour un œil exercé. Or, on ne remarque rien de
semblable dans la marche apparente des étoiles filantes, à un très-
petit nombre d'exceptions près. Quelques-uns de ces météores ont
affecté, il est vrai, des trajectoires curvilignes, et quelques autres ont
été signalés pour avoir décrit des crochets; mais ces exceptions sont
rares et peu nombreuses. Il semble donc qu'on puisse admettre en
général, sans craindre d'erreur sensible, que les étoiles filantes se
meuvent dans des grands cercles de la sphère céleste.
Il est évident que la détermination de ces grands cercles sera d'au-
tant plus précise qu'elle résultera de la situation de deux points plus
éloignés entre eux. Aussi tous les observateurs s'accordent-ils à définir
chaque trajectoire apparente d'étoile filante par les points d'apparition
et d'extinction de l'étoile. La difficulté de l'observation est de préciser,
d'indiquer ces points avec une exactitude suffisante. C'est dans l'acte
de déterminer ces deux points qu'il existe une source d'erreur.
Plusieurs méthodes ont été employées pour reconnaître les points
d'apparition et de disparition d'une étoile filante. La plus simple sans
aucun doute consiste à désigner ces points par les noms des étoiles
fixes avec lesquelles ils coïncident. Cependant, comme la coïncidence
est rarement bien rigoureuse, et comme il y a de grandes étendues du
ciel qui sont dénuées d'étoiles fixes visibles à l'œil nu, l'inexactitude
qui subsiste est quelquefois considérable. En traçant immédiatement la
trajectoire sur une carte céleste, la précision s'accroît certainement,
mais l'observateur est distrait plus longtemps de l'inspection du ciel.
Au reste, lorsqu'on désigne au besoin non pas sur quelle étoile fixe,
mais entre quelles étoiles fixes le météore s'est trouvé, on atteint une
' Correspondance mathématique et physique, tom. IX, p. 190.
PÉRIODIQUES. 7
exactitude égale sans doute à celle du tracé sur une carte. Les deux
procédés ne forment qu'une seule méthode, qui consiste à déterminer
la trajectoire d'une étoile filante par deux points de la sphère céleste
rapportés aux étoiles Bxes. Brundèset Benzenberg sont, à ma connais-
sance, les premiers auteurs de cette méthode *.
Plusieurs observateurs, entre autres K. Littrow *, déterminent la
trajectoire par rapport à l'horizon, en évaluant l'élévation et l'azimut
de chacun des points déterminatifs. Lorsqu'on a pour but de soumet-
tre les trajectoires à certains calculs, particulièrement à la recherche
du centre d'émanation, cette méthode a le grave inconvénient d'exiger
une réduction particulière pour chaque étoile filante. Le nombre des
météores rend nécessairement ce travail très-long. Les observations
sont par conséquent exposées à demeurer infructueuses sous ce rap-
port, l'étendue des calculs étant doublée.
Une troisième méthode, proposée par K. Littrow \ consiste a em-
ployer un théodolite particulier à la détermination des points du ciel
dont il s'agit. La nature de l'instrument indique déjà que les coor-
données sont rapportées à l'horizon, et l'on retombe ainsi dans l'in-
convénient de la méthode précédente. De plus, l'opération du pointé,
outre qu'elle prend beaucoup de temps, ne peut s'effectuer que d'après
des souvenirs. Les lectures absorbent encore un temps précieux pour
l'observateur. Si cette méthode n'exige pas une connaissance aussi
parfaite du ciel étoile, elle nécessite du moins le souvenir du lieu et
des configurations des étoiles voisines de la trajectoire. Mais qui ne voit
pas que ces souvenirs suffiraient pour rapporter cette trajectoire sur
une carte céleste. - t.
La grande majorité des observateurs ont jusqu'ici rapporté les
étoiles filantes aux points du ciel étoile près desquels elles ont paru
et elles se sont éteintes. J'ai suivi la même marche dans les observations
que j'ai faites de ces météores en août 1842. C'est particulièrement
' Brandës, Beobachtungen iiber die Stemschnuppen. Leipzig, 1825, in-8».
» Annalen der KK. Slemwarte zu Wien.
* Complet rcndm de i académie des sciences, tom. Vf, p. 92t. i>'L'hf..j\woi îr»n)> |f'i,ro
» SUR LES ÉTOILES FILANTES
pour celte méthode que je vais examiner l'importance des erreurs que
l'on peut commettre.
Quand l'observation d'une étoile filante , au lieu de fournir sim-
plement les deux extrémités de la trajectoire , donne encore un point
intermédiaire , il est facile de reconnaître la précision des observa-
tions, en calculant l'angle formé par les deux trajectoires partielles.
Ainsi, si l'on fait passer un grand cercle par le point d'apparition
de l'étoile et par le point intermédiaire qu'elle a occupé , puis un
autre grand cercle par ce même point et par le point d'extinction ,
l'angle de ces deux grands cercles approchera d'autant plus de 180"
que la détermination des points qui servent à les conduire aura
été plus exacte.
Mes observations d'août 1842 fournissent deux exemples dans les-
quels la trajectoire a été indiquée par trois étoiles. Le premier est
celui du météore n" 67 du 9 août. Le point de départ de l'étoile filante
était a Cephei, et son point d'aboutissement y Lyrae. Dans l'inter-
valle de ces deux fixes, l'étoile filante a passé sur yj Lyrae . Les positions
de ces trois astres , d'après le catalogue de la société astronomique ,
et en se bornant aux minutes d'arc, étaient respectivement :
a Cephei. i> Lyrae, y Lyrae.
AR SlS'iS' 287°5' 283°15'
D -H 61.55 -+- 58.55 -\- 32.29.
■5':»
D'après ces données , il est aisé de trouver , au moyen des for-
mules ordinaires de la trigonométrie sphérique , que l'angle formé
par les deux trajectoires partielles était de 177°33'.
La différence de cet angle avec ISO'' est très-légère. La route de
l'étoile filante n'ayant manifesté aucune apparence de courbure , il
faut chercher la cause de cette différence dans le défaut de coïnci-
dence exacte entre les étoiles fixes nommées et la trajectoire du mé-
téore. L'erreur de chacune des trois déterminations est probablement
différente. Cependant, dans l'impossibilité d'indiquer les rapports
.-^ «lia i -J^ ««iw M
PÉRIODIQUES. 9
de ces erreurs , nous les supposerons égales entre elles. Nous allons
donc chercher à quelle distance , en arc , de chacune des étoiles
fixes indiquées , l'étoile filante a dû passer pour ne décrire qu'un
seul et même arc de grand cercle, dans l'hypothèse oii cette dis-
tance aurait été la même par rapport à chaque fixe. A cet effet, dé-
crivons autour de chaque étoile fixe donnée un cercle , tracé sur la
sphère céleste , et ayant pour rayon un arc de grand cercle égal à
l'erreur de l'observation. Les trois cercles tracés autour des trois
points observés seront égaux entre eux en vertu de la supposition
précédente. Faisons ensuite passer un arc de grand cercle tangent à
ces trois circonférences. Ce dernier arc représentera la trajectoire
réelle.
Les petits cercles tracés autour des points déterminatifs étant
égaux entre eux, la trajectoire réelle coupera les trajectoires par-
tielles observées chacune en son milieu. Le grand cercle joignant
ces deux milieux sera par conséquent cette trajectoire réelle. L'arc
de grand cercle conduit de l'étoile fixe intermédiaire perpendiculai-
rement sur cette même trajectoire, sera l'erreur cherchée de la
détermination, l'erreur de l'observation. On peut donc très-facile-
ment , par la simple résolution de triangles sphériques , résoudre le
problème que nous venons de poser. En appliquant cette marche de
calcul à l'étoile filante n° 67 du 9 août, j'ai trouvé pour la distance,
supposée égale , de chaque étoile fixe déterminatrice à la trajec-
toire de l'étoile filante ramenée à un seul et même arc de grand
cercle.... 0°7'.
Le second exemple dans lequel j'ai noté trois points de la tra-
jectoire est celui du n" 84 du 1 1 août. La route de l'étoile filante
est spécifiée par les deux fixes â' Draconis et y Draconis, et par le
point milieu de la droite qui joint :: et p Herculis, d'ailleurs très-
voisines entre elles. J'ai mentionné à l'instant même que l'observa-
tion était très-rigoureuse. On peut donc regarder cet exemple comme
moins sujet aux erreurs de détermination. Les trois points du ciel
observés sont : - niaw. ^i\'j^i. .•^vm-vm^i
Ton. XVIII. 2
iO SUR LES ÉTOILES FILANTES
^ Draconis.
•y Draconis.
Entre r et p Herculis.
AR
.... 288° 7'
268°i4'
258°27'
D
....-»- 67.23
-+- 51.31
+ 57. 9
On en tire pour l'angle formé par les deux trajectoires partielles....
174o38'. L'erreur de chaque observation, toujours dans la supposi-
tion que les trois erreurs soient égales entre elles, s'élève à 0°24'.
Cette dernière détermination était cependant favorable. L'erreur
que l'on est exposé à commettre, dans l'observation de chaque point
de la trajectoire , est ordinairement plus considérable. On peut la
porter sans doute à un degré. Aussi me suis-je borné, dans les
calculs qui se trouvent ci-après , à prendre les positions des étoiles
fixes déterminatrices à 1° près. Il serait illusoire , dans la plupart
des circonstances ordinaires, de vouloir répondre de quantités d'un
ordre moindre.
J'emploierai encore ici , à l'appui de la limite que je viens de fixer
approximativement, l'observation du n° 62 du 11 août. Je vais trans-
crire textuellement la note que j'inscrivis sur-le-champ dans mes
observations : « Le n^ 62 parut auprès de e Cassiopeae ; il marchait
» vite^ et s'était approché fort près de y Cephei, lorsque sa marche
» se ralentit subitement, et que sa direction fit un crochet vers
)) l'Ouest. La traînée, qui subsista un instant, reproduisait la figure
» de ce crochet. L'angle des deux portions de la trajectoire pouvait
» être d'environ 160". w Dans les colonnes du registre des observa-
tions, le point de disparition est indiqué à x Cygni. Les trois points
donnés sont ici
e Cassiopeœ. y Cephei. x Cygni.
AR 27»16' 353°29' 288021'
D. ... H- 70. 8 , -+-,76.45 -f- 33. 5.
fï
L'angle des deux trajectoires partielles, calculé d'après ces nom-
bres, a dû être 156°!'. Je l'avais donc jugé avec assez d'exactitude en
PÉRIODIQUES. 11
l'estimant à 160°. La route de l'étoile filante avait été indiquée à
l'instant de l'observation , comme ayant présenté une figure crochue.
Et cependant , en supposant que la trajectoire réelle eût été rectili-
gne, il ne faudrait attribuer que l°AT d'erreur à chaque détermi-
nation, pour accorder les observations avec cette hypothèse. Cet
exemple me paraît prouver sufiisamment que la courbure des trajec-
toires, lorsqu'elle existe, est sensible à l'œil, quand même elle est
peu prononcée. Il prouve encore que l'erreur de chaque détermina-
tion, dans le cas dont il s'agit, ne montait pas, à beaucoup près ,
à l''47'. Je pense donc qu'on peut s'en tenir à la limite de 1° que j'ai
cru pouvoir fixer tout à l'heure.
■■1
n. DE LA DÉTERMINATION DES COORDONNEES DD CENTRE d'ÉMANATION. j
Si toutes les trajectoires des étoiles filantes passaient rigoureuse-
ment par le centre d'émanation , il suffirait de deux de ces trajectoires
pour trouver les coordonnées de ce point. Celui-ci coïnciderait alors
avec l'intersection des deux grands cercles décrits par les deux météo-
res. Mais il est loin d'en être ainsi. Les trajectoires ne partent pas
rigoureusement du centre d'émanation. Elles passent à plusieurs de-
grés , dans la plupart des cas, du point désigné comme tel par l'en-
semble des observations. Il faut donc pouvoir combiner celles-ci, dans
le plus grand nombre possible , pour déterminer la situation la plus
probable du centre d'émanation. Chaque étoile filante doit par con-
séquent fournir une équation de condition , qu'on puisse combiner
avec toutes les autres par la méthode des moindres carrés. Comme les
coordonnées du centre d'émanation sont au nombre de deux , l'ascen-
sion droite et la déclinaison , ces équations ofiriront deux inconnues.
On s'était d'abord contenté de fixer le lieu du centre d'émanation
d'après des tracés graphiques. Ce procédé imparfait a cessé d'être em-
ployé, depuis que Ad. Erman a fait connaître des formules propres à
cet objet ', et qui ont d'ailleurs de la ressemblance ayçç^çeljies dont
* Astrommische Nachrichten , a? 385, Bd. XVU, S. l(Ka'i *»!, i«9êl aiiè Ùb B ,&?Ta
It SUR LES ÉTOILES FILANTES
Argelander a fait usage pour déterminer le point de concours des
mouvements propres des étoiles ' . Ces formules sont indirectes. Elles
consistent à chercher les corrections que l'on doit apporter aux coor-
données déjà approximativement connues du point qu'il s'agit de
déterminer. Elles ont d'ailleurs l'inconvénient d'exiger des calculs
numériques beaucoup plus laborieux que celles que je vais présenter
ici.
Pour définir une trajectoire d'étoile filante, il suffit de donner deux
choses : la direction suivant laquelle elle coupe l'équateur céleste, et
l'angle du plan qui la contient avec celui de cet équateur. J'appellerai
N l'ascension droite du nœud de la trajectoire sur l'équateur céleste,
et i son inclinaison. Maintenant si ces deux quantités sont données
pour une étoile filante quelconque, l'ascension droite « et la déclinai-
son (? d'un point quelconque du grand cercle ainsi défini , auront
entre elles la relation connue :
tang. cf = tai|g. t sin. [a. — N).
Développons... sin (a — N), et divisons toute l'équation par... cos. «;
il viendra :/|_.j,.) .aig g^p ubnaHs
tane; j- ' '^J'V> lufh DflOJ! Jll
— — = tang. « COS. N tang. a — tang. t sin. N [Al.
COS. a
Cette équation est de la forme
et se prêtera à l'applicâtfbn'de' fa méthode des moindres carrés. La
combinaison des équations de condition fournies ainsi par chaque
étoile filante conduira à deux équations finales , d'où l'on pourra dé-
duire enfin « et à, qui seront les coordonnées du centre d'émanation.
Xa formation de chacune de ces équations de condition n'exige ,
i-jiiovué {'Vôi
* Argelander , DLX stellarum fixarwm positiones mediae; Helsingfors, 4835, in-4°, Introd.
^. PÉRIODIQUES. 13
ainsi qu'on le Toit, que la connaissance des deux angles N et i. Si
Ton désigne par a, et e/, , Oî et d, , les ascensions droites et les dé-
clinaisons des deux points donnés de la trajectoire, on aura : ^
b
tang. a, cos. a, — tang. Oj cos. a,
tang.,- tang.d. tang. d. «*
* sin. (a,- N) sin. (o, — N) ^ ^ 't
Le calcul numérique d'une équation de condition, d'après ces for-
mules, exige 16 logarithmes, y compris la double détermination de
tang. i, qui sert de vérification. ,,„ nb kiuïi» r.omi^-nBÏ f\
On remarquera que N peut avoir deux valeurs différant entre
elles de 180°. Ces deux valeurs désignent les deux points d'intersec-
tion de la trajectoire avec l'équateur céleste, lesquels sont diamé-
tralement opposés. L'inspection du sens du mouvement distingue
ces deux points l'un de l'autre. J'ai toujours employé le nœud des-
cendant , qui me donnait le point dans lequel l'étoile filante , partie
du centre d'émanation , allait rencontrer l'équateur céleste. Suivant
celle des deux valeurs de N que l'on emploie , tang. i reçoit des valeurs
égales, mais de signes différents, attendu que sin. (a — N) = — sin.
( o — N — 180°). On obtient donc d'un côté un angle, et de l'autre
son supplément. En effet, en passant d'un nœud à l'autre, on change
le côté suivant lequel se compte l'angle des deux plans.
Toutefois le calculateur n'est pas astreint à employer toujours
de préférence l'un ou l'autre des nœuds. C'est ce qu'il est facile
d'apercevoir en remarquant que la condition , pour un certain
point , d'appartenir à tel grand cercle de la sphère , ne dépend nul-
lement du sens dans lequel on parcourt ce grand cercle. L'inspection
des formules l'atteste du reste au premier coup d'œil. Si l'on prend suc-
cessivement N = w et N =,n + 180°, on obtient avec la première
valeur -j- tang. t, et avec la seconde — tang i. Dans l'équation [A] ,
les produits -j- tang.tsin. net — tang. t sin. (« -}- 180°) serontégaux
entre eux et de même signe. Il en sera de même des produits + tang.
14 SUR LES ÉTOILES FILANTES
« COS. w et — tang. i cos. (w + 180'»). Quel que soit le nœud que
l'on emploie , pourvu qu'on fasse usage en même temps de la va-
leur de i qui lui correspond , on arrivera donc à la même équation
de condition. -.; .^c Ji
On remarquera encore que les équations finales donneront , par
leur résolution , deux points diamétralement opposés de la voûte
céleste. Deux grands cercles se coupent toujours , en effet , dans
deux points diamétralement opposés. La solution des équations finales
fournit deux quantités ^ et y. On fera d'abord y = tang. « , et l'on
en tirera pour x deux angles qui différeront entre eux de 180«>. Main-
tenant, comme on a a? cos. « = tang. S, il en résultera pour tang. â
deux valeurs égales, mais de signes contraires, suivant qu'on em-
ploiera l'une ou l'autre des valeurs de «. Ainsi l'on obtiendra , par
la résolution des équations, deux points de la sphère céleste situés
à l'opposite l'un de l'autre , et il faudra encore consulter ici le sens
du mouvement des météores pour distinguer le centre d'émanation
du point de convergence.
J'ai préféré employer partout les coordonnées du centre d'émana-
tion, plutôt que celles du point diamétralement opposé, du point
de convergence. C'est le point d'émanation qui , dans nos climats ,
est élevé sur l'horizon pendant l'apparition du météore. Pour les ob-
servateurs de l'Europe et de l'Amérique du Nord, le phénomène est
donc un phénomène d'émanation. Dans les lieux , au contraire, où
le point de convergence est visible, il est naturel de penser, avec
M. Quetelet ' , que le phénomène est un phénomène de concours.
Il serait bien intéressant, sans doute, d'observer cette convergence
dans quelque lieu de l'hémisphère australe de la terre. Si les choses
se passaient comme nous le supposons ici , il n'y aurait plus de doute
que cet effet de divergence d'un côté, et de convergence de l'autre,
ne soit purement un effet optique. Le mouvement de la terre dans
son orbite pourrait seul l'expliquer , et l'on aurait démontré que les
* Nouveaux mémoires de l'académie de Bruxelles, tome XV, Catalog. des apparit. dél. fil., p. 20.
BaT/, PÉRIODIQUES. 15
étoiles filantes sont des corps indépendants de notre globe, ayant leur
situation propre dans les espaces célestes.
Je dois faire remarquer ici que la distinction de ces deux points
l'un de l'autre ne peut se faire que d'après la marche de la majorité ,
et non de la totalité des étoiles filantes; car on en aperçoit un certain
nombre qui cheminent en sens opposé des autres, se rendant au
centre d'émanation. ]Néanmoins le partage des météores suivant ces
deux caractères est fort inégal. Il sera donc toujours facile de re-
connaître le sens général du mouvement apparent des étoiles filantes
dans leurs trajectoires.
La situation du centre d'émanation étant déterminée, on pourrait
chercher l'erreur moyenne de chacune de ses coordonnées. On em?
ploierait à cet effet les formules ordinaires du calcul des probabi-
lités ; mais il faudrait connaître préalablement l'erreur de chaque
observation. Ici cette erreur est évidemment la distance à laquelle
la trajectoire passe du point obtenu par la combinaison de toutes les
observations. Il s'agit donc de trouver cette distance en arc de grand
cercle; pour la déterminer exactement, il faudrait résoudre successi-
vement plusieurs triangles sphériques ; mais on peut l'obtenir très-
approximativement au moyen d'une formule assez simple.
L'angle p formé par la trajectoire d'une étoile filante quelconque
avec le cercle horaire qui passe par le centre d'émanation , diffère
peu de l'angle p' compris entre ce même cercle et l'arc qui joint le
centre d'émanation au nœud de la trajectoire. Ce dernier se tire de
la relation
sjn. p = ■
Tfl -'!■ COS. «f t
On pourra poser p = p'. Appelons maintenante l'erreur qu'il s'agit
de déterminer, et D la déclinaison du point d'intersection de la tra-
jectoire avec le cercle horaire du centre d'émanation. On aura :
UB Ho'i
COS.
sin, c s=! tin. LD rp.c/) sin. p = sin. (D — <^)
COS. t
y
16 SUR LES ÉTOILES FILANTES
Comme eet D — Jsont toujours assez petits, on peut remplacer les
sinus par les arcs eux-mêmes, et écrire
Observons que l'on a sensiblement , ^ ^^,^ »^lààà^
D — cf = (tang. D — tang. <^) = (tang. D — tang. i) cos. V.
ri. tang. 3
Effectuant la substitution et les réductions, et observant que tang. D =
tang. i sin. (« — N), on arrive enfin à l'expression : J*
ï = sin. i sin. (a — Tî) COS. <:f — cos. » sin. cA [D].
Je n'ai pas effectué les calculs nécessaires pour déterminer les
valeurs de e, relativement aux trajectoires d'étoiles filantes que j'ai
considérées. Le centre d'émanation ne peut se déterminer, on le sait,
par les calculs antérieurs, qu'à quelques degrés près seulement.
L'erreur moyenne de ses coordonnées ne servirait pas, par consé-
quent, à nous donner quelque certitude sur l'existence d'un point
mathématique d'émanation : l'émanation n'a pas lieu de cette ma-
nière ni avec cette rigueur. J'ai donc cru pouvoir abréger les calculs
de toute la partie relative à la formation et à la résolution de l'équa-
tion [D].
Je reconnais que dans les formules de Ad. Erman, l'erreur moyenne
s'obtient plus aisément; mais c'est qu'on a formé plus laborieusement
les équations de condition, et qu'on a ainsi exécuté d'avance des
calculs numériques que je crois avantageux de pouvoir négliger,
lorsqu'on a quelque motif de se le permettre.
Il est essentiel de remarquer qu'on peut ranger les étoiles filantes
que l'on observe dans les nuits d'apparition extraordinaire, dans deux
catégories distinctes. Le plus grand nombre de ces étoiles filantes
mm. PÉRIODIQUES. 17
passent à proximité du centre d'émanation, tandis que quelques autres
parcourent dans le ciel des trajectoires tout différemment dirigées. Si
ces dernières partent d'un centre d'émanation, il est distinct du point
d'émergence des étoiles extraordinaires, et il est moins bien caracté-
risé. Il est clair que ces étoiles filantes sporadiques ne doivent pas
entrer en ligne de compte dans le calcul du centre d'émanation des
étoiles filantes de l'apparition extraordinaire.
Mais lorsqu'il s'agit de procéder à la distinction de ceux des mé-
téores qu'on doit regarder comme sporadiques, on éprouve certaine
difficulté. On ne peut pas, en effet, assigner de caractères mathéma-
tiques à la classification des trajectoires. Après avoir porté sur une
sphère céleste un grand nombre de trajectoires d'étoiles filantes, j'ai
adopté la règle suivante, dont l'application doit avoir pour résultat
d'éliminer peu d'étoiles de l'apparition extraodinaire , et de n'en
comprendre qu'un petit nombre de sporadiques. Cette règle consiste à
décrire sur une sphère céleste un petit cercle d'environ 15° de rayon,
autour du point, approximativement connu, qui représente le centre
d'émanation, et à rejeter, dans les calculs des coordonnées de ce
point, les trajectoires qui ne passent pas à l'intérieur de ce cercle. ;
Si l'on admettait un instant que les trajectoires des étoiles filantes
sporadiques fussent absolument arbitraires, on calculerait facilement
la probabilité de comprendre une étoile filante de cette espèce parmi
celles de l'apparition extraordinaire. Tout grand cercle qui couperait
centralement le petit cercle tracé autour du point d'émanation, aurait
30° de sa circonférence, compris à l'intérieur de ce petit cercle. Dans
la supposition indiquée , une trajectoire d'étoile filante sporadique
couperait, avec une égale probabilité, un grand cercle quelconque
dans un point quel qu'il soit de sa circonférence. La probabilité que
l'intersection ait lieu dans l'intérieur du petit cercle serait ^ = A.
Ainsi sur douze étoiles filantes sporadiques on en confondrait une
avec les météores de l'apparition extraordinaire. Dans les calculs des
observations que j'ai faites au mois d'août 1842, j'ai employé 246
équations de condition , se rapportant à autant d'étoiles filantes. De
ToM. XVIil. 3
18 SUR LES ÉTOILES FILANTES
ce nombre 192 sont relatives à des étoiles de l'apparition extraor-
dinaire et 54 à des étoiles sporadiques. Le nombre total des étoiles
filantes observées était 306 ; mais 60 trajectoires n'étaient pas suffi-
samment désignées pour pouvoir être employées dans les calculs. Si
l'on augmente les deux nombres 192 et 54 dans le même rapport,
pour arriver à former le total 306, on obtient 239 et 67. Cela revient
à supposer que parmi les étoiles filantes non calculables , le rapport
entre les étoiles sporadiques et celles de l'apparition extraordinaire
était le même que parmi les étoiles filantes calculables. On aurait de
cette manière 67 étoiles sporadiques pour 9 heures d'observation et
pour un seul observateur. Ce serait 7,4 étoiles par heure. Si l'on
augmente maintenant ce nombre de rj de sa valeur, on obtient
8,1 étoiles filantes sporadiques par heure, pour le total des étoiles
filantes de cette catégorie. Un onzième de ces météores a dû être,
en effet, confondu avec les étoiles filantes de l'apparition extraor-
dinaire, d'après le calcul établi plus haut, et dans la supposition des
directions tout à fait arbitraires de leurs trajectoires. Or , il est assez
remarquable que ce nombre 8 soit exactement celui fixé par M. Que-
telet pour les nuits ordinaires, et pour un seul observateur '.
Il paraît qu'environ 5 étoiles sporadiques sont englobées dans les
192 étoiles filantes attribuées à l'apparition extraordinaire. Leur in-
fluence doit être peu considérable et changer très-peu de chose à la
situation du centre d'émanation. Cette influence est d'autant moins
importante que les trajectoires de ces étoiles filantes passent elles-
mêmes à proximité du point d'émergence. Il en serait tout autrement
si l'on avait employé la totalité des étoiles sporadiques. On conçoit
par exemple, que la considération d'une trajectoire qui aurait le
centre d'émanation non pas pour un de ses points , mais pour son
pôle, doit changer les coordonnées obtenues pour la situation la plus
probable de ce point, d'une manière radicale. C'est aussi ce que l'on
remarque dans les tableaux qu'on trouvera plus loin. On y voit la
' Btdletins de l'académie de Bruxelles, toni III, n° dl. ',\-
PÉRIODIQUES. 19
situation du centre d'émanation changer quelquefois de 40 ou 50"
lorsqu'on introduit la considération des étoiles sporadiques. Ces faits
démontrent l'inutilité de calculer à l'avenir les équations de condi-
tion qui dépendent de ces dernières étoiles. Aussi ne l'ai-je fait, dans
ce travail , que pour rendre cette remarque plus sensible.
)n« , DE LA SITUATION DU CENTRE d'ÉMANATION DES ETOILES FILAITIES
EXTRAORDINAIRES d'aOUT DANS DIFFERENTES ANNÉES.
Il serait intéressant de pouvoir comparer la situation du centre
d'émanation des étoiles filantes du mois d'août , dans des années sépa-«
rées par un certain intervalle. On arriverait peut-être ainsi à des
conclusions aussi importantes que celles qui résultent du déplace-
ment de la date du phénomène par la suite des temps. Malheureuse-j
ment l'averse d'août n'a été signalée qu'en 1836, par M. Quetelet'4
Avant cette époque , non-seulement on n'avait pas reconnu leur pé-^j
riodicité, mais on n'avait encore fait que très-peu d'observations
précises sur les étoiles filantes. Parmi ces observations anciennes,
j'en ai rencontré cependant qui appartiennent à l'année 1823; mais
elles sont peu nombreuses et peu concluantes. J'ai cru toutefois
devoir les soumettre au calcul. Pour les années plus récentes , 1837 ^
1839 et 1840, ces calculs avaient été exécutés d'après un nombre
suflisamment élevé de trajectoires. Mais il y avait une lacune pour
l'année 1838, et une autre pour l'année 1841 : je lésai comblées. J'ai
ajouté enfin les calculs des observations que j'ai faites à Mous en 1842.
J'exposerai ici avec quelques détails, les résultats partiels de chaque
année, particulièrement ceux dont j'ai effectué les calculs.
1823, août IV.
Ces observations sont de Brandès , Scholz et Feldt à Breslau , et de
Liedtky à Gleiwitz. Elles sont consignées dans l'ouvrage de Brandès ,
Beobachtungen ûber die Slernschnuppen. Leipzig, 1825, in-80 ,
20
SUR LES ÉTOILES FILANTES
pages 27 à 30. Je les ai transcrites ci-après, en plaçant à côté de
chaque étoile filante l'équation de condition qu'elle fournit. J'ai ren-
fermé entre parenthèses les équations de condition qui appartien-
nent à des étoilessporadiques.
Observations de Breslau.
~~1
i
TEMPS MOYEN
de
BRESLAD.
APPABITIO».
EXTISCTIOU.
d.
d.
kSCty. DROITE
nœud des-
cendant.
EQCATIOX
de
COSDITIOBI.
9 b. 45 m.
10 11
30
56
SO
30
11 7
278; 0'
26, 0
300,30
241, 0
284, 0
283, 0
300,30
-t-62; 0'
-1-20, 0
— 1,20
H-80, 0
-+-14, 0
-H6,30
-1- 4, 0
259; 0'
21, 0
288, 0
246,30
272, 0
280, 0
303, 0
-♦-58;30'
-4-13,30
—20, 0
-t-20, 0
-^- 4, 0
-+- 3,30
,<)«=.
-1,0
20i;4
11,5
301,3
255,7
267,4
279,2
302,5
C2;7
55,6
57,6
113,8
41,1
77,4
116,5
X =—iMOy -+■ 0,707
X =-t-l,429j/ — 0,292
X =-4-0,818j/ -t- 1,343
{x =-4-0,559y — 2,199)
X =— 0,040j/ ■+- 0,872
(x =-t-0,718j/ -4- 0,442)
(x =— l,077j/ — 1,690)
Ces observations fournissent , d'après les trajectoires des quatre
étoiles convergentes , pour le centre d'émanation, les équations
finales ^ ^^
X = + 0,i0^y -4- 0,657,
X =-(-14,625y — 1,S58;
d'où l'on tire « = 8o40' , ^ = -\- 33°36'. L'ensemble des sept tra-
jectoires aurait donné pour équations finales
a; = -+- 0,087«/ — 0,1167,
X ==-f-13,082« -4- 0,4712.
On obtiendrait de cette manière « = 357°25' et ^ = — Q°62' , ce
qui est absolument différent'.J-*«9ifi*^'rt '^^^o^^^m Mr. ?.tv :
Nous allons voir comment les observations de Gleiwitz, qui sont
relatives à des étoiles filantes identiques , donnent le centre d'éma-
nation pour cette seconde station. uUioôjijca ao* a
>M7,' PÉRIODIQUES, f ftî;^
m
Observattotis de Gleitciiz, f ;»^»»j
TEMF) aUTC.I
APFAlUriU.I.
CXTUICTION.
d.
UEO
00 nOEVD
dcwenil.
1 .,i..u
IRCLIH. '
de
couditior.
10
11
Uh
10
45 m
11
13
30
13
5G
14
50
17
BO
18
11
7
310; 0'
68, 0
252,18
307,30
220, 0
345, 0
201, 0
M-65;i5'
-1-55, 0
9,40
-1-30, 0
-t-28, 0
-1-22, 0
-f-27, 0
213; 0'
120, 0
241,30
209, 0
212, 0
242, 0
935, 0
-H53;' 0'
-4-58, 0
- 3,40
+ii, 0
-+-20, 0
-*-20, 0
-t-lO, 0
2177
14,8
244,4
210,7
195,5
316,8
235.C
03^5
58,9
51,3
94,4
53,1
40,6
98,9
x = -*- 12,853j/ - 9,929
x = -»- 1,605y — 0,425
x—^ 0,539y-+- 1,136
(X :s:-t 11 ,158tf- 6,625)
«=- l,256y-t- 0,543
{«=— 0,685y-t- 0,513)
(x = -i- 3.6001/ — 5,254)
Ces étoiles sont regardées par Brandès comme identiques avec celles
observées à Breslau. En éliminant les mêmes numéros , on trouve
pour équations finales
.•swa^aiMP
«aya^wr-tTiiTT- rroaga»
blasai
aOlJBnfilï#èNb -+-15,373)/ — 10.198; 29Jn9^19VIÏ0'
d'où l'on tire « = 38<*r et J = + 11 °27'. Les sept trajectoires réunies
fournissent
X = +il,i9Ay - 8,316; » »i» «iri
•'jiont/ guoiJiiup'j liioq ènaob iiB-rns ,
d'où l'on déduit « = 35ol5' et <ï = — S^SS'.
Il est assez singulier que pour deux stations aussi rapprochées,
les résultats obtenus par des étoiles identiques soient si différents.
Peut-être tous ces météores n'étaient-ils pas réellement identiques.
Peut-être aussi faudrait-il tenir pour sporadique , dans une station ,
telle étoile filante qui semble, dans une autre station, faire partie
de l'apparition extraordinaire. Cette proposition serait contraire aux
1
22 SUR LES ÉTOILES FILANTES
vues généralement adoptées. Il semble donc qu'on doive attirer ,
sur cette anomalie inattendue , l'attention des calculateurs.
Si nous nous en tenons aux seules observations de Breslau , et que
nous prenions l'époque moyenne des quatre apparitions réduite au
méridien de Paris , nous trouvons pour le lieu du centre d'émana-j
lion en 1823, août ir,398:
a = 8°,40' cf = -t- 33",36', par 4 étoiles filantes.
Ce résultat, je me hâte de le reconnaître , ne peut guère servir de base
à des déductions scientifiques , attendu le petit nombre des trajec^
toires sur lesquelles il est fondé.
. 1837, août 10'.
' La situation du centre d'émanation des étoiles filantes , pour cette
date , a été calculée par Packendorff d'après les observations de
Berlin et d'après celles de Breslau. Les résultats , consignés dans
le n° 404, Bd. XVII, S, 319 , des Astronomische Nachrichten, sont
les suivants :
a = S?"!!' </ = -+- 57''16', par 46 observatrons de Berlin;
a = 41,46 cf = + 51 ,"25, par 200 observations de Breslau.
1838, aozi/ 11*.
Il n'existait jusqu'ici aucun calcul du point d'émanation des étoiles
filantes, pour l'apparition extraordinaire d'août 1838. J'ai voulu
combler cette lacune , en calculant les observations faites par Feldt
et von Dittersdorf , lors de cette manifestation du phénomène. Ces
observations ont été faites à Braunsberg , et se trouvent publiées dans
le n« 372, Bd. XVI, S. 180-182 des Astronomische Nachrichten.
Les équations de conditions contenues entre les parenthèses sont
toujours celles fournies par les étoiles filantes sporadiques.
PÉRIODIQUES.
25
i
T»rs aOTER
AFPARITIUX.
ErriRCTioii.
Aie. •UtTI
ÉQUATION
ii<
■— ^ — -
"— '" ■
DD NOIDV
IRCLIR.
de
■
B
K
•"•—
«1
d.
a.
d.
d<iMiid.
COSDITIOB.
1
10 h. 30 m.
163° 0'
.^r,M'
177; 0*
+55; 0'
209;2
iio;4
x = + 2,341y— 1,307
3
43
339,30
-t-72, 0
258,30
+58, 0
275,4
103,1
(ar = - 0,406y - 4,364)
S
63
115,30
-4-80, 0
177, 0
-*-71,30
179,7
90,9
{x = +63,650y + 0,872)
4
11 1
381,30
+40, 0
267, 0
+31,40
264,6
61,7
« = — 0,492î/+ 1,791
5
9
253,30
-f-53, 0
350, 0
+44,30
243,1
83,0
« = — 3,672!/ + 7,234
0
18
304, 0
-t-15,30
399,30
+ 9,30
392,7
54,8
x = + 0,549y+ 1,309
7
«i
377,30
+10,40
274, 0
+ 5,S0
270,4
56,5
« = — 0,009î/+ 1,513
8
34
305, 0
-4-50, 0
206,30
+44,20
213,3
96,9
j; = + 7,633y - 3,279
0
37J
327,30
+74,30
197,40
+56, 0
180,0
78,4
X = + 4,891y + 0,001
10
33
330, 0
+86,30
22,30
+83, 0
52,1
93,5
x = —10,149î/ +13,030
11
13 4
274, 0
+88,40
201,40
+63, 0
199,1
88,7
(x = -41 ,995j/ +14,570)
13
53
284, 0
+30,40
280, 0
+32,30
326,1
138,5
X = — 0,734y — 0,493
13
34
265,30
+62,30
374, 0
+56,20
301,0
106,8
x=- l,704y- 2,835
14
43
272,30
+64, 0
381,30
+59, 0
314,2
108,0
(X = - 3,645y + 3,173)
15
48
367, 0
+68, 0
359, 0
+63,20
230,2
76,4
x = — 2,148y— 2,211
16
13 3
274,30
+25,20
374, 0
+21, 0
271,8
84,4
(x = + 0,330y +10,230)
17
14
296,30
+28,40
393,30
+22, 0
285,1
70,2
X = + 0,723y + 2,675
18
19
57,30
+37, 0
53,30
+30, 0
49,0
78,9
X = + 3,344y - 3,849
10
37
35,30
+88,20
146,30
+75,30
152,2
91,5
(x = +34,182y +17,943)
En ne tenant pas compte des étoiles filantes sporadiques , il reste
13 équations de condition , qui donnent pour équations finales
X =— 0,028y
a; = — 631,350y
1,506,
533,710;
d'où l'on obtient « == 41ol7' et d= + 48°3'. L'ensemble des 19
trajectoires aurait fourni
X = + 2,826»/ + 2,926,
X = -»- 78,u08y — 5,094;
d'où
4o33'. i = -h 72020'. On voit encore icL;coinbién le ré-
24 SUR LES ÉTOILES FILANTES
sultat admis serait illusoire , si l'on introduisait la considération des
trajectoires des météores sporadiques. Nous pourrons renouveler cette
même remarque dans toutes les déterminations qui suivent.
L'instant moyen des apparitions des 13 étoiles filantes extraordi-
naires répond à août 11', 494, temps moyen de Braunsberg. Nous au-
rons donc définitivement, pour août ll',445, temps moyen de Paris:
a = 41°I7', J == -i- 48° 3', par 15 étoiles filantes.
I8d9, août 9, 10 et \V.
Les étoiles filantes se sont montrées cette année, au mois d'août, en
très-grande abondance. Elles ont été observées dans beaucoup de
lieux. Les observations de Berlin des 9 et 10 août ont été calculées par
Ad. Erman, et celles du 1 1, faites dans la même station, par Petersen,,
Les résultats de ces calculs sont insérés dans le n° 385, Bd. XVII |
S. 10-1 1 des Astronomische Nachrichten. Les observations deKônigs-
berg ont été calculées par Petersen qui a publié ses nombres dans
le no 404, Bd. XVIII, S. 319 du même journal. En rapportant les
instants moyens des observations de Berlin au temps moyen de Paris ,
on a, d'après ces deux calculateurs:
Août 9; 487 a = 44°52', i = ^ 50°H' par 50 étoiles filantes, \
10,406 a = 43,33 , cT = -t- S2,23 par 48 » ! à Berlin.
11,434 oL = 58,27 , ^ = + 51, 3 par 43 » ) .'^ym*>
10 a = 34,51 , J = -i- 55,33 par 75 » ) . , ' 'r
11 « = 3o, 7, cT = + 55,17 par 74 » j ^ l^ôn.gsberg.
1840, août, 9k
Les étoiles filantes observées à cette date à Philadelphie, ont été
calculées par Forshey, relativement à la position du point d'émana-
tion. On trouve les résultats dans le n» 428, Bd. XVIII, S. 325 des
Astronomische Nachrichten. L'auteur a divisé la nuit du 9 août en
trois portions, et a calculé séparément les coordonnées du point de
convergence pour ces trois périodes. Des instants moyens qui y répon-
PÉRIODIQUES. ' «vJg 25
dent sont donnés ci-dessous en temps moyen de Paris , et les coordort-"
nées sont relatives au centre d'émanation. î-mv..,!!. i^
Aoùi, w>~i . :<('<" H', 'I ~ H- SS'-iC', par 12 étoiles filant«s,
'J,7(;o : -= 31,43 ,,/ = -♦- 53,26 , par 15 —
9,844 « — 39,45 , rf't» -+- 55, 7', par 29 1 Jl'iO^
Les instants moyens des trois périodes, comptés du méridien du lieu
d'observation, étaient respectivement 9',456, 9',544 et 9',629.
ISUj août, 9K
H') ,Jiunn i^i
'^Les observations d'étoiles filantes faites à cette époque n'ont pas
encore été calculées. Elles sont cependant très-nombreuses. J'en ai
employé quelques-unes à la détermination du centre d'émanation.
J'ai choisi, à cet effet, parmi les observations de Vienne, qui comprenJ
nent les deux nuits du 9 et du 11 août ', celles qui se rapprochent
le plus de l'instant où l'apparition météorique a dû atteindre son
maximum d'intensité. Les observations que j'ai calculées sont celles
qui ont été faites le 9 août après 11 h. du soir, temps moyen de Vienne,
hors de la présence de la lune. . fumiiikiijttio Aii^tL *ùs*jiùiyi» i- , .. uo
Les trajectoires des étoiles filantes sont rapportées par K. Littrow
à l'horizon du lieu d'observation. Pour les ramener à l'équateur
céleste, il faudrait déterminer, lors de chaque observation, la situation
delà sphère étoilée, et calculer, par des triangles sphériques, les ascen-
sions droites et les déclinaisons des points qui sont donnés par leurs
azimuts et leurs hauteurs. J'ai cru cependant pouvoir éviter la plus
grande partie de ce travail, dans les calculs relatifs à l'apparition
de 1841. Les observations que j'ai employées n'embrassent pas plus
de trois quarts d'heure de durée. Dans un pareil intervalle de temps,
l'azimut et la hauteur d'un point fixe de la voûte céleste, situé par-
rapport à l'horizon comme l'était le centre d'émanation des étoiles
' Annakn der K. K. Stemwarte zu Wien,. von K. Liltrmc. Bd. XXI, Slemschnuppenbeob.,
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ToM. XVIII. 4
-26
SUR LES ÉTOILES FILANTES
filantes, varient à peu près proportionnellement au temps. Je me suis
donc permis de déterminer directement l'azimut et la hauteur du
point d'émergence des météores, comme si le ciel étoile restait immo-
bile relativement à l'horizon; puis j'ai converti ces coordonnées en
ascension droite et déclinaison, en donnant à l'horizon et à l'équateur
céleste les positions respectives qu'ils occupaient à l'époque moyenne
des observations. L'erreur du résultat obtenu de cette manière ne
s'élève qu'à un petit nombre de minutes : elle est donc bien inférieure
à l'erreur probable du résultat lui-même, et les calculs sont considé-
rablement abrégés.
HEURE,
APPABITIOX.
DISPARITIOR.
AZmtT
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temps moyen.
Azimut.
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32,7
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43
130
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X = - 0,415î> — 1,429
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38
188
36
119,7
38,0
X = — 0,387î/ — 0,679
7
175
39
157
29
125,8
46,9
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179
36
159
32
102,1
36,7
X = — 0,156y - 0,729
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41
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18,1
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a; = - 1,481 y -+- 0,484
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X = -+- 0,096»/ — 0,667
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57
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194
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X = — 0,797»/ - 0,729
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11
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(x = -t- 0,527»/ — 0,412)
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332,2
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X =: - 1,462»/ — 0,771
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73,2
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(x = - 0,197î/ -4- 0,652)
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54
8,7
71,0
(x = H- 2,867j/ — 0,437)
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115,0
51,8
X = ~ 0,537î/ - 1,150
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289
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44,5
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X — — 6,43Gj/ -t- 6,334
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57,7
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{X = -' 4,372»/ -H 6,912)
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54
34
52,8
88,2
{x = -+-19,4622/ -4-25,639)
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272
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305,4
119,7
X = - 1,0162/ - 1,429
37
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260
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293,1
132,6
X = - 0.461»/ - 0,985
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333
35
302
16
284,0
42,9
(a; = -4- 0,224»/ -\- 0,900)
PÉRIODIQUES.
27
Les équations de condition renfermées entre des parenthèses, ap-
partiennent aux étoiles filantes sporadiques.
Les étoiles de l'apparition extraordinaire donnent pour équations
finales
X =— 1,012 1 y — 0,204 C,
35 = — 3,473 G y -4- 2,503 5;
d'où l'on déduit, pour l'azimut A et la hauteur H du centre d'émana-
tion
faoft ei)
A = 227<-46', H = 41»34'.
A l'époque moyenne des observations, l'ascension droite du cercle;
horaire qui passait au méridien était 309°22'. On connaît de plus la'
colatitude géographique de Vienne, laquelle est 41°47'. Il est facile
de trouver, d'après ces données , l'ascension droite a et la déclinaison i
du centre d'émanation. J'ai obtenu «= 32o28',tï= + 56°5'.
Si l'on avait fait entrer en ligne de compte les étoiles filantes spora-
diques, le nombre des équations à combiner se seraitélevé de 15 à 22,
et l'on aurait obtenu, par la méthode des moindres carrés, pour équa-
tions finales: ,i î «è
À X == -+- 0,334}/ -4- 1,243,
■ X = +o6,466t/ -V 33,494.
La résolution de ces équations nous aurait donné
1 A = 317»2', à À ^W; ""
Hi-
ce qui répond aux coordonnées célestes a == 343o53', â = + 0<*3r.
f En résumé, on peut considérer que le centre d'émanation des étoiles s
filantes de l'apparition extraordinaire, était situé en août 1841, à
l'époque 9',433, temps moyen de Paris , en un point dont les coordon-
nées étaient
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-*• 36°5', par 15 étoiles fllantes.
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28 SUR LES ÉTOILES FILANTES
iioJà «9b mis: 1842, aoM^9, lOet ll'nq 3a.: ifa
Bien que les étoiles filantes aient été observées en 1842 dans de
nombreuses stations , je ne connais encore aucune détermination du
centre d'émergence pour cette année. J'effectuerai ces calculs d'après
les observations que j'ai faites à Mons à celte époque. J'indiquerai
dans le cinquième paragraphe les circonstances propres à faire con-
naître la portion de la voûte céleste que j'apercevais , et le temps
que l'inscription de chaque observation pouvait absorber. L'instant
d'apparition d'une étoile filante était noté au dixième de minute seu-
lement , et la durée de l'apparition du météore était comptée d'après
le nombre de pulsations qu'une montre ordinaire effectuait pendant
cette durée. Cette montre faisait 288 battements par minute.
Le 9 août les observations ont commencé aussitôt que l'affaiblis-
sement du crépuscule a permis de distinguer la voie lactée et les
petites étoiles , et on les a poursuivies jusqu'à la disparition de la
voie lactée par le crépuscule du matin. Dans cette durée de cinq
heures et demie, on s'est interrompu une demi-heure pour prendre
quelque repos , et l'on a perdu encore quelques minutes , à deux
reprises différentes , pour déterminer le temps absolu par des hau-
teurs de « Lyrae et de « Cygni. Le nombre des étoiles filantes notées
a été de 155.
Le 10 , les observations n'ont pu commencer qu'après minuit
et demi. Un orage, accompagné d'un fort coup de vent, avait
éclaté dans la soirée. A 10 heures le ciel était entièrement couvert,
et bientôt après il tombait un peu de pluie. Mais après minuit le
ciel s'éclaircit et l'on put commencer les observations. Pendant toute
leur durée, qui fut d'une heure pour cette nuit, le vent du sud
soufflait avec violence.
Le 11 août , les observations commencèrent aussitôt que la voie
lactée devint visible. Mais on ne les prolongea pas , comme l'avant-
veille, jusqu'au retour du crépuscule, parce qu'on pouvait facilement
PÉRIODIQUES» 4 I ^rj^ 29
s'apercevoir que le phénomène était à son déclin , et que les étoiles
sporadiques étaient presque en nombre égal à celui des étoiles con-
vergentes ou extraordinaires. Je quittai le lieu d'observation vingt
minutes après minuit, f. f'> ' ? f... ':> :
Les tableaux qui suivent contiennent les données recueillies dans
ces observations. On y a joint les ascensions droites et les décli-
naisons des étoiles déterminatrices , exprimées seulement en degrés ,
conformément aux motifs indiqués dans le premier paragraphe. On
a ajouté à la mention de chaque météore, toutes les fois que sa tra-
jectoire était suffisamment définie , l'ascension droite du nœud
descendant de cette trajectoire sur l'équateur , et son inclinaison
par rapport à ce plan. Enfin , dans une dernière colonne , on a in-
séré l'équation de condition fournie par cette même trajectoire ,
pour le calcul du centre d'émanation.
J'ai transcrit textuellement , à la suite du tableau des observa-
tions de chaque nuit , les remarques que j'avais jointes aux obser-
vations mêmes. oiriDzinoq b es! no ih . 3?ff»it^ eé«
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presque toutes des points nombreux de ressemblance. La grande ma-
jorité étaient de la deuxième ou troisième grandeur; leur marche
était régulière ; leur visibilité durait un peu plus d'une demi-seconde;
leur éclat était luisant, dans le genre de celui de « Persei. Elles lais-
saient en général une traînée étroite, rectiligne, plus jaunâtre que
l'étoile, formée de globules et ressemblant à un chapelet à grains
serrés. Le plus souvent l'étoile croit en intensité pendant les premiers
moments de son apparition, elle atteint ensuite son maximum d'éclat,
puis elle s'efface en s'affaiblissant graduellement dans la dernière par-
tie de son cours. La traînée commence seulement à être laissée sur la
trajectoire, lorsque l'étoile est devenue suffisamment brillante. Quand
l'étoile s'affaiblit , elle ne traîne plus de queue.
)) La traînée est plus faible à ses deux extrémités. Celle du n» 67 a
persisté au moins cinq secondes. Elle était parfaitement immobile
dans le ciel.
)) Un fait frappant et incontestable , c'est que les étoiles filantes se
montraient par couples , du moins pendant une grande partie de la ^ :
nuit. Plusieurs étoiles m'ont ainsi échappé pendant que j'en notais
une première. Dans la moitié des cas environ, les deux éléments d'un
couple étaient d'une similitude extrême et suivaient à peu près la
même route. J'en ai vu qui marchaient de conserve ; un cas de ce
genre a été remarqué pendant qu'on prenait des hauteurs de a Lyrae :
1 ne figure pas dans les observations précédentes.
» Pendant la dernière heure , il m'a semblé qu'il y avait moins de
couples.
)) Les étoiles filantes de petites grandeurs , et celles instantanées
étaient fort rares. »
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(( Deux de ces étoiles filantes , les n°« 36 et 54, méritent des men-
tions particulières.
)) Le n° 36 s'est montré, faible d'abord, à la moitié de la distance
qui sépare k Persei de y Persei. Il a atteint et même dépassé la troi-
sième grandeur; puis il s'est effacé graduellement. Pendant ce temps ,
l'étoile s'est approchée normalement de la ligne qui joint >? et y Persei,
puis elle s'est reculée par la même route. Je ne puis pas dire si le mo-
ment où la marche s'est renversée a coïncidé avec le maximum d'éclat.
Des autres circonstances, je suis parfaitement assuré. La totalité de
l'espace parcouru s'est élevé à peine à un demi-degré.
» Le n" 54, de l'éclat de Venus, s'abaissait majestueusement. Ar-
rivé à quelque distance de l'horizon , il a jeté une flamme instantanée ,
comme s'il faisait explosion, mais sans bruit. Il est ensuite descendu
un peu en dessous de /3 Tauri, et a laissé une large traînée, qui se
tenait immobile de « Aurigae qu'elle laissait à droite, à /3 Tauri qu'elle
laissait à gauche.
)) En général, les météores m'ont paru plus rapides , moins inten-
ses , et plus prédisposés à parcourir la partie boréale du ciel , que dans
les observations d'hier. Sous tous les autres rapports, ils étaient par-
faitement semblables à ceux de la veille. »
J'ai fait connaître plus haut que les observations de cette nuit n'ont
pu commencer que très-tard, à cause du mauvais temps. A la fin de
ces observations le vent du Sud avait acquis une grande violence;
bientôt des nuages parurent, et à M"" 20™ le ciel était de nouveau
couvert. Il est à regretter que cette nuit, pendant laquelle le nombre
des météores était si considérable, n'ait pas été plus favorable.
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44 SUR LES ÉTOILES FILANTES
a En général , les étoiles filantes étaient plus brèves que les deux
jours précédents , et circonscrites dans un plus petit espace du ciel.
)) Le n° 1 , cité pour sa marche vacillante, — car je n'observais pas
encore régulièrement, — descendait vers l'horizon avec le mouve-
ment indécis d'un cerf-volant qui tombe.
» Le n" 62 parut auprès dee Cassiopeae ; il marchait vite, et s'é-
tait approché fort près de y Cephei, lorsque sa marche se ralentit
subitement, et que sa direction fit un crochet vers l'Ouest. La traînée,
qui subsista un instant , reproduisait la figure de ce crochet. L'angle
des deux portions de la trajectoire pouvait être d'environ 160°.
» Les n"s 71 et 72 étaient d'un beau rouge, et tout semblables
entre eux. Ils ont offert tous les deux des traînées, qui différaient beau-
coup de celles des autres étoiles filantes. Elles étaient coniques , la
base au corps de l'étoile. Au lieu de persister sur la trajectoire, elles
suivaient l'astre. »
Lorsque toutes les équations de condition qui figurent dans les ta-
l)leaux pécédents ont été formées , je les ai combinées par la méthode
des moindres carrés. Mais au lieu de les réunir en un seul groupe ,
je les ai fractionnées en plusieurs , dans le but de rechercher si la
situation du centre d'émanation éprouve quelque changement, soit
par suite de la rotation diurne de la terre, soit par l'effet des différentes
phases de l'apparition extraordinaire. Déjà, dans les calculs de quel-
ques années antérieures , on avait groupé séparément les observations
des différentes nuits. Dans ceux de 1840, Forshey a commencé à sub-
diviser la nuit en plusieurs périodes. C'est cette dernière marche que
j'ai suivie. Mais le culculateur américain n'avait opéré que sur une
seule nuit d'observations, tandis que les tableaux qui précèdent nous
en offrent trois successives.
Afin de donner à l'une des périodes l'époque moyenne de minuit
environ , je forme un groupe particulier des observations comprises
entre onze heures et demie et douze heures et demie. Les deux autres
périodes comprennent, l'une les observations qui précèdent onze
PÉRIODIQUES.
i5
heures et demie ; l'autre celles qui suivent douze heures et demie.
La nuit du 9 août 1842 nous fournit les trois périodes; celle du
10 ne donne que la troisième; enfin celle du onze ne comprendque
les deux premières. Les instants moyens relatifs à chaque période ont
été réduits au temps moyen de Paris.
J'ai combiné d'abord les équations de condition qui se rapportaient
aux seules étoiles de l'apparition extraordinaire , en éliminant celles
relativesaux étoiles filantes sporadiques.Ensuitej'ai fait entrer ces der-
nières en ligne de compte ; mais l'irrégularité des résultats que l'on ob-
tient de cette dernière façon, ne permet pas de tirer aucune conclusion.
Le tableau ci-dessous renferme les équations finales et les résultats
qu'on déduit de leur résolution.
■N ÉLIMinANT
LES iTOIlES FILANTES SPOBADIQDES.
184'i,août9i,430.
X = + l,Z67y -+- 1,324 8,
X = + 29,453y — 7,517 8.
» = |7»29' d' = -i- SOD' par 50 étoile» filantes.
1843, août gJ,40C.
X = -y- 1,283 3y -♦- 0,786 8,
X = -♦- 5,387 9» - 2,172 3.
a = 55"47' <f = -H 54°15' par 19 étoiles filante*. ,.,. , .
1842, août 01,570.
« = — 0,304 5y -+- 1,770 2,
» = — 107,452 5y -i- 50,439 1.
X = 27"2' cT = -»- 55«12' par 54 étoiles fiUnttt. y ^
1842, août 10J,544.
X = + 1,215 6y -+■ 0,455 5,
X = -t- 9,072 6y — 6,714 9, .,
a = 42"93' <J~ = -t- 49°8' par 35 étoiles filantes.
1842, août 111,429.
X = -♦- 0,10y -t- 2,29,
X = -t- 2211,42y — 2606,64.
a =: 49*45' J'= -¥■ 58'22' par 34 étoiles filantes.
1842, août lli,49t.
X = 4- 1,457 8y -<- 0,004 9,
X = -♦- 0,264 7y — 1,639 5.
a =s »7'1J4' rf =r -t- 55*59' par 18 étoiles filantes.
ES EMPLOTAHT
É6ALEHEIIT LES ÉTOILES FILàlITES SFOkADIQCES.
X
a=347''54'
; -+- 2,180y -t- 2,123 9.
' + 25,71 3y -H 7,310 3.
j^ =r -+- 58°4' par 37 étoiles filantes.
X ■
X ■
56"20'
X
X
24»16'
= M- 0,949y H- 4,294 ,
= -f 31,238y - 41,193.
tt=-i- 72»29' par 23 étoiles filantes.
0,164 1y
164,698 7y
1,251 1.
75,406 4.
/!J'r.> >!î
<t = -t- 46-58' par 71 étoiles filantes.
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X = -+- 3,982 4y -+- 1,451 3.
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546»6' J" = -t- 25»2r par 38 étoiles filantes.
X = - 1,846 2y ■+■ 0,657 1 ,
X = - 42,419 Oy -t- 4,665 5.
5o40' <f — + 24ol8' par 49 étoiles filante».f
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X = - 78,064y -i- 124,429.
57<>«' </ = -+- 62ol5' par 20 étoiles filantes.
46 SUR LES ÉTOILES FILANTES
De tous ces calculs, comparés entre eux et avec ceux des années
antérieures, il nous paraît résulter :
1^ Qu'on n'a pas de raison de supposer un déplacement progressif
du centre d'émanation de l'averse d'août, soit aux différentes heures
du jour, soit par la suite des années ;
2° Que la situation de ce point est mieux définie par les intersec-
tions mutuelles des trajectoires des météores, lorsque le phénomène a
acquis une certaine intensité ;
3° Qu'on peut admettre pour les coordonnées du centre d'émana-
tion, tant pour l'Europe occidentale que pour l'Amérique du Nord,
« = 35° cî = + 55°.
IV. DE LA. DIRECTION PREDOMINANTE SUIVANT LAQUELLE LES METEORES
PARTENT DU CENTRE d'ÉMANATION.
Si la direction suivant laquelle les étoiles filantes partent du centre
d'émanation était entièrement arbitraire, la moyenne du lieu des
nœuds sur l'équateur le serait également. Or, il n'en est pas ainsi,
comme on peut s'en convaincre par les résultats que je vais réunir ici.
On savait déjà, par les recherches de Brandès, que les étoiles filantes
affectent une orientation particulière par rapport à l'horizon ; mais
on n'avait pas signalé jusqu'ici un fait analogue par rapport à l'équa-
teur céleste.
Ce qui semble assez singulier, dans cette prédominance des inter-
sections vers tel point de l'équateur céleste, c'est que l'introduction
des trajectoires des étoiles filantes sporadiques change à peine le
résultat. On voyait tout à l'heure combien la considération de ces
étoiles déplaçait le centre d'émanation. Or, ici les moyennes sont à
peine différentes suivant que l'on y fait entrer ou que l'on élimine les
trajectoires de ces météores. Je sais bien que leur nombre étant peu
considérable, elles doivent exercer peu d'influence sur des moyennes;
mais on peut s'assurer, en prenant la moyenne des lieux des nœuds
PÉRIODIQUES.
47
des étoiles filantes sporadiques, considérées indépendamment de toutes
les autres étoiles filantes, que cette explication n'est pas suffisante.
J'entends ici par lieu moyen des nœuds des trajectoires , le point de
la circonférence de l'équateur qui serait déterminé de la manière
suivante : Si, sur une circonférence sans pesanteur, on place, aux lieux
qui répondent à chacun de ces nœuds, des poids égaux entre eux, la
direction du rayon qui passera parle centre de gravité du système dé-
terminera la situation moyenne des nœuds sur cette circonférence.
Les calculs rigoureux pour prendre la moyenne conformément à
ce principe seraient fort longs ; mais on peut remarquer que les nœuds
des trajectoires varient généralement assez peu autour d'un certain
point de l'équateur. Remplaçant donc les cordes par les arcs, j'ai pris
la moyenne arithmétique des lieux des nœuds situés entre 0° et 180°, et
celle des lieux des nœuds qui tombaient entre 180" et 360°. La pre-
mière moyenne était ordinairement inférieure à la seconde, diminuée
de 180°. La moyenne générale devait par conséquent tomber vers le
point 0°, soit un peu en deçà , soit un peu au delà. Dès lors en ajoutant
360° à chacun des nœuds inférieurs à 180°, afin de continuer la gradua-
tion au delà du zéro, la moyenne générale était le résultat cherché.
Sans doute ce procédé est imparfait, mais il suffit pour constater la
prédominance d'une direction particulière dans les trajectoires des
étoiles filantes, relativement à l'équateur céleste. Voici les nombres
que j'ai obtenus:
ÉPOQUES MOYENNES.
B!( ÉLIMINAJIT LES ÉTOILES FILANTES SPORADI9DES.
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d'Aoilti fil.
ROVBIB
d'ëloiluGl.
LIBV aOTtli
des nieads.
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les et. fil. spor.
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des nœuds.
1843, août 9J,43.
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48 SUR LES ÉTOILES FILANTES
Ce point moyen marche sans doute suivant les heures du jour, ce
qui serait conforme à l'orientation constante des météores sur l'ho-
rizon; mais on ne peut guère nier la prédominance des trajectoires,
relativement à un certain point de l'équateur céleste.
Au reste, si l'on veut jeter les yeux sur les résultats individuels,
on verra que cette prédominance y est manifeste. Peut-être même
faudrait-il reconnaître deux fuseaux principaux d'émergence , dont
les arcs médians aboutiraient à l'équateur vers 240 et 330° d'as-
cension droite.
V. DE LA DÉTERMINATION DU MOMENT OU UNE APPARITION EXTRAORDI-
NAIRE d'Étoiles filantes atteint son maximum d'intensité.
L'objet de ce pagraphe est de faire voir qu'une expression com-
posée de termes dépendants des puissances successives du temps t,
représente la formule empirique la plus simple qu'on puisse sup-
poser pour calculer à chaque instant l'intensité de l'apparition , et
pour en déterminer l'instant du maximum et la durée. La formule
empirique qui se présente la première à notre pensée pour repré-
senter l'intensité d'un phénomène passager , discontinu , qui croît
pendant un certain temps, atteint un viaximum , puis décroît en-
suite, est celle-ci :
Il = X sin. a -1- (3 sin. 2 a +
dans laquelle n désigne l'intensité du phénomène, «, /3.... des
constantes , et a l'angle qui a pour cosinus î^^^, T étant l'instant
du maximum d'intensité , D la demi-durée du phénomène , et ^ le
temps au moment que l'on considère. Les résultats numériques de
cette formule ne sont d'ailleurs admissibles qu'autant que n est
positif. La fonction est donc nulle toutes les fois que ( T — t) > D ,
abstraction faite des signes de (T — ^) et de D.
PÉRIODIQUES. 49
La formule posée plus haut se réduit à celle-ci
n = m -4- pi -♦- çl* -4-
lorsqu'on introduit pour sin. a, sin. 2a, Içurs valeurs en fonction
du temps. tt v/ iio'\
Nous avons dit que cos. a = —g—' donc ,j *tt'»
= \/'-(¥)'
su. a
y \ u j
' Olb 110!
Si l'on extrait cette racine , on obtiendra une série ordonnée par
rapport aux puissances paires de T — t ; si l'on développe ensuite
ces puissances, on arrivera à une expression de la forme
sin. a = m, h- p,< -i- q,V -+-
En se bornant aux deux premières puissances du temps, l'ap-
proximation est encore des quatre-vingt-dix-neuf centièmes pour
o = 90« ± 30o.
Maintenant on sait que sin. 2a = 2 sin. a. cos. a. Si l'on mul-
tiplie l'expression précédente par 2— g—, le produit donnera encore
une expression de même forme, en sorte que
sin. 2a = mt -H p^ -«- q^ -t-
Il en serait de même pour les multiples suivants de l'angle a. Après
que l'on aura ajouté entre elles toutes ces expressions , multipliées
respectivement par les constantes «, /S..., on arrivera à la formule
annoncée
On pourrait déterminer les valeurs des quantités m, p, q, ..., en
fonction des constantes a, /3, ..., T et D. Lorsque l'expression nu-
mérique serait formée d'après les observations, on pourrait donc
trouver l'instant du maximum du phénomène et sa demi-durée , par
la résolution de certaines équations. Mais les relations des quantités
m, p, q... avec a, jS..., T et D sont très-compliquées, lorsqu'on
ToM. XVIII. 7
50 SUR LES ÉTOILES FILANTES
veut tenir compte de trois ou quatre termes dans le développement
de sin. a. Il sera , par conséquent, beaucoup plus expéditif de
chercher le temps T qui répond au maximum , d'après la formule
ordinaire, au moyen de l'expression même
n = m -^ pt -¥- qi^ -¥-....
On sait, en efiet, que cette formule donne un maximum pour la
condition
p -t- açi -I- = 0.
De plus , si l'on nomme T' l'instant qui répond au commencement
de la manifestation du phénomène , tellement que T — T' = D (en
admettant que le maximum coïncide avec le milieu de la durée ) ,
T' sera une racine de l'équation
m -i- pt -¥- qf^ -{- = 0.
Dans le cas des étoiles filantes, n ou l'intensité du phénomène,
est le nombre de météores que l'on aperçoit dans un temps donné ,
par exemple en une heure. Mais il faut avoir soin de tenir compte
des étoiles sporadiques , par l'addition d'une constante nouvelle k.
Ainsi la formule empirique qui représentera l'intensité d'une appari-
tion extraordinaire d'étoiles filantes pour l'instant t , sera définitive-
ment
n = (m -i- k) -^ pi -i- qfi -4- [E].
Le maximum , ou milieu de l'apparition , se déduira de la relation
o = p -¥- ^qt ■+- [F].
et le moment initial ou final , de celle-ci
0 = m -i- pt -\- ql^ -h- [G].
J'ai essayé l'application de ces formules à mes observations d'août
1842. La lune n'ayant point paru pendant ces observations , et les
étoiles filantes n'ayant été notées que quand le ciel était entièrement
PÉRIODIQUES.
51
serein , je crois les observations des différentes heures et des trois nuits
très-comparables. J'ai toujours occupé, pendant toute la durée des
observations, la même position. J'étais dans un lieu absolument
découvert de toutes parts, sur le sommet de la colline appelée Mont-
Panisel , près de Mons. J'étais couché à terre , les pieds tournés
vers l'Est. Je dois faire remarquer cependant que le nombre des
météores observés pendant la première partie de la nuit du 9 août
devrait être légèrement augmenté. Je n'avais pas encore remarqué
alors que beaucoup d'étoiles étaient suivies d'une autre à peu d'in-
tervalle , et j'en ai perdu ainsi un certain nombre pendant que
j'inscrivais celles qui avaient précédé. Mais plus tard j'attendais
toujours quelques instants avant de noter l'observation , et souvent
j'avais ainsi l'occasion d'inscrire deux numéros à la fois. Toutes les
fois que je le pouvais , je notais l'observation sans détourner les
yeux de la vue du ciel.
Cependant , comme on n'a pas les éléments d'une telle correction ,
d'ailleurs fort petite , j'emploierai les observations telles qu'elles sont
données dans les tableaux du paragraphe troisième. En les divisant
heure par heure , on trouve en exprimant les instants moyens en
parties décimales du jour , et en fixant l'origine du temps au 9 août
à midi , afin d'abréger les calculs numériques :
IKSTA.IT
mojron =: 1.
?(OXBKE
d'étoiles fiUntu
obiervMS.
ÉQUATIONS DE CONDITION.
1
.TOMBBE
d'étoiles filantes
calculé.
DIFFiBEXCE
calcul — obs«B.
0>,419
19
19
= {m-*-k) + 0,41 9p + 0,170} -^-
0,070r
^
-+- 8
0,454
27
97
= (m-+-*) -t- 0,454p -4- 0,2065 -+-
0,094r
99
-4- 2
0,406
98
28
=r {m-\-k) -t- 0,496p -t- 0,9463 +
0,192r
31
-V- S
0,548
44
44
= (m-+-*) -t- 0,548p-»- 0,3009 -*-
0,1 65r
33
- 11
0,000
S9
39
= (m-\-k) -t- 0,600p ■+■ 0,3609 -•-
0,21 6r
35
- 4
1,540
55
55
= (m+k) -t- l,549p + 2,400g -4-
5,7 I8r
57
-4- 2
2,410
52
32
= (m-t-*) -4- 2,41 Op ■+- 5,808g -+-
13,997 r
34
-+- 2
2,451
30
SO
= (m-hk) -^ 2,451p -4- 6,006g -t-
14,720r
52
-+- 2
9.492
33
S3
= (m4-«) -4- J,499p -4- C,îlîg -4-
15,478r
29
4
52 SUR LES ÉTOILES FILANTES
Le nombre 27 des étoiles filantes observées dans la seconde heure
a été conclu proportionnellement de cinquante minutes d'observa-
tion. On voit que j'ai tenu compte, dans les équations de condition,
du terme dépendant de la troisième puissance du temps. La consi-
dération des différentes puissances du temps jusqu'à la troisième
inclusivement suppose que l'on s'est arrêté au terme dépendant de
{—~Q-Y dans l'expression de sin. a , et qu'on a employé les termes
correspondants de sin. la.
Les équations finales , toujours d'après la méthode des moindres
carrés , sont :
34,Hd = {m ->r- k) -^ l,268p -t- 2,4129 -t- 5,398r,
3S,0d2 = {m -^- k) -+- i,902/) -+- 4,257^ -t- 10,032r,
34,361 = fm + A;j -4- 2,238p -t- 5,2745 -.- d2,666r,
33,503 = (m -^ k) + 2,357p -4- 5,660? -f- 13,7d2r,
qui , résolues, fournissent les coefficients numériques de la formule
empirique
n = + 9,520 + 43,885t -♦- 0,911 fi — 6,d98«3.
C'est au moyen de cette formule qu'ont été calculés les nombres de
l'avant-dernière colonne ; ils représentent les observations avec assez
d'exactitude.
Pour déterminer l'instant du maximum, il suffit de résoudre
l'équation
43,885 -4- d,954t — 18,594*2 :,= 0.
Cette équation a pour racine positive
T = 1^,590,
en sorte que la plus grande intensité du phénomène aurait répondu
au 10 août à 1 4'' 10-.
Si l'on admettait cette détermination , il faudrait reconnaître en
même temps que l'instant de culmination de l'apparition extraordi-
PÉRIODIQUES. 55
naire des étoiles filantes d'août 1842, a été de plusdecinq heures et
demie en retard sur la prédiction de K. Littrow '. î ■ . •
Nous avons obtenu m + ^ = 9,520. Si nous faisons k — S,] ainsi
que nous l'avons trouvé plus haut, l'équation qui déterminera le
moment initial du phénomène sera
— 6,i98/» -f- 0.977<» + 43,885< -+- 1,420 = 0.
La solution de cette équation m'a donné pour racine applicable à la
question qui nous occupe
T' = — 21.5665.
Cet instant initial répondrait au 6 août à 10''24'". Ainsi dès le 6 août
au soir l'apparition extraordinaire aurait commencé à se manifester.
Il n'y a dans ce résultat rien qui me paraisse en opposition avec les
idées admises. Enfin la durée totale de cette apparition aurait été
de 8'7''32"', et se serait par conséquent prolongée jusqu'au 14 août
à 17''56-.
Je n'attache pas une très-grande importance à ces différents résul-
tats : je ne crois pas les observations sufiBisamment nombreuses, pour
inspirer sous ce rapport une confiance absolue. En observant les
étoiles niantes d'août 1842, je n'avais pas pour but d'ailleurs d'en
déterminer le nombre total. Mais ce genre d'observation, beaucoup
plus facile que la détermination des trajectoires, traité par des for-
mules empiriques telles que celle que je viens d'employer, fournirait
cependant quelque lumière à la science. Ainsi, que le moment du
maximum de fréquence des météores soit bien déterminé pour plu-
sieurs années, et la période du phénomène, si elle est régulière, sera
connue indépendamment des apparitions anciennes. La durée de
l'apparition conduirait aussi à des appréciations de l'étendue du cou-
rant d'astéroïdes, dans le sens de l'écliptique. Depuis qu'on calcule les
' Comptée rendus de tacadémie des sciences, tom. XIII, p. 355.
54 SUR LES ÉTOILES FILANTES, etc.
trajectoires des étoiles filantes, les observateurs paraissent avoir pour
but principal de fournir des données à ces calculs, et rien n'est plus
méritant sans doute. Mais on pourrait aussi tirer des lumières utiles
de la seule considération du nombre, rigoureusement observé. C'est là
ce que j'ai eu surtout en vue de montrer, par les calculs de ce der-
nier paragraphe.
FIN.
SUR LES CORRECTIONS
DR
LA LUNETTE MÉRIDIENNE,
M. LIAGRE,
CiPITAIRE DD Simt, ANGIER iliyt DE L*iCOLE ■UlTÀIMi DE BEL6IQ0E.
(PraseoU i la i<ioce du I" février I84S.)
Ton. XVIII.
SUR LES CORRECTIONS
DE
LA LUNETTE MÉRIDIENNE.
PREMIÈRE PARTIE.
I.
La détermination exacte des ascensions droites des étoiles est une
des opérations les plus importantes de l'astronomie; mais c'est en même
temps l'une des plus délicates et des plus difficiles; elle a, comme la
détermination des longitudes terrestres, l'inconvénient de dépendre
essentiellement du temps; or, quoique cet élément, considéré sous le
point de vue théorique , soit susceptible de servir de mesure aussi
rigoureusement que V espace , il est cependant bien plus inflexible
que ce dernier ; les instruments auxquels il sert de base sont moins
faciles à conserver et à subdiviser que les instruments goniométriques,
dont l'homme peut augmenter les dimensions, et rendre les subdivi-
sions plus nombreuses et plus parfaites , à mesure que l'art de la
mécanique fait de nouveaux progrès. C'est pour ce motif que l'on a si
rarement déterminé des arcs de parallèles terrestres , tandis que nous
possédons un grand nombre de bonnes valeurs d'arcs de méridiens : la
première opération dépendait du temps, la seconde de l'espace.
i"" SUR LES CORRECTIONS
Depuis Picard et Roemer, les astronomes ont renoncé complètement
à obtenir les ascensions droites des astres par des mesures angulaires
prises hors du méridien; ils emploient exclusivement la méthode intro-
duite par ces deux grands observateurs , qui consiste à faire tourner
une lunette dans le plan du méridien, et à noter l'instant que marque
une pendule astronomique, lors du passage d'un astre au fil vertical
de l'instrument. Mais, pour que cette méthode donne des garanties suf-
fisantes d'exactitude, il faut : l** que la lunette reste constamment
dans le plan du méridien, quelqu'inclinaison qu'on lui donne relati-
vement à l'horizon ; 2° que la pendule soit toujours bien réglée , ou du
moins qu'elle ait une marche uniforme et connue. '
Satisfaire mathématiquement à ces deux conditions est une chose
impossible. Malgré le haut degré de perfection auquel on a porté la
construction des pendules astronomiques, leur marche est toujours
sujette à de petites variations, et fût-elle encore plus régulière, il n'en
faudrait pas moins la contrôler. En second lieu , quelque soin que l'on
puisse apporter à placer une lunette de manière à lui faire décrire
rigoureusement le plan du méridien , elle en déviera nécessairement
plus ou moins , soit immédiatement , soit au bout d'un certain temps.
Ce serait d'ailleurs une prétention illusoire que de vouloir rétablir à
chaque fois cet instrument dans le plan géométrique qu'il doit par-
courir ; cette marche donnerait lieu à des tâtonnements sans fin. En
effet, dans les petits mouvements que l'on produit par le moyen des
vis de rappel, la réaction ultérieure provenant de l'élasticité du métal
est telle, qu'il faut toujours , pendant l'opération , rester en deçà ou
aller au delà du but que l'on veut atteindre. Il vaut donc beaucoup
mieux , lorsque l'instrument est à peu près exactement établi , cesser
de le tourmenter, et lui laisser prendre de lui-même son état d'équili-
bre : alors on évalue sa déviation , et l'on ramène par le calcul chaque
observation au plan même du méridien où elle aurait dû être faite.
C'est à l'école de M. Quetelet que nous avons puisé cette règle , de
fixer d'abord aussi parfaitement que possible les instruments dans la
position qu'ils doivent occuper, et de n'y plus toucher ensuite que
DE LA LUNETTE MÉRIDIENNE. 5
dans le cas d'absolue nécessité. Cette manière d'agir , avantageuse
dans toutes les circonstances , me semble devenir indispensable lors-
que l'on se sert d'instruments à grandes dimensions, tels que les
lunettes méridiennes à très-larges ouvertures que l'on construit main-
tenant. Quelque prudence que l'on apporte en les déplaçant et repla-
çant , on risque toujours de donner naissance à des flexions ou à des
déviations , supérieures aux erreurs que l'on voulait corriger.
I Pour nous conformer à ce principe, de laisser autant que possible
l'instrument -en place, nous aimons mieux calculer la collimation,
que de la déduire directement d'expériences faites nécessairement de
loin en loin , et qui laissent toujours planer quelque doute sur sa va-
leur pendant l'intervalle qui s'est écoulé entre ces expériences. D'ail-
leurs, lorsque l'on veut évaluer, par le retournement de la lunette ,
le défaut de perpendicularité de son axe optique sur son axe de rota-
tion, il existe (outre le défaut inhérent au déplacement, que nous,
venons de signaler) une source d'erreur commune aux instruments*
de toutes grandeurs. C'est qu'il est très-rare que les tourillons re-
prennent, après le retournement , une position parfaitement symé- ,
trique à celle qu'ils occupaient avant; en sorte que, dans le second
cas , les erreurs d'inclinaison et de déviation azimutale de l'axe ;
peuvent différer sensiblement de ce qu'elles étaient dans le premier, .
et altérer ainsi la valeur de la collimation. Nous donnerons pour cal- ,
culer cette dernière correction, une formule très-simple et que nous
croyons nouvelle.
Quant à la seconde erreur de l'instrument, celle qui est relative à
la déviation de son axe dans le sens azimutal, nous la corrigerons
aussi à l'aide du calcul et des observations astronomiques. Ce moyen
est d'ailleurs celui que l'on emploie toujours pour faire cette cor-
rection. V 'KtM
Nous démontrerons plus loin qu'il est impossible de déterminer à
la fois, par l'observation directe du passage des astres, la marche de
la pendule, l'inclinaison de l'axe de la lunette et sa déviation azimu-
tale, quel que soit d'ailleurs le nombre d'équations de copditionque
6 SUR LES CORRECTIONS
l'on se donne. Nous sommes donc forcés d'évaluer l'inclinaison par le
moyen du niveau à bulle d'air.
Remarquons en passant que , des deux tourillons sur lesquels repo-
sent les lunettes méridiennes, l'un est ordinairement plein, tandis que
l'autre est évidé à l'intérieur : la disposition de ce dernier permet d'é-
clairer le champ de la lunette, au moyen d'une lampe placée sur le pro-
longement de l'axe. Cet arrangement me semble vicieux, car le second
tourillon ne doit pas être affecté de la même manière que le premier par
les changements de température , et leurs contractions et dilatations
ne peuvent marcher parallèlement '. Cet inconvénient est augmenté
par la chaleur de la lampe placée près du tourillon creux : celui-ci doit
se dilater pendant l'observation , par l'effet de la chaleur constante qui
le traverse, et produire ainsi une inclinaison momentanée de l'axe de
rotation. Il serait donc à désirer que l'on creusât les deux tourillons,
en les rendant aussi semblables que possible , et que l'on éclairât le
champ de la lunette en plaçant près de chaque pivot un petit miroir
qui projetterait, dans la direction de l'axe, la lumière d'une lampe
fixe servant à éclairer le cadran de la pendule. La z,one elliptique,
placée comme réflecteur au dedans du tube, serait partagée en deux
moitiés , l'une supérieure , l'autre inférieure , correspondant à chacun
des deux miroirs. Si l'on intercepte l'effet de l'un de ces derniers , une
moitié seulement du champ sera éclairée, et l'on pourra, dans la
moitié obscure, distinguer les astres à lumière très-faible, et même
observer leur passage sur le prolongement de la partie visible des fils.
Pour évaluer l'inclinaison de l'axe de rotation d'une lunette méri-
dienne , on se sert généralement d'un grand niveau à bulle d'air très-
sensible, que supportent deux branches recourbées par le haut en
forme de crochet : on le suspend par ces branches sur les tourillons,
• Je viens de voir mon opinion confirmée, en parcourant le lll" vol. des Astronomical observa-
tions, MADE AT TUE Radcliffe observatory. Oxford, 184i. On y trouve les lignes suivantes, introd.
page V : / camiot account for thc discordances perceptible in tlie resulls , but on the supposition
that the perforated pivot is more easily affected by changes of température , than the solid one :
they are too great and too consistent with preceding and following observations , to be ascribed to
accidentai errors.
DE LA LUNETTE MÉRIDIENNE. 7
dans deux positions renversées , et l'on obtient l'inclinaison par la
méthode connue.
Mais de cette manière , on opère sur la surface supérieure des tou-
rillons, et l'on doit s'être assuré au préalable qu'elle est exactement
parallèle à l'axe mathématique autour duquel s'effectue la rotation.
Pour faire cette vérification , on suspend le niveau sur les deux touril-
lons, et l'on tourne lentement la lunette de manière à lui faire décrire
à peu près une révolution entière autour de son axe : si , dans ce mou-
vement, la bulle du niveau ne quitte passes repères, il est extrêmement
probable que la forme des pivots est parfaitement circulaire , et que
l'on peut diriger la lunette vers tous les points du méridien, sans chan-
ger aucunement l'inclinaison ni la déviation azimutale de l'axe. Cette
épreuve n'est cependant pas tout à fait décisive , et elle peut quel-
quefois induire en erreur : tel serait le cas où les sections normales
aux deux tourillons seraient des courbes ovales qui , dans le mouve-
ment de rotation imprimé à l'instrument, soulèveraient ou abaisse-
raient de quantités égales les deux extrémités de l'axe idéal : cette
disposition, sans affecter l'inclinaison, pourrait cependant faire varier
la déviation azimutale. Sous ce rapport, un système de deux petits
niveaux , pareil à celui que M. Gambey a adapté aux lunettes méri-
diennes des observatoires de Paris et de Bruxelles, me semble mériter
la préférence '. Il donne l'inclinaison de l'axe idéal, et permet ainsi
de s'assurer par expérience de la perfection avec laquelle l'artiste a
exécuté les tourillons.
Dans des opérations aussi délicates que l'application du niveau à
l'axe d'une lunette méridienne, on évitera avec soin tout ce qui pour-
rait rendre la température d'une des extrémités de la bulle supérieure
à celle de l'autre , car les indications données dans ce cas seraient
fautives, la bulle se déplaçant par l'effet de la chaleur. Si l'on opère
avec le grand niveau , on aura la précaution de ne pas s'en servir
lorsqu'il vient d'être transporté d'une salle dans une autre ; mais on
* M. Biol a donné la description et l'explication de ce système dans la dernière édition de son
Astronomie, tome II, section II.
8 SUR LES CORRECTIONS
attendra, pour l'appliquer, que le liquide qu'il renferme ait acquis
une température sensiblement égale à celle de la salle d'observa-
tion. On se garantira par ce moyen des mouvements irréguliers et
brusques auxquels la bulle est sujette, pendant qu'elle se dilate ou
qu'elle se contracte.
Malgré toutes ces précautions, on n'obtient ainsi que l'inclinaison
actuelle de l'axe, et pour certains instruments, surtout lorsque leurs
dimensions sont considérables, elle parait très-variable. Cependant ,
si l'on a soin de prendre au commencement et à la fin de chaque série
d'observations d'étoiles l'inclinaison de l'axe de rotation , on courra
bien peu de chances d'erreur en adoptant pour l'inclinaison vérita-
ble la moyenne entre les deux déterminations. Cette double opération
est, à la vérité, très-assujettissante, car le maniement du grand niveau
demande le concours de deux personnes, et l'emploi des petits exige
seize lectures , pour donner une fois la valeur de l'inclinaison. Nous
nous réservons au reste d'indiquer, dans la seconde partie de ce mé-
moire , un moyen qui dispense totalement de l'usage du niveau , et
permet de trouver , par les seules observations astronomiques , l'incli-
naison de l'axe, aussi bien que les autres corrections de la lunette
méridienne.
Les formules qui résolvent les différentes parties du problème que
je me suis proposé sont très-simples, comme on le verra , et elles ne
renferment guère que des termes que l'on peut calculer d'avance et
réduire en tables , de sorte que le travail du calculateur se trouve
ramené à très-peu de chose. Elles permettront, je l'espère, d'adopter
avec facilité la marche suivante : a chaque fois que l'on observe les
passages d'une série d'étoiles , tirer des observations mêmes l'état
actuel de la lunette. » De cette manière, l'observateur sera sûr de ne
pas appliquer à ses résultats des corrections intempestives : la seule
chose qu'il ait à faire , c'est de comprendre , dans la série des observa-
tions de chaque jour , quelques étoiles fondamentales, dont les ascen-
sions droites ne laissent aucune incertitude. La suite de ce travail fera
ressortir les considérations qui doivent guider dans le choix de ces
DE LA LUNETTE MÉRIDIENNE. f
étoiles , pour qu'elles fournissent les résultats les plus sûrs et les plus
avantageux possible.
J'ai divisé ce mémoire en deux parties : dans la première , je déve-
loppe la méthode générale pour déterminer , au moyen des observa-
tions de trois étoiles fondamentales, la collimation et la déviation
azimutale de la lunette méridienne, ainsi que l'avance absolue de la
pendule; en supposant que l'inclinaison de l'axe de l'instrument ait
été obtenue par le niveau à bulle d'air.
Dans certains cas spéciaux, l'observateur pourra recourir avec suc-
cès à des méthodes particulières , appropriées aux circonstances dans
lesquelles il se trouvera , et aux moyens qu'il aura à sa disposition :
elles sont exposées dans la seconde partie de ce travail.
II.
Commençons par rappeler la formule connue qui lie entre eux
l'instant du passage d'un astre au méridien d'un lieu, celui de son
passage au fil vertical de la lunette , et les erreurs dont l'instrument
et la pendule peuvent être affectés :
Soit H l'heure que marque la pendule lors de l'observation du passage d'une étoile fondamen-
tale au fil milieu du réticule.
AR l'ascension droite de cette étoile, donnée par les tables.
a l'avance absolue de la pendule.
i l'inclinaison de l'axe de la lunette dans le sens vertical ; désormais nous l'appellerons
simplement inclinaison de l'axe.
a la déviation de cet axe dans le sens azimutal; nous la désignerons par le seul mot
déviation de l'axe.
c l'erreur de collimation.
/ la colatitude du lieu d'observation.
p la distance polaire de l'étoile observée.
Quant aux signes , nous supposerons :
Pour H- i que l'axe est soulevé à l'Orient.
-»- o que son extrémité orientale dévie vers le Sud.
•<- c que le fil vertical décrit dans le ciel un petit cercle qui tombe à l'occident du méridien.
ToM. XVIII. 2
10 SUR LES CORRECTIONS dil
Ainsi, chacune de ces trois erreurs est positive lorsqu'elle a pour
résultat de faire arriver une étoile du Sud au fil vertical de la lunette
uprès son passage au méridien vrai.
Pour fixer les idées, nous supposerons dans ce qui va suivre, que
l'étoile observée passe au sud du zénith; mais la relation à laquelle
nous parviendrons sera générale , et nous verrons qu'elle s'adapterait
également bien à toute autre situation de l'astre, en ayant toutefois
égard aux signes que prendraient alors les lignes trigonométriques.
Les trois erreurs de la lunette étant supposées chacune très-petites,
on pourra, comme il est permis de le faire pour ces sortes de quan-
tités , les considérer séparément , et en faire la somme algébrique
pour obtenir l'erreur totale qui résulte de leur ensemble sur l'instant
du passage de l'astre.
Afin d'abréger le discours , appelons N le point Nord de l'horizon ;
S le point Sud ; P le pôle céleste ; Z le zénith du lieu d'observation.
Si l'axe de rotation est incliné , le fil du réticule décrira , non pas
le méridien , mais un grand cercle que je nommerai cercle d'incli-
naison , et qui coupera le méridien aux deux points Nord et Sud ,
s'en écartant le plus au zénith : l'angle de ces deux grands cercles est
égal à l'inclinaison i de l'axe. L'étoile se trouvant sous le fil en un
point E, sera donc à une certaine distance angulaire EE' du méri-
dien : or le triangle sphérique SEE', rectangle en E', fournit la
relation :
sin EE' = sin ES sin ».
Mais à cause de la petitesse de l'angle i, on peut remplacer son sinus
par l'arc lui-même, réduit en secondes, c'est-à-dire, multiplié par
le rapport ^'"„ ; pour la même raison, il est permis de faire sin EE'
= EE' ^^^, et de substituer à l'arc ES la quantité ES qui lui est sen-
siblement égale. On obtient donc :
EE' = t sin E'S = i cos E'Z,
ou enfin
EE' = i cos {p — l).
DE LA LUNETTE MÉRIDIENNE. Cf
Supposons en second lieu que l'erreur d'inclinaison n'existe pas ,
et que l'axe soit seulement dévié dans le sens azimutal : le fil par-
courra alors un grand cercle de déviation, qui coupera le méridien
au zénith , en y faisant avec lui un angle a , et qui s'en écartera le
plus à l'horixon. Soit E, la position de l'étoile sur ce cercle, E', la
place qu'elle occuperait dans le méridien. On tirera du triangle
ZE.E; la relation :
sin E,E,' = sin ZE, sin a,
OU bien comme ci-dessus :
E,E/ == a sin (p — l).
Enfin , l'erreur due à la coUimation est une constante c. Les arcs
EE', E,E', , c seront réduits en temps sidéral , en les divisant par
15 sin/), et l'équation fondamentale sera par conséquent :
H = AR + a -t- » : \- a
15 sin p iSsinp 15 sin p
Si l'étoile que l'on considère passait entre le zénith et le pôle, elle
arriverait alors au cercle de déviation avant d'atteindre le méridien
vrai; il faudrait donc changer le signe de a dans la formule précé-
dente, mais en même temps y remplacer l'arc {p — l) par (/ — p)',
quant au signe de t il reste le même, puisque le cercle d'inclinaison
tombe tout entier d'un même côté da méridien , dans la partie du ciel
qui nous est visible. Or ces changements se feront d'eux-mêmes, si
l'on conserve la formule générale telle qu'elle est, en ayant égard an
signe négatif que prend ici l'arc {p — /).
Enfin , si l'étoile observée était à son passage inférieur , elle arri-
verait aux cercles d'inclinaison et de collimation avant son passage
' Cette formule a clé donnée par divers auteurs. On la retrouve autrement démontrée dans un
mémoire de M. Cerqnero, imprimé dans le X.* volume de la Correspondance mmtliématiqut de
M. Quetelet , et dans un travail de M. Littrow, inséré dans le tome I" des Memoirs of the aslron.
soc. of London. , _. -
0 SUR LES CORRECTIONS
au méridien , et au cercle de déviation après ce même passage ; de
plus, sa distance zénithale serait ici {p ■{- l)', on aurait donc l'équa-
tion :
. ^ . cos ( » + i) sin ( » -4- i ) c
H=AR-»-a — i ^A -' -f- a ^^ '
d5 sin p 15 sin p 15 sin p
et l'on voit qu'elle pouvait encore se déduire de la formule générale ,
en considérant la distance polaire comme négative dans les passages
inférieurs.
m.
Supposons donc que l'on ait noté l'heure que marquait une pen-
dule sidérale, à l'instant du passage de trois étoiles fondamentales;
soient jo, jo°, jo' les distances polaires des trois astres; AR, AR", AR'
leurs ascensions droites apparentes; H, H°, H' les heures respectives
de la pendule lors des trois observations : nous aurons les relations
suivantes :
.cos(p — 0 ûxi[p—l) c
H = AR -h a -^- t : H a
H° = AR" -t- « -+- t —-^ — -^ -t- a
IS
ï sin
P
cos
(p".
-l)
15
sin
P"
cos
(P'-
-l)
15 sin p 15 sin p
s\n{p° — l) c
15sinj9° "*" 15 sin p" '
sin (p' — l) c
15 sin jb' 13 sin p' 15 sin p''
que nous pourrons mettre sous la forme
cos ( » — / ) sin ( p — l) c
(1) .... 15(H— AR) = T =15»-+- t V- -+a ^^ '
sin p sin p sm p
cos(»° — l) sin(p° — l) c
(2) . . . . 15(H" — AR'') = r=15aH-i . „ + a ^^ ' -
sin p sin p sm p
cos(p' — l) sin (»' — l) c
(3). . . . 15{H'— AR')=T' = 15«-4- t . , ' + a '/ , ^ -h -■
sin p sin p sm p
Le système de ces trois équations entre quatre inconnues peut
d'abord se ramener facilement à celui de deux équations entre trois in-
DE U LUNETTE MÉRIDIENNE. il
connues, par l'élimination directe de 15a. Soustrayant de l'équation (1)
chacune des deux suivantes, on arrive à deux relations de la forme:
(1-2) D° = A°t -4- B°o -»- K°c,
(1-3) D' == A'» -♦- B'o + K'c,
dans lesquelles
cos(p— () co»(p"— I) cos J«in(p*— p) , cot (p — t) eoi {p'—l) co» t sin (p'— p)
MO p ÙD p° sio p lia po ' lin p sio p' «in p sio p' '
•in(p— O sin (p°— <) «in / sin ( p— p" ) _ »in (p—l) »in {p'—l) sio tsin (p — p')
■in p sin p° >in p sin p» ' ilo p tin p' sin p sin p' '
1 1 sin p'— sin p 1 1 sin p'— sin p
K» = -; — -: = — : : ; K = - —
sin p sui p" ' sin p sin p' sin p sin p sin p sin p
D« = T — T» ; D" = T — r.
En considérant la forme des coefficients trigonométriques de i et
de a, on peut conclure deux choses: la première, c'est que si l'on veut
éliminer l'une de ces deux inconnues, l'autre disparaît d'elle-même,
ce qui permet de déterminer la valeur de c, quoique l'on ait disposé
seulement d'un nombre d'équations inférieur à celui des incon-
nues. La seconde conséquence à tirer de ce fait, c'est qu'il est impos-
sible, même en se donnant un nombre d'équations supérieur à celui
des inconnues, d'obtenir séparément les valeurs de * et de a, tant
que l'on ne connaît pas l'avance absolue « de la pendule.
Pour démontrer la première proposition, multiplions l'équation
(1-2) par A', et l'équation (1-3) par A»; il vient
BOA' = A°A't + B-A'a -t- K'H'c ,
A°D' = A"A'i -i- A'-B'a -t- k'K'c :
Soustrayons
D'A' — A-D' = (B-A' — A°B')o h- (rA'— A°K')c.
Or, en jetant les yeux sur les valeurs trigonométriques de A<>, A', 8°, B',
on voit que
sin l cos l sin (p — p") sin {p' — p)
B°A'
A°B' =
sin' p sin p° sin p'
sin l cos i sin (p° — p) sin {p — p')
/ij > ; . sin'p sinp° sinp'
14 SUR LES CORRECTIONS
aiasi^ le coefficient de a se réduit à zéro, ce qui donne :
D'A' — A'-D'
W 0
K°A' — A'K'
Il serait aisé de s'assurer que cette propriété de déterminer la col-
limation, indépendamment des autres erreurs de l'instrument, au
moyen des observations de trois étoiles, subsiste, quelles que soient les
positions relatives de ces astres, au Nord ou au Sud du zénith , à leur
passage supérieur ou inférieur.
La disparition simultanée des coefficients de i et de a suffit pour
montrer l'impossibilité de déterminer à la fois les valeurs de ces deux
inconnues; mais on parvient au même résultat par l'analyse suivante,
qui est plus directe, et qui a l'avantage de fournir une relation très-
simple entre l'erreur de la pendule et chacune des deux inconnues en
question.
Après avoir remplacé dans les équations (1) et (2) la collimation
par sa valeur numérique, c", déduite de la formule (4), éliminons *
entre ces deux nouvelles relations, en multipliant la première par
«os (p°- g^ 1^ seconde par '^° .^~ ' ; nous obtenons :
r sin o '
siD p' r sin p
(t \ /cos (p°— i)\ cos(p<>—l) cos(p°— J) cos (p — Z)cos(po— J) sm(p—l)cos{p'—l)
T : ■ : =:M = 15« ■ -t-i Ha : ;
sin p / \ sin p» j SID p° sin p" sin p sin p« sin p sin p»
/ c" \ j cos (p~l)\ cos {p — l) cos{p — l) ^ cos {p-— l) cos (p—l) s\n(p»— l) cos (p—l)
I T» : : =M" ; = 15a -t-i : ha ; ;
\ sinp°y \ sinp y sin p sm p sin p sin p° siq p sin p°
M sin p cos (po — l) — M" sin p» cos (p — i) = 15a cos Z sin (p — p») + a sin (p — p°),
d'où enfin
Msinpeosfp» — i)— M°sinp»cos(p— J)
(y) a -1- 15a cos / = : — ; •
sm {p~p')
Le premier membre étant indépendant de la déclinaison des étoiles
observées, il s'ensuit qu'autant d'équations que l'on voudra, combi-
nées entre elles, mèneront toujours à un résultat final dans lequel a et a
DE LA LUNETTE MÉRIDIENNE. iS
auront les mêmes coefficients affectés des mêmes signes, ce qui empê-
chera de déterminer les valeurs particulières de l'une ou l'autre
inconnue. Il est visible, et l'on pourrait d'ailleurs s'en assurer facile-
ment, que l'indétermination subsistera toujours, quelles que soient les
étoiles que l'on choisisse pour se procurer les trois équations de con-
dition.
Si l'on voulait tenter d'éliminer a pour dégager la valeur de i, on
serait arrêté par la même impossibilité, mais l'on arriverait à une rela-
tion entre» et i, aussi simple et aussi symétrique que la précédente:
on trouverait ainsi :
. .„ . , M sin » sin fn"— /) — M° sin n" sin (» — /)
8in (p°—p)
Nous aurons occasion de revenir sur les deux équations (y) et (d)
dans la suite de ce travail.
Pour nous rendre compte géométriquement du motif de l'indéter-
mination que nous venons de signaler, regardons la collimation
comme connue, puisque nous venons de voir comment on peut en
obtenir la valeur , et mettons l'équation fondamentale sous la forme :
15(H — AR) sin p = 1S« sin p + i cos {p — l) + a sin {p — l) •*■ c".
Le premier membre représente un petit arc du parallèle de l'étoile,
compris entre le méridien du lieu et la position de l'astre, à l'instant
de son passage par le fil vertical de l'instrument. En se donnant deux
autres équations analogues, on aurait trois arcs différents, aboutissant
tous au méridien du lieu; et si l'on savait résoudre le système des
trois équations, en conservant les arcs eux-mêmes, on pourrait
estimer séparément quelle portion de l'écart total hors du méridien il
faut attribuer aux trois inconnues «, i, et a en particulier : par suite
on obtiendrait la valeur de chacune d'elles. Mais il n'en est pas ainsi ;
car en éliminant « entre les trois équations, de manière à obtenir deux
16 SUR LES CORRECTIONS
relations entre a et i, on remplace les trois distances au méridien, dont
nous venons de parler, par les différences de deux d'entre elles à une
troisième. Or, dans cette opération , le méridien disparaît complète-
ment; les différences de distances qui nous restent ne nous appren-
nent plus rien par rapport à la position de ce plan, car elles peuvent
être interceptées entre des cercles horaires quelconques. L'inclinaison
dont les deux équations restantes renferment l'expression analytique
se rapporte donc à l'horizon indéterminé du lieu qui a pour méridien
un quelconque des cercles horaires dont nous venons de parler, et le
cercle de déviation passe par le zénith de cet horizon arbitraire. Dans
l'état actuel, le problème est donc impossible, mais il deviendra tout
à fait déterminé, si l'on connaît l'avance de la pendule, ce qui fixe
le méridien du lieu d'observation; ou l'inclinaison de l'axe, qui fait
connaître son horizon; ou enfin la déviation azimutale, qui déter-
mine son zénith.
On voit déjà qu'un horizon artificiel doit pouvoir aussi résoudre le
problème, car il donne la verticale du lieu: nous y reviendrons plus
loin. Quant à la collimation , elle échappe à l'indétermination que
nous venons de mentionner, parce qu'elle est indépendante de la
position du lieu sur la terre.
ÏV.
Nous supposerons donc, dans ce qui va suivre, que le niveau nous
ait fait connaître, en secondes de degrés, l'inclinaison de l'axe de la
lunette ; nous substituerons cette valeur à la place de * dans l'une des
relations que l'on obtient en éliminant par soustraction 15a entre les
trois équations fondamentales, et nous aurons ainsi :
(2-3) D" = A"t + B"a -i- K"c ,
d'où
B"a = D" — A"» — K"c,
DE LA LUNETTE MÉRIDIENNE. 17
remplaçant dans cette formule i et c par leurs valeurs connues, et les
coeilicients A", B", K" par leurs expressions trigonométriques :
. . sin (p° — »') ^„ , gin (»"■ — p') sinp" — sinp'
a sin l . „ . ^, = D" -+- i cos / . „ . ^; h- c t^î- r-^ ,
sin p sin p sin p sin p sin p" sin p
. . . .. . sin P° sin »' cos i (p''-f-p')
o sin / = i cos / + D" ^-^„ ^ + c f^^ — ^7- ,
sin (p'-p') cos i{p" -/>')•
ou enfin
(S) a sin / = t cos i + N , " ■* * '
en faisant
IS =3 D" sin p°8in/>' ^ ^ cos^ (p°-t- p')
""^ sin (p" — p') cos I (p- — p' )
Pour que la valeur de a soit déterminée avec toute l'exactitude
désirable, il faut que le terme D", qui renferme les erreurs inévita-
bles commises sur l'instant de chaque observation, soit multiplié par
un facteur très-petit : c'est ce qu'on obtiendra en choisissant deux
étoiles dont les distances polaires jt>°, p' soient peu considérables et
de signes contraires ; c'est-à-dire deux circompolaires, l'une à son
passage supérieur, l'autre à son passage inférieur. Par là, le numé-
rateur du coefficient de D" s'approchera du minimum, et son dénomi-
nateur du maximum.
La quantité a étant ainsi obtenue , on pourra , comme vérification,
la faire servir à calculer une nouvelle valeur de i, au moyen de deux
autres étoiles circompolaires, prises toujours l'une au-dessus, l'autre
au-dessous du pôle : l'équation à résoudre sera dans ce cas :
(6) t cos i = a sin I — N'.
Dans la formation des' valeurs de N et de N', on se rappellera que
D" <=» r— T'«= IStiH- -4- AR') — (H'-^ AR°)].
ToM. XVIII. 3
18 SUR LES CORRECTIONS
Nous avons encore à trouver l'expression algébrique de la coliima-
tion , que nous avons laissée sous la forme générale
A'D" — A°D'
" ~ A'K° — A^K' '
remplaçant A.% A', K% K' par leurs valeurs trigonométriques :
cos / sin ip'—p) cos l sin (p° — p)
sin /) sin p' sin p sin p"
sin p" — sin p cos i sin (p' — p) sin p' — sin jo cos < sin (p° — p)
sin p" sin p sin p sin p' sin p' sin p sin p sin p"
simplifiant
D°sinp sinp° sin (p' — p) — D' sin p sin p' sin (p" — p)
c
(sinp° — sinp)sin(p' — p) — (sinp' — sinp)sin(p° — p) '
transformant le dénominateur de manière à le rendre logarithmique ,
on peut le réduire à l'expression
i sin p sin i(p°— p) sin i{p'—p) sin i(p'—p°),
ce qui donne
D° sin p° sin (p — p') — D' sin p' sin (p — p°)
" 4 sin i(p— p°) sin | (p — p') sin | (p"— p')
OU enfin
g _ 1)0 sin p° cos i (p—p') ^ j^, sin p' cos j {p—p°)
^ > • • " — 2sin i(p—p°) sin i (p''—p') "*" 2 sin i (p—p') sin i (p'—p°)
D", D' sont affectés des erreurs d'observation : pour que l'incertitude
qui règne sur les valeurs de ces quantités ait le moins d'influence pos-
sible sur l'exactitude du résultat, il faut que chacune d'elles soit mul-
DE LA LUNETTE MÉRIDIENNE. 19
tipliée par un coefficient numériquement très-petit. On ramènera
simultunémcnt à cet état les deux fractions
sin p" C08 i (p — p') sin p' cos { (p — p")
61
2 sin i (p—p") gin è ip'—p') 2 sin i(p— p') sin i (p'-p") '
en prenant pour p° et p' des arcs très- petits et de signes opposés, et
pourp un arc voisin de la plus grande distance polaire à laquelle la
^ latitude du lieu d'observation permette d'atteindre : autrement dit, les
étoiles qu'il convient d'employer à la recherche de la collimation ,
sont deux circompolaires , l'une à son passage supérieur, l'autre à son
passage inférieur, et une troisième étoile peu éloignée de l'horizon
sud. De plus, sip° est plus grand que/?', il sera bon défaire en sorte que
par compensation, 2 sin { (p — jd' ) soit plus petit que 2 sin { (p — jo<»),
ce qui revient à prendre de préférence à son passage inférieur celle
des deux circompolaires qui est la plus éloignée du pôle. De cette
manière, on ramènera à la fois les deux numérateurs à être très-
petits, et les deux dénominateurs à être aussi grands que possible.
Ces conditions s'accordent, comme on le voit, avec celles qui don-
nent la détermination la plus avantageuse de la déviation azimutale.
VI.
Connaissant ainsi les valeurs de i, a et c, on les substituera dans
l'équation fondamentale relative à celle des trois étoiles qui est proche
de l'horizon, ou mieux encore à une quatrième étoile voisine de
l'équateur, et l'on en déduira l'avance absolue de la pendule. Pour
faciliter cette opération, j'ai dressé la table (I), qui se trouve à la fin
de ce mémoire, et où sont calculés, pour 28 étoiles fondamentales,
les logarithmes des facteurs
cos (p — 1} sin (p — /)
15 sin p ' 15 sin p 15 sin p
La latitude introduite dans le calcul est celle de l'observatoire de
20 SUR LES CORRECTIONS
Bruxelles, 50° 51' 11"; j'ai adopté pour distance polaire de chaque
étoile la valeur moyenne de cet élément pendant l'année 1846. Pour
les étoiles équatoriales , la variation annuelle en déclinaison est
très-peu sensible , et la table pourra servir sans aucune modification ,
et avec toute la rigueur désirable, pendant un assez grand nombre
d'années. Quoiqu'une erreur, même assez considérable, sur la valeur
de ces coefficients soit de très-peu d'importance , vu la petitesse des
quantités i,aet c qu'ils multiplient, il sera utile cependant de cal-
culer de nouveau ces logarithmes tous les trois ou quatre ans, du
moins pour les étoiles circumpolaires.
VIL
La formule que j'ai donnée pour évaluer la collimation :
^ ^ sin p" cos i ip—p') sin p' cos j jp—p")
2 sin i {p — p") sin i (p" — p') 2 sin i {p — p') sin i (p' — p") '
est assez longue à calculer : elle exige d'abord que l'on forme les va-
leurs numériques des expressions | (jo — p'), I {p — p°), î {p° — p')',
puis que l'on ouvre douze fois les tables; enfin, que l'on fasse deux
additions de six logarithmes chacune.
Le premier moyen qui se présente à l'esprit pour la simplifier, est
de choisir convenablement différents groupes de trois étoiles fonda-
mentales dont les distances polaires soient, je suppose, p,p°, p' , et
de réduire en tables les coefficients trigonométriques de D° et de D',
coefficients que je représenterai par A" et A'. Mais les quantités
p, p°, p' variant inégalement et indépendamment les unes des autres
dans l'intervalle d'une année, il faudrait commencer par calculer
leurs valeurs à des époques assez rapprochées , puis former les expres-
sions numériques de A" et de A' pour ces différentes époques, se réser-
vant d'interpoler dans l'intervalle. Cette marche appliquée à une
quinzaine de groupes, pour l'espace de deux ou trois ans, conduirait
DE LA LUNETTE MÉRIDIENNE. -21
à des tables incommodes et donnerait lieu à des calculs presque
impraticables.
J'ai donc eu recours à une autre méthode , qui me semble à la fois
simple et générale, et dont l'esprit consiste « à calculer A° et A' une
fois pour toutes, en y supposant kp, p*^, p' des valeurs moyennes entre
la plus grande et la plus petite qu'atteignent ces quantités pendant le
temps que les tables doivent servir ; et à évaluer séparément la correc-
tion à faire subir aux expressions numériques fondamentales A° et A',
lorsque p,p'^,p' s'y changent en {p + dp), {p° + dp°), [p' + dp'). »
dp, dp°, dp' représentent ici la différence entre la distance polaire
réelle de chacune des trois étoiles, à l'instant de l'observation, et la
distance polaire moyenne que l'on a prise pour point de départ.
Tel est, dans sa généralité, le moyen que j'ai adopté pour réduire
le calcul de la collimation à quelques opérations très-courtes. Mais
une première remarque à faire , lorsque l'on arrive aux détails , c'est
que pour les étoiles voisines de l'équateur, la variation annuelle en
déclinaison est très-peu considérable, ses plus grands écarts de la
valeur moyenne étant de 10 à 12 secondes environ: d'ailleurs, pour
cette classe d'étoiles , une erreur assez sensible sur la distance polaire
a une influence presque nulle sur la valeur qu'on en déduit pour la
collimation. On peut vérifier cette dernière assertion , en regardant
a, { et a comme nuls dans l'équation fondamentale
T = 15a -♦- i ; -+- a
sin p sin p sin p
eten la différentiant par rapport aux variables c et p ; elle devient alors
de :^ c cotg p dp :
cette relation prouve que, si l'on introduit dans le calcul de la colli-
mation une distance polaire un peu fautive, l'inconvénient sera d'au-
tant moindre que l'étoile sera plus près de l'équateur. Or, nous avons
vu que l'étoile dont la distance polaire esip doit avoir une faible décli-
2-2 SUR LES CORRECTIONS
liaison : les deux circonstances que nous venons d'indiquer, se réunis-
sent donc pour nous permettre de considérer cette déclinaison comme
constante pendant quelques années, sans qu'il en résulte d'erreur ap-
préciable sur la collimation calculée.
Il n'en est pas de même des circom polaires : pour elles, au con-
traire, il faudra soigneusement avoir égard aux moindres changements
de déclinaison , comme le fait voir la relation déjà invoquée
de = c cotg p dp;
d'ailleurs, pour cette classe d'étoiles, la variation annuelle en décli-
naison est très-considérable ; pour la polaire , par exemple , elle s'élève
à 50" et au delà.
Ces prémisses posées, reprenons la formule (7) et occupons-nous
seulement du premier terme du second membre, car l'autre se déduit
de celui-ci , en y changeant jo*' en p' et réciproquement. Voyons donc
ce qu'il devient lorsque l'on y remplace les distances polaires p°, p'
par (p° -\- dp°), (p' + dp'). Or, à cause de la petitesse des arcs dp°,dp'
on peut les regarder comme se confondant avec leurs sinus, négliger
leurs puissances supérieures à la première, et égaler leurs cosinus à
l'unité. La question revient donc à diflférentier la fonction,
. „ sin p" cos i{p — p')
2sini(/j— ;>°)sini (p" — ?')'
en y regardant jo° et p' comme variables. On obtient ainsi, toute
réduction faite :
_ dp'cos j(p-p')[sip 1 (p-f-p°) sin j (jy-p') —sin \{p-p<>) sin \ ( p"-Hp')] -4- dp' cos |(p-p-) [sin \ (p-p°) sin p"]
~ 4 sin* J (p — p") sin» |(p"—p')
Cette formule très-symétrique peut se transformer en cette autre,
un peu plus commode pour le calcul,
dp' cos'i (p — p') I ; — COS p» ) -t- dp' sin p" sm \ (p — p") cos j (p — p")
,,„ \cos i(p — p) /
d\ = — -— — — — •
4 sin» i (p — p») sin' J(p' — p')
DE LA LUNETTE MÉRIDIENNE. 23
On trouverait de même
/ co« 1 ( p -t-p" ) \
dp cos* \(p — tr) — — ■ — co$ p' -«- dp"«iDp'«in |(p-p')<
.., \co»i Kp — p^) /
~ 4tin*i(p-p')8in'i(p'— P")
calculant les facteurs trigonométriques, on pourra poser
dk" = Vdp" -t- P'dp'
dX' = Q'dp" -^ d'dp .
et la collimation sera donnée par la formule
f = D" [A" H- P°dp° -+- Vdp'-\ -4- D' [A' -4- QV/)» + Q'rfp'] ,
dans laquelle A% A', V°, P', Q°, Q' sont des quantités constantes que
j'ai données toutes calculées dans la table (II) ; les logarithmes des
arcs différentiels dp se trouvent dans la table (III), depuis 0" jus-
qu'à 3'; D% D' se déduisent, comme on le sait, de l'heure du passage
des étoiles comparée à leur ascension droite donnée dans les tables.
La table (11) renferme les six constantes de la collimation, cal-
culées pour 28 groupes de trois étoiles fondamentales : chacun des 14
premiers groupes se compose d'une étoile à faible déclinaison , de la
polaire (passage supérieur ou inférieur) et de tîde la petite Ourse (pas-
sage inférieur ou supérieur). Les 14 derniers sont formés au moyen
des mêmes étoiles à faible déclinaison, mais les circompolaires sont
ici X de la petite Ourse et 51 (Hev) de Céphée. Les étoiles voisines de
l'équateur ont été choisies , sous le rapport de leurs ascensions droi-
tes, de manière à ce que , dans toutes les saisons, on pût toujours en
observer quelques-unes pendant les heures de la nuit; j'ai indiqué,
auprès de chaque étoile, la distance polaire que je lui ai supposée
dans le calcul des constantes qui s'y rapportent : c'est du reste la
distance polaire moyenne de 1846. J'ai rejeté l'emploi de quelques
étoiles très-convenables par leur position , mais qui m'ont inspiré de
la défiance , parce qu'il existe des discordances notables entre leurs
24» SUR LES CORRECTIONS
ascensions droites indiquées dans le Nautical Almanac , le Berliner
Jahrbuch et la Connaissance des temps.
VIII.
Nous sommes donc maintenant en état de rectifier la position
d'une lunette méridienne, et de régler la marche de la pendule; nous
savons aussi quelles sont les étoiles que nous devons choisir de préfé-
rence pour atteindre chacun des deux buts. Mais il peut être intéres-
sant de savoir s'il n'existe pas dans le ciel de point désavantageux,
autour duquel les observations destinées à faire connaître les valeurs
de chacune de nos inconnues en particulier présentent peu de certi-
tude.
Reprenons à cet effet l'équation fondamentale
„ ■„ . cos (p — l) _ sm{p — l) c
T = 1 5a ■+- i ; + a : -+- ,
sin p sin p sin p
et supposons que tout y soit constant, sanf le temps T et la collima-
tion c; différentions-la par rapport à ces deux variables, il vient:
de = <fr sin p.
L'erreur inévitable, cTT, commise sur l'instant de l'observation sera
donc d'autant plus préjudiciable à la détermination exacte de la
coUimation , que l'étoile observée sera plus voisine de Téquateur;
remarquons toutefois qu'on aurait tort de conclure de la relation
précédente, que de est proportionnel au sinus de la distance polaire
de l'astre observé; cela ne serait vrai qu'autant que c?T put être
regardé comme constant pour toutes les déclinaisons ; mais l'expé-
rience prouve que l'incertitude qui règne sur l'instant du passage
d'une étoile est elle-même d'autant plus grande que la distance po-
laire est moindre: dï est donc fonction de j». Malheureusement cette
DE LA LUNETTE MÉRIDIENNE. 28
fonction n'est pas de nature à être rigoureusement exprimée dans le
langage algébrique; elle doit mémo varier, non-seulement avec les
différents observateurs, mais encore avec le grossissement delà lunette,
avec le diamètre apparent qu'elle conserve à l'étoile, avec l'état plus
ou moins calme de l'air , etc.
Voulons-nous maintenant connaître l'influence qu'une erreur sur
le temps de l'observation aura sur la détermination de la déviation
azimutale , afin de savoir quelles sont les étoiles qu'il faut éviter
d'employer à la recherche de cet élément? DifTérentions l'équation
fondamentale par rapport aux variables a etT: il vient
da = dT
ou, en développant
da = dJ
pour les passages supérieurs,
da = dT
8in/>
sin (p — ') '
cosec l
cotg / — cotg p
cosec /
cotg / ^ colg p
pour les passages inférieurs.
Le minimum d'erreur sera donné dans les deux cas par cotgp = QO,
c'est-à-dire par /> = 0*> ou 180° : l'observation la plus avantageuse
se fera donc près des pôles de l'équateur.
Le maximum, pour les passages supérieurs, s'obtiendra en faisant
p = l, ce qui indique le zénith ; et, pour les passages inférieurs, en
faisant/) — 180° — /, cequi correspond au nadir. Les observations qui
présentent ici le moins de garanties d'exactitude se rapportent donc
aux étoiles voisines des pôles de l'horizon.
On peut conclure de là, comme nous l'avons déjà fait pour la coUima-
tion, que, des deux circompolaires que l'on emploie pour obtenir la va-
leur de la déviation azimutale, celle qui est la plus éloignée du pôle doit
être prise de préférence à son passage inférieur, et la plus voisine du
Ton. XYIII. 4
26 SUR LES CORRECTIONS
pôle, à son passage supérieur. En effet, si l'on opère autrement, on a
le double désavantage de s'approcher du zénith en s'éloignant du
pôle; tandis qu'en suivant la marche que j'indique^ si l'on est forcé
de s'écarter du pôle, du moins on se rapproche de l'horizon, et l'on
rachète ainsi un inconvénient par un avantage. Dans l'exemple que
je traite plus loin, je ne me suis point conformé à cette règle, d'abord
parce que le recueil où j'ai puisé mes données ne renferme pas un
très-grand nombre de circompolaires prises à leur passage inférieur ;
et que la principale condition que je cherchais à remplir, était de
trouver un groupe de trois étoiles qui eussent été observées, à peu de
jours d'intervalle, par des astronomes différents. D'ailleurs, voulant
éprouver, par un exemple numérique, le degré d'exactitude auquel
mes formules permettent généralement d'atteindre, je n'ai pas cru
devoir choisir un cas où se trouvaient réunies toutes les circonstances
les plus favorables.
Enfin, dans le cas où l'on voudrait calculer l'inclinaison de l'axe
en supposant connue sa déviation, on peut désirer savoir quelles
sont les étoiles les moins propres à donner avec précision la valeur de
cette inclinaison : on le trouvera en différentiant par rapport à i et
à T l'équation fondamentale, qui donne
ou bien
di = dJ
pour les passages supérieurs.
di = rfT
cos {p — /) '
sec l
tang l -i- colg /j
sec l
tang l — cotg p
pour les passages inférieurs.
Ici encore, l'erreur sera la moindre possible pour jo = 0"^ ou 180°;
elle sera la plus grande pourp = 90° + ^j autrement dit à l'horizon
sud, dans les passages supérieurs, et pour p = 90° — /, c'est-à-dire à
l'horizon nord dans les passages inférieurs.
DE LA LUNETTE MÉRIDIENNE. 27
IX.
Il ne me reste plus, pour terminer cette première partie, qu'à
soumettre à l'épreuve d'une application numérique la théorie géné-
rale que j'ai développée jusqu'ici. Pour me dégager plus sûrement de
toute idée préconçue, je me suis servi d'observations étrangères : celles
que je rapporte sont tirées de l'excellent recueil rédigé sous la direc-
tion de M. Airy, et intitulé : « Astronomical observations made at the
royal observatory, Greenwich , in the year 1842.
10 mai 1842.
^Corvi H = 121" 25- 39«,55 AR = 12" 2C» 8;80 p = 112» 31'3»" \ observatioDS
y UrsŒ majoris. H- = 11 45 3,88 AR"= 11 45 53,11 p"= 35 25 39 J- de
PoUri» (p. i). H' = 13 129,93 AR'=13 2 6,52 p' = 1 31 59 (— ) ) M. Heniy.
Pour rendre les observations aussi précises que possible, nous
corrigerons le passage de la polaire de l'aberration diurne, en lui
ajoutant 0",49 : ainsi H' = 1 S*" 1 " 30',42.
Calcul de la collimation.
c == D" sin p' C08 i ip—p') ^ jy sinp'cQg i(p— p°)
2 sin i (p—p") sin i {p'—p') 2 sin i (p—p') sin 4 {p'—p") '
D» = d5 [(H -t- AR°) — (H" -t-AR)] = — 1".50;
D' = 15 [{H -t- AR') — (H' + AR)] = -t- 101".40;
i(j»— p')=.57M'49"; i(/>— p°) = 38° 33' 0"; if/)"— p') = 18° 28' 49".
logD" = 0,1 7609 (—) logiy =2,00604
log sin p' = 9,76317 log sin p' = 8,42738 (— )
logco8i(/>— p') =9,733)6 logcosi(p— j»°) =9,89324
compl log 2 = 9,69897 compl log 2 = 9,69897
C. log sin i (p —p') = 0,20537 C. log sin i {p —p') = 0,07626
C. log sin i (p°— p') = 0,49897 C. log sin i {p'—p") = 0,49897 (— )
0,07773 (-) 0,60086 (+)
Nombre. . . . 1",20 (— ) Nombre. . . . 3",99 (-♦-)
c = -♦■ 2",79.
28 SUR LES CORRECTIONS
Trois jours après, le 13 mai, M. Ellis a observé les mêmes étoiles, et
c'est cette circonstance qui m'a engagé à les choisir pour exemple de
calcul , quoique y Ursae majoris soit une circompolaire peu avanta-
geuse, comme étant trop éloignée du pôle, et passant très-près du
zénith de Greenwich. Les observations de M. Ellis sont les suivantes :
/3 Corvi H = 12" Sd" 37;23
y Ursse majoris. H° == H 45 1,58
Polaris .... H' = 13 \ 28,36 = 13" 1" 28";85
avec la correction d'aberration diurne.
On trouve ici :
D° = — 2",40; D' = -<- 116",40;
et l'on en conclut comme précédemment. . .
c = -t- 2",67.
Cette seconde valeur n'est inférieure à la première que de 0",12;
ainsi, à trois jours de distance, les observations de deux astronomes
différents donnent une coUimalion qui est la même à un dixième de
seconde d'arc. Ce résultat prouve à la fois l'exactitude de la méthode de
calcul que je propose, et la précision des observateurs anglais. L'opé-
ration du retournement de la lunette avait donné le 6 avril 1",51 dans
le même sens. Cet accord peut être regardé comme très-remarquable.
Calcul de la déviation azimutale.
a sin i = i cos i -f- N :
« T^ S'" P" *'" P' '^^^ 5 (p" -t-p')
IN = U — + c
sin [p" — p' ) cos 1- {p° — p' )
Nous admettons , pour pouvoir comparer nos résultats à ceux de
DE LA LUNETTE MÉRIDIENNE.
29
Greenwich, que la coUimation et l'inclinaison soient respectivement ,
à la date de 10 mai,
C = -4- i"M
i = - 2",81
telles qu'on les trouve dans le recueil.
Cela posé, les observations des deux circompolaires, faites par
M. Ilenry, donnent
D = 15[(H° -4- AR') - (H' -+- AR»)] = 103",05.
log D = 9,01505
logsinpo = 9,76317
log c = 0,17898
logsinp' = 8,42738 (-)
log C08 î (p"-«-p') = 9,98071
log «
= 0,44871 (-)
C. log sin (p -p) = 0,22094
C. log cosl(p«— p) =■0,02299
log cos l
= 9,89340
0,42454
0,18268
0,34211
Nombre . . . 2,058 (-)
Nombre. . . 1",523
N = (-) 1",135
Nombre.
. = 2",198 (-)
ainsi
d'où l'on tire
« sin / = {— ) 3",333
o = — 5",35.
Les calculateurs de Greenwich ont trouvé, par la combinaison de
deux passages successifs de la polaire
Différence.
o = - 6".15
0",8.
Cette seconde valeur doit être préférée à la mienne, à cause du peu
d'avantage que présente, comme je l'ai déjà dit, la position presque
zénithale de y Ursae majoris , surtout pour la déviation azimutale.
Cependant un désaccord de huit dixièmes de seconde d'arc est bien
peu de chose , et il est douteux qu'aucune mesure directe puisse don-
ner un résultat plus satisfaisant.
30 SUR LES CORRECTIONS
En calculant de même les observations faites par M. Ellis le 13 mai,
et en faisant, comme dans le recueil
fi = H- l",5l
i ^ — 2",88
on trouve D^ 11 8",80 , et l'on en déduit
a = — 6",08. A Greenwich, cet élément est porté,
pour ce jour, à — 6",-47
Différence 0",39.
Il serait difficile, je crois, d'obtenir une concordance plus grande.
DE LA LUNETTE MÉRIDIENNE. 31
SECONDE PARTIE.
METHODES PARTICULIERES.
Collimation.
J'ai donné, dans la première partie de ce mémoire, une méthode
générale pour déterminer la collimation d'une lunette méridiennne,
par les seules observations astronomiques, et indépendamment des
autres corrections de l'instrument. Quoique je la croie très-avanta-
geuse dans la grande généralité des cas, je ne la regarde cependant
pas comme exclusive, et je pense que dans certaines circonstances
particulières, surtout lorsque l'instrument à vérifier sera de petite
dimension, on pourra employer avec succès la méthode directe du
retournement. Quelquefois l'on fera bien de combiner les deux
méthodes, ce qui permettra peut-être de découvrir, dans la construc-
tion de la lunette, certaines défectuosités qui seraient restées cachées
sans ce double moyen de vérification.
Lorsque l'on a recours au retournement pour évaluer la collimation,
on se sert ordinairement d'une mire méridienne, placée à grande dis-
tance; mais ce moyen ne peut guère être employé que dans les obser-
38 SUR LES CORRECTIONS
vatoires fixes, où même il n'est pas toujours praticable à cause des
constructions voisines qui masquent quelquefois l'horizon : d'ailleurs,
des effets latéraux de réfraction terrestre peuvent souvent induire en
erreur.
Ces inconvénients n'existent pas dans le collimateur horizontal :
c'est une espèce de petite lunette à large ouverture et à court foyer,
montée comme celle des passages, et placée sur le prolongement de
celle-ci, de manière à ce que les deux objectifs se regardent. Au foyer
du collimateur se trouvent deux fils formant entre eux un angle très-
aigu; le champ est éclairé fortement par un réflecteur placé oblique-
ment près de l'oculaire du collimateur. A l'aide de ce système, tout
se passe comme si les fils étaient situés à une distance infinie, et ils
peuvent être très-bien distingués à l'aide de la lunette méridienne ,
quoique celle-ci ne soit distante que de quelques pas. Au moyen du
fil micrométrique de cette dernière, on partage également l'angle des
deux fils croisés, dans deux positions renversées de la lunette, et l'on
obtient ainsi le double de la collimation.
A défaut de mire ou de collimateur, on peut encore avoir recours aux
circompolaires, cette classe d'étoiles si utile pour l'établissement des
instruments méridiens. Observons par exemple la polaire , aux trois
premiers fils A, B, C de l'instrument , et après la troisième opération ,
effectuons le retournement. La quatrième et la cinquième observation
se feront de nouveau aux fils B et A , et tout se passera comme si
l'étoile arrivée au fil C, revenait sur ses pas pour traverser une seconde
fois les fils B et A, Si donc la collimation est nulle , l'intervalle entre
les observations ( A,C) , ( B,C) sera le même que celui qui sépare les
observations (C,A ), (C,B) ; sinon , en représentant par t, t' , t°, t'° ces
quatre intervalles respectifs, on aura pour l'expression de la collima-
tion en arc :
{t — („) 13 sin p
{f — 1'„) d5 sinp
DE LA LUNErrE MÉRIDIENNE. 33
Gomme cette méthode n'exige pas que les circompolaires observées
soient parfaitement connues de position, on sera uniquement guidé,
dans le choix des étoiles à employer, par la force de la lunette dont on
dispose : plus le grossissement sera considérable , plus l'étoile pourra
être voisine du pôle sans cesser pour cela d'avoir un mouvement
apparent sensible, et plus l'opération comportera d'exactitude. Sir
James South a donné dans le I^*^ volume, 2^ partie, des Mémoires
de la société astronomique, un petit catalogue de 15 circompolaires
qui sont très-propres à cet usage.
Il est inutile de faire remarquer que toutes ces méthodes supposent
que l'inclinaison et la déviation de l'axe sont identiquement les mêmes
avant et après le retournement; il y a plus, la dernière implique ta-
citement que l'inclinaison et la déviation sont nulles, ou du moins
négligeables; car si cela n'avait pas lieu, le fil moyen du réticule se
trouverait aune distance sensible du méridien, et l'obliquité delà
route de l'étoile, avant son passage à ce fil, ne serait pas la même qu'a-
près ce passage : la collimation pourrait donc être nulle, quoique les
temps correspondants l et /', ^'^ et <'° fussent inégaux entre eux. Néan-
moins , comme il est toujours facile d'amener les deux premières cor-
rections à être très-peu considérables, on n'en doit pas moins regarder
ce dernier procédé comme l'un des plus exacts et des plus commodes
que l'on ait suivis. lia en sa faveur l'autorité de M. Littrow (mémoire
déjà cité); de sir James South [Observations on the collimation ad-
justment ofa transit instrument, etc. Mem. ofthe astr. soc, tome I),
et de MM. Schumacher et Hansen {Astronomische Abhandlungeny
herausgegeben von H. C. Schumacher, tome I^"").
Collimation par les doubles passages de la polaire combinés avec
le passage d'une étoile à faible déclinaison.
Dans les observatoires spéciaux, où la lunette méridienne est géné-
ralement un instrument à grandes dimensions , construit avec soin et
fermement établi sur des fondations solides; où la pendule astrono-
ToM. XVIII. 5
34 SUR LES CORRECTIONS
inique a une marche uniforme et connue ; où enfin l'on observe la
polaire chaque fois que le ciel le permet, comme le recommandait
Bradley , il sera souvent très-commode de déterminer la collimation
par les doubles passages delà polaire, combinés avec l'observation
d'une étoile à faible déclinaison. Dans ce cas, on peut regarder les
erreurs de la lunette comme constantes pendant l'espace d'un jour ,
ou du moins pendant douze heures , et alors la formule de la collima-
tion se simplifie considérablement.
En effet , supposons que l'étoile dont la distance polaire a été re-
présentée par p'' dans la formule générale soit la polaire à son passage
inférieur, p' correspondant au passage supérieur de cet astre : si l'on
admet l'hypothèse parfaitement légitime que sa déclinaison n'a pas
varié, pendant l'intervalle des deux passages, de manière à produire,
une différence appréciable sur la valeur des coefficients trigonométri-
ques qui sont fonction de cette déclinaison, on pourra remplacer po
par — ^' dans les deux termes qui forment l'expression de c , et la
formule (7) deviendra :
c = D» ^"^ ^ (P — Pl ^ n' cos i (p -hp') _
2 sin J (/)-+-/>' ) 2sini{p— p')
Pour réduire en tables les coefficients de D" et de D', on les calcu-
lera pour une valeur de jo qu'il est permis , comme nous l'avons vu ,
de regarder comme constante pendant plusieurs années, et pour une
valeur moyenne de p'. Les corrections qu'il faudra leur faire subir
lorsque p' aura sensiblement varié, s'obtiendront en difftérentiant par
rapport à cette variable les deux facteurs :
cos i {p — p') cos ^ {p •*- p')
gt J
2 sin i (p -t- p') 2 sin i {p — p')
ces diffîérentielles sont
cos p . , cos p
dp' -— — — — î- et dp'-
4 sin 'i (p + p') 4 sin *i (p — p')
DE LA LUNETTE MÉRIDIENNE. 55
Ces quantités réduites en nombre, seront les corrections dont il faut
frapper les coefficients de D** et de D', calculés une fois pour toutes ,
pour les rapporter à la déclinaison véritable de la polaire à l'instant
de l'observation.
Ainsi l'on obtiendra la coUimation par la formule :
c = D" (A« — P» rfp') H- D' (A' -4- P' dp').
La table (IV) donne les valeurs de \°,\.',V°,V', calculées pour la po-
laire et pour 14 étoiles fondamentales situées à de grandes distances
du pôle nord. Les déclinaisons sur lesquelles est basée la construction
de cette table , sont les déclinaisons moyennes de 1846.
On sait que D", D' sont donnés par la comparaison de l'ascension
droite des étoiles , avec l'heure que marquait la pendule au moment
de l'observation; D** se rapportant au passage inférieur de la polaire,
D' à son passage supérieur.
Remarquons pour terminer que les expressions différentielles
4sin. ' i (j) -t-p') ' 4 8in'i(p — p')
que nous venons de trouver directement, auraient pu se déduire de
l'expression différentielle générale que nous avons posée plus haut :
^^, _ dp» co» î (p - pO [»in| (p-Hpo)«in { fp»— p*) — «in j (p ~ p°) »\n \ (p»-4-p')] -4- dp' sin p* sin^ (p — p') cos j (p — p°) .
4«in';(p — p«>)sin'i(|)<>-p') ^
car, en y faisant
p» =—/>', dp<'=— dp',
celle-ci devient :
dk" = dp' «'QS^ (p — p')sin {{p—p') — cosj (p -4- p') sin j (p -*-p').
4 sin'; (p -t- p') sinp'
dM> dp' (isi"(P-^P')-i«i»(f-p)\ .
\ 4 sin'i (p -t- p') sinp' /
ou enfin
cosp
dk'=—dp'
4 sin » 1 (p -f- p' )
36 SUR LES CORRECTIONS
On retrouverait par une marche analogue la valeur de c/A', mais
la méthode directe est beaucoup plus expéditive.
Inclinaison de l'axe.
Nous avons constamment supposé , dans la première partie de ce
mémoire, que l'inclinaison de l'axe de la lunette avait été déterminée
à l'aide du niveau à bulle d'air : ce procédé n'est pas toujours prati-
cable , certaines classes d'instruments méridiens , tels que le cercle
mural, ne se prêtant pas à son emploi ; il exige de plus que l'on ait à
sa disposition un niveau très-bon , très-sensible, et dont la valeur
angulaire des divisions soit parfaitement connue; enfin, la chaleur
produit sur la marche de la bulle des anomalies dont il n'est pas tou-
jours possible de prévenir les effets.
En général , il faut éviter autant qu'on le peut de vérifier un instru-
ment à l'aide d'un autre instrument : ce dernier ne pouvant qu'appro-
cher plus ou moins de la perfection , l'inexactitude dont il est affecté
se réfléchit sur le premier , où souvent elle est amplifiée considérable-
ment. L'art de l'observateur consiste alors à procéder par des mé-
thodes qui compensent en grande partie les défauts inhérents à la
construction de l'instrument comparateur, mais il est bien rare qu'on
parvienne à les annuler tout à fait. C'est ainsi que l'on peut , par le
retournement, corriger l'inégalité des deux branches du niveau à
bulle d'air , mais l'erreur ne sera complètement éliminée que si , dans
les deux opérations , les branches se trouvent dans des circonstances
identiques de température et de position ; c'est ainsi encore que l'on
est parvenu à rendre cet instrument d'une sensibilité extrême , mais
alors la difficulté revient à connaître la valeur exacte d'une de ses
divisions, et quelque soin que Ton apporte à la détermination de cet
élément, il est toujours sujet à quelque incertitude. Dans l'introduc-
tion du recueil des observations faites à Greenwich , en 1842, on
DE LA LUNETTE MÉRIDIENNE. 57-
voit le détail de celte opération délicate, et les valeurs extrêmes qui
ont été trouvées pour une division du niveau sont 1",153 et 1",358 :
cette quantité n'est donc certaine qu'au sixième de sa grandeur , et
une inclinaison de l'axe de 6" laisse une indécision de 1 ".
Le collimateur vertical , dont le capitaine Kater a donné la des-
cription dans les Transactions philosophiques, 1828, me semble un
des appareils les plus propres à faire connaître si l'axe de rotation
est incliné ou non , mais il se prête moins bien à faire connaître la
valeur angulaire de cette inclinaison.
Un des procédés les plus simples pour évaluer la quantité dont
nous nous occupons , est d'observer la polaire directement, et par ré-
flexion sur un horizon artificiel. Si l'inclinaison est assez sensible,
on conçoit que l'on puisse avoir le temps d'observer cet astre des deux
manières au même fil du réticule : le temps écoulé entre les deux pas-
sages, réduit en arc, donne le double de l'élément cherché. Cette
méthode est trè*-commode , mais elle n'est applicable que lorsque
l'inclinaison s'élève à plusieurs secondes; elle est employée avec succès
pour le cercle mural , qui , par sa nature, ne doit se trouver qu'à peu
près dans le plan du méridien. Je proposerai plus loin une modifica-
tion à ce procédé , qui le rend applicable à la lunette méridienne ,
et lui donne toute la précision que l'on est en droit de désirer pour cet
instrument.
Détermination de l'inclinaison de Vaxe au moyen de deux observa-
tions directes et d'une observation par réflexion.
J'ai fait remarquer, à la fin du § III de la première partie, qu'une
observation sur un horizon artificiel devait faire disparaître l'indéter-
mination qui empêchait de résoudre complètement, par des moyens
purement astronomiques, le problème général qui fait l'objet de ce
mémoire. C'est ici le lieu de développer cet aperçu.
38 SUR LES CORRECTIONS
Reprenons les deux équations (y) et ( J) de ce paragraphe :
M sin p cos (p° — l) — M" sin p" cos [p — /)
(y) o H- JSa cos / !
{</•) t -+- dSa sin / =
sin(;> — p")
M sin p sin (p" — l) — M" sin p" sin (p — l)
sin [p° — p)
et éliminons « entre elles : il vient
. , . , M sin p [sin J cos (p» — /) -i- cos i sin fp" — J)] — M" sinp^^rsin Icos (p — I) -t- cos J sin (p — 0 ]
a sin 1 — i cos l = . :
slu (p — p»)
ou , en faisant les réductions :
, sin p sin p"
o sin i — t cos i = (M — M° ) -;-
sin (p—p°)
Or il est clair que si j'avais combiné deux autres équations quelcon-
ques, le premier membre n'aurait pas changé; et j'aurais seulementob-
tenu une nouvelle expression de la différence ( a sin / — i cos /). Mais
cette manière de poser la difficulté nous met elle-même sur la voie qui
doit nous conduire à sa solution : en effet, on est naturellement con-
duit à se demander s'il n'y aurait pas un moyen de changer en somme
cette deuxième différence. Or, si l'on vise au-dessous de l'horizon, l'in-
clinaison change de signe , tandis que la déviation reste la même ; nous
allons donc, en conservant nos deux premières équations fondamen-
tales , introduire dans une troisième la condition que nous visons au-
dessous de l'horizon : ceci revient à changer le signe de *, ou bien , ce
qui s'accorde mieux avec la marche de l'analyse trigonométrique que
nous avons suivie jusqu'ici, à remplacer (p — /) par 180° — {p — l).
Nos trois équations fondamentales seront donc, dans ce cas :
sin p sin p sm p
cos (p" — /) sin (p" — l) c
sm p° sm p° sin p"
rp„ .« .cos(p" — Z) sia ip"-l] c
1 = ioa — t ^; 1- O : H
sinjD sm p sinp
DE LA LUNETTE MÉRIDIENNE. 59
La valeur de c ayant été déterminée par la méthode connue , nous
la transporterons dans ces trois équations ; représentant par M, M°, M"
les trois quantités , T ^, T° A , T" — -A^, et éliminant 1 5«
T ' 5in p «m p» ' sin p '
entre la dernière et chacune des deux autres , nous aurons :
°^ \ »in p» sin p" I \ «in p" sin p" } '
M - M" = »■ i^^ALl^J} + C08 p" — 0\ ^ ^ / sin (p — l) _ sin(y" — Q \
\ sinp sinp" / \ sinp sinp" )
Éliminant a et faisant les simplifications^ on obtient :
(M° - M" ) sin />" sin (p — p" ) — (M — M") sin p sin (p' — p")
W • • ■ • ^'^ 2sin(p — p'')co8(p" — i)
Ainsi, après avoir trouvé la collimation, on pourra obtenir l'incli-
naison de l'axe en combinant deux des observations directes qui ont
servi à déterminer le premier élément, avec une troisième observation,
faite par réflexion sur un horizon artificiel.
Pour que l'inclinaison soit obtenue avec toute l'exactitude désirable,
il faut que les coefficients de (M» — M") et de (M — M") soient
ramenés simultanément à leur minimum : or, celte condition exige :
1° que p" soit peu différent de /, ou que l'étoile observée par réflexion
s'éloigne peu du zénith; 2° que p et p° soient de signes contraires,
et peu considérables : les étoiles observées directement, que l'on em-
ploiera à la recherche de i, seront donc les deux circompolaires qui
ont servi déjà à trouver la collimation.
Inclinaison par r observation, alternativement directe et réfléchie,
du passage des circompolaires aux différents fils de la lunette.
Le moyen précédent m'a conduit à un autre , qui n'est qu'une
modification du procédé employé ordinairement pour le cercle mural.
40 SUR LES CORRECTIONS
mais qui permet d'estimer isolément la valeur de l'inclinaison de l'axe,
avec une exactitude supérieure à tout ce que peuvent donner les ins-
truments employés jusqu'ici. Cette méthode me parait mériter d'être
traitée avec quelque détail.
Admettons que la lunette dont on se sert, soit munie d'un réticule
de cinq fils verticaux, comme celle de l'observatoire de Bruxelles:
observons une circompolaire , à son passage supérieur, je suppose,
directement au premier fil, par réflexion au second, et ainsi alter-
nativement jusqu'au cinquième, où l'observation sera directe. L'er-
reur due à la collimation ne dépend que de la déclinaison de l'étoile;
elle ne change donc pas de l'observation directe à l'observation ré-
fléchie : celle qui provient de la déviation azimutale reste aussi cons-
tante , puisque l'on a successivement pointé à des distances égales
du zénith et du nadir; le temps qui sépare deux observations con-
sécutives ne sera donc altéré que par l'inclinaison de l'axe, et l'erreur
apparente sera fonction du double de cette inclinaison.
Soient donc i l'angle d'inclinaison de l'axe (nous le supposons soulevé à l'Ouest);
E l'espacement moyen de deux fds du réticule , exprimé en arc ;
A le temps écoulé entre l'observation directe au 1^"^ fil, et réfléchie au 2'
B » » réfléchie an 2* fil , et directe au 5'
A' j) » directe au 3° fil , et réfléchie au 4'
B' » » réfléchie au 4'= fil, et directe au S*.
Quoique l'espacement des fils soit assez bien connu pour pouvoir
ramener au fil milieu une observation incomplète, il s'en faut de beau-
coup cependant que l'on puisse en répondre à une seconde d'arc : or il
nous faut une précision supérieure à cette limite, soit donc
a la diff'érence angulaire qui existe entre la distance du i" au 2" fil, et la valeur moyenne E;
H » » » 2^ au 3" » »
a » » » 3* au 4" » »
/S' » » » 4" au 5" » »
Cela posé, en remplaçant pour un instant par la lettre t l'expression
DE LA LUNETTE MÉRIDIENNE.
il
• cm(p— /)
15 lia p
, nous pourrons former les équations
A »
B =
A' =
B' =
iSsin p 15sin p
E 0
ISsin p ISsin p
E a'
iSsio p ISsin p
E 3'
i^sin p ISsin p
A — B =4( +
15sïn p
I a — /3
d'où l'on lire A' — B =4/ -•-
A' — B' = 4< -t-
— 2<
15 sin p
a'-ff
15 sin p
ajoutant membre à membre ces trois dernières relations, et résolvant
par rapport à «.
W.
12 ( = (A + 2A')- (B'-h2B) —
{a-^2i') (/3'-t-23)
15 sin p 15 sin p
Pour éliminer toutes les quantités relatives à l'inégal espacement des
fils, prenons une seconde circompolaire à son passage supérieur, et
observons-la cette fois par réflexion au premier fil , directement au
second, et ainsi de suite. Nous aurons alors, en remplaçant par t' la
quantité r°'<P'-'^
19 «in p'
B„ =
15 sin p' 15 sin p'
E a
: -4-
15 Sin p' 15 sin p'
A '= -4- ~
iDsinp 1
B„'=
5 sin p
— 2/
-t- 2/
— 2/
-4- 2/'
B„ — A„ = 4/ -*-
B„ — A„' = 4/ +
B.'-A/=4/ -t-
n
-- a
15
sinp'
a
— a'
15
sinp'
0'-
— a
15 sin p'
15 sinp' 15 sinp'
De ces trois dernières on tire :
(10). . . . 12/ = (B/ + 2B,) - (A. -f- 2A„') -
ToM. XVIII.
■ 2a'
/3'-4-2^
15 sinp' 15 sinp'
6
42 SUR LES CORRECTIONS
Remplaçant t et «' par leurs valeurs, et chassant les dénominateurs,
on obtient :
(9). . d2jcos(i9— Z) = 15sin/)[(A -^-2Â') — (B'-+-2B )] — (<x-t-2a')-+-(/3'-+-2^)
(iO). . 12icos(/)'-«) = i5sinp'[(B„'-4-2B„)— (A„-t-2Ao')] + (a-i-2a') — (/3' + 2/3).
Ajoutant ces deux équations , on fait évanouir tous les termes dé-
pendants de l'inégalité d'espacement des fils , et l'on a
1 2t [cos (p-i) -t- cos(p'- /)] = 15 sinj9 [(A+2A') — (B'-h2B)] -+- 1 a sinjo' [{B„'+2B„) — (A„-»-2A„')] ;
ou enfin
i 5 sin p [(A + 2A') — (B' + 2B)] -t- i 5 sin />' [(B„'+ 2B„) - (A„ +■ 2A'„)]
(11). . 24t==
cos i {p — p' ) COS i (/) -4- /)' — 20
La valeur de * sera d'autant plus exacte que les termes renfermant
les erreurs commises sur les instants des passages seront multipliés par
des coefficients plus petits. Les deux étoiles observées doivent donc être
très- voisines du pôle, pour que le numérateur soit réduit au minimum;
de plus, elles doivent s'écarter peu l'une de l'autre, et du zénith du
lieu, pour que le dénominateur soit un maximum ; on voit donc que
les passages supérieurs sont préférables aux passages inférieurs. On
pourrait néanmoins appliquer la méthode que nous venons d'indiquer
à deux passages inférieurs, ou à un passage supérieur combiné avec
un passage inférieur. La seule remarque à laquelle il faille faire atten-
tion dans la pratique, c'est que chaque fil doit servir successivement à
une observation directe et à une observation réfléchie. Quant à l'ap-
plication de la formule , il suffit de regarder comme négatifs les arcs
qui se rapportent à un passage au-dessous du pôle.
Si l'on croit pouvoir répondre que l'inclinaison reste constante pen-
dant 12 heures, on simplifiera la formule en prenant la même étoile
à ses deux passages successifs : on obtient alors la relation
, . ^> 24 i cote » cos i
(12). . . ^/- =(A + 2A')-*-(A„-h2A'„)-(B + 2B')-(B„ + 2B'J.
15
.11:
DE LA LUNETTE MÉRIDIENNE. 43
Si nous calculons le premier membre pour la polaire et pour la
latitude de Bruxelles , il devient à peu près 48t.
Les erreurs accidentelles que l'on a pu commettre sur chacune des
dix observations se seront probablement compensées en partie , et
celles qui proviennent de l'équation personnelle, ou de la marche de
la pendule, se détruisent totalement, puisque l'on ne procède que par
les différences entre les instants des passages. Le second membre de
notre formule sera donc en général plus exact que ne le serait l'ob-
servation du passage de la polaire à un fil unique. Admettons cepen-
dant qu'il soit en erreur de 5 secondes de temps, et il donnera encore
la véritable valeur de l'inclinaison au 10*= de seconde en arc.
Il est évident que la méthode que nous proposons sera susceptible
d'une précision d'autant plus grande que le nombre des fils du réticule
sera plus considérable. Si nous avions pris pour exemple un réticule
à onze fils verticaux , comme il en existe à certaines lunettes méri-
diennes, nous aurions obtenu 140 fois la valeur de l'inclinaison au
lieu de 48 fois seulement. Une erreur de 14 secondes en temps, nous
donnerait encore ici l'exactitude du 10*^ de seconde en arc.
I
Déviation azimutale par les passages de deux étoiles. '
Lorsque l'on a déterminé la collimation d'une lunette et l'incli-
naison de son axe, soit par la méthode générale, soit par un des
procédés particuliers que nous venons d'indiquer, il est facile d'ob-
tenir la déviation azimutale par l'observation de deux étoiles.
Soient en effet p°,ja' les distances polaires des deux astres, H°, H'
les instants de leurs passages au fil de la lunette , corrigés de la colli-
mation et de l'inclinaison ; AR°, AR' leurs ascensions droites j « l'a-
vance absolue de la pendule ; nous aurons les deux relations :
sin (p- — l)
H" = AR" -4- a + o
H' = AR' -t- a + a
15sinp°
8ID (p' — 0
15 sinp'
44 SUR LES CORRECTIONS
Éliminant « entre ces deux équations , on obtient
a sin l sin (p° — »')
IS [(H" -t- AR') — (H' -I- AR°)] = D" = . : , ,
" sin p sin p
d'où l'on tire
,, sin p" sin p' D"
UJ
JiJ«i
(13) a sin i = D"
sin (p°— p') cotg p' — cotg p"
Telle est l'expression très-simple qui fait connaître la déviation azi-
mutale : c'est en eifet ce que l'on aurait tiré directement de notre
équation ( 5 ) $ IV, en y supposant c = o et * == o. D
Cette formule montre clairement que , si l'on veut que les erreurs
d'observation dont la quantité D" est entachée aient très-peu d'in-
fluence sur l'exactitude de a, il faut que le coefficient — — -, soit
" T colg p — cotg p»
le moindre possible, c'est-à-dire, quep° etp' soient petits et désignes
contraires. On choisira en conséquence, ainsi que nous l'avons déjà
dit , deux circumpolaires, l'une à son passage supérieur, l'autre à son
passage inférieur.
C'est donc à tort qu'Andréa Conti donne pour précepte d'employer
à la détermination de la déviation azimutale deux étoiles différant
beaucoup en déclinaison \ et qu'il choisit à cet effet des groupes
d'étoiles situées à environ 45° l'une au-dessous , l'autre au-dessus de
l'équateur. Cette dernière disposition surtout est la plus désavanta-
geuse que l'on puisse adopter : car en supposant deux étoiles dont
les déclinaisons soient -j- 45° et — 45°, la formule précédente
devient
D"
a sm 1 = — ;
2
tandis que pour la polaire et une étoile équatoriale , elle serait
. , . D"
o sin t ^ — ,
37'
* « Per oUenere con precisione il valore di z ( délia deviazione dello stromento ), è necessario
scegliere due fisse le quali abbiano una differenza nolabile di declinazione. » (Opuscoli astronomici.
Roma, 1822, pag. 139.
DE LA LUNETTE MÉRIDIENNE. 45
et pour deux passages consécutifs de la polaire , ' ' ' '
D"
o 8in i = — - .
1 75
Il est juste cependant d'observer que l'avantage de notre côté ne
sera pas tout à fait aussi grand que semble l'indiquer au premier abord
le rapport -/ : cela ne serait vrai qu'autant que l'instant du passage de
la polaire pût être noté avec la même précision que celui des étoiles
du parallèle de 45°; mais admettons que l'observation de ces dernières
puisse se faire avec une exactitude cinq fois, dix fois même plus
grande que celle dont est susceptible l'observation de la polaire , et
cette dernière remportera encore sur les autres , dans le rapport de
15 à 2, ou au moins de 7,5 à 2. En outre , une condition de la plus
haute importance, c'est que l'ascension droite des étoiles employées
soit parfaitement connue : on ne peut donc faire servir à la recherche
des corrections de la lunette que des étoiles données par les Ephémé-
rides comme fondamentales ; et sous ce point de vue , la polaire et ^de
la petite Ourse sont extrêmement précieuses.
La méprise où est tombé l'auteur que je viens de citer provient, sui-
vant moi, d'une idée qui parait d'abord fort naturelle : le cercle de
déviation coupant le méridien au zénith, et s'en écartant le plus à
l'horizon , il semble que la manière la plus sûre de mesurer cet écart
est d'observer une étoile passant près du point où il est nul , et une
autre , près de celui où il est le plus grand. Or, la latitude du Collège
romain étant de 41° 53' 52", les étoiles dont la déclinaison est voi-
sine de -{- 45° et — 45° satisfont très-bien à ces deux conditions.
Mais en y regardant de près , on reconnaît bien vite que ce raison-
nement ne serait juste qu'autant que l'on chercherait à obtenir la
déviation par une mesure angulaire; et encore vaudrait-il mieux
alors observer une étoile près de l'horizon Nord, et une autre près de
l'horizon Sud. Or notre mesure réelle c'est le temps , et celle-là nous
fournira des résultats d'autant plus sûrs que nous nous approcherons
davantage du pôle. *'
46 SUR LES CORRECTIONS
Je viens de dire qu'au lieu de choisir l'une des deux étoiles près de
l'horizon et l'autre près du zénith , il eût été préférable de les prendre
aux deux points opposés de l'horizon. En effet , l'équation fondamen-
tale , différentiée par rapport à la déviation et à la distance polaire ,
donnerait :
da = — o cotg {p — l) d (p — l) pour les passages supérieurs,
et
da = — o cotg (p -{- l) d {p -\- l) » » inférieurs.
La première expression donne le minimum de l'erreur da pour (p — /)
= 90° ou pour l'horizon Sud; la seconde, pour (/)+/) = 90° ou
pour l'horizon Nord. En effet, il était facile de voir à priori que
l'angle a, dont le sommet est au zénith , serait obtenu le plus exacte-
ment possible, en mesurant l'arc de grand cercle tracé de ce sommet
comme pôle ; mais , je le répète , cet avantage n'est ici que très-secon-
daire , la mesure de l'angle en question n'étant pas l'espace, mais bien
le temps.
Déviation azimutale au moyen de la polaire et de $ de la petite
Ourse.
La formule
^„ sm p° sin p
a sin / = D" -t-^- —
sin {p° — p )
est très-facile à réduire en nombres. Supposons que jo' soit la distance
polaire moyenne de la polaire pendant l'année 1846 ; jo° la quantité
analogue pour <J de la petite Ourse; admettons de plus que la première
étoile soit prise à son passage supérieur , et la seconde à son passage
inférieur : la relation précédente deviendra
g sin f = D- ^'"^°^'°^' =0.018 2422 D'.
sin [p''+p')
Quand les deux étoiles auront des distances polaires sensiblement
DE LA LUNETTE MÉRIDIENNE. M
différentes de celles que nous venons de leur prêter, et qui sont res-
pectivement
p' = i' 30'27"
• p" = 3° 24' 9"
il faudra remplacer/)' elp° par (/>' -f- rfp' ) et {p°-{-dp°), et tout revient
à chercher la différentielle de l'expression
sin p' gin />'
ain (p'+p')
qui est
dp' sîn *p° -{- dp' sin 'p'
sin'(p« + p')
La formule de la déviation sera donc alors
o sin / = D" [A -*- P° rfp» -4- P' dp'],
dans laquelle
A =0,048 2422
P° = • r'^ '^ ' '"g ^ = «•^■^^ 5148
s,m*(p°-k-p)
sin "p"
P'=: -^ ; logP' = 9,681 9860.
sin'(/,« + p')' '^
Cl Si la polaire était observée à son passage inférieur, et d Ursae mi-
noris à son passage supérieur, la formule deviendrait
. . „,. 8>n P° sin p'
a sin { = — D" — i^ i- ,
sm(p°-^ p')
et la valeur des coefficients numériques serait la même.
Pour la latitude de Bruxelles, X = 50° 51' 11", ou pour la colati-
tude / = 39° 8' 49" , on aurait la formule
(A P° P' \
sin f sin / sin / /
48 ." SUR LES CORRECTIONS
dans laquelle
A
- — = 0,028 8938
sin l
po
Log -T— = 9,175 0711
sin /
Log -^^=9.881 7423. .^^.^^j^
Les logarithmes de dp° et dp' se tirent à vue de la table (III); il suffit
de les ajouter aux logarithmes constants de -^^ et de -^^, de cher-
cher les deux nombres correspondants , et l'on obtient la quantité
entre parenthèses : il ne s'agit plus que de multiplier celle-ci par le
nombre connu D" pour avoir la valeur de a.
Lorsque l'on aura ainsi calculé, en quelques traits de plume, la
déviation pour la latitude 1 de Bruxelles, rien ne sera plus simple que
de l'obtenir pour une autre latitude V : en effet , en nommant a' cette
nouvelle quantité , on aurait :
sin p° sin p'
a' sin r = D" -T-f V
sin {p" -*-p)
d'où
a sin /' sin /
ou a = a — r-
sin l sin /'
Ainsi pour trouver sous une latitude quelconque la déviation azi-
mutale de la lunette méridienne, on commencera par la calculer, au
moyen des constantes que je viens de donner^ pour la latitude de
Bruxelles, et l'on multipliera ensuite le résultat obtenu, par le fac-
. sin l cos A
teur -^-^ ou
sin l' cos V
La table ( V ) renferme les logarithmes de ce facteur , calculés de
10 en 1 0 minutes pour les latitudes comprises entre 35° et 63°.
Déviation azimutale par les doubles passages de la polaire.
Lorsque l'on croit pouvoir répondre de l'uniformité de la marche
de la pendule pendant 12 ou 24 heures, il est très-commode de rem-
DE LA LUNETTE MÉRIDIENNE. 49
placer robservation des deux circompolaires dont nous venons de
parler, par celle des doubles passages de la polaire. L'équation (13)
devient alors :
a _ D" '""'^ ^' =D^A}^^^
2 sin < 2 sin l
On pourrait réduire en table cette formule , en adoptant la marche
que j'ai suivie jusqu'à présent dans ce mémoire, c'est-à-dire, en calcu-
lant une fois pour toutes l'expression -y^^» et en évaluant la cor-
rection (g^J. ,) qu'il faudrait lui faire subir, lorsque p' viendrait à
varier un peu. Mais ce procédé , que je crois de beaucoup le plus com-
mode, lorsque l'expression à convertir en table contient deux ou plu-
sieurs variables, indépendantes l'une de l'autre, peut ici être remplacé
avec avantage par le calcul direct. La table (VI) renferme les loga-
rithmes du facteur
i 5 tang p'
2 sin /
calculés de seconde en seconde , pour des valeurs de p' comprises
entre 1° 28' 0" et l^Sl' 0". La latitude adoptée est celle de l'obser-
vatoire de Bruxelles.
Enfin, on simplifiera encore cette méthode, lorsque l'on aura pu
observer trois passages consécutifs de la polaire. Il sufiira de retrancher
douze heures de la différence entre les temps du premier et du second
passage ( corrigés préalablement de la collimation et de l'inclinaison);
d'opérer de même à l'égard du second passage comparé au troisième,
et la moyenne entre ces deux déterminations sera la valeur de D, que
l'on peut, sans erreur appréciable, regarder comme indépendante
de l'équation de la pendule et du changement de l'étoile en ascension
droite. Cette marche est celle que l'on suit, autant que possible,
pour le calcul de la déviation azimutale à l'observatoire de Green-
wich.
ToM. XVIII. 7
50 SUR LES CORRECTIONS
PREMIER EXEMPLE.
Pour comparer entre eux les résultats auxquels on parvient par
les diflférentes méthodes , je vais calculer la déviation de la lunette
méridienne de l'observatoire de Bruxelles , en me servant d'abord de
la méthode générale consignée dans la première partie de ce mémoire,
puis du dernier procédé particulier que je viens d'indiquer.
Le 18 juin 1844 , dans la matinée , j'ai pris l'inclinaison de l'axe de
la lunette méridienne, en me servant des deux petits niveaux qui sont
attachés à l'instrument. J'ai trouvé pour valeur de cette inclinaison
i = 3",375 ( — ) L'axe était soulevé à l'Ouest.
Parmi les étoiles que j'avais observées la nuit précédente, je prends
Poïarh {p. i.) . . . H' = 15" 2™ SO^SO
a Virginis H = 13 i6 9,04
ç Ursae minoris. . . H" = 15 48 57,42.
En ayant égard à l'aberration diurne, et au retard de la pendule
qui était de 1",43 en 24 heures, les trois observations, ramenées à
l'instant du passage de la polaire comme époque, seront
H' = 13" 2" 21^30
H = 13 16 9^05
H" = 15 48 57,51.
Les ascensions droites et les déclinaisons, tirées du Nautical alma-
nac , sont :
AR' = IS" 3'"23",01 /)' = r31'25"(— )
AR == 13 17 1 ,96 p = 100 21 1
AR" == 15 49 49,32 p" = H 43 "9.
Pour trouver la collimation au moyen de ces données , il suffira de
DE LA LUNETTE MÉRIDIENNE. 51
suivre le type de calcul que nous avons fourni en employant les obser-
vations de Greenwich. On trouvera
D° = — 16".50, ly = ■+- 132".00;
d'où Ton déduira
c =. .-+- 0",906.
La coUimation trouvée, nous pouvons maintenant déterminer la
déviation azimutaie en remplaçant i et c par leurs valeurs dans
Téquation
. . . ^ sin «" sin p' cos { (p' -+- p' )
a sin / = • cos i -V D -r-^ — -*- c ^-^ ~ •
sm (p'—p') coai(p''—p')
''-■-
L'on trouve ici
D = 142", 50;
d'où
o = — 8",029 (L'extrémité orientale de l'axe dévie vers le Nord).
Quelques jours avant les observations que je viens de rapporter ,
j'avais pris trois passages consécutifs de la polaire , savoir :
■ ■-■->'■ ■'.-.. '^ " .- :•,';^
11 juin 1844. Polaris [p. s.) H, = l"" 2» 44;o0
» Polaris (p. i.) H, = 13 2 23,00
12 » Polaris (p. s.) H, = 1 2 43,90.
La collimation étant de + 0",906 et l'inclinaison de — 3",375 , il
faut, pour corriger les instants de ces passages, en retrancher
J^et y ajouter '"^^^s^p""'*, ce qui revient à ajouter 4%I5 aux
passages supérieurs, et à retrancher 4*,43 du passage inférieur. Au
moyen de ces corrections , mes trois obseryations deviennent :
H, = 1" 2» 48-65
Différence 50*08 )
H, = 13 2 18,57 } Moyenne 29:78.
29*48 S ^
H, = 1 2 48,05 • '
52 SUR LES CORRECTIONS
Ainsi, dans l'équation
15 tang p' '■ •
2sin <
il faut remplacer D par 29%78 , et l'on trouve
a == 8",387.
La durée qui s'écoule entre le passage supérieur et le passage infé-
rieur étant plus grande que celle qui s'écoule entre le passage inférieur
et le passage supérieur suivant, on en conclut que l'extrémité orientale
de l'axe dévie vers le Nord; ce qui, d'après nos conventions, revient à
regarder a comme négatif.
Comparant cette dernière valeur à celle qui vient d'être obtenue
par la méthode générale, on voit qu'elles ne diffèrent entre elles
que de
0",358 en arc,
quantité presque inappréciable.
Observations de M. Quetelet. — 2« exemple.
( a. Scorpii H = 16* IS" 35;35
12juillctl838.| /JUrsseminoris . . H''= 14 50 22,31
•; ( Polaris(p. t.). . . H' =13 0 33,89 uj
Les ascensions droites et déclinaisons données par les éphémé-
rides, sont :
AR = 16'' IQ-» 3i;94 p = 116° 4',00
ÂR° = 14 51 18,76 v" = 15 10 ,85
AR' =13 1 28,02 / = 1 33 ,25 (— )
Le retard diurne de la pendule était de 3%83 ; en rapportant les
trois observations de M. Quetelet à l'heure que marquait la pendule
DE LA LUNETTE MÉRIDIENNE. 55
lors du passage de la polaire, et corrigeant de l'aberration diurne les
trois résultats, on obtient :
H = 16'' 1 S" 35.*87
H° = 44 50 22,56
H' = 13 0 34,39-
Collimation.
jy, ginp°co8Hp-p') jj, sîn P' cos { {p—p°)
28in i (p—p°) sin i (p°—p') 2 sin i (p—p') sin i {p'—p")
D" = 15 [(H+AR°)] — (H»4-AR)] = -♦- 1",95; D'= 15[(H-4-AR') — (H'-+-AR)] =— 56",60
LogD° =0,29003 Log D' =1, 56348 (-)
Logsinp" =9.41808 Log sin p' = 8,43332 (—)
Log cos i (p —p') = 9,71422 Log cos i{p — p") = 9,80406
C. log 2 = 9,69897 C. log 2 = 9,69897
C. log sin i (p —p°) = 0,11297 C. log sini (p — p') = 0,06780
C. log sin i (p'—p) = 0,83707 C. log sin i (p' — p°) = 0,85707 (—)
0,07134 (+) 0,40470 (—)
Nombre = 1",178 Nombre 2",539(— )
Collimation = — 1",36 (à l'Est du méridien.)
Dévialion azimutale.
Le même jour, le niveau appliqué à la lunette méridienne a donné
pour l'inclinaison de l'aie
» = H- 6",09 (soulevé à l'Est.)
La formule de la déviation est
a sin 2 = t cos I H- N
sin p» sin p' cos i (p° -»- p')
n = U — ; -*- C
sm (p»—p) cosi (p' — p')
Pour la facilité des calculs, il est bon de remarquer que, lorsque
54
SUR LES CORRECTIONS
les deux distances polaires fP, p' sont peu considérables, comme ici,
le facteur ""^l /°"*"^ est sensiblement éeal à l'unité. De plus, on a
COS j ( p° — p ) a r J
D = 15 [{H° -4- AR') — (H' -t- AR»)] = — 38",55
LogD =1, 58602 (-)
Logsinp' =9,41808 Log c = 0,13386 (—)
Log sin p' = 8,43332 (-) Log cos i (p'-^-p') = 9,99692
C . log sin (p» — p') = 0,34069 C. log cos \ (p"— p') = 0,00465
1,97811
Nombre = 0",931 (-+-)
0,13343
Nombre = 1",366(-)
Log » = 0,78462
Log cos / = 9,88960
0,67422
Nombre = 4",723(-t-)
a sin / = 4r",308
o == 6" ,824 ( + ). (L'extrémité orientale de l'axe dévie vers le Sud.)
La marche de la pendule , tirée de l'observation d'Antarès , s'ob-
tiendra par l'équation
u 4i> .COS (/)-<) sin(p — /
« = H — AR — î — TT-h a
15 sin/) 15sin;> dSsinp'
a = — 56;60 — 0:H4 — 0^548 -^ OJUS
a = — 57;d5. (La pendule retarde.)
»»!'
DE LA LUNETTE MÉRIDIENNE.
55
TABLE I.
Logarithmes des trois facteurs
1 (in (p - /) co»(p - l)
15 lin p'' 15 lin p ' 15 sin p >
Calculés pour 28 étoiles fondamentales,
({ = coUtit. de Bruxellei. )
ETOILES.
DI8T. POLAIBE.
1
15 sin p
sio (p — /)
15 sin p
coj (p — 0
15 sin p
A Vnte minoris . . i i.o.).!»-
A UrtsB miooris (p. i.) , . . .
Polaris
Polaris (p. <.)
51 (Héï.) Cepliei
51 (Hév.)Cephei(p.i.). . . .
J Unie minoris
J Urw minoris (p. ï.) . . . .
e Vrut miooria
e Urs«e minoris (p. t.) . . . .
l^ Vmt minoris
Ç Dr«« minoris (p. i.) . . . .
ô Urs«D minoris
/3 Ursa minoris (p. t'.) . . . .
« Lconis
^ Orionis
û Aquilœ
a Canis minoris
« Cet!
a Aquarii ;.....
B Aquarii .... .'i ... .
a Bjirm
a Orionis
<x Virginis
a'LibrtD
3 Celi ., . .
3 Cor»i i .
it Scorpii
!• 8'6S"
1 8 53 (-
1 30 27
1 30 27 (-
3 A4 38
3 44 38 (-
3 34 0
8 24 9 (-
7 43 4
4(-
6
6(-
7 43
11 44
11 44
15 13 68
15 13 58 (-
77 17 18
83 37 45
83 58 14
84 33 10
86 30 59
91 3 43
90 14 30
97 59 54
98 23 7
100 91 39
105 33 56
108 49 48
113 33 49
116 5 1
0.533
0.522
0.403
0.403
0.143
0.143
0.050
0.050
0.C05
9.695
9.515
9.515
9.404
9.404
8.834
8.827
8.820
8.825
8.824
8.833
8.820
8.838
8.838
8.831
8.839
8.847
8.858
8.870
3026
2026 (-)
8241
8241 (-)
8308
8308 (-)
4885
4885 (— )
8533
8533 (-)
5889
5889 (-)
8447
8447 ( - )
G860
5139
3179
9907
7119
9833
4908
1541
5704
0445
7804
7971
4409
5583
0.311
0.333
0.189
0.317
9.917
9.968
9.817
9.880
9.413
9.559
9.178
9.405
9.011
9.314
8.625
8.665
8.674
8.077
8.691
8.730
8.750
8.760
8.763
8.773
8.801
8.819
8.839
8.859
5365 (-
9180
6452 (-
7355
2436 (-
4309
0385 (-
5805
0609 (-
0222
7099 (-
5053
9785 (-
7884
3902
1786
4618
2870
4339
0097
5470
5400
7224
7409
3018
9010
9526
1710
0.418 7397
0.404 5722 (-
0.502 4777
0.283 8070 (-
0.049 5414
0.015 0479 (
9.959 8404
9.917 7757 (-
9.020 9475
9.530 7333 (-
9.4C3 8040
9.315 5634 (-
9.365 8079
9.170 2303 (-
8.730 3787
8.088 2009
8.077 1358
8.073 0613
8.655 4727
8.614 1514
8.361 4920
8.341 8027
8.537 5949
8.513 7163
8.444 7849
8.388 39ÔI
8.314 3.3.35
8.334 7804
56
SUR LES CORRECTIONS
TABLE II.
Constantes de la collimation.
Collimat. = D ' ( A» -4- P» dp" ■+- P' dp') -t- D' ( A' -4- Q' dp' -\- Q' dp')
ETOILES.
DIST. POLAIRE.
COEFFICIENT DE D",
COEFFICIENT DE D'.
(1)
(2)
(3)
(4)
(5)
(6)
(7)
(8)
Polaris (pass. inf.)
cf Ursse minoris
a LeoDÏs. . . .
Polaris
J" UrsEe min. (p.
a Leonis. . . .
Polaris (p. inf.)
J' 0rs!£ minoris
a Orionis . . .
Polaris
ê- UrsEe min. (p.
X Orionis . . .
inf.)
f Polaris (p. inf.)
J" Ursae minoris
^ j8 Aquilse . . .
Polaris
cT Urssemin. (p.
H Aquilae . . .
Polaris (p. inf.)
<f Crsae minoris
a Canis minoris
Polaris
J' Urs% min. (p. in
a Canis minoris
inf
f.)
p'= 1°30'
p = 3 24
p=77 17
p'= 1«30'
p= 3 24
p=77 17
p'= 1°30'
p''= 3 24
p=82 37
p'= 1» 30'
p"= 3 24
p=82 37
p'= 1«30'
p'= 3 24
p =83 58
p'= l«30'
p= 3 24
p =83 38
p'= 1» 30'
p"= 3 24
p =84 23
p=: 1»30'
p = 3 24
p =84 23
27"(-)
9
18
27"
9 (-)
18
27"(-)
9
43
27"
9 (-)
43
27" (-)
9
14
27"
9 (-)
14
27" (-)
9
10
27"
(-)
10
A»
Los P°
Los P'
A' ■
Los P»
Los P' =
A» :
Los P- :
Los P' ■■
A" ■
Log P° :
Los P' ^
A" :
Los P° ■
Los P' ■■
A" :
Los P° ■■
Log P' ^
A"
Los P"
Log P'
A"
Log P"
Los P'
: 0,890733
; 0,714 8427
: 1,031 5343
: 0,844512
: 0,586 4253 {
0,978 6431 (
0,806593
: 0,667 2032
0,989 9184
■■ 0,771503
: 0,552 1402(
0,937 8700(
: 0,786933
: 0,635 4030
0,979 5862
0,754302
: 0,543 4993 {-
I 0,927 6871 (-
: 0,780955
: 0,031 7630
■■ 0,976 3932
: 0,749060
: 0,540 8166(-
: 0,924 5344 (-
-)
-)
A' =
Los Q° =
Log Q' =
A' =
Los Q" =
Los 0' =
A' :
Los Q" =
Los Q' =
A' =
Log Q» :
Log Q' =
A' :
Log Q» =
Log Q' =
A' =
Log Q" :
Log Q' =
A' :
Log Q' :
Log Q' :
A'
Log Q" :
Log Q' :
0,386690
; 0,639 9052(-)
: 0,997 761 9(-)
0,381088
0,663 3557
; 1,012 0600
: 0,335081
: 0,398 9579 {—)
: 0,959 1872(-)
0,345298
: 0,622 0044
: 0,968 2861
0,345179
: 0,588 7440(-)
0,949 3953 (—)
0,336916
: 0,611 7271
: 0,957 3689
: 0,342772
: 0,383 S832{-)
: 0,946 6173{— )
= 0,334363
: 0,608 3313
: 0,934 0283
NB. Pour les passages supérieurs , dpa^ dp' sont positifs quand la distance polaire est supérieure à celle de la table.
>• inférieurs »> négatifs >i m
DE LA LUNETTE MÉRIDIENNE.
57
ÉTOILES.
DIST. POLAIRE.
coErriciesT de D*.
COErriCIBKT OE D'.
IPolaril (paas. iaf.) .
/ Vn» minoris . . ,
« Celi
iPolaris
J Vrtm min. (p. inr.),
a Ceti
!Polari((p. inf). . . ,
<f Urtte minoris . . .
a Aquarii
iPolaris
<f Crtaemin.(p. inf.).
a Aquarii
IPolaris (p. inf.). . . .
J Urste minoris . . .
S Aquarii
fPolaris
1^ lTrssemin.(p. inf).
/9 Aquarii ......
IPolaris (p. inf.). . . .
J Urste minoris . . .
a Uydrœ
IPolaris
<t Ursvmin. (p. inf.).
a Hydre»
IPolaris (p. inf.) . . .
j Vrsse minoris . . .
/S Orionis
iPolaris
J Ursamin. (p. inf.).
H Orionis
Ton. XVIII.
p'= 1" se 57" (-)
iy^= 3 94 0
pssm 30 90
p'= !• 30' 27"
tr= 3 34 9 (-)
p=80 30 50
p'= 1«30'27"(-)
p"= 3 94 9
p=9l 3 43
p'= 1«50'27"
p"= 3 94 0 (-)
p=9l 3 42
p'= l'30'27"(— )
p^= 3 24 9
p=96 14 30
p'= 1»30'27"
p-= 3 94 9 (-)
p=;96 14 30
p'= 1»30'27" (-)
p"= 3 24 9
p =07 59 54
p'= l«30'9r'
pr^ 8 94 0 (-)
p=97 50 54
p'= f30'97"(-)
p-= 3 94 9
p=98 23 7
p'= l»30'27"
p-^ 3 94 9 (-)
p=08 23 7
A»
Los P"
Log P'
A-
Log P
Log P'
A"
Log P«
Log P'
A»
Log P
Log P' :
A" ■■
Log P"
Log P' :
A"
Log P° :
Log P' :
A"
Log P«
Log P'
A°
Log P» :
Log P' ■■
A" :
Log P» ■
Log P' :
A»
Log P» :
Log P' :
: 0,751085
0.033 1700
0,000 0901
: 0,722798
I 0,527 0071 (
0,908 3830 (
: 0,6013.39
0,593 0026
0,925 5164
: 0,669886
0,497 0I11(
0,873 896 1(
0,628902
0,549 4192
0,880 2388
: 0,614123
0,40.5 5956 (-
0,834 3190(-
0,609069
; 0,5'î4 .5952
0,872 8949
0,596178
0,451 8057(-
0,890 7755(-
0,604748
0,530 9848
0,869 9517
0,599980
0,449 3287 (
0,817 781 4(
-)
-)
-)
A'
Log Q'
Log 0'
A'
Log 0
Log 0'
A'
Log 0'
Log Q'
A'
Log 0
Log 0'
A'
Log Q
Log 0'
A'
Log Q
Log 0'
A'
Log Q«
Log Q'
A'
Log 0'
Log Q'
A'
Log 0*
LogC
A'
Log 0
Log Q-
r 0,330725
0,509 4142(— )
0,931 4008(-)
0,391611
: 0,592 3195
0,930 7813
0,306499
0,534 952 1(—)
0,899 0-363 (-)
0,296046
: 0,557 8120
0,900 1491
0,381035
0,495 5151 (—)
0,809 0594 (-)
0,269299
0,518 5073
0,858 2889
0.272855
0,482 0468(— )
0,849 4495(-)
0,260722
0,505 1274
0,844 0303
0,271089
0,479 071 9(—)
0,846 0877 (—)
0,258867
0,502 1743
0,840 8724
8
m
SUR LES CORRECTIONS
ETOILES.
DIST. POLAIRE.
COEFFICIENT DE D».
COEFFICIEKT DE D'.
!' Polaris (p. inf.). . . .
,f Ursse minoris . . .
« Virginis
i Polaris
<f Ursaemin. (p. inf.).
a Virginis
! Polaris (p. inf.) . . .
<t Urs8e minoris . . .
a* Librae
! Polaris
d Crsae min. (p. inf.)
a' Librœ
/ Polaris (p. inf.), . . .
(23) ' cT Ursae minoris. . . .
( a Çeli
! Polaris
(^Urssemin. (p. inf).
S Celi
i Polaris (p. inf.). . . .
d' Ursœ minoris . . .
/3 Corvi
! Polaris
^ Ursae min. (p. inf.).
B Corvi
! Polaris (p, inf.) . . .
'i Ursae minoris . . .
a Scorpii
i Polaris
cf Ursa3min.(p. inf.).
« Scorpii
= 1»30'27"(-
= 3 24 9
=100 21 29
= 1'>30'27"
= 3 24 9 (-
=100 21 29
= 1°30'27"(^
= 3 34 9
=105 23 56
= 1-30' 27"
= 3 24 9 (-
=10S 23 30
= l'30'27"(
= 3 24 9
=108 49 48
- 1-30' 27"
= 3 24 9 (-
=108 49 48
= 1"30'27"(-
= 3 24 9
=112 32 49
= 1»30'27"
= 3 24 9 (
=112 32 49
= 1»30'27"(-
= 3 24 9
=116 5 1
= 1»30'27"
= 3 24 9 (-
=116 5 1
-)
A» :
Log P" :
Los P' ■■
A" ■■
Log P^
Log P' :
A» :
Log P"
Log P'
A- ■■
Log P» :
Log P' :
A" ■■
Log P» :
Log P' :
A" :
Log P» :
Log P' :
A"
Log P»
Log P' :
A"
Log p» :
Log P' :
A"
Log p»
Log P' :
A» ;
Log P-
Log P' :
0,583160
0,513 9715
0.854 9160
0,572769
0,436 0564(-
0,802 4476(-
0,530847
0,470 2383
: 0,816 1654
0,523192
0,401 5138(-
0,762 6275 (-
0,497334
0,440 0120
0,789 3905
0,494490
0,377 3607(
0,734 8533(
0,462710
0,406 7021
0,739 8777
: 0,462398
0,330 4743 (
0,703 9837 (
: 0,431219
0,374 3300
0,731 1739
0,433435
0,324 0542{-
0,673 6939(-
-)
-)
A'
Log Q»
Log Q'
A'
Log Q"
Log 0'
A'
Log Q™
Log Q'
A'
Log 0-
Log Q'
A'
Log Q
Log 0'
A'
Log 0^
Log Q'
A'
Log Q'
Log 0'
A'
Log Q»
Log 0'
A'
Log Q"
Log Q'
A'
Log 0"
Log Q'
= 0,262193
= 0,463 8434(-)
= 0,832 4324(-)
= 0,249573
= 0,487 0782
= 0,824 7513
= 0,240564
= 0,424 38.52 (—)
= 0,795 631 6(-)
= 0,227015
= 0,448 0907
= 0,783 0255
= 0,226636
= 0,396 9341 (— )
= 0,770 1142{-)
= 0,212533
= 0,421 0831
= 0,754 0009
= 0,212187
= 0,566 4982 (—)
= 0,741 8946(-)
= 0,197551
= 0,391 2466
= 0,721 8467
== 0,198993
= 0,336 7099 (-)
= 0,714 5657(— )
= 0,183901
= 0,362 1391
= 0,690 4080
DE LA LUNETTE MÉRIDIENNE.
59
ÉTOILES.
DUT. POLAUI.
coKmciem db O*.
cosrriciirr di D'.
iX Vnm mia. (p. iaf.)
51 Cepbei . . .
a Leonit. . . .
IA Vnm minorii .
51 Cepbei (p. iof.)
a Leoni*
!A Un» min. (p. inf.)
51 Cepbei . . .
a OrloDJs . . .
(52) !
A Ursee minoris .
(33) { 51 Cepbei (p. iof.)
« Orionis ....
/ X Vnm min. (p. inf.
(33) / 51 Cepbei . . .
f 0 A(
quilsD
1A Vnm minoris .
51 Cepbei (p. inf.)
/3 Aquil» ....
/' A Crsce min. (p- inf.
(33) ' 51 Cepbei ....
\ a Canit minoris .
IA Urste minoris .
51 Cepbei (p. inf.)
a Canis minoris .
IA UrsSBmin.(p. inf.
51 Cepbei . . .
a Ceti
/ A Vnm minoris .
(38) I 51 Cepbei (p. inf.)
( « Celi . . . <. I '.
p'= !• 8*59" (-)
p^=3 9 44 S8
p=77 17 18
p'= 1° 8' 52"
jr= 9 44 88 (-)
p=77 17 18
p'^ !• 8' 69" (-)
fr= 3 44 38
p=8i 57 43
p'= 1» s'sr
p^ 2 44 38 (-)
p=83 37 43
y=> 1« 8' 59" (-)
j/^ 9 44 38
p=83 58 14
p— 1» 8' 52"
p~=: 2 44 38 (-)
p=83 58 14
p'= !• 8'52"(-)
/>-= 2 44 38
p=84 93 10
p'= !• 8' 69"
p«= 9 44 58 (— )
p=Si 93 10
p'= !• 8' 59" (-)
p~= 9 44 38
p=i»0 30 50
p'= \' 8' 59"
p-= 9 44 38 (-)
p =80 30 59
A"
Log P*
tog P'
A"
Log P"
Log P' :
A"
Log P :
Log P' :
A" :
Log P" :
Log P' =
A» ■
Log P» :
Log P' :
A" ■-
Log P" ■
Log P' =
A» :
Log P"
Log P' :
A" :
Log P» :
Log P- =
A" :
Log P" :
Log P' =
A" :
Log P" :
Log P' :
: 0,001890
: 0,788 0911
: 1,134 8193
: 0,803070
: 0,680 0588(
1.002 1553(
: 0,817406
0,741 5366
1.003 2950
0,787792
0,645 I622(
1,051 3309(
0,797664
0,730 0294
1,082 9831
; 0,770067
0,636 2983 (-
1,041 1346(-
0,791660
0,726 4938
1,079 7978
0,764667
0,633 4820 (-
1,037 9801 (
0,761652
0,708 3126
1,063 5179
0,787618
0,610 3456(
1,021 8939(
-)
-)
A'
Log g-
Log 0'
A'
Log Q"
Log Q'
A'
Log 0"
Log 0'
A' :
Log Q
Log Q'
A'
Log O"
Log Q'
A' ■
Log 0"
Log Q'
A'
Log Q'
Log 0'
A' :
Log 0" :
Log Q'
A' :
Log 0-
Log 0' ■■
A' '■
Log Q*
Log Q'
: 0,371342
: 0,796 0089(-)
1 1,108 5636(-)
: 0,366358
: 0,748 9418
i 1,118 3410
: 0,388711
= 0,685 1132(-)
: 1,069 4103(-)
: 0,332232
: 0,702 6627
: 1,075 0737
: 0,331066
: 0,674 8923(-)
; 1,059 0813(-)
: 0,324235
: 0,099 3945
: 1,064 3137
: 0,328738
: 0,671 7319(-)
: 1,056 6581 (—)
: 0,321801
: 0,689 9311
: 1,061 0151
: 0,317085
: 0,655 5551 (—)
; 1,041 23U3(-)
: 0,309631
: 0,673 9928
: 1,044 0097
60
SUR LES CORRECTIONS
ETOILES.
DIST. POLAIRE.
COEFFICIEKT DE D".
COEFFICIENT DE D'.
(39)
(40)
(41)
(42)
(43)
(44)
(45)
(46)
(47)
(48)
X Urssemin. (p. inf.).
51 Cephei ......
a .\quarii
A Ursae minoris . . .
51 Cephei (p. inf.) . .
a Aquarii
A. Crsee min. (p. inf.).
51 Cephei . . . ^ . .
^ /3 Aquarii
A Ursse minoris . . .
51 Cephei (p. inf.) . .
|3 Aquarii
■ A Upsae min (p. inf.).
51 Cephei
> a Hydrae
A Ursee minoris . .
51 Cephei (p. inf.) .
a Hydrae
A Ursse min. (p. inf.).
51 Cephei
, S Orionis
A Ursee minoris . .
51 Cephei (p. inf.) .
/3 Orionis
A Ursse min. (p. inf.)
51 Cephei
a Virginis
A Ursœ minoris . .
51 Cephei (p. inf.) .
a Virginis
P-
P--
P-
P —
P —
P =
P —
1'"=
P =
p'—
p»=
P =
P —
P =
P =
P —
P°=
P =
P —
P —
P =
P —
P°=
P =
P-
P'=
P--
P'--
P'-
P-
-)
;-)
lo 8'52"(-
2 44 38
91 3 42
lo 8' 52"
2 44 38 (-
91 3 42
1" 8'52"(-
2 44 38
96 14 30
1° 8' 52"
2 44 38 (
96 14 30
1" 8' 52"
2 44 38
; 97 59 54
1» 8' 52"
: 2 44 38 (-
: 97 59 54
: 1» 8'52"(
: 2 44 38
= 98 23 7
= 1» 8' 52"
= 2 44 38 (
: 98 23 7
= 1» 8'52"(
= 2 44 38
=100 21 29
= 1» 8' 52"
= 2 44 38 (-
=100 21 29
A» = 0,701587
Log P" = 0,669 8524
Log P' = 1,028 9758
-)
-)
A" =
Log P» =
Log P' =
A» =
Log P» =
Log P' =
A» =
Log P» =
Log P' =
A" =
Log P» =
Log P' =
A" =
Log P» =
Log P' =
A" --
Log P» =
Log P' =
A» :
Log P» :
Log P' =
A» :
Log P» :
Log P'
A»
Log Po
Log P'
0,083157
0,589 0367 (-
0,987 3499 (-
: 0,638843
: 0,626 2261
0,989 6918
: 0,625813
: 0,554 0540(
: 0,947 8204 (
= 0,618772
: 0,611 4488
: 0,976 5370
= 0,607371
= 0,542 0801 (
= 0,934 5109(
= 0,614427
= 0,608 1908
= 0,973 3908
= 0,603374
= 0,539 3904 (
= 0,931 3289(-
= 0,592677
= 0,591 5212
= 0,958 3360
= 0,583320
= 0,525 7941 (
= 0,916 0287(
-)
-)
-)
-)
A' =
Log Q» =
Log Q' =
A' =
Log Qo =
Log 0' -
A' =
Log Q» =
Log Q' =
A' =
Log 0» =
Log 0' =
A' =
Log Q» =
Log 0' =
A' :
Log Q» :
Log Q' :
A' ■■
Log Q» :
Log Q' ■■
A'
Log Qo
Log Q'
A'
Log Qo
Log Q'
A'
Log Qo
Log 0'
= 0,293600
= 0,621 0936 (-)
= 1,008 3973 (-)
= 0,285227
= 0,638 5019
= 1,007 8396
= 0,269051
= 0,581 678 1(—)
= 0,970 9091 (— )
= 0,259674
= 0,599 1872
= 0,966 5592
= 0,261149
= 0,568 2224 (—)
= 0,958 1376(-)
=: 0,251486
= 0,585 7988
= 0,952 4062
= 0,259436
= 0,565 2499 (—)
= 0,955 2535 (-)
= 0,249715
= 0,582 8435
= 0,949 3284
= 0,250852
= 0,550 0401 (
= 0,940 8821 (— )
= 0,240832
= 0,567 7339
= 0,933 4568
DE LA LUNETTE MÉRIDIENNE.
01
ETOILES.
OIST. POLAIRB.
COETriCIEKT DE D<>.
COEmCIENT DE IV.
IA Unes min. (p. iof.).
51 Cephei
, a.' Librte
iA Uns minoris . . .
51 Opbei (p. inr.) . .
X* Libr»
iA Ursee min. (p. inf.),
51 Cephei
(3 Ccti
IA Ursae minoris . . .
51 Cepbei (p. inf.) . .
H Ccli
/ A Crue min. (p. inf.).
(53) ) 51 Cepbei
( j3 Corri
!A Ursa minoris . . .
SI Cepbei (p. inf.) . .
/3 Corvi
!A IJrstB min. (p. inf.)
51 Cepbei
a Scorpii
IA Vnm minoris . .
51 Cepbei (p. inf.) .
a Scorpii
P =
P"=
P-
= !• 8'5r(-
= 3 44 38
=105 33 50
= 1» 8' 53"
= 9 44 58 (-
=105 33 5C
= !• 8'53"(
= 3 44 38
=108 49 48
= 1» 8' 53"
= 3 44 38 (
=108 49 48
= 1- 8'53"(-
3 44 38
113 33 49
1» 8' 52"
3 44 38 (
113 33 49
= 1» 8'52"(
= 3 44 38
=116 5 1
-)
-)
P =
P —
1» 8' 53"
3 44 38 (
116 5 1
— >
A"
LOg P" :
Log P' :
A» :
Log P» ■■
Log P' =
A» ■■
Log P» :
Log P' :
A» :
Log P» :
Log P' :
A"
Log P» :
Log P'
A» ■
Log P» :
Log P'
A»
Log P" '
Log P'
A»
Log P»
Log P'
0,539941
0,548 5707
0,919 5083
0,534406
0,490 3899(^
0,870 3393(— )
0,^06133
0,518 8881
0,893 6503
0,502908
0,405 6737(-)
0,848 G823( -)
0,471185
0,486 2140
0,863 0355
0,470261
0,438 17C1(-)
0,817 9686(— )
0,439383
0,454 3153
: 0,834 3031
: 0,440365
: 0,411 5420{-)
0,787 8587 (—)
A' ■■
Log 0'
Log 0' ■■
A' :
Log 0» ■■
Log Q' ■■
A' ■■
Log 0" :
Log 0' :
A' ■
Log 0» :
Log 0' :
A' •
Log O*:
Log Q' ■■
A'
Log 0"
Log 0' ■■
A'
Log C
Log 0'
A'
Log 0*
LogO*
0,339960
0,510 6437 (—)
0,903 5597 (—)
0,319368
0,538 690S
0,893 3089
0,210477
0,483 3510(— )
0,877 0853 (—)
0,205420
0,501 6408
0,803 6543
0,302579
0,453 8933(-)
0,849 0650 (—)
: 0,191085
0,471 7384
0.831 9080
: 0,189851
0,423 1936(-)
0,807 4061 (— )
: 0,178034
: 0,443 5733
0,800 9005
NB. Lortqua lel différenctfs dp* et dp' icrODl tr^s-petites ou de signes opposés, les qusDlilcs (P« dp* -4- V dp'),
(Q* dp* H~ Q' ^p") preodroot des valeurs si faibles, qu'on pourra , dans la pratique, les négliger sans erraur ap-
préciabla. Alors la coUimation sera donnée immédiatement par la formule bien simple
c «= A« D» -f- A' D'.
62
SUR LES CORRECTIONS
Logarithmes des arcs différentiels dp
dp.
dp.
dp.
dp.
5449
0'.7",5
1450
6
S782
7
8507
8
968G
9
9376
8",0
7629
1
4498
2
0029
3
4269
4
7261
5
9047
6
9665
7
9154
8
7548
9
4882
9",0
1188
1
6497
2
0838
3
4239
4
6729
5
8332
6
9074
7
8977
8
8066
9
dp.
0'.0",0
1
2
3
4
5
6
7
8
9
1",0
1
2
5
4
5
6
7
8
9
2",0
1
2
3
4
InSni négatif.
3,685 5749
5,986 6049
4,162 6961
4,287 6349
4,384 5449
4,463 7261
4,530 6729
4,588 6649
4,639 8174
4,685
4,726
4,764
4,799
4,831
4,861
4,889
4,916
4,940
4,964
4,986
5,007
5,027
5,047
5,065
5749
9676
7561
5182
7029
6661
6948
0238
K474
3285
6049
7942
9975
3027
7861
0'.2",5
6
7
8
9
3",0
1
2
3
4
5
6
7
8
9
4",0
1
2
3
4
5
6
7
8
9
5,083 5140
5,100 5482
5,116 9386
5,132 7329
5,147 9729
5,162 6961
5,176 9360
5,190 7248
5,204 0888
5,217 0538
5,229 6429
5,241 8774
5,253 7766
5,265 3585
5,276 6395
5,287 6349
5,298 3387
5,308 8242
5,319 0453
5,329 0275
5,338 7874
5,348 5327
5,357 6727
5,366 8161
5,375 7709
0'.5",0
1
2
3
4
5
6
7
8
9
6",0
1
2
3
4
5
0
7
8
0
7",0
1
2
3
4
5,384
5,393
5,40!
5,409
5,417
5,425
5,433
5,441
5,449
5,456
5,463
5,470
5,477
5,484
5,491
5,498
5,505
5,511
5,518
5,524
5,530
5,536
5,542
5,548
5,554
5,560 6361
5,566 3884
5,572 0656
5,577 6695
5,583 2019
5,588 6649
5,594 0599
5,599 3888
5,604 6529
5,609 8541
5,614 9938
5,620 0733
5,625 0941
5,630 0575
5,634 9649
5,639 8174
5,644 6163
5,649 3627
5,654 0578
5,658 7028
5,663 2985
5,667 8461
5,672 3466
5,676 8010
5,681 2101
0'.10",0
1
2
3
4
5
6
7
8
9
11 ",0
1
2
3
4
5
6
7
8
9
12",0
1
2
3
4
5,685 3749
5,689 8963
5,694 1731
5,698 4121
5,702 6082
5,706 7642
5,710 8808
5,714 9587
5,718 9987
5,723 0014
5,726 9676
5,730 8079
5,734 7929
5,738 6533
5,742 4798
5,746 2727
5,750 0329
5,753 7608
5,757 4369
5,761 1219
5,764 7561
5,708 3603
5,771 9347
5,775 4800
5,778 9966
DE LA LUNETTE MÉRIDIENNE.
63
dp
LOG.
dp.
L06.
dp.
LOG.
dp.
LOU.
dp.
Lll«.
o-.ir,»
5,782 4849
O'.16",0
5,889 0948
0'.19",5
5,975 0095
0'.23",0
0,047 3027
0'.20",5
6,108 8207
0
5,785 9454
1
5,892 4007
0
5.977 8310
1
0,049 18U9
6
0,110 4505
7
5,789 3780
9
5,895 0898
7
5,980 0411
9
0,051 0029
7
G,112 0801
8
5,799 7849
3
5,897 7024
8
5,982 2401
3
0,052 9308
8
0,113 7090
9
5,790 1040
4
5,900 4187
9
5,984 4280
4
0,054 7907
9
6,115 3271
15",0
5,799 5189
S
5,903 0588
20",0
5,980 0049
5
6,056 6427
27",0
6,110 9386
1
5,802 8401
e
5,905 0829
1
5,988 7710
6
6,058 4809
1
6,118 5441
9
5,800 1488
7
5,908 2014
2
5,990 U20Ô
7
0,060 3232
2
6,120 1437
S
5,809 4205
8
5,910 8842
3
5,995 0700
8
0,002 1518
3
0,121 7375
4
5,819 0790
0
5,913 4016
4
5,993 2051
9
0,063 9728
4
6,123 3234
5
5,815 9080
17",0
5,916 0238
5
5,997 3288
24",0
6,005 7861
5
6,124 9075
G
5,819 1IÔ7
1
5,918 5710
0
5,999 4421
1
6,067 5919
6
6,120 48.39
7
6,899 9951
2
5,921 1034
7
6,001 5452
9
0,009 3902
7
6,128 0546
8
5,895 4539
3
5,923 0210
8
0,003 0382
3
6.071 1811
8
6,129 6196
9
5,898 5890
4
5,920 1242
9
6.005 7212
4
6,072 9647
9
6,131 1790
t4",0
5,831 7029
5
5,928 6130
91",0
0,007 7942
5
6,074 7409
28",0
6,132 7329
1
5,8Ï4 7940
6
5,931 0870
1
0,009 8373
6
6,070 5100
1
0,134 2812
9
5,837 8039
7
5,933 5482
2
0,011 9108
7
6,078 2718
2
6,135 8239
8
5,840 9109
8
5,935 9949
3
6,013 9545
8
0,080 0205
3
6,137 3615
4
5,845 9374
9
5,938 4279
4
6,015 9887
9
6,081 7742
4
6,138 8939
5
5,840 9429
18",0
5,940 8474
5
0,018 0133
23",0
0,083 5149
5
6,140 4198
fl
5,849 9278
1
5,943 2535
6
0,020 0286
1
6,083 2480
6
0,141 9409
7
5,852 8922
9
5,945 0403
7
6,022 0-340
9
0,086 9754
7
6,143 4568
8
5.855 8300
S
5,948 0200
8
0,024 0.314
3
6,088 0954
8
6,144 9674
9
5,858 7612
4
5,950 3927
9
6,026 0190
4
0,090 4080
9
6,140 4727
15",0
5,801 OGOl
6
5,952 7406
29" ,0
6,027 9975
5
0,092 1150
29" ,0
6,147 9729
1
5,864 5518
6
6,955 0879
1
6,029 9672
0
6,093 8148
1
6,149 4678
9
5,867 4184
7
5,957 4165
9
6,031 9279
7
0,095 5080
9
6,150 9577
8
5,870 2065
8
5,959 7328
3
0,033 8797
8
0,097 1940
3
0,152 4424
4
5,873 0955
9
5,962 0307
4
0,035 8229
9
6,098 8747
4
6,153 9999
5
5,875 9005
19",0
5,964 3285
5
6,057 7574
26",0
0,100 5489
5
6,155 3968
G
5,878 0094
1
5.966 0083
6
0,039 0833
1
0,109 2134
0
6,156 8665
7
5,881 4745
9
5,968 8701
7
6,041 0007
9
6,103 8701
7
6,158 3315
8
5,884 2319
3
5,971 1329
8
0,043 5097
3
6,105 5306
8
6,159 7911
1 •
5,880 9719
4
5,973 3706
9
0,045 4104
4
6,107 1788
9
6,161 9461
m
SUR LES CORRECTIONS
dp.
LOG.
dp.
LOG.
dp.
LQG.
dp.
LOG.
dp.
LOG.
0'.30",0
5
6,162 6961
6,169 8746
0'.43",0
5
6,338 7874
6,343 5863
l'.0",0
5
6,403 7201
6,467 3302
l'.15",0
5
0,560 6361
6,563 5218
l'.30",0
5
6,639 8174
6,642 2234
31",0
5
6,176 9366
6,183 8853
46",0
5
6,348 3327
6,353 0279
1",0
5
0,470 9047
6,474 4300
1C",0
5
6,566 3884
6,569 2303
3I",0
5
6,644 6162
6,646 99J9
52",0
3
6,190 7248
6,197 4582
47",0
5
6,357 6727
6,362 2683
2",0
5
6,477 9663
0,481 4549
17",0
3
6,572 0656
6,574 8763
32",0
3
6,649 3627
6,631 7105
33",0
5
6,204 0888
6,210 6197
48",0
5
6,366 8161
6,371 3166
3",0
5
6,484 9154
6,488 3486
18",0
5
6,577 6693
6,580 4443
33",0
5
6,634 0578
6,656 3864
34",0
5
6,217 0538
6,223 3940
49",0
3
6,373 7709
6,380 1800
4",0
5
6,491 7348
6,493 1345
19",0
5
6,583 2019
0,583 9419
34",0
5
6,058 7027
6,601 0006
3S",0
5
6,229 6429
6,253 8032
30",0
5
6,384 5449
6,388 8062
3",0
5
6,498 4882
6,501 8161
20",0
5
6,588 0048
6,391 3707
35",0
3
6,603 2985
6,663 5782
3G",0
5
6,241 8774
6,247 8678
51",0
5
6,393 1430
6,397 3820
6",0
5
6,503 1188
6,508 3963
21 ",0
5
6,594 0599
6,596 7324
36",0
5
6,667 8461
6,670 1021
57",0
5
6,253 7766
0,259 6062
32",0
3
6,401 5782
6,405 7341
7",0
5
6,511 6497
6,514 8786
22",0
5
6,599 3887
6,602 0288
37",0
3
6,672 3466
6,674 5794
38",0
5
6,265 3585
6,271 0356
53",0
3
6,409 8307
6,413 9286
8",0
5
6,318 0838
6,321 2654
23",0
3
6,604 6529
6,607 2613
38",0
5
0,676 8009
6,679 0110
39",0
5
6,276 6395
6,282 1720
34",0
3
6,417 9680
6,421 9714
9",0
3
6.524 4239
6.527 5590
24",0
5
6,009 8541
6,612 4315
39",0
3
6,681 2100
6,683 3979
40",0
5
6,287 6349
6,293 0299
55",0
3
6,423 9376
6,429 8678
10",0
5
6,530 6729
6,533 7639
25",0
5
6,614 9938
6,617 5409
40",0
5
6,683 5748
6,687 7409
Aï",0
5
6,298 3587
6,303 6230
36",0
5
0,433 7629
0,437 6235
"11",0
5
6,536 8332
6,539 8809
26",0
5
6,620 0733
6,622 3909
41",0
5
6,689 8962
6,692 0408
42",0
5
6,308 8242
6,313 9638
57",0
3
6,441 4497
6,445 2420
12",0
3
6,542 9074
0,345 9128
27",0
5
6,623 0941
6,627 3829
42",0
5
6,694 1730
6,096 2987
43",0
5
6,319 0433
6,324 0641
38".0
3
6,449 0029
0,452 7308
15",0
5
6,348 8977
6,551 8022
28",0
5
6,630 0375
6,032 5181
43",0
5
6,698 4121
6,700 3152
44",0
5
6,329 0273
6,333 9348
39",0
5
6,456 4269
6,460 0918
14",0
5
6,554 8000
6,557 7311
29",0
5
6,634 9649
6,637 3978
44",0
5
6,702 6082
6,704 6912
DE LA LUNETTE MÉRIDIENNE.
OS
dp.
LOO.
dp.
L06.
dp.
LOG.
dp.
LOG,
dp.
toc.
I'.45",0
S
46",0
5
0,700 7041
0,708 8273
0,710 8807
0,713 034S
2'.0",0
5
1",0
S
0,704 7561
6,760 5619
6,768 3602
0,770 1511
9'.15",0
5
6,815 9080
6,817 5141
2'.30".0
5
81",0
5
6,861 6601
6,805 1115
6,864 5518
6,805 0874
2'.45",0
5
46",0
5
0,903 or,88
6.904 3728
6.905 6829
6,000 9898
10",0
5
6,810 1157
6,820 7075
47",0
0,714 9580
2",0
5
0,771 9347
17",0
0,822 2054
3a",o
5
6.867 4184
6.868 8446
47",0
5
6.908 2013
6.909 5897
5
0,710 0833
6,773 7109
5
6,823 8775
-IS",©
5
0,718 0080
0,721 0040
3",0
5
0,775 4800
0,777 2418
18",0
5
6,825 4539
0,827 0246
33",0
5
6.870 2663
6.871 6833
48",0
5
0,910 8841
0,912 1747
49",0
5
0,723 0013
0,724 9800
4",0
5
6,778 9965
6,780 7442
19",0
5
6,828 5890
0,830 1490
34",0
5
6,873 0955
0,874 5033
49",0
5
6,915 4015
6,914 7445
50",0
5
0,720 0075
0,728 0372
5",0
5
6,782 4849
6,784 2186
20",0
S
6,831 7029
0,833 2512
35",0
5
6,875 9065
6,877 3052
50",0
5
6,916 0237
0,017 2991
»1",0
5
0,730 8978
0,752 8497
6",0
5
6,785 9454
6,787 0654
21 ",0
6
6,834 7939
6,836 3313
36",0
5
6,878 6904
6,880 0891
51 ",0
5
6.918 5709
6.919 8389
8a",o
6
0,734 7029
0,730 7274
7",0
5
6,789 3786
6,791 0850
22",0
5
6,837 8032
6,839 3897
37",0
5
6.881 4745
6.882 8555
52",0
6
6,921 1033
6,023 3640
53",0
6
0,738 0533
0,740 5707
8",0
5
0,792 7848
0,794 4780
23",0
5
6,840 9109
6,842 4207
58",0
5
6.884 2319
6.885 0041
53",0
5
6.925 6200
6,924 8742
54",0
5
6,742 4797
0,744 3804
9",0
5
6.796 1645
6.797 8446
24",0
5
6,843 9373
6,845 4427
59",0
5
6,886 9719
6,888 3355
54",0
S
6.926 1241
6.927 3703
55",0
5
6,740 2727
0,748 1560
10",0
5
6,799 5182
6,801 1854
25",0
5
6.846 9428
6,848 4378
40",0
5
6,889 6948
6,891 0498
55",0
5
6.928 6120
6.929 8520
66",0
5
6.750 0328
6.751 0008
11 ",0
5
0.802 8461
6,804 5000
20",0
5
6,849 9277
6,851 4124
41 ",0
5
0,892 4007
0,893 7473
56",0
S
6.931 0875
6.932 3196
37",0
5
0,753 7007
6,755 6127
12",0
5
0,800 1488
6,807 7007
27",0
5
6,852 8922
6,854 3668
42",0
5
6,895 0898
6,890 4281
57".0
5
6,053 5481
6,934 7732
58",0
5
6,757 4569
6,759 2932
13",0
5
6,809 4265
6,811 0561
28",0
5
6,855 8505
6,857 3013
43",0
5
6,807 7624
0,899 0925
58",0
5
6,035 9948
6,937 2131
59",0
5
6,701 1218
6,762 0428
14",0
5
6,812 6796
6,814 2971
20",0
5
6,858 7011
6,860 2100
44",0
5
0,900 4187
6,901 7408
5r,o
5
6.938 4278
6.939 6392
Ton. XVI II.
66
SUR LES CORRECTIONS
TABLE lY.
Constantes de la colliination calculées pour les doubles passages de la polaire,
combinés avec le passage d'une étoile fondamentale à faible déclinaison.
Collimalion = D" (A" — P» dp') -\- D' (A' -+- P' dp').
ETOILES.
DIST. POLAIRE.
COEFFICIENT DE D°.
COEFFICIEKT DE D'.
(1)
(2)
Polaris. .
a Leonis.
Polaris. .
a Orionis
Polaris. .
(5) ( ''°''"'
(G)
P>1
/3 Aquilae ...
Polaris
Canis minoris
a Ceti .
Polaris.
a Aquarii . .
Polaris. . . .
0 -Aquarii . .
( Polaris. . . .
( a H^diïB. . .
(9) ( '''""''• • • •
( /3 Orionis . .
,„ ( Polaris. . . .
(10) I
a Virginis .
(11) j
Polaris.
^ Librœ.
Polaris.
<'^>bce.i.
(13) {
(14)
Polaris. .
/3 Corvi .
Polaris. .
a Scorpii
V
P
p'
P
p'
P
P'
P ■
p'
P ■
P
P ■■
P'-
P ■■
p'--
P ■■
P'-
P ■■
V
p
p'
p
p'
p
p'
p
-. 1"30'27"
= 77 17 18
= 1"50'27"
= 82 37 4-3
= 1"30'27"
= 83 58 14
: 1-30' 27"
= 84 23 10
= 1»30'27"
: 80 30 59
: 1°30'27"
=91 3 42
l''30'27"
: 90 14 30
: 1»30'27"
: 97 59 54
1°30'27"
: 98 23 7
1°30'27"
: 100 21 29
1=30' 27"
: 105 23 56
1«30'27"
: 108 49 48
1°30'27"
112 32 49
l'30'27"
116 5 1
A»
Log P"
Ao
Log P"
Ao
Log V"
A»
Log P»
A»
Log P" ■
A» :
Log P» :
A- :
Log P» :
A» :
Log P» :
Ao :
Log Po :
Ao =
Log po =
Ao :
Log po :
Ao :
Log p» =
Ao :
Log po :
A» =
Log P» =
= 0,G21C98
= 9,135 3)10
= 0,566944
: 8,854 0017
= 0,554071
: 8,755 9882
: 0,550151
= 8,721 6851
= 0,530524
: 8,497 8494
: 0,491056
: 7,947 7669(
: 0,449571
: 8,680 5554(
: 0,436245
■■ 8,776 0544(
: 0,433-356
: 8,793 9580(
: 0,418878
8,872 5484(
: 0,383638
9,012 2337(
: 0,360947
9,078 3069(-
■■ 0,337408
9,134 1871(-
0,315913
9-176 8176(-
-)
-)
A'
Log P'
A'
Log P'
A'
Log P'
A'
Log P'
A'
Log P'
A'
Log P'
A'
Log P'
A'
Log P'
A'
Log P'
A'
Log P'
A'
Log P'
A'
Log P'
A'
Log P'
A'
Log P' ■■
= 0,629124
= 9,163 8978
= 0,570817
= 8,880 0053
= 0,557160
= 8,781 3858
= 0,553005
== 8,746 8981
= 0,532220
= 8,522 1392
= 0,490578
= 7,970 2033 (-
= 0,446990
= 8,700 8476 (-
= 0,43-3030
= 8,795 9230 (-
= 0,430007
= 8,813 6916(-
= 0,414807
= 8,891 6052 (-
= 0,378118
= 9,029 6453(-
=: 0,354526
= 9,094 6605(-
= 0,330113
= 9,149 4449(-
= 0,-'07877
= 9,191 0760(-
DE LA LUNETTE MÉRIDIENNE.
67
.-*.
•- «*-*-*«r> - ■ .
TABLE V.
Logarithmes
des facteurs '
alcule'e pour
- v> /jar lesquels il faut multiplier la déviation azi"
niutale , t
la latitude de Bruxelles,
1=00» 51' U",afin delà
ramener à une latitude quelconque , *'.
k'
cot X
LOS — -
cosV
DIFFiaERCES.
•
A'
cos A
LOO
eos A
DnttUMCli.
55- 0'
10
20
0,880 8792
0,887 76C5
0,888 C503
0,000 8873
8028
8084
0039
40 0'
10
20
9,915 9897
9.917 0529
9.918 1224
0,001 0032
0093
0758
30
40
0,889 5577
0,890 4010
30
40
9.919 1982
9.920 2803
0831
0880
60
so» 0'
10
0,801 3710
9,892 28G1
0,893 2067
9151
9206
0263
50
41* 0'
10
9.921 3089
9.922 4038
0,923 5652
0949
1014
1070
20
0,894 1330
0320
20
9,924 6731
1145
so
0,895 0030
9370
30
9,925 7876
1209
40
9,890 0026
Oi.^i
40
9,926 9085
1270
50
37» 0'
9,890 9460
9,897 8951
9491
9548
50
42° 0'
9.928 0361
9.929 1702
1341
1409
10
9,898 8499
9007
10
9,930 3111
1475
20
9,899 8106
06G4
20
9,931 4586
1512
50
9,900 7770
9723
30
9,932 6128
1610
40
9,001 7403
9782
40
9,933 7738
1078
SO
58' 0'
9,902 7273
0;903 7116
0841
9899
50
45' C
9,934 9416
9,936 1162
1746
1815
10
0,904 7015
00^0
10
9,937 2977
1884
30
80
0,905 0974
0,906 6093
0,001 0019
30
30
9.938 4861
9.939 6813
1934
2023
40
9,907 7072
0139
0200
40
9,940 8838
3094
80
39» 0'
0,908 7211
0,909 7411
60
44» 0'
9,942 0932
0,943 3096
3164
3335
10
9,910 7072
V2UI
0321
0583
0445
0507
0560
10
9,944 5331
3307
ao
9,911 7993
20
9,943 7038
3578
30
40
9.912 8370
9.913 8821
30
40
9.947 0016
9.948 2467
3451
50
9,914 0528
60
9,949 4991
2590
60
9,915 9897
60
9,950 7587
68
SUR LES CORRECTIONS
X'
cos X
lOG
COS y
DIFFÉBENCES.
x'
cos X
LOG
COS V
DIFFÉBENCES.
45" 0'
9,950 7587
0,001 2670
51» 0'
0,001 3719
0,001 5047
10
9,952 0257
2744
10
0,002 9306
5741
30
9.955 3001
20
0,004 5107
MJ tyV %J^J ^J^J^f A
2818
5834
50
9,954 5819
2893
30
0,006 0941
5930
40
9,955 8712
2968
40
0,007 6871
6025
50
9,957 1C80
3044
50 "
0,009 2896
6121
46" 0'
9,958 4724
3120
52" 0'
0,010 9017
6218
10
9,959 7844
10
0,012 5233
3197
6316
20
9,901 1041
3274
20
0,014 1551
0415
30
9,962 4315
3351
30
0,015 7966
6515
40
9,903 7066
3430
40
0,017 4479
6014
50
9,065 1090
3308
50
0,019 1093
6714
47" 0'
9,960 4604
3587
53" 0'
0,020 7807
6815
10
9,907 8191
10
0,022 4622
3666
6918
20
9,969 1857
3747
20
0,024 1540
7021
30
9,970 5604
3827
30
0,025 8561
7123
40
9,971 7431
3908
40
0,027 5686
7229
50
9,973 3339
5989
50
0,029 2915
7355
48" 0'
9,974 7328
4072
54o 0'
0,031 0250
7441
10
9,970 1400
4.154
10
0,032 7691
7549
20
9,977 5554
4237
20
0,034 5240
7637
30
9,978 9791
4321
30
0,036 2897
7705
40
9,980 4112
4400
40
0,038 0062
7870
50
9,981 8318
50
0,039 8538
4490
7980
49" C
9,983 3008
4573
53o 0'
0,041 6524
8098
10
9,984 7383
4062
10
0,043 4622
8211
20
9,986 2243
20
0,045 2833
4748
8524
30
9,987 0093
4835
30
0,047 1157
8458
40
9,989 1828
4923
40
0,048 9595
8553
50
9,990 6731
50
0,050 8150
5011
8070
50" 0'
9,992 1702
5100
56° 0'
0,052 0820
8789
10
9,993 6862
5190
10
0,054 5609
8907
20
9,993 2052
20
0,030 4516
5280
9026
30
9,996 7332
5370
30
0,058 3542
9147
40
9,998 2702
40
0,000 2689
5463
9269
50
9,999 8165
5554
50
0.002 1598
9391
00
0,001 3719
60
0,004 1349
DE LA LUNETTE MÉRIDIENNE.
09
COI A
co( X
X'
oirrtaiNCEi.
x'
L06
DirrÉBCHCES.
co» V
co» V
57» 0'
0,004 1549
0,000 9743
60« 0'
0,101 2737
0,001 0959
S
0,005 lOOâ
9775
5
0,102 3696
0096
10
0,000 0865
(IKAi
10
0,103 4099
1055
15
0,007 0609
vov^
9856
15
0,104 5725
1070
90
0,008 0505
9868
90
0,105 6795
1108
95
0,069 0373
9899
95
0,106 7903
A 1A*T OAiCtt
1146
80'
0,070 0272
9931
9963
ov
U,lU7 vi)W
1185
S5
0,071 0203
35
0,109 0239
1222
40
0,072 0166
9995
40
0,110 1454
1260
45
0,075 0101
0,001 0027
45
0,111 2714
1298
50
0,074 0188
0000
60
0,112 4019 "
1537
55
0,075 0248
0092
55
0,113 5349
1376
58* 0'
0,076 0340
0125
01» 0'
0,114 6725
1415
5
0,077 0465
0158
6
0,115 8140
1454
10
0,078 0023
0191
10
0,116 9594
1494
15
0,079 0814
0224
15
0,118 1088
1533
20
0,080 1038
0257
90
0,119 2621
1573
35
0,081 1295
0291
95
0,120 4194
1614
50'
0,089 1580
0325
50-
0,191 5808
1654
35
0,083 1911
0358
35
0,122 7462
1694
40
0,084 2269
0392
40
0,123 9156
1733
45
0,085 2061
0427
45
0,125 0891
1777
50
0,086 3088
0460
60
0,126 2608
1817
55
0,087 3548
0490
55
0,127 4485
1859
j'J' 0'
0,088 4044
0530
02» 0-
0,128 0344
1901
5
0,089 4574
0504
5
0,129 8243
1942
10
0,090 5138
0000
10
0,131 0187
1985
15
0,091 5738
0635
15
0,132 2172
2027
30
0,092 6373
OC70
90
0,153 4199
2070
35
0,093 7043
0705
95
0,134 6269
3112
50'
0,094 7748
0742
0777
50-
0,155 8381
2150
55
0,095 8490
55
0,137 0537
2198
40
0,096 9267
0813
40
0,138 9755
224.>
45
0,098 0080
0849
45
0,139 4978
2286
■ 60
0,099 0929
0886
50
0,140 7264
2331
65
0,100 1815
0922
55
0,141 9545
2374
60
0,101 2737
60
0,143 1909
70
SUR LES CORRECTIONS
TABLE VI.
i Déviation azimutale par les doubles passages de la polaire.
Dév. azim. = D x ^-^
2 sin l
DIST, FOL.
15 tanfî p'
LOG : —
•J sin l
DIST. POL.
15 tans p'
lOG ^ . ,
2 siD l
DIST. POL.
lo tani; p'
2 sin l
1°28'0"
9,483 1213
1"28'30"
9,485 5829
1"29'0"
9,488 0308
1
2035
31
6648
1
1121
2
2858
32
7466
2
1935
3
3681
33
8283
3
2748
4
4503
34
9101
4
3561
5
5325
35
9919
5
4574
6
6147
36
9,486 0736
6
5187
7
6909
37
1553
7
5999
8
7791
38
2370
8
6812
9
8612
39
3187
9
7624
10
9434
40
4004
10
8437
11
9,484 0255
41
4821
■ 11
9249
12
1076
42
5637
12
9,489 0061
13
1897
43
6454
13
0872
14
2718
44
7270
14
1C84
15
3538
45
8086
15
2495
16
4359
46
8902
10
3307
17
5179
47
9717
17
4118
18
5999
48
9,487 0533
18
4929
10
6819
49
1348
19
5740
20
7659
50
2164
20
6550
21
8459
51
2979
21
7361
22
9279
52
3794
22
8171
23
9,485 0098
53
4608
23
8981
24
0917
54
5423
24
9792
25
1736
55
6238
25
9,490 0601
20
2555
56
7052
26
1411
27
3374
57
7800
27
2221
28
4193
58
8680
28
Ô030
29
5011
59
9494
29
3840
DE LA LUNETTE MÉRIDIENNE.
7!
oiiT. rui.
15 UDg p'
9 tin <
DUT. POL.
15 tane p'
2 tio l
OI«T. POL.
15 taag j/
2 tin l
1"29'50"
0,400 4G40
1'30'0"
0,409 8855
1''30'30"
9,405 9030
SI
54S8
1
0050
31
3790
S3
0307
9
0,493 0404
32
4520
S3
7070
3
1208
33
3320
54
7884
4
9073
34
0120
S5
8093
5
2870
85
0023
80
9501
0
3C80
30
7735
87
9,491 0300
7
4483
87
8534
88
U17
8
5287
38
9323
80
1035
0
0000
30
0,400 0122
40
2783
10
0803
40
0021
41
3540
11
7000
41
1719
43
4347
19
8499
49
2318
43
6155
13
0302
43
3310
44
5009
14
9,494 0103
44
4114
45
0709
15
0907
45
4912
40
7575
IG
1709
40
3710
47
8389
17
3512
47
0308
48
0188
18
3314
48
7300
40
9005
10
4110
40
8103
60
0,403 0801
30
4017
50
8001
81
1007
31
5710
51
0098
69
9413
99
0320
59
0,407 0493
53
8310
93
7322
53
1292
54
4094
24
8123
54
3088
55
4830
35
8924
65
3885
50
5835
30
9725
50
3081
57
0440
27 .
9,495 0520
67
4478
58
7945
98
1320
58
5274
59
8030
90
2130
FIN.
50
0070
RECHERCHES
SOB LA
CAUSE DES VARIATIONS BAROMÉTRIQUES,
M. ATH. PELTIER.
Bven in fkjftUal $ettn€$ U ta mi mr4tmm» imk le mmttitlt louf
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( D. Bkwst» , On a ntw amalif$ig of âolar
lighl, etc., TsAxtAC. or rat aor. mciitt
OV HfilIlICRt, TOI- 12, p. 114.)
(Mémoire lu i !■ ié«Dce du 3 novembre 1844).
Ton. XVIII.
■; J . • '•■.ïl!:)
INTRODUCTION.
Deux siècles se sont écoulés depuis l'invention du baromètre , et
depuis deux siècles , on n'a pas cessé un instant de se servir de cet ad-
mirable instrument pour étudier l'état de l'atmosphère. Les observa-
tions qui remplissent les recueils académiques et tous les recueils
scientifiques , attestent l'importance que l'on a attachée à ses indica-
tions, dans l'espoir de connaître plus intimement les changements de
l'atmosphère et d'en prévoir les perturbations.
Quelle que soit l'ignorance dans laquelle on était, et dans laquelle
on est encore en grande partie , des causes de ses variations , on ne
pouvait se soustraire à l'idée que des oscillations , si étendues et sou-
vent si brusques, ne tinssent à des forces cachées, d'où ressortaient
les météores destructeurs. En efiFet, malgré l'erreur d'attribuer à ces
forces une action immédiate sur la colonne de mercure ; malgré l'er-
reur de donner au baromètre un autre rôle que celui d'une balance
sensible, qui indique à chaque instant la pression de l'atmosphère , il
n'en est pas moins vrai que médiatement , il indique la présence de
forces nouvelles qui changent la pression ; il dévoile qu'il y a des
forces lentes , uniformes, qui agissent sur elle, et des forces brusques,
î INTRODUCTION.
instantanées qui la troublent tout à coup. Il n'est donc pas surprenant
que l'on ait cru pendant longtemps, que ses variations tenaient d'une
manière directe, immédiate, aux secrètes influences d'où ressortaient
le beau et le mauvais temps, et que l'on ait voulu faire dire au baro-
mètre l'état futur de l'atmosphère, préjugé qui dure encore parmi le
public , s'il est complètement effacé de l'esprit des savants.
En parcourant les longues séries d'observations faites dans les ob-
servatoires, en mettant en présence la marche du baromètre avec
celle de la température , de l'humidité et des vents ; en voyant leurs
nombreuses discordances, leurs nombreuses oppositions, on ne peut
se soustraire à l'idée qu'il existe une autre force, encore inconnue, qui
entre pour une très-grande part dans les perturbations atmosphéri-
ques; qu'il existe une force qui agit parfois brusquement, capricieu-
sement, et souvent aussi qui agit avec persistance pendant des semaines
entières.
L'influence des brouillards fortement chargés de ce que l'on nomme
électricité positive ou vitrée, fut la première indication qui nous mit
sur la voie des effets de la puissance électrique sur la pression atmos-
phérique. Nous ne pouvions reconnaître dans la hauteur persistante
du baromètre pendant le calme qui accompagne les brouillards, pen-
dant la température qui est alors peu variable , pendant la satura-
tion permanente de l'air, nous ne pouvions reconnaître, disons-nous,
aucune des explications ni des théories actuelles comme l'expression
des faits que nous observions chaque jour.
D'une autre part, en voyant l'abaissement prodigieux du baromè-
tre, sous l'empire des vapeurs fortement chargées de l'électricité dite
négative ou résineuse, quels que soient aussi la température, la force,
la direction des vents et le degré de l'humidité, nous n'avons pu nous
soustraire à la pensée qu'on avait trop négligé la puissance de l'élec-
INTRODUCTION. 5
tricité coercée dans des vapeurs atmosphériques , éprouvant de nom-
breuses altérations , suivant l'heure , les saisons et les divers accidents
météorologiques. .ui
Pendant le long espace de temps qui s'est écoulé depuis l'origine
de mes premières recherches sur la corrélation des actions électriques
et de la pression atmosphérique, j'ai dû continuer celles que je pour-
suivais depuis longtemps sur la nature même de l'électricité, sur sa
distribution et sur ses influences : j'ai dû continuer celles qui concer-
nent les rapports qui existent entre la matière pondérable et la coer-
cition de cette force; étudier quel était le rôle du globe terrestre par
rapport à l'espace , et quelle était son influence sur les vapeurs qui
s'élèvent à chaque instant de sa surface, chargées de la même électri-
cité que lui , de celle que l'on nomme négative ou résineuse.
C'est à la suite de ces recherches que j'ai publié divers mémoires et
que j'ai fait un assez grand nombre de communications aux sociétés
savantes '. C'est à cette époque aussi que j'ai senti le besoin de coor-
donner mes observations, en résumant mes idées sur la cause des
phénomènes électriques dans un travail intitulé : "
Essai de coordination des causes qui précèdent, produisent et
accompagnent les phénomènes électriques, travail que j'ai présenté
le 6 avril 1844 à l'académie royale de Bruxelles, et qu'elle a bien voulu
accueillir, pour être inséré dans son recueil des savants étrangers.
Dans le présent mémoire sur les oscillations barométriques, nous
prendrons le phénomène électrique , tel qu'il est encore admis dan:^
la science ; il est de l'intérêt de ce travail d'en écarter tout ce qui
pourrait en voiler l'intelligence. Nous nous servirons donc des termes
• Voyez mon Mémoire sur la cause des phénomènes électriques de t atmosphère, Aiw. cm. phïs.,
3* série, t. IV, p. 38o, et celui Sur les divers espèces de brouillards, Mém. acad. r. de Brvxelxes,
t. XV, et Anm. ch. PHY8., t. Vi, p. 129, et les Comptes rendus de lAcad. se, de Paris,
6 INTRODUCTION.
usuels de résineux et de vitré ^ ou de négatif et de positif, sans
mettre d'autre valeur à ces mots que la désignation spéciale donnée à
chacun des deux états électriques qui se manifestent aux yeux par des
diflFérences incontestables. Nous préférons les mots résineux et vitré
comme les plus insignifiants , et comme étant les plus éloignés de pré-
juger la question fondamentale du phénomène , résultant d'une plus
grande ou d'une plus faible intensité dans la cause; tandis que les
mois positif et négatif décident de prime abord ce qui est en question.
RECHERCHES
SDB LA
CAUSE DES VARIATIONS BAROMÉTRIQUES.
PREMIERE PARTIE.
DE LA DIVERSITÉ DES PRESSIONS ATMOSPHÉRIQUES.
CHAPITRE PREMIER.
DE L'oPraiOIf DES AUTEURS SUR LES VARIATIOKS DU BAROBIÈTRE.
1. Lorsque la découverte que fit ToricelH en 1H43 fut comprise ;
lorsqu'on sut que la colonne de mercure, restée suspendue dans le
tube fermé, faisait équilibre au poids de l'atmosphère, on a dû penser
que la longueur de cette colonne serait à peu près invariable et que la
gravité de toute la hauteur atmosphérique ne pourrait avoir que des
variations trop faibles pour être appréciables à cette balance nou-
velle. A priori, cette déduction devait paraître rigoureuse, et les
premières différences observées durent être attribuées au défaut de
l'instrument ou au défaut de l'observation. Si la découverte de Tori-
celli eût été faite sous l'équateur , où la variation du baromètre est
8 SUR LES VARIATIONS
réduite à deux ou trois millimètres , cette déduction eut été rangée
parmi les vérités incontestables; on l'eut formulée en loi, et l'on aurait
cherché quelle circonstance particulière naît et croît hors des régions
tropicales , pour rendre compte des changements qu'on aurait ob-
servés dans ces régions '.
2. Dans les contrées tempérées, cette première croyance ne pouvait
avoir de durée ; les nombreuses perturbations qui se succèdent dans le
courant d'une année et l'étendue des oscillations de la colonne baro-
métrique, ne permirent pas de regarder comme invariable la pression
de l'atmosphère. Aussi Pascal ^ , qui comprit sur-le-champ l'impor-
tance de cet instrument et des nombreuses applications dont il serait
l'objet, aperçut-il de bonne heure l'inégale hauteur de la colonne
de mercure , et conséquemment l'inégale pression de l'atmosphère.
Cette inégalité de pression^ ne pouvant être mise en doute, fut un
sujet qui excita la curiosité publique et les recherches des physiciens.
Et en effet , quelle pouvait être la cause de différences aussi considé-
rables , et comment pouvaient-elles aller jusqu'à plus d'un trentième
en deçà et au delà de la hauteur moyenne ?
3. Lorsqu'un fait nouveau paraît et qu'il ne s'allie à aucun de
ceux qui nous sont connus , le plus sage serait d'en suspendre l'expli-
cation , jusqu'à ce que des observations nouvelles et des expériences
appropriées nous aient mis sur la voie de la vérité , ou au moins de
l'analogie , en liant les faits anciens au fait nouveau qui se trouve
isolé. L'impatience de notre esprit et le besoin d'un lien qui soulage
promptement notre mémoire, en rapprochant les phénomènes, ne
' L'expérience de Toricelli en a provoqué une autre qui représente les variations dans la pesan-
teur de l'air, comme le baromètre démontre les variations dans la pesanteur totale de l'atmos-
phère. Boyle fit connaître en 1666 (Trans. Phil., n" 14), ce nouvel instrument, qu'il nomma
baromètre statique, et que depuis on appela manomètre. Cet instrument n'est en réalité que l'expé-
rience de Galilée, rendue permanente en laissant le ballon de verre mince, suspendu au fléau d'une
balance. Le baromètre et le manomètre marchent souvent ensemble; cependant, d'après les obser-
vations de M. Roosbroeck, il n'est pas rare de leur voir une marche opposée. (Réponse sur la
question, etc., Rotterdam, 1836, in-4°.)
* Traité de l'équilibre des liqueurs et de la pesanteur de la masse dair, pages dSO et suiv.
BAROMÉTRIQUES. «
nous permettent pas d'attendre le résultat du temps; on crée les
causes, si on ne les découvre pas, et les hypothèses se multiplient :
c'est ce qui arriva lors de la découverte des oscillations barométriques.
Les progrès ultérieurs de la science en diminuèrent le nombre , et il
ne resta bientôt plus que celles qui prenaient , pour bases , des phéno-
mènes concomitans, auxquels on attribuait cette puissance d'action ;
c'étaient ceux qui provenaient des changements de la température ,
de la direction des vents et de la présence des vapeurs.
4. Les premières hypothèses qui firent entrer les vapeurs dans l'ex-
plication des diiférentes pressions atmosphériques , les considéraient
comme une cause d'accroissement de poids : ce fut l'idée émise par
Pascal , idée qui fut adoptée par un grand nombre de physiciens du
temps ' ; on ne pouvait concevoir que l'addition d'une substance pût
rendre l'atmosphère plus légère. Newton avait cependant dit qu'une
atmosphère humide est plus légère qu'une atmosphère sèche à quan-
tités égales * ; mais cette vérité eut le sort de toutes les vérités qui
devancent leur époque ; elle passa inaperçue , et l'on continua long-
temps encore à considérer la présence des vapeurs comme une cause
de pesanteur.
5. Cette erreur n'était cependant pas heureuse, car le plus souvent
l'observation y venait placer son veto : on voyait presque toujours le
baromètre descendre lorsque l'atmosphère contenait des vapeurs ,
mais comme on le voyait aussi monter pendant les plus forts brouil-
lards, on persista longtemps dans cette hypothèse. Ce ne fut que plus
d'un siècle après l'invention du baromètre ' , lorsque la physique eut
acquis assez défaits et de précision dans les procédés, qu'on reconnut
que les vapeurs élastiques étaient plus légères que l'air, et que, se dis-
persant par diffusion comme les gaz \ elles rendaient l'air moins pe-
• Béai., Phil. Tr., n'9, en 1666. Wallis, id., n» 10. Garcin , /oumo/ Helvétique, ilU et 1735.
* Newton, vers la fin du 3* livre de son Traité d optique, p. 567 de la traduction de Coste, 1720.
' Recherches sur les modifications de ^atmosphère de De Luc, § 112 et suivants, où l'on trouve
tous les renseignements sur les travaux de ceux qui l'ont précédé.
♦Dalton, Manchester' s Mem., vol. I, new séries. Graham, IVorw. ofthe Roy. Soc. Edinburgh,
vol. XH, p. 222. BeHhoWel , Statique chimique. Volta, Vassal i.MAn. Soc. Méd.tfémul.,^'" année.
ToM. XVIII. 2
19 SUR LES VARIATIONS
sant sous une pression et un volume donnés, en déplaçant une quantité
de ce gaz proportionnelle à son propre volume.
6. Depuis que cette vérité fut constatée , les explications ont moins
erré; elles se sont renfermées dans l'application du principe de la
plus grande légèreté de la vapeur et de l'air chaud, et Ramond , ayant
coordonné avec habileté tout ce qui pouvait soutenir cette hypothèse,
l'a fait régner à peu près sans rivale, depuis la publication de ses
mémoires sur les variations du baromètre \ « La température d'abord,
dit-il (page 100), et ensuite l'humidité, voilà les deux causes qui
expliquent les variations du baromètre dans toute leur étendue et
jusque dans leurs moindres détails; mais avec cette différence, que
la première est à tel point prépondérante , qu'elle rend raison à elle
seule de toutes les variations majeures, et qu'il n'y a besoin de re-
courir à la seconde que pour les modifications subalternes du phé-
nomène principal. »
7. Pour que l'air échauffé, ou celui chargé de vapeur pressât moins
sur le baromètre, il fallait supposer que la colonne verticale de l'at-
mosphère devenue plus légère, gardait sa hauteur première malgré la
pression plus grande des régions voisines; il fallait supposer qu'un
fluide aussi élastique, aussi mobile que l'air, ne prendrait pas son
équilibre de pesanteur aussi rapidement que s'opérerait le change-
ment de température; c'est ce que fit Ramond. Il fallait même consi-
dérer cette colonne d'air allégée , comme étant renfermée entre des
parois résistantes et ne laissant pas d'autre alternative à la colonne
échauffée qu'une ascension verticale; c'est ce qu'on fit encore ^ pour
le besoin de la cause, si ce n'est en termes positifs, ce fut du moins
dans les conclusions qu'on en tira. Sans doute, lorsque la chaleur
* Mémoires sur la formule barométrique, etc., Clermont-Ferrand , dSll, in-4''. Extraits des
Mémoires de la classe des se. math, etphys. Voyez aussi les idées émises par Leslie, dans le suppl.
à VEncycl. Brit., art. Météorologie, et celles de Daniell dans sa Météorologie, pages 19 et suivantes.
Laplace admettant les idées de Ramond , dit , en parlant des oscillations horaires [Essai philoso-
phique sur les probabilités, p. 49), « la période de la variation étant d'un jour solaire, sa cause est
» évidemment la chaleur que le soleil communique aux diverses parties de l'atmosphère. »
^ Mémoire cité, pages 99 et suivantes. Leibnitz avait déjà dit que les vents ascendants allègent la
pression. Opéra omn., 1768, in-4°, t. il, 2"^ partie, page 80.
BAROMÉTRIQUES. li
dilate une portion de l'atmosphère, cette portion s'élève et elle est
remplacée par l'air plus dense des plages voisines; sans doute , pen-
dant ce mouvement ascensionnel la pesanteur est diminuée de quel-
que peu et en raison de la vitesse de ce mouvement; lors donc que le
baromètre descend beaucoup, cela supposerait un courant ascendant
considérable qui serait nécessairement remplacé par des courants ho-
rizontaux proportionnels, c'est-à-dire, que pendant la chute du baro-
mètre, le vent se ferait sentir avec force de la circonférence au centre
de cette colonne.
8. Il est fâcheux pour cette hypothèse si simple et si commode ,
qu'elle se trouve le plus souvent en opposition avec l'état de l'atmos-
phère; car, dans la plupart des cas , l'atmosphère est d'un calme plat
pendant la chute du baromètre, et lorsque le vent et les bourrasques
surviennent, le baromètre à cet instant commence sa rétrogradation
ascensionnelle. Ajoutons encore que Ramond indique lui-même (p. 6,
1"^ mémoire) l'heure de midi, comme celle qui est la plus propice aux
observations hypsométriques , comme le moment qui donne le résul-
tat le plus approché de ceux de la triangulation. Comment se ferait-il
donc que ce fût cette heure qui répondît le mieux à l'état neutre? que
ce serait au moment où le soleil darde ses rayons les plus verticaux,
lorsque la température s'élève avec le plus de rapidité, lorsque les
courants doivent s'établir avec le plus de force , que se trouve l'état
neutre? cela ne peut être, et si cette heure est plus propice, c'est par
des raisons que nous étudierons plus bas.
9. Dans les climats tempérés, c'est dans les mois de novembre, dé-
cembre et janvier, lorsque l'atmosphère est la plus régulièrement
froide, que les écarts du baromètre sont les plus grands. Dans l'été, le
baromètre descend parfois beaucoup pendant une haute température
et un calme plat, mais rarement autant qu'on le voit descendre dans
les mois de novembre, de décembre et janvier, époques d'une basse
température et d'une moindre pression par les vapeurs.
Il en est de la vapeur comme de l'air chaud, une diminution de
pression par un mouvement ascensionnel ne pourrait se produire que
ii SUR LES VARIATIONS
dans la supposition d'un calme plat : dans l'état ordinaire , lorsque
par l'agitation et la translation les couches d'air se déplacent hori-
zontalement, aucune diminution de pression ne pourrait avoir lieu.
Nous pourrions citer une foule d'exemples, mais nous nous restrein-
drons aux suivants :
Du 9 au 15 janvier 1842, le temps à Paris fut tempétueux; le ba-
romètre descendit jusqu'à 728™'",! 1 ; dans la journée du 14 il baissa
de 12™'n,67 en 10 heures , la température étant à peu près constante
et pendant un vent violent et des rafales brusques qui déracinèrent
plusieurs arbres ' .
Les 12, 13 et Mjanvier 1843^ Paris éprouva des tempêtes tout à
fait polaires; les nues grises descendirent jusqu'au milieu des rues et
donnaient des signes d'une puissante tension résineuse que mes ins-
truments ne pouvaient plus mesurer. Le thermomètre monta de 30,1
à 6°,7 le 14 ; au milieu de ces nues et pendant leur condensation, le
baromètre avait l'inconstance que M. Martins et d'autres savants ob-
servèrent au Spitzberg. Il descendit le 12 à 728"^™,1 puis il remonta.
Le 14 entre 3'' 30' et 4h. du soir, il baissa de 2 millimètres; de 9 h. du
matin à 7 h. du soir, il baissa de 12™'n^67 et atteignit 729»"^,79. Le
sympiézomètre était dans une agitation continuelle , et indiquait des
diminutions de pression de 5 à 8 de ses divisions, 2 ou 3 secondes
avant les rafales.
Le 16 février suivant, le baromètre descendit à 732™*^ par un vent
très-faible du NE. et sous une température de -j- 1°,2.
Le 28 du même mois son abaissement prodigieux se fit sentir dans
toute l'Europe ; à Paris il atteignit 727""**,94, vent faible NNO., temps
couvert, température -|-6°,8.
10. Voici des exemples de l'ascension du baromètre pendant une
grande élévation de température :
* La moyenne à l'observatoire, dans la salle du premier, est de 756™"',0. A Bolton-le-Moors , la
moyenne barométrique est de 750""",9, le baromètre descendit le 13 janvier 1843, à raidi, à
704°"" ,075, sous une température de 2",6 vent du SO. médiocre et tel qu'il était depuis plusieurs
jours. Phil. Magaz., 1843, fév., vol. XXII, pag. 158.
BAROMÉTRIQUES. 13
Le 6 février 1842, la température était descendue à +4°,5 vers
T"" 30' du matin , et le 8 à 5'' du soir le thermomètre était monté jus-
qu'à + 16". Le 9, le 10, le 11 et le 12, la température se maintint
élevée, et dépassa plusieurs fois 16 degrés, le vent n'avait pas cessé
d'être du S. et cependant le baromètre qui, le 7 à 5 h. du soir, était à
755""", monta continuellement, et le 12 à midi il était à 766"»™,7.
Voilà une élévation de près de 12 millimètres, qui s'opéra pendant un
vent du S. et pendant une élévation de température de + 4o,5 à
+ 16 et même 17 degrés *.
Pendant l'orage du 18 juillet 1841, à Genève et dans les cantons
voisins, le baromètre monta en peu d'heures de 4 à 11 millimètres ,
suivant les localités; pendant cette ascension la température s'élevait
dans une proportion encore plus grande *.
1 1 . Enfin , voici des exemples de grandes dépressions pendant une
température à peu près constante :
Du 22 au 24 décembre 1821, le baromètre tomba à Toulouse de
30 millimètres; pendant ces deux jours le thermomètre resta à -j-6 et
8 degrés, et ce ne fut que le dernier jour qu'il monta de 1 ou 2 degrés.
L'hygromètre au contraire, rétrograda de 17° vers la sécheresse ^
M. Redfield cite l'abaissement du baromètre à New- York du 16 fé-
vrier 1838; il descendit à 739""n,9 pendant un froid de — 5 et 6° *.
J. Prinsep dit que pendant la tempête de 21 mai 1833 à Sangor, le
baromètre baissa de 738™™,9 à 668'"™, tandis que le thermomètre ne
varia que de 26°,6 à 26ol ° ; voilà une dépression de 70™"i,865 par
une température constante et sous une latitude (21°) où les perturba-
tions accidentelles sont en moyenne de 9 millimètres. A Calcutta la
dépression ne fut que de 19 millimètres, et Balasore n'en ressentit
rien. MM. DeBuch et De Humboldtont observé aussi une dépression
' Extrait de mon registre d'observations.
' M. Wartmann, Bull. Acad. roy. Bruxelles, in-8°, 318.
» Marqué-Victor, Mém. Accul. Toulouse, I, 109.
* American Jour., 38, 324.
* Joum. ofAsiat. Soc. of Bengal. 1833, tom. U, 427.
14
SUR LES VARIATIONS
de 22 à 23 millimètres, sous un ciel serein, au milieu des Alpes, sans
le moindre vent, sans le plus petit nuage. M. De Buch ajoute, que ni
le thermomètre, ni l'eudiomètre , ni l'hygromètre, ni l'électromètre ,
n'avaient fait soupçonner quelque chose de particulier *. A Copenha-
gue l'oscillation mensuelle du thermomètre est à peu près égale pour
tous les mois, elle est d'environ 15°. Cependant, les oscillations acci-
dentelles du baromètre sont en moyenne de 70™™ en février et de 90™'"
en juillet.
Enfin , j'ajouterai le tableau de la grande dépression barométrique
qui eut lieu le 2 février 1823 , sur toute la France et quelques pays
voisins, pendant un calme ou un vent à peine sensible.
LOCALITES.
LOSCITDDE
de Paris.
HEURES
des
minima.
OBSERVATEURS
CI
OBSEKTATIONS DITEBSES.
Toulouse
La Chapelle, près de Dieppe.
Avignon
Mais
Viviers
Joyeuse
Paris
Soleure
Berne
Strasbourg
Genève
S'-Gall
Lausanne
Hospice du S'-Bernard . .
Gênes
Livourne
Edimbourg
43»35'40'
n
45''57'
44''8'
47«29'14"
44"26'
48«50i3"
47"12'32"
46°47'
48°34'57"
46«12'
47'>25'39"
46»3r
45"50'16"
44"24'18"
43»32'41"
55'37'20"
0''53'47" 0.
»
2-28' E.
1-22' E.
2«20'45" E.
0-55' E.
0.
3°12'21" E.
5» 6' E.
S"24'34" E.
3'49' E.
7» 2'18"E.
4°18' E.
4"44'30"E.
6»34' E.
7»57'25" E.
5»31' 7"0.
147
a
17
»
57
65
573,4
146
407
■a
507
2491
114
88
762
755,47
714,73
723,25
715,0
720,0
»
«
756,61
722,35
»
»
716,49
080,65
750,68
715,47
730
692,60
702,74
670,80
562,05
.534,52
»
»
1»
tt
746,20
«
5 h. mat.
4h.30'm.
9h.30'm.
10h.l5'm.
10h.40'm.
12h.
12h.
1 h. soir.
delh.à4s.
2h.s.
3 h. 30' s.
3h.50's.
0
4h.30's.
Le soir.
Tcmperalare extérieure 8"46.
Nelle de Breauté, temp. eit. 5* ,5 ;vent Taiblc
(lu S. par instant; nuages peu épais.
Guerin-D'Arguon , temp. ext. 9"; vent mcd.
SSE.
D' Uombres-Firmas.
Flaugergues, temp. cxU If',6; le soir S'fi.
54'"' de plaie dans la matinée; à midi la
pluie cessa, le vent modéré du NO- passa au
Si), et s'affaiblit.
Arago, vent ESE.; trouble et nuageu:i; temp.
ext. 8",9; les temp. exlr. 3, 8 et », 8.; bjgr.
89 à 9 h. matin et soir ; hygr. 99.
Calme; ciel brumeux; vent ESE. (|^ui passa
successivement au NE.? au N. Au soir il élait
au N.NO.
lierre nschneider* calme; ciel nuageux; éclair-
cies.
Gauthier* calme; aans pluie; temp ext. S'i.
Calme ; ciel brumeux ; quelques coups de v
dans la nuit suirante.
Brouillard; ventSO. assez fort pendant l'après-
midi; temp. ext. 8*.
Éclairs brillants; le 3, mer furieuse pendant
le calme.
Dans la nuit du 3 au i, forts coups de ton-
nerre.
Les 3, 3 et i février, il tomba plus de 2 mé-
trés de neige; rafales du SE.
* Joum. Phys. 1799, t. XLIX, p. 87.
BAROMÉTRIQUES. tS
Dans toutes ces contrées la température fut à peu près station-
naire et le calme presque complet *.
12. Pour peu que l'on suive les perturbations barométriques, pen-
dant l'automne et l'hiver, on remarque des élévations et des abaisse-
ments à toutes les heures , par tous les vents , à toutes les températures
et par tous les aspects du ciel. Il y a des vents qui coïncident, il est
vrai, plus souvent que d'autres avec l'élévation ou l'abaissement du
mercure; tels sont les vents du N. ou ceux du S.; le baromètre des-
cend aussi plus souvent pendant les chaleurs, et il remonte plus or-
dinairement pendant les froids prolongés; mais l'eflfet contraire a sou-
vent lieu, il prouve que la température peut être une des constituantes,
ou seulement coexistante et non la cause la plus importante comme le
pensait Ramond, et nous verrons dans la seconde partie , pourquoi la
direction des vents joue un rôle dans les variations du baromètre. Du
reste, l'inspection du tableau suivant convaincra mieux que tout ce
que nous pourrions dire de l'erreur de ceux qui attribuent au vent une
influence capable de produire des perturbations aussi étendues que
celles qu'on observe.
La sixième ligne donne la hauteur moyenne de la localité; il faut
ajouter ou retrancher à cette hauteur le nombre indiqué à chaque
vent.
« Voy. les tom. XXII, XXIII et XXIV, 1823, de la Bibl. univ. de Genève.
It
SUR LES VARIATIONS
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En comparant les observations de ces deux époques , on voit qu'il y
a une grande différence dans les résultats qu'on suppose dus à la di-
rection des vents.
13. « Ainsi, dit M. Arago ^, tandis qu'à Paris le vent du SO.,
maintient le baromètre notablement au-dessous de la moyenne, à
Marseille, son influence est positive; d'autre part, le vent du NO.,
qui fait notablement monter le baromètre à Paris, est celui qui
produit le maximum d'abaissement à Marseille. » On voit en outre
dans l'avant-dernier tableau que : «à Saint-Pétersbourg, la direction
des vents n'a aucune influence sur la hauteur barométrique moyenne;
le maximum a lieu pendant le calme, et tous les vents, de quelques
côtés qu'ils soufiient , dépriment le baromètre \ » On voit aussi qu'à
• Mémoire de la société royale djjpsal, pag. 301. Longitude 3o°30'. Latitude 59"50',20.
* Annuaire de 1836, p. 277.
«Kupffer, Observai, méléor. faites à l'acad. se. de Saint-Pétersbourç, de 1822 à 1835, par
M. Wisniewsky.
Ton. XVIII. 5
ÎS SUR LES VARIATIONS
Bade le maximum de pression est pendant le SE., tandis qu'à Vienne
et à Meiddelbourg, c'est pendant le vent du N. Le minimum est at-
teint à Saint-Pétersbourg pendant le vent du NO. , et nous voyons
qu'à Vienne c'est pendant le vent d'E. En 1824, sur la côte Est de
l'Ecosse, au château de Kinfauns, le maximum a été atteint pendant
un vent d'O. et le minimum pendant un vent d'E. '. A Bossekop
( Norwége 69°58' lat.) , ce sont les vents de terre secs et froids de l'E.,
du SE. et du S. qui dépriment le baromètre , tandis que les vents
humides de mer et pluvieux du NE., du N., NO. et 0., le relèvent
et le maintiennent élevé ^. On trouve une marche analogue à la
Nouvelle- Archangel d'après Wrangel % et une autre de même nature
à l'embouchure de la Plata,
Enfin, en prenant le plus grand écart qui a lieu à Berlin , on ne
trouve que 8™™, tandis que l'amplitude moyenne de décembre est
de 33'n™,84, plus de quatre fois ce que donnent les vents. Si nous
comparons les écarts moyens à Saint-Pétersbourg , on voit que les
vents donnent 5™™, 53, et l'on trouve dans les moyennes accidentelles
de cette ville 45™'",5 pour le mois de février. Dans ces comparai-
sons il ne s'agit encore que des moyennes mensuelles , car si nous te-
nions compte des écarts entre les maxima et les minima absolus, nous
en trouverions pour Saint-Pétersbourg qui ont été au delà de 80"^*".
Il faut donc renoncer à trouver dans la direction du vent la cause
des grandes perturbations barométriques, à moins d'y ajouter la cause
réelle et immédiate , dont nous parlerons plus bas, et dont les vents ne
sont que le véhicule.
14. Les faits contraires à la théorie des vents ascendants se présen-
tent bien plus fréquemment encore , en s'approchant des hautes lati-
tudes. (( Le baromètre, dit M. Martins, est au Spitzberg dans un
mouvement perpétuel , et sa marche est si rapide , ses oscillations sont
« Edinh. Phil. Jour., toin. Xn, 408, 1825.
* La commission scientifique française envoyée dans le Nord, voy. Kœmtz, trad. de M. Mar-
tins, p. 289.
' Dove, Schumacher' s Jahrhuchfiir \M\, p. 3H.
BAROMÉTRIQUES. If
si fréquentes , que le temps d'inscrire une observation suffit souvent
pour retrouver la colonne de mercure un millimètre plus haut ou plus
bas. Des observations correspondantes , faites quelques degrés plus au
Sud^ montrent que les oscillations y ont moins d'amplitude qu'au
Spitzberg'. » Ainsi, c'est dans les climats polaires, où règne la plus
basse température, que la mobilité du baromètre est la plus grande,
et cette mobilité est telle, qu'il faudrait que la température changeât
subitement, en une minute, dans une masse d'air considérable, et
que de vastes courants ascendants ou descendants s'établissent instan-
tanément, pour rendre raison de ces oscillations; il faudrait que ces
courants s'arrêtassent tout à coup , pour reprendre une route opposée ,
s'arrêter encore pour remonter de nouveau, et ainsi de suite, avec une
promptitude qui n'appartient pas au déplacement des couches d'air.
Il faudrait aussi que ces courants si puissants, se limitassent souvent
dans un cercle fort restreint, comme les navigateurs baleiniers l'ont
observé tant de fois, en voyant leurs conserves à quelques milles dans
une grande agitation , tandis qu'ils étaient dans un calme plat. Non-
seulement les vents ne précèdent pas l'abaissement du baromètre,
mais le plus souvent ils soufflent de tous les rumbs pendant les tem-
pêtes qui suivent ces grandes dépressions atmosphériques. Des faits de
cette nature sont contraires à toutes les hypothèses qui s'appuient sur
des courants verticaux , les vents et sur la température '.
15. Dans la zone équatoriale, les températures extrêmes sont peu
éloignées les unes des autres; elles ne varient que d'un petit nombre
de degrés. A Gumana, par exemple , la température moyenne est d'en-
viron 27*^,6; la moyenne du mois le plus froid est de 26<',2 c. et celle
♦ Communication verbale de M. Martins; voyez aussi la relation des voyages de W. Scoresby
junior.
* Beaucoup d'auteurs rejettent cette hypothèse, parce qu'ils ont vu comme nous, qu'il n'y a au-
cune corrélation entre l'abaissement du baromètre et ces prétendus vents ascendants, que ni
M. Pietet, ni M. d'Angos, etc., etc., n'ont pu constater (voyez Joum. Phys., 1811, 73, pag. 149).
Pendant notre séjour sur le Faulhorn en ISiâ, nous n'avons jamais pu ressentir de vents ascen-
dants pendant la descente du baromètre, vents qu'il eôt été facile de constater par la marche des
nues parasites ou des corps légers que nous abandonnions.
29 SUR LES VARIATIONS
du mois le plus chaud de 29°,1 c. \ Dans des contrées aussi constam-
ment échauffées, la dilatation des vents polaires qui affluent, est per-
manente, et l'ascension peut s'établir et durer, non pour aller déverser
leur masse d'air au-dessus d'une surface supposée, mais pour se ré-
pandre dans les régions moyennes de l'atmosphère. Poussées cons-
tamment à tergo par l'immense quantité de vapeurs formées chaque
jour, et par l'air dilaté qui l'accompagne, les couches ascendantes de
l'atmosphère entre les tropiques , ne peuvent prendre un équilibre
stable. Lorsqu'elles se sont élevées dans des régions plus froides et plus
raréfiées, elles perdent une portion de leur calorique libre, et le reste
devient calorique latent par leur dilatation. Arrivées dans des couches
d'air aussi raréfiées qu'elles^ ces masses d'air et de vapeurs ne peuvent
s'élever contre leur propre poids ; elles ne peuvent s'écouler que laté-
ralement vers les zones tempérées et polaires^.
16. Par suite de cette ascension de l'atmosphère tropicale, la cou-
che inférieure des zones tempérées, moins pressée vers l'équateur que
vers les pôles, remplace aussitôt le vide partiel que laisse le courant
ascendant; le vent alizé qui en résulte, diminuant la pression de l'at-
mosphère des régions tempérées, devient une première cause de l'abais-
sement des couches supérieures; mais la cause qui est d'abord la plus
puissante , c'est leur refroidissement et la condensation des vapeurs. La
portion la plus basse de ce courant se confond peu à peu avec l'atmos-
phère inférieure et rétrograde avec elle vers l'équateur.
En s'avançant vers les pôles , l'aire vers laquelle convergent tous les
courants tropicaux, diminuant comme le produit d'un grand cercle
par la différence des sinus des latitudes extrêmes, est une grande et
puissante cause de la condensation des vapeurs , de l'abaissement et de
la terminaison de ce courant.
* Humboldt, Voyage aux Rég. équin., livr. X, chap. XXVIII.
* Halley, Tr. Ph., n» d82; Hadlcy, idem, i735, pag. 38; Franklin, des Météores; d'Alembert;
Romrae, Tableau des vents; Dunbar, Trans. Amer. Pliil., 6; Lartigue, Exposition du système des
vents; H.-W. Dove; Bert, Rapport de l'assoc. Britann., 1837, vol. 6, notice, page ai. Voyez un
effet semblable dans la fumée d'un feu de bruyères, dans les Ann. of Philos., 1817, tom. X,
pag. 16.
BAROMÉTRIQUES. U
17. Dans les climats tempérés et froids, les effets d'ascension se-
raient nécessairement de courte durée; ils cesseraient lorsque la tem-
pérature baisse au coucher du soleil , et ne pourraient avoir lieu qu'au
milieu d'un calme général; cette cause faible, locale, temporaire,
ne pourrait rendre compte des grandes dépressions de l'automne et
de l'hiver, à l'époque où la température change peu; elle ne pourrait
rendre compte de l'abaissement régulier du baromètre durant huit
et quinze jours dans de vastes contrées, pendant lesquels s'opèrent
souvent de grands changements dans la température.
Cet effet d'ascension , de déversement , d'abaissement successif et
du retour de l'air, ne s'effectue pas comme le ferait un gaz sortant d'un
récipient; il s'exécute partout où la température s'accroît , s'arrête ou
s'abaisse. Dans les basses latitudes, la température y étant plus haute ,
les vapeurs s'élèvent davantage avant de trouver la couche où leur
pesanteur spécifîque puisse y être en équilibre. Il en résulte que le
vent inférieur des alizés, comme l'a très-bien remarqué M. Basil-Hall ',
très-vif sur les limites polaires, décroît peu à peu en s'avançant vers
l'équateur, et ce n'est que la plus faible quantité qui arrive jusque
sous l'influence perpendiculaire du soleil , où régnent les calmes plats
dans un espace de plusieurs degrés entre les deux alizés. n.r.
18. IVous avons dit que Ramond($ 6) considérait l'influence de la
température bien supérieure à celle des vapeurs, et qu'il ne regardait
ces dernières que comme un complément local et non comme la cause
des perturbations étendues. Tous les physiciens n'ont pas adopté l'opi-
nion de ce savant ; il en est un bon nombre qui pensent que la pré-
sence des vapeurs constitue de soudains allégements dans la colonne
atmosphérique, et qu'elle est la cause principale de l'abaissement du
baromètre. Nous ne pourrions que répéter pour la vapeur, ce que nous
avons déjà dit pour l'air chaud, et en effet, si on consulte les tables
d'observations , on voit combien l'humidité de l'atmosphère joue un
rôle secondaire dans ce phénomène; on voit le baromètre monter et
< Daniell, Meleor. esiay. Ed. i837, pag. 480.
22 SUR LES VARIATIONS
descendre pendant des laps de temps continuellement humide, ou
pendant lequel l'hygromètre et l'aspect brumeux de l'air varient peu.
Nous citerons pour exemple l'hiver de 1841 à 1842; les mois de no-
vembre, décembre et janvier furent très-humides à Paris , les brouil-
lards régnèrent presque sans discontinuer ; les plus beaux jours n'en
étaient pas exempts, et l'hygromètre a toujours été très-haut pendant
ce laps de temps; le baromètre a oscillé continuellement, et plusieurs
fois ses amplitudes se sont étendues de 734™™ à 770™™. Le 18 jan-
vier 1842, à 10 heures 30' du soir , le baromètre marquait 769™™,77,
quoique l'hygromètre de Saussure indiquât 88 degrés; tandis que le
14 novembre précédent, il était à 735™™,2, et l'hygromètre n'indi-
quait que 80. Le commencement de décembre 1842, si remarquable
par ses épais brouillards, eut une pression moyenne de 765 à 772
millimètres. Le mois de décembre 1843 a été plus remarquable en-
core; la moyenne mensuelle a été de 768™™,07. Le 14, à neuf heures
du soir, la pression monta à 773™™,62, tempér. — 2°,5. Le ciel fut
constamment voilé, ou par un brouillard d'une grande épaisseur qui
atteignait le sol, ou par un brouillard uniforme, élevé, dont on ne
pouvait apprécier l'épaisseur ; les vents toujours très-faibles ou nuls,
soufflèrent alternativement pendant le mois, de tous les points du
compas, et la température varia de -1-12°,7 c. à — 4". Nous ne ci-
tons ces faits que pour démontrer qu'il n'est pas exact d'attribuer
l'élévation du baromètre à la sécheresse de l'air , ou son abaissement
à l'humidité ; mais nous ne voulons en aucune manière inférer une
induction contraire. La présence des vapeurs est une nécessité dans
le phénomène général , mais n'en est pas la cause.
19. Du reste , voici deux tableaux que nous empruntons à M. Dove;
ils contiennent, l'un l'élasticité de la vapeur, l'autre celle de l'air sec,
à différentes latitudes et dans les 12 mois de l'année ; en comparant
les pressions des mois et des lieux avec l'amplitude des perturbations
barométriques des différentes latitudes et des différentes saisons , on
pourra remarquer que , non-seulement la petitesse des oscillations de
la vapeur ne répond pas à celles du baromètre , mais qu'elles sont gé-
BAROMÉTRIQUES. ».
néralement opposées l'une à l'autre; que c'est dans les pays tropicaux,
où la pression de la vapeur est la plus grande, que les perturbations
barométriques sont les plus petites, et qu'il en est de même pour les
saisons. C'est dans l'automne et l'hiver que les plus grandes perturba-
tions barométriques ont lieu dans nos climats, tandis que la quantité
de vapeur a diminué.
Dans le tableau suivant, l'exposant ajouté aux noms des localités, in-
dique le nombre d'années sur lequel la moyenne est fondée.
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Ton. XVIII.
96 SUR LES VARIATIONS
20. Ce n'est donc ni des vapeurs prises isolément , ni du degré de la
température , que ressortent les perturbations du baromètre qui ont
de la durée, et les changements instantanés. Ces causes peuvent bien
produire quelques oscillations locales, mais non ces abaissements, ou
ces élévations qui persévèrent des journées entières et qui commencent
à toutes les heures du jour et de la nuit '. « Si l'on compare, dit
M. Frédéric ^, la marche du baromètre à la quantité d'eau tombée ,
ou aux vents, ou à la température, on ne voit partout que contradic-
tions. » Il dit ailleurs : « Ayant comparé la marche des météores de
1770 à 1817 et de 1817 à 1826, j'ai trouvé qu'à Upsal la moyenne
barométrique alla croissant dans la première période et en décroissant
dans la seconde. L'écart des oscillations diminua dans la première pé-
riode et augmenta dans la seconde. Ce changement coïncide avec celui
de la déclinaison, qui commença à cette époque à rétrograder vers
l'Est. )) Il suffit de jeter un coup d'oeil sur les tableaux oii sont re-
présentés les mouvements du baromètre , de la tension de la vapeur
et de son humidité relative, pour apprécier le peu de fondement qu'il
y a dans les rapports qu'on a voulu établir entre ces divers cas météo-
rologiques ^
* Dans une lettre du cap de Bonne-Espérance, adressée à M. Plana , en date du 28 décembre 1835,
sir John Herscheldit: « L'oscillation annuelle est très-régulière au cap, et s'élève à un quart de
pouce environ. Le maximum a lieu en juillet, qui est le mois le plus pluvieux , et le minimum en
janvier, ou dans le mois le plus sec et le plus chaud; ce qui présente un fait singulier. » [Gazette du
Piémont du 6 avril 1836 et Bibl. Univ., 1836, t. II, p. 143.)
11 faut consulter les courbes tracées par M. Hàllstrôm, dans le 1. 1" des Actes de la Société scien-
tifique de la Finlande, l" cahier. Il fait voir dans son mémoire sur quel vaste espace la pression
peut varier d'une manière à peu près identique, dans les mois où la température varie le moins,
comme cela est arrivé en janvier et décembre 1784, en février 1828, en janvier 1835, etc. Il faut
également consulter les Résumés que M. Quetelet a présentés à l'académie royale de Bruxelles, le
4 février et le 4 mars 1843, sur le grand abaissement du baromètre dans le mois de janvier pré-
cédent.
A Paris, M. Ârago vit le baromètre à 726""",2 le 12 à 4'' du matin ; M. Quetelet le vit à Bruxelles
à 724"'"',59 ce môme jour à 8" du matin, et à 723""",11 le 14 à 10'' du soir. Pendant toute cette
tourmente barométrique, la température n'éprouva qu'une très-faible oscillation.
2 Mémoire delà Soc. Roy. d Upsal.
^ Voyez les différents résumés de M. Quetelet, dans les tomes VIII, IX, X des Bulletins de t Aca-
démie royale de Bruxelles , et dans les divers tomes des mémoires de cette académie. Nous citerons
BAROMÉTRIQUES. W
M. G. Hiitchison recoimait, comme M. Frédéric, qu'aucune des
trois causes indiquées ci-dessus , la température seule , l'humidité seule
et les vents pris isolément, pas plus que leur réunion, ne peut expli-
quer le phénomène des oscillations horaires. Il croit en avoir trouvé la
cause véritable, dans la pression variable qu'éprouve l'atmosphère,
par les actions réunies ou séparées du mouvement orbitaire et du mou-
vement de rotation de la terre '. Cependant l'auteur reconnaît que le
renversement de signe vers le 65*= degré est une difficulté insurmon-
table pour sa théorie. Nous ajouterons que les perturbations acciden-
telles sont des difficultés qu'il ne pourrait pas plus vaincre que les
variations locales.
21. Les physiciens ont souvent été, et sont encore, en désaccord
sur l'influence de la lune : les uns reconnaissent une marée atmosphé-
rique , les autres ne l'admettent pas. Les premiers disent qu'ils ne con-
çoivent pas comment l'attraction lunaire , si puissante sur les eaux ,
n'aurait aucune influence sur l'air ; comment l'attraction lunaire pour-
conime exemple, celui que contient le tome XVIII. Ce savant et infatigable secrétaire perpétuel a
donné les tableaux des observations faites au solstice d'hiver 1842, et à l'équiuoxe du prin-
temps 1845, dans 42 localités. La pression atmosphérique baissa généralement à la première épo-
que pendant les 36 heures d'observations simultanées, et elle éprouva de nombreuses perturbations
dans quelques contrées. A l'équinoxe du printemps, les perturbations furent moindres pour le
baromètre; il était donc curieux de mettre en présence l'état des autres phénomènes pour saisir
leur liaison, s'il y en avait. Nous ne citerons que les quatre comparaisons suivantes, pour ne pas
trop allonger cette note.
A Parme, l'amplitude de l'oscillation barométrique an solstice fut de 5™°',64, celle du thermo-
mètre fut de 6°,6;à ré4|uinoxc du printemps, l'oscillation barométrique ne fut que de l'°'°,44, quoi-
que la tem|)érature variât de 8°,1.
A Bruxelles, l'oscillation du solstice d'hiver fut pour le baromètre de G'^'iSH, de 2°,3 pour la tem-
pérature, et de l'"'",78 pour la pression des vapeurs. A l'équinoxe suivant, ces trois oscillations
furent de 4"'M1; IIM; 2""',40.
A Varsovie, l'amplitude de ces oscillations fut au solstice, 12"™,8; 4°,4, et 2°™; à Féquinoxe,
elle fut de 8°"°,46; 13°,9 et 1"'"',30 pour la pression de la vapeur.
Au Mont Saint-Bernard, la courbe ne varia que de 1""" environ aux deux époques, quoique la
température eût un écart de 7«,8 à la 1" époque, et seulement de 2",8 à la seconde. Le vent fut
constamment N.E. dans le premier cas, et S.O. dans le second.
* Association Britannique, 1843, séance du 18 août. Journ. Institut., 1843, n" 514, p. 373.
M. Calebrooke dit aussi que la périodicité des oscillations est indépendante de la température et
des saisons. Voyez le Mén. du Col. Sykes.
m SUR LES VARIATIONS
rait produire sur la mer un ménisque de plusieurs mètres , et ne pour-
rait agir sur l'atmosphère. Un grand nombre de physiciens pensent
que l'atmosphère a ses marées comme l'Océan : nous citerons parmi
ces derniers, d'Alembert ', Lambert ^, Rich. Walker % Lalande, etc. *.
Des observateurs ont cherché à saisir cette influence au moyen du
baromètre : Mutis et Caldas % Lamarck % Le P. Cotte ', Luke Ho-
ward % Flaugergues % M. d'Hombres-Firmas '°, M. Sykes ", M. Lub-
bock '%M. Lefroy,etc. '% donnent des tableaux d'observations où
l'on trouve de légères difitérences entre les quadratures et les syzygies.
M. Everest a montré par une moyenne de dix années, que le ba-
romètre à Calcutta éprouvait une notable dépression , quand la dé-
clinaison de la lune dépassait 20", et que les plus grandes dépressions
barométriques avaient lieu, à peu près, au moment de sa plus grande
déclinaison'*.
22. D'autres auteurs, et Laplace à leur tète, ne reconnaissent qu'une
influence tellement minime sur la pression, qu'elle leur parait négligea-
ble. Laplace ne l'estime qu'à un dix -huitième de millimètre environ '\
Le silence du baromètre ne nous parait pas une preuve de la nul-
* Mémoire sur les Vents, i746.
■^ Mém. de FAcad. Berlin, 1777, p. 36.
5 Phil. Magaz., août 48d2, et Bihl. tiniv., d813, t. XIII, p. 510.
* Journ. de Paris, germinal an VI, n° 187, p. 787.
s Voyage de M. De Humboldt, in-4°, t. III , pp. 309 et 10.
8 Journ. de Physique, 1798, t. XL VI, pp. 428 et suiv.
■> Journ. Phys., années 1800 et 1801.
s Phil. Magaz., 1800, t. VII, p. 355.
9 Biblioth. Univ., 1829, t. XL, p. 267.
*" Recueil de Mém. et dOhserv., 1838.
" Phil. Trans., 1835, t. GXXV, p. 161.
'2 Phil. Magaz., juillet 1841, t. XIX, p. 81.
*5 Journ. l'Institut, 1843, n» 471, p. 4.
'* Asiatic journ., mai 1835; Bibli. univ., 1836, t. VI, p. 156.
'* Dans les 13 années d'observations de M. Wisniewsky, on a pour les syzygies 758""',64, et
pour les quadratures 758""",56.
Les marins ayant remarqué que le vent variait avec le changement de lune, on a préféré attri-
buer cet effet aux grandes marées des syzygies qu'à l'attraction directe de la lune, dominé que l'on
est parle silence du baromètre. (Revue Scient., n° 13, 1841, t. IV, p. 47.)
BAROMÉTRIQUES. «
lité (l'action lunaire; le ménisque atmosphérique est comme le ménis-
que aqueux, un supplément de poids exigé par la diminution de la
gravité. Ainsi le silence du baromètre serait toujours complet , si l'é-
quilibre se reproduisait aussi rapidement que l'attraction de la lune
trouble la gravité locale de l'atmosphère. Si le baromètre accuse quel-
que peu l'influence lunaire, c'est que l'équilibre du ménisque demande
un temps appréciable pour s'effectuer , pendant lequel il existe une
petite différence de pression. En ce qui concerne le baromètre, on
peut négliger l'influence lunaire , le poids de l'atmosphère étant le
même , avec ou sans ménisque , mais il n'en est pas ainsi du vent, qui
peut être modifié par la marche de ce ménisque, comme nous le ver-
rons dans un autre travail.
CHAPITRE II.
DES 0SCILLA.TI0nS HORAIRES ET ACCIDENTELLES DU BAROMETRE.
23. Pendant longtemps on n'avait vu dans les variations du baro-
mètre, qu'une marche capricieuse comme celle des météores atmos-
phériques; quoiqu'on ne put lier la variété de l'une à la variété de
l'autre , on les regardait comme solidaires, et les anomalies étaient at-
tribuées à quelques phénomènes intermédiaires qu'on n'avait pu saisir.
Il y avait environ 40 ans que le baromètre était inventé et qu'on sui-
vait en Europe avec curiosité sa marche inconstante , afin d'en décou-
vrir la cause, lorsque des observateurs, résidant dans les pays inter-
tropicaux, s'aperçurent que les perturbations accidentelles , si étendues
des zones tempérées, étaient réduites aux proportions les plus minimes.
Ils s'aperçurent en même temps qu'il y avait un autre mouvement,
indépendant des accidents atmosphériques , dont la marche régulière
se reproduisait chaque jour aux mêmes heures, et dont aucun obser-
80 SUR LES VARIATIONS
valeur des zones tempérées n'avait parlé. II paraît que les premiers do-
cuments écrits sur cette marche périodique du baromètre datent de
1682, et sont dus à MM. Varin, Deshayes et de Glos '. lis écrivirent
qu'à Gorée, le baromètre baissait chaque jour lorsque le thermo-
mètre montait, et qu'il montait le soir, lorsque le thermomètre des-
cendait.
24. Depuis ces premiers aperçus, un anonyme qui a habité Suri-
nam ', Bouguer *, la Condamine % Godin , Thibault de Chanvalon %
Mutis, le Père Alzate , Lamanon et Mongès ^, Trail, Farquhar,
Pearce, Balfour, Mosely, etc., ont constaté ce mouvement périodique.
Mais quelque importantes que fussent ces observations, ce sont celles
de M. de Humboldt qui firent entrer ce fait dans la science , et qui
démontrèrent les heures des retours et l'étendue des oscillations entre
les tropiques. Ce fut ce savant qui , appelant l'attention de tous les
physiciens, fit étendre ces recherches dans toute l'Europe, d'où res-
sortit bientôt un résultat nouveau, celui du décroissement de l'oscil-
lation périodique , en s'avançant vers les latitudes élevées'. Cet appel
de l'illustre voyageur fut entendu en France, et Ramond, ce savant
infatigable , sut séparer dans notre pays les faibles oscillations pério-
diques des grandes perturbations accidentelles *. M. Arago, en rassem-
blant les observations nombreuses qui furent faites sous sa direction ,
avec une persévérante activité , put indiquer son étendue, sa durée et
ses heures de retour pour Paris ". Maintenant ce fait ressort de tous les
tableaux d'observations que l'on fait dans les divers observatoires; les
principaux sont ceux qui ont été dressés sous la direction éclairée de
* Mémoires Acad. Se. Paris, VII, 4S7.
* Journ. littér. de La Haye, 1722, p. 234.
' Figure de la terre , p. 39, 1749.
* Voy. à l'équatcur, p. 50 et 109, et Voyage à la rivière des Amazones, p. 23.
* Voyagea la Martinique, 15^.
* Voyage de Lapeyrouse, 1797, t. IV, pp. 2S7-264.
' Voyage aux Rég. équin., m-i", t. UI, p. 270, et Tableaux phys. des Rég. équin., in-4», 1807.
* ô" Mémoire, 2" partie, 18M, iii-4°, Clermont-Ferrand.
^ Les résumés consignés dans les Annales de Chim. et de Physique.
BAROMETRIQUES. 31
M. Quelelet et de l'académie royale de Bruxelles ', et ceux que pu-
blie chaque année l'académie des sciences de S'-Pélersbourg , sous la
direction de M. Kuppfer '.
25. Il résulte de l'ensemble des observations, qu'il y a dans un
même lieu deux sortes d'oscillations barométriques , l'une acciden-
telle, sans régularité apparente, et l'autre périodique, revenant à
peu près aux mêmes heures. En suivant la marche de l'oscillation pé-
riodique, soit directement entre les tropiques, soit par des moyennes
dans les régions tempérées^ si l'on part du maximum d'élévation de
dix heures du matin , on remarque que le baromètre baisse jusque vers
trois heures de l'après-midi; qu'il remonte ensuite jusqu'à dix heures
du soir, pour rétrograder de nouveau jusque vers trois ou quatre
heures du matin , d'où il se relève jusqu'à son maximum de dix
heures. Cette marche horaire se rapproche de celle de l'aiguille ai-
mantée.
26. Il y a donc deux maxima et deux minima dans l'oscillation pé-
riodique; mais l'instant précis de l'arrivée de la colonne mercurielle à
ces points extrêmes, ainsi que leur temps d'arrêt, avant de reprendre
la marche inverse, n'ont point une fixité absolue. Il y a au contraire
beaucoup de variations suivant les lieux, les saisons, l'état du ciel
et la latitude. Par exemple, on trouve pour les saisons * :
1** Que le minimum du soir arrive une heure plus tard Tété que
l'hiver;
2° Que le maximum du soir est atteint deux heures plus tard en
été qu'en hiver ;
3° Que le minimum du matin arrive une heure plus tôt en été
qu'en hiver;
' Mém. de CAcad. Roy. de Bruxelles.
* Annuaires de ïAcad. des Se. de Saint-Pétersbourg. <
On peut aussi consulter les Mém. du P. Cotte; Van Swinden, /ourn. Phya., 1778, t. XII, p. 301 ;
Chiminello, Saggi Scientifici di Padova, 1786, t. 1, p. 46; Coutelle, Descript. de r Egypte, Mém.
(fHist. nalur., t. Il, p. 335; Duc la Chapelle, Bullel. des Se, an VII, n" % p. 162; Hemmer. Joum.
Physikde Gren., B. II, p. 223, etc.
s KsemU, Météor.. t. Il, p. 269.
52 SUR LES VARIATIONS
4° Et enfin que le maximum du matin devance en été d'une heure
et demie celui de l'hiver '.
Quant à l'amplitude de l'oscillation horaire suivant les saisons,
elle varie avec les localités. Ainsi son maximum^ a lieu au printemps
à Abo, d'après les observations de M. Hàllstrôm; en été, à Padoue,
d'après celles de Chiminello , et en automne , à Halle, d'après
K8emtz\ ^
27. Relativement aux latitudes, il y a de nombreuses variations
dans les heures d'arrivée et de rétrogradation du baromètre ; c'est une
question sur laquelle nous reviendrons plus bas ; nous dirons seule-
ment qu'en général, en s'éloignant de l'équateur, les heures des maxima
et des minima suivent à peu près la marche des saisons froides. D'a-
près les tables deKsemtz^, on voit que le premier mî'mmMm, celui de
l'après-midi, arrive plus tard à Milan qu'à Berlin , et que pour chaque
localité il arrive plus tard en été qu'en hiver.
Ainsi , en janvier, c'est à 3'"24' qu'il existe à Milan, et à 2''42' à Ber-
lin. En juillet, il est atteint à SMS' à Milan et à SMO' à Berlin.
lue maximum du soir en janvier est atteint dans la première ville à
10''12', et à 9''37' dans la seconde. En juin, on trouve IPSl' pour
l'une et 10'"57' pour l'autre.
Le minimum du matin est en janvier à 16''49' à Milan et à 16''32' à
Berlin ; en juillet c'est à 14''50' et 14''54'. Il y a presque égalité.
* On trouve des différences fort notables à cette régularité dans certaines localités : à S'-Louis,
au Sénégal, M. De Beaufort a trouvé 765,6""° à 7'' du matin; 763,1""» à midi; 765,8""' à 4'' du
soir; 765,2""' à S*" et 763,8"'"' à minuit. La marche de l'hygromètre de Saussure, à ces mêmes
heures, est très-remarquable, 50°; 18»; 70°; 90°; 98° (Herlha, 1825, n° 3, p. 143 et suiv.). Les
différences observées entre la côte de Coromandel et celle de Malabar, et celles observées par Hors-
burgh, entre la marche du baromètre sur la côte et celle en pleine mer, doivent également être
rappelées. (Phil. Tram., 1805, t. XCV, p. 177.)
* A Abo, l'hiver 0,740"'"'; le printemps 1,073"'"'; l'été 0,965""'; l'automne 0,900"'".
A Padoue, » 0,494"""'; » 0,552"'"'; » 0,575"'"'; » 0,404"'".
A Halle, » 0,438""; » 0,454""; » 0,458""; » 0,517"".
Kœtntz, t. II, p. 275.
5 Jûurn. tlnslilul, 1841, n" 398, p. 272.
BAROMÉTRIQUES. 35
Le maximum du matin est en janvier à 21''56' pour la première
ville , et à 2V37' pour la seconde. En juillet c'est 20'-57' et 20''40'.
Enfin , l'oscillation moyenne est en janvier de O^^fid à Milan et
de 0n"",388 à Berlin , tandis qu'en juillet elle est de 0™™,9()4 pour
l'une et 0™™,476 pour l'autre ; elle augmente de 0"™,219 à Milan et
0«n°»,088 à Berlin.
28. Les époques tropicales sont :
Dans la zone équatoriale ■+■ 20*15' —e'. -<- i 0*30'— 16 heures.
Dans la zone tempérëe -^ai^SO'— 3*. -f- 9''30'— 17
On voit que dans cette dernière , le maximum du matin et le m,i-
nimum du soir sont plus rapprochés du passage du soleil au mé-
ridien, tandis que c'est le contraire pour ceux de la nuit; la cause se
prolonge plus tard dans la zone équatoriale et recommence son action
plus tôt.
L'oscillation rétrograde de la nuit, plus faible que celle du jour,
n'en a pas non plus la généralité et disparait vers les moyennes lati-
tudes. Dans les basses latitudes, certaines localités ne paraissent pas
la présenter; il en est même qui donnent un signe contraire. Nous trou-
vons dans les observations de M. Russel à Boorhanpar (latit.24o N. ' ),
dans celles du D*^ Royle , à Saharempoor , à 325 mètres d'élévation , et
dans celles de M. Fray Juan, à la Vera-Crux, que les moyennes des
marées nocturnes ont plus souvent le signe + que le signe — *.
29. En s' avançant vers le Nord, l'amplitude du minimum An soir,
le seul qui reste vers le 50^ degré, diminuant de plus en plus, dispa-
raît enfin vers le 65« , dans la région même où la pression générale est
à son minimum. A.u delà de cette région, la pression augmente pen-
dant la journée, au lieu de baisser, et donne ainsi le signe -f- à la
courbe qui avait le signe — depuis l'équateur au niveau des mers *.
^PhU'.Tram., 1828.
» Sykes, P/ii/. Tram., 1835, p. 161 et suiv.
» J. Forbes, Trans. Soc. Roy. d Edimbourg , vol. XII, p. 153 et suiv.
Ton. XYIII. 5
54
SUR LES VARIATIONS
TABLEAU ^ » - ^, .,
Des différences moyennes des oscillations extrêmes horaires du soir, sous
les diverses latitudes (').
lOCAllTES.
LOKGITDDE.
HAUT. MOïEnME
à zéro,
Don corrigée
de
la pesanteur.
DIFFERENCES
DIFPBREnCES
calculées
et ramenées
au
niveau
(le la mer.
DlPFERBnOES
entre
les deux.
OBSERVATEURS
GOOHDOXNATEIIRS.
Port-Famine
Baie des îles (Nou-
velle-Zélande). . . .
False - Bay ( Cap de
Bonne-Espérance). .
Port- Jackson (Nou-
velle-Hollande) . . .
Valparaiso (Chili) • .
Rio-Janeiro . . . • •
Taïti
L'Océan-Pacifique
Callao
Lima
Payta
Baie de Poste -0/Bces
(île Charles, archi-
pel des Galapagos). .
Quito
L'Océan-Pacifique . .
Antisana
Popayan
Ibague
Santa-fe-de-Bogota . .
Siera-Leone
Cumana
Caracas
LaGuayra
Madras
53"38' S.
35*13'
34"! 1'
3û«51'
3ô"02'
22»54'23"
ir-io'
16» 0'
12» 3'
12» 2'g4"
5° 5'30"
1»14' S.
0»14' S.
0» 0'
0 53' N.
2"26'18" N.
4"27'
4"36'
S-SO'
ICâT'ô""
10»30'50"
10°36'
13' 4' 9"
73°15'27" 0.
171 «50' E.
16» 6' E.
I48«33' E.
74»04' 0.
45»30' 0" 0.
151'49'19" 0.
79°34'30" 0.
79"27'45" 0.
83»ô2'28" 0.
92»33' 0.
81» 5'50" 0.
79» 0' 9" 0.
77°40' 5" 0.
76"34' 8" 0,
14 30'24" 0.
66-30' 0.
69 13' 0,
69»17' 0.
77'36'57" E.
0
5
9
6,6
45
0
0
0
11,7
174
0
2,3
2908
0
4100
1772
1370
2661
0
10,3
870
10,6
0
750,31
761,19
761,60
760,21
755,56
764,95
761,34
761,10
759,76
741 ,72
757,96
759,70
553,81
758,31
470,54
618,10
658,70
561, 0
754,34
756,13
681,94
759,31
760,13
0,34
1,33
1,10
2,12
1,31
1,70
1,64
1,35
1,84
2,71
2,08
0,91
1,48
1,71
1,26
1,92
1,92
2,01
1,53
1,78
2,17
1,89
1,41
0,34
1,30
1,35
1,40
1,38
1,70
1,64
1,53
1,84
2,78
2,08
2,40
2,19
1,71
2,23
2,41
2,27
2,69
1,57
1,80
2,44
1,90
1,81
mm.
0,0
—0,23
-<-0,25
—0,72
-1-0,07
0,0
0,0
0,0
0,0
-+-0,07
0,0
-4-1,49
-t-0,71
0,0
-(-0,99
-+-0,49
-+-1,05
-+-0,68
-h0,02
-1-0,02 I
-1-0,27
-1-0,01 i
-1-0,40 j
FitKToy.
Freycioet, Eschwegc.
SnnoDoff,
Schouw, Berghauss, Ilor-
ner.
Uomboldt.
Id.
Duperrey.
De Tcssan.
Humboldt.
SchouWf Bergbauss.
Humboldt.
Caldas, Humbolilt.
Humboldt.
BoossîDgaolt et Kivrro.
Capitaine Sabine.
numboldt.
Id.
BoQSSingauIt et Itivcra.
Goldingham.
(1) Pour réduire l'amplitude de roscillation diurne duo lieu élevé à ce qu'elle serait au niveau de la mer prolongée sous ta ver-
ticale du lieu d'observation , M . Kxmtz donne la formule suivante :
D. L'oscillation moyenne au niveau de la mer, que l'on prend dans la table de Schouw, pour la latitude de l'observation.
d. Oscillation moyenne du lieu de l'observation.
ù. Difierence des hauteurs moyennes haromét. entre celle du lieu de l'observation et celle au niveau de la mer pour cette latitude.
a, Coefilcient tiré des observations faites à des hauteurs diverses, =z 0™™,003413,
D = rf 4- a*.
Cette formule ne peut donner que des résultats incertains , car si on prend les maxima et les minima réels du lieu élevé, comme
ces hauteurs barométriques changent d'heure avec l'allilude, on compare des pressions qui ne correspondent pas aux mômes lieurcs.
Si on prend les hauteurs aux mêmes heures , d n'exprime plus la différence des maxima et des minima réels , mai.s des maxima et
des minima tels qu'ils sont aux heures tropiques au niveau de la mer. M. Uravais propose de mesurer l'amplitude moyenne de la varia-
tion diurne d'un lieu donné, en prenant la moyenne des carrés des diffi'rences entre les le<.tures horaires variables et la lecture
moyenne qui est constante , puis on égale cette amplitude à la racine carrée de cette moyenne. La formule qui exprime l'extinction de
l'amplitude à mesure que l'on s'élève devient ; t/=: D — 0,0007 (760 — H). H étant la hauteur moyenne sur la montagne. {f^oj\
la noie de M. Martins dans la traduction de Kxmtz , page 254 ).
BAROMÉTRIQUES.
t»
LOCillTÉS.
LORCITODB.
■ACT. «tTBRJil
noDMrrlg^
de
Il pcMnleur-
•irriRiaci
niveau
de le uief'
Mrrteucn
leedeui.
0B8eiiv«Tr.uu
COOIDOHNATEEK.
Chittledroog
Acapulco (Mexique) .
L'Océan-Pacifique . .
Mexico
Calcutta
Baie de la Madeleine
(Ilaste-Californie) . .
Le Caire
Peking
Monterez (Haute-Ca-
lifornie)
Rome
Padoue
Milan
Aoste
Clermont-Ferrand . .
Coire
Vivier»
Bâie
Munich
Pari»
Heidelberg
Maonbeini
Cracovie
Prague
Francfort-surMein. .
Weular
Lille
Altenberg
Bruxelle»
Arnstad
Freyberg
Zittau
Jëna
Gotha
Dunkerque. ....
Dresde
Nertcbinsk
Halle
Munster
Berlin
14-11' N
16 50'
18' 0'
19^'45"
M33'11"
24«36'
80" 2' 4"
52-54'
56-S6'
41-54' 6"
45-24' 0"
45e27'55"
45»41'I0"4
4S''47'
46-51'
47»29'14"
47°23'24"
48- 8'20'
48-50'
49-35'
4929'13"
50-4'
50«5'19"
50-6'43"
50-32'
50'38'44"
60-45'
50-60'
50-50'
50'65'
eoer
60"66'2»"
50-56' 6"
51» 2'12"
51- 5'39"
51-18'
51-29'38"
51-58
52"53'
74- 4'86" E.
102- 9' 0.
•
101-25'30" 0.
86° 0' 3" E.
114-25' 0.
28"55'12" E.
114-61' E.
124''13' 0.
10- 6'50" E.
9"32'24'
6-51' 5"
4-59'22"
0-44'57"
7-16'30"
2-20'45"
5'15'30" E.
9»14'18" E.
0
fl^l'23" E.
6' 7'30" E.
17-37'26" E.
12- 4'58" E.
6-21' 0" E.
1» 4'48"0
n
2° l'46" E.
8"36 36"
11- 0" E.
12-28' E.
0-17' 3" E.
8-23'43" E.
0" r23 " E.
ll-23'47" E.
117- r E.
9-37'30" E
5-18' E
52-30'16" E.
779,6
2
0
2277
0
2,50
40
■>
4
58
14
119
598
407
625
67
358
526
MObwrr.
S6Poiildcla
Teuroelle.
132
92
201
190
117
157
24
693
OlMn. W
292
360
247
162
308
0
121
609
111
63
OUenr. 39
mm.
695,02
758,89
761,0
583,13
768,86
761,09
757,28
759,905
702,50
S
756,84
752,09
709,00
727,90
711,04
755,47
738,79
715,88
756,61
756,84
750,74
742,38
743,97
752,47
743,75
759,62
695,69
757,06
734,40
726,15
739,91
749,16
730,89
760,43
744,42
701,65
753,45
754,80
758,80
1,05
2,91
1,45
1,59
1,84
1,39
1,54
2,03
0,60
0,98
0,48
0,75
1,66
0,77
0,71
0,84
0,84
0,48
0,55
0,65
0,58
0,30
0,51
0,71
0,39
0,70
0,S3
0,80
0,67
0,31
0,45
0,54
0,46
0,11
0,47
0,19
0,47
0,43
0,54
mm.
1,80
1,55
1,45
2,20
1,85
1,61
1,53
1,45
0,30
1,00
0,51
0,78
0,664
0,82
0,88
0,86
0,92
0,67
0,56
0,63
0,61
0,36
0,57
0,74
0,45
0,55
0,56
0,81
0,76
0,42
0,52
0,58
0,55
0,55
0,53
0,55
0,50
0,45
0,35
mm.
-HO, 15
-1,36
0,0
-t-0,61
-t-0,01
-4-0,22
-1-0,01
—0,58
-0,20
-t-0,02
-H0,05
-1-0,05
-t-1,026
-«-0,05
-4-0,17
-♦-0,02
-4-0,08
-4-0,19
-4-0,01
-0,03
-4-0,03
-4-0,06
+0,06
-4-0,3
-4-0,6
-4-0,15
-4-0,22
-4-0,01
-4-0,09
-4-0,11
-4-0,07
-4-0,04
-4-0,10
-4-0,44
-4-0,00
-4-0,30
-4-0,03
-4-0,02
-4-0,01
Kaler.
De Tc«Mn.
DArner, Scliouw, ■cff-
bauu.
Honboldl.
Balfoor. PrloMp.
De TctMO.
Coa telle.
GachkevltetK. An. St-fé
tmbourg.
Del
Hamboldt.
CbimloeUo.
Ramond.Deleros. ■.Colla
trouve 7i7— 6».
Carrel, de «on otwerv. al-
titude «15-.
Ramond.
Kvmts.
FlangcrguM.
K«mU.
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\nigo, Boorard. 11* don-
oenl 76l""75 moy.
taoïts* Homboldt.
Id.
Id.
Id.
Gerling.
Kamts.
DeleicDae.
Kcmti.
Qaetelct.
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Id.
Id.
Deleteone, Mém. tôt. ad.
IdUé.
Knpflèr* Praïkg S^.
Kamls.
Id.
Coekc, du fol de Berlin
S3*, Bayer.
S6
SUR LES VARIATIONS
LOCALITÉS.'""'
LATITUDE.
ALTITUDE.
HAUT. HOTENKB
A zéro.
Don corrigée
de
la pesanteur.
UIPPéSEKCES
observées.
DIFFÉRENCES
calculées
et ramenées
au
niveau
de la mer.
OIFFEIEnCES
entre
les deux.
OBSERVATEUBS
COOBDOHNATEnRS.
Barnaoul.
Daotzig .
Kœnisberg
Apenrade . . . .
Zlaloouste . . . .
Casan
Edimbourg . . .
Catbérinembourg
S'-Pétersbourg .
Christiania. . . .
Bogolowsk. . . .
Abo
Thorshaveo . . .
Fort-Reliance . .
Port-Bowen . . .
Magdalena-Bay .
.••li-fll?;
, 53"20'
54-21'
54"42'50"
53° 3'
5S'>n'
35»48'
55»S3'
56<>50'
59"o6'
59'>54'42"
59«45'
60O27'
62° 2'43"
62»26'29"
73ol3'39"
79<>33'44"'
81» 7' E,
16"19'10" E.
18° 9'42" E.
7° 6'23" E.
57»23' E.
46°46' E.
5» 3' 7" 0.
58»14' E.
27°58'34" E.
8°23' 7" E.
57»39' E.
19«56'45" E
9° 6' E.
iii»2r 0.
91»1S' 9" 0.
8o49'17"5S E.
117,6
3,3
0
11
322
58
88
247,7
3
«
156
0
0
107
0
0
752,96
739,31
761,17
761.039
731,75
731,80
746,90
758,17
738,26
739,683
744,20
759,55
763,96?
762,212
760,.39
751,46?
mm.
0,124
0,29
0,19
0,36
0,36
0,12
0,21
0,36
0,13
0,52
0,20
0,26
0,0
0,0
-f-0,22
-+-0,33
0,460
0,30
0,19
0,37
0,40
0,13
0,26
0,37
0,14
0,32
0,24
0,26
0,14
0,13
-f-0,22
-4-0,35
-1-0,356
-1-0,01
-4-0,0
-4-0,01
-4-0,04
-4-0,01
-4-0,05
-4-0,01
-4-0,1
0,0
-1-0,04
0,0
-4-0,14
-4-0,13
0,0
0,0
GeblRP.Prang 1".
Schubert.
Kupffer, Ann. St-Pélers-
bourg.
Neuber-
NeslerowskytHallimann,
Kupffer,
Knorr, Simonoff.
Playfair.
Reinke* RochkofT.
Kupffer, Olkhovsky.
Esmark.
Kupffer.
Hàllstrom.
CommUs- scientifique du
Nord; i jours,
Ross.
Parry.
Commiss. scientifique du
Nord; 11 jours.
Nous n'avons pas intercalé l'oscillation de Bosekop au GQ^,6S de-
gré de latitude , déduite des observations de M. Bravais , en 1838
et 1839, parce que l'irrégularité de la courbe et le retard des minima
démontrent qu'elle n'appartient plus à l'oscillation tropicale, qui se
rapproche au contraire du Midi, à mesure que la latitude s'élève '.
Voyez figure 14.
30. En représentant la dégradation de l'oscillation horaire par des
ordonnées , comme M. J. Forbes l'a fait ", et la latitude par des abcis-
ses , on voit que la courbe des ordonnées traverse la ligne des abcisses
* Voyez la note de M. Martins dans sa traduction de la Météorologie de Kœmtz, p. 263.
Parmi les ouvrages à consulter, pour retrouver les documents de ce tableau, nous indiquerons
principalement les Voyages de M. de Humboldt aux régions équinoxiales, ceux de Ross, de Du Petit-
Thouars, de Parry, celui de la Commission scientifique du Nord, les Mémoires de t académie des
sciences de Paris, ceux de ï académie royale de Bruxelles, les Mémoires de Ramond, ceux de la
Société des sciences de Lille, les Résumés de M. Arago, la Météorologie de Kœmtz, les Mémoires
de Schouw, Y Atlas physique de Berghauss, etc., etc.
2 Transact. Soc. Roy. d Edimbourg, vol. XII, p. d33 et suiv. M. Coupvent-Desbois place ce ren-
versement au 62'= degré, dans l'hémisphère austral.
BAROMÉTRIQUES. 9K
vers le GS" dëgrë; purs, elle s'en éloigne en cohlmùant à descenctrê
jusqu'au 79'=33',au delà duquel l'observation cesse de diriger. Cette
nouvelle courbe présente beaucoup d'inégalités, et il faudrait une
grande masse d'observations pour en tirer une moyenne un peu
exacte. Indépendamment de la dégradation latitudinale du mouve-
ment horaire , il s'en produit encore une autre suivant les altitudes
dont nous parlerons plus bas.
31. L'oscillation accidentelle marche en sens inverse de l'oscilla-
tion horaire , elle s'accroît en s'éloignant de l'équateur, elle s'accroît
non-seulement dans l'étendue de son amplitude, mais aussi dans la
brusquerie de ses retours. L'étendue des oscillations accidentelles du
baromètre varie aussi avec les saisons, elle diminue des mois d'hiver
aux mois d'été , et augmente des mois d'été aux mois d'hiver. L'ampli-
tude des perturbations atmosphériques ne s'accroît pas d'une manière
régulière avec la latitude ; l'influence des localités est considérable , et
il faut passer à des hauteurs très-différentes pour retrouver les mêmes
écarts , comme le démontre le tableau suivant. Quelles que soient les
anomalies que l'on rencontre dans la marche de ces perturbations, il
en résulte que, jusqu'au 75« degré de latitude dans l'été, l'amplitude
a toujours augmenté, et qu'elle est à cette hauteur de 40™'",6 de cha-
que côté de la moyenne , ou 81"™,2 d'un extrême à l'autre '.
32. Les hautes latitudes sont peu peuplées d'observateurs , les rares
habitants de ces contrées n'ont point trop de toute leur activité pour
combattre la rigueur du climat; il en résulte que le peu d'observations
barométriques que nous possédons, viennent des voyageurs ou des ca-
pitaines baleiniers qui y vont dans l'été. Peu de ces derniers y passent
l'hiver pour attendre le printemps suivant. Ces observations appartien-
' Dans les Observations Météorologiques faites à l'acad. des se. de Saint-Pétersbourg de 1822
à 1835, on trouve pendant les 15 années d'observations un écart de 8-l°™,24. Le 3 janvier 1826
le baromètre monU à 792"»".3, et descendit le 6 février 1825 à 718""",06. A Upsal, M. Frédéric
note deux époques qui diffèrent de 79""",08, Mém. Soc. Roy. sci. dUpsal. A Malraanjçer (Norwège
60" lat.) et à Ullensvang (60° 19') la moyenne des amplitudes de 29 ans est de SO^^.oTô, et l'écart
le plus grand a été de TS^.SIS. Provost Hertzberg, Édin\b. Joum. Scien., Brewster, n" 13,
p. 83, 1827.
58
SUR LES VARIATIONS
nent donc pour la plupart aux mois d'été , à l'exception de celles de
Wil. Scoresby ' et de celles de la commission scientifique envoyée en
Islande. D'après les observations de Will. Scoresby, nous pensons que
cette amplitude s'arrêtedans son augmentation etqu'elle diminue même
en s'approchant vers le pôle. Dans l'été, la zone des plus grandes pertur-
bations est bien plus élevée en latitude que dans l'hiver j il paraît que
le 80<^ ou le 82^= degré serait la limite extrême des grandes tempêtes
estivales , et le 60<= ou 65*= celle des tempêtes hibernales. Dans ces con-
trées polaires, il règne des calmes plats pendant des mois entiers, tan-
dis que les tourmentes régnent dans les régions plus méridionales ^.
33. Voici un aperçu des lignes isobarométriques, telles que l'obser-
vation les donne. Berghauss, ayant indiqué dans son atlas, d'où
nous tirons ce tableau _, les amplitudes des oscillations en lignes du pied
de roi , nous pensons utile de conserver cette ancienne mesure; nous y
joignons leur valeur en millimètres.
Latitude où se trouvent les mêmes amplitudes des perturbations accidentelles.
MÉMDIEN
OSCItlATIONS
A l'est
A l'ouest
DE L'AlLEMAGirE
DE LA SIBÉRIE
ISOBAROIuéTRIQCES DE
de
L'AMÉRIQUE.
de
l'ecrope.
et de
L'ITALIE.
LA RUSSIE.
et de
l'ijidostaii.
2 lignes.
mm.
= 4,512
15033'
15° 9'
21-15'
23«36'
»
4'"
= 9,013
23 55'
26 17'
29 38'
31 51'
22'>30'
6'"
=13.535
30 27'
34 4'
36 43'
39 2'
35 29'
8'"
=18,047
36 14'
42 14'
4318'
45 51'
46 34'
10'"
=22,558
41 40
47 8'
49 48'
52 43
57 35'
12'"
=27.070
46 58'
51 4'
56 34'
60 5'
72 23'
14'"
=31,581
52 21
57 47'
64 6'
68 50'
»
iff"
=36,093
58 1
65 22'
73 48'
63 38'
»
18'"
=40.603
64 17
75 27
»
1)
34. En faisant abstraction des anomalies du mouvement horaire
* Voyages aux Régions Arctiques, etc., pp. 403-4H.
* Consultez les Annuaires de Saint-Pétersbourg , les Observations de Casan , etc.
BAROMÉTRIQUES. 90
dans certaines localités, et en ne considérant d'abord que la marche
périodique, il semblerait au premier moment que la régularité de l'os-
cillation barométrique et sa reproduction aux mêmes heures, indique-
raient une dépendance avec la marche du soleil ou au moins avec les
effets que produit sa présence ; que la connexité de ces phénomènes est
une première indication de la route qu'il faut aborder, pour entrevoir
l'origine des oscillations barométriques; ce fut la pensée de Laplace.
Cette première idée ne peut durer longtemps , car on s'aperçoit bientôt
que cette connexité entre la marche du soleil et celle du baromètre ne
suffit pas pourétablir le lien decause et d'effet; qu'il ne suffit pas qu'il y
ait coexistence entre ces deux phénomènes, pour que l'un soit la cause
de l'autre, comme le démontre les perturbations accidentelles, qui
paraissent à toutes les heures, par toutes les températures et par tous
les états possibles d'humidité. Ce n'est donc que par des intermédiaires
que la marche du soleil est liée aux oscillations barométriques, et non
par la température ni par la seule production de vapeurs.
35. L'élévation de la température étant l'effet le plus immédiat et
le plus régulier de la présence du soleil , on crut avoir satisfait aux
exigences d'un phénomène aussi complexe, en créant pour chaque
jour des colonnes d'air chaud s'élançant dans l'atmosphère , ou des
colonnes d'air froid se précipitant vers le sol , aussitôt qu'il avait cessé
d'envoyer ses rayons échauffants. Cette hypothèse ne peut se soutenir
en présence des faits ; non-seulement la plus grande amplitude horaire
ne répond pas aux journées les plus chaudes, mais elle ne peut s'ap-
pliquer en aucune façon au minimum de la nuit; car personne n'ad-
mettra, je crois, la supposition deRamond, que de minuit à 4 heures
du matin, la température se relève assez pour produire les colonnes
ascendantes dont il a besoin. Maintenant qu'on a des observations plus
suivies des hauts sommets et qu'on sait qu'il y a une nouvelle dépres-
sion vers 6 heures du matin, comme MM. Ksemtz, Bravais, Martins,
mon fils et moi l'avons observée sur le Faulhorn , il faudra donc créer
un nouveau courant ascendant à l'heure la plus froide de la nuit.
La théorie des vents ascendants ne peut se soutenir un instant devant
40 SUR LES VARIATIONS
les observations , comme elle ne peut se soutenir devant les expériences.
36. M. Dove a voulu expliquer les variations diurnes par de tout au-
tres principes. En examinant séparément la tension de la vapeur d'après
les indications de l'hygromètre , et retranchant cette tension de celle
de l'atmosphère échauffée par le passage diurne du soleil , il en con-
clut la tension de l'air sec. En traçant les courbes de ces deux tensions
élastiques, il observe, dit-il, une période de 24 heures de telle façon,
que la tension élastique de la vapeur atteint son maximum en même
temps que la pression atmosphérique est à son minimum,. 11 en déduit
que le phénomène des oscillations diurnes est tout simplement un phé-
nomène d'interférence des deux courbes, analogues aux marées des qua-
dratures de la mer. Du reste, il admet aussi les courants ascendants
produits par l'élévation de la température et la production des vapeurs * .
37. L'hypothèse de M. Dove ne nous paraît pas recevable pour plu-
sieurs raisons; d'abord, l'hygromètre sur lequel s'appuie cet auteur,
est l'instrument le plus limité de la météorologie; il n'indique que
l'humidité des couches d'air qui le touchent immédiatement , et encore
il n'en indique pas les quantités absolues , mais celles pour lesquelles
son affinité l'emporte sur celle de l'air, à une température donnée.
Les indications de cet instrument n'ayant de valeur que pour les cou-
ches inférieures , au milieu desquelles il est plongé, on ne peut les ap-
pliquer à aucune épaisseur de l'atmosphère, dont rien n'indique la
similitude d'humidité, pour en déduire ensuite une pression plus ou
moins grande. En outre, cette hypothèse exigerait trois causes dis-
tinctes pour l'explication de trois faits semblables , ne différant entre
eux que par l'époque et par la latitude. En admettant que les interfé-
rences des tensions aqueuse et aérienne puissent , contre l'évidence,
produire les oscillations horaires , il en faudra une autre pour les oscil-
lations accidentelles, qui ne suivent ni la marche delà température,
ni celle de l'hygromètre. Enfin, il en faudra une troisième pour les
différences de pression suivant la latitude, et changer la marche de ces
* Journ. de t Institut, 18-42, n° 420, p. 15.
BAROMÉTRIQUES. 41
interférences pour les hautes montagnes; c'est trop de causes pour des
phénomènes semblables, qui ne diirèrent que par le temps ou l'espace.
Nous pourrions encore opposer à cette hypothèse la faiblesse de l'in-
fluence de l'humidité, décroissant dans une progression géométrique ',
si une autre cause beaucoup plus puissante ne venait se joindre à la
présence des vapeurs dans l'atmosphère. Du reste, l'inspection seule
du tableau de M. Dove, que nous avons reproduit ^19, suffit pour
constater que les faibles différences de pression que produirait l'inter-
férence de ces deux causes, ne peuvent rendre compte des grandes
perturbations accidentelles.
CnAPITRE III.
DES VARIA.TIONS DE LA PRESSION SDIVART LA LATITUDE.
38. La différence de pression suivant la latitude a paru tellement
extraordinaire , que des auteurs d'un mérite reconnu l'ont d'abord
contestée et l'ont attribuée aux discordances des baromètres. Dans un
travail fort remarquable , M. Schouw ^ a coordonné un grand nombre
d'observations sur la pression atmosphérique au niveau des mers ; il
les a discutées, il les a corrigées autant que possible des hauteurs, de
la température et des causes accidentelles : de ce travail consciencieux
il est résulté la certitude qu'il y a une différence fort notable dans
la pression au niveau de la mer, le long d'un même méridien, et que
cette pression présente même des anomalies dans un parallèle à l'é-
quateur , suivant les observations de M. Ermann. Ce fait , jugé par les
seules lois de l'hydrostatique, n'est pas compréhensible; on ne peut
admettre que la surface des eaux ait ses collines et ses vallées, comme
la croûte solide du globe, et que des localités peu distantes les unes
des autres aient des hauteurs différentes.
' Bravais , journ. [Institut, 1842, n» 453, p. 310.
* Ann. Poygend., t. XXVI, pp. 395-445, Ann. ch.phys., t. LUI, p. 1 13.
ToM. XVIII. 6
42
SUR LES VARIATIONS
39. La coordination qui donne ce résultat, provenant d'observations
faites avec des baromètres qui n'ont pas été comparés pour la plupart,
il règne des incertitudes pour un certain nombre d'entre elles ; cepen-
dant , quelles que soient ces incertitudes, lorsqu'on examine les ta-
bleaux qu'en ont faits MM. Schouw, Moreau de Jonnès ', Keemtz ^,
sir John Herschel ^, Ermann % etc., on trouve que la pression at-
mosphérique augmente irrégulièrement de l'équateur jusque vers le
33™^ degré de latitude; qu'elle diminue ensuite quelque peu et oscille
dans des nombres rapprochés jusqu'au 45'"'^ degré; puis, la diminu-
tion reprend sa marche un peu plus décidée jusqu'au 60™'' degré, et
s'accélère enfin jusqu'au 64™®, où elle paraît s'arrêter pour remonter
ensuite , probablement jusqu'au pôle , sans interruption.
40. En réduisant toutes les pressions à zéro et au niveau de la mer,
M. Schouw a formé le tableau suivant avec les moyennes provisoires
qu'il a obtenues; M. Berghauss les a depuis corrigées de la pesanteur
en partant du parallèle entre l'équateur et le pôle ^
1 il
LATITUDES.
HAUTEURS MOYEi\>ES
du baromètre, réduites à zéro et au niveau delà mer. 1
non-corhigécs
de
LA PESAHTBCIt.
CORHIGÉES
delà
PESANTEUR.
0"
mm.
700,215
761,553
763,599
764,723
762,471
762,243
mm.
758,232
739,493
762,087
763.734
762,132
762,267
10
20
ÔO
40 . .
4o
50
700,215
760,305
756,831
751,191
733,447
756.831
760,553
760,982
757,801
732,309
734,933
738.323
55
co
65
70
75
' Histoirephys. des Antilles, 1822, 1. 1, pp. 106, 406 etsuiv.
' Météorologie, t. II, p. 292.
' Bibl. Univ., 1836, n» 5, t. II, 145.
' Compte rendu, Ac. se., 1842, t. XV, p. 214.
* Atlas de géographie physique , texte p. 58.
BAROMÉTRIQUES.
45
Les observations manquent au delà du 75"^ degré, mais il est na-
turel de penser qu'il ne survient pas de nouvelles causes de perturba-
tions entre cette latitude et le p6^e , qui puissent en changer le signe.
La pression doit augmenter par l'abaissement continu de la tempéra-
ture, la diminution des vapeurs et les faibles changements que doit
subir l'atmosphère. La courbe que M. J. Forbes en a tracée dans son
mémoire exprime bien les indications de ce tableau '.
41 . Lorsque l'on compare la hauteur barométrique avec la marche
des alizés, on voit que la moindre pression n'est pas à l'équateur
même, mais dans la zone intermédiaire des deux alizés, et qu'elle
varie avec elle ; elle monte par les alizés et atteint hors de ceux-ci une
hauteur considérable. Voici un nouveau tableau que donne M. Schouw
d'après Spencer ^.
1
LATITUDES.
ÉPOQUES.
BARCMÉTRE
corrigé.
\
De 18° à 94 jmérid. bon des alizés . . .
1 au 6 décemb.
700,967
2<> sept. — 18« mérid., alizé Sud-Est . .
7 au 13 •>
758,400
4 à 5<> boréale . entre les deux alizés . . .
14au15 •
755.883
758,400
763,737
Du 17* au 34 1 boréale, hors des alizés. .
16 au 19
30 au 93 "
Du 20 au 28» boréale , hors des alizés . ,
94 au 26 »
7C7, 55
,_i:_ii _ ..'
Quelles que soient les erreurs partielles qu'on ait pu commettre
dans la formation de ces tableaux, l'ensemble de ces observations in-
dique avec certitude une marche croissante et décroissante des pres-
sions le long d'un méridien, marche qui n'est nullement en rapport
avec les effets ordinaires de la température et du vent.
42. Les observations que M. A. Ermann ' a rassemblées sur les pa-
' M. Coupvent-Desbois a trouvé au niveau de la mer, aux environs du Cap Horn , une moyenne
de 740""".
* Daniel!, Météor. essays, etc., p. 348.
' Poggendorff, Annal., l. XXllI, pp. 154 et suiv.
44 SUR LES VARIATIONS
•
rallèles à l'équateur, dénotent d'assez grandes diiférences dans la pres-
sion de l'atmosphère sous les mêmes latitudes. Ces différences prouvent
combien l'influence de l'exposition et des causes locales est considé-
rable dans ce phénomène. Ces différences, il est vrai, se rapportent
aux localités dont les unes sont au centre des continents, dans des
contrées ai'ides ou élevées , ramenées par le calcul au niveau de la mer,
tandis que les autres sont au milieu des mers, ou près d'elles. Enfin , il
a trouvé que la pression à latitude égale , était de 3'"'",50 plus forte
sur l'Océan Atlantique que dans la Mer Pacifique '. En réunissant les
documents les plus certains , on a formé des lignes isobarométriques ,
comme on a formé des lignes isothermes. Les indications de ces deux
ordres de phénomènes peuvent être représentées par deux courbes,
dont l'une indiquerait la température ou la pression moyenne des
localités, et l'autre la même amplitude dans les degrés extrêmes de
leurs perturbations thermiques ou barométriques ; la courbe qui re-
présente l'égalité de la température ou de pression doit conserver le
nom de courbe ou ligne isotherme , ou de courbe ou ligne isoharo-
métrique : pour la ligne qui représente l'égale amplitude dans l'é-
cartement des points extrêmes, je propose de la nommer isodiastase
thermique et isodiastase barométrique '.
CHAPITRE IV.
DES VARIATIONS BANS LA PRESSION ATMOSPHERIQUE VERS LA REGION DES
NEIGES PERPÉTUELLES ET DANS LES HAUTES LATITUDES.
43. Jusqu'à présent on n'a pas considéré la marche du baromètre
sur les hauts sommets , ni sous des latitudes élevées, comme formant
une courbe séparée et distincte de celle des plaines; on a cherché au
' Comptes rendus de l'Acad. se, t. XV, p. 214.
2 De Aix<rrx<7ii, intervalle, séparation. L'tidjecût est isodiastatique.
BAROMÉTRIQUES. 4Ki
contraire à la ramener à une norme commune, à celle que nous offre
l'oscillation régulière des couches inférieures de l'atmosphère , et on
s'est contenté de regarder comme des anomalies les inflexions diffé-
rentes qu'on apercevait. Cependant, dans le cahier de décembre 1833,
du Journal de la Société asiatique du Bengale, page 615, on trouve
un extrait fort intéressant des observations faites par le capitaine
Patrick Gérard , pendant un séjour de deux ans, 1819 et 1820, dans
les montagnes de l'Himalaya, dans lequel on trouve l'idée d'une courbe
différente pour les altitudes considérables. L'auteur de l'extrait, que
je crois être l'éditeur de ce journal, James Prinsep , déduit des obser-
vations du capitaine Gérard, que l'amplitude de l'oscillation diurne
diminue en s'élevant , qu'on peut arriver à une hauteur où elle est
nulle, et qu'au delà l'oscillation diurne prend un signe contraire,
c'est-à-dire, que le baromètre monte de 10 h. du matin à 4 h. après
midi , au lieu de descendre. Il espère trouver ce résultat dans les pa-
piers mêmes du capitaine Gérard, ou dans ceux de son frère, qui s'est
élevé à 5,181 mètres , le baromètre à la main.
44. La différence des courbes barométriques des hautes cimes me
frappa vivement lors du séjour que nous fîmes , mon fils et moi , vers
la fin de juillet et au commencement d'août 1842, sur la monta-
gne du Faulhorn. Dès le troisième jour, il me parut évident que la
pression atmosphérique à cette hauteur avait une marche particulière,
opposée à celle de la plaine, que ni la grêle , ni la neige , ni les vents ,
ni les orages que nous avons éprouvés pendant les journées des 27, 28,
29, 30 et 31 juillet 1842, n'avaient pu masquer. Les observations
ultérieures vinrent confirmer ce premier aperçu, et la différence des
courbes ressortit mieux encore , lorsque je pus comparer la marche
du baromètre observé simultanément à Brientz et sur le Faulhorn.
45. Ce fait une fois bien constaté, et il l'était déjà par les observa-
tions antérieures de MM. Gérard , Prinsep , Kœmtz , Forbes, Bravais
et Martins , si les principes qui m'avaient dirigé dans la recherche des
autres oscillations étaient justes , ils devaient également me mettre sur
la voie de cette nouvelle variété de la pression atmosphérique; ils de-
46 SUR LES VARIATIONS
valent surtout rendre compte des énormes perturbations de la zone
polaire , tout en conservant leur analogie avec les perturbations moins
pétulantes des cimes glacées. Ces principes ne me faillirent pas, et leur
application fut si facile à saisir, qu'ils me permirent de prévoir les
phénomènes futurs et le genre d'altération qu'ils devaient subir. Je
ne puis douter que cette nouvelle courbe ne soit confirmée par les
observations ultérieures.
46. Les observations qui indiquent cette troisième courbe dans la
pression atmosphérique, sont trop peu nombreuses pour espérer
qu'elle puisse être tracée actuellement avec l'approximation de l'os-
cillation horaire des plaines ; aussi est-ce comme essai que nous en
indiquons les limites , en laissant aux observations ultérieures le soin
de nous rectifier. Quoiqu'il y ait dans la marche de la pression au-
dessus des cimes élevées et dans celle des hautes latitudes , une ana-
logie réelle, dépendant du même principe, cependant les causes
secondaires sont tellement puissantes, au delà du cercle polaire , qu'il
est nécessaire de les considérer séparément pour mieux apprécier et
leurs ressemblances et leurs différences , et faire ainsi la part de chaque
météorologie.
47. La plupart des observateurs qui gravissent les hautes montagnes
isolées, et principalement ceux qui les gravissent jusque sur leurs
crêtes, n'y séjournent pas assez longtemps pour en rapporter des ob-
servations propres à la solution de la question qui nous occupe ; après
un repos de quelques heures , ces voyageurs rentrent dans les régions
inférieures, où il y a des abris et des moyens de s'y nourrir. Ces courts
passages ne peuvent faire connaître les variations que subit la pression
atmosphérique; ils ne sont propres qu'à déterminer l'altitude de ces
cimes et quelques phénomènes locaux. Ainsi, de Saussure, qui a sou-
vent gravide hautes montagnes , n'a pas fait de séjour assez prolongé
sur des crêtes tout à fait isolées ; lorsqu'il a atteint ces dernières , il
n'y est resté que quelques instants , pour en redescendre aussitôt. Le
séjour qu'il a fait au Col du Géant est le seul qui soit de quelque
utilité pour cette question. Il en est de même de Deluc , de Ramond et
BAROMÉTRIQUES. 41$
des autres voyageurs; ils n'ont pu recueillir rien de bien défini sur
cette courbe, atteignant rarement les cimes isolées et les limites des
neiges perpétuelles, oii ils ne restaient qu'une heure ou deux.
48. M. d'Aubuisson , dans un beau et consciencieux travail qu'il a
publié en 1810 , a rassemblé quelques documents utiles en comparant
la marche des baromètres entre Turin et le couvent du S*-Bernard , du
23 juillet au 15 août 1809. Il a trouvé qu'à Turin le baromètre réduit
à zéro étant :
\ » B. DU lUTIM, * MIDI, A 1 H. DU SOIR,
h 735""».87 IZo'^'^Jd TSi^-'.O?
il était au S'-Bcmard à SGG^^.ST 566°"°,88 566""",93.
La température était dans la première ville :
à 21°,56 26°,2 26M
au couvent elle éuit à 7°,5 9»,6 i r 9>,1..
Ainsi pendant qu'à Turin Toscillation horaire s'exécutait , l'ascen-
sion était croissante au couvent du S*-Bernard , depuis 8 h. du matin
jusqu'à 4 h. de l'après-midi.
49. Dans les basses latitudes, on trouve des villes, comme Potosi, à
des hauteurs considérables (4166 mètres), on trouve même une habita-
lion pendant l'été jusqu'à 4792 mètres au-dessus du niveau de la mer,
c'est la maison de poste d'Ancomarca ; mais près de l'équateur, la tem-
pérature est si élevée et si régulière dans son ascension, que les vapeurs
des plaines montent facilement et portent très-haut leur météorologie.
Il faut donc s'élever considérablement dans cette région ^ avant de
trouver le même produit d'altitude que dans nos régions tempérées ;
ainsi à Quito , à 2908 mètres , la courbe n'est point encore fixe dans sa
nouvelle direction , elle varie beaucoup d'un jour à l'autre, tantôt le
minimum du soir répond à celui des plaines, tantôt il s'en éloigne et
même il est remplacé par un accroissement de pression j il en est de
tô SUR LES VARIATIONS
même de celui de la nuit. Ce dernier semble même s'accroître à Santa-
fé-de-Bogata , tandis qu'il s'affaiblit sur le plateau de Mexico. sm
50. Il ne faut pas non plus comparer la météorologie d'un large
plateau élevé avec celle d'une crête isolée ; la haute température qu'ac-
quiert le premier le fait rentrer, sous ce rapport, dans la ligne des plai-
nes, et il ne conserve son analogie avec les secondes que dans ce qui
est dépendant de la raréfaction de l'air; ce n'est donc pas d'après la
hauteur réelle qu'il faut étudier ce phénomène , mais d'après la proxi-
mité des neiges perpétuelles et la topographie du lieu. Ce n'est même
qu'au delà de cette limite que la courbe spéciale aux crêtes isolées se
dessine nettement et offre un caractère tout spécial : au-dessous de
cette limite la pression varie beaucoup , et prend tantôt le caractère
des plaines , tantôt celui des régions neigeuses, suivant Tétat du ciel
et la température. Près de l'équateur, la limite des neiges perpétuelles
étant à 4800 mètres, c'est donc à cette hauteur au moins qu'il fau-
drait résider quelque temps, pour répondre à une hauteur de 2500
mètres dans les Alpes suisses.
51 . La plupart des observations de ce genre ayant lieu très-près de
la limite des neiges perpétuelles , dans les couches qui reçoivent tantôt
plus , tantôt moins les vapeurs des plaines , elles offrent alors une
grande variété de courbes difficiles à analyser. Le moyen le plus simple
que nous employons pour séparer ce qui appartient aux influences
locales , de ce qui provient des causes accidentelles et passagères ,
c'est de tracer une ligne droite sur la courbe de midi à midi, ou de
minuit à minuit, et de ne juger des inflexions que d'après cette ligne
ou des lignes parallèles qu'on peut tirer au-dessus et au-dessous. L'in-
clinaison de cette ligne répondant à la marche croissante ou décrois-
sante des causes perturbatrices, laisse presque toujours apercevoir
l'influence du lieu de l'observation dans les oscillations de la courbe.
Nous prendrons pour exemple la pression atmosphérique du Faulhorn
du 4 août astronomique 1842. Le mouvement ascensionnel de cette
journée étant considérable, il voile la marche normale, si on regarde
la courbe telle qu'elle se présente sur le papier tenu droit ; mais en
BAROMÉTRIQUES. 49
traçant une ligne droite de 0 h. à 0 h., on retrouve la marche ascen-
sionnelle de l'après-midi et le minimum de 18 h. '. Au delà du cercle
polaire, les perturbations sont si grandes et si brusques, que ce moyen
est très-souvent insuffisant, et l'on ne peut séparer les influences nor-
males décolles qui sont accidentelles.
52. Parmi le petit nombre d'observateurs qui ont fait un séjour pro-
longé dans la région des neiges perpétuelles ou sur sa limite, nous de-
vons citer d'abord M. Ksemtz qui a séjourné deux fois sur leFauIhorn,
chacune pendant un mois environ; ensuite M. Forbesen 1832; puis en
1841 MM. Bravais et Martins ont séjourné du 16juilletau 8 août sur
le mémesommet; enfin en 1842, monfilsetmoi, nous y avons fait un sé-
jour de 11 jours,du26juilletau6août, etM. Bravais du l*^'" au 18août,
ce qui donne encore une série de 24 jours. Il est fâcheux que ces séries
d'observations appartiennent toutes aux mêmes mois d'été, et laissent
ainsi désirer des observations faites pendant d'autres mois.
Cette montagne est favorablement placée pour ce genre d'observa-
tion ; son sommet isolé de toutes parts , domine les gorges et les vallées
qui l'entourent. Elle est située par 46*» 40' 34" de latitude, d'après
les mesures du professeur Trechsel de Berne, et environ 5" 39' 32" de
longitude géographique; elle a au Nord la profonde vallée de Batte-
nalp, au INO. celle moins profonde du Sagisthal; au SO. celle du
Buesalp, au SSË. celle de Grindelwald , et enfin à l'Ë. la gorge qui la
sépare du Brienzer-Berg et du Gems.
De l'E. au SO., par le N., son horizon s'étend sur un rayon de
8 à 10 myriamèlres, et n'est limité qu'entre le SO. et l'E. par les
sommets de cette chaîne de hautes montagnes d'où s'élancent la
Jung-Frau, les Eigers, le Viescherhorner, le Finsteraarhorn , le
Schreekhorn, le Wetterhorn, le Wellhorn et le Sustenhorn ; mais ces
divers sommets laissent un espace entre eux et le Faulhorn qui va-
rie de 16 à 30 ou 40 kilomètres; sa hauteur est de 2672 mètres au-
dessus de la mer et à 2100 mètres environ au-dessus du lac de Brientz.
• Voyez figure 15.
ToM. XVIII.
30 SUR LES VARIATIONS
53. En classant le peu de documents que nous possédons sur l'os-
cillation horaire des hautes montagnes et celle des pics élevés au-
dessus des neiges perpétuelles, on trouve en général que le mini-
mum de la nuit s'efface peu à peu ; qu'il est d'abord remplacé par une
ligne droite sur la ligne ascendante du soir au matin; puis, lorsqu'on
s'élève davantage, cette dernière s'aplatit, du moins dans la moyenne,
car sur la limite de ces deux courbes, une température plus ou moins
élevée, un ciel couvert ou serein , un vent du S. ou du N., font passer
l'oscillation vers l'une ou vers l'autre de ces courbes, et l'on trouve
de brusques variations dans la marche du baromètre.
54. En continuant de s'élever, lorsqu'on entre dans la limite des
neiges perpétuelles, la courbe horaire de la nuit redescend, depuis
12 h. jusqu'à 18 ou 19 h.; sur le Faulhorn, par exemple, la courbe
normale descend de plus d'un millimètre le matin; son minimum
est entre 18 et 19 h. (6 et 7 h. du matin), tandis que dans les plaines
voisines, on retrouve rarement des vestiges du minimum de la nuit,
et encore le minimum des sommets arrive deux heures plus tard que
le minimum tropical ; il ne peut donc appartenir à la même cause.
Ce mouvement descendant est d'autant plus marqué, que la tem-
pérature a été plus haute la veille dans les vallées voisines, et qu'une
partie des vapeurs qui y ont été formées a dépassé le lieu de l'obser-
vation , dans une épaisseur que nous essaierons d'apprécier. Je serais
disposé à croire que , pendant les mois d'hiver, cette courbe régulière
d'un mouvement ascendant pendant toute la durée du jour, et d'un
mouvement descendant pendant la nuit, s'atténue beaucoup, et que les
perturbations de la pression atmosphérique rentrent sous les seules in-
fluences variables du courant supérieur, comme on les retrouve dans
les hautes latitudes.
55. Le minimum tropical de l'après-midi, plus constant que celui
de la nuit, s'efface enfin peu à peu en s'élevant dans l'atmosphère.
Lorsqu'on approche de la limite des neiges perpétuelles , ce minimum
a disparu , et il est remplacé en premier lieu par une ligne droite on-
dulée, puis par une courbe notablement ascendante. En nous repor-
BAROMÉTRIQUES. M:
tant encore aux observations du Faulhorn, on trouve que de 19 h.
(7 h. du matin), la courbe monte jusque vers 9 h. du soir, où elle est
un instant stationnaire , pour redescendre lentement d'abord , puis
plus rapidement, à partir de minuit, jusqu'à 18 h. A4 h. de l'après-
midi , elle est de plus d'un millimètre plus haute qu'elle n'est à 20 h.
A Brientz, au contraire, au bord du lac qui en baigne la base, le mi-
nimum du soir est généralement très-abaissé , tandis que celui du
matin est insensible ou presque toujours remplacé par un petit
maximum '.
66. Tout en rejetant les explications de M. Ksemtz, nous devons
inscrire ici le résultat de ses propres recherches. « Plus nous nous éle-
vons, dit-il, t. II, p. 279, plus les oscillations diminuent : il arrive
un point où l'influence de la chaleur est égale à l'oscillation , de telle
sorte, qu'à ce point les oscillations disparaissent complètement, dans
le jour, dans les localités les plus élevées; le mercure monte l'après-
midi au 45' degré de latitude; la hauteur à laquelle disparaissent les
oscillations est au moins à 1250 toises (2436*^,3) , car sur le S*- Ber-
nard, d'après 53 mois d'observations, le baromètre remonte de 21 à
3 h. , de 0"',017 (O-nn^OSSSS). M. de Humboldt croit qu'entre les tro-
piques, l'élévation au-dessus du niveau de la mer n'a aucune influence
sur ce phénomène , ou du moins que les heures tropicales n'en éprou-
vent pas d'altération; tandis que M. Bouvard déduit des observations
mêmes de M. de Humboldt, à Quito et à Antisana, et de celles de
Galdas à Santa-fé-de-Bogota , que sous les latitudes les moins éle-
vées, on reconnaît l'influence de la hauteur sur la diminution des
oscillations. »
57. Dans les observations que De Saussure a faites dans son troi-
sième voyage au Col du Géant , on voit que l'ascension du matin s'est
prolongée jusqu'à 2 h., qu'il y a eu un abaissement de 2 h. à 4 h.,
que la courbe s'est maintenue presque droite jusqu'à 6 h., pour re-
monter ensuite jusqu'à 8 h. du soir, heure où cessaient ses observa-
' Voyez les figures 15 et 16. •.. -'ni'..' iiin luq <iiuq >i-
52 SUR LES VARIATIONS
tions; mais comme on retrouve la courbe du lendemain à 20 h, de
beaucoup au-dessous du point de la veille, sans pouvoir dire quelle
est la descente totale , puisque l'ascension a pu monter au delà de 8 h.,
il y a donc eu un grand abaissement pendant la nuit , et il n'avait
point encore disparu à 20 h. (8 h. du matin ).
On voit au contraire, que les courbes des mêmes heures de Cha-
mouni et de Genève donnèrent, la première une légère ascension entre
les deux points 8 et 20 h., et la seconde une ascension plus pronon-
cée. Dans ces deux dernières localités , on observe aussi un mouvement
descensionnel de 20 h. à 4 h., tandis qu'au Col du Géant, il y a un
mouvement ascendant de 20 h. à 2 h., et pendant 2 h. seulement, un
petit mouvement descensionnel. La courbe du Col du Géant représente
un peu le minimum du soir des plaines avec quelque retard 5 il a fallu
du temps aux vapeurs de la journée pour atteindre et dépasser cette
hauteur (l'altitude du Col du Géant est 3,426 mètres) ; elles ont re-
produit le grand minimum du matin que nous avons observé sur le
Faulhorn. Il ne faut jamais oublier que ces ascensions ont toujours
lieu dans l'été et pendant les journées les mieux choisies pour atteindre
les sommets avec sécurité. Ces observations sont donc entachées des
altérations qu'éprouve la marche normale et annuelle par la présence
des vapeurs diurnes qui arrivent et dépassent ces hauteurs.
58. La courbe de l'hospice du Grand-S*-Bernard tient de la plaine
et de la montagne élevée : sa position , dans une gorge, lui donne les
vapeurs analogues aux plaines , et son élévation de 2,491 mètres, lui
donne l'indice de la dépression nocturne du Faulhorn ; on y retrouve
le minimum du soir affaibli et celui du matin augmenté. Très-souvent
même, et principalement dans les mois du printemps et de l'été,
on trouve plus de pressions ascendantes entre 21 et 9 h. que de
pressions descendantes; telles ont été ces saisons, pendant les années
de 1826 à 1830, tandis que pendant l'automne et l'hiver, le minimum
a repris quelque empire. Malgré le désavantage de cette position,
on retrouve dans cette localité des courbes mensuelles ascendantes
de 6 h. du matin à 9 h. du soir ; d'autres qui sont ondulées ou presque
BAROMÉTRIQUES. ^. 55
droites , enfin y le minimum du soir réparait dans qnelques-unes.
59. La pression atmosphérique à une hauteur de 2700 mètres,
c'est-à-dire, à une hauteur que la plupart des vapeurs de la plaine
n'atteignent pas cette pression, disons-nous, parait devenir indé-
pendante des vapeurs inférieures, et plus on s'élève, plus la courbe
se diflFérencie de celle des plaines. La courbe de la pression à cette
hauteur se rapproche de celle des hautes latitudes , comme nous le
verrons, mais avec une modification dépendante de la densité des va-
peurs au delà du cercle polaire, au niveau des mers et des autres cir-
constances qui en dépendent. Nous verrons que le courant tropical ,
que ce courant qui s'avance journellement des zones tropicales vers le
cercle polaire, joue un rôle important sur toutes les couches de va-
peurs qui sont interposées entre lui et la surface du globe. Nous n'avons
point à discuter ici son existence , elle ne peut être mise en doute par
aucun observateur, et les vents alizés sont des preuves constantes de
son existence. ( Voyez % 15 et 16. )
60. Si l'on ne considérait que les mêmes altitudes , on trouverait
de nombreuses anomalies dans les observations, mais nous avons déjà
averti qu'il fallait estimer la position des localités par leur proximité
de la limite inférieure des neiges perpétuelles, et non par une même
élévation au-dessus du niveau de la mer. Nous avons insisté aussi sur
l'exposition du lieu d'observation, nous l'avons indiqué comme devant
être isolé et non dominé par des cimes rapprochées, qui sont des
points terrestres qui agissent de haut en bas, comme nous le dirons
plus loin, et surtout qu'il ne fasse pas partie d'un plateau. Intermé-
diairement à ces limites, on trouve des courbes ondulées à des degrés
fort différents : ainsi, il arrive souvent que celles qui représentent la
pression au niveau de la mer, ont moins d'amplitude dans leur écar-
tement , que celles qui représentent la pression d'un lieu plus élevé.
M. Dalmahoy à Kotagherry, à 1953 mètres au-dessus du niveau de
la mer, a trouvé entre le soleil levant et midi une ascension plus
grande que celle trouvée à Poona , par le colonel Sykes, à 600 mètres
d'altitude, et plus grande encore que celle de Madras, observée par
U SUR LES VARIATIONS
M. Goldingham , près du niveau de la mer. Celle de Poona était elle-
même plus grande que celle de Madras, M. de Humboldt avait déjà
remarqué que l'oscillation avait plus d'étendue à Caracas à 936 mètres
qu'à Cumana; il n'en avait pas moins reconnu que l'étendue des varia-
tions diminue un peu en s'élevant , au point que sur le plateau de
Bogota, la différence entre les maxima et les minima à 2660 mètres ,
n'est plus que de 0™°», 16.11 dit aussi qu'à la ville de Quito, à 2908 mè-
tres , située dans une vallée étroite et adossée au volcan de Pichincha ,
le mouvement ascendant se continuait jusqu'à près de midi, et la mar-
che descendante durait jusqu'à minuit '.
61 . La courbe particulière qui représente la pression atmosphéri-
que dans la région des neiges perpétuelles ne peut laisser de doute;
il suffit de comparer les observations de De Saussure, de MM. Keemtz,
Forbes, Bravais, Martins et les nôtres, pour y retrouver une marche
complètement inverse à celle des plaines subjacentes. Ainsi , lorsque
la courbe descend rapidement à Brientz dans l'après-midi, elle monte
rapidement sur le Faulhorn : si la courbe descend moins profondé-
ment à Brientz, elle s'élève moins sur la montagne, et, la nuit, le
minimum est d'autant plus grand sur le Faulhorn , que son ascension
a été plus considérable pendant le jour; tandis qu'à Brientz, la courbe
revient en oscillant au point du départ sans reproduire le minimum
tropical. Nous aurons donc à considérer dans la seconde partie ces
différences et à en rechercher la cause.
62. Nous ferons remarquer que Brientz n'est pas la localité la plus
convenable pour faire des observations simultanées avec celles que l'on
fait sur le Faulhorn ; son encaissement entre deux rangs de hautes
montagnes, soumet cet endroit à des influences de haut en bas , con-
traires à ce qui se passe dans les plaines découvertes. Nous préférons
l'extrémité Est du lac de Thoun, aux premières maison d'Unterseen,
parce que cette localité est plus libre des influences latérales et plus
semblable aux plaines ordinaires.
* T. m, p. 288.
BAROMÉTRIQUES. 85
^ 63. En s'avançant vers les latitudes élevées , le minimum de la nuit
disparaît le premier j à Paris, on trouve autant de moyennes annuel-
les avec le signe plu» +, qu'avec le signe moins — . De 1816 à 1826
inclusivement, M. Bouvard cite six années dont la moyenne a donné
un signe moins — et cinq un sxgneplus -|-, et la moyenne de ces onze
années donne — 0™n',008. C'est, comme l'on voit, être à peu près sur la
ligne droite. Le minimum de l'après-midi se prolonge jusqu'au 64 ou 65"
degré de latitude , où il disparaît complètement. Le tableau rapporté
dans le chapitre précédent, démontre non-seulement l'affaiblissement
et la disparition du minimum du soir, mais la marche en sens inverse
comme celle que nous avons constatée, sur les montagnes élevées.
64. Les documents des hautes latitudes sont un peu plus nombreux
que celles des grandes altitudes; cependant leur nombre est loin d'être
suffisant pour tracer une courbe certaine. Leur grand nombre est d'au-
tant plus nécessaire, que les perturbations accidentelles sont puissantes
et cachent plus souvent la marche normale de la région. Les documents
les plus étendus que nous possédons sont ceux du capitaine John Ross ;
malheureusement, il faut les accueillir avec réserve. Si nous compa-
rons les courbes mensuelles qui ressortent de ses observations de 1830
et 1831 , on trouve que sept mois sur douze donnent une marche
ascendante de 9 h. du matin à 5 h. du soir, et conséqnemment une
marche descendante de 5 h. du soir à 9 h. du matin. Trois ont leurs
lignes droites ou très-peu ascendantes, et deux, juin et décembre, ont
une ligne descendante de 9 h. du matin à minuit, ce qui n'est plus le
minimum tropical. Cette conséquence des observations du cap. Ross
est heureusement confirmée par les observations du cap. Parry ' à
Porl-Bowen (73° 13' 39", 39 de latitude), par celles de la commis-
sion scientifique du Nord, faites à Thorshaven (62° 2' 43"), et par
celles de M. Martins à Magdalena-Bay (79° 33' 44"), qui donnent
une ascension moyenne l'après-midi de 0™™,35, enfin par les observa-
tions comparées de quelques villes de la Russie, qui donnent des mois
' 7>vtMém; voya(;e, appendice. '.':'.*:i
36 SUR LES VARIATIONS
avec ascension et d'autres avec un léger minimum (voyez l'Annuaire
de St-Pétersbourg pour l'année 1839).
65. Quelque peu nombreuses que soientcesobservations, il en résulte
cependant que la courbe des sommets élevés et celle des hautes lati-
tudes ne concordent pas avec celle des plaines, et qu'une partie des va-
riations de cette dernière provient de la présence des vapeurs diurnes
et des transformations qu'elle subit. Ces vapeurs n'atteignant pas les
hauts sommets, ne peuvent en influencer la pression; de même la basse
température des hautes latitudes s'opposant à leur formation , ou ne
la permettant que dans des limites fort restreintes , le résultat est le
même; il y a donc dans les hautes latitudes et sur les sommets élevés
peu de vapeurs diurnes, et l'une et l'autre région se trouvent plus rap-
prochées du courant tropical , l'une par l'abaissement de ce courant
même, l'autreen s'élevant jusqu'à ses limites : c'est à cette absence ou à
la plus faible quantité de ces vapeurs diurnes que sont dues leur ressem
blance et leur dissemblance avec les plaines.
CHAPITRE V.
DES DIFFÉRENCES QBE DONNEE LES MESURES BAROMETRIQUES.
66. Tous les observateurs qui se sont occupés d'hypsométrie , ont
constaté que les altitudes barométiques d'un lieu variaient considéra-
blement avec l'heure de la journée, avec les saisons et l'état atmo-
sphérique. Deluc avait remarqué de bonne heure, que les observations
simultanées faites dans deux lieux assez rapprochés, mais dont l'un
était plus élevé que l'autre , donnaient des hauteurs différentes , sui-
vant l'heure de la journée, et que ces différences n'étaient pas con-
stantes d'un jour à l'autre. C'est en mesurant un certain nombre de
points sur le mont Salève, et en m^iltipliant les observations aux heures
diverses de la journée, qu'il remarqua la variation des résultats et
BAROMÉTRIQUES. 57
qu'il crut que la cinquième partie de la journée était le moment le
plus favorable pour cette opération '. De Saussure vit aussi que le ba-
romètre n'était pas un mesureur fidèle *, et qu'il fallait savoir choisir
l'heure et le temps propices.
67. Ramond vint ensuite, et la perfection de ses instruments et de
sa méthode, lui fit nettement distinguer ce qui était dépendant de
l'infidélité de l'instrument, de ce qui appartenait réellement à l'état
atmosphérique. 11 a, comme ses devanciers, cherché la cause de ces
anomalies dans des courants d'air; comme eux, il voyait partout des
colonnes ascendantes qui diminuaient la pression, même lorsque la
température était basse. Quoi qu'il en soit, c'est l'heure de midi qu'il
indique comme celle qui est la plus propice pour obtenir un résultat
semblable à ceux de la triangulation , toutes les autres heures don-
nant, suivant lui , des altitudes trop faibles. En prenant 1000 mètres
pour la hauteur obtenue à midi , il trouve :
22 mètres de moins à 6 heures du matin;
13 id. à 8 i(l.;
16 id. à 4 heures du soir;
31 id. à 10 id.
Ainsi , Ramond prend l'heure qui donne la plus grande altitude ba-
rométrique comme celle qui répond le mieux à celle de la trian-
gulation '.
68. M. d'Aubuisson , dans la 3^ partie de son beau Mémoire sur la
formule barométrique *, a traité spécialement des altitudes. Ses ob-
servations ont été faites entre Turin , Aoste et l'hospice du S'-Ber-
nard. Suivant lui, la plate-forme de l'observatoire de Turin, où les
observations ont été faites, est à 291 mètres au-dessus du niveau
de la mer, Aoste à 321 mètres, et l'hospice du S*-Bernard à 2220 mè-
tres au-dessus de l'observatoire de Turin ; ce qui donne pour Aoste
• Dts modif. de l'atmosphère, § 518 et suiv. et 595 et 741.
« Voyage aux Alpes. 1. 111, § lioG, Col-du-Géant.
' 2» mémoire , etc., 41.3" mémoire, p. 91.
* Joumalde Physique, 1810, t. 70 et 71.
Ton. XVIII. 8
58 SUR LES VARIATIONS
612 mètres , et pour le couvent du S*-Bernard 251 1 mètres au-dessus
du niveau de la mer '.
L'hospice placé dans un col resserré entre des cimes élevées de plus
de 300 mètres, n'est point un emplacement heureux pour l'observa-
tion des altitudes, comme nous l'avons déjà dit § 58. Dans la série des
observations qui ont été faites dans ces deux localités , la marche du
baromètre coïncidant souvent avec celle de la température moyenne,
obtenue par la moitié des deux températures réunies, prises à la même
heure aux deux stations , il en conclut que l'oscillation du baromètre
est dépendante de la marche de la température. Il a trouvé que la tem-
pérature moyenne générale tirée de celle de Turin et de celle du cou-
vent réunies, était de 17°,4. Lorsque la moyenne trouvée dépasse ce
point, ou lui est inférieure, le baromètre donne, suivant M. d'Au-
buisson , une altitude trop haute ou trop basse. Ainsi la moyenne
altitude du couvent au-dessus de l'observatoire de Turin, ayant donné
2217 mètres et 17°,4 de température; le 24 juillet 1809, la tempé-
rature moyenne ayant été de 17°4 + 2 = 19°4, l'altitude fut de
22 17'" + 9™ = 2226 mètres; le 25, la température moyenne ayant
été de 120,4, l'altitude fut de 2200 mètres.
69. Si cette coïncidence se rencontre assez fréquemment, il n'est
pas rare non plus que le contraire arrive. D'abord, il n'y a aucune
proportionnalité entre la quantité ajoutée ou diminuée à la tempéra-
ture moyenne et celle de l'altitude obtenue; une petite augmentation
dans la moyenne température coïncide souvent avec une grande dans
l'altitude, de même qu'on voit une température bien plus élevée,
n'avoir pour corrélation qu'une altitude peu supérieure à la moyenne.
Mais il arrive encore qu'un abaissement de température coïncide
avec une élévation dans l'altitude obtenue, et vice versa. Ainsi, le
1^'août 1809, la température moyenne fut de 14",4 et l'altitude de
2231 mètres, tandis que le 24, avec la même température, l'altitude
fut de 2194™. Le 16 août, la température moyenne étant de 19°,4,
l'altitude fut de 2203; le 24 juillet, la même température avait
* L'Annuaire du bureau des longitudes porte 2491 mètres.
BAROMÉTRIQUES. 59
donné 2226™. Les heures d'un même jour ont aussi leurs anomalies :
ainsi le 6 août à 8 h. du matin, la moyenne étant do 14%4, l'alti-
tude fut 2201™ ; à midi , la température moyenne étant la même , l'al-
titude fut de 2206'". On voit que la coïncidence est trop sujette à
erreur pour la faire entrer dans la valeur du coefficient , comme le
proposait M. d'Aubuisson.
70. M. Kœmtz s'occupa aussi de la question des heures, et tira des
conclusions analogues à celles de M. d'Aubuisson. M. Bravais pense
que l'heure de 6 h. du soir donne les meilleurs résultats pour l'époque
de ses observations à Brientz et sur le Faulhorn ' y mais nous avons
déjà fait remarquer que la localité de Brientz, nous paraissait défavo-
rable pour établir une comparaison sur laquelle on puisse appuyer une
règle commune.
Nous ne terminerons pas ce court chapitre sans rappeler un résultat
curieux rapporté par le J)^ Ermann : c'est qu'un point pris entre
Irkusk. et Jakusk, dans la vallée de la Lena, qui coule vers la Mer
Glaciale, serait plus bas, si l'on en croyait le baromètre, de plus de
60 mètres, à dix degrés même de son embouchure, que la merd'Ochozk
qui communique à la Mer Glaciale parle détroit de Bering. La pres-
sion moyenne dans le point intermédiaire des villes d'Irkusk et d'Ja-
kusk serait de 754™'n,506, tandis qu'elle ne serait que de 749"»™, 139
à Ochozk *. Gmelin, dans sa Flore de Sibérie , préface, p. 56, cite un
résultat analogue entre Bolscherezens dans le Kamtschatka et Ochozk.
Du reste, Ramond , dans son second Mémoire , cite des différences si
grandes dans la mesure aititudinale de Marly-la-Ville au-dessus de
l'observatoire de Paris , qu'on ne peut s'étonner des exemples précé-
dents. Il trouva 76 mètres le l^r octobre 1804 et 55 mètres le 3 no-
vembre suivant.
71. Si les exemples précédents ne paraissent pas suffisants, on
peut consulter les travaux hypsométriques publiés jusqu'à ce jour;
on y trouvera des hauteurs trop grandes ou trop petites aux mêmes
* Journal Unstitut. 1842, p. 510.
* PoggendoriT, Annalen der Physik und Chemie, t. XVII, p. 337 et suivantes.
m SUR LES VARIATIONS
heures, par les mêmes vents et par les mêmes températures. Il en est
des explications données sur ces anomalies , comme de celle du mou-
vement horaire; on s'est attaché à un des phénomènes concomitants
que l'on a pris pour la cause (voyez plus bas, chap. XIII). La mesure
hypsométrique de la Mer Caspienne est un des exemples les plus re-
marquables de l'influence des circonstances météorologiques : suivant
l'heure, le jour ou la saison , la différence du niveau entre cette mer
et la Mer IVoire , a varié de 0 à 105 mètres, a D'après la fâcheuse expé-
rience, dit M. Lenz, de la comparaison des nivellements géodésiques
et barométriques de l'année 1837 , on ne peut pas avoir beaucoup de
confiance dans la méthode barométrique employée ' . » Ce même savant
a reconnu par 350 observations correspondantes , faites par MM. Mayer
et Manne en 1829 et 1830, que plus la différence de température est
grande aux deux stations extrêmes, plus la différence du niveau des
deux mers semble diminuer ; de telle sorte , que la Mer Caspienne pa-
raissait plus élevée que la Mer Noire, quand la différence des tempé-
ratures dépassait 20 degrés ^. La même incertitude existerait sur le
niveau de la Mer Morte, si l'on n'avait des mesures géodésiques, puis-
que les données barométriques varièrent de 1 62 mètres à 444. La trian-
gulation du lieutenant Simon , de la marine anglaise , en 1841, a
donné une dépression de 427 mètres ^.
72. M. Dalton , en considérant l'atmosphère comme la somme de
quatre atmosphères partielles qui ont des densités inégales , en con-
clut que sa composition n'est pas la même aux différentes hauteurs.
Plus tard M. Beuzenberg tira la même conséquence, et dit qu'il faut
faire entrer ces différences dans les observations hypsométriques '*. Ces
atmosphères sont :
• Considérations math, sur les nivellements par stations au moyen du baromètre. Bulletin de
Saint-Pétersbourg, 1. 1, pp. 51 et 63.
"^ Recueil des actes de l'acad. de Saint-Pétersbourg, 1836, p. 29.
' M. de Humboldt. Asie centrale, 1. 1, pp. 321 et suiv.
' Ueber die Daltonsche Théorie , par J.-F. Beuzenberg, in-S", 1830, et Bullet. Ferussac, Se. math.,
1831, XVI, 249.
De Saussure {Hygrométrie, § 108-110 et 287-288) n'accorde qu'une pression de 13°"",5 à toute
BAROMÉTRIQUES. «>
1* Celle de l'azote qui fait équilibre à une colonne de mercure de 574'°°',79
2° Celle de l'oxygène ITS^^.OI
3° Celle de l'acide carbonique ©""JS
4' Celle de la vapeur d'eau H"",57
Les quatre réunies font équilibre à une pression de ... . 762'"°,82.
Nous ferons remarquer qu'aucune observation n'a pu faire soup-
çonner jusqu'alors qu'il y eût jamais un changement suffisant dans
le rapport de ces gaz, pour rendre raison de la moindre variation ac-
cidentelle, et que cette cause est moins applicable encore aux grandes
et subites perturbations atmosphériques que celle de la chaleur.
la vapeur, et, en tenant compte du rapport des poids de l'air et de la vapeur, il ne trouve qu'une
pression de 4 à 5""" pour les variations provenant de cette dernière.
I
6â SUR LES VARIATIONS
DEUXIÈME PARTIE.
DE LA CAUSE LA PLUS PUISSANTE ET LA PLUS VARIABLE DES PERTURBATIONS
DANS LA PRESSION ATMOSPHÉRIQUE.
CHAPITRE VI.
EXPERIENCES ET OBSERVATIONS.
73. Ne devant nous occuper de l'air que sous le point de vue météo-
rologique , il peut être considéré comme un fluide homogène et l'on
peut faire abstraction de l'acide carbonique et des autres gaz qui s'y
trouvent accidentellement. Il n'en est pas de même de la vapeur
aqueuse; quoique sa quantité soit peu considérable, elle joue un si
grand rôle dans la plupart des phénomènes , que son importance tient
le premier rang. Elle le doit à l'influence que lui donnent ses nom-
breuses transformations et les diverses phases de sa conductibilité
électrique.
Lorsque l'air est sec, il est isolant et ne livre passage à aucun écou-
lement électrique; si ses molécules étaient fixes et cohérentes, il
serait un isolant parfait et maintiendrait dans les corps toutes les char-
BAROMÉTRIQUES. 63
ges d'électricité qu'on pourrait leur donner ; mais les particules d'un
fluide étant libres et mobiles , elles facilitent l'enlèvement de l'électri-
cité des corps et leur dissémination , à la manière des corps légers,
en se portant jusqu'au contact, s'y chargeant de l'électricité du corps
et s'en éloignent ensuite par l'attraction des autres corps, moins char-
gés qu'elles de cette même électricité; c'est donc par voie de transport
que les molécules aériennes peuvent enlever et dissiper l'électricité des
corps et non par voie de conduction , comme les métaux et les liquides.
74. L'air pur ne subissant pas de transformation, n'étant pas con-
ducteur, mais seulement transporteur de l'électricité , il n'éprouve de
modification , dans le rapport de ses molécules , que celle de la dilata-
tion ou de la condensation , dépendantes l'une et l'autre de la tempé-
rature. Si l'air pur formait toute l'atmosphère , ses altérations seraient
donc très-limitées; elles seraient régulières, faciles à saisir; elles se
feraient avec lenteur et progression. L'équilibre de pression y serait fa-
cilement maintenu, puisqu'il pourrait toujoursétre rétabli aussi vite que
la température pourrait en changer la densité. Les variations de pres-
sion dans une telle atmosphère ne pourraient qu'être faibles, si même
elles y étaient sensibles; elles ne seraient pas plus appréciables au ba-
romètre que celles des marées atmosphériques , qui donnent toujours
le temps à l'équilibre de pression de se rétablir. Ainsi , quoique l'at-
mosphère soit composée de plus de 98 parties sur 100 d'air pur, la
permanence de ce dernier à l'état de fluide élastique , sa dilatation
progressive et régulière par la chaleur et son inconductibilité électri-
que , le rendent passif dans un grand nombre de perturbations atmos-
phériques ; il est subordonné à l'influence des vapeurs et des forces
particulières qu'elles ont la faculté de recueillir et de conserver quel-
que temps.
75. Il en est tout autrement de la vapeur, et quelle que soit sa
faible proportion dans la masse atmosphérique, sa muabilité perpé-
tuelle apporte de nombreuses perturbations , non-seulement dans sa
propre atmosphère , mais aussi dans la portion de l'air au milieu de
laquelle elle est disséminée. . .^..... i.^ ?.f 'u.'^-»? r|;^,..uv<.t
6* SUR LES VARIATIONS
i*|î76. La vapeur météorologique n'est point toujours à l'état de fluide
élastique, comme celle que l'on étudie dans un manomètre. Dans nos
laboratoires , l'étude de la vapeur ne se rapporte jamais qu'à son état
de fluide élastique et non à son état globulaire ; elle se comporte alors
comme les gaz permanents et n'en difiîère que par quelques effets se-
condaires. Dans la vapeur atmosphérique, au contraire, il faut tenir
compte, non-seulement de l'état globulaire qu'elle prend avant sa
résolution, mais encore des diverses modifications qui précèdent,
accompagnent et suivent l'état globulaire , et même son état élastique.
Les diverses densités des vapeurs n'ont pas pour seul effet, comme dans
nos expériences de cabinet, de produire une simple augmentation
dans leur gravité et dans leur tension; elles ajoutent, par le change-
ment qui s'opère dans leur conduction électrique , des modifications
nombreuses aux autres phénomènes météorologiques,
77. Les états intermédiaires entre l'état élastique et l'état globu-
laire, se manifestent par les modifications qu'ils impriment à la
lumière. La vapeur opaque est formée, comme on le sait, de petites
sphérules qui se groupent en nuages et subissent l'influence d'une
basse température en passant à l'état solide. Ces particules gelées n'en
restent pas moins suspendues dans l'atmosphère, pendant quelque
temps, les unes sous forme de globules de grosseurs diff'érentes, les
autres sous forme de spicules ou de prismes reflétant, réfractant et dif-
fractant la lumière de diverses manières; modifications en partie
étrangères aux molécules de l'air pur.
;.78. Mais la qualité la plus active de la vapeur, celle qui apporte
le plus de perturbations dans sa propre atmosphère et dans celle de
l'air, c'est son aptitude à se charger d'électricité; sa demi-conduc-
tibilité facilite tous les changements de distribution électrique dans
sa masse et dans celle de l'air qu'elle pénètre; elle facilite le rayon-
nement électrique par la facile révaporation de ses particules, qui
sont à divers états de condensation, en repassant à l'état de pur fluide
élastique.
79. Enfin , non-seulement ces qualités particulières aux vapeurs
' BAROMÉTRIQUES. U
entretiennent dans leur ensemble des mutations nombreuses et de
grandes perturbations dans leur masse , mais encore elles font par-
tager à l'air pur, à l'air isolant, une partie de leur mobilité et de leurs
perturbations. L'air en contact avec un tel fluide muable et conduc-
teur, partage ses charges électriques, ses mutations continuelles de
tension; il les partage rapidement, parce qu'il est pénétré en tous
sens par ce fluide essentiellement mobile et variable.
80. lien résulte que les mutations, dépendantes des qualités pro-
pres à la vapeur , n'apportent pas seulement des perturbations dans la
masse de cette dernière , mais qu'elles en apportent aussi dans toute la
portion de l'atmosphère aérienne qu'elles pénètrent jusqu'à une épais-
seur d'à peu près 9 à 10,000 mètres.
Dans ce qui va suivre , nous prononcerons presque toujours le seul
nom de la vapeur , comme si le produit total n'était l'œuvre que de son
action ; nous agirons ainsi pour plus de clarté et pour plus de précision,
parce qu'en réalité, c'est d'elle, c'est de ses transformations que nous
déduirons les diverses perturbations aériennes; mais il ne faudra pas ou-
blier que, tout passif que soit l'air, son mélange et son contact avec son
inconstante voisine, lui font suivre ses errements; qu'il devient élec-
trique avec elle et par elle , qu'il est attiré ou repoussé comme elle, et
qu'enfin partageant son état électrique, il est solidaire des eflèts d'in-
fluence à distance, et des attractions et des répulsions qui en ressortent.
81 . J'ai établi dans un mémoire publié dans les Annales de chimie
et de physique ', que le globe terrestre était un corps chargé d'une
grande tension d'électricité résineuse, et que tous les phénomènes qui
se passaient à sa surface en éprouvaient de puissantes modifications.
J'ai fait voir aussi, dans ce mémoire, que Tévaporation spontanée ne
produisait de vapeurs électriques ni à la température ambiante, ni à
celle de l'eau bouillante; qu'il fallait que la vapeur s'échappât brus-
quement du liquide^ sous une pression d'au moins une atmosphère
et demie, pour qu'elle put garder l'électricité vitrée que donnent les
* Troisième série , tome IV.
Ton. XVUI.
m SUR LES VARIATIONS
dissolutions salines; que tel n'était pas le cas de l'évaporation natu-
relle, et que la présence de l'électricité dans les vapeurs provenait
d'une tout autre source. Je démontrai aussi que toute vapeur formée
à la surface d'un corps résineux , emporte la même électricité que
celle du corps , et que conséquemment la vapeur spontanée qui se
forme à la surface du globe est résineuse comme lui, ce que l'obser-
vation et l'expérience prouvent ainsi que tous les phénomènes sub-
séquents à ce premier elFet.
Plus tard, j'ai présenté à l'académie des sciences de Bruxelles, un
mémoire sur les brouillards ', dans lequel j'ai fait voir, comme déjà
je l'avais fait dans le précédent, toute l'influence secondaire de la
tension résineuse du globe sur les vapeurs chargées de la même élec-
tricité, et la mobilité des distributions électriques, suivant l'énergie
de la tension du corps voisin, de sa proximité et de la densité des va-
peurs. Enfin, dans un dernier mémoire publié récemment dans le 14*=
numéro des Archives de l'électricité ,^' ai commencé la coordination
des phénomènes de la météorologie électrique.
Nous devons maintenant aller plus loin , nous devons démontrer
qu'un des effets les plus immédiats de ces actions d'attraction et de
répulsion électriques, est de former une atmosphère plus pesante ou
plus légère , et conséquemment qu'elles sont la cause des variations
nombreuses qu'éprouve la pression atmosphérique.
82. Si l'on consulte l'électricité atmosphérique à chaque heure du
jo>nr, on voit que l'influence du globe baisse depuis 9 h. du matin jus-
que vers 2 ou 3 h. de l'après-midi, et que dans les jours très-chauds
et très-calmes , l'instrument garde zéro près des lieux humides, même
en l'élevant de plusieurs mètres, de 1 h. à 3 h.; pendant ce temps,
l'hygromètre descend vers la sécheresse, dans un rapport qui con-
corde avec l'affaiblissement des signes vitrés, ou l'apparition des signes
résineux. En comparant la marche du baromètre avec celle de l'élec-
tromètre , on voit le premier baisser pendant la diminution des signes
* Mémoires de l'Académie royale de Bruxelles , t. XV, et Ann. de eh. et de phys., t. VI, p. 129.
BAROMÉTRIQUES. 6»»
vitrés; sa marche est plus rapide, si les signes sont résineux; mais
aussitôt que la température diminue, que la vapeur se condense,
l'électromètre accuse que la tension vitrée augmente, et le baromètre
remonte. Ce dernier, ainsi que l'hygromètre, a baissé d'autant plus
que le ciel a pris une teinte d'un bleu plus foncé, celle, par exemple,
du second degré du cyanomètre en 16 parties de De Saussure : c'est
alors que l'électromètre donne les signes les plus intenses d'électricité
résineuse. Telle est la marche ordinaire des instruments, lorsqu'il n'y
a pas de perturbations anomales.
83. Ces faits d'observation étant constatés, essayons d'en suivre
l'origine, la progression et la terminaison.
Les vapeurs qui s'élèvent à la surface du globe , dans l'état ordi-
naire, sont résineuses comme lui ; chaque particule de vapeur est un
petit corps libre, indépendant, plongé dans un gaz isolant; chacune
d'elles réagit pour son propre compte , à la manière des corps légers.
Si leur tension résineuse est égale ou supérieure à celle de la terre, la
répulsion de celle-ci les éloigne et les tient dans une couche plus éle-
vée que ne le comporte leur pesanteur spécifique ; si elles sont , au con-
traire, moins résineuses que le globe, elles sont vitrées pour lui, et
sont conséquemment attirées; elles s'en rapprochent et se tiennent
dans une couche plus basse que ne l'indique leur gravité.
84. Pour démontrer ce qui se passe dans un nuage et se rapprocher
du phénomène naturel, il faudrait pouvoir tenir de petits corps au
milieu de l'air, de la même pesanteur spécifique que lui, sans sup-
ports ni suspensions , afin de leur laisser la faculté de s'étendre dans
tous les sens , sans éprouver de résistance étrangère : il faudrait qu'on
pût les grouper en volumes d'une certaine épaisseur et les douer d'une
puissance d'action capable de les retenir à distance les uns des autres;
de telle sorte , que toute altération s'ajoutant à cette force ou la neU'-
tralisant on partie, ces corpuscules pussent se repousser davantage ou
se rapprocher.
La diffusion des gaz démontre que les forces physiques qui existent
entre les molécules d'un gaz , ne sont que peu ou ne sont pas altérées
SUR LES VARIATIONS
par les forces physiques d'un autre gaz; que les réactions qui agissent
si puissamment entre les molécules homogènes d'un premier gaz, ne
sont pas ou sont peu diminuées par les réactions moléculaires d'un se-
cond gaz. Il en résulte que, par l'addition ou la soustraction des forces
attractives ou répulsives , les molécules intérieures d'un corps ou d'un
volu me de gaz, reçoivent seules des réactions égales en tous sens, qu'elles
seules se trouvent attirées ou repoussées avec une égale énergie dans
toute leur périphérie, tandis que celles qui terminent le corps et en for-
ment les limites, ne peuvent éprouver cette réaction uniforme dans leur
contour, puisque leurs segments extérieurs ne sont plus soumis aux
réactions homogènes de leurs congénères, mais à celles des forces étran-
gères qui n'ont qu'une puissance très-faible sur ces molécules extrêmes.
85. L'induction électrique démontre aussi qu'il faut une certaine
épaisseur^ dans un tube de fer doux, pour en obtenir le maximum
d'effet ; que l'insuffisance des réactions extérieures ne s'arrête point à
la couche extrême , mais qu'elle se fait sentir jusqu'à une certaine pro-
fondeur au-dessous de la surface *. Cette insuffisance des réactions ex-
térieures se déduit également de beaucoup de phénomènes lumineux,
calorifiques et chimiques, dans lesquels l'épaisseur du corps en modi-
fie le résultat. Si la cause perturbatrice introduite dans un corps ne
peut-être repoussée par les réactions égales des molécules intérieures,
telle qu'est le calorique, toutes les actions étant altérées à la fois, les
rapports de position et de distance des molécules sont modifiés; l'écar-
tement entre les molécules augmente , et il peut augmenter inégale-
ment suivant le plan de la cristallisation de certains corps , c'est-à-
dire, suivant leur degré de résistance.
86. Lorsque la cause perturbatrice ne peut résister aux réactions
égales des molécules de l'intérieur, telle qu'est l'addition ou la sous-
traction d'une quantité d'électricité , ce sont les segments extérieurs
des sphères éthérées des molécules extrêmes , qui en reçoivent la sur-
charge ou la sous-charge , ainsi que les modifications qui en résultent.
*'• Voyez les expériences de MM. Barlow, Riess, Haldat, Masson et Breguet, Abria, etc., etc.
BAROMÉTRIQUES. flt»
Dans ce dernier cas, plus un corps aura de surface, moins les causes
perturbatrices pourront changer le rapport des molécules internes, et
plus elles auront de facilité pour se répartir dans les segments libres
de la périphérie. '" >•
87 . Ce qui précède fait connaître les difficultés insurmontables qu'on
rencontre dans les expériences que nous pouvons tenter pour simuler
un nuage. Ne pouvant tenir immergés librement, ni agglomérés, les
petits corps avec lesquels nous voulons représenter les particules de
vapeur, nous sommes forcés, d'abord , d'y introduire des suspensions
qui apportent leur influence comme substance présente , et comme
opposition à la liberté des mouvements en tous sens : avec de telles
suspensions , on ne peut disposer les corpuscules que sous la forme
d'un disque ou d'une lame mince , afin de pouvoir les électriser tous
à la fois. Cette disposition lamellaire offre plus de la moitié des seg-
ments aux espaces qui réagissent incomplètement ou ne réagissent
pas du tout ; elle offre ainsi de larges segments libres à la coercition de
l'électricité , segments qui ne réagissent en aucune manière sur les
rapports des corpuscules entre eux.
88. L'air pur est un isolant parfait , il ne devient conducteur que
par l'interposition de la vapeur, c'est-à-dire , par la présence même de
la substance qu'on veut étudier et qui est disséminée entre toutes ses
molécules. Il faudrait donc opérer dans un air parfaitement sec , afin
de représenter par les sphérules les molécules de vapeur du phénomène
naturel, puisqu'il s'agit delà vapeur même qui est répartie dans l'at-
mosphère et la rend conductrice : c'est encore là un obstacle qu'il ne
nous est pas donné de vaincre ; l'air dans lequel nous opérons est
toujours plus ou moins conducteur, par la présence de la vapeur qui
y est disséminée , et cette humidité relative s'oppose à toute comparai-
son rigoureuse avec des expériences qui seraient faites dans un gaz
parfaitement isolant.
89. Dans les diverses tentatives que nous avons faites pour étudier
les modifications qu'éprouvent les rapports des particules de vapeur,
par l'addition ou la soustraction de l'électricité, nous rapporterons
70 SUR LES VARIATIONS
seulement l'expérience suivante, toute grossière et tout imparfaite
qu'elle est. On suspend de très-petites balles de sureau à des potences
en verre, au moyen de fils de cocon {ddd fig. l^ejj lorsque ces fils
sont dédoublés , leur souplesse y gagne notablement. Un petit filet de
gomme laque sépare la sphérule de la soie, pour rendre l'isolement plus
parfait ; on distance ces sphérules de manière à avoir autant de vides
que de pleins, et on ne doit préparer et faire l'expérience que pendant
un temps fort sec ; la soie par son hygrométricité devient trop conduc-
trice , et le filet de gomme laque se recouvre d'un effleurement humide,
si l'on n'opère pas dans les conditions les plus favorables.
90. Pour électriser toutes ces balles à la fois , on lève un disque de
métal A au moyen d'un manche isolant, ou de gâteaux de résine B,
jusqu'à ce que toutes ces sphérules reposent dessus ; on touche ce dis-
que avec le bouton d'un bouteille de Leyde, et ces sphérules se char-
gent ainsi instantanément.
Pour charger avec quelqu'intensité ces sphérules, il ne faut pas
prendre un disque beaucoup plus grand que le diamètre du groupe ;
car s'il a un grand diamètre, la plus grande tension étant vers la cir-
conférence , et la plus petite au centre, les balles de sureau ne pren-
dront que la tension du centre. Il faut aussi que le disque soit con-
vexe, afin de donner à toutes les balles une position également saillante;
précaution sans laquelle les balles sont très-inégalement chargées
d'électricité.
91. Malgré le désavantage de ne pouvoir donner à ce simulacre de
nuage que la forme d'un disque mince , offrant en dessus et en dessous
de larges segments, où s'accumule l'électricité, cependant ces sphé-
rules ainsi chargées par une même électricité, se repoussent et for-
ment un volume plus considérable que celui qu'elles formaient à l'état
neutre. Plus la tension électrique qu'on leur a donnée est puissante ,
plus l'écartement intersphérique est agrandi , et plus le volume est dé-
veloppé. Il suffit de retirer ou d'ajouter de l'électricité à ce simulacre
du nuage , pour en diminuer ou en augmenter le volume. Dans la na-
ture, les particules de vapeur étant groupées, mamelonnées et non ali-
BAROMÉTRIQUES. 3i
gnées sur un môme plan, leurs réactions électriques se font sentir dans
tous les sens, et aucune portion de la force réagissante ne peut être
perdue , comme elle l'est duns un arrangement plan, n'ayant de sur-
face active que le cercle perpendiculaire à la ligne de suspension : tout
le reste de la surface devient non-seulement inutile au phénomène,
mais il lui est très-nuisible , en ce que cette surface reçoit toute l'élec-
tricité repoussée du cercle équatorial, où elle reste agglomérée sans
aucune action sur les électricités des autres sphérules.
92. La suspension des sphérules étant toujours verticale , le rap-
port de position de ces corps ne peut changer que dans le sens hori-
zontal, et ce changement est encore atténué par l'opposition de la
pesanteur. L'influence électrique du corps voisin sur la substance
même du fil suspenseur , vient encore éloigner du fait simple que l'on
voudrait étudier. Les résultantes que l'on obtient varient donc , sui-
vant la direction et la puissance de l'électricité du corps voisin, et
suivant la substance de la suspension et de son état hygrométrique.
93. £n prenant toutes les précautions convenables pour agir avec
le plus de force possible sur les segments interglobulaires , et en dimi-
nuant la répulsion de l'électricité vers les segments extérieurs, on
obtient une plus grande répulsion entre ces corpuscules. Cette légère
amélioration s'obtient en présentant latéralement le corps chargé de
la même électricité; la répulsion diminue si ce corps est chargé d'une
électricité contraire. Dans la nature, le globe agit de bas en haut et
latéralement dans un sens incliné, mais dans quelque sens que sa
force se fasse sentir, elle trouve toujours une épaisseur dans laquelle
les réactions sont égales. Cette nouvelle action répulsive pour chaque
corpuscule, s'ajoutant à la force répulsive déjà existante des corpus-
cules entre eux, elle augmente nécessairement la dilatation du corps^
ou elle la diminue, si c'est une électricité contraire qui agit. Ces cor-
puscules, pleins d'aspérités et entourés d'un air imparfaitement sec,
rayonnent avec facilité leur électricité vers les surfaces externes du
groupe où les réactions sont nulles, et ce groupe cesse en peu d'in-
stants d'avoir des charges électriques assez notables dans chacune de
.72 SUR LES VARIATIONS
ses sphérules, pour produire le phénomène de répulsion intérieure.
94. En interrogeant avec un plan d'épreuve ces amas de sphérules,
on trouve qu'il a fallu un temps très-court à l'électricité pour subir sa
nouvelle distribution : la partie de la nuelle en regard du corps in-
fluent a pris rapidement une tension contraire , et la partie la plus
éloignée a recueilli l'électricité de même nom. Au milieu est un état
neutre qui n'a aucune action sur le rapport de position des sphérules.
Si le corps voisin est placé au-dessous de la nuelle , les segments inu-
tiles supérieurs prennent sur-le-champ toute l'électricité de même
nom , et les segments inférieurs celle de nom contraire à la tension de
ce corps; tandis que les segments latéraux, les seuls propres à pro-
duire l'effet désiré, sont à peu près à l'état neutre et conséquemment
sans action réciproque les uns sur les autres.
95. Les conséquences qui découlent de ces expériences sont impor-
tantes; d'abord, elles prouvent que cette portion de l'atmosphère où
la vapeur se répand avec l'électricité qu'elle entraîne et qu'elle y dis-
tribue, augmente de volume en raison de sa tension, puisque toutes
les particules se repoussent d'autant plus que leur charge est plus con-
sidérable. Elles prouvent que la distribution de l'électricité , variant
sans cesse sous l'influence du sol et des autres corps électriques qui le
surmontent , des portions deviennent vitrées par rapport au globe et
d'autres résineuses ; que le volume des premières diminue, tandis que
celui des secondes augmente , c'est-à-dire , que les premières devien-
nent plus denses et les dernières moins denses.
96. Pour l'équilibre statique de la partie sous-jacente du globe,
ces variations dans la densité du fluide atmosphérique sont complè-
tement indiff'érentes , car si une partie de sa surface est plus pressée
par la vapeur vitrée ^ ou moins pressée par la vapeur résineuse, le
poids de cette partie n'en est point altéré. Et en effet , si la vapeur
vitrée est plus dense que la résineuse, si matériellement elle pèse plus,
son attraction pour le sol résineux le soulève dans la même propor-
tion que son accroissement de poids le repousse , puisque ce poids
n'est plus grand que par le résultat de cette attraction même. Donc ,
BAROMÉTRIQUES. 73
si cette portion du sol était libre et attachée au fléau d'une balance ,
celui-ci ne s'inclinerait pas, l'égalité existant entre l'accroissement
de la pesanteur d'une part et l'attraction de l'autre.
97. Le contraire a lieu pour la vapeur résineuse; si son volume
est plus considérable , si elle est moins dense, si plus légère , elle pèse
moins sur le globe , sa répulsion est l'équivalent de son allégement et
l'équilibre ne peut pas être rompu davantage.
98. Cet équilibre, qui ressort des lois mêmes de l'électricité sta-
tique, se montre avec facilité en plaçant à l'extrémité du fléau d'une
balance sensible un corps isolé; au-dessus est suspendu librement
un autre corps également isolé, mais qui est solidaire avec le fléau,
au moyen d'un arc de gomme-laque. Si ce second corps est chargé
de la même électricité que le premier, il en est repoussé ; s'il est
chargé d'électricité contraire , il en est attiré. Mais quel que soit l'état
du second corps, qu'il soit repoussé ou attiré, la balance n'indique
aucun changement dans l'équilibre de la pesanteur, tandis qu'elle
obéit sur-le-champ à l'influence réciproque de ces corps, si la se-
conde sphère cesse de lui être attachée, si elle ne compense plus par
une altération dans sa pesanteur, son attraction ou sa répulsion élec-
trique.
99. La balance qui n'a qu'un bras soumis à l'une des forces , tandis
que l'autre reçoit l'influence des deux à la fois , existe sous la forme
la plus restreinte et la plus commode dans le baromètre; un seul des
bras est soumis à la pesanteur de l'air, l'autre en est préservé, tandis
que toute la colonne de mercure éprouve l'action électrique. En raison
de cette disposition, le baromètre obéit à la pression seule de l'air,
il monte sous une atmosphère chargée d'électricité vitrée, et il descend
sous une atmosphère chargée d'électricité résineuse. Une expérience
élémentaire prouve que l'influence électrique de l'atmosphère est égale
sur toute la colonne de mercure.
100. On place la partie supérieure d'une tige de cuivre dans
un tube de verre fermé et dont elle est isolée; le bout inférieur est
vissé sur un électromètre. On approche du bout supérieur un bâton
ToM. XVIII. 10
74 SUR LES VARIATIONS
de résine frotté, et l'action sur le métal intérieur opère comme si le
métal était libre; on s'assure que le tube de verre n'est pour rien dans
le résultat en le touchant du doigt, que l'on retire ensuite ; les feuilles
qui s'étaient d'abord rapprochées par l'influence de la main, repren-
nent leur divergence première; ce qu'elles ne feraient pas, si la tension
électrique avait été à la périphérie du tube et enlevée par le contact
du doigt, comme cela a lieu lorsqu'on touche un métal dans les mêmes
conditions. Si la tige intérieure est en contact avec le verre, les deux
parties ne font plus qu'un seul corps , et toute la tension électrique
se manifeste au dehors du tube. La colonne barométrique est donc
soumise à la même influence électrique dans toute sa longueur, tan-
dis que la pression, soustraite pour l'un des bras, est agissante sur
l'autre.
101. La mer, par l'étendue de sa surface, par la mobilité de son
élément et par les dissemblances qu'elle éprouve sur ses points éloi-
gnés , obéit à ces pressions inégales , et son niveau s'élève ou s'abaisse
selon que la pression diminue ou augmente. L'obéissance de la mer
aux variations de la pression , ne peut pas avoir l'instantanéité de celle
du baromètre ; il faut un temps très-notable avant que la masse d'eau
se soit mise en mouvement au point de produire une élévation ou un
abaissement sensible ; il arrive de ce retard que , quelquefois , le baro-
mètre a déjà obéi à une nouvelle force, tandis que le mouvement
marin obéit encore à l'ancienne impulsion. C'est ce qui explique les
anomalies qu'on rencontre dans les tableaux des observateurs, comme
on peut le remarquer dans les tableaux suivants, empruntés à
M.Hàllstrôm'.
* Acta socielatis se. Fennicae, tome I, in-4°.
-iiimi*
BAROMÉTRIQUES. ^
TT
ASCENSIOII OU BAROMiTBB MESlIRéc PAB
DÉPRESSION
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DE LA HER.
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LA HAUTEUR
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l'iau.
1,4
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1.»
1,0
1,9
5,5
0,1
6,4
0,6
1,3
6,5
9,6
5,6
6,9
Sommet.
18,90
9,15
1,35
4,05
43,90
91,60
13,50
95,65
44,55
1,55
86,40
8,10
17,55
74,92
35,10
75,60
59,65
525,92
100
50
- 10
40
80
90
- 40
20
90
0
130
50
- 30
0
130
80
90
730
1 : 5,89
1 : 2S,3«
1 : 0,88
1 : 1,85
1 : 0,92
1 : 0,78
9 : 2,02
1 : 1,50
1 : 6,17
1 : 3,70
1 : 1,06
1 : 0,38
1 : 1,39
1
nÉPKESSIOIl DU BAnOHÉTRE MESURÉE PAR
DÉPRESSION
DE LA HER.
RAPPORT
CAM
atmosphérique
elU
DtPSESSIO.Y DE l'eau.
LA HAUTEUR
KUCDtl.
lA HAUTZUK
l'iau.
0,5
3,8
1,»
3,1
4,7
3,9
3,4
5,9
7,5
1,0
7,7
7,7
3,7
Sommet.
6,75
51,30
16,20
28,35
63,45
29,70
45,90
70,20
101,25
13,50
103,95
103,95
36,45
670,95
180
80
— 20
50
30
80
50
10
150
- 10
180
60
90
850
1 : 2,70
1 : 1,56
1 : 1,76
1 : 0,47
1 : 9,70
1 : 1,09
1 : 0,14
1 : 1,47
1 : 1,75
1 : 0,48
1 : 0,35
1 : 1,27
rm SUR LES VARIATIONS
102. M. Daussy a déduit de 150 observations faites à l'Orient, les
cinq groupes suivants :
HAUTEUR SIVEAU
DU BAROMÈTRE. MOYEN DE LA MER.
-anumraoo: 0f - — •* — ^^_— — — ^ — -»_^---.— ^ — ^
mm. m.
Olès é' gaJiortb iayiii 745,7 3,597
.; r .A,. 752,9 2,926
= ' Tp.noJaiK- 760,5 2,796
..'.;.v. ,.,.169,2 2,757 «
M. Bunt , en Angleterre ' et M. A.imé , à Alger * , ont fait des ob-
servations analogues. L'explication de ce phénomène par la direction
du vent, nous semble trop souvent contredite par les faits , comme le
remarque M. Hàllstrôm , pour qu'il en soit la seule cause. Il y en a une
autre plus capricieuse, plus brusque encore que les vents, c'est, sui-
vant nous, l'influence des actions électriques qui augmente ou diminue
la pesanteur sur un point mobile du globe. Ce point mobile obéit à
la pression nouvelle , tandis que le reste du globe y reste indifférent.
103. Nous avons maintenant à démontrer comment se fait la dis-
tribution électrique dans les vapeurs diurnes, qui sont répandues dans
l'espace qui sépare le globe terrestre du courant tropical ($§ 15, 16,
59, 81 ) , chargés l'un et l'autre de la même électricité résineuse.
On suspend une sphère A ( fig. 2) à une assez grande distance d'une
autre sphère B , toutes deux isolées. On les charge de la même élec-
tricité que nous supposerons être la résineuse. On prend un électro-
mètre C armé d'une tige recourbée à angle droit, longue de 4 à 5 dé-
cimètres et terminée par une boule de 7 à 8 centimètres de diamètre;
de cette manière, la plus grande partie de l'influence est produite sur
la boule. La platine de cet électromètre peut être ou ne pas être isolée,
• Comp. rend. ac. se. Paris, t. III, p. 136, et Connaissance des temps pour 1839, pages 114-127
des additions.
« Athaeneum, 1841 , n» 719, p. 594. 'loqoT i
' Comp. rend. ac. se. P., t. IX, p. 701.
BAROMÉTRIQUES. : T7
l'effet est le même à l'intensité près. Lorsque la platine communique
au sol , le jeu des armatures étant plus considérable , l'effet en est aug-
menté et dispense ainsi de l'emploi d'une tige d'une grande longueur
et d'une boule de fort diamètre.
104. On place la bouleenD, je suppose, en tenant en communi-
cation la tige £ et la platine F. Les feuilles tombent droites à zéro.
On descend ensuite l'instrument en G, il diverge aussitôt en donuant
un signe résineux dans les feuilles, ce qui démontre une tension vitrée
dans la boule. En remontant l'instrument , il revient à zéro , puis dans
un long espace entre D et I, il devient vitré et la boule résineuse. Enfin,
arrivé en K, il a repris son zéro , comme au point d'équilibration en D;
en L il redevient résineux et la boule vitrée. Plus on équilibre l'in-
strument près d'une sphère, plus l'espace résineux pour la boule, et
vitrée pour l'instrument augmente d'étendue , et plus la tension vitrée
de ce dernier acquiert d'énergie , correspondant à la tension résineuse
de la boule. C'est le contraire, si on équilibre l'électromètre au milieu
des sphères comme en 0. La tension vitrée devient considérable de
part et d'autre dans la boule , ou résineuse dans les feuilles d'or, et on
ne trouve plus de zone résineuse. En résumé , une masse de parti-
cules, formant un corps par leur réunion, ne peut changer de place
dans un tel espace sans qu'il y ait aussitôt une distribution nouvelle
d'électricité dans son étendue. L'infériorité de la conduction peut re-
tarder l'instantanéité de cette distribution , mais ne l'arrête jamais
complètement. On peut démontrer cette distribution de l'électricité ,
soit par des feuilles d'or collées sur la tige de cuivre, soit par l'expé-
rience suivante, qui est plus simple encore. On place dans l'intervalle
des globes (fig. 3) une tige de cuivre AB, isolée et terminée par de pe-
tites boules polies ; on charge les globes D et E d'électricité résineuse ,
sous cette double influence homogène, il se fait une nouvelle distri-
bution de l'électricité dans la tige. Pour reconnaître ce nouvel état
électrique de la tige, on touche l'extrémité supérieure A avec un plan
d'épreuve , et l'on reporte sur un électromètre voisin la charge qu'il a
prise : on reconnaît alors qu'elle est vitrée. On fait la même opération
78 SUR LES VARIATIONS
sur le bout inférieur B que l'on trouve également à l'état vitré ; le
milieu C de la tige, au contraire, est trouvé chargé d'électricité
résineuse, et enfin, on rencontre deux points neutres F et G , qui ne
donnent aucun signe électrique.
105. Ces expériences démontrent que sous la double influence ré-
sineuse de la terre et du courant tropical, les vapeurs inférieures
deviennent vitrées , ainsi que les supérieures, et qu'il y a dans l'espace
intermédiaire des vapeurs qui ont recueilli l'électricité résineuse , re-
poussée de chaque côté. Ces trois états des vapeurs diurnes , se mani-
festent presque chaque jour à la vue : la blancheur des cirrhi , ou des
cumuli supérieurs, indique leur état vitré, comme la couleur plombée
des strates moyens indique leur état résineux; enfin, les brouillards
blancs qui touchent au sol , manifestent leur tension vitrée à la vue et
à l'électromètre. Lorsque les vapeurs inférieures n'ont pas une opacité
assez grande pour être visibles, l'électromètre suffit pour indiquer
une augmentation de tension vitrée, au moment de leur conden-
sation.
106. Cet effet de l'influence résineuse de haut en bas que nous ve-
nons de démontrer , se fait sentir également en s'élevant sur les hautes
cimes des montagnes. Ces cimes sont de véritables pointes attachées à
un corps électrisé, et comme telles , elles obéissent à toutes les in-
fluences qui agissent sur les pointes des conducteurs. La variation de
leur tension électrique correspond à l'acuité et à l'isolement de leurs
sommités : aussi les phénomènes électriques sur la cime des monta-
gnes ont-ils des amplitudes de perturbations et d'oscillations , dont
on ne peut se faire aucune idée dans les plaines; les signes électriques
passent avec une rapidité extrême d'une puissante tension résineuse
à une puissante tension vitrée , et il faut des instruments de tous les
degrés de sensibilité, depuis les plus délicats jusqu'aux plus résistants,
pour répondre à toutes les tensions, passant d'une extrémité à l'autre
et par tous les degrés possibles sous l'influence des passages successifs
des nuages gris à la suite des nuages blancs , ou d'un nuage transpa-
rent résineux à la suite d'un nuage transparent vitré. Mais, en dehors
BAROMÉTRIQUES. W
de ces causes locales , limitées , rapprochées plus ou moins des cimes ,
lorsque l'atmosphère supérieure est pure, que l'influence du courant
tropical fait seule sentir sa réaction résineuse de haut en bas, sur les
pointes qui dépassent 2,500 mètres d'élévation, alors les signes vitrés
d'un électromètre qu'on lève d'un mètre ou deux, je suppose, sont
peu supérieurs à ceux qu'on trouve dans un lieu bien découvert au
milieu d'une plaine ; l'influence résineuse du courant supérieur rem-
place l'influence résineuse latérale du globe sur la boule de l'électro-
mètre, et y atténue la coercition résineuse que le globe y développe.
Si l'on s'élève plus haut, si l'on se rapproche encore du courant tro-
pical , si l'on parvient à une cime de 4,000 mètres et plus , l'influence
du globe de bas en haut est de plus contre-balancée par celle de haut
en bas du courant tropical , et le signe électrique devient inférieur sur
ces sommités à celui des plaines, comme Saussure l'a observé dans
son ascension à la cime du Mont-Blanc ' . Trois ou quatre cents mètres
plus haut , on toucherait à la ligne du zéro des deux influences.
107. Les vapeurs diurnes qui se répandent dans l'espace limité
par la surface du globe et le courant tropical, éprouvent dans le
cours de la journée et de la nuit toutes les altérations que peuvent
leur faire subir les changements de la température , de la pesanteur,
de leur conductibilité électrique et de leurs transformations en va-
peurs globulaires, ou de celles-ci en vapeurs élastiques. Ces alterna-
tives se répètent chaque jour avec des intensités différentes, suivant
l'état du ciel , les vents et les saisons. C'est donc dans cet espace limité,
ayant sa plus grande hauteur entre les tropiques et ses plus minimes
dimensions vers les pôles, que se passent les phénomènes météorolo-
giques les plus ordinaires et les plus influents sur les végétaux , sur
les animaux et sur l'homme. Cet espace, qui peut s'étendre jusqu'à 8
ou 10,000 mètres à l'équateur, qui dépasse peu 5 à 6,000 mètres
au 45""^ degré, et qui s'éteint sur le sol près des pôles, varie beaucoup
de hauteur dans les régions tempérées et froides , suivant la marche
' Voyages dans les Alpes , § âObS. li 4iiU{t^
i9(i SUR LES VARIATIONS
du soleil. Il est à son maximum d'étendue dans un hémisphère, lors-
que le soleil est à son solstice d'été , et il est à son minimum , lorsque
le soleil est à son solstice d'hiver. A mesure qu'on s'élève, et qu'on se
place au-dessus d'une plus grande masse de vapeurs diurnes, on do-
mine les causes perturbatrices journalières, et l'oscillation horaire di-
minue ; on pourrait dire qu'au 45^ degré, il n'existe plus d'oscillations
diurnes tropicales au delà de 4,000 mètres, sur une crête de monta-
gne bien isolée, parce que les vapeurs de la journée atteignent rare-
ment cette hauteur en quantité suffisante, pour reproduire d'une
manière sensible les variations régulières observées au-dessous de
leurs masses inférieures.
108. La vapeur et l'air changeant de densité et de poids, suivant
leur état électrique, la pression générale croît ou diminue, sans qu'il
puisse y avoir ni reflux, ni flux atmosphérique, pour en contre-ba-
lancer l'effet. La pression augmentée y est entière et durable, tant
que l'attraction qui l'a produite y persiste , tant qu'elle y maintient la
plus grande quantité de vapeur et d'air propre à contre-balancer sa
puissance : la pression amoindrie y est tout aussi durable , tant que
dure la répulsion qui a diminué le nombre de molécules de l'air. L'at-
mosphère y devient plus dense ou moins dense , selon que la force
locale attire ou repousse les vapeurs et l'air, chargés d'électricité.
109. Tel n'est point l'eflet de la condensation ou de la dilatation
de l'atmosphère , par des différences de température. Dans ce cas , l'é-
quilibre est un résultat de la seule pesanteur , et cet équilibre s'éta-
blit par une plus grande épaisseur dans les couches dilatées, ou par
une moindre épaisseur dans les couches condensées : aucune autre
force ne vient altérer cette égalité de poids, ni ne retient une portion
de l'atmosphère plus condensée et plus pesante dans une région : tout
s'équilibre d'après le poids inerte de l'atmosphère , tout suit les lois
de l'hydrostatique. Ainsi , la pression est plus grande ou moins grande
dans une région , parce qu'il existe dans cette région une plus grande
attraction électrique entre les vapeurs et le globe , ou parce qu'il y
existe une plus grande répulsion. Cette différence varie et change de
BAROMÉTRIQUES. 81
région avec les changements d'état de ces vapeurs, ou leur transport
dans d'autres contrées. Ce sont ces différences entre la densité de l'air
et la pression réelle de l'atmosphère, qui mettent souvent en désac-
cord l'ancien manomètre de Boy le et le baromètre. C'est la marche
des vapeurs électrisées qui transporte dans différentes régions les
variations dans la pression atmosphérique ; c'est le déplacement de
cette pression électrique qu'on a nommé vague barométrique.
110. Lorsque l'on compare les moments de l'élévation et de l'abais-
sement du baromètre avec la hauteur du thermomètre, on trouve
que la température y joue un si faible rôle, qu'on peut la négliger
sans erreur sensible, et qu'elle laisse à l'action électrique toute sa pré-
dominance sur ce phénomène. Les expériences et les observations
suivantes corroboreront ce que nous avançons. Dans le mois de juillet
1827, le capitaine Basil Hall mesura la pression atmosphérique près
et au-dessous de la chute du Niagara. A 50 mètres de distance, il
trouva TôS^^^jS?; ij retrouva la même pression à 4 mètres; enfin , au-
dessous de la lame d'eau, il trouva 754™n»,63. Cette dernière station
était d'environ 3"»,5 au-dessous des précédentes ; il y régnait un vent
d'une violence extrême , s'élevant obliquement du petit lac inférieur
et allant frapper le dessous du rocher, d'où la rivière se précipitait.
Cette violence du vent était telle , que ce navigateur déclare qu'elle
surpassait les plus forts coups de vent qu'il eût éprouvés dans les
diverses parties du monde. Ainsi , la pression qui aurait dû être de
754""»,22 , n'était augmentée que de 0'n'n,41 sous cette double im-
pulsion du vent ascendant et de son remous '.
111. J'ai brasé à la partie inférieure d'un tuyau de poêle en cuivre ,
un petit tube de 10 millimètres de diamètre, qui communiquait avec
l'intérieur : à ce petit tube en était joint un autre qui s'ajustait sur le
bout libre d'un sympiézomètre ou gros thermomètre à air. Un indice
placé dans le tube horizontal du sympiézomètre indiquait les plus pe-
tites variations dans la pression ; la sensibilité de l'instrument était
• Americ. journ., Silliraan, 1828, roi. XIII, p. 36^67.
ToM. XVIII. H
«2 SUR LES VARIATIONS
deux cents fois environ plus grande que celle d'un baromètre, c'est-à-
dire , qu'une pression d'un millimètre de mercure faisait marcher l'in-
dex de 200 millimètres. La longueur totale du tuyau du poêle était de
18 mètres; un couple thermo-électrique placé à l'origine, indiquait
la température de l'air ascendant qui y était renfermé; un feu bien
entretenu donna un courant d'air chaud de 130 degrés centigrades à
l'orifice du petit tube et de 10 degrés à sa sortie supérieure: la tempé-
rature de l'air était ce jour-là + 1° c. Lorsque le tube latéral était dé-
bouché, la flamme d'une bougie placée à son orifice y était rapidement
attirée. En établissant la communication avec le sympiézomètre , la
pression diminua de 7 à 8 millimètres, c'est-à-dire, de 0™™,04 de la
colonne barométrique. On voit que la pression, dans un tuyau bien
clos latéralement, à parois chaudes, n'ayant d'ouverture qu'à l'entrée
et à la sortie , et dont la température moyenne de l'air intérieur était
de 70 degrés, la pression , disons-nous, n'a diminué que de 0™",04,
tandis que sa légèreté spécifique donne 0°™,45. N(jus allons voir main-
tenant que la différence de pression a disparu aussitôt qu'on a mis la
colonne intérieure d'air chaud en communication avec l'air extérieur.
112. Un second petit tube de même diamètre ( 1 0*"'" ) avait été soudé
à un mètre 60 centimètres de distance verticale du premier; son ou-
verture fut tenue bouchée pendant tout le temps que dura l'expérience
précédente. Mais lorsque la pression intérieure du tuyau bien clos
latéralement eut acquis de la stabilité, on déboucha le petit tube; on
vit aussitôt l'index reculer de 0™»",5 environ. Ainsi cette toute petite
ouverture rendait déjà à la pression totale le seizième de ce que
l'ascension de l'air chaud lui avait fait perdre. Au lieu de n'ouvrir
qu'un trou de lO"""" de diamètre, je séparai ensuite, près de ce petit
tube, les deux bouts du tuyau du poêle, de manière à laisser un in-
tervalle d'un centimètre : la pression fit remonter l'index de 2,5 divi-
sions dans le sympiézomètre, qui en marquait 8 pendant la clôture
complète du tuyau. En donnant deux centimètres d'écartement aux
tuyaux , l'index remonta de 4 divisions, la moitié de ce qui était pro-
duit par une fermeture entière.
BAROMÉTRIQUES. 83
En reproduisant ces deux anneaux ouverts d'nn et de deux centimè-
tres au bas du tuyau , à 8 centimètres au-dessus du sympiézomètre^
l'index remonta dans le premier cas de 6 divisions , et dans le second
il remonta de 7 divisions sur 8. Enfin , en mettant en communication
le tube de jonction du thermomètre à air avec l'anneau libre de 2 cen-
timètres, à peine voyait on une légère oscillation dans l'index '.
113. La seule conséquence qu'on puisse tirer de ces expériences,
c'est qu'il faut que la colonne ascendante soit renfermée dans un tube
à parois rigides, pour que la pression en soit diminuée; aussitôt
que ta plus petite ouverture sur la paroi met en communication la
colonne ascendante avec l'air extérieur , la pression augmente beau-
coup , et il n'a fallu qu'une ouverture horizontale de 2 à 3 centimètres
de hauteur au bas d'un tuyau de 18 mètres, pour que la pression de-
vînt égale à celle de l'extérieur. Il n'est donc pas possible qu'une
colonne d'air ascendante, libre au milieu de l'atmosphère, puisse ja-
mais produire ces grandes dépressions qu'on remarque si souvent dans
les mois d'automne et de l'hiver, à l'époque où l'amplitude des écar-
tements de la température est au minimum' .
t
CHAPITRE VU.
EXPÉHIEWCES ET OBSERVATIONS SDR LA FORMATION ET LA TRANSFORMATION DES
VAPEURS SOUS l'influence DES TENSIONS ELECTRIQUES.
1 1 4. Dans le X^ chapitre de mes recherches sur les causes qui con-
courent à la formation des trombes, j'ai démontré par expérience l'in-
' L'idée de l'inQuence des vents sur le baromètre est une des plus anciennes; on la trouve repro-
duite dans un grand nombre de mémoires depuis 16C0 jusqu'à De Luc, et l'on voit Hauskbée, qui
admettait cette cause, bâte une expérience pour en appuyer la théorie. [Phil. trans., 1704 , rf 993.
art. 2, ou Expér. phys. math., chap. III, art. 7.)
* En 1773, M. H. EngleGel n'a obtenu des puissantes ondes sonores d'une des cloches de
S^-Gudule de Bruxelles, qu'une amplitude d'oscillation de 0'""',26, dans le maximum du mouve-
ment isochrone.
84 SUR LES VARIATIONS
fluence des tensions électriques sur la formation des vapeurs ; je renvoie
à cet ouvrage pour les détails, je ne ferai ici qu'en rappeler les résultats.
On isole un vase rempli d'eau chaude, ou mieux encore de résine fon-
due; on le place au-dessous d'un pinceau de fils métalliques également
isolé, et l'on dispose des conducteurs de manière à rendre à volonté le
vase vitré ou résineux, en même temps qu'on rend le pinceau métalli-
que résineux ou vitré. Si l'eau chaude ou la résine fondue est vitrée et
le pinceau résineux , la vapeur produite est triplée et même quadru-
plée; elle s'élève et enveloppe sans beaucoup d'agitation le pinceau
résineux. Si ce dernier est vitré et le vase résineux , la vapeur émise
est moindre que dans le cas précédent , et elle est chassée de haut en
bas, comme si elle était poussée par un vent ayant cette direction.
Lorsque l'on voit la fumée sortir d'une cheminée et se rabattre vers le
sol, pendant un temps froid et une haute pression, on peut en con-
clure que la vapeur de l'atmosphère est fortement vitrée et qu'elle
rayonne de haut en bas avec énergie. C'est une observation qu'on peut
faire facilement pendant les brouillards vitrés, comme étaient ceux
qui ont eu lieu du l^i au 6 décembre 1842. Sous cette influence, le
tirage en est diminué, et les cheminées fument dans les appartements.
115. Le capitaine Parry fit une observation de cette nature le 19
décembre 1822. Il fut fort surpris de voir la fumée descendre vers la
mer, la température étant à — 35° c, le baromètre à 762""°,47, le
temps beau et le vent modéré NNE. Il vit le même phénomène le
28 suivant, la température étant à — 36°, 1 c, et le baromètre à
753""",44 '. S'il eût interrogé l'électricité atmosphérique, il l'eût
trouvée excessivement vitrée.
116. On peut juger encore de la tension électrique supérieure par
la rapidité avec laquelle les nuages opaques repassent à l'état de va-
peur élastique : cette rapidité de la révaporation des nuages étant un
phénomène qui se reproduit souvent, j'ai voulu connaître s'il n'était
pas dû à l'influence électrique.
* Deuxième voyage, pages 384 et 38S.
BAROMÉTRIQUES. 8||^
J'ai produit un courant de vapeur au moyen d'un vase clos remplit
d'eau aux deux tiers, et d'une lampe à alcool placée au-dessous (fig. 4-5)/
La vapeur sortait par un tube latéral assez long pour éviter l'action
extérieure du courant d'air chaud provenant de la lampe : le tout est
isolé sur des gâteaux de résine. On électrise l'appareil et on présente
un pinceau métallique à 2 ou 3 décimètres de l'orifice. Si l'appareil est
chargé d'électricité vitrée (fig. 4) , la vapeur opaque qui sort parait
diminuer, et si son abondance est modérée, et l'air sec, elle disparait
entièrement. Cette disparition n'est qu'appureute; elle provient de ce
qu'une grande portion repasse à l'état de vapeur élastique, et devient
invisible; c'est ce qui simule une diminution dans la production de
la vapeur du bouilleur, erreur d'autant plus grande que la production
en est réellement augmentée, comme on peut s'en assurer avec une
boule polie'. Si l'appareil est chargé d'électricité résineuse (fig. 5),
une portion repasse bien encore à l'état de fluide élastique , mais cette
portion est de beaucoup plus faible, et le reste de la vapeur opaque
est repoussé par le rayonnement vitré qui sort du pinceau en regard ;
elle rétrograde vers son propre bouilleur.
L'expérience est plus curieuse et plus démonstrative encore, en
faisant agir les vapeurs opposées de deux bouilleurs (fig 9). La vapeur
du bouilleur vitré sort avec rapidité, accompagnée de projections d'un
blanc nacré et démontre par sa ténuité qu'une partie est transformée à
l'état de fluide élastique : elle s'avance en ligne droite sur la vapeur sor-
tant du bouilleur résineux qu'elle repousse et qu'elle force à rétrograder.
* An lieu d'un faisceau de pointes, si l'on présente une sphère métallique bien polie et non vernie,
d'un diamètre assez grand, l'effet produit est tout différent. Si le bouilleur est vitré {fig. 6), la
vapeur plus attirée en masse repasse moins à l'état de fluide élastique; elle s'élance en colonne
dense, moutonnée et blanchâtre, elle est plus considérable et marche plus vite qu'à l'état neutre. Si
le bouilleur au contraire est résineux {fig. 7), la colonne de vapeur est plus ténue, plus filamen-
teuse et grisâtre.
Si l'on fait agir l'influence statique d'une sphère sur l'extrémité d'une colonne liquide horizon-
tale, à la température ordinaire, et qui a son ménisque vertical et saillant, toute la colonne est
attirée et elle avance de plusieurs centimètres dans le tube {fig. 8). Le fait suivant est extrait des
nombreuses observations de M. le comte Gasparin : sous l'influence de gros cumuli, l'évaporation
comparée à l'état normal s'est accrue : : 0,30 : 2,20; c'est-à-dire, qu'elle a septuplé.
m SUR LES VARIATIONS
117. Lorsqu on ne veut connaître que l'influence du rayonnement
électrique sur la quantité de vapeur produite , l'eau n'est pas la sub-
stance que l'on doit prendre pour faire cette expérience. Sa vapeur
repasse trop facilement à l'état de fluide élastique, et en cessant d'être
visible^ elle induit en erreur sur la quantité réelle; il est préférable
de faire bouillir de la résine, dont la fumée est plus sèche et moins
transformable. Uneautre considération se joint au fait précédent pour
préférer la résine à l'eau, lorsqu'il ne s'agit que de constater l'augmen-
tation de la vapeur sous l'influence électrique; c'est que la vapeur
d'eau, attirée jusqu'au contact du faisceau métallique, s'y condense;
elle le mouille ; une partie de cette eau déposée repasse à l'état de fluide
élastique et transporte son électricité nouvelle vers le vase produc-
teur et s'y neutralise. Cette neutralisation partielle de l'électricité du
vase diminue d'autant la puissance électrique sur l'évaporation.
118. Ces transformations électriques sont très-communes dans la
nature, et se reproduisent avec rapidité et énergie autour du sommet
des hautes montagnes. Dans les plaines, il est moins apparent et il ne
se présente pas toujours sensible aux yeux; mais en se servant d'un
électromètre , on le retrouve chaque fois que la vapeur de la journée
se condense en brouillard , quelque léger qu'il soit.
Dès l'instant qu'on a bien constaté que tous les nuages blancs sont
dans un état de tension vitrée , et que tous les nuages gris sont dans un
état de tension résineuse, on n'a plus besoin d'électromètre pour suivre
ces transformations; la couleur l'indique et donne le moyen de les
suivre de loin.
119. Lorsqu'une puissante tension vitrée domine la cime d'une
haute montagne, cette cime prend une tension résineuse correspon-
dante et il s'établit un rayonnement électrique entre cette cime et le
nuage superposé , transparent ou opaque. Le rayonnement électrique
ne s'opérant que par le transport de matière pondérable, c'est l'humi-
dité des flancs de la montagne, comme la substance la plus vaporisa-
ble, qui en fournit le véhicule. Si la tension est grande et l'humidité
de la roche peu considérable, la vapeur élastique qui s'en dégage
BAROMÉTRIQUES. 87
étant fortement chargée d'électricité contraire, est transportée rapi-
dement jusqu'au nuage où elle se neutralise, sans avoir subi dans sa
route une condensation suffisante pour prendre la forme globulaire.
C'est ce qui arrive aux vapeurs qui s'échappent des sommités mômes
des montagnes, où le rayonnement est le plus actif et l'humidité plus
faible. Mais sur les parois placées à quelque distance du sommet, dans
la zone où l'écoulement des eaux supérieures maintient une grande
humidité, où la température est moins basse, l'évaporation y est facile ;
elle y est plus abondante; la vapeur s'y forme sous l'influence d'une
attraction électrique moins vive; aussi, à peine est-elle disséminée
dans l'air ambiant, qu'elle se globulise par le refroidissement et ac-
quiert une meilleure conduction électrique. Au lieu de l'isolement des
vapeurs élastiques, qui obligeait chacune des particules d'aller se neu-
traliser au contact du nuage supérieur, c'est l'électricité même attirée
qui se propage vers la périphérie du nouveau nuage conducteur, et c'est
de cette portion qu'elle rayonne vers la nue supérieure, en faisant pas-
ser la vapeur opaque à l'état de vapeur élastique; ce n'est plus la molé-
cule de vapeur sortie du flanc de la montagne qui transporte sa charge
électrique, une portion de son électricité l'abandonne au moyen de la
conduction acquise, et c'est la molécule élastique nouvelle, formée sur
la bande périphérique, qui emporte cette surcharge électrique vers le
nuage supérieur.
120. Cette distribution nouvelle de l'électricité dans les vapeurs qui
sortent des flancs des hautes montagnes, s'apprécie très-bien à la cou-
leur que prend leur masse. L'influence vitrée du nuage dominant,
rendant plus résineux le bord supérieur du nuage placé au-dessous, il
devient plus gris que le centre; l'évaporation, activée par cette in-
fluence , fait disparaître la première bande grise et sa grande tension
résineuse; elle est immédiatement suivie d'une seconde bande grise
formée comme la première au détriment de la tension résineuse de la
masse du nuage.
121 . On croit généralement que la couleur foncée des nuages infé-
rieurs est due à l'ombre projetée sur eux par les nuages supérieurs ,
8» SUR LES VARIATIONS
parce que très-souvent ces strates gris et ardoisés suivent les cumuli
blancs supérieurs ; mais il arrive très-souvent que les nuages gris sont
seuls, que les cumuli blancs sont repassés à l'état de fluide élastique et
ont laissé dans l'espace inférieur les parasites qui les suivaient; c'est
principalement du milieu de la nuit au lever du soleil, qu'on trouve le
plus de ces plaques plombées, sans aucun autre nuage ; nous les avons
montrées à M. Bravais, professeur d'astronomie à la faculté de Lyon,
le 5 août 1842, quelques instants avant le lever du soleil, étant sur
le Faulhorn. Ces plaques ardoisées tranchaient complètement sur le
ciel pur, et plusieurs se trouvaient au milieu de la vive coloration de
l'aurore, sans y perdre leurs teintes sombres.
122. A mesure que le rebord gris du nuage se vaporise et se re-
forme par l'arrivée d'autres vapeurs, on voit blanchir le centre du
nuage, on le voit prendre la teinte blanche d'autant plus prompte-
ment , que l'évaporation des stries grises a marché elle-même plus
rapidement. Lorsque toute la masse est devenue à peu près blanche ,
le fumage gris s'arrête et souvent de grosses portions blanches du
nuage se séparent de la montagne et suivent le cours du vent; d'autres
fois, il reste accroché à la montagne sans augmenter ni diminuer
de volume. L'effet est inverse si un nuage gris domine la montagne ;
les flancs de cette dernière fument une vapeur blanche dont la pé-
riphérie possède un blanc plus éblouissant que le reste ; cette péri-
phérie se divise en stries; elle se vaporise aussi, puis elle est remplacée
par d'autres, et ainsi de suite. Pendant l'évaporation des stries ar-
gentées, le centre devient gris, peu à peu tout le nuage le devient
et le phénomène s'arrête , pour recommencer encore un peu plus
tard , lorsque le sommet sera débarrassé de son nuage ou lorsque
les influences supérieures auront changé de nature. Ce jeu des in-
fluences électriques se répète un grand nombre de fois chaque jour
autour des flancs des hautes montagnes ; il ne se passe pas d'heure
qui n'ait un phénomène de cette nature, sur l'une des cimes qui
vous entourent, lorsque vous êtes au milieu de la chaîne des Alpes '.
* De Luc s'étonne souvent dans la troisième partie de ses Idées sur la météorologie, de la for-
BAROMÉTRIQUES. 9»
123. Ces transformations sont faciles à comprendre lorsque l'on
connaît les effets des influences électriques : on reconnaît que ce sont
des produits de l'évaporation que ces dernières provoquent sur le»
flancs de la montagne et à la périphérie du nuage qui en sort, de la
basse température de l'air et de l'humidité près du point de satura-
tion; enfin la demi-conduction des yapeurs, auxquelles il faut un
temps assez long pour obéir aux nouvelles distributions électriques ^
coopère aussi au phénomène général.
124. On n'a pas dans les plaines l'avantage de voir se reproduire
ce phénomène avec cette rapidité ni avec cette intensité d'action ; il
n'y a qu'au-dessus des montagnes que l'on peut trouver cette énergie
suffisante dans les influences électriques. Les montagnes sont à la terre
ce que les pointes sont aux conducteurs électriques, la puissance de
la tension , comme celle de leur rayonnement , est en raison de leur
isolement et de leurs aspérités.
Mais pour être privé de ces grandes tensions dans les plaines , le
phénomène ne s'y montre pas moins , quoique sur une plus petite
échelle ; on peut le constater au moyen des instruments électrosco-
piques.
125. Les couches inférieures de l'atmosphère , celles qui s'éten-
dent jusqu'à 2 et 3,000 mètres, étant les plus humides et les plus
soumises à l'action incessante du globe , c'est dans leur épaisseur que
s'opèrent les changements les plus considérables, et les influences
électriques agissent avec le plus d'énergie. Leur densité variant avec
ces influences, la pression inférieure en éprouvera des perturbations
qui ne pourront atteindre le sommet des montagnes et seront la
cause de ces différences de pression que tous les observateurs ont
signalées. Pour comprendre toute cette influence, il suffit de suivre la
marche du baromètre pendant la formation et la durée d'un brouil-
luation «les vapeurs opques sur le flanc des montagnes, au milieu d'une atmosphère non saturée
d'huiiiidité; cii cll'et, ce phénomène était resté sans explication possible en dehors de la cause puis-
sante de l'influence électrique. (Voyez mon premier Mémoire dans le H' numéro des Archive» de
téUxlrkilé.)
ToM. XVIII. 12
m SUR LES VARIATIONS
lard vitré : il monte aussitôt que la vapeur se condense et s'opalise ,
et il descend lorsque le brouillard se résout'. Depuis Bernouilli et
de Saussure^ jusqu'en ces derniers temps, l'inégalité des marches du
baromètre dans les hautes et les basses stations a été l'objet de beau-
coup de recherches, sans qu'on parvienne à expliquer toutes les dis-
cordances. Souvent même l'opposition dans la pression se fait sentir
dans des lieux peu distants, comme le prouvent les variations obser-
vées le 22 et le 23 septembre 1841 en Angleterre par M. W. Birt,
depuis Sandwich jusqu'à South- Walsham. On voit la courbe monter
à Porstmouth, marcher droite à Londres et descendre à Twaite , pen-
dant les mêmes heures \
126. Nous terminerons ce chapitre par quelques observations. Le
9 mars 1842, à midi, le baromètre réduit était à 155^^,11. A partir
de ce moment , il commença à descendre et atteignit 741™™ le 10, à
3 h. du matin. Peu après il reprit son mouvement ascensionnel , et à
3 h. de l'après-midi il était monté à 756™™. Ce fut principalement
dans la nuit que sa marche fut le plus rapide, car de 10 à 11 h. du
soir, il descendit de 2™™,3, tandis qu'il remonta de la même quantité
de 6 h. 30' à 7 h. 30' du matin, et de 5™™ de 8 h. 40' à midi. Ainsi,
c'est pendant la fraîcheur de la nuit (8°) qu'il descendit le plus, et
c'est pendant une température de plus de 15° qu'il monta rapidement.
C'est dans cette nuit qu'il y eut des bourrasques d'une grande violence
et des sinistres nombreux le long des côtes de la Manche. Le 23 jan-
vier 1842, sous une température assez égale de 3 à S*', le baromètre
* Pendant la grande perturbation atmosphérique du mois de janvier d843, M. Crahay, profes-
seur de physique à l'université de Louvain , nota soigneusement l'aspect du ciel. On remarque
dans le tableau qu'il en fit que, lorsque le baromètre montait, il régnait un brouillard ou il tom-
bait de la neige sans mélange de grésil , il ne régnait alors qu'un vent faible ou médiocre. Lorsque
le baromètre baissait au contraire , il n'y avait aucun brouillard , il y avait du grésil ou le vent
était tempétueux. Les extrêmes de la température à Louvain furent, d'après ce savant physicien,
pendant le mois de janvier, -t-H°,6 le 29, et — 3°,4 dans les nuits du 3 au 4 et du 2i au 22.
Bull, de ïac. roy. de Brux., t. X, d843, p. 86.
* Voyage aux Alpes, § id23.
s Athaeneum, 1841, n" 739, p. 993.
BAROMÉTRIQUES. «>
descendit à 741'n"»,3, et peu de jours après , le 3 février , sous une tem-
pérature de 5 à 7°, il était monté à 768'""i,8.
127. IN ous pourrions multiplier les citations, mais il suffit d'inter-
roger les tableaux d'observations des recueils scientiBques, pour en
trouver une foule de semblables. Il est fâcheux que les signes électri-
ques soient omis presque partout; c'est une lacune qui disparaîtra,
nous l'espérons , lorsqu'on connaîtra mieux la manière d'interroger
la tension électrique avec un instrument véritablement mesureur.
128. Parmi les recueils qu'il faut souvent avoir sous les yeux, les
Mémoires de lacadémie royale de Bruxelles tiennent le premier
rang; M. Quetelet, secrétaire perpétuel de cette académie, a rassem-
blé et coordonné avec un rare mérite les documents les plus précieux
pour la météorologie, et l'académie les a fait imprimer et distribuer
avec une générosité qui lui attire la reconnaissance des hommes de
science. En consultant ces précieux documents , on trouve souvent
des différences considérables entre des lieux rapprochés , que ne peu-
vent expliquer ni la différence de la température, ni la différence de
l'humidité. Nous citerons celle observée entre Munich, Prague et
Breslau, au solstice d'hiver de 1841 '. Le baromètre monta de 10™'",2
dans la première de ces villes, de 6°"",7 dans la seconde, et après avoir
monté de 4'"">,8 dans la troisième, il n'était plus, à 6 h. du soir du
22 décembre, que de 2™",87. Lemberg, Cracovieet Varsovie n'eurent
que des oscillations fort limitées. La température n'était pour rien
dans ces variations; à Munich elle était de — 1» c. lorsque le baromè-
tre était bas, et après quelques oscillations, elle remonta à + lo,7 c.
pendant que le baromètre atteignait son maximum de 713">'n,l. La
température n'oscilla aussi à Prague qu'entre -|- 3*^,7 et 5o,4c., et à
Breslau entre + 1",9 et 5" centig. Groningue et Leuwarden eurent
une marche descendante pendant ces 36 heures, tandis que de Londres
à Florence elle fut ascendante, et elle fut incertaine à Amsterdam et
à Utrecht. Les hygromètres n'indiquèrent pas plus la cause de ces
' Mémoires de Cacad. de Bruxellet, t. XV.
M? SUR LES VARIATIONS
différences qwe la température ; leurs oscillations furent complètement
insignifiantes.
129. En comparant l'état du ciel avec la marche du baromètre, on
trouve des corrélations que n'offrent pas la température et l'humidité.
Quoique ces observations soient privées d'un auxiliaire précieux,
celui de la tension électrique, et que l'état de l'atmosphère inférieure
ne soit pas toujours assez, circonstancié, nous trouvons cependant que
c'est dans les localités où le brouillard est noté que la marche du ba-
romètre est ascendante ; qu'elle s'arrête ou se ralentit lorsqu'il n'est
plus énoncé. D'après les observations anciennes et les nôtres, comme
le brouillard le plus ordinaire est vitré, l'indication de son existence
remplace pour nous une partie de ce qui manque aux signes électri-
ques. Mon registre d'observations du 21 et du 22 décembre 1841, donne
une tension vitrée au brouillard tout faible qu'il était ; cette tension
monta de 27° à 481 degrés proportionnels du 21 au 22.
130. Un des soins indispensables pour l'appréciation des phénomè-
nes météorologiques, est l'indication des rangs superposés des nuages
ou vapeurs ; car il arrive souvent que nos instruments , obéissant ser-
vilement aux influences voisines des strates gris inférieurs, sont en
désaccord avec le baromètre, qui est un instrument de totalité. C'est
ce qui est arrivé à l'équinoxe du printemps de 1842. La portion infé-
rieure de l'atmosphère était souvent traversée par des nuages gris et
résineux , tandis que la portion supérieure était parsemée et remplie
de nuages blancs.
131. Si nous consultons les tables de l'équinoxe d'automne de
1841, nous retrouverons encore l'indifférence de la température et
de l'humidité dans la marche descendante du baromètre de cette
époque.
Mais il y a plus , cette marche fut contraire à ce qu'elle est le plus
souvent en la comparant aux vents. Ainsi, à Paris, elle était des-
cendante pendant un vent d'E. et SE., et montait pendant un vent
d'O. et de SO. Il en fut de même à Bruxelles, où le baromètre des-
cendit sous un vent du NE. et de l'E., et ne se releva quelque peu
BAROMÉTRIQUES. 08
que lorsqu'il tourna. A Groningue, à Franeker, à Greenwich, où les
vents furent presque toujours dans le rumb de l'E. , c'est là que le
baromètre descendit le plus directement. A Groningue et Franeker,
le ciel fut presque toujours serein , à Greenwich il fut presque tou-
jours couvert et fut accompagné de pluie et de coups de vent '. En
parcourant ainsi les divers tableaux, nous trouverions dans tous des
variations inexplicables , si on en cherche la solution dans la tempé-
rature, la seule humidité, le vent et l'aspect du ciel.
1 32. En appliquant les données précédentes aux diverses contrées ,
aux saisons et aux heures , on en tire directement des conséquences
que l'observation confirme.
La pression doit diminuer et diminue en effet dans les contrées
qui reçoivent une grande quantité de vapeurs résineuses primitives
que les vents leur apportent , ou qui en produisent beaucoup. C'est
pour cela que Madère , au milieu de l'Océan , au 32<^ degré 30' de
latitude, a une pression de 765™'", 177; elle est plus basse que celle
de Tripoli, qui est de 767""",41 , à peu près à la même latitude,
mais qui ne reçoit les vents du S. et de l'O., qu'après qu'ils ont tra-
versé de grands espaces du continent africain.
133. Cette différence de pression sous une même latitude n'est pas
spéciale aux pays chauds ; on la retrouve jusque dans les latitudes
élevées. Bergen et la baie de Hardanger , au 60« degré de latitude ,
sur la côte de la Norwège, soumis du côté de la mer aux vents du
S. et d'O., ont une pression de 752'"™,0, tandis qu'à S*-Pétersbourg ,
au fond d'un golfe étroit, presqu'au milieu des terres, la pression y
est 759"»»,967 \
134. Il eu est de même pour la marche du baromètre pendant
le cours de l'année , suivant la position des pays , relativement aux
vents chargés de vapeurs primitives : la moyenne barométrique
diminue des mois d'hiver aux mois d'été, si les vapeurs apportées
* Tome VIII du Bulletin de tacad. roy. de Bruxelles.
* Voyez le mémoire de M. Schoaw, dans les Annales de chimie et de phys., t. LUI, et V Atlas phy-
sique de M. Berghauss , pages 58 et suivantes.
9à SUR LES VARIATIONS
par ces vents ont subi peu d'altérations dans leurs charges électri-
ques; cette marche s'observe à Madras, Alep, Nîmes, S*-Pétersbourg ,
Abc, etc.; tandis que dans les pays qui ne reçoivent ces courants
que lorsque les vapeurs ont subi des transformations par l'in-
fluence électrique du globe , la moyenne augmente des mois d'hiver
aux mois d'été, comme on l'observe à Mont-Louis, Arles, Lausanne,
Berne, etc., etc. \
%*■ ■ . . .M- i
CHAPITRE Vin.
DE LA COMPLICATION DES PHENOMENES PENDANT LE COURS DE LA JOURNEE.
135. Nous avons rappelé $ 116 que lorsqu'un corps vaporisable
possède une tension électrique différente de celle du milieu ambiant
ou d'un corps voisin, l'évaporation produite à sa surface n'est plus
simplement proportionnelle à sa température ; elle augmente de tout
ce que peut produire la nouvelle force d'attraction; on peut facile-
ment la décupler. Le matin, au lever du soleil, on trouve que la sur-
face du globe donne une tension résineuse notable, qui augmente
encore pendant les deux ou trois heures suivantes Elle atteint son
premier maximum vers les 9 ou 10 h., et descend ensuite jusque vers
les 3, 4 ou 5 h. du soir, selon la saison et la température. La ten-
sion résineuse du globe, ou comme on le dit plus communément,
la tension vitrée de l'atmosphère, dans les journées normales, donne
à son maximum SO à 100 degrés proportionnels à mon électromètre;
elle descend ensuite jusqu'à 20°, souvent 10°, et même quelquefois
à 0° dans le lieu de mes observations , si la journée a été pure et
chaude. Près des lieux humides, la tension disparaît rapidement, et
' Voyez les tableaux du P. Cotte , Mém. 2° vol.
BAROMÉTRIQUES. M
au bord de la mer la manifestation électrique est presque toujours
nulle.
136. La cause de cette apparence d'aifaiblissement dans la ten-
sion électrique du globe est facile à comprendre ; et en effet , les pre-
mières vapeurs qui s'élèvent de la surface du sol , sont chargées d'une
électricité résineuse d'une tension égale à la sienne. Ces vapeurs ,
formées de petits corps libres et distincts les uns des autres, se dissé-
minent dans l'atmosphère; chacune de ces particules réagit résineu-
sement de haut en bas, contre la surface du globe, qui agit de bas
en haut, et bientôt nos instruments, ainsi que la surface des eaux,
se trouvent entre deux forces de même nature , agissant en sens con-
traire. Nos instruments , qui n'indiquent que des différences, cessent
leurs manifestations au centre de ces réactions égales , et la surface
des liquides ne s'évapore plus que sous l'influence de la température ;
la vapeur s'élève moins abondante et elle ne donne plus de signe
électrique.
137. De onze heures du matin jusque vers les 3 ou 4 heures de
l'après-midi dans l'été , la température augmentant plus vite que les
vapeurs ne se forment , ces dernières sont maintenues dans un état
croissant de dilatation, et conséquemmeut dans un affaiblissement de
conduction électrique. L'hygromètre rétrograde alors et indique une
plus grande sécheresse relative , quoique la masse des vapeurs aug-
mente. Pendant cette marche ascendante delà température, ou pour
mieux dire , pendant tout le temps que la raréfaction des vapeurs aug-
mente , chacune de leurs particules peut conserver presque toute la
tension résineuse qu'elle a acquise primordialement,et elle peut ainsi
continuer sa réaction, comme corps isolé, contre l'action du globe.
Lorsque le refroidissement commence à se faire sentir , il condense les
vapeurs; leurs particules en se rapprochant, perdent de leur isole-
ment, elles deviennent plus conductrices , et l'influence du globe,
toujours présente , toujours agissante , l'emportant enfin sur leur ré-
sistance atténuée , repousse Y électricité résineuse vers les couches plus
élevées, et fait prendre à la couche inférieure l'état contraire, celui
9ft SUR LES VARIATIONS
d'électricité vitrée. Ainsi, par le seul affaiblissement dans la tem-
pérature , lorsque le soleil s'approche de l'horizon , des phénomènes
secondaires, dépendant de celui-là, apparaissent aussitôt, et ils en
produisent eux-mêmes d'un troisième ordre , comme nous le dirons
bientôt.
138. Ce nouveau partage de l'électricité étant une fois accompli,
l'action du globe sur les couches inférieures devient attractive de ré-
pulsive qu'elle était. Les vapeurs inférieures rendues vitrées sont atti-
réeSj elles se condensent, et les plus basses, les plus pesantes , viennent
se déposer en serein ou en rosée sur les corps terrestres * . La seconde
portion des vapeurs, celle qui a reçu l'électricité résineuse, est alors
plus repoussée; elle s'élève et se tient plus éloignée du sol; une partie
se condense en strates ardoisés, l'autre reste transparente selon l'abais-
sement de la température et la saturation de l'air. Ainsi, en ne considé-
rant que la vapeur diurne , celle qui s'est élevée d'une contrée pendant
la journée, et en ne considérant que l'influence du globe, on voit que
cette vapeur a dû former deux couches bien distinctes , l'une qui est de-
venue plus résineuse par la répulsion et la propagation de l'électricité
que chacune des molécules aqueuses avait emportée au moment de sa
transformation en vapeur ; et l'autre , cessant d'être aussi résineuse que
la surface du globe, est dite vitrée et conséquemment attirée par lui.
Une portion de cette couche inférieure condensée se résout en rosée
pendant la nuit, une grande partie de son électricité s'écoule dans le
globe, tandis que les strates résineux opaques ou transparents, se sont
dissous plus ou moins pendant le même espace de temps, au milieu
des couches d'air supérieures non saturées d'humidité. Tel est l'état
* Il en est de la théorie de Wells sur la rosée , comme de celle de H. Davy sur les brouillards : il a
indiqué la cause du dépôt régulier et normal de la vapeur sur les corps refroidis par rayonnement,
sans tenir compte des causes accessoires qu'il n'a pas su apprécier suffisamment. Le phénomène de
la rosée n'a pas toujours cette simplicité indiquée par Wells ; de même celui du brouillard est plus
complexe que ne le pensait Davy. C'est pourquoi il y a dans le phénomène de la rosée une foule
d'anomalies qui ont fait douter plusieurs bons esprits de la théorie de cet auteur. Wells a com-
plètement méconnu l'influence des corps terrestres chargés plus ou moins d'électricité résineuse sur
la vapeur inférieure, possédant une tension vitrée très-notable.
BAROMÉTRIQUES. W
de l'atmosphère, lorsque le lendemain la température se relève et
reproduit de nouvelles vapeurs. Cette atmosphère n'est plus , on le
voit, pure de réaction comme nous l'avons supposé d'abord, elle a
conservé une portion des vapeurs de la veille, possédant des tensions
différentes , résultant de l'action du globe , de leur conduction inté-
rieure et de leur légèreté spécifique.
139. Cette première cause de la complication du phénomène est
peu de chose, en comparaison de celle qu'y apporte le courant tropical,
courant qui porte sans cesse vers les régions polaires la masse de va-
peurs résineuses qui s'élèvent toute l'année entre les tropiques.
La portion de l'atmosphère dans laquelle se passent la plupart des
phénomènes qui nous atteignent^ se trouve placée entre la terre et
le courant qui s'approche peu à peu de la surface du globe, et dont l'a-
baissement reconnaît trois causes : la diminution de la température,
la neutralisation progressive d'une partie des vapeurs résineuses qu'il
contient , enfin le resserrement de l'espace polaire vers lequel tendent
tous les courants qui partent du cercle équatorial. Par le seul effet
de cette progression vers l'axe d'un grand cercle, la vapeur conserve
une grande condensation, malgré les résolutions d'eau qui ont eu lieu
pendant sa pérégrination.
140. En consultant les observations des capitaines baleiniers et
celles des voyageurs qui ont fait de longs séjours dans les régions po-
laires , sur mer ou près des côtes; en comparant ces observations avec
celles faites sur les continents, loin des influences maritimes, on voit
que les derniers nuages plombés et tempétueux atteignent des lati-
tudes bien plus élevées l'été que l'hiver, et bien plus élevées en mer
qu'au milieu des continents. Lorsque le soleil touche au solstice d'hi-
ver, le refroidissement de l'atmosphère boréale abaisse ce courant en
le condensant, et facilite ainsi la neutralisation de son électricité, au
moyen des échanges avec le sol , dans les régions tempérées qu'il tra-
verse. Cette action incessante du froid et des neutralisations électri-
ques fait résoudre successivement les vapeurs qu'il contient , de telle
sorte qu'il se termine l'hiver du 55® au 60^ degré, devançant ou dé-
Ton. XVIII. 13
99 SUR LES VARIATIONS
passant cette limite, suivant l'influence des plages maritimes , l'expo-
sition des contrées et les variations accidentelles qu'il a subies dans sa
route. Au delà des derniers nuages gris et surbaissés que les rafales
accompagnent , on éprouve de longs calmes et une très-basse tempéra-
ture; l'atmosphère ne contient plus alors de vapeurs proprement dites,
mais de petits cristaux de glaces , produits du reste des vapeurs les
plus chargées d'électricité résineuse et les plus repoussées. Ces cristaux
sont tenus trop espacés les uns des autres par leur répulsion récipro-
que, et sont conséquemment trop disséminés pour pouvoir se grouper
en nuages : leur existence ne se manifeste que par des phénomènes op-
tiques très-communs dans ces parages, et enfin par les phénomènes lu-
mineux de leurs décharges électriques (l'aurore boréale), lorsque leur
concentration s'effectue, sujet sur lequel nous reviendrons ailleurs.
141. Lorsque le soleil revient vers notre hémisphère, il recule les
limites de ce courant et en pousse successivement les derniers nuages
vers de plus hautes latitudes. Cette amplitude dans les limites du cou-
rant tropical , donne deux époques tempétueuses aux régions situées
entre le 60<= et le 75*= degré de latitude. « Dans le printemps, dit Sco-
resby , les vents N. , NE. et E. sont fréquents et sont accompagnés de
tempêtes considérables En avançant dans le mois de mai ,
elles deviennent moins fréquentes , le temps s'améliore , tan-
dis que dans les régions plus au N. , les plus violentes tempêtes arrivent
en juillet. » Plus bas, il ajoute : « Lorsque les contrées tempérées
souffrent d'une succession de tempêtes , les régions polaires jouissent
d'une grande tranquillité. Après que les tempêtes d'automne sont pas-
sées, il y a une succession de temps calmes accompagnés de grands
froids '. » Crantz ^, Guthrie % G. Mackenzie *, etc., font des remar-
ques semblables, et Guthrie s'étend même sur cette compensation des
pays polaires. Nous tenons de M. Knorr , professeur à Casan , que le
* An account ofthe arctic régions, I, 409-413.
* History of Greenland.
' Dissertation on the climate of Russia, Ed. phil. trans., vol. 2.
* Travels in Iceland during the sumtner of iS 10.
Ci
BAROMÉTRIQUES. ^. 99
calme règne dans cette région pendant au moins deux mois, arec un
froid de 25 à 40 degrés centigrades au-dessous de zéro.
142. La latitude où se termine le courant varie donc considérable-
ment suivant la position des pays. Au-dessus des mers , au-dessus des
contrées qui reçoivent les vents plus ou moins saturés de vapeurs
chargées d'électricité résineuse, la température s'y maintient plus
haute et la répulsion prolonge lear cours vers l'espace polaire. Au sol-
stice d'hiver, cette latitude descend, en ondulant, jusqu'au 50® de-
gré et même au 48** dans la Russie asiatique, qui s'étend du Volga
à la Mer-d'Orchozk ', tandis qu'en mer, il faut remonter jusque près
du 60« et du 65*' degré. La même différence existe au solstice d'été:
en mer il faut remonter jusqu'au 80^ degré, d'après Scoresby, pour
se trouver en dehors des grosses tourmentes , tandis qu'en Sibérie elles
dépassent rarement le 65'' degré.
143. On peut donc considérer les vapeurs diurnes qui se répandent
chaque jour entre le globe et le courant tropical , comme soumises à
quatre forces qui altèrent à chaque instant et leur distribution et leur
état intérieur. Ces forces sont {apesanteur, la température, la ten-
sion résineuse du globe et enfin celle du courant supérieur.
La première de ces forces est stable , permanente , et ne peut être
altérée dans son action directe ; ses effets seuls peuvent être modifiés
par la coexistence des autres forces.
La température n'est pas davantage altérée dans son action directe ;
ses effets peuvent être aussi modifiés par la coexistence des autres
influences ; mais en ne considérant la température que sur un point
' Pallas dit, t. V. p. 299, que vers le 49' degré, vers Zarizin sur le Volga, les mois de décem-
bre et janvier sont froids et calmes, que le passage des ouragans commence en février et finit en
mars, puis viennent les temps variables de l'été et ses orages, et le retour des ouragans se fait de
la mi-octobre à la fin de novembre. Vers Krasnoïarsk, au 56' degré sur le Jenisei, les ouragans
commencent plutôt en octobre et finissent vers la mi-novembre, puis viennent les froids de — 30
à — 40» c. et les calmes (t. IV, p. 2).
A Kirenga, au delà du 57' degré, le froid, selon Delisle, y descend bien au delà de — 50° c, il
dure longtemps ainsi que le calme; avant et après les calmes sont les ouragans. {Acad. te., 1749,
p. 193.)
leO' SUR LES VARIATIONS
donné du sol ou de l'atmosphère inférieure, elle éprouve des varia-
tions infinies et elle n'a de constant qu'une muabilité incessante.
Les deux dernières forces sont de la même nature, l'une provient
de la surcharge d'électricité résineuse que coerce le globe terrestre ;
l'autre de la surcharge d'électricité résineuse que maintient coercée
le courant tropical.
144. Si l'on considère la tension électrique du globe dans sa géné-
ralité, c'est-à-dire sous le point de vue astronomique, elle a proba-
blement peu de variations dans sa puissance , mais si on la considère
météorologiquement, c'est-à-dire sous le point de vue de son influence
dans un lieu donné , les variations de son intensité sont nombreuses
et son inconstance égale au moins celle de la température.
Enfin la tension résineuse du courant supérieur réunit toutes les
mutations possibles. L'électricité résineuse, coercée par les vapeurs
de ce courant, est plus ou moins nombreuse, sa distribution varie à
chaque instant, soit par un changement dans la température, soit par
l'influence du globe et par sa distance , par des terrains élevés ou des
montagnes, ou par des nuages inférieurs; elle varie aussi avec les neu-
tralisations qui ont lieu entre les vapeurs supérieures et les vapeurs
diurnes; à la suite des résolutions aqueuses , et enfin avec l'étendue de
l'aire où viennent se joindre tous les courants tropicaux ; cette élec-
tricité du courant tropical réunit à elle seule toutes les variations
possibles.
C'est au milieu de ces influences si mobiles, si variées , que la va-
peur diurne se répand chaque jour , qu'elle y subit ses modifications,
et c'est du résultat complexe de toutes ces actions et réactions que
ressortent les phénomènes météorologiques qui nous environnent.
145. En faisant abstraction de la pesanteur, et en ne considérant
les vapeurs diurnes que dans leurs rapports avec les influences d'élec-
tricité résineuse du globe et celles du courant tropical , il en résulte
d'abord qu'en raison de ces influences de même nature agissant l'une
de bas en haut , l'autre de haut en bas, les vapeurs diurnes doi-
vent se diviser en trois couches bien distinctes , et doivent former des
Oi-i
BAROMÉTRIQUES. 101
strates reconnaissables à leurs couleurs. C'est ce qui a lieu en effet, et
c'est ce qu'on peut observer chaque jour. .,;. ,> .. _ ,
Celles qui s'élèvent le plus par leur légèreté spécifique, étant trôs-
rapprochées du courant tropical , elles deviennent vitrées sous son in-
fluence et les nues opaques qu'elles forment sont blanches , brillantes
et bien dessinées.
Celles que leur gravité retient à une hauteur moyenne, reçoivent
toute l'électricité résineuse repoussée de haut en bas par ce courant , et
celle qui est repoussée de bas en haut par l'action du globe. En s'opa-
lisant, elles forment ces strates gris, ardoisés, muqueux , qui sont in-
férieurs aux nuages blancs, et qu'ils suivent souvent, attirés qu'ils
sont par une électricité contraire.
Enfin la portion de vapeurs inférieures les plus rapprochées du sol
est vitrée, et forme les brouillards blancs et humides de nos contrées ,
qui se résolvent promptement en bruine ou en forte rosée. De cette
distribution générale il résulte, comme l'observation nous l'a dé-
montré, que plus on s'élève, plus on se dégage de la complexité de
ces couches interposées, et plus les phénomènes se simplifient en res-
tant soumis au seul courant tropical. (Figure 10 '.)
* Nous devons citer les expériences suivantes, propres à faire connaître les variations nom-
breuses que la distribution de l'électricité du courant tropical éprouve par l'interposition des va-
peurs disposées en strates neutres ou électrisés et formant écran.
On place une sphère A sur des gâteaux de résine pour l'isoler (fig. 11); on la charge d'électri-
cité résineuse : on place une autre sphère B neutre et isolée à 4 ou 5 décimètres au-dessus de la
première. L'électricité de B se distribuera inégalement, la face en regard de À sera vitrée et la sur-
face supérieure sera résineuse ; ce fait est connu. Si l'on interpose un écran C, conducteur ou demi-
conducteur (fig. 12), neutre et isolé, l'influence de A sur B n'en est point altérée, l'écran devient
vitré sur sa surface vers \, et résineux sur sa face vers B : c'est ce qu'on peut constater au moyen
d'un plan d'épreuve et d'un électromètre. Si l'on touche cet écran pour détruire son isolement, toute
l'électricité négative repoussée par A sur la surface supérieure s'écoule dans le centre commun, et
cet écran ne garde que la charge vitrée développée et coercée par l'influence de A ; cette électricité
vitrée est rendue latente pour les corps voisins, par la puissance résineuse de A. La sphère B,
ne recevant plus l'influence de A ni celle de la face supérieure de C, reprend son état naturel.
Il sutlit donc d'un corps interposé, chargé d'une certaine quantité d'électricité contraire, pour
arrêter toute l'influence de A sur B. Si A et B sont chargés d'électricité résineuse, les centres des
deux surfaces de l'écran seront vitrés et les parties les plus éloignées seront résineuses; si l'é-
102 SUR LES VARIATIONS
CHAPITRE IX.
DE LA. CAUSE DES VARIATIONS ACCIDENTELLES.
146. Nous connaissons maintenant les divers effets des influences
électriques, nous savons comment l'état électrique peut rendre l'at-
cran est double avec un espace libre dans l'intérieur, l'électricité résineuse se retrouvera sur les
faces opposées.
Si l'on place trois écrans neutres C,C',C", et isolés l'un de l'autre (fig. 13), la face inférieure de
C sera vitrée, la supérieure résineuse : la face supérieure de C" sera vitrée et l'inférieure résineuse :
les deux faces de C seront vitrées au centre et résineuses vers les bords.
Si les trois écrans sont en communication, C et C" seront vitrés et C sera résineux, ce qui
rentre dans l'expérience décrite de 89 à 97. ,
On peut encore représenter une couche de vapeur par une lame de verre saupoudrée de limaille
fine, collée par du vernis. En interrogeant la distribution de l'électricité sur cet amas de petits corps
isolés avec un plan d'épreuve , après avoir laissé agir pendant quelque temps l'influence de la sphère
électrisée, on trouve que les parcelles les plus voisines du corps influent se chargent peu à peu d'élec-
tricité contraire au détriment des parcelles plus éloignées , qui prennent alors la même électricité
que celle du corps.
Cet état opposé des molécules éloignées se retrouve toujours sous les nuages limités qui traver-
sent l'atmosphère. Au-dessous d'eux , les instruments indiquent leur propre tension électrique; mais
en s'approchant des limites de leur influence, les signes deviennent contraires.
La pluie qui tombe 'd'un gros nuage gris reproduit également ce phénomène. Lorsque la pluie
est faible , que les gouttes d'eau sont très-espacées et qu'elles ne peuvent encore servir de conduc-
teur, elles arrivent résineuses jusque sur l'électromètre ; celles qui tombent à l'entour l'influencent
comme des corps résineux; mais aussitôt que leur nombre est suffisant pour produire une demi-
conduction, les séries des gouttes inférieures deviennent de véritables conducteurs. L'électricité
que le nuage attire du globe, se propageant plus vite le long de ces filets d'eau , que les gouttes de
pluie ne descendent, cette électricité transforme toute la portion inférieure de l'averse, en un
corps chargé d'électricité contraire à celle du nuage. Cette nouvelle tension des couches inférieures
agissant puissamment sur l'instrument en raison de sa proximité , lui fait prendre des signes d'une
électricité opposée à celle qu'il indiquerait si l'influence du nuage agissait seule. Lorsque la pluie
diminue, les gouttes redeviennent plus espacées, leur conduction électrique s'affaiblit, elles ramè-
nent jusqu'au sol ou près du sol leur tension primitive, et reprennent leur première influence sur
l'instrument qu'elles rendent électrique comme elles. Ces affaiblissements et ces renversements de
signes se reproduisent à chaque renouvellement d'ondée. Il faut donc bien se rappeler ces principes
que nous avons établis d'après l'observation et la théorie des phénomènes statiques, pour ne point
commettre l'erreur d'attribuer à un nuage, une autre électricité que celle qu'il possède. (Voyez
VInstîtut, 1844, n" 358, page 298. )
BÀROMËTRIQUESJa 405
mosphère plus pesante ou plus légère , suivant la tension des vapeurs
et leur attraction ou leur répulsion du globe; nous devons, pour
compléter cette étude, suivre la marche simultanée des instruments
pendant les variations qu'éprouve la pression atmosphérique, et nous
convaincre alors que les principes précédents sont bien ceux qui
président à ce phénomène. Nous allons rappeler en quelques mots
la valeur des instruments les plus usuels en météorologie , et quelle
est la limite de confiance qu'ils méritent.
L'hygromètre est l'instrument le plus borné de la météolorogie ; il
n'indique que l'humidité de l'air qui le touche, et non celle des
couches éloignées, que l'on aurait le plus besoin de connaître. De
plus, tous les hygromètres ont des causes d'erreur considérables,
que nous ne pouvons énumérer ici; nous dirons seulement que
la confiance qu'on témoigne depuis quelque temps au psychromètre
nous a toujours paru exagérée. Cet instrument , comme tous les hy-
gromètres fondés sur le principe de l'évaporation , ne varie pas seu-
lement suivant l'état hygrométrique de l'air, mais aussi suivant le
mouvement de l'air , l'abondance du liquide qui lui arrive et la cou-
che de poussière incrustée dans la batiste qui recouvre les réservoirs.
La formule parait, non-seulement douteuse, mais encore erronée
à plusieurs savants qui l'ont étudiée (M. Laugier, Régnault , etc. )
Nous pouvons justement espérer que les recherches récentes de
M. Régnault nous donneront bientôt les moyens de mieux connaître
le rapport des indications hygrométriques à la quantité réelle de va-
peur contenue, dans l'air ambiant.
147. Les électromètres obéissent à des influences un peu plus dis-
tantes que les hygromètres. Les vapeurs électriques n'ont pas besoin
de les toucher pour les faire mouvoir; mais comme les influences
croissent dans des proportions très-rapides en les approchant des corps
électrisés , les couches inférieures parleur proximité masquent l'action
des couches supérieures , lors même que leur tension est plus faible ;
la proximité l'emporte sur l'énergie. Il résulte de cet efiet, que les va-
peurs inférieures, même faiblement vitrées, agissent sur les électro-
104 SUR LES VARIATIONS
mètres plus fortement que les couches supérieures, plus épaisses et
plus chargées d'électricité contraire. Il est donc nécessaire de faire
entrer dans les appréciations de l'état atmosphérique , l'atténuation
du signe électrique normal; ce n'est que par cette diminution non
motivée en apparence , qu'on soupçonne une influence contraire dans
les régions supérieures , soupçon qui se change en certitude par d'au-
tres signes que nous indiquerons, et par le résultat final qui la démon-
tre. C'est un grave inconvénient pour les recherches météorologiques
d'avoir ainsi des instruments qui n'obéissent qu'à des forces ou en
contact, ou très-rapprochées , et qui laissent en dehors de leurs mani-
festations tout ce qui est au delà de ces zones d'influences. Jusqu'à
ce que des instruments plus généraux soient inventés, nous sommes
forcés d'en faire usage et de prendre les précautions convenables pour
en diminuer les inconvénients et saisir dans les manifestations acces-
soires tous les signes qui peuvent nous éclairer.
148. Le thermomètre est aussi limité dans ses indications que l'hy-
gromètre ; ces indications ne peuvent se rapporter qu'à la température
de l'air qui l'enveloppe et le touche de toutes parts : il a de plus des
causes d'erreur qui lui sont particulières. Son zéro n'est point station-
naire , il remonte avec le temps et il faut en vérifier la position de temps
à autre. Une seconde cause d'erreur bien plus importante que la pre-
mière, c'est que sa marche n'est pas réellement l'expression de la simple
température de l'air, mais d'une température abaissée par un rayonne-
ment de son propre calorique vers l'espace céleste, rayonnement qui
varie avec l'état vaporeux de l'atmosphère. Il n'apprend rien également
sur la décroissance de la température des régions supérieures, et il nous
laisse dans l'ignorance de l'état calorifique de l'intérieur des nuages
que nous aurions tant d'intérêt à connaître, pendant leurs transforma-
tions et les réactions électriques qu'ils se font subir les uns aux autres.
149. Le baromètre, au contraire, est un instrument de totalité;
il indique la pesanteur de la colonne atmosphérique tout entière;
la densité ou la rareté des couches inférieures ne fait qu'ajouter ou
retrancher quelque chose à la somme dont il est toujours l'exprès-
BAROMÉTRIQUES. 105
sion fidèle. Cette indication générale, si précieuse sous beaucoup de
rapports, a cependant un inconvénient météorologique. Il arrive sou-
vent que la fixité du baromètre n'est pas le produit d'un état stable
dans l'atmosphère, mais de l'égalité qui se rencontre entre l'aug-
mentation de la pression des couches inférieures et la diminution des
couches supérieures , et vice versa. Il peut en être de même de son élé-
vation et de son abaissement dans certaines limites : l'élévation peut
provenir de l'augmentation de pression des couches inférieures, ou
de la diminution des couches résineuses supérieures.
Quelle que soit la réalité de cette cause d'erreur dans l'apprécia-
tion des changements de pression , cependant elle ne peut s'étendre
aux grandes oscillations au-dessus ou au-dessous de la moyenne.
C'est toujours par une augmentation des couches vitrées qu'elles
ont lieu , ou par une augmentation des couches résineuses ; les
signes accessoires suffisent souvent pour dissiper le doute. En effet, la
difTérence de manifestation qu'il y a entre le baromètre et l'électro-
mètre peut tenir à ce que la couche inférieure vitrée a peu d'épaisseur;
sa densité n'augmentera alors que faiblement le poids total de l'at-
mosphère , quoique son action électrique aura pu être considérable
sur l'instrument. Il arrive même souvent qu'une influence vitrée
coïncide avec un abaissement du baromètre, lorsque l'addition de
poids provenant de la couche vitrée inférieure, est moindre que
l'accroissement de légèreté que donnent les couches supérieures,
devenues plus résineuses, comme cela arrive très-souvent entre 2 et
6 h. de l'après-midi dans les beaux jours.
150. Les vents inférieurs sont soumis à un si grand nombre d'in-
fluences locales, qu'il faut à peine en tenir compte dans les prévi-
sions météorologiques ; c'est sur la direction des courants moyens
et supérieurs qu'il faut s'appuyer , et l'on doit noter attentivement
leurs directions, lorsqu'il y a des nuages pour l'indiquer.
161. Dans les lieux élevés et dégagés , le vent, libre dans sa pro-
gression rapide , maintient la trajectoire des gouttes d'eau dans un
angle aigu peu favorable à leur pénétration dans l'udomètre. Dans
Ton. XVIU. 14
106 SUR LES VARIATIONS
la région inférieure, les relèvements du terrain et les monuments, al-
térant sa vitesse, laissent prendre à la pluie une direction moins
oblique, qui facilite son entrée. Quelque physiciens pensent que
c'est à cette moindre obliquité du trajet des gouttes d'eau , que les
udomètres inférieurs doivent la plus grande quantité de pluie qu'ils
recueillent. Pour que l'indication de ces appareils fût exacte, il fau-
drait que leur ouverture fût toujours perpendiculaire à la trajectoire
de la pluie, ce qui n'arrive presque jamais, même pour ceux qui sont
placés sur une suspension de Cardan, et s'inclinent sous l'influence
du vent.
152. Toutes lesdifficultés ne résidentpasdansl'insuffisancedesinstru-
ments; elles surgissent en grand nombre de la multitude des causes se-
condaires qui font varier à chaque instant la pression atmosphérique.
Les vapeurs primitives, comme nous l'avons dit, au moment de
leur formation, sont chargées d'électricité résineuse, puisqu'elles s'é-
lèvent d'un corps possédant cette électricité. Si chaque particule con-
servait intacte sa tension résineuse , le produit météorologique serait
simple, la répulsion du globe étant toujours la même, la pression di-
minuerait en raison de la quantité de vapeurs répandues dans l'at-
mosphère.
La demi-conduction des vapeurs ne permet pas cette stabilité ; à
peine sont-elles disséminées dans l'atmosphère, que le globe terrestre,
agissant par répulsion sur leur électricité résineuse, oblige cette der-
nière à s'accumuler sur la portion la plus élevée de ces vapeurs , et à ren-
dre ainsi la portion voisine du globe moins résineuse que lui, c'est-à-
dire, vitrée par rapport à lui. En raison de leur proximité, les vapeurs
vitrées étant plus attirées que les résineuses ne sont repoussées, la pres-
sion totale en est augmentée, et dans ce moment le baromètre monte.
L'attraction condensant davantage les vapeurs vitrées , elles s'a-
baissent, se résolvent en rosée ou en bruine , leur électricité se neu-
tralise facilement et laisse alors dominer sans contre-poids les vapeurs
résineuses supérieures. Pendant cette nouvelle distribution, la pe-
santeur diminue et le baromètre baisse.
BAROMÉTRIQUES. 107
153. Si le globe terrestre était le seul corps qui agît sur les va-
peurs diurnes, il ne pourrait y avoir de nuages vitrés à une grande
hauteur; et ces nuages ne pourraient persister longtemps en pré-
sence de l'attraction permanente du sol. Iln'y aurait jamais d'orages
véritables, il n'y aurait que des tourmentes et des tempêtes, occa-
sionnées par la décharge des nuages résineux avec le globe. Les
orages véritables , à roulement de tonnerre, n'ont lieu, comme nous
le démontrerons ailleurs, qu'entre les nuages vitrés supérieurs et les
nuages résineux au-dessous d'eux ' .
L'existence des nuages blancs très-élevés et placés au-dessus des
strates gris , servirait seule à démontrer la présence d'une autre puis-
sance résineuse supérieure, s'il n'en existait pas d'autres preuves.
Cette seconde puissance analogue à celle du globe, dont elle n'est
qu'une parcelle détachée , réside dans le courant d'air qui vient des
zones torrides et qui entraine avec lui une grande partie des nom-
breuses vapeurs résineuses qui s'y élèvent sans cesse de la surface
des mers et du sol. C'est donc entre ces deux influences analogues
que se dispersent les vapeurs diurnes de toutes les contrées extra-
tropicales, c'est dans l'espace qui les sépare que s'opèrent toutes les
transformations journalières qui constituent la plus grande partie
des météores aqueux et ignés qui nous entourent.
154. Les vapeurs produites pendant la journée se dispersant dans
cet espace , éprouvent une double influence de même nature , une de
bas en haut de la part du globe , une de haut en bas de la part du
courant tropical. De cette double influence ressort une double distri-
bution de l'électricité dans les vapeurs renfermées dans cette enceinte.
L'espace qui sépare les deux puissances résineuses du globe et du
courant tropical , ne possède pas la tension d'électricité résineuse
* « Au col du Géant, tant que nous ne voyions dans l'air ou sur la cime du Mont-Blanc qu'un
seul nuage , quelque dense ou quelqu'obscur qu'il parût, il n'en sortait point de tonnerre; mais s'il
s'en formait deux couches, l'une au-dessus de l'autre, ou s'il en montait des plaines ou des vallées,
qui vinssent atteindre ceuK qui occupaient les cimes , leur rencontre était sij^alée par des coups de
vents, des tonnerres, de la grêle et de la pluie. » Voyage de Saussure, § 2073.
108 SUR LES VARIATIONS
au même degré que ces corps j par cette seule différence en moins
dans sa tension résineuse , cet espace est dans l'état négatif ou ré-
sineux en moins , c'est-à-dire , vitré ou positif par rapport à ces
corps. Il en résulte qu'un électromètre équilibré près de la surface
du sol, possède la même tension que lui; mais aussitôt qu'on l'éloigné
en l'élevant , la réaction résineuse du globe diminue rapidement sur
la tige isolée qui porte l'index , tandis que les armatures restent en
communication avec le sol. Dans la nouvelle distribution de l'élec-
tricité qui a lieu dans l'instrument , le voisinage du socle ou des ar-
matures en équilibre avec le sol , attire dans la partie inférieure de
la tige isolée, une grande partie de l'électricité vitrée, et la partie su-
périeure de la tige reçoit une quantité correspondante d'électricité
résineuse '.
155. Les vapeurs interposées entre ces deux puissances se dis-
tribuent donc en trois zones bien distinctes, comme nous l'avons
dit (J 106 : l'une est près du sol , elle est rendue vitrée par son in-
fluence ; l'autre est près du courant tropical , et par une cause ana-
logue , elle est également rendue positive ou vitrée ; les vapeurs
résineuses , repoussées de chaque côté, forment la zone intermédiaire.
Ces trois couches sont souvent distinctes à la vue, deux surtout le
sont habituellement ; la plus élevée se manifeste par des cirrho-cu-
muli , des cumuli blancs ou des pommelures brillantes. Ces nuages,
que leur blancheur indique être chargés d'une grande tension vitrée,
ne peuvent cependant s'élever jusqu'au courant tropical; leur gra-
vité s'y oppose , ils ne peuvent se résoudre de bas en haut et former
une pluie ascendante; ce n'est qu'en repassant à l'état de fluide
élastique, que leur électricité vitrée va neutraliser en partie les
vapeurs résineuses de ce courant, et favoriser leur condensation et
leur résolution ultérieure. Cette résolution se manifeste nettement
par les filaments pennés et tremblotants de la partie supérieure des
* Voyez mon Mémoire sur la Météorologie électrique, i'^ partie, dans le ^i' n° des Archives
de l'électricité, 1844.
BAROMÉTRIQUES. 100
nuages , comme on le voit chaque jour , lorsqu'on les domine du
sommet d'une haute montagne. .:.i, iii.. . .iouujJ 1,0 ,:;î..i>
166. Cette opposition de la gravité à l'ascension de ces cirrho-
cumuli , les tient groupés en des masses considérables, à des hau>
teurs correspondantes à leur pesanteur d'une part et à leur attrac-
tion supérieure de l'autre ; le contraire a lieu pour les Tapeurs
vitrées inférieures : la gravité et l'attraction électrique s'unissent pour
produire leur abaissement et leur résolution ; aussi ces dernières
vapeurs forment rarement des nuages distincts et durables.
A peine ces vapeurs sont-elles un peu condensées et se sont-elles
transformées en brouillard blanc , qu'elles s'abaissent et se résolvent
en rosée ou en pluie tamisée. ji^ii ai .
Enfin , intermédiairement , les vapeurs résineuses sont reconnais-
sablés à leur teinte grise et ardoisée, formant des strates mal définis,
qui restent seuls le soir après que les vapeurs blanches supérieures
ont repris la forme élastique , et que les inférieures se sont réduites
en rosée. -^yn »h ?Mq ^'.'* ff •
157. Il faut tenir un compte tout spécial du courant tropical , de
ce courant qui possède une force analogue à celle de la terre, mais
sans en avoir la stabilité. Il s'approche ou s'éloigne suivant les sai-
sons et descend progressivement en s'avançant dans les hautes la-
titudes ; ses vapeurs inférieures ont leur tension résineuse atténuée
par les vapeurs intermédiaires ; elles descendent et se confondent
avec elles ; elles en augmentent énormément l'étendue et l'influence
résineuse ; elles produisent ces gros nuages ardoisés et tempétueux
de l'automne, si communs dans les latitudes élevées. Sous ces va-
peurs à l'état de fluide élastique , le baromètre descend rapidement;
mais aussitôt qu'elles se condensent , que leurs molécules se réunis-
sent pour se globuliser , elles se massent ; une partie de leur
électricité intérieure est repoussée à la périphérie et forme une at-
mosphère électrique qui se décharge sur le sol moins résineux qu'elle,
au moyen de l'agitation de l'air. A. peine ces premières condensa-
tions ont-elles lieu , à peine leur répulsion intérieure est-elle dimi-
110 SUR LES VARIATIONS
nuée, que le baromètre l'indique par sa rétrogradation ascendante;
sa marche est d'autant plus rapide , que les coups de vent sont plus
précipités et qu'ils déchargent plus promptement l'électricité rési-
neuse de ces vapeurs, qui se résolvent alors en une pluie abon-
dante.
r.. On voit combien ce courant complique les phénomènes météoro-
logiques , et combien il multiplie les difficultés : cependant elles ne
sont pas insolubles , si l'on a toujours présent à l'esprit la compo-
sition des vapeurs qui sont formées de petits corps isolés, parfaitement
distincts les uns des autres, gardant et coerçant des portions variables
d'électricité semblable à celle du globe, et tous agissant par leurs
forces individuelles.
158. La pression normale , celle qui répondrait à la seule gra-
vité de l'air et des vapeurs, est donc altérée : 1** par la tension
vitrée des vapeurs inférieures qui les rend plus denses en présence
du globe résineux, et conséquemment plus pesantes; 2° parla ten-
sion des vapeurs résineuses intermédiaires qui les raréfie et les rend
plus légères ; 3° par la tension des vapeurs vitrées supérieures ; elle
ajoute peu à leur gravité à cause de l'attraction des vapeurs rési-
neuses du courant tropical ; mais en raison de leur influence sur
ces dernières , elles diminuent leur répulsion intérieure et les ren-
dent ainsi plus pesantes. Ces vapeurs vitrées concourent donc média-
tement à l'augmentation de la pression , en atténuant la légèreté
spécifique des vapeurs résineuses du courant ; 4° le courant tropical
lui-même allégit la pression en raison de son épaisseur, de sa ten-
sion et de sa distance au sol. Plus il est élevé, moins l'action du
globe est puissante et moins elle augmente la répulsion intérieure
des particules. Lorsqu'il s'abaisse, cette action augmente et par suite
la répulsion intérieure; ces vapeurs deviennent alors comparative-
ment plus légères ; 5° le courant tropical, en s'avançant vers le pôle,
pénètre dans une aire qui diminue comme le produit de la circon-
férence d'un grand cercle par la différence des sinus des latitudes
extrêmes qui enceignent cette aire. La condensation de ces vapeurs
BAROMÉTRIQUES. 111
s'accroît donc aussi par cette cause , indépendamment de celle qui
provient du refroidissement et des neutralisations ; 6° enfin , l'air
partage avec les vapeurs les attractions et les répulsion électriques,
et conséquemment les condensations et les dilatations qui en dé-
pendent.
159. Nous pourrions prouver par un grand nombre d'observations
la corrélation qu'il y a entre la tension électrique des vapeurs et la
marche du baromètre , mais nous pensons qu'un petit nombre
d'exemples devra suffire, puisqu'un plus grand nombre ne ferait que
reproduire les mêmes relations.
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SUR LES VARIATIONS
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BAROMÉTRIQUES. 113
160. Dans l'observation précédente, la marche des instruments est
assez régulière et assez simple pour en suivre la liaison.
L'hygromètre, quoiqu'il variât peu, n'y fut pas sans utilité : les brouil-
lards fortement vitrés, mais sans pluie, l'ont fait monter très-haut;
avant et au moment de la première pluie résineuse , le baromètre des-
cendit pour remonter à mesure qu'avait lieu la résolution du nuage ré-
sineux. On voit aussi l'hygromètre descendre et rétrograder jusqu'à
80° pendant la forte tension résineuse du 14 et une pluie de 8™™.
A peine cette bourrasque était-elle terminée et à peine les signes vitrés
avaient-ils reparu, que l'hygromètre remonta à 84o,5, quoique le
ciel fût assez beau et ne fût plus voilé que par un faible brouillard.
161. L'électromètre marchait comme le brouillard, il notait une
forte tension vitrée, lorsque le brouillard était épais et humide; il
notait une moindre tension aussitôt que la résolution l'avait déchargé
de la surabondance vitrée inférieure. Le brouillard diminuant de
plus en plus d'épaisseur, l'électromètre, toujours influencé par les
couches voisines, en suivait les indications avec un affaiblissement
assez minime, qui aurait induiten erreur, si le baromètre, instrument
de totalité, n'avait pas indiqué par sa rapide descente que la limite
supérieure du brouillard vitré se rapprochait du sol , que sa pression
diminuait et laissait agir plus isolément les vapeurS résineuses supé-
rieures. Enfin le 11 le brouillard avait disparu; le vent, calme jus-
qu'alors, se leva un peu ; le 12 au matin, il n'y avait plus de signes
vitrés. Les signes résineux prirent leur place , le vent devint tempé-
tueux , la pluie tomba ; ce n'était plus par une forte rosée ou une
bruine que le nuage résineux se déchargeait , mais par une pluie in-
stantanée qui suivait les bourrasques intermittentes. Le 13 fut un jour
de transition, et le 14 un nuage nouveau, plus résineux encore que
le premier , vint se neutraliser près du sol et se résoudre en partie.
Le baromètre, qui était descendu jusqu'à 735™™, remonta aux pre-
mières gouttes de pluie, et sa marche s'accéléra avec la réapparition
des brouillards , pour retomber encore à l'arrivée de nouveaux nuages
résineux qui, le 18, donnèrent plus de 1500 degrés de tension rési-
ToM. XVIII. 15
414 SUR LES VARIATIONS
neuse. Ces sombres nuages furent accompagnés de fortes bourrasques
et de torrents de pluie dans les contrées à l'E. , vers lesquelles ils
étaient poussés.
162. Dans l'exemple précédent les échanges électriques ont eu
lieu principalement entre la terre et les nuages gris , par le moyen
des bourrasques de vent. Dans le suivant , ces échanges ont lieu entre
deux rangs superposés de nuages , et laissent presque dans un repos
complet l'atmosphère inférieure ' .
' Toutes les relations et tous les tableaux d'observations sont remplis des preuves de la corréla-
tion qu'il y a entre les bourrasques et les averses : cependant des averses ont lieu également pendant
le calme ; mais alors c'est que les décharges électriques se font entre les nuages gris, ardoisés , infé-
rieurs, et les cumuli blancs placés au-dessus. De Saussure cite avec étonnement les calmes plats
qui succédaient instantanément après de violentes bourrasques; il les attribue à une cause impossi-
ble, comme on peut le voir dans la relation de son ascension au col du Géant, § 2074. 11 n'y a que
les brusques changements dans les tensions électriques après les décharges, qui peuvent faire pas-
ser ainsi l'atmosphère de la plus grande violence au repos complet.
BAROMÉTRIQUES.
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H6 SUR LES VARIATIONS
163. Cet exemple n'offre ni les rafales, ni le vent tempétueux du
précédent : du 16 au 24 février, la direction du vent varia peu , elle
fut presque toujours du S. dans les régions inférieures, moyennes et
supérieures ; la température varia peu également et cependant le ba-
romètre descendit de 33 millimètres. L'électromètre eut une marche
fort inconstante. A toutes ces données, nous ajouterons deux signes
qu'il ne faut pas omettre et qui nous sont d'une grande utilité dans la
prévision du temps à venir. Le premier, est une vapeur roussâtre qui
s'élève en longs filaments ; elle est pour nous l'indice que le courant
supérieur est peu élevé , que sa tension résineuse les attire et les rend
vitrés par influence, aussitôt qu'ils sont à quelque distance de la
surface. On voit au-dessous de la zone dorée de ces vapeurs une couche
d'un blanc sale qui repose sur le sol. Aussi les signes électriques sont
bien plus puissants à 30 mètres d'élévation que près du sol; à cette
hauteur , on est plus près de cette portion vitrée qui termine le brouil-
lard. Cependant, malgré cette grande tension vitrée, le baromètre
commençant à rétrograder, indique l'arrivée d'une masse de vapeurs
résineuses qui donnera de la pluie et du vent par bourrasques, si une
température élevée ne s'oppose pas à sa résolution.
1 64. Le second signe se tire des strates cirrheux blancs, très-élevés,
qui dominent les couches moyennes d'un gris foncé ; ces strates clairs,
fortement vitrés, échangent leur électricité par rayonnement avec les
strates gris placés au-dessous , lorsque leur distance n'est pas considé-
rable. Ces nuages gris ont ainsi une grande partie de leur électricité
résineuse neutralisée par leur limites supérieures, et se résolvent en
pluie sans les bourrasques qui ont lieu lorsque leur neutralisation se
fait avec le sol. Aussi cette résolution d'un nuage gris de plomb sans
perturbation aérienne inférieure, n'a jamais lieu sans ces strates blancs
supérieurs avec lesquels il fait son échange électrique.
165. Le 1^^ juin 1840, le ciel resta pur et serein, le baromètre
avait été le matin à 76]™'",5, mais depuis ce moment, il com-
mença à descendre rapidement; les signes d'influence vitrée dimi-
nuaient aussi beaucoup. Le lendemain dans la matinée, le ciel était
BAROMÉTRIQUES. 117
encore assez pur, mais les signes étaient prodigieusement résineux,
les instruments ne pouvaient plus rien mesurer ; ils sautaient de suite
à leur maximum d'effet; les feuilles d'or d'un électroscope battaient
les armatures avec rapidité.
Le 2, à midi , le baromètre était à 751°»™, à 3 h. à 749'>"n,8. J'enten-
dais les étincelles électriques pétiller au-dessus de la pointe d'un élec-
troscope; les feuilles d'or frappaient 3 et 4 fois par seconde les arma-
tures, souvent même elles y restaient attachées. La tension résineuse
était prodigieuse, et l'on se sentait affecté d'un malaise général. Depuis
une heure les vapeurs s'opalisaient; elles voilaient le bleu du ciel,
peu à peu elles se groupèrent en nuages, un orage se forma; mais à
mesure que les nuages se massèrent, à mesure que l'orage déchargea
son abondante électricité résineuse sur le sol qu'elle foudroya en plu-
sieurs lieux dans Paris, à mesure que la pluie tombait, le baromètre
remontait rapidement et déjà à 9 h. du soir il était à 754™'n,8.
166. Le 20 octobre 1841, le baromètre était élevé, il notait
764">™,4 à zéro, et l'électromètre marquait 300 degrés proportionnels
d'électricité vitrée en l'élevant de cinq décimètres. A partir de ce jour
le baromètre descendit, tandis que les signes électriques restaient
à peu près les mêmes. Le 22, entre 9 et 10 h. du soir, l'électro-
mètre marquait 500 degrés proportionnels d'électricité vitrée en
rélevant de la même quantité , et cependant le baromètre descen-
dait rapidement; il était à 759™™,2. Vers cette heure, une vapeur
s'élevait de la rivière et des campagnes voisines ; mais au lieu d'être
blanchâtre et de se limiter à une hauteur uniforme, elle était rousse
et s'élevait très-haut en longs filaments. Tout en suivant le cours
du vent, elle se perdait dans l'espace bleu du ciel, en se divisant
en un grand nombre de ramifications, où elle se dissipait peu à peu.
Plongés sous cette vapeur, nos instruments se trouvaient placés entre
un corps très-vitré dessus et un autre très-résineux au-dessous : aussi
l'électricité d'influence était-elle très-grande et donnait-elle 80° pro-
portionnels pour 2 décimètres d'élévation. '
167. La couleur rousse du brouillard , sa hauteur et ses ramifi-
118 SUR LES VARIATIONS
cations, sa disparition dans les régions supérieures, la tension vitrée
qu'il avait , la descente rapide du baromètre , tout me faisait re-
connaître que les régions supérieures étaient chargées de vapeurs
transparentes, possédant une puissante tension résineuse, tension
supérieure à celle de la terre , et qui provoquait une révaporisation
du brouillard ; cette vapeur vitrée , au lieu de peser sur la terre
au delà de sa gravité, pesait moins, attirée qu'elle était par la
tension résineuse des vapeurs supérieures. Cette réunion de cir-
constances me fit prédire des nuages résineux et une pluie prochaine
et abondante, lorsque la tension de ces vapeurs serait un peu at-
ténuée, et que leur condensation les rapprocherait de la terre.
168. Le 23, à 7 h. du matin, le baromètre était à 752m'",2, et
continuant de descendre, il était à 4 h. de l'après-midi à 745™™,6.
Le matin, à la première observation, le signe vitré était faible; il
fallait élever l'électromètre d'un mètre pour avoir 20 degrés. A 11 h.
il ne donnait plus que 2°; à 2 h. de l'après-midi le signe était ren-
versé, il donnait 18" résineux; à 3 h. 15' il en donnait 39.
Pendant cette journée la pluie était tombée en abondance , elle
était très-résineuse et le ciel était menaçant. Le 22 au soir et le 23
au matin on distinguait trois couches dans l'atmosphère, ayant
des mouvements différents. Les cirrho-strati supérieurs venaient de
l'O. , les strati inférieurs du SO. , et les girouettes marquait un
vent SE.
La pluie fut abondante toute la journée du 23, elle cessa vers
le soir , les nuages furent moins épais , le ciel supérieur en parut
découvert , mais il restait à 4 ou 500 mètres de minces cumulo-
strati marchant rapidement du SO. au NE.; ils influençaient for-
tement l'électromètre qui marquait 168° vitrés en l'élevant d'un
mètre, tandis que 4 h. auparavant, il donnait 39 degrés résineux.
Dans ce dernier cas , l'atmosphère était chargée d'épais nuages ré-
sineux dont une partie s'était réduite en pluie , et le reste avait été
emporté par le vent.
169. Le baromètre continuant à descendre et étant à 742™«», il
BAROMÉTRIQUES. 119
annonçait que les couches supérieures étaient plus résineuses en-
core , et une nouvelle aggravation de temps.
Le 24, à 7 h. du matin , le baromètre était à 737™" ; le signe Titré
n'était plus que de 2 à 3° , les vents toujours S. et SO. A 8 h. du soir
le baromètre était tombé à 736'"'", le signe vitré étant remonté à 61
degrés proportionnels; le temps oscilla le 25 et le 26; mais le 27
il prit une marche ascendante qui continua jusqu'aux 3 et 4 no-
vembre, où le baromètre atteignit la hauteur de 768'""'. Pendant
la marche descendante du baromètre et celle des signes de i'élec-
tromètre, du 21 au 26 octobre, des pluies tropicales tombèrent
dans une partie de la France, et principalement dans les bassins du
Rhône et de la Saône , et causèrent des inondations considérables ;
à Paris la pluie ne fut jamais proportionnée aux signes météorolo-
giques ; ce n'étaient que des ondées médiocres , dont les intervalles
étaient remplis par une humidité extrême, par une bruine con-
tinue qui dura plusieurs jours et même jusqu'au 30 et 31 octobre.
L'atmosphère supérieure n'accomplit pas son phénomène météo-
rologique au-dessus de Paris; emportée par les vents, elle alla
déverser l'abondance de ces vapeurs résineuses vers le SE. de la
France.
170. Pendant toutes ces variations atmosphériques, l'hygromètre
fut d'un faible secours et ne put aider en aucune manière dans le
jugement à porter sur les couches supérieures de l'atmosphère. Nous
ajouterons que pendant tout le temps que les signes ont été faiblement
vitrés ou ont été résineux, le vent a été fort, tempétueux, les bour-
rasques réglaient leur violence sur la tension résineuse que l'instru-
ment dévoilait ; tandis que sous les signes vitrés et principalement
pendant les brouillards, si puissamment vitrés, il régnait un calme
plat, qui rendait difficile l'appréciation de la direction du vent.
171. Il résulte de cette observation que le baromètre indiquait la
présence de couches épaisses de vapeurs résineuses dans les parties su-
périeures de l'atmosphère ; les couches minces de vapeurs vitrées dans
la partie inférieure agissaient fortement sur l'électromètre ; mais ne
1^ SUR LES VARIATIONS
pouvaient qu'atténuer un peu l'abaissement du baromètre, sans
pouvoir contre-balancer l'action plus puissante des couches supé-
rieures : ces couches, en se résolvant, ont produit ces pluies torren-
tielles qui ont inondé les plaines que la Saône et la Loire arrosent,
tandis que les plus occidentales n'ont eu que de médiocres pluies.
172. Le baromètre a donc varié avec l'état électrique des vapeurs,
et non avec l'état hygrométrique ni avec la température j car si nous
consultons nos tables d'observations, nous trouvons, par exemple,
que du trois au dix novembre 1841 , il a régné un brouillard presque
constant qui mouillait tous les corps qu'il touchait , et cependant le
baromètre a monté jusqu'à 770™™,8, le 6 et le 7; un calme plat
régna pendant toute cette époque; il ne pouvait y avoir alors de
vent descendant pour le presser de haut en bas. La température
varia de 0°,5 à 8°,8 sans que la marche du baromètre en fût modifiée.
Il n'en fut pas de même des signes électriques; pendant tout le temps
que le brouillard fortement vitré conserva une grande épaisseur, le
baromètre resta élevé ; mais lorsque son électricité se fut quelque peu
écoulée dans le sol , et lorsqu'une portion de ses vapeurs se fut ré-
duite en bruine ou en rosée, il commença à rétrograder et continua
à suivre l'abaissement du brouillard ; ainsi le baromètre s'était tenu
élevé pendant qu'il y avait beaucoup de vapeur, il baissa lorsqu'il
y en eut moins ; il baissa lorsque les vapeurs vitrées se furent écou-
lées , comme il s'était élevé lorsque les vapeurs résineuses se furent
neutralisées.
173. M. Marqué-Tictor a fait une observation analogue en dé-
cembre 1822. Le 22 , le thermomètre avait marqué 6 et 8 degrés, et le
baromètre était au-dessus de la hauteur moyenne, qui est de 749™™ à
Toulouse. De ce jour, il prit une marche descendante, et le 24, à 9''15'
du soir, il était à 719'"™. Le thermomètre s'était élevé pendant ce temps
jusqu'à 9 et même 10° , il avait suivi et non précédé la chute du baro-
mètre; lors même qu'il l'eût précédé, 1 ou 2 degrés d'élévation dans
la température ne pourraient pas rendre compte d'un abaissement si
prompt de 30™™. Mais , ce qui éclaire pour nous la marche de ce phé-
BAROMÉTRIQUES. 121
nomène , c'est que l'hygromètre descendit de 97 à 80 degrés ; sa
marclio fut inverse à ce qu'elle est à l'approche de la nuit et de la
pluie. L'électromèlre indiquait une forte tension électrique : malheu-
reusement le rapport n'en donne pas le signe. La rétrogradation de
l'hygromètre et les 2" d'ascension du thermomètre, sont pour nous
le signe certain que les vapeurs abaissées étaient puissamment rési-
neuses. La répulsion terrestre ne permet pas à ces vapeurs de se déposer
moléculairement sur les corps, comme font les vapeurs vitrées. De
même, les vapeurs résineuses qui sont très-raréfiées par la répulsion
terrestre , abandonnent plus de calorique latent pendant leur conden-
sation que les vapeurs vitrées, et relèvent ainsi la température au mo-
ment de leur condensation. A la suite de cette chute rapide du baro-
mètre , les ouragans et les tempêtes se déployèrent sur les côtes de
l'Océan et de la Méditerranée , sur les Alpes et les Pyrénées , sur les
pays voisins de Toulouse, tout en ménageant cette ville '.
174. Je pourrais citer un grand nombre d'exemples semblables,
je pourrais montrer que l'abaissement du baromètre suit toujours l'état
résineux des vapeurs, qu'il s'élève avec l'état vitré, mais nous les
croyons inutiles, puisqu'il suffit de consulter les registres d'observa-
tions. Nous terminerons par l'observation suivante de M. de Hum-
boldt ^ : (c En s'élevant depuis le niveau de la mer jusqu'au sommet
des Cordillères, on voit la tension électrique augmenter graduelle-
ment, tandis qu'au contraire on observe que le calorique et l'humi-
dité de l'air diminuent de plus en plus. . . . Dans les basses régions
équatoriales, depuis la mer j usqu'à 2000 mètres, les couches inférieures
de l'air sont peu chargées d'électricité j on a de la peine à en trouver
des signes après 1 0 h. du matin , même avec l'électromètre de Bennet.
Tout le fluide parait accumulé dans les nuages, ce qui cause de fré-
quentes explosions électriques, qui sont périodiques, généralement
deux heures après la culmination du soleil, au maximum de la chaleur
* Mém. acad. Toulouse, 1827,1, 109.
* Tableau physiqtie des rigions équinoxialei, ia-4° , 1807 , page 100.
ToM. XVIII. 16
122 SUR LES VARIATIONS
et quand les marées barométriques sont près de leur minimum. . . .
Entre les 1800 et 2000 mètres est la hauteur où dans les Andes les ex-
plosions électriques sont les plus fortes et les plus bruyantes; les
vallées de Caloto et de Popayan sont connues par la fréquence ef-
frayante de ces phénomènes. Au-dessus de 2000 mètres ils sont moins
fréquents et moins périodiques, mais il s'y forme beaucoup de grêle,
surtout à 3000 mètres d'élévation , l'air étant souvent et pour long-
temps chargé d'électricité négative , que Von ne trouve presque pas , ou
tout au plus pour quelques instants, au-dessous de 1000 mètres d^ élé-
vation »
Nous renvoyons à ce que nous avons dit § 135 à 137 (voyez aussi
§ 178) pour l'explication du silence des électromètres dans les régions
inférieures intertropicales j nous savons maintenant qu'outre l'humi-
dité de l'air qui permet peu d'isolation , il faut pour produire l'immo-
bilité des instruments que la tension résineuse des vapeurs au-dessus
du sol soit égale à celle de la terre. Nous ajouterons seulement que,
dans ces régions chaudes , il faut que la vapeur se soit élevée à une
certaine hauteur pour éprouver la condensation et la conduction élec-
trique nécessaires à la formation des nuages distincts et séparés en
couches superposées propres à la production des orages. Au-dessous ,
la vapeur résineuse y domine en trop grande abondance à l'état de
fluide élastique.
.'te
CHAPITRE X.
DE LA CAUSE DES VARIATIONS HORAIRES.
175. Les perturbations accidentelles nous ayant dévoilé la relation
de cause et d'effet qu'il y a entre l'état électrique des vapeurs et les
variations de la pression atmosphérique, nous devons rechercher main-
tenant si la pression périodique est dépendante de la même cause, ou
i-: BAROMÉTRIQUES. 123
s'il y a une cause spéciale pour cette forme régulière du même phé-
nomène. La vapeur élastique loin de son point de saturation conduit
mal l'électricité; les influences qui agissent sur elle déplacent peu
celle qu'elle contient , parce que les molécules trop éloignées les unes
des autres se transmettent difficilement leurs charges réciproques.
Mais à mesure qu'elle se condense , sa conduction augmente et l'élec-
tricité que chacune des particules a emportée et conservée, se répartit
alors différemment suivant les influences qui agissent sur elles. Pla-
cées au-dessus de la surface résineuse du globe, les vapeurs produites
pendant le jour et disséminées dans la couche inférieure de l'atmo-
sphère , deviennent inégalement électriques. Celles qui sont les plus
voisines du sol deviennent vitrées par son influence, et celles placées
au-dessus en sont plus résineuses.
1 76. Ces faits, que nous avons démontrés précédemment, étant bien
compris , plaçons-nous à l'équateur pour assister à la formation de ces
immenses quantités de vapeurs résineuses qui s'élèvent et se mêlent sans
cesse à l'air raréfié par la chaleur, puis à leur ascension commune.
L'ascension de cette ceinture de vapeurs et d'air chaud ne se fait pas
en ligne droite, comme un gaz renfermé dans un cylindre. Ses parois
ne sont pas verticales et tranchées , mais elles s'inclinent et s'ouvrent
de chaque côté, à mesure que ce mélange d'air et de vapeurs se refroi-
dit et pénètre dans un air dont la densité décroît. C'est vers 4 à 5000
mètres que, par sa raréfaction , l'air cesse de presser avec supériorité
contre cette atmosphère ascendante; c'est à partir de cette hauteur que
cette dernière s'incline fortement et finit par prendre une direction
tout à fait horizontale , se déversant ainsi de chaque côté et formant
un double courant supérieur de l'équateur vers l'un et vers l'autre pôle.
Le refroidissement et la raréfaction des couches supérieures détermi-
nent les limites que peuvent atteindre ces vapeurs et la couche atmo-
sphérique où se maintient le courant tropical. Au delà de cette zone ,
d'une grande épaisseur vers l'équateur, mais diminuant en s'appro-
chant des pôles, jusqu'à disparaître tout à fait, l'atmosphère reste
calme et ne peut être modifiée par cette série de phénomènes aqueux
124 SUR LES VARIATIONS
qui se passent au-dessous d'elle. La dilatation , ou le vide partiel de la
région inférieure qui résulte de cette ascension d'air, est continuelle-
ment rempli par l'air des régions voisines, plus pesant et plus froid,
qui vient immédiatement subir les mêmes influences de température
et d'humidité que les masses qui l'ont précédé et qu'il suit dans leur
marche ascendante. C'est ce mouvement atmosphérique des zones
tempérées vers la zone torride, qui produit ce courant constant qu'on
rencontre vers les tropiques et qu'on nomme vent alizé. Ce vent d'as-
piration est la reproduction en grand de celui qui pénètre dans le
tuyau de l'expérience rapportée aux % 111, 112 et 113.
177. La température de la zone équatoriale, variant peu dans le
courant du jour et de l'année, étant tenue très-élevée par les rayons
verticaux du soleil , pendant le jour, et le rayonnement de la chaleur
du sol et des mers, pendant la nuit, il en résulte que la production de
cette masse de vapeurs et d'air chaud n'éprouve que de légères rémit-
tences et se prête ainsi à une régularité de marche dans les phéno-
mènes que les régions extra-tropicales ne peuvent connaître.
178. Cette masse de vapeurs formées sous l'influence résineuse de
la terre, et qui est résineuse comme elle, enveloppe tous les corps pla-
cés à sa surface d'une tension homogène. C'est pourquoi nos électro-
mètres, instruments de différences, restent le plus souvent muets au
milieu de ces actions presque égales en tous sens, quelle que soit l'é-
nergie réelle de la tension des vapeurs. Près de la mer ou des terrains
humides, cette tension est encore affaiblie par la saturation de l'air, qui
est alors trop conducteur; de même l'humidité atténue les manifesta-
tions de nos instruments , en se déposant sur les substances isolantes j
il faut s'élever et s'éloigner du sol pour trouver un isolement plus con-
venable à la coercition électrique. Lorsque le soleil se rapproche de
l'horizon, et que la température baisse, la condensation des vapeurs
leur donne encore une meilleure conductibilité ; celles qui sont élevées
et qui gardaient leur tension pendant la haute température du jour, ne
le peuvent plus qu'en partie ; l'influence de la terre repousse l'électri-
cité résineuse vers les couches supérieures, et rend vitrées les couches
BAROMÉTRIQUES. 125
rapprochées de sa surface; elle les attire ensuite et les fait résoudre en
une rosée abondante qui humecte le sol comme le ferait une pluie réelle.
179. A partir du lever du soleil, la température s'élève et l'évapora-
tion augmente; cet effet se continue jusque vers 2, 3 ou 4 h. de l'après-
midi, selon le pays, la saison ou l'état de l'atmosphère. L'influence
que nous avons reconnue aux vapeurs résineuses sur la pression, devrait
donc faire baisser le baromètre dès les premières heures du jour, sans
une autre cause qui s'y oppose. Cet abaissement aurait lieu si un effet
dépendant des vapeurs de la veille, ne venait compenser et même
surpasser d'abord le premier allégement atmosphérique, comme nous
le dirons bientôt. A partir de 9 h. du matin, la chaleur augmentant
rapidement ainsi que les vapeurs résineuses , et la cause retardatrice
ayant disparu , l'action répulsive de la terre reprend toute sa puis-
sance ; non-seulement elle repousse ces vapeurs en masse comme un
corps chargé de la même électricité , mais encore elle augmente les
répulsions individuelles des molécules et allège ainsi le poids total de
la colonne, et la rend moins pesante sur le baromètre, §§ 89 à 97.
Aussi ce dernier, après avoir monté jusque vers 9 ou 10 h. du matin ,
commence à descendre faiblement d'abord, ensuite d'une manière
plus rapide, jusque vers 2 ou 3 h. de l'après-midi, où s'arrête en
général sa rétrogradation.
180. Pendant tout le temps que la température croît, le point de
saturation s'éloigne , et la vapeur est moins conductrice ; mais, lorsque
vers les 2 ou 3 h. de l'après-midi la température cesse de s'élever, les
nouvelles vapeurs produites augmentent la densité des précédentes, et
par suite leur donnent une meilleure conduction électrique. Dès cet in-
stant commence une nouvelle distribution de l'électricité résineuse qui
obéit plus facilement à l'action répulsive de la terre. Par l'influence de
cette dernière, cette électricité résineuse est repoussée vers les régions
moyennes, et les couches inférieures deviennent vitrées par rapporta
la surface du globe. Après cette transformation électrique, les vapeurs
inférieures devenues vitrées sont plus attirées, plus condensées que les
supérieures ne sont dilatées, à cause de leur éloignement d'une part et
126 SUR LES VARIATIONS
de l'action du globe à travers une couche vitrée de l'autre. La résul-
tante de ces pesanteurs inégales est une aggravation dans la pression
atmosphérique. Dans les premiers instants, lorsque, par suite de la
meilleure conduction, les vapeurs les plus inférieures deviennent vitrées
et plus pesantes, il s'en forme encore assez de nouvelles résineuses pour
compenser par leur répulsion l'attraction des premières; la pesanteur
totale ne varie pas alors, et le baromètre reste stationnaire; mais le so-
leil en s'inclinant davantage, fait baisser la température, l'évaporation
diminue, la condensation marche plus rapidement ainsi que les distri-
butions inégales d'électricité; la couche vitrée inférieure s'accroît en
épaisseur et en tension, la pression augmente et le baromètre monte
jusque vers les 9 ou 10 h. du soir,
181. Le refroidissement ayant augmenté la densité et la conduc-
tibilité des vapeurs , les couches inférieures , fortement vitrées , sont
puissamment attirées par les corps terrestres ; leur tension vitrée s'y
neutralise. Moins chargées alors de la même électricité, elles se repous-
sent moins, se rapprochent et se résolvent en rosée ou en bruine. La
pression serait amoindrie, aussitôt que se dépose la première couche
de rosée, s'il ne s'en formait pas d'autres ; mais, pendant que ces pre-
mières vapeurs se résolvent ainsi, d'autres condensations reproduisent
le même ordre de phénomènes et remplacent les premières résolutions
aqueuses. Pendant tout le temps que les condensations supérieures
marchent plus vite que les résolutions inférieures, le baromètre con-
tinue à monter et prolonge son mouvement jusque vers les 10 h. du
soir; à partir de cette époque, les résolutions de vapeurs inférieures
deviennent plus considérables que les condensations nouvelles n'en
reforment , la quantité de vapeur vitrée diminue avec elle , ainsi que
l'attraction terrestre, leur densité et enfin la pression qui en est le
résultat.
182. La suprématie de l'écoulement d'électricité vitrée, et la dimi-
nution de la pression qui en résulte, se fait sentir dès 10 ou 11 h. du
soir, et continue jusque vers les 3 ou 4 h. du matin. Cette diminution
de pression s'arrête dans sa marche lorsque les couches inférieures de
?. BAROMÉTRIQUES. 127
Tatmosphère ont déposé la plus grande partie de leurs vapeurs et perdu
leur tension vitrée. II arrive un moment où les couches inférieures ont
abandonné tout ce qu'elles pouvaient de leur électricité vitrée , pen-
dant que le refroidissement des couches supérieures continue à s'é-
tendre ; ces couches élevées se condensent et se prêtent à leur tour à
une nouvelle distribution électrique ^ mais en raison de leur élévation
et de l'isolement qui en résulte , l'électricité vitrée, que le globe y dé-
veloppe par influence, s'y maintient, la condensation a lieu et par
suite la pression augmente , quoique l'électromètre dévie moins que
dans les heures précédentes, puisque son obéissance dépend principa-
lement de la proximité des corps électrisés. Le baromètre au contraire,
instrument de totalité, indique ces nouvelles condensations en re-
montant dès 4 h. du matin.
183. A cette cause de condensation et de pression, il s'en joint
bientôt une nouvelle : c'est celle qui provient de l'effet des premiers
rayons solaires. Aussitôt que ces rayons frappent et dilatent les couches
supérieures de l'atmosphère, leur capacité augmente et les vapeurs
qui s'y trouvent disséminées à des condensations diverses, sont sou-
mises à une nouvelle évaporation ; les vapeurs qui étaient condensées
en vapeurs globulaires ou intermédiaires , repassent à l'état de vapeurs
élastiques, et elles y repassent sous la double influence de l'augmen-
tation de la température et des actions électriques contraires du
globe et de l'espace céleste. Deux causes président donc à ce change-
ment d'état : l'accroissement de la température et l'action puissante
et permanente des influences électriques. Cette dernière cause ne peut
transformer l'eau ou les globules aqueux des nuages en vapeur élasti-
que, qu'en prenant au reste du liquide ou du nuage tout le calorique
nécessaire à ce changement d'état ; différant en cela de la première
cause d'évaporation , l'élévation de la température, qui fournit aux
vapeurs élastiques nouvelles tout le calorique latent qui leur est
nécessaire. C'est donc à la nouvelle évaporation produite par la se-
conde cause , qu'est dû le refroidissement considérable qu'on remarque
à cette époque de la journée; refroidissement d'autant plusconsidé-
128 SUR LES VARIATIONS
rable, que la tension électrique y est plus grande elle-même, comme
il est facile de s'en assurer par l'observation directe sur un lieu élevé,
au moyen de notre électromètre. ;4>Jl((lï*iÉ|te
184. Les vapeurs inférieures se sont donc refroidies par le sup-
plément de calorique qu'elles ont fourni aux nouvelles vapeurs élas-
tiques, et elles sont aussi devenues plus vitrées, par la soustraction
de la tension résineuse que les nouvelles vapeurs lui enlèvent; elles
sont en conséquence plus attirées par le globe ; elles deviennent plus
denses, plus pesantes , et le baromètre remonte. Ces deux causes réu-
nies , le refroidissement de la couche inférieure et la tension vitrée
plus grande, produisent une ascension maximum dans le baromètre,
ascension qui ne s'arrête que vers 9 ou 10 h. du matin, lorsque le
réchauffement a atteint la surface du globe et qu'il y a excité de nou-
velles évaporations résineuses, qui neutralisent d'abord la tension
vitrée qui existe en ce moment. Mais bientôt, cette nouvelle vapeur
résineuse, croissant à mesure que la température du sol s'élève, se
répand dans l'atmosphère et lui communique sa tension et par suite
ses répulsions. Cette nouvelle vapeur et la couche d'air qu'elle rem-
plit, devenues l'une et l'autre plus légères matériellement par la ré-
pulsion du globe , la colonne de mercure descend et recommence la
même oscillation que la veille.
185. On peut juger par ce qui précède que la moindre altération
dans le rayonnement nocturne , fera disparaître de prime-abord le
minimum du matin ; et en effet , pour qu'il ait lieu , il faut que le
rayonnement nocturne soit assez intense et se prolonge suffisamment,
pour condenser dans une épaisseur notable la vapeur inférieure ,
de manière à la rendre tellement conductrice , que son électricité
s'écoule dans le sol , pendant qu'elle-même se dépose abondamment
en rosée. Si le rayonnement nocturne est arrêté ou seulement di-
minué, le refroidissement en devient moindre, et par suite la con-
densation et la conduction électrique; le minimum baissera moins, ou
ne sera marqué que par un temps d'arrêt dans la ligne ascendante :
c'est le cas le plus ordinaire dans les zones tempérées. Aussi a-t-on
BÂROMËTRIQUES. 129
remarqué que pendant les perturbations accidentelles, c'est ce mv-
nimum qui disparait le premier.
Il ressort de ce qui précède et de l'observation directe, que lorsque
la perturbation accidentelle tend vers l'abaissement du baromètre ,
le minimum du soir commence plus tôt et finit plus tard, tandis que
lorsque la marche du baromètre est ascendante , ce sont les maxima
qui commencent plus tôt et finissent plus tard '.
186. Cette succession des phénomènes aqueux et électriques qui
s'opèrent dans les 24 h., recommencerait donc chaque jour sans in-
terruption , s'il n'y avait pas des causes perturbatrices qui viennent
altérer cette marche régulière de la chaleur solaire et du rayonnement
nocturne. Mais celte grande régularité ne peut exister qu'entre les
tropiques, où la température change peu, où elle ne produit point
ces grandes différences dans la densité des vapeurs qui ont lieu dans les
zones extra-tropicales. Près de l'équateur, au niveau et près des mers,
la marche de la température se renferme dans 4 ou 5 degrés , tandis
qu'en s'enfonçant dans les continents ou dans les zones tempérées et
plus encore vers le N., la différence journalière pouvant s'étendre jus-
qu'à 15 et 20 degrés, ce n'est plus un dépôt de rosée qui en est la suite ,
c'est le plus souvent la formation des nuages, c'est de la pluie, du vent
et tout ce qui en découle. Il en est de même de l'humidité ; elle varie
peu dans la zonetorride; l'abondance des vapeurs maintient toujours
l'air près de son point de saturation, et le plus petit abaissement dans
la température produit des pluies considérables qui lui rendent bien-
tôt sa transparence , et permettent de nouveau les effets des rayonne-
ments calorifiques et la reproduction des phénomènes de la veille.
L'amplitude de l'oscillation thermométrique étant très- restreinte,
l'amplitude de l'oscillation barométrique devait l'être également ;
l'inégalité dans la distribution électrique , la coercition et la con-
servation de l'électricité autour des molécules et l'accroissement dans
la pression , sont des conséquences immédiates et médiates de la
' Voyez Raniond , 3« mena., S" partie, page 82.
ToM. XVIII. 17
130 SUR LES VARIATIONS
marche de la température , qui rend les vapeurs plus ou moins denses
et dès lors plus ou moins conductrices.
187. En s'éloignant des tropiques, la production des vapeurs
diurnes diminue ; les couches inférieures de l'atmosphère contiennent
moins de ces vapeurs primitives qui n'ont point encore abandonné
de leur électricité résineuse. En s'élevant, elles atteignent plutôt
une basse température qui les condense et leur donne une meilleure
conductibilité électrique. En même temps, elles ressentent l'influence
résineuse de haut en bas du courant qui a pris naissance entre les
tropiques ; il en résulte qu'à mesure qu'on s'avance vers les pôles ,
la couche des vapeurs primitives s'amincit et le refroidissement du
soir agit sur des quantités moins considérables , ce qui affaiblit le
mouvement horaire.
Le courant tropical étant plus élevé l'été que l'hiver , et la quan-
tité de vapeurs diurnes étant plus grande, l'amplitude des oscillations
augmente pendant la saison chaude et diminue pendant la saison
froide. En voici quelques exemples donnés par MM. Ksemtz, Bou-
vard , Chiminello , Hâllstrôm. On remarquera que l'époque du
maximum dans l'amplitude , varie beaucoup suivant la position
géographique ' :
mm. mm. mm. mm.
A Halle, hiver, 0,438; printemps 0,453; été 0,498; automne, 0,519.
A Paris, 0,801, 0,843, 0,797,3, 0,581,6.
A Padoue, 0,494, 0,553, 0,575, 0,403.
A Abo, 0,740, 1,074, 0,965,5, 0,900.
* Météorologie de Kœmtz ,\\,11Q. Mém. acad. sc.,^dit\&, 1827, et tous les tableaux de météo-
rologie.
L'observation de M. Martins ( Compte rend., 1844, t. XVIII, p. 440) sur l'antagonisme qui existe
entre la variation diurne et l'oscillation mensuelle, trouve son explication dans ce qui précède.
La régularité dans la production des quantités de vapeurs sous les tropiques; la régularité des
influences électriques de bas en haut, dans une région qui déverse continuellement ses vapeurs sur
l'un ou l'autre hémisphère ; la régularité des retours thermiques et conséquemment des retours dans
la condensation des vapeurs diurnes et dans leur conduction électrique : ces retours égaux , se re-
nouvelant chaque jour de l'année, occasionnent une oscillation uniforme dans le maximum de la
variation horaire de la pression atmosphérique. Cette régularité dans les retours thermiques re-
produisant des réactions égales toute l'année , ne peut donner de grandes différences mensuelles.
BAROMÉTRIQUES. 131
CHAPITRE XI.
, >._i
DE LA CiiUSE DE L INEGALE PRESSIOn ATMOSPIIERIQUE SUIVART LA LATITUDE.
188. En suivant la marche du courant tropical vers les régions
tempérées et froides , en suivant les transformations aqueuses et élec-
triques qui nous ont dévoilé la cause des variations accidentelles et
En dehors des tropiques, les phénomènes se compliquent. L'évaporation diminue en raison de
l'abaissement de la température; cette évaporation, en outre, ne s'y fait plus sous les mêmes con-
ditions que celles qui existent sous la zone équatorialc; la vapeur elle-même éprouve des influences
nouvelles à peu près inconnues dans la zone torride.
Le courant qui résulte des vapeurs tropicales est un élément nouveau qui possède une force
agissant de haut en bas, avec une puissance qui croit ù mesuré qu'il s'avance vers les hautes la-
titudes, qu'il se rapproche du sol et qu'il agit sur de moindres quantités de vapeurs. Sous cette
nouvelle influence, les vapeurs diurnes, disséminées dans l'espace qui sépare la surface du globe
de ce courant, sont nécessairement massées en trois couches distinctes , comme nous l'avons dit
§ i03, 106 et 121 ; il en résulte que les changements de la température pendant l'espace d'un
jour , et dont l'amplitude d'oscillation augmente avec la latitude, ne réagissent plus sur une masse
de vapeurs h peu près uniforme; ils réagissent sur des couches limitées, chargées inégalement
d'électricité de signes difl'érents. Le résultat dans la pression ne peut plus être alors qu'une diffé-
rence entre les condensations d'une couche et les dilatations de la couche suivante ; il ne peut
plus être la somme de tous les efl'ets produits, comme cela a lieu sur les masses plus uniformes
des vapeurs tropicales. Cette difliérence dans la pression , qui est d'abord en faveur de la couche
de vapeur près du sol , diminue à mesure qu'on s'avance vers le cercle polaire ; le courant tro-
pical, en s'abaissant, laisse un moindre intervalle à la dissémination des vapeurs diurnes. Son ac-
tion agit alors plus directement sur la surface du globe, dont il change souvent le signe électrique
par la prédominance de sa puissante tension négative ou résineuse. Telles sont les causes de l'an-
tagonisme de l'amplitude des oscillations diurnes et mensuelles.
La diversité des effets qu'on remarque entre les contrées océaniques et les contrées centrales et
orientales, découle des mêmes causes. Dans les contrées océaniques et occidentales, l'amplitude
dans l'oscillation thermique est plus faible, il est vrai , mais elle agit sur une masse considérable de
vapeurs provenant des mers ; la distribution de l'électricité produit , dans ces vapeurs nombreuses,
toutes les condensations et les dilatations que nous avons reconnues plus haut, S 155 à 145, pour
être la cause des inégalités dans la pression atmosphérique. Dans les contrées centrales, l'ampli-
tude des oscillations thermiques y est plus grande, mais elle n'agit que sur les faibles quantités
de vapeurs locales, ou sur celles du courant tropical surbaissé qui se résolvent en gros nuages
132 SUR LES VARIATIONS
périodiques , nous allons également retrouver celle des variations dans
la pression atmosphérique suivant la latitude, et nous verrons qu'elle
ressort du même principe, modifié seulement par des circonstances
secondaires.
189. Les vapeurs résineuses qui forment le courant tropical, éprou-
vent , en s'avançant vers les pôles , tous les degrés de condensation et
par suite de conduction électrique que nous avons trouvés par le re-
froidissement de la nuit. Les vapeurs que le courant entraîne se con-
densent à mesure qu'elles s'éloignent des régions chaudes, et leur
conduction s'en accroît, comme elle s'était accrue par le refroidisse-
ment nocturne. Les couches inférieures de ce courant deviennent
moins résineuses sous l'influence terrestre, et les couches supérieures
deviennent plus résineuses ; de même que nous avons trouvé ce partage
inégal de l'électricité des vapeurs dans la période diurne. Cependant,
quoique le principe soit le même, le résultat en est modifié par trois
circonstances particulières dont il faut tenir compte. La première
découle de la moindre influence du globe sur les vapeurs du courant
tropical que sur celles interposées entre ce dernier et la surface ter-
restre; la seconde provient de ce que les unes s'avancent vers les pôles,
tandis que les autres restent stationnaires ; la troisième enfin dépend
de la portion de l'atmosphère que ces masses de vapeurs occupent.
190. L'influence de la terre sur des vapeurs disposées dans une
couche placée entre 4 et 8000 mètres d'élévation , ne peut produire un
effet aussi énergique que celui qu'elle produit sur celles qui sont dis-
posées près d'elle. L'électricité résineuse du courant éprouve l'in-
fluence répulsive du globe , elle est repoussée vers les couches les plus
élevées, mais elle ne l'est qu'en raison de l'énergie d'action qui peut
l'atteindre; cette influence du globe n'est plus assez puissante à cette
distance pour donner à la portion la plus basse de ce courant, une
gris, en pluies tempétueuses et accidentelles, accompagnées de vents violents. Ces états particu-
liers des contrées centrales , occasionnent de grandes amplitudes dans les perturbations acciden-
telles et dans celles des saisons, mais ne peuvent produire ces oscillations régulières des tropiques
ou des contrées océaniques.
BAROMÉTRIQUES. 153
tension résineuse inférieure à la sienne, c'est-à-dire, pour la rendre
vitrée par rapport à lui ; tout le courant reste alors résineux, mais il
l'est moins dans sa couche inférieure que dans la supérieure, et ce sont
les couches les plus élevées , celles qui se résoudront les dernières , qui
possèdent et gardent la plus haute tension résineuse.
191 . II en est autrement des vapeurs diurnes qui sont placées près
de sa surface : la proximité de position rend l'influence du globe
considérable, et la tension résineuse des vapeurs est repoussée avec
assez d'énergie vers les portions élevées, pour laisser aux vapeurs les
plus abaissées une tension moindre que celle delà terre, ce qui les
rend vitrées par rapport à elle. De cette différence dans l'intensité
d'une même action , résulte une différence très-notable dans les
effets , comme nous le verrons.
192. La seconde circonstance qui altère les résultats , est celle
qui provient de la stabilité des vapeurs diurnes et de la progression
des vapeurs tropicales. C'est la marche du soleil qui amène des
changements dans la température des premières, qui les condense
la nuit, les dilate et les révaporise le jour suivant; c'est la progres-
sion des vapeurs tropicales vers les pôles qui occasionne leur refroi-
dissement et leur condensation , sans retour vers un réchauffement
et une dilatation nouvelle. Quoi qu'il en soit, que l'abaissement de
la température soit le produit de l'entraînement des vapeurs loin du
soleil par la rotation diurne , ou qu'il soit le produit de l'entraine-
ment des vapeurs loin du soleil , par le courant qui les porte vers
les pôles , le résultat est le même sous le rapport de la condensation
et de la distribution inégale de l'électricité.
193. La troisième circonstance qui différencie les résultats, con-
siste en ce que les effets analogues résultent du temps dans les vapeurs
diurnes, et de l'espace dans les vapeurs tropicales. Et en effet, c'est
aux mêmes heures que se reproduisent les mêmes phénomènes de
maximum et de minimum dans les vapeurs diurnes, parce que c'est
aux mêmes heures que la rotation du globe présente les mêmes
plages à la chaleur solaire , ou aux rayonnements noctures ; tandis
154 SUR LES VARIATIONS
que le refroidissement, la condensation et l'abaissement des vapeurs
du courant tropical , dépendent de la latitude et ne sont que légère-
ment influencés par le mouvement diurne. En faisant abstraction de
l'influence des saisons, on trouve qu'à une latitude donnée, la même
portion du phénomène général se reproduit sans cesse, comme celle
du phénomène périodique se reproduit à une heure donnée. C'est la
continuité du courant qui reproduit la continuité du phénomène
latitudinal , comme c'est l'évaporation et la condensation renouvelées
chaque jour , qui amènent aux mêmes heures la même portion du
phénomène. Il faut rester sous le même degré de latitude pour obtenir
un phénomène constant; il faudrait rester sous la même heure astro-
nomique, c'est-à-dire, rester suspendu près du globe sans partager sa
rotation, pour conserver la même portion du phénomène horaire.
194. En s'avançant vers les pôles , les vapeurs du courant tropical
éprouvent plusieurs altérations qui déterminent leur abaissement et
leur résolution. Le refroidissement est la première et la plus puissante,
il fait perdre au courant, dès les premiers jours , une quantité considé-
rable des vapeurs qui le constituent, et par leur condensation il produit
son abaissement successif pendant sa progression vers les pôles , en
même temps que les résolutions de ses vapeurs diminuent son épais-
seur. Ce courant, chargé d'une haute tension résineuse, agit de haut
en bas sur les vapeurs diurnes qui s'épanchent chaque jour dans l'es-
pace intermédiaire; il rend vitrées celles qui s'élèvent jusque dans la
sphère de son influence; et, lorsqu'elles se globulisent, on les recon-
naît à leur blancheur et à leur élévation; elles forment ces stries, ces
pommelures blanches, ou ces beaux cumulo-slrati plus ou moins
brillants, tandis qu'au-dessous s'étendent de longues traînées grises,
baveuses et mal définies. La gravité de ces nuages blancs s'oppose à
leur ascension en masse vers les couches résineuses qui les attirent;
ce n'est qu'en repassant à l'état de fluide élastique que leur vapeur
reprend une légèreté suffisante et peut aller neutraliser la couche qui
leur est la plus voisine.
195. La seule interposition de ces vapeurs vitrées entre le courant
BAROMÉTRIQUES. 135
tropical et le globe , suffit pour changer les rapports répulsifs du pre-
mier (voytîz § 145 et sa note, et §§ 89 à 97 ). Ce nuage blanc interposé,
agissant comme corps vitré placé près d'une masse de petits corps ré-
sineux et indépendants , eu atténue par son attraction les répulsions
intérieures; de même que l'influence résineuse du courant atténue les
répulsions intérieures des molécules vitrées du nuage. La conséquence
de cette double influence est une augmentation dans la pression ; d'a-
bord l'électricité résineuse du courant étant en partie neutralisée par
cette électricité vitrée du nuage , le globe les repousse moins et leurs
molécules se repoussent moins entre elles ; il en résulte une densité et
une pression plus grande. De leur côté les vapeurs vitrées sont aussi
devenues plus denses et sont moins vitrées pour le globe ; en consé-
quence elles sont moins attirées et leur pression diminue; mais ce
qu elles ont perdu en attraction, elles l'ont retrouvé en densité et en
pesanteur matérielle. Le résultat final est une aggravation dans la
pression totale, provenant de la moindre répulsion des vapeurs rési-
neuses du courant et de leur plus grande densité; ce premier résultat
en produit bientôt un second , c'est celui de leur abaissement et des
nouvelles neutralisations suivies de résolutions.
196. Le refroidissement du courant tropical , sa condensation, l'i-
négale distribution de son électricité, ne suivent pas toujours une
marche régulière des tropiques aux pôles; ces effets sont fortement
modifiés par l'influence des causes locales. Suivant qu'il passe au-
dessus des régions chaudes et arides , ou des régions tempérées et hu-
mides, l'air interposé sera sec, et ses vapeurs bien isolées, ou il sera
humide et ses vapeurs seront conductrices. Dans le premier cas, le
courant supérieur sera moins refroidi , il aura moins de ses vapeurs
neutralisées , il descendra moins et traversera ces contrées sans y ver-
ser aucune pluie comme on le voit au-dessus des déserts de sable de
l'Afrique. Le contraire arrive dans le second cas; les échanges plus
faciles avec les vapeurs inférieures atténuent sa tension générale, il
s'abaisse, se neutralise encore , une partie de ses vapeurs se résout et la
pluie est abondante ; c'est ce qu'on remarque sur mer et près des côtes.
156 SUR LES VARIATIONS
197. Au-dessus des continents fertiles, les rayonnements électriques
y sont plus nombreux, plus faciles qu'au-dessus des plaines arides;
les vapeurs du courant tropical en les traversant, y éprouvent plus de
neutralisations et dès lors plus de résolutions aqueuses. Les montagnes
sont encore des causes d'accélération ; ce sont de véritables pointes d'où
l'électricité contraire rayonne vers les vapeurs supérieures , elle les
neutralise, leur enlève un élément de répulsion intérieure et abrège
ainsi leur résolution.
1 98. Le refroidissement n'est pas le seul élément de la condensation
des vapeurs résineuses supérieures, pendant leur progression vers les
pôles, elles s'avancent toutes vers un point , vers l'axe du cercle qu'el-
les abandonnent : leur température se conserverait uniforme et les
netitralisations électriques ne les atteindraient pas, que cette seule
progression vers un centre , en les condensant au delà de toute pro-
portion , provoquerait leur résolution. Cette cause est spéciale à ce
phénomène, et elle entre pour une grande partie dans le résultat final.
La dépression de l'atmosphère inférieure qui s'avance vers l'équa-
teur, pour remplacer le courant ascendant, est encore une cause d'a-
baissement et de résolution qui n'appartient qu'à ce phénomène.
199. Pendant l'été , le point de départ des vapeurs tropicales étant
rapproché du pôle, et la température se maintenant élevée jusqu'à
une haute latitude, le refroidissement agit moins et laisse une plus
grande part d'action à la diminution de l'aire sphérique et à la dépres-
sion des couches inférieures. Elles arrivent en abondance jusque vers
le 75 et 78^ degré, et portent dans ces régions extrêmes leur haute ten-
sion résineuse et leurs tempêtes. Au solstice d'hiver au contraire , ce
courant ayant pris son origine à près de 20 degrés au delà de l'équa-
teur, le refroidissement et les neutralisations électriques en ont dé-
pouillé l'atmosphère dans une plus grande proportion , et elles termi-
nent leur course vers le 60*^ degré dans un cercle plus étendu et d'une
manière moins violente ; dans les hautes latitudes, l'hiver est l'époque
des calmes, comme l'été est celle des coups de vents et des tempêtes.
200. Voyons maintenant les modifications qui se passent dans le
BAROMÉTRIQUES. lîW
sein de ce courant par le seul effet du refroidissement et des distribu-
tions de son électricité, sans avoir égard aux différentes perturbations
locales et passagères qu'il éprouve.
L'abaissement dans la température du courant tropical en condense
les vapeurs et les rend plus conductrices, les couches supérieures en
acquièrent une plus haute tension résineuse au détriment des couches
inférieures. L'action répulsive du globe diminuant avec la distance ,
il en résulte que la portion d'électricité résineuse repoussée, allège
moins les vapeurs qui la reçoivent, qu'elle n'allégeait les vapeurs in-
férieures. En tenant compte de la différence de la pesanteur, on trouve
qu'à quantité égale d'électricité résineuse, les molécules des vapeurs
supérieures pèsent matériellement plus que les vapeurs inférieures.
201. Ce déplacement d'une quantité d'électricité résineuse, quoi-
qu'insuffisant pour rendre vitrée la couche inférieure, n'en produit
pas moins le même effet , celui d'une moindre répulsion totale et d'une
moindre dilatation intérieure. Quel que soit le degré delà tension des
couches inférieures , dès l'instant qu'elle a été amoindrie, la pesanteur
s'en est accrue ; le premier effet que doit produire cette inégale distri-
bution de l'électricité résineuse dans le courant tropical , sera donc
une augmentation dans la pression générale ; cette augmentation
dans la pression s'observe presque toujours aussitôt que les couches
supérieures s'opalisent,et même avant que cet état se manifeste à nos
yeux. On voit le baromètre s'arrêter d'abord dans sa marche descen-
dante, puis remonter aussitôt que la formation des nuages indique une
nouvelle et inégale distribution électrique.
202. A l'origine du courant tropical , l'espace qui le sépare de
la surface du globe est considérable; sa limite inférieure est au moins
à 6,000 mètres. C'est dans ce vaste espace que les vapeurs diurnes
se dispersent et ont toute liberté de s'agglomérer en couches épais-
ses, ou en masses limitées, chargées d'électricités différentes, selon
leur dépendance de l'influence du globe ou du courant supérieur.
Les trois couches qu'elles forment sont alors bien distinctes et bien
espacées : la couche vitrée inférieure qui n'est visible que sous la
Ton. XVIII. 18
138 SUfi LES VARIATIONS
forme de brouillard, mais qui est toujours sensible à l'hygromètre et
à l'électromètre; la couche moyenne résineuse , réceptacle des vapeurs
repoussées de bas en haut par le globe , et des vapeurs repoussées de
haut en bas par le courant tropical ; enfin la couche vitrée supérieure,
revêtant toujours la forme de nuages blancs, lorsque ses vapeurs sont
globulisées. Toutes ces couches prennent des dimensions d'autant plus
grandes que le courant tropical est plus haut ', et elles laissent assez
d'espace entre elles pour être isolées et conserver à peu près leur ten-
sion. Ainsi vers l'origine de ce courant , lorsque ses vapeurs sont en-
core très-élevées, la pesanteur s'accroît pendant leur progression :
1" Par la répulsion de l'électricité résineuse vers les couches les
plus élevées ;
2° Par l'interposition d'épaisses couches de vapeurs vitrées ;
3" Par la résolution d'une partie des vapeurs résineuses qui sont
neutralisées.
203. Tant que les vapeurs font partie du courant tropical , elles ne
peuvent se transformer en vapeurs globulaires, comme les vapeurs
placées au-dessous : étant dispersées dans une atmosphère très-raré-
fiée et n'ayant qu'une faible pression au-dessus d'elles, elles sont trop
peu condensées pour subir cette transformation ; à ces causes vient
se joindre celle de la répulsion terrestre qui rend les vapeurs rési-
neuses plus rares, plus légères et moins conglomérantes. Ce n'est que
lorsqu'elles se sont abaissées dans les couches plus denses de l'atmos-
phère , lorsqu'elles ont subi l'influence d'une plus grande pression et
de neutralisations successives, qu'elles peuvent enfin atteindre la con-
densation nécessaire à la globulisation. Leur abaissement dérivede trois
causes : le refroidissement qui les condense et les rend plus pesantes;
* Les orages sont d'autant plus considérables que cet espace est plus étendu. Il faut pour former
un orage, une épaisse couche de cumuli blancs bien séparés des nues d'un gris de plomb par
un espace isolant. Moins cet espace sera étendu, moins les cumuli blancs auront d'épaisseur et de
tension électrique, et moins les orages seront nombreux et violents; c'est pourquoi l'hiver et les
hautes latitudes en ont peu ou n'en ont pas ; le courant tropical est alors trop près du sol. Les ora-
ges ne se forment qu'au moment où les cumuli blancs s'abaissent par l'augmentation de leur poids,
et entrent dans la sphère d'activité de l'électricité résineuse des nues plombées.
BAROMÉTRIQUES. fW
la neutralisation d'une portion do leur électricité résineuse par les va-
peurs vitrées inférieures, neutralisation qui permet à leurs molécules
de se rapprocher et de se condenser; enfin leur agglomération en s'a-
vançant vers une aire plus restreinte. Leur tension résineuse, aug-
mentée par l'influence de celle du globe, s'oppose plus long-temps
à leur rapprochement globulaire, tandis qu'à pesanteur égale, l'at-
traction du globe diminuant l'intensité de lu répulsion intérieure des
vapeurs vitrées, facilite cette agglomération globulaire.
204. A mesure que ce courant s'avance vers le N., et qu'il s'a-
baisse , l'espace intermédiaire diminue ; les vapeurs diurnes y sont
moins abondantes , l'influence résineuse de la terre sur le courant
augmente , et dès lors elle affaiblit l'action qu'il exerçait sur les va-
peurs inférieures; la couche vitrée supérieure s'amoindrit et n'est le
plus souvent qu'un strate assez mince , comme on le voit l'hiver dans
les régions tempérées. Aussi voit-on ces épais strates brillants , ces
gros cumuli superposés, disparaître peu à peu, et ne laisser entre le
courant et le globe que de légères couches blanches, plus rappro-
chées du sol. Par suite de ce rapprochement du courant tropical ,
et de la haute tension résineuse que ses vapeurs ont acquise par les
transformations successives de ces couches inférieures , ces vapeurs
conservent toujours une raréfaction plus grande que ne le comporte
leur pesanteur, elles pèsent moins que le volume d'air ou de vapeurs
vitrées qu'elles déplacent.
205. En résumé, l'abondance des vapeurs résineuses vers l'équa-
teur allège la pression ; puis, en s'avançant vers les tropiques et le dé-
passant, la pression a augmenté en raison de la quantité qu'on en a vue
se résoudre et de l'inégale distribution de leur électricité , qui a rendu
moins résineuse la couche la plus voisine du globe. A cette cause,
propre au courant tropical , se sont ajoutées les influences secondaires
des vapeurs diurnes, de leur distribution et de leurs tensions propres,
donnant pour résultante une plus grande pression. Ces influences se-
condaires, s'afTaiblissant peu à peu pendant la progression , les réac-
tions contraires du courant tropical et du globe deviennent plus in-
140 SUR LES VARIATIONS
tenses en se rapprochant; elles diminuent la pression en rendant plus
légère la -vapeur résineuse du courant. De cette succession d'effets,
il résulte que l'augmentation de pression, après avoir atteint un
maximum du 30 au 33«^ degré de latitude , s'arrête et rétrograde d'une
manière continue, avec une rapidité variable jusqu'à un minimum
que nous allons indiquer.
Cette décroissance , très- faible d'abord, augmente quelque peu vers
le 45*^ degré, mais ce n'est qu'après le 50*^ que sa marche est plus rapide,
et enfin c'est vers le 65'' degré de latitude qu'elle parait avoir atteint
son dernier terme. Au delà de cette région, la pression s'accroît de nou-
veau pour continuer probablement jusqu'au pôle.
206. Dès l'instant que les vapeurs sont assez condensées pour se
masser en nuages , la neutralisation électrique s'y opère plus facile-
ment au moyen de la charge périphérique qui les entoure. La résolu-
tion des vapeurs s'en accélère et l'épaisseur du courant diminue rapi-
dement. Dans les latitudes élevées, l'état le plus ordinaire des particules
de vapeur est l'état solide ', toutes se gèlent et s'agglomèrent sous un
grand nombre déformes; ayant perdu leur liquidité, les vapeurs re-
passent moins facilement à l'état de pur fluide élastique; ce sont des
particules plus ou moins composées et non la molécule élémentaire
qui composent l'eau suspendue dans ces régions froides. Les nom-
breux halos, couronnes, parhélies, parasélènes, etc., indiquent assez
leur état d'agglomération glacée ; de plus, l'état solide se prête moins
bien à la conduction électrique ; chacun des agglomérats peut conser-
ver une bien plus haute tension avant d'en laisser écouler une portion .
Dès lors, les neutralisations latentes et particulières diminuent, elles
ne peuvent plus avoir lieu que par le moyen des décharges en masse.
207. Les relations des navigateurs constatent cette déduction. Les
décharges tempétueuses sont les compagnes assidues des averses de
grésil ou d'agglomérats glacés dans les régions polaires. Ce n'est que
la neige pennée et à larges flocons qui tombe sans tourmente atmo-
sphérique ; elle est vitrée et conséquemment chacun de ses flocons est
attiré pour son propre compte , tandis que les agglomérats résineux
BAROMÉTRIQUES. 141
ne se déchargent que par l'excès de leur tension sur celle de la terre.
La multiplicité du ces résolutions réduit enfin le courant tropical aux
plus minimes proportions, il n'en reste plus que les spicules glacés les
plus chargés d'électricité résineuse et les plus long-temps repoussés.
Arrivant de toutes parts près du pôle, ces résolutions s'y déchar-
gent enfin et produisent un phénomène nouveau (l'aurore polaire)
que nous avons indiqué dans un mémoire publié dans le 14*^ numéro
des Archives de Véleclricité.
208. A mesure que ces résolutions s'opèrent , l'air remplace les
vapeurs; plus lourd qu'elles et dépouillé de son électricité d'em-
prunt , il pèse davantage et le baromètre remonte. A partir du 66^
ou du 67^ degré , l'atmosphère supérieure est pure , et ce n'est que
près do la surface du globe qu'on voit des brumes épaisses dans les
mois d'été. Gîs brumes ont une hauteur très-limitée , et à peine at-
teignent elles lu tète des mâts '. Mais près des pôles, pendant l'été ,
ou dans ces mômes latitudes , vers le solstice d'hiver , les brumes dis-
paraissent et laissent à l'air seul la fonction de peser sur le baro-
mètre. Ce dernier remonte rapidement et on le trouve à 758"^ sur
les côtes du Spitzberg , quoique cette moyenne soit le résultat des
observations de l'été, époque des brumes et du restant du courant
tropical , qui atteint ces régions. Dans l'hiver le baromètre doit s'y
maintenir plus haut, comme il se maintient à la même latitude
dans des lieux où l'on a fait des observations d'hiver.
209. Pour compléter nos démonstrations , il faudrait rapporter
quelques exemples d'observations simultanées des influences électri-
ques des tempêtes et des pressions barométriques dans les hautes la-
titudes. Malheureusement les tableaux des observations faites dans
ces parages manquent presque totalement d'indications électriques ; à
défaut de ces observations directes, nous pouvons cependant induire
quelquefois l'état électrique des nuages par les autres phénomènes
que nous savons en être la conséquence. C'est ainsi que la couleur
' Cap. Ross etScoresby, ilmenc. ;'our., XIV, 379. .viJitf-
142 SUR LES VARIATIONS
plombée des nuages et la brusquerie des vents sont pour nous l'indice
certain d'une haute tension résineuse; la rapidité avec laquelle descend
le baromètre malgré le froid , à l'approche d'une tempête , et son as-
cension rapide aussitôt que les rafales , la pluie ou le grésil ont com-
mencé à produire des neutralisations électriques , nous indiquent aussi
la puissance de la tension résineuse des vapeurs supérieures. Pendant
notre séjour sur le Faulhorn, nous avons eu du 26 au 31 juillet 1842,
une succession d'averses de neige et de grésil qui vinrent constater les
faits précédents ; toutes les fois que le nuage était blanc , il ne donnait
qu'une neige légère bien cristallisée , et les signes étaient vitrés ; mais
aussitôt que la nue qui nous enveloppait ou nous dominait était grise,
c'était du grésil ou des agglomérats neigeux qui tombaient; les signes
étaient alors puissamment résineux et le vent se déchaînait par ra-
fales.
210. Toutes les fois que les relations notent la brusquerie du vent,
la couleur plombée ou ardoisée des nuages , il y a certitude que leurs
vapeurs sont puissamment résineuses. Les nuages vitrés abaissés près
du sol ne déploient jamais ni la brusquerie , ni la violence des nuages
résineux ; attirés dans leur totalité et dans leurs molécules , leur
électricité rayonne de tous les points vers le globe résineux avec
lequel elle se neutralise ; tandis que les nuages résineux ne peuvent
perdre leur électricité par des décharges d'ensemble , que lorsque leur
tension périphérique étant plus grande que la portion subterposée du
sol , elle la rend neutre ou vitrée et s'y décharge par masse et non par
rayonnement individuel. jun
211. En résumant ce qui précède, on voit les mêmes effets pro*
duits ou par la rotation diurne , qui fait succéder la fraîcheur des nuits
à la température du jour , ou par le transport le long d'un méridien
vers les régions glacées. La cause est la même : le refroidissement des
vapeurs suivi de leur condensation, d'une meilleure conduction élec-
trique, de l'inégale distribution de l'électricité qui altère alors la
pression en la rendant plus grande ou plus petite , suivant qu'elle a
rendu les vapeurs vitrées ou résineuses. Quelle que soit la cause du re-
BAROMÉTRIQUES. 143
froid issement, que ce soit par l'absence du soleil, par la marche des
saisons ou enfin par le transport des vapeurs dans les climats polaires,
le résultat est complètement le même.
CHAPITRE XII.
DE LA C\OSE DES VARUTIOUTS DANS LA PRESSION ATMOSPHERIQUE A LA
HAUTEVR DES NEIGES PERPETUELLES.
212. Les faits précédents conduisent à prévoir les différences qui
doivent exister entre les résultats obtenus au-dessous des vapeurs
diurnes et ceux qui se passent au-dessus. Lors même que l'on n'aurait
pas d'observations directes qui pussent constater les variations de la
pression à la hauteur des neiges perpétuelles , on pourrait les déduire
de tout ce que nous avons démontré dans les chapitres précédents.
On a vu que suivant les transformations des vapeurs diurnes , dis-
séminées dans l'atmosphère inférieure , le baromètre éprouvait des
pressions différentes : il descend lorsque les vapeurs résineuses pré-
dominent; il monte lorsque ce sont les vapeurs vitrées : son ascension
est d'autant plus grande que l'épaisseur ou la tension de la couche
vitrée est plus considérable. Tout observateur qui aura suivi la cor-
rélation de ces deux ordres de phénomènes , ne pourra douter de leur
lien de cause et d'effet. La conséquence de ces observations est qu'en
s élevant dans l'atmosphère , on se soustrait successivement aux varia-
tions des couches inférieures, et que lorsqu'on est arrivé à la hauteur
que les vapeurs diurnes n'atteignent pas, ou qu'elles n'atteignent qu'en
petites quantités , les variations de pression qui en dépendent , s'écar-
tent de celles des plaines.
213. En effet, les variations de la pression qui dépendent de l'iné-
gale distribution de l'électricité dans les vapeurs de la journée, ne
lU SUR LES VARIATIONS
peuvent se retrouver dans les couches de l'atmosphère qu'elles n'attei-
gnent pas. Les vapeurs résineuses du milieu de la journée ne peuvent
alléger la pression sur un baromètre placé au-dessus d'elles, et la petite
quantité qui parvient à la hauteur de 3,000 mètres à notre latitude ,
a déjà subi un grand refroidissement, une grande condensation et une
meilleure conduction électrique. A cette hauteur, ces vapeurs se trou-
vent sous l'influence du courant tropical, et deviennent en consé-
quence vitrées. C'est au-dessous de cette limite , qu'en général , se
tiennent les vapeurs résineuses. A 3,000 mètres d'élévation , vers les
45^ et 48^ degrés de latitude, on domine le plus ordinairement les
strates gris et l'on est sous l'influence des cumuli blancs.
C'est pour ce motif que les signes vitrés sont si puissants sur le som-
met des hautes montagnes, et que, le plus souvent, ces montagnes pro-
duisent un fumage gris et cendré: les signes contraires, c'est-à-dire
les signes résineux des instruments et le fumage blanc des montagnes
très-élevées , sont des exceptions à la marche ordinaire des phéno-
mènes; exception pour les beaux jours de l'été, mais dont le nombre
s'accroît en s'avançant dans l'hiver et lors de l'abaissement du courant
tropical. Lorsque dans l'été, on voit les sommets produire un fumage
blanc vitré , il y a certitude qu'une masse de vapeurs tropicales s'est
abaissée jusqu'au point de les envelopper de sa puissante tension rési-
neuse, et que des tempêtes sont imminentes.
214. L'effet immédiat qui ressort de cet état normal, de l'état vitré ou
positif des vapeurs diurnes qui s'élèvent à la hauteur d'environ 3,000
mètres et qui sont poussées par le vent au-dessus du sommet des hautes
montagnes, c'est d'abord d'atténuer l'influence résineuse du globe sur les
vapeurs du courant tropical (§ 1 45 et sa note) ; c'est ensuite de rendre ces
vapeurs moins répulsives entre elles, en attirant à la périphérie leur élec-
tricité spéciale; de les rendre plus denses et enfin plus pesantes. Une por-
tion de ces vapeurs vitrées, souvent massées en nuages blancs, attirée par
la tension contraire du courant supérieur , ne peut cependant monter
jusqu'à lui : d'abord sa gravité s'y oppose ; de plus, les vapeurs du cou-
rant tropical ne forment point des corps, ayant toute leur électricité à la
BAROMÉTRIQUES. tm
périphérie ; elles sont au contraire à l'état de fluide élastique, dans une
région atmosphérique déjà fort raréfiée , qui permet à leurs particules
de garder leur propre tension résineuse. L'action totale est alors la
somme de toutes ces actions individuelles , partant d'autant de points
différents qu'il y a de particules de vapeur , et non d'actions rappro-
chées et solidaires, comme le serait celle qui partirait de la sphère
électrique d'un corps conducteur. Ce n'est donc qu'en repassant à
l'état de fluide élastique que les nuages blancs, nageant au-dessous de
ce courant, peuvent monter jusqu'à lui et en neutraliser les vapeurs
de la zone inférieure. En observant du sommet des montagnes la réva-
poration des cumuli blancs, on voit leur superficie supérieure prendre
un blanc plus éclatant , s'allonger en stries panachées vibrantes et dis-
paraître dans l'espace; on voit en même temps leurs portions infé-
rieures perdre leur éclat, se ternir, prendre une teinte grise et descendre
dans l'espace intermédiaire ; ou bien encore , si l'électricité restante
n'est plus suffisante pour leur donner la légèreté nécessaire à leur sus-
pension, on les voit se condenser et tomber en une bruine fine dans les
vallées. C'est un phénomène que nous avons observé un grand nombre
de fois pendant notre séjour sur le Faulhorn ; il sufiit pour le voir de
suivre un de ces nombreux nuages qui sortent du sein des montagnes.
215. L'ascension des vapeurs journalières, de celles qui atteignent
le courant supérieur et en neutralisent quelques portions , produisent
donc un double effet concordant au même but , celui d'une augmen-
tation dans la pression atmosphérique pendant la journée. Le premier
est produit par la neutralisation des vapeurs résineuses du courant
tropical , et le second par l'interposition des vapeurs vitrées , entre le
lieu de l'observation et ce même courant. Sur de telles sommités , la
pression augmentera nécessairement dans le moment même qu'elle
baissera dans la plaine , sous l'influence des vapeurs résineuses dis-
persées dans la couche plus inférieure ; aussi la courbe du milieu du
jour est-elle ascendante sur le sommet des hautes montagnes, aux
heures où elle est descendante dans les vallées inférieures.
216. Le contraire a lieu aussitôt que l'abaissement de la tempé-
ToM. XVUI. 19
146 SUR LES VARIATIONS
rature ne permet plus à une partie des vapeurs de la plaine de s'élever
au-dessus du sommet. Les vapeurs vitrées interposées se condensent,
elles s'abaissent au-dessous de ces sommets j leur interposition
vitrée entre les deux électricités négatives du globe et du courant
tropical, qui avait atténué leur répulsion réciproque, cessant d'y
former un écran (§145), le sol reprend toute sa réaction répul-
sive contre les vapeurs du courant supérieur. Ces vapeurs ainsi re-
poussées, pesant moins sur le baromètre, ce dernier descend pro-
portionnellement à cet allégement. Cette marche normale ne donne
à la courbe qui en résulte qu'un seul minimum vers les 6 h. du
matin, en juillet et en août, et une ligne ascendante quelque peu
ondulée, depuis 6 h. du matin jusqu'à 9 ou 10 h. du soir, où il y a
un temps d'arrêt , puis une rétrogradation vers minuit.
217. Sur le Faulhorn, on n'est pas encore assez dégagé de toutes
les influences des plaines, pour ne jamais ressentir quelque peu le
minimum, de l'après-midi pendant les mois d'été. Il y a dans la ligne
ascendante de 18 h. à 10 h., un temps d'arrêt, et parfois une pe-
tite rétrogradation vers 6 h. du soir, d'environ un dixième de mil-
limètre , à l'instant où une partie des vapeurs de la plaine ont pu
s'élever et dépasser ce sommet de 2,672 mètres. Ce petit minimum
de 6 h. du soir , qui disparait si souvent dans les jours nébuleux ,
n'est pas comparable à celui des plaines, ni pour l'étendue, ni pour
l'heure; il arrive 4 h. plus tard et il est 7 à 8 fois plus petit. A
peine ce temps d'arrêt a duré une heure, que la pression reprend le
dessus et atteint rapidement son grand maximum à 10 h. du soir,
pour redescendre plus rapidement encore jusqu'à 18 h. (6 h. du
matin), où elle atteint son grand m.inimum de 0™'",8 au-dessous du
maccimum de 1 0 h. Cette différence des courbes vient d'être de nouveau
constatée par MM. Bravais et Martins au Grand-Plateau, à 3,930
mètres, dans leur ascension au Mont-Blanc à la fin d'août 1844.
218. Pour faciliter le rapprochement de la marche de la tension de
la vapeur et de l'humidité relative avec celle du baromètre , j'ai réuni
dans le tableau suivant les observations de MM. Ksemtz et Horner.
BAROMÉTRIQUES.
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148 SUR LEF VARIATIONS
Si l'on compare les divers maxima et les divers minima que pré-
sente ce tableau, extrêmes que nous avons indiqués par les signes
-f- et — , on verra qu'on ne peut tirer aucune induction de cause et
d'effet entre la vapeur, considérée isolément, et la marche du baro-
mètre. Il en sera de même si l'on compare les résultats de MM. Keemtz
et Forbes du 25 septembre 1832 ' , et les divers tableaux de l'An-
nuaire de 1841 de St-Pétersbourg.
219. La courbe des cimes placées dans la région des neiges per-
pétuelles , est donc distincte de celle des plaines , et elle est dépen-
dante des altérations que le courant tropical lui-même éprouve dans
ses répulsions intérieures, par la présence des cumuli blancs formés
au-dessous de lui , et par les neutralisations qui résultent de la proxi-
mité de ces corps , chargés d'électricités différentes.
220. Si la cause que nous venons d'indiquer à cette nouvelle
courbe est exacte , la région où elle se trouve doit baisser à mesure
que Ton s'avance vers le pôle , et enfin atteindre le niveau de la mer ,
dans les pays où régnent les neiges perpétuelles. C'est ce qu'on ob-
serve en effet , mais avec les différences qu'y apportent les positions
géographiques.
Les cimes des montagnes sont entourées de plaines , une partie
des vapeurs qui s'élèvent en abondance de ces dernières peut les
atteindre et les dépasser pendant le cours de la journée ; il en est
autrement des régions polaires : la surface du sol est elle-même le
siège des neiges; elle ne reçoit pas, comme le sommet des montagnes,
des vapeurs nouvelles ayant subi une transformation vitrée. Il n'y a pas
ou presque pas d'intermédiaire entre le courant tropical et le sol; ce
courant le touche souvent , il y apporte ses dernières vapeurs gelées ,
possédant une tension résineuse considérable. La présence du soleil
en provoquant un peu de vaporisation, facilite la neutralisation des
couches inférieures en remplissant l'atmosphère d'un nouveau conduc-
teur. Cette vapeur diurne , disséminée au milieu de celle du courant
* Mémoire sur l'extinction des rayons solaires, Phil. Trans., 1842, 2"'' partie, p. 225—275, § 62.
BAROMÉTRIQUES, y^ 149
surbaissé , diminue sa tension résineuse , elle diminue sa répulsion
et dès lors elle augmente quelque peu sa pression.
221. Au milieu des tempêtes si nombreuses et si instantanées de
ces contrées , la marche régulière et normale est très-difficile à re-
connaître ; il faudrait une quantité considérable d'observations pour
en tirer une moyenne un peu supportable , et encore faudrait-il sé-
parer les moyennes de l'hiver de celles de l'été. Dans cette dernière
saison , les masses de vapeurs résineuses que le courant tropical ap-
porte jusque vers les 75« et 78^ degrés de latitude, font baisser énor-
mément le baromètre en quelques heures, comme leur résolution
rapide le fait remonter avec la môme promptitude. Quoi qu'il en soit,
au milieu de ces grandes perturbations, les observations les plus pro-
longées que nous ayons, donnent vers les hautes latitudes, une
moyenne toute différente de celle des régions tempérées; elle se
rapproche de celle des hautes montagnes. Ainsi la courbe que l'on
trace sur les observations que le capitaine Parry a faites dans son se-
cond et dans son troisième voyage , ne peut laisser aucun doute à cet
égard. Ces observations, comprenant des mois d'hiver et des mois
d'été, donnent des résultats plus exacts que ceux que l'on peut tirer
d'une station de quelques jours d'été. Les observations faites dans son
3" voyage, à Port-Bowren, à 73"13'39" de latitude, sont d'autant
plus précieuses qu'elles appartiennent à des mois d'hiver , à l'époque
de l'éloignement des tempêtes finales du courant tropical : aussi , la
courbe des perturbations moyennes du baromètre se rapproche-t-elle
d'une ligne droite ; il a fallu multiplier ses oscillations par 400 pour
obtenir des courbes bien appréciables. (Voyez figure \1 ) '.
222. Dans les onze jours d'observations faites à Magdalena-Bay
* Dans son second voyage, le capitaine Parry donne les moyennes suivantes au niveau de la mer,
pendant sa navigation entre les 66" et 70° degrés de latitude nord :
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par MM. Martins et par d'autres savants de la commission du Nord,
en août 1839, latitude 79°33'44", les perturbations ont été telles
pendant cet espace de temps , qu'il n'est pas possible d'en tirer une
moyenne qui ait quelque valeur. Pour atténuer un peu l'erreur d'une
ascension ou d'un abaissement trop rapides , il faut tirer une ligne
droite de 0 h,, à 0 h. et ne tenir compte que de l'écartement des oscil-
lations par rapport à cette ligne, qui suit la marche générale des 24 h.;
on retrouve ainsi une moyenne ascendante l'après-midi et descen-
dante la nuit. Il en est de même de celles faites du 25 au 30 juin 1839
à Thorshaven à 62°2'43" de latitude. En les rapportant à des droites
de 24 h., on peut corriger les rapides ascensions et les chutes pré-
cipitées du baromètre dans ces latitudes.
223. Scoresby n'a point assez multiplié les observations pour con-
clure la marche horaire du baromètre ; il y a une lacune trop grande
pendant la nuit, et l'on ne peut savoir quel en a été le minimum^ ni
quelle a été son heure. Nous nous bornerons donc aux observations
précédentes, pour indiquer l'analogie qu'il y a entre la pression des
latitudes où régnent les neiges perpétuelles avec celle des hauts som-
mets qui plongent dans leur région. C'est aux observations ultérieures
à régulariser cette 4^ courbe, toute aussi évidente que celle des lati-
tudes, mais qui a plus besoin encore de nouvelles recherches pour en
tracer les limites.
CHAPITRE XIII.
DE LA CA.USE DES DIFFERENCES QUE DONNENT LES ALTITUDES
BAROMÉTRIQUES.
224. Maintenant que nous connaissons la cause la plus puissante
des perturbations dans la pression atmosphérique, il est facile de com-
prendre combien les mesures barométriques doivent varier suivant la
BAROMÉTRIQUES. 1$|
hauteur à laquelle on se trouve, et suivant l'état électrique des va-
peurs. Si les observations simultanées sont faites à 2500 mètres de dis-
tance altitudinale, je suppose, la station supérieure étant placée
au-dessus des vapeurs intermédiaires, la hauteur barométrique n'aura
pas dans son expression, l'accroissement que l'électricité vitrée aura
donné à la vapeur inférieure ; ou n'aura pas la diminution de pression
dépendante de son état résineux. La différence des pressions variera
donc suivant l'heure de la journée, l'état du ciel, et la température. A
l'origine de la journée, les vapeurs primitives, possédant une tension
résineuse également répartie, sont repoussées par la terre et la répul-
sion moléculaire est à son maximum d'effet; elles sont alors plus dila-
tées et moins pesantes sur le baromètre que les vapeurs à l'état neutre.
Pendant tout le temps que cette vapeur s'élève et qu'elle garde sa
tension uniformément répartie, la pression de la plaine est seule dimi-
nuée, la couche placée au-dessus ne peut en être affectée. Il résulte de
cet état résineux des vapeurs inférieures, une moindre pression
dans la plaine, laquelle n'étant point encore ressentie sur la montagne,
donne une différence plus petite entre les deux stations.
225. Mais aussitôt que le refroidissement améliore la conduction
électrique de ces vapeurs, l'influence du globe rendra vitrées les cou-
ches inférieures, elle rendra plus résineuses celles placées au-dessus.
Nous savons par ce qui précède, que la densité des couches inférieures
augmente plus que ne diminue celle des vapeurs résineuses plus éloi-
gnées du globe. La pression totale s'en accroît alors dans la région
inférieure, le baromètre remonte et les deux stations seront estimées
plus distantes , si la pression supérieure n'a pas changé. Ainsi , pen-
dant l'élévation de la température, les vapeurs négatives ont fait
baisser le baromètre inférieur sans affecter le supérieur, et les hau-
teurs ont été jugées trop faibles: lorsque, par le refroidissement, les
vapeurs inférieures sont devenues vitrées, plus pesantes, le baromètre
inférieur remonte, les altitudes que l'on conclut dans ce nouvel état
sont plus fortes que les premières.
226. Nous avons supposé d'abord qu'aucune portion de la vapeur
152 SUR LES VARIATIONS
des plaines n'avait altéré la pression supérieure. Cela n'est vrai que
pour les journées anomales et pour le matin des jours ordinaires de
l'été. Dans les beaux jours, les vapeurs dépassent de bonne heure
cette hauteur, et entrent dans la sphère d'activité du courant tropical;
elles s'interposent entre lui et le sol , subissent par son influence une
transformation électrique j elles deviennent vitrées et atténuent par
leur réaction la répulsion intérieure des vapeurs résineuses. La pres-
sion augmente alors sur la montagne au moment où elle baisse dans la
plaine, double cause pour rendre la différence des altitudes trop faible,
tandis qu'elle serait trouvée trop forte, si les observations simultanées
se faisaient au moment de l'augmentation de pression dans la plaine
ainsi que de la diminution sur la montagne. Nous allons citer quel-
ques exemples. D'après les observations de MM. Kaemtz et Forbes,
le 25 septembre 1832, la difiérence d'altitude entre le Faulhorn et
Brientz était de 2166'",4 à 8 h. 15'» du matin, et de 2176'»,4 à 2 h. du
soir, donnant une différence de 10™. En 1841, MM. Bravais et Martins
ont fait des observations simultanées, le 5 août, sur le Faulhorn et à
Brientz : si l'on déduit la hauteur du sommet au-dessus de Brientz à
6 h. du soir, elle sera de 2101 mètres 34 c, si on la déduit de 18 h,
(6 heures du matin du 6), elle sera de 2081^,18; différence 20'»,16. Si
l'on compare la moyenne des observations de MM. Forbes et Kœmtz ,
21 73™ environ , et celle de MM. Bravais et Martins, 2091™, on trouve
la différence énorme de 82 mètres. Il faut observer que MM. Kœmtz et
Forbes ont fait leurs observations à la fin de septembre, lorsque les
vapeurs diurnes n'atteignaient plus le sommet du Faulhorn, lorsque
toute leur influence agissait sur la station inférieure, tandis que
MM. Bravais et Martins observant le 5 août , la température élevée
permettait encore à une portion de ces vapeurs d'atteindre et de
dépasser ce sommet et d'y apporter leur influence.
227. Les observations que nous fîmes le 5 août 1842, M. Bravais et
moi, sur le Faulhorn, et mon fils, F. Peltier, à Brientz, donnèrent le
résultat suivant.
Le 4 à 22 h. (le 5 à 10 h. du matin), la hauteur a été trouvée de
BAROMÉTRIQUES. 135
21 ISn'jS, et le 6 à 6 h., c'est-à-dire 8 heures après, elle a été trouvée
de 2101"",6; 11 mètres 90 cent, de différence. C'est qu'à Brientz le
baromètre baissa d'un millimètre 40, et qu'au Faulhom il monta
de 0""",8; notre moyenne 2107",5 se rapproche de celle de MM. Bra-
vais et Martins, mais elle est encore d'environ 69™ plus basse que celle
de MM. Kaemtz et Forbes, parce que notre observation est aussi du
5 août. Cette grande différence me parait provenir évidemment de
l'abaissement, à la (in de septembre, du courant tropical chargé d'élec-
tricité négative et de l'absence ou de la diminution des vapeurs blan-
ches positives; ce qui est du reste un effet normal et annuel de la
rétrogradation du soleil. Il y a 51 jours d'intervalle entre les observa-
tions du commencement d'août et celles de la fin de septembre , en ne
considérant que la marche de la saison. Brientz n'est point une localité
favorable pour faire ressortir toute l'étendue de ces différences : placée
au fond d'une gorge profonde, ses vapeurs ne peuvent acquérir la
tension résineuse qu'elles ont à Unterseen, à l'extrémité du lac de
Thoun, où l'espace est plus dégagé des influences latérales. C'est dans
cette dernière localité , dans le lieu le moins abrité, que nous conseil-
lons de se placer à l'avenir pour faire des observations simultanées avec
celles faites sur le Faulhom, si l'on veut apprécier d'une manière plus
complète l'influence des vapeurs des plaines aux différentes heures de
la journée. C'est en choisissant les stations inférieures les plus déga-
gées des influences latérales, sans trop s'éloigner du sommet où se fait
l'observation correspondante, que l'on pourra parvenir à faire entrer
dans le coefficient de la formule barométrique, les valeurs dépendantes
de l'heure et de l'état électrique des vapeurs.
228. Ces différences que l'on trouve dans les altitudes suivant
l'heure de la journée étant bien constatées, quelle sera l'heure qu'il
faudra choisir pour avoir la mesure la plus exacte? Nous ne pourrions
actuellement résoudre cette question, et nous pensons même que
l'heure devra varier suivant les localités et l'aspect du ciel. Les som-
mets peu élevés étant soumis aux mêmes influences horaires que les
plaines, nous pensons, jusqu'à ce qu'une longue série d'observations ait
ToM. XVIII. 20
154 SUR LES VARIATIONS
décidé la question par l'expérience , que 6 h. du matin et 7 h. du soir
dans l'été, sont le moment où le baromètre atteint sa hauteur moyenne.
Mais ces heures ne nous paraissent pas aussi convenables aux limites
des neiges perpétuelles. A. cette hauteur, c'est de midi à une heure le
moment le plus propice suivant nous, c'est celui où la moyenne des
pressions de la plaine et celle de la région des neiges nous paraissent
le mieux se rapprocher. Lorsque l'on est assez élevé pour ne pas négliger
la masse des vapeurs inférieures , sans cependant être entré dans la
région des neiges, il nous semble qu'il faudrait prendre les hauteurs à
6 h. du matin, midi et 7 h. du soir pour en extraire la moyenne.
229. Pour régulariser la mesure des hauteurs au moyen du baro-
mètre, il faudra donc tenir compte de l'état électrique des deux loca-
lités. C'est là une grande difficulté, attendu que les différences varient
avec l'épaisseur et la tension des couches de vapeur. Par exemple,
plus la couche vitrée sera épaisse au-dessus de la plaine , plus la
différence des stations sera jugée considérable, parce que ces couches
auront maintenu le baromètre inférieur à une hauteur plus grande que
si elles avaient été neutres. Si ces couches au contraire sont résineuses,
le baromètre étant trop bas, il indiquera une moindre différence entre
les deux altitudes.
230. Au moyen des électromètres et de la couleur des nuages supé-
rieurs et inférieurs, on pourra apprécier approximativement l'état élec-
trique des vapeurs, et augmenter ou diminuer le coefficient d'une quan-
tité que l'expérience seule pourra faire connaître. Les coups de vent
brusques, l'abaissement rapide du baromètre, sont des indications de
hautes tensions résineuses dans les régions intermédiaires et supérieu-
res; selon donc qu'on jugera de la hauteur des vapeurs résineuses, il
faudra faire entrer son action dans le calcul pour le baromètre inférieur
ou dans celui du baromètre supérieur.
Les règles à suivre, les divers signes atmosphériques qui peuvent
guider dans ces recherches, et les précautions qu'il faut prendre , ne
peuvent faire partie de ce travail. Il faut plus d'observations que nous
n'en possédons, et il faudrait en obtenir des localités montagneuses, où
BAROMÉTRIQL'ES. m>
des observateurs placés à difTérentes stations en auraient fait de simul-
tanées, en tenant compte de tous les éléments que nous avons indiqués.
Nous appelons sur ce sujet l'attention de tous les observateurs, et nous
recommandons de toutes nos forces l'usage de l'électromètre d'après
la méthode des influences '. Rappelions combien Kamond se plai-
gnait des erreurs du baromètre, et avec quel soin il cherchait la cause
de l'erreur de 37 toises ( 72 mètres), qu'il trouva entre la hauteur du
Mont-Perdu trouvée par la triangulation et le baromètre '.
CHAPITRE XIV.
RÉSUMÉ. PREMIÈRE PARTIE.
1 . La pression moyenne de l'atmosphère varie dans quatre circon-
stances bien distinctes :
Elle varie accidentellement sans régularité apparente ;
Elle varie suivant l'heure de la journée;
Elle varie suivant la latitude ;
Enfin elle varie suivant la proximité du courant tropical.
Les différentes hauteurs de la colonne barométrique qui répondent
à ces variations de la pression atmosphérique, se nomment: oscilla-
tions accidentelles ; oscillations horaires , oscillations latitudinales ,
oscillations altitudinales, §§ 25-33, 38-42, 43-61 .
Variations accidentelles.
2. La pression atmosphérique varie le plus souvent sans régularité
apparente, dans toutes les saisons, la nuit comme le jour, pendant un
* Voyei notre Mémoire sur la cause des phénomènes électriques de f atmosphère.
• Voyage au Mont-Perdu. Voyez aussi l'effet des coups de vent, /tmm. de Silliman, XVI,
73. Etc., etc.
156 SUR LES VARIATIONS
temps humide comme pendant la sécheresse , enfin pendant une haute
comme pendant une basse température, $§ 12, 13, 18, 20, 25, 31, 158,
172, etc.
3. Près de l'équateur, les variations accidentelles sont fort petites;
elles dépassent rarement les variations horaires d'un demi -millimètre,
tandis que dans les zones tempérées, elles s'élèvent jusqu'à 45 millimè-
tres, et vont à près de 100 millimètres dans le voisinage du cercle
polaire, $ 31 à 33, etc.
4. Dans la zone tempérée, les différences entre les maxima et les
■minima accidentels diminuent des mois d'hiver aux mois d'été , et
augmentent de ceux-ci à ceux-là. La zone tempérée se rapproche ainsi
de la zone tropicale, lorsque le soleil se rapproche d'elle, en perdant
un peu de l'étendue des variations accidentelles, § 31, 134.
5. Entre les tropiques, les retours des mêmes degrés dans la tempé-
rature se renouvelant avec régularité, et l'amplitude de leurs écarts
étant peu étendue, il en résulte une uniformité de retours dans les phé-
nomènes secondaires , comme ceux de l'évaporation , de la condensa-
tion et de la résolution des vapeurs. L'amplitude des perturbations
accidentelles de la pression atmosphérique, dépendant de ces résultats
secondaires, est alors resserrée dans d'étroites limites, $ 186.
6. Au delà des tropiques, l'amplitude des oscillations thermiques
étant plus considérable, l'amplitude des perturbations dans les phéno-
mènes secondaires s'accroit dans la même proportion, § 187.
7. Il résulte delà qu'entre les tropiques, les phénomènes accidentels,
tels que les orages et les tempêtes , troublent peu la marche uniforme
des phénomènes diurnes , et se font à peine sentir sur le baromètre ;
tandis qu'en s'éloignant des tropiques , ils en altèrent de plus en plus
la régularité des mouvements, § 177, etc.
Pression horaire.
8. Dans l'oscillation du baromètre entre les tropiques , on distin-
gue nettement quatre marées atmosphériques pendant la durée d'un
BAROMÉTRIQUES. IW
jour; l'amplitude du mouvement barométrique qui y correspond est
en général de 2'"'" à 2'n">, 5, $$ 23, 24, 25.
9. Ces quatre marées se composent de deux maxima et de deux
minima. Les deux maxima sont l'un de 9 à 10 h. du mutin, l'autre
entre 10 et 11 h. du soir. Les deux minima sont l'un de 3 à 5 h. du
soir, et l'autre de 3 à 4 h. du matin, §§ 26 et 27.
10. C'est près de l'équateur , au milieu des mers, que ces marées
atmosphériques ont le plus de régularité , ainsi que la température et
l'humidité, $ 177, etc.
1 1 . Le minimum de la nuit n'est pas aussi général que celui de
l'après-midi. Entre les tropiques même, il y a des localités où il dis-
parait, et d'autres où cette oscillation prend un signe contraire; en
«'éloignant des tropiques, elle devient douteuse, puis elle disparait
tout à fait , § 28.
12. En s'avançant vers le pôle, le maximum du matin et le mini-
mum du soir ont les limites de leurs oscillations plus rapprochées du
passage du soleil au méridien supérieur : pour le maximum du soir et
le minimum du matin , elles sont plus éloignées du passage du soleil
au méridien inférieur, §§ 27 et 28.^»'^^"*^ nr>i«9nf| hI -
13. Le mouvement barométrique du maximum, et du minimum de
la nuit est moins considérable que celui du maximum et du minimum
du jour, $28.
14. La moyenne des oscillations horaires diminue du solstice d'été
au solstice d'hiver, et augmente du solstice d'hiver au solstice d'été ,
$26.
15. En s'éloignant des tropiques, l'amplitude des oscillations pério-
diques diminue jusqu'au 64*= degré de latitude , où elle est nulle, tan-
dis que l'amplitude des oscillations accidentelles s'est considérablement
augmentée , $ 29 et 30.
16. En s'élevant, les oscillations horaires diminuent en général;
dans la zone tempérée, elles deviennent nulles vers 3000 mètres d'al-
titude , $ 53.
m SUR LES VARIATIONS
Pression latitudinale.
17. La moyenne pression atmosphérique, au niveau de la mer,
augmente de l'équateur jusque vers le 30*^ degré, et diminue du 30^ au
64^; au delà de cette latitude, elle remonte jusqu'aux pôles, $§38-40.
18. La pression le long d'un méridien a donc deux minima, un
près de l'équateur et l'autre vers le 64^ degré j et deux maxima, l'un
vers le 30'= degré et l'autre probablement aux pôles de froid , $ 40.
19. Les lignes isobarométriques ne sont pas des parallèles à l'équa-
teur, leurs courbes dépendent des influences locales , et non d'une
cause générale. Ainsi, Nice et Avignon, au 44^ degré, ont, la pre-
mière , une pression moyenne de 759'"'»,087 , et la seconde , une
pression moyenne de 760™™,824, $ 42.
Pression altitudinale .
20. En s'élevant dans l'atmosphère , l'oscillation horaire diminue
graduellement, mais inégalement, selon les localités, he minimum
du matin disparait le premier, puis celui du soir, % 53 et 54.
21. En s'approchant des neiges perpétuelles , le minimum du soir
s'efface tout à fait pendant qu'un nouveau minimum du matin repa-
raît plus étendu que celui dont il peut rester des vestiges dans les plai-
nes voisines, et il paraît deux heures plus tard, $$53-55.
22. Lorsqu'on a atteint et dépassé la limite des neiges perpétuelles ,
il n'y a plus qu'un maximum, et un minimum ; le premier est vers
9 h. du soir et le second entre 6 et 7 h. du matin, § 54.
23. Dans les hautes latitudes , on retrouve à très-peu près la même
variation horaire que sur les sommets neigeux; on y distingue un
maximum vers 8 h. du soir et un minimum qui se prolonge de 7 h. du
matin j usque vers midi, % 59-65. (oneJiJ! *
BAROMÉTRIQUES.
Des résultats hypsomëtriques.
24. Suivant l'heure de la journée, l'état du ciel , la tension et le
signe électrique des vapeurs , les mesures barométriques donnent des
hauteurs différentes pour les mêmes stations, $§ 66-72.
RÉSUMÉ. —
SECONDE PARTIE.
Observations et expériences
ciit
25. La pression générale de l'atmosphère est le résultat des deux
pressions simultanées de l'air et de la vapeur, % 11-19.
26. L'air, étant un gaz permanent et inconducteur de l'électri-
cité, n'éprouve d'altération directe que dans sa densité, par les va-
riations de la température, % 73 et 74.
27. La vapeur au contraire, outre les variations de sa densité,
change d'état; elle est en outre conductrice de l'électricité à des
degrés différents , suivant sa densité , $$ 75-80.
28. Les perpétuels changements de la vapeur altèrent sans cesse
sa pression; sa dissémination au milieu de l'air, communiquant à
ce dernier ses mutations électriques , ses attractions et ses répulsions,
elle le fait participer à toutes ses perturbations et augmente ainsi
considérablement les résultats , % 75-80.
'29. Le globe possédant une tension résineuse propre, la vapeur
qui s'en élève est résineuse comme lui, $$81, 83, 153.
30. Un fluide élastique est formé par la réunion de particules
tenues à de grandes distances et indépendantes les unes des autres ;
lorsque ces particules sont électrisées , elles se repoussent toutes
160 SUR LES VARIATIONS
comme font les corps légers; elles ont alors un volume plus consi-
dérable.
Donc tout fluide électrisé est moins dense qu'un fluide neutre, § 93.
31. Lorsque toutes les particules sont à des distances uniformes,
les réactions électriques intérieures sont égales en tous sens , il n'y a
que les particules de la périphérie qui éprouvent une moindre réac-
tion par leur segment extérieur ; c'est par suite de l'affaiblissement
dans la réaction qu'éprouvent ces segments , que les perturbations
électriques se portent à la surface , §§ 93, 94.
32. Lorsqu'une masse de vapeurs électrisées est voisine d'un corps
chargé de la même électricité, toutes ses molécules en sont repoussées
individuellement; de plus, la portion d'électricité périphérique du
nuage qui est du coté du corps est repoussée vers l'intérieur, et aug-
mente celle des particules ; cette double action produit deux effets
distincts, la masse entière s'éloigne, la répulsion moléculaire est
augmentée et conséquemment le volume total , §§ 95, 96.
33. Lorsque le corps voisin est chargé d'une électricité contraire,
il attire les particules individuellement et augmente par son attrac-
tion la charge périphérique; le nuage en masse se rapproche, la ré^
pulsion intérieure diminue ainsi que le volume total , §§ 95, 96.
34. Dans le premier cas la vapeur pèse moins à volume égal, dans
le second elle pèse plus, §§ 95, 96.
35. Les vapeurs possédant une demi-conduction électrique , l'in-
fluence résineuse du globe repousse l'électricité de même nom vers
les régions élevées, et donne aux régions inférieures un état con-
traire ou vitré, §§ 95, 152.
36. De cette distribution de l'électricité _, il résulte que la pesan-
teur spécifique des vapeurs supérieures en est diminuée , et que celle
des vapeurs inférieures en est augmentée, $§ 95, 152.
37. L'air, par son mélange à la vapeur, participe de sa tension
résineuse et de sa tension vitrée ; il augmente ainsi le résultat qui
appartient à la vapeur, §§ 80, 158.
38. La pression augmentera donc suivant l'épaisseur de la couche
BAROMÉTRIQUES. m.
inférieure titrée, suivant l'énergie de sa tension, ou suivant le rap-
port des quantités et des tensions contraires des couches inférieures
vitrées et des couches supérieures résineuses.
39. Il suffit d'un abaissement léger dans la température pour ren-
dre meilleure la conduction des vapeurs, et pour changer la distri-
bution de l'électricité , et par suite la pression atmosphérique. De
même, une élévation dans la température révaporise les vapeurs opa-
ques ; d'autres vapeurs s'élèvent du sol ; la quantité des vapeurs ré-
sineuses augmente et la pression diminue, §§ 180, 181.
40. Le globe étant un corps chargé d'électricité résineuse , reçoit
difficilement celle de même nom que possèdent les vapeurs; ces
dernières ne peuvent être neutralisées que par les vapeurs vitrées
qu'elles attirent , ou lorsque leur densité l'emporte sur la répulsion du
globe ; elles s'abaissent alors, se déchargent sur le sol moins résineux
qu'elles par de brusques échanges et par des rafales de vent,§ 153.
41. Les vapeurs et l'air dilaté qui s'élèvent constamment entre
les tropiques, forment un courant vers l'un et l'autre pôle, chargé
de la même électricité résineuse que le globe d'oii il provient; ce
courant enferme la masse des vapeurs diurnes entre deux forces de
même nature qui agissent en sens opposés.
42. Sons cette double influence résineuse, les vapeurs intermé-
diaires forment trois couches distinctes par leurs tensions électriques :
les vapeurs ou les nuages de la couche supérieure sont vitrés par
l'influence résineuse ou négative qui les domine ; la couche inférieure
est également vitrée par l'influence du globe; enfin, les nuages de
la couche intermédiaire sont le réceptacle de l'électricité négative
repoussée de haut en bas par le courant , et de bas en haut par le
globe ; ces nuages résineux sont gris ou ardoisés suivant l'énergie de
leur tension , tandis que les vapeurs vitrées supérieures et inférieures
sont blanches et brillantes, $$ 106, 145, 152-155, 156.
(,,43. Lorsque les vapeurs positives sont nombreuses, la pression
atmosphérique est très-grande ; lorsque ce sont les vapeurs négatives
qui dominent , la pression est faible. L'amplitude des oscillations ba-
ToM. XVIII. 2i
162 SUR LES VARIATIONS
rométriques extrêmes dépend de la différence des pressions que pro-
duit la succession des vapeurs positives et négatives, §§ 96, 108, 157.
44. L'atmosphère formant un tout solidaire avec le globe , les ac-
tions et les réactions y sont égales j il est donc indifférent pour l'équi-
libre de pression qu'elle soit produite par la pesanteur seule des vapeurs,
ou qu'elle soit produite par leur poids augmenté ou diminué de leur
action électrique. Si le sol est plus pressé par la vapeur vitrée qui est
plus dense, il reçoit un allégement équivalent à ce surcroît de pres-
sion par l'attraction qu'il en éprouve ; de même, s'il est moins pressé
par la vapeur résineuse, il reçoit son supplément de pression par la
répulsion qu'elle produit, $§ 97-99.
45. Cette compensation ne peut exister pour le baromètre, qui
n'offre qu'une extrémité de sa colonne à la pression atmosphérique ,
tandis, que toute la colonne éprouve la même influence électrique. La
hauteur de la colonne dans le vide ne peut donc faire équilibre qu'au
poids matériel de l'atmosphère , et non aux forces électriques complé-
mentaires, $$99-101.
46. La pression matérielle diminuant avec les vapeurs résineuses, la
colonne de mercure diminue de hauteur ; la pression matérielle aug-
mentant avec les vapeurs vitrées , la colonne de mercure s'allonge dans
la même proportion. Ainsi la pression matérielle de l'atmosphère
augmente ou diminue suivant l'état électrique des vapeurs, §§ 99-101.
47. Lorsque la pesanteur spécifique de l'air varie par un change-
ment survenu dans la température , l'équilibre de pression se rétablit
instantanément par une augmentation ou une diminution dans la hau-
teur de la colonne atmosphérique , et le baromètre ne peut en être
affecté, ou il ne l'est que très-peu pendant un temps fort court. Les
hautes pressions et les grandes dépressions barométriques qui durent
des semaines entières ne peuvent reconnaître cette cause , puisqu'elles
ont lieu pendant l'uniformité de la température comme pendant ses
divers changements, §§ 7, 8, 9, 35, 109-1 13.
48. La zone géographique où l'évaporation est la plus grande, est
celle qui possède le plus de vapeurs résineuses primitives non satu-
BAROMÉTRIQUES. 165
rées d'électricité ; la pression y est moyenne, c'est ce qui a lieu près
de l'équateur, $ 177.
49. Dans la zone géographique où il y a uniformité de retours mé-
téorologiques, où les condensations et les dilatations atmosphériques
s'opèrent toujours dans les mêmes limites, il y a le moins de varia-
tions accidentelles : c'est encore près de l'équateur que cette unifor-
mité se trouve, §§ 177-186.
50. Les zones géographiques hors des tropiques, ayant une moindre
élévation de température et des alternatives plus étendues, plus brus-
ques, les vapeurs y éprouvent des condensations correspondantes, et
par suite des tensions électriques fort diverses.
51. Les zones géographiques où vont se terminer les derniers
nuages du courant supérieur , dont la tension résineuse s'est succes-
sivement accrue par l'action répulsive du globe , sont celles qui
ont les perturbations les plus considérables, perturbations qui alter-
nent en raison des masses qui arrivent et des éclaircies qui les sépa-
rent. Telles sont les zones qui s'étendent du 60^ au 80^ degré de
latitude, §§ 140-145, 157.
52. Il résulte également de ce qui précède , que suivant la quantité
de vapeurs négatives ou résineuses qui s'élève d'une contrée, ou qui lui
arrive d'une contrée voisine , la pression diminue et le baromètre baisse,
quel que soit le jour et quelles que soient l'heure et la température; il
en résulte encore que la pression augmente avec leur condensation , qui
permet une nouvelle distribution électrique, et qui rend les vapeurs
inférieures plus vitrées ou positives, $ 157.
53. Enfin , la pression est plus variable au niveau des plaines que
sur le sommet des montagnes très-élevées , par le fait des perturbations
des vapeurs interposées dans l'espace qui les sépare : la marche du ba-
romètre est alors d'autant plus régulière qu'on s'élève davantage au-
dessus de ces vapeurs, §§ 212-216.
164 SUR LES VARIATIONS
Des variations horaires.
54. La présence du soleil relevant chaque jour la température ,
l'évaporation en suit les diverses phases : pendant que les vapeurs né-
gatives s'élèvent nombreuses et se disséminent dans l'atmosphère , la
pression diminue et le baromètre descend, % 82, 175-179.
55. Lorsque le soleil baisse et la température avec lui , les vapeurs
se condensent, elles conduisent mieux, l'électricité résineuse en est plus
facilement repoussée ; les vapeurs inférieures deviennent vitrées, elles
sont plus attirées, plus denses, plus pesantes, et le baromètre remonte,
$§180,181.
56. Par suite du progrès de la condensation pendant la nuit, les va-
peurs inférieures trop conductrices perdent leur électricité vitrée , elles
se résolvent en rosée , en bruine ; les vapeurs résineuses supérieures
agissent plus directement, sans contre-poids, et le baromètre descend.
57. Lorsque le soleil reparaît sur l'horizon , il échauffe d'abord les
couches supérieures de l'atmosphère, dilate les vapeurs condensées
par le refroidissement de la nuit ; celles qui sont à l'état vésiculaire
repassent à l'état de fluide élastique ; elles se révaporisent sous l'in-
fluence répulsive de l'électricité résineuse du globe et emportent l'élec-
tricité résineuse repoussée des couches inférieures. En outre, la quan-
tité de ces vapeurs s'étant accrue par cette influence électrique, ce
surcroît prend son calorique latent au reste des vapeurs globulaires.
Ces vapeurs inférieures et l'atmosphère deviennent à ce moment plus
froides , plus vitrées , plus attirées par le globe , plus pesantes , et le
baromètre remonte, ^ 183, 184.
58. Enfin les rayons solaires réchauffant la surface du sol, de nou-
velles vapeurs résineuses s'en élèvent, et la même série de phénomènes
recommence et s'accomplit comme le jour précédent, () 184.
De la pression suivant la latitude.
59. Le courant atmosphérique supérieur porte sans cesse vers les ré-
BAROMÉTRIQUES. 165
gions polaires les masses de vapeurs résineuses des tropiques : dès
l'origine , entre les tropiques même, le refroidissement que ces va- .
peurs éprouvent en s'élevant en fait résoudre une quantité considé-
rable. La grande conductibilité de l'air saturé facilite la répulsion de
l'électricité résineuse vers les couches supérieures, et la neutralisa-
tion de l'électricité vitrée des couches inférieures avec le sol. Il en ré-
sulte que, dans cette zone, les vapeurs sont généralement résineuses,
que la pression en est diminuée et que le baromètre se tient au-dessous
de la moyenne, § 189-196.
60. A mesure que l'air perd cette surabondance d'humidité, les va-
peurs deviennent moins conductrices, les vapeurs inférieures peuvent
garder quelque peu la tension vitrée développée par l'influence du globe.
61. Les couches vitrées supérieure et inférieure sont d'autant plus
épaisses, que le courant tropical est plus éloigné du sol : la pression
générale , affaiblie d'abord par les vapeurs toutes résineuses , se relève
par la pesanteur des couches vitrées qui se forment, s'étendent et
persistent.
62. En s'avançant vers les pôles, le courant tropical s'abaisse,
l'espace interposé entre lui et le sol diminue, et avec lui, l'épaisseur des
couches des vapeurs vitrées. Ainsi , après être arrivée à un maximum
sous l'empire des couches épaisses de vapeurs vitrées, la pression
faiblit lorsque les couches s'amincissent, et cet affaiblissement con-
tinue jusque vers le 64^ degré de latitude.
63. La diminution de l'aire sphérique qui reçoit tous les courants
tropicaux, est une cause puissante de leur condensation et de leur
terminaison vers le cercle polaire. La marche des couches inférieures
de l'atmosphère vers les tropiques, pour remplacer le vide laissé par
le courant ascendant , devient aussi une cause de l'abaissement de ce
dernier et de sa terminaison, § 198.
64. Plus rapprochées du sol, les vapeurs résineuses du courant
supérieur sont plus repoussées , la pression en est diminuée jusqu'à
ce que , par leur condensation globulaire et par leur résolution ul-
térieure , elles rendent à l'air pur une plus grande part dans la pe-
166 SUR LES VARIATIONS
santeur générale; la pression s'en accroît alors, et le baromètre re-
monte pour ne plus redescendre jusqu'aux pôles, §§ 202-206.
De la pression à la hauteur des neiges perpétuelles.
65. En s'élevant au-dessus des vapeurs diurnes et jusqu'au centre
des neiges perpétuelles, on se place au delà de la cause journalière
des perturbations atmosphériques ; la variation horaire des plaines
disparaît, pour être remplacée par celle qui dépend du courant tro-
pical, $212.
66. Vers le A5^ degré, les vapeurs diurnes qui dépassent 3,000 mètres
sont le plus souvent devenues vitrées par l'influence du courant tro-
pical, les strates gris, qui sont le réceptacle de la tension résineuse, sont
étendus au-dessous de cette élévation. Lorsque les vapeurs diurnes
arrivent à cette hauteur et s'interposent entre les cimes et le courant
tropical, la pression augmente et donne une courbe ascendante à la
variation du baromètre, de 7 h. du matin à 9 h. du soir. Mais lorsqu'à
la suite du refroidissement, cette couche vitrée s'abaisse, elle laisse
aux vapeurs résineuses du courant reprendre leur prédominance : la
pression diminue alors et continue de faiblir jusque vers 6 ou 7 h. du
matin, dans les beaux jours d'été, où elle se relève comme le jour pré-
cédent par l'arrivée des premières vapeurs qui s'y élèvent et deviennent
vitrées par la même influence supérieure, §§ 212-218.
67. Cette marche dans la pression, quoique très-différente de celle
des plaines, est cependant dépendante de l'atmosphère au-dessus de ces
dernières. Si le temps est beau et la température élevée, une portion
des vapeurs de la journée dépasse cette hauteur et en modifie la pres-
sion, §§ 213-216.
68. Si le ciel est brumeux et l'air froid au-dessus des plaines, aucune
vapeur diurne n'atteint cette hauteur, et la pression ne présente plus
qu'incomplètement le maximum de 9 h. du soir et le minimum de 6 h.
du matin: les oscillations du baromètre sont vagues et inconstantes
BAROMÉTRIQUES. 167
comme l'état électrique des vapeurs supérieures, que le courant amène
et change continuellement, § 217.
69. Dans les hautes latitudes, on retrouve la courbe des grandes
altitudes; une augmention de pression dans la journée et une dimi-
nution la nuit. Mais dans ces régions où se pressent les masses de
vapeurs résineuses définies, limitées en nuages opaques, et où elles se
résolvent au milieu des coups de vent et des tempêtes, la régularité du
retour du maximum de la journée et du minimum de la nuit est très-
diflicile à retirer des grandes et nombreuses perturbations qu'occa-
sionnent l'arrivée soudaine de ces nuages et leur prompte résolution ,
§§ 220-223.
De la mesure des altitudes.
70. Enfin, suivant l'état vitré ou résineux des vapeurs inférieures, les
observations simultanées faites dans les plaines et sur les crêtes élevées
donnent des altitudes trop grandes ou trop petites. Il faut corriger ces
différences en faisant entrer l'élément électrique dans le coefficient de
la formule barométrique, pour une valeur qui varie comme la puis-
sance de la tension des couches superposées, §§ 224-230.
168 SUR LES VARIATIONS
NOTES ADDITIONNELLES.
Note pour le § 19. — Le premier tableau indique pour quelle quantité l'air sec concourt
à la pression totale pour chaque mois ; le second , pour quelle quantité la vapeur concourt
à cette même pression mensuelle. La difficulté de séparer rigoureusement ces deux va-
leurs, n'a permis de reproduire par leur addition qu'une moyenne totale approchée,
moins exacte que celle donnée par l'observation directe.
Nous ajouterons que le marquis de Polemi a constaté que sur H75 chutes de pluie,
le baromètre n'avait baissé que 758 fois. {Journ. Silliman, t. XXV, p. 129.)
Note pour le § 98. — Pour rendre l'expérience plus concluante, nous l'avons modifiée
de la manière suivante. Les plateaux de la balance, formés de petits disques, sont placés
au-dessus du fléau et le dominent de 3 à 4 centimètres , afin de n'agir que sur un espace
bien circonscrit. A un filet de gomme laque , scellé à l'un des plateaux et contourné en
support, sont collés plusieurs fils de cocon, portant de petites balles de sureau ou de
petits disques de clinquant. Un contre-poids dans l'autre plateau établit l'équilibre. Lors-
que ces disques sont électrisés , ils se repoussent proportionnellement à la quantité d'élec-
tricité qu'ils ont coercée. On charge ensuite la balance, ou le plateau seul , s'il est isolé,
soit de la même électricité , soit d'une électricité contraire. Dans le premier cas , le groupe
est repoussé en masse , et les disques se repoussent davantage entre eux; le volume en
devient plus considérable et conséquemment plus léger, si l'on n'en prend que le vo-
lume primitif. Dans le second cas , si les électricités jsont contraires , l'électricité du
groupe étant neutralisée par l'influence du plateau , les disques se rapprochent et for-
ment un moindre volume. Pendant cette double expérience, et l'influence différente qui
en résulte, la balance reste immobile tant que le groupe lui est solidaire; mais aussitôt
que l'on a retiré la solidarité des deux corps, quoique le jeu des disques soit reproduit
comme avant cette séparation , le fléau de la balance est repoussé dans le premier cas et
attiré dans le second. Dans cette nouvelle expérience nous n'avons pu agir que par l'in-
BAROMÉTRIQUES. 169
tluence électrique, et non par les volumes du groupe; si nous avions pu agir par le vo-
lume seul du groupe, nous aurions eu, à volume égal, plus de l<^èreté dans le premier
cas et plus de pesanteur dans le second.
Note pour le § 156. — Les cumuli supérieurs étant condensés et placés dans une ré-
gion Troide, sont pour la plupart à l'état de neige fine et globulaire; tandis que les nuages
gris plus dilatés résistent plus longtemps à cette basse température. Nous avons été té-
moins un grand nombre de fois de cette différence , pendant les journées temjMÎtueuses
que nous avons essuyées sur le Faulhorn. Les nuages blancs qui nous enveloppaient nous
couvraient toujours d'une neige fine et abondante , tandis que les nuées grises qui leur
succédaient passaient sans résolution ou ne laissaient qu'une faible humidité. Mais lorsque
ces nues étaient assez près pour échanger leurs électricités, les bourrasques naissaient aus-
sitôt et le grésil tombait abondamment du nuage gris.
ToM. XVIII. 22
170
SUR LES VARIATIONS
LISTE
DES AUTEURS CITES DANS CE MEIHOIRE.
(Les cKiffres indiqueDtles paragraphes. La lettre n signifie note).
MM. Abria,§85n.
Aimée, 102.
Angos (d'), 14 n.
Anonyme, 24.
Arago, H , 12 n., 13, 20 n., 24, 29.
B.
Balbi, 12 n.
Balfour,24, 29.
Barlow,85.
Basil-Hall, 17.
Baumgartner, 12 n.
Béai, 4n.
Beaufort (de), 26.
Beguelin, 12 n.
Berghauss, 29, 33, 40, 153 n.
Bernouilli, 125.
Berthollet,5 n.
Beuzenberg, 72.
Birt, 15 n., 126.
Bouguer, 24.
Boussingault, 29.
Bouvard, 12 n., 29, 56, 63, 187.
Boyle, 1 n.
Bravais, 35, 37 n., 45, 52, 61 , 70, 121 ,
226, 227.
MM. Breguet, L., 85.
Brewster, épigraphe.
Buch(de), 11, 12 n.
Buek, 12 n.
Bunt, 102.
Caldas,21,29,56.
Chiminello,24n.,26,29, 187.
Colebrooke, 20 n.
Colla, 29.
Commission scientifique du Nord, 29, 32,
64,222.
Coupvent Desbois, 30 n., 40 n.
Cotte, 21, 24 n., 134 n.
Coutelle, 24n.,29.
Crahay, 125 n.
Crantz, 141.
D.
D'Alembert, 15 n., 21.
D'Almahoy, 60.
Dalton, 5n., 72.
D'Angos, voy. Angos.
Daniell , 6 n.
D'Aubuisson, 48,68.
BAROMÉTRIQUES.
171
MM. Davy (H.),I38n.
Daussy, 102.
Delcros, 29.
Delezenne, 29.
Delisle, U2 n.
Deluc,5n., 47,66, 112 n., 122 n.
De Perre, 12 n.
Deshayes, 23.
D'Hombres-Firmas, 11,21.
Dove,13n., 15 n., 19,36,37.
Duc la Chapelle, 24 n.
Dunbar, 15 n.
Duperrey, 29.
Du Petit-Thouara , 29 n.
E.
Encke, 29.
Englefield, 113n.
Ermann, 38, 39,42, 70.
Escliwege, 29.
Esmarck, 29.
Everest, 21.
F.
Far(|uhar , 24.
Fitzroy , 29.
Flaagergues , 1 1 , 21 , 29.
Forbes (J.), 29, 30, 40, 45, 52, 61 , 218 n.,
226 227.
Franklin, 15 n.
Fray, 28.
Frédéric d'Ehreinheim , 12, 20, 31 n.
Freycinet, 29.
G.
Gachkevitche , 29.
Galilée, 1 n.
Gambart, 12 n.
Garcin , 4 n.
Gasparin (le comte de), 97, 116 n.
Gauthier, 11.
Gebler, 29.
Gérard (Pétr.), 43, 45.
Gerling, 29.
Gmeling , 70.
MM. Godin, 24.
Goldingham, 29,60.
Glo8 (de), 23.
Grahani, 5 n.
Guerin d'Arguon ,11.
Guthrie, 141.
H.
Hadiey, 15 n.
Haldat(de),85.
Hall, 110.
Halley, 15 n.
Hàllstrôm, 20 n., 26, 29, 101, 102, 187.
Hansteen, 12.
Hanskbce, 112 n.
Hemmer, 24 n.
Herrcnschneider, 11.
Herschel (J.), 20 n., 39.
Hoffmann, 12 n.
Borner, 29, 218.
Horsburg, 26 n.
Howard (Luke), 21.
Humboldt (le comte de), 11 , 12 n., 15,
24,29,56,60,174.
Hutchison (G.), 20.
Kœmtz, 12 n., 13 n., 26, 27, 29, 35, 39,
45, 52, 56, 61, 70, 187, 218, 226, 227.
Kater, 29.
Knorr, 29, 141.
Kuppfer, 12n., 13n.,24,29.
L.
La Chapelle , voy. Duc.
La Condamine, 24.
Lalande, 21.
Lamanon, 24.
Lamarck, 21.
Lambert, 21.
Laplace (le marquis de), 6 n., 22, 34.
Lartigue, 15 n.
Laugier, 146.
Lefroy, 21.
Leibnitz, 7n.
172
SUR LES VARIATIONS
MM.Lenz, 71.
Leslie, 6 n.
Lubbock,21.
M.
Mackenzie, \Al.
Malhmann, 29.
Manne, 71.
Marqué- Victor, H, 173.
Martins, 9, 14, 1 5, 35, 4o, 52, 61 , 64, 1 87 n.
217, 222, 226, 227.
Massotti, 26 n.,
Masson, 85.
Mayer, 71.
Mongès, 24.
Moreau de Jonnès, 39.
Mosely, 24.
Mutis, 21, 24.
W.
Nell de Breauté, H.
Nesterowsky, 29.
Neuber, 12 n., 29.
Newton, 4.
Nicander, 12 n.
O.
Olkhowsky, 29.
Pallas, 132, 142 n.
Parry, 29, 64,115, 221.
Pascal, 2, 4.
Pearce, 24.
Peltier fils, 33, 44, 52, 227.
Perewestschikoff, 12 n.
Perre (de), 12 n.
Pictet, 14 n.
Plana, 20 n.
Playfair, 29.
Prangl",29.
Prang 2^ 29.
Prinsep (J.), 11, 29, 43, 45.
Provest Hertzberg, 31 n.
Puissant, 12 n.
MM.Quetelet,12n., 20 n., 24, 29, 128.
R.
Ramond. 6, 7, 8, 12, 18, 24, 29, 35, 47,
67, 70, 185, 250.
Redfield, H.
Regnault, 146.
Reinke, 29.
Ries, 85.
Rivero 29.
Rochkoff, 29.
Romme, 15 n.
Roosbroek, 1 n.
Ross, 29, 64, 208.
Royle, 28.
Russel, 28.
S.
Sabine, 29.
Saussure (de), 47, 57, 61, 66, 72 n., 106,
123, 153 n., 162 n.
Schouw, 12 n., 29,58,39, 40, 41, 133.
Schubert, 29.
Schuster, 12 n.
Scoresby, junior, 14 n., 32, 141, 208,
223.
Simon, 71.
Simonoff, 29.
Spencer, 41.
Sykes, 20 n., 21, 28, 60.
Tessan (de), 29.
Thibault de Chauvalon, 24.
Toricelli, 1.
Trail, 24. •
Trechsel, 52.
V.
Van Swinden, 24 n.
Varin, 23.
Vassali, 5 n.
Volta, 5 n.
BAROMÉTRIQUES.
175
w.
Walker.2l.
Wallis, i I).
Warttnann, 10 n.
Weis, Un.
Wells, 438 11.
Wisniewsky, 13n.,2i n.
Wrangel, i±
y.
Yelin, 29.
ERRATA.
Page 14 (colonne des observations, |>aragraphe Arago), 9,S, lisez : 9,5. et $oir, hygr. 99, lisez ; et le toir
hygr. 99".
— 18, ligne 1", Bade, lisez : Bude.
— 30, — 33, ^er(, lisez : .ffirt.
— ît7, aranMernière ligne , Calebrooke , lisez : Colebrooke.
— 54, àla fin du§61,lisez: t>oye2/((/ure 16.
-- 1 13 (col. des observ., ligne 10), température voilée, lisez : tempt voilé.
— id. (col. des tensions électriques , au 30« nombre) + 31 50 , lisez : — 3150.
EXPLICATION DES FIGURES.
Figure i". De l'action des influences électriques sur de petits corps isolés (voyez § 89).
— 2. De la distribution de l'électricité entre deux corps chargés semblablement (§103).
— 3. Autre expérience sur le même sujet (§ lOo).
— 4 et 5. Action du rayonnement des corps électriques terminés par des aspérités, sur les
vapeurs électrisées (§ H6).
— 6 et 7. Action statique des corps unis sur les vapeurs électrisées (§ 116 n).
— 8. Action statique de l'électricité sur une colonne d'eau (§ 116 n).
— 9. Action des vapeurs les unes sur les autres, lorsqu'elles sont chargées d'électricités
contraires (§ 116).
— 10. Distribution des vapeurs dans l'atmosphère et leur groupement en nuages suivant
leur tension électrique (§ 145).
— ' 11, 12 et 13. Influence des corps électrisés les uns sur les autres à travers des écrans
neutres ou électrisés (§ 145 n).
— 14. Courbe de l'amplitude moyenne de l'oscillation horaire suivant la latitude
(§§29,39).
— 15. Courbe de la pression moyenne horaire au-dessus du Faulhorn, en prenant princi-
palement les observations de MM. Kaemtz et Forbes, faites dans un jour exempt
de perturbation accidentelle (§§ 51, 52, 55).
— 16. Courbe de la pression moyenne horaire à Brientz, d'après le peu d'observations
faites dans cette localité (§ 61).
— 17. Courbe horaire moyenne à Port-Bowen, tirée des mois d'hiver, observations du capit.
Parry (§221).
TABLE DES CHAPITRES.
P.g. Pir^-
Introduction 3
Première partie. De la diversité des pressions atmosphériques 7
Chapitre premier. De l'opinion des auteurs sur les variations du baromètre . . . ib. 1
— II. Des oscillations horaires et accidentelles du baromètre .... 29 23
— III. Des variations de la pression suivant la latitude 41 38
— IV. Des variations dans la pression atmosphérique vers la région des
neiges perpétuelles et dans les hautes latitudes 44 43
— V. Des différences que donnent les mesures barométriques .... 56 66
Deuxième partie. De la cause la plus puissante et la plus variable des perturbations
dans la pression atmosphérique 62
Chapitre VI. Expériences et observations ib. 73
— VU. Expériences et observations sur la transformation des vapeurs, sous
l'influence des tensions électriques 83 H 4
— VIII. De la complication des phénomènes pendant le cours de la journée. 94 135
— IX. De la cause des variations accidentelles 102 i 46
— X. De la cause des variations horaires 122 175
— XI. De la cause de l'inégale pression atmosphérique suivant la latitude. 131 188
— XII. De la cause des variations dans la pression atmosphérique à la hau-
teur des neiges perpétuelles 143 212
— Xni. De la cause des différences des altitudes barométriques .... 150 224
— XIV. Résumé de la première partie 155
— de la deuxième partie 159
Notes additionnelles 168
Liste des auteurs cités dans ce mémoire 170
Errata 173
Explication des figures 174
FIN.
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MÉMOIRE
SUR
LES TREMBLEMENTS DE TERRE
RESSENTIS
EN FRANCE, EN BELGIQUE ET EN HOLLANDE,
I.B QD.iTKlàHE SIÈCLE DE 1,'ÉRE CBRÉTIENBIE JUSQV'/I NOS JOURS ( I84S IRCLDSIV.);
Alexis HERREY^/fW^
PROFESS. SVPPL. A LA FACULTÉ DES SCIENCES DE DUOS.
(Lu i U séance du 2 ooverabre 1844.
ToM. XVIII.
■w
MÉMOIRE
am
LES TREMBLEMENTS DE TERRE
EN FRANCE, EN BELGIQUE ET EN HOLLANDE,
QUATRIÈME SIÈCLE DE L*ÈRE CHRÉTIENNE JDSQU'a NOS JOURS ({843 INGLUS.)
INTRODUCTION.
Non mm metoil ^t noB narlgat
Non Itnm molum Gallu», noo TuIturD jElbiop*
Comme toutes les sciences d'observation, la physique du globe ne
peut baser ses théories que sur des faits nombreux, bien décrits et
bien étudiés. Pour être généraux, ses principes doivent, pour ainsi
dire, s'appuyer sur l'histoire même de la terre.
En eflet, les phénomènes météorologiques les plus simples en appa-
rence, varient presque tous avec les lieux, quelques-uns même avec
4 MÉMOIRE
les temps. Aussi les lois admises comme régissant la météorologie souf-
frent de nombreuses exceptions.
Le soleil , sans doute, est sur notre globe la cause principale de la
chaleur; toutefois son action est modifiée partant de circonstances
diverses, que la température de chaque lieu varie non-seulement avec
les positions annuelle et diurne de cet astre, mais encore sous de nom-
breuses influences irrégulières, passagères ou permanentes. Quicon-
que jettera seulement les yeux sur les cartes où se trouvent tracées
les lignes isothermes les mieux connues, ne pourra s'empêcher de
reconnaître que cet admirable système d'exposition fait apparaître
de bien grandes anomalies dans les principes qui résument les lois de
la distribution de la chaleur à la surface de notre globe, et montre de
bien grandes lacunes dans la science du calorique terrestre.
La théorie des vents ne laisse-t-elle pas plus encore à désirer?
L'hygrométrie, malgré les immenses travaux du génie qui la créa,
malgré les nombreuses observations et les savants mémoires de ses suc-
cesseurs, n'est-elle pas forcée de modifier ses principes suivant les pays
ou les régions? Les nombreux phénomènes qui en dépendent ne
varient-ils pas autant que les lieux où on les observe ?
Toujours changeante et pourtant toujours la même, l'atmosphère
ne présente-t-elle pas dans les pressions qu'elle exerce, des contrastes
frappants et, si je puis me servir d'une expression qui rend bien mon
idée, des contrastes marqués d'un cachet local?
Et cependant tous ces phénomènes se renouvellent sans cesse sous
nos yeux; des milliers d'observateurs attentifs et instruits, munis des ap-
pareils les plus parfaits de la science, renouvellent et multiplient sans
cesse leurs observations intéressantes, les comparent à celles de leurs
devanciers, lesgroupent et les combinent de mille manières différentes,
pour tirer des résultats moyens, des lois générales, des lois exemptes
des influences fortuites et passagères. L'académie de Bruxelles et son
illustre secrétaire perpétuel, M. Quetelet, ont montré quel intérêt
on devait attacher à ce genre de recherches et de travaux, en établis-
sant et en publiant un vaste ensemble d'observations simultanées.
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 5
Malgré les nombreuses observations de température souterraine que
possède la science, malgré les immenses calculs de Fourier et de
Poisson, personne n'oserait admettre encore sans restriction comme
principe universel et incontesté les théories de ces deux savants. Tout
en reconnaissant l'exactitude des lois de la distribution de la chaleur
dans l'épaisseur de la croûte terrestre jusqu'aux profondeurs où
l'homme a pu atteindre, on n'ose guère les étendre au delà; on
hésite , on s'arrête , quand il s'agit d'opter entre les deux théories ri-
vales, et malgré les beaux travaux des géomètres sur la nature de
l'intérieur de notre globe, nous sommes encore forcés de nous en
tenir à de simples hypothèses sur ce point important de la physique
terrestre.
Aussi sans avoir encore, il est vrai, assez mûrement réfléchi sur le
phénomène des tremblements de terre , j'ai néanmoins été tellement
frappé des circonstances diverses qui l'accompagnent, des apparences
variées qui se manifestent dans toutes ses phases, que je suis resté
convaincu qu'il nous est impossible de saisir encore sur ce point la
véritable interprétation de la nature ou du moins de la démontrer.
J'ai dressé d'assez vastes catalogues des tremblements de terre res-
sentis dans les diverses parties du monde. Déjà j'ai eu l'honneur de
présenter à l'Institut de France deux volumineux mémoires sur les
commotions souterraines qui ont ébranlé notre Europe ainsi que les
parties adjacentes de l'Afrique et de l'Asie, depuis le commencement
du quatrième siècle de l'ère chrétienne j usqu'à nos jours. Le caractère
le plus remarquable résultant des tableaux qui résument ces mémoires,
cest le plus grand degré de fréquence du phénomène , durant l'hiver
et l'automne. (Comptes-rendus des séances de l'académie des sciences de
Paris , séance du 25 septembre 1843.)
Mais aussi j'ai reconnu que ce caractère, quelque tranché , quelque
saillant qu'il paraisse, pourrait n'être pas général. Ainsi, pour l'ar-
chipel des Antilles , j'ai dressé le tableau suivant :
6
MÉMOIRE
Tremblements de terre ressentis aux Antilles.
SIÈCLES.
Janvier.
Février.
.Mars.
.tvril.
Hui.
Juin.
Juillet.
\oût.
Sept.
Octob.
Nov.
Dde.
o
s
= 1
■3
TOTAL.
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XVII . . .
.WIII . . .
.\I.\. . . .
»
6
9
1
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»
1
1
11
1
5
9
1
1
9
»
1
3
8
n
1
5
7
5
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1
8
12
»
11
10
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3
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3
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C
5
1
14
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15
11
1ô
15
11
12
13
18
21
21
16
12
19
195
Hive
. 39
Printemps .
. 36
Été
.... 52
Automne . . 49
1
Ce tableau est celui qui se trouve inséré aux Comptes-rendus de
Vacadémie des sciences , tom. XVI, pag. 1298 , mais augmenté d'un
septième à peu près, par de nouvelles recherches. Quoiqu'il soit in-
complet , quoique je n'y aie pas fait figurer des tremblements de terre
que les secousses longtemps prolongées excluaient d'un résumé men-
suel , les deux mois de septembre et d'octobre (ou au moins l'époque
de l'équinoxe d'automne) me paraissent jouir d'une prépondérance
marquée, d'une prépondérance déjà signalée dans les Comptes-
rendus.
,• Il était donc intéressant, je dirai plus, il est donc nécessaire d'étu-
dier le phénomène dans des régions particulières du globe , si l'on
veut mettre en évidence les causes locales qui peuvent varier d'une
contrée à une autre. La plus grande fréquence du phénomène se
montre dans certains pays d'une manière qui ne laisse aucun doute
sur l'existence d'une influence purement locale.
J'ai dressé de nombreux tableaux pour les diverses régions du
globe , et je crois déjà pouvoir affirmer que le phénomène varie avec
les lieux aussi bien qu'avec les temps.
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 7
Ainsi je citerai, pour la Péninsule Italique, le tableau suivant, où
ne figurent pus , ainsi que dans le précédent , les secousses qui se sont
répétées pendant plus d'un mois dans lu même localité.
Tremblements de terre ressentis en Italie et en Savoie.
■I±CUM.
AVEC DATES DE JOUSS OU OC
MOIS
Dit.
A<«
BATCl n MUO».
3
TOTAL.
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Du IV au XVI'.
8
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0
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G
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9
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0
1
70
152
XVII
8
8
14
13
0
11
G
5
10
3
7
3
2
1
13
111
XVIII
45
35
33
28
30
48
31
30
20
4S
28
28
5
3
10
40G
XIX
44
58
47
37
40
30
39
40
23
45
21
37
n
1
1
465
105
104
100
8a
83
95
67
77
03
97
05
8G
13
5
90
1134
Hiver. . .
307
Priulemps, 259
Été . . .
206
Automne .
248
Ici, l'hiver a une prépondérance marqjiée, mais l'automne se trouve
seulement au même rang que le printemps.
Voyons ce que donneront la France et la Belgique, c'est-à-dire
cette région de l'Europe , limitée au sud par la Méditerranée et l'Es-
pagne; à l'ouest et au nord par l'Océan atlantique jusqu'au Zuyderzée;
à l'est par le Rhin et les Alpes. J'ai compris dans ce catalogue, sui-
vant l'avis de M. Quetelet : 1» Genève, dans le bassin du Rhône;
2° dans le bassin du Rhin, Bàle, Manheim, Francfort-sur-le-Mein,
et quelques autres villes très-rapprochécs de la rive droite du fleuve.
Il serait en eflet assez difficile de dresser un catalogue comme celui-
ci en ne suivant que des divisions purement politiques. Toutefois , je
n'ai pas cru devoir remonter les deux fleuves jusqu'à leur source, ni
m'élendre à droite sur les affluents du Rhin; je me serais trop écarté
du plan que je m'étais d'abord tracé.
Maintenant quelques mots sur le mode suivi dans la rédaction. J'ai
8 MÉMOIRE
^
cité, souvent textuellement, les ouvrages auxquels j'ai emprunté les
faits. L'académie jugera ce travail , il était bon de la mettre à même
d'effectuer sans peine les vérifications qu'elle croira nécessaires. Il est
convenable de faire observer que quand un fait ne se trouve cité que
dans une chronique locale, pour les premiers siècles auxquels s'éten-
dent ces recherches, je l'ai regardé comme ayant eu lieu dans le pays
où écrivait l'auteur, bien que quelquefois la circonstance du lieu ne
fût pas mentionnée textuellement. Enfin la correction relative au
calendrier n'a point été faite, elle se trouve seulement indiquée pour
quelques citations empruntées aux Transactions philosophiques de
Londres; j'ai dû en agir ainsi pour ne pas m'écarter de la règle que
je me suis faite , dans tout le cours de mes recherches , de citer tex-
tuellement : cette correction n'aurait d'ailleurs qu'une influence
insensible sur les tableaux numériques qui résument ce mémoire.
Enfin je rapporte quelques faits qu'on pourrait peut-être ne pas
regarder comme des tremblements de terre, quelques-uns même sont
évidemment étrangers aux commotions souterraines; mais je ne les ai
pas compris dans les tableaux du résumé. Comme mes devanciers dans
cette matière, j'ai le plus souvent cité les dates sans entrer dans au-
cune discussion critique qui aurait allongé mou travail sans le rendre
plus intéressant '.
Pour abréger les citations des sources où j'ai puisé, je donne ici
* Pour n'en citer qu'un exemple , on trouve : 462 , vers Pâques. Vienniae mœnia frequentibus
terrae molibus conquassala. (Sigonius, de Occid. imper., 1. 1, lib. xiv, p. 527.) On retrouve le
même fait avec l'institution des Rogations dans les Gesta Francorum, par Roriconem : mémoire
de Gestis Francor. ; chron. de saint Denis; chron. Sigeb. Gemblac. Dom Bouquet, t. III, p. 13,
44, 176 et 335. C'est vers 468 qu'il faut placer le fait d'après le Chron. Sigeberti, fol. 73 verso,
Reriim germanic. S. Scliard. Réginon, dans le môme recueil, fol. 17 verso, place l'institution
des Rogations avant 450. Grégoire de Tours, lib, u, cap. xxxiv, p. 90, de l'éd. du P. Ruinart,
parle aussi des mêmes faits sous la date de 491 ; puis le Chron. S. Medardi Suessionensis (d'Acheri
Spicilegium, t. Il, p. 781 ), sous la date de 497. Enfin, les Gesta rerum Francorum (Dom Bou-
quet, t. II, p. 553) les placent de 500 à 507, et Lycosthènes à 471. L'éditeur Dom Bouquet parait
préférer la date de Sigebert, c'est-à-dire celle de 468. C'est celle que donne Von Hofï', et que je ci-
terai dans le texte, en lui empruntant la date mensuelle du 27 mars. Pour moi, le phénomène me
parait s'être prolongé assez longtemps.
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 9
la liste des principaux ouvrages que j'ai consultés, avec les signes
conventionnels par lesquels je les désigne. Pour les ouvrages volumi-
neux , les collections, j'indique les tomes et les pages. Pour les feuilles
périodiques, je cite la date et le mois du journal, en supprimant
l'année lorsqu'elle est la même que celle du phénomène. Enfin,
pour les auteurs de catalogues , par ordre chronologique , comme
Gueneau de Montbeillard , Huot et Garnier , je ne cite jamais la
page.
Quant à la chronique de Von Hoff, n'ayant pu me la procurer
qu'après une première rédaction du mémoire, j'ai cru pouvoir me
dispenser de la citer lorsque je n'y trouvais pas des faits nouveaux ou
au moins des détails que je n'avais pas rencontrés ailleurs. J'ai sou-
vent cité Cotte, qui a publié un catalogue comme celui-ci dans le
t. LXV du Journal de physique , mais je dois avouer que c'est seu-
lement d'après Von HoflF; le Journal de physique manque en grande
partie à la bibliothèque publique de la ville de Dijon. Je n'ai point
cité l'ouvrage de M. Mérian, que je n'ai pas pu non plus me pro-
curer, même en écrivant à Bâle :
1. La grande Collection des historiens des Gaules, commencée par Dom
Bouquet, continuée par Brial, Daunou et M. Naudet D. B.
2. Celle de Marlène et Durand , et leur Novus Thésaurus Anecdotorum ( ce
dernier ouvrage Nov. Thés. Anecd. ) M. D.
3. Collection de Duchéne D.
4. Le Spicilegium de d'Acheri A. S.
5. Baronius , Annales Ecclesiasticae B. A.
6. Rerum Germanicarum quatuor celebriores vetustioresque Chronographi ,
1 vol. in-fol. Lutetiae, 1366. Cet ouvrage, sans nom d'auteur, est de
Simon Schard S. S.
7. Uisloricum opus, Rerum Germanicarum 4 tomes en 3 vol. Bâle , sans
date d'année, par Simon Schard S. S.
8. Lycosthèncs , Prodigiorum ac ostentorum Chronicon L.
9. Fvilsch'\us,Catalogusprodig. ac estent F.
10. Joannis Trithemii Chronicon hirsaugiense C. H.
li. Cenluriae Magdeburgetises CM.
12. Flores historiarum per Mathaeum Westmonasteriensem collecti , praecipuè
ToM. xvin. 2
10 MÉMOIRE
de rébus Britannicis , i vol. in-fol. Londini, 1579 . ... . . M. W.
13. Mathieu Paris, Hîs<. d'4ng/e<erre, 2 vol. in-fol M. P.
14. Bertraiûd , Mémoire sur les tremblements de terre B.
15. Collection Académique, tome VI de la partie française, Catalogue à&
Gueneau de Monlbeillard C. A.
16. Transactions philosophiques de la société royale de Londres P. T.
17. Académie des sciences de Paris A. P.
18. Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Acad. des sciences de Paris C. R.
19. Annales de chimie et de physique, par MM. Gay Lussac et Arago. . . . C. P.
20. Huot , Cours de géologie H.
21. G&rnier , Traité élémentaire de météorologie G.
22. Journal historique J. H.
23. Journal encyclopédique J. E.
24. Journal des débats et Journal de l'Empire J. D.
25. Le Moniteur universel et Gazette nationale . . M. U.
26. Gazette de France G. F.
27. Mercure de France M. F.
28. Quotidienne Q.
29. Phalange et démocratie pacifiqus Ph.
30. Chronik der Erdbeben Von K. E. A. Von Hoff V. H.
Les autres ouvrages où j'ai puisé sont cités dans le texte. Je dois
remarquer que les collections de journaux que j'ai pu consulter sont
toutes incomplètes , à l'exception du Moniteur et du Journal des
débats.
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 11
CATALOGUE
DES TREMBLEMENTS DE TERRE RESSENTIS EN FRANCE, EN BELGIQUE ET EN HOLLANDE.
217. — Flamma in Frisia ad montem Rubriclivium ingens per dies undecim
erupit, quae tandem, aqua marina adspersa, deleta est. {Von Hoff, p. 178.)
41G. — In Gallicana regione et in civilate Biterris [Béziers) multa signa terri-
fica, Paulini epistola ejusdem civitatis episcopi enarrat ubique diruta. [Idatii
Chron. — Von Hoff s Clironik.)
4G8. — 27 mars. Tremblement de terre à Vienne en Dauphiné.
468. — Medio Tolosae civitatis hisdem diebus e terra sanguinem erupisse toto
que die fluxisse curriculo. {Ibidem.)
Vers 480 ou 481. — En novembre. Eo anno, mense nono, terra tremuit. (Gre^or.
Turon., lib. n, cap. xix, col. 71.) Et dans le chapitre suivant : « Fuit etiam et tune
terrae motus magnus. » On retrouve encore, dans le même volume, édit. P. Rui-
nart : t Ipso anno, terrae motus fuit. » {Epit. per Fredegar., cap. xiii, col. 553.)
Vers 549. — Tremblementde terre en Auvergne. (Greg. Turon., Vua S. Galli, D. B.,
t. III, p. 410.)
562. — In Gallia , supra Rhodanum fluvium , mons multis diebus dans mugi-
tum tandem ab alio monte sibi vicino discussus, cum ecclesiis, domibus, hominibus
et bestiis in flumen est praecipitatus. (M. W., lib. i, p. 195 , Gregor. Turon, lib. vi ,
cap. XXXI, col. 171 et 172.)
Frytschius , dans son catalogue , donne la date de 561 ; Bertrand , 2» Mém. stir
les tremblements de terre, p. 27, et la Chronique de Rheims, Labbe, 1. 1, p. 358,
donnent celle de 563.
Il parait suivant Von Hoff, Clirotiik, p. 193, que ce fait indiquerait la chute de
la Dent du midi, en Valais. Suivant d'autres la montagne de Tauretunum entre
Meillcrie et S'-Gingolph , vis-à-vis Lausanne.
12 MÉMOIRE
577. — 17 avril, pendant la messe du jour de Pâques, à Chinon. Ecclesia con-
tremuit populusque conterritus a pavore unam vocem dédit, dicens quod ecclesia
caderet. (D. B., t. II, p. 242.)
979 ou 580. — A Bordeaux et dans les Pyrénées. Graviter urbs Burdegalensis a
terrae motu concussa est, mœniaque civitatis in discrimine eversionis extiterunt
Tamen de Pyrenaeis montibus immensi lapides sunt commoti. (D. B., t. II, p. 252
et 409; t. III, p. 83 et 227.)
582. — A Soissons et à Angers, commotions souterraines. (D. B. , t. II, p. 277;
t. III, p. 88 et 234.)
584. — Décembre? A Angers. In Andegav. terra tremuit et multa alia signa ap-
paruerunt. (D. B., t. II, p. 297; t. III, p. 243.)
590. — 14 juin, au point de jour. Terrae motus magnus factus est. (D. B. t. II, p. 379.)
Ce phénomène, rapporté sans indication de lieu par la Chronique de Tours, est-il
relatif à la France?
801 . — 25 ou 30 avril , 2« heure de la nuit. Fameux tremblement de terre en
Italie; il se sentit aussi sur le Rhin, en Gaule et en Germanie. (D. B., t, V, p. 250
et 332.)
Quelques auteurs ont regardé les secousses ressenties dans notre pays comme
indépendantes de celles qui ébranlèrent l'Italie, et disent seulement :
« La même année 801, la terre trembla sur le Rhin , en Gaule et en Germanie. »
(D. B., t. V, p. 550; D., t. II, p. 60, et S. S., fol. 32.)
Von Hoff, dans sa Chronik der Erdbeben, cite même la date du 31 mars.
802. — 13 avril. Dans toute la Suisse, violent tremblement de terre suivi de
maladies très-meurtrières. (B., p. 29; t. II, p. 198; DiariumHistor., p. 129; Mémo-
rial de ChronoL, t. II, p. 910.)
Le Chron. Turon. (M. D., t. V, p. 959) dit seulement qu'il y en eut un second
cette année: Lycosthènes en cite deux, mais aux dates de 800 et 802, Mézerai
enfin ne parle que du premier, qu'il fait suivre de maladies, t. III, p. 211 , édit.
in-12.
803. — En hiver. En cel yver fu croules et mouvement de terre en tout le pais
d'Es-la-Chapèle.(D.B.,t. V, p. 54,251 et 321; D., t. II, p. 42; S. S., fol. 32;/msL
Reuber, p. 53.)
815. — Septembre. Tremblements de terre à Saintes. {Aimoini chron., p. 240,
et D., t. II , p. 260.)
823. — Vers la fin de l'année. ( L'empereur venait de congédier les légats du
pape; calend. de nov.) A Aix-la-Chapelle. Li palais d'Ais la Chapèle croula par
mouvement de terre et granz sons et granz temoutes furent oï par nuit
Et fulgura sereno atque interdiù de coelo cadentia (D. B., t. VI, p. 106,
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. i3
147, 184 et 225; L., p. 345; S. S., t. Il, p. 1868. Chron. Alberti Slad., fol.
88; F.)
829. — Vers Pâques, la nuit; hicme transacta. — A Aix-la-Chapelle,
Et quant avint vers la fin du quaresme, que la solennité de Pasques approchait
(fu) si granz croules et si granz movemenz de terre que apar poï que li palais et
les tors ne chairent.
Ecclesiae Dei Genetricis terrae motu et vento discooperta est tota quatuor
diebus ante Pascha. (D. B., t. V, p. 110, 151 , 189, 209, 221 , 220 et 233; D.,
t. II, p. 272 et 306; B. A., t. IX, p. 489; L. et F., CataL; Chron. Alberti Slad.,
fol. 89.)
858. — 18 février, le soir. Terrae motus apud S. Nazarium {Lauresheim , terri-
toire de Mayence) ,in Wormanse, in Spirense et Lobadunense. (D. B.,t. VI, p. 210.)
840. — Septembre. A Saintes. In Gallia civitas Sanctoras tremuit. (G. M., t. II,
page 348.)
842. — 24 octobre, première heure de la nuit. Presque dans tout le nord de la
Gaule. Terrae motus validus exstitit et perseveravit hujus sonus per septem dies.
Dabat autem mugitum aut hora diei prima, aut nona, aut noctis média, aut initio
aurorae. Secuta est tussis validissima de qua multi mortui sunt. (D. B., t. VII,
p. 32 et 41.)
843. — 6 septembre. Iterùm terrae motus magnus, aurora surgente et média
nocte similiter.
— 7 septembre. Hora diei prima similiter; ipso die, hora secunda, similiter.
(D. B.,t. VII,p. 41.)
Ces secousses ont dû ébranler le département de la Seine inférieure, pays où se
trouvait le monastère de Waudrille [monasterium Fontaiiellense) , dans les envi-
rons de Rouen , à la chronique duquel j'emprunte les citations précédentes.
849. — 17 février, 10" heure de la nuit. Apud Galliam , clericis preces noctur-
nas solventibus Domino, terrae motus valide, sed nuUa quorumlibet aedificiorum
ruina factus est Terrae motus Augiae factus quasi décima noctis hora.
(D. B., t. VII, p. 65, 207, 235, 272.) Augia est Richenaw, près de Constance,
en Suisse.
855. — 1" janvier. Apud Moguntiam terra viciés tremuisse fertur. Insoliti
aeris turbines et grandines , fulgura et tonitrua facta sunt. Ecclesia S. Kiliani ful-
mine cremata nonis Junii, posteà mûri turbine diruti sunt. (D. B., t. VII, p. 217,
233; D., t. II, p. 553; F. et C. M.) On le ressentit à Worms. (V. H.)
856. — 13 décembre (fête de sainte Luce). A Bâle. Montes et rupes multas
aperturas et scissuras passae sunt. (M. D., t. V, p. 271.)
858. — 1" janvier. Terrae motus magnus factus est per civitates regiones di-
14 MÉMOIRE
versas, maxime tamen apud Moguntiacum, ubi maceriae antiquae scissae sunt
et ecclesia S. Albani martyris ità concussa est , ut murus de fastigio cadens , ora-
torium S. Michaelis ad occidentem basilicae bicameratum cum tecto et laquearibus
ruina sua confringens terrae coaequaret. (D. B., t. VII, p. 166; D., t. II, p. 554.)
Corruit tune ecclesia S. Albani , mense februario. (Joan. Naucleri Chron., t. II,
p. 65.) Le tremblement est d'ailleurs rapporté au mois de janvier.
Crebri terrae motus Moguntiam concutiunt, ibique Probus presbyter obiit vu
calend. julii L'année suivante, hiver terrible. (D. B., t. VII, p. 254.)
Le Chron. Hermanni, auquel j'emprunte cette dernière citation, donne la
date de 859. Je ne saurais voir un fait nouveau dans son récit, bien que l'auteur
semble dire que le prêtre Probus en fut victime au mois de juin.
858. — 25 décembre. Noctu et interdiù Moguntiae validus et creberrimus terrae
motus efficitur. (D. B., t. VII, p. 75.)
860. — Plusieurs tremblements de terre désastreux furent ressentis en Perse ,
en Syrie et dans plusieurs contrées de l'Europe. Un bouleversement de terre con-
sidérable eut lieu en Hollande ; l'une des bouches du Rhin fut fermée près de Catt.
(C. A.)
867. — 9 octobre. Terrae motus per plurima loca factus est. (D. B., t. VII,
p. 175, 208, 255 et 275.) Des secousses furent ressenties en Suisse. (B., p. 50.)
Rien n'indique que ces commotions doivent figurer dans ce Mémoire; je ne les cite
qu'à titre de renseignements. Cependant n'auraient-elles pas été ressenties sur le
territoire de Mayence , où se trouvait l'abbaye de Fulde dont je cite les Annales?
870. — 5 décembre, 1'*' heure. Ipsa quoque civitas Moguntiaca terrae motu
concussa est. (D. B., t. VIL, p. 175 et 255.)
872. — 5 décembre, 1" heure. Terra contremuit, Mogunciacum eversum est.
(D. B., t. Vn, p. 176 et 256.)
Cette coïncidence du 5 décembre 870 et 872 meparaît devoir inspirer de la défiance
sur la réalité d'un double phénomène, dont la date ne se trouve pas, pour chaque
fait, dans la Chronique d'IIermann et les Annales de Fulde, auxquelles j'emprunte
les deux citations. Cependant il est à remarquer que les auteurs de ces deux ouvra-
ges écrivaient, pour ainsi dire, sur les lieux. D'ailleurs, on retrouve la même chose
dans les Centuriae Magdeburg : et dans Lycosthènes, qui seulement cite les années
868 et 870.
880. — 1" janvier. A Mayence. — Il y eut éclipse de soleil. (V. H., d'après
Beuther).
881. — 50 décembre, ante galli cantum. Moguntiae terrae motus factus est
magnus, ita ut aedificiis conquassatis, vasa fictilia, sicut compositores luti fateban-
tur, invicem se conlideiitia frangerentur. (D. B., t. VIII, p. 41, et 246; C, A.; C. M.)
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 15
882. — 29 décembre, ante gallicinium. Moguntiae terrae motus magnus. (D. B.,
t. VIII, p. 98.) Y a-t-il là encore deux phénomènes distincts? C'est peu probable.
Aucun des auteurs cités n'en mentionne deux.
885. — Templum Albani terrae motu Mogiintii interiit. {Mùnlzenus in chrono-
graphia; C. M.) Ce fait est-il différent de celui de 858?
895. — Per idem tempus (pendant le concile de Tibur ou Tuver, près de
Mayence, lequel commença le 22 août au plus tard, d'après Y Art de vérifier les
dates), magni terrae motus in plurimis locis occidentalium Francorum visi sunt.
(D.B., t. VIII, p.56.)
898. — 9 janvier, A Sens? Terrae motus factus est circà coenobium S.
Columbae Virginis. (D. B., t. VIII , p. 522, et t. IX, p. 46.)
922. — Dans le Cambrésis. Terrae motus in pago Cameracensi factus, ex quo
donius inibi multae subversae sunt. (D. B., t. VIII, p. 179; D., t. II, p. 592.)
935. — Janvier. Au monastère de S^-Colombe. A Sens? (C. M.)
944. — 16 avril, circa pullorum cantum. Terrae motus factus est aestas
omnis versa est in pluviam. (D. B., t. VIII, p. 92; L.; C. M.)
Il fut ressenti en Suisse; le fut-il dans le bassin du Rhin?
950 ou mieux 951. — Per multa Germaniae et Galliae loca , magni et fréquen-
tes terrae motus facti sunt; et complura aedificia subverterunt innumerasque arbores
radicitùs dejecerunt. (C. H.)
L'édition en un volume, Monasterii Hirsaug. Clironica, p. 38, donne la date de
952. C'est celle que préfère Dom Bouquet, qui, du reste, dans les extraits de dif-
férentes chroniques, t. VIII, p. 102, 272 et 314, conserve les dates de 950,952
et 954. Von Hoff préfère celle de 956, d'après ^Eneas Sylvius.
La fin de ce siècle fut aussi marquée par des tremblement de terre qui
ébranlèrent toute l'Europe , per totam Europam , per totum orbem. Toutes les
chroniques rapportent la fameuse secousse du 29 mars de l'an 1000; mais au-
cune ne cite les Gaules en particulier. Cependant l'Allemagne en ressentit en 968 ,
l'Angleterre en 974 , la Carniole en 985 et Magdebourg enfin en 997.
Dans l'année 1001 , tremblement qui renversa plusieurs maisons en Suisse; il
fut accompagné de météores ignés. (B. et C. A.) On ne dit pas s'il s'étendit en
France.
1013. — 18 septembre, vers midi. A Liège? Terrae motus factus est. (Chron.
Leodiencnse, Labbe, 1. 1, p. 337.)
J'en retrouve encore un autre à la date du 18 novembre, même année, dans le
Chron. Leod. et Lobiense (D. B., t. X, p. 218 et 321). Comme celui-ci est encore
rapporté dans d'autres auteurs , tels que Sigebert de Gembloux , Chris. Mathias
et les Centuries de Magdebourg, je suis porté à en admettre deux.
16 MÉMOIRE
1021. — 12 mai. ABâle, des édifices furent renverés, des fontaines furent trou-
blées dans toute la Suisse: on remarqua des météores ignés. (B. et C. A.)
Ce tremblement s'étendit dans une grande partie de l'Allemagne, et surtout en
Bavière.
1048. — 13, 13 et 16 octobre. A Constance et sur le lac, fortes secousses.
(L.;C. M. etD. B.,t. XI,p. 20.)
1062. — 8 février. Terrae motus, fulgura et tonitrua.... circa Constantiam.
(B.; C. M.; L.; Diarium liisL, et D. B. , t. XI, p. 22.) Von HofT dit que les se-
cousses s'étendirent jusqu'à Bâle, ce qu'il ne dit pas de celles de 1048, lesquelles
par conséquent ne peuvent figurer dans les tableaux du résumé.
1070. — ^11 mai. A Cologne et dans les contrées voisines (V. H.),
1079. — 16 ou 17 juillet, le matin. A Sens? Summo mane fuit terrae motus
magnus sine vento et pluvia et tonitruo. {Chron. S. Pétri vivi Senon. D. B., t. XII,
p. 279.)
1080. — 1" décembre. Moguntia magnum terrae motum persentit. (S. S.,
fol. 128 verso.)
1081. — 27 mars, 1" heure de la nuit. Factus est terrae motus magnus , cum
gravi terrae mugitu in tota Anglia. (M. P.; M. W. ; M. D. , t. V, p. 7, et Nov. Thé-
saurus anecd., t. III, p. 1419; D. B., t. XI, p. 291 ; t. XIII, p. 581 et 600 ; S. S.;
C. A.; L.; Polyd. Virgil. Iiist. Ang., p. 209.)
Aucune des sources nombreuses que je viens de signaler ne parle du continent.
Mais Von HofT fait étendre les secousses jusqu'en Allemagne, et principalement à
Mayence.
1085. — 21 mars. Terrae motus auditus est Andegavis , die ad occasum ver-
gente. (D.B., t.XII,p. 479.)
La seconde chronique de S'- Albin d'Angers donne la date du 21 mars 1082.
(D.B., t. XI, p. 485.)
— 18 octobre, jour de Saint-Luc. Dans le Poitou et le Limousin? Terrae motus
factus est. Pars civitatis Pictavis cum ecclesia S. Radegundis combusta est. {Citron.
S. Maxentii, D. B. , t. XII , p. 402. )
Cette chronique, connue aussi sous le nom de Chronique de Maillézais ou Malle-
zais, étant la seule où j'aie trouvé le fait consigné, je le regarde comme ayant eu
lieu dans la France centrale. Il en sera de même pour les années 1097 et 1098.
1085. — Magnus terrae motus et in occidentali parte Lotharingiae pestilentia
magna.... (Chron. Turon.,D. B., t. XII, p. 465.)
Le tremblement de terre a-t-il eu lieu en Lorraine? Doit-il même figurer dans ce
Catalogue? Cependant comme d'après Lycosthènes, cette année fut signalée en An-
gleterre par des secousses violentes et un froid excessif; comme d'après la Chronique
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 17
d'Hirsauge , il y eut de grands tremblements de terre dans diverses régions de l'Eu-
rope, j'ai cru devoir citer ici le fait de la chronique de Tours, tout en faisant
remarquer néanmoins que Mathieu Paris ne parle pas de commotions souterraines
dans l'année 1085, mais qu'il rapporte seulement des inondations tout à fait désas-
treuses à l'année suivante. l,V,-' J
1087. — H juillet, à Soissons. Terrae motus cum aeris concussions. (B. A.,,
l. XI, p. 587.)
1091. — 2 novembre, à Angers. Terrae motus factus est et fulgura exstiterunt
nimia ita ut gallum deauratum qui major ecclesiae turri eminebat, miiiutatîm
conscinderent.... de arcubus verb fenestrarum turris majoris lapides magni vi tem-
pestatis eruti super aulam (Consul.) corrucrunt, visa inaestimabili coruscatione et
inopabili simul audito tonitruo, stuporem attulerunt. (D. B., t. XII , p. 557; t. XIV,
p. 79, et Christ. Mathias , Theat. hisL, p. 582.)
I, 1095. — 10 septembre, la nuit. Cum valido ventorum turbine etiam terrae
motus factus est média nocte.... Terrae motus crebri fuerunt.... Magni erant per
loca. (S. S.; C. H.; C. M. et D. B. , t. XIII , p. 71i.) Ces secousses, signalées seule-
ment par des chroniques allemandes , se sont-elles étendues chez nous?
1097. — 13 octobre. France centrale? Terrae motus factus est. {Chron. S.
Maxenlii; D. B., t. XII, p. 403; Labbe, t. I, p. 214.)
1098. — 26 septembre. France centrale? Cœlum apparuit rubicundum et terrae
motus.
— 5 octobre. Terrae motus; puis le 6 encore, première veille de la nuit. (D. B. ,
t. XII, p. 403 et 484; Labbe, t. I, p. 215 et 281.)
Les deux chroniques de S' -Albin d'Angers décrivent assez longuement une
aurore boréale du 27 septembre, mais ne citent le tremblement de terre que
comme ayant eu lieu 9 jours après, c'est-à-dire les 5 et 6 octobre. La chronique
de Maillézais seule parle de commotions souterraines sous la date du 26 septem-
bre.
1098. — A Bâie, tremblement ajouté par l'éditeur Berghaus à la Chronique
de Von Hoff.
1105. — 13 avril. France centrale? Tremblement donné sans indication de
lieu parla Chronique de Maillézais. (D. B., t. XII, p. 404.)On avait eu, en février,
une gelée désastreuse; en juin on éprouva des pluies suivies d'inondations désas-
treuses.
1100. — 4 mai , le matin, à Angers? Terrae motus. (D. B., t. XII, p. 486.)
1112. — 3 janvier. Rothemburgium civitas juxtà Neccarum terrae motu con-
cidit. (L.; C.A.; C. M.;/.iVauc/m Chron., t. II, p. 187.)
Le même jour, secousse à Liège. (V. H.)
ToM. XVI II. 3
18 MÉMOIRE
Le lendemain , 4 janvier. Terrae motus horribilis in partibus Britanniae. (D. B.,
t. XII, p. 557.)
1117. — 5 janvier. Tremblement considérable en Italie, en Allemagne, en
Suisse. On ressentit des secousses à Liège, suivant Von Hoff. Toutes les chroniques
parlent de secousses en décembre et en janvier 1116, 1117 ou 1118, lesquelles
durèrent 40 jours. Ces hivers furent aussi marqués par des vents impétueux , des
orages et des ouragans. Voici un extrait de la Chronique de Sigebert, sous la
date de 1118:
— « Mense Januario, m nonas, in aliquibus locis, sed non usquequoque terrae
» motus accidit , aliàs clementior, alias validior adeb ut quarumdam urbium partes
cum ecclesiis subruisse dicantur.
» Mosa etiam fluvius, juxtà abbatiam quae dicitur Fustula, quasi pendens in
» aère fundum suum visus est deseruisse. » Et plus bas :
— 3 mai, à Liège : « Dum in majori ecclessia vesperas célébrant, subito tonitru
» cum terrae motu omnes ad terram stravit et fulmen ad Iseva templi ingressum non
» modicas crustas de muro hàc illàc dejecit, deindè turrim ingrediens, multas tra-
» bium partes diffidit. Subsecutus foetor intolerabilis , adeb ut multo aromatum
» odore vix potuerit expelli. »
Puis suit la description d'orages épouvantables en juin, juillet et août: l'un d'eux
paraît avoir été une trombe; et enfin en décembre « ventusvehementissimus. » (S. S.,
fol. 134 et 135; C. M.; Diarium fiist., p. 134; A. S., t. XI, p. 408.)
D'après la Chronique de Tours (D. B., t. XII, p. 469j, ce ventus veliementissimus
eut lieu le 24 décembre, et le 9 janvier on ressentit un terrae motus.
1122. — 10 décembre, à 3 heures. Terrae motus in secunda hebdomada adventus
domini sabbato hora tertia, aliàs clementior, aliàs inclementior accidit. (S. S.,
fol. 155; D. B., t. XII, p. 782; M. D., Thés. Anecd., t. III, p. 1438; C. M.)
Ce tremblement, mentionné dans la Chronique de Mortemer (Mortui maris) et
dans celle de Sigebert, a-t-il été ressenti en France ou en Belgique?
1134. — 1" octobre. Intempestae noctis silentio motus magnus factus est in
mari , ita .ut littora sua praeteriret et tamen in se iterum residiret. Sequenti vero
nocte, primo crepusculo, très cometatus Waluras, Wales et Brabant penitùs exter-
minavit. (Anselmi Gemblac, Appendix ad Sigebertum; D. B., t. XIII, p. 270.)
S'agit-il d'une marée très-forte ou du phénomène que les Italiens désignent sous
le nom de terremoto di mare?
1142. — A Rouen. Terrae motus circà Rotomagum. {Brève cliron. Uticensis
coenobii; D. B., t. XII, p. 774.)
La Chronique de Rouen n'en parle pas; elle ne contient rien pour cette année.
1146. — Magnus terrae motus factus est 15 vicibus, in die et nocte. — Il fut
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 19
général en Europe et plus ou moins fort suivant les lieux. On le ressentit à
Mayenee. (C. H.; B.; C. M.;C. A.)
H54. — 15 février. Terrae motus maxime in Burgundia, adeô ut ter in nocte
festivitatis S. Priscae virginis seiitiretur apud Cluniacum , et quoddam castellum
quod erat desertum, haud procul a Cluniaco situm, absorptum iret in abyssum et
spatium in quo castellum fuerat repleretur aqua inaestimabilis profunditatis.
(Ex Roberti de Monte, Append. ad Sigeb.; D. B., t. XIII, p. 297.)
Sigebert de Gembloux place celui-ci à l'an 1156. Ce sont identiquement les
mêmes expressions, ainsi que pour les deux autres citations de Robert de Monte,
placées à l'année 1156 par Sigebert, Rerum Germanie. S. Schard, fol. 145, recto.
Je les place à l'an 1155. Les auteurs des Centuries de Magdebourg rapportent aussi
celui-ci à l'an 1156, et le font durer tout le carême.
1155. — 18 janvier, en Bourgogne encore. Ter in una nocte fuit terrae motus quo
etiam diversa adificia dicuntur esse subversa. (Ex alterius Roberti, Append. ad
Sigeb.; Chron. Turon.; Cliron. Cluniacense; D. B., t. XII, pag. 315 et 475; t. XIII,
p. 333.; Chron. Guill. de Nangis; A. S., XI , p. 498; C. M.; L.)
— En caresme : fréquenter per totam quadragesimam terrae motus accidit in
Burgundia.
— 14 avril, au Mont-Saint-Michel. Etiam apud montem S. Micliaelis, terrae
motum sensimus ante solis orlum. (Ex Roberti de Monte, Append. ad Sigeb.;
D.B., XIII,p. 298.)
Il est à remarquer que c'est le même Robert qui rapporte déjà celui de 1154.
Nous devons donc en compter au moins deux en Bourgogne. Passons au troisième.
! 1157. — Terrae motus magnus in Burgundia, sed Domino miserente, raris-
simis in locis periculum indè provenit. [Chron. Willelmi Godelli Lemovic.; D. B.,
t. XIII, p. 676.)
Ce dernier phénomène doit-il être confondu avec les précédents? Pourtant je lis
encore à cettedate de 1157, dans les Centuries de Magdebourg: « Crebriores terrae
» motus quibus non tantum urbes et castella, verum etiam nationes quassatae, con-
» cussae et omnino eversae sunt. »
Mais il est vrai que les secousses de 1154 sont ici rapportées à 1156.
1161. — l" janvier, l"heure, à Coutances, territoire de Saint-Lo. Terrae motus
accidit in pago Constantino, Castro S. Laudi, circa horam primam.(S. S., fol. 147;
L.; C. M.)
Robert, abbé du Mont, dans son Appendice, donne la date du 1" janvier 1160.
(D.B.,l. XIll.p. 504.)
1163. — 2 août, veille de Saint-Étienne, premier martyr. Tremblement que je
regarde comme ayant été ressenti en Anjou , parce que les seules Chroniques de
20 MÉMOIRE
Saumur et d'Angers en font mention. (D. B., t. XII, p. 482; M. D., t. V, p. H 45;
Labbe, t. I, p. 279.)
!> HG5. — 20 juin, en Anjou encore. Terrae motus. {Citron. S. Florentii Salmur. ;
D. B., t. XII, p. 491; M. D., t. V. p. H 45.)
Je retrouve à la date du 20 juin H66, ces deux mots: terrae ventus, dans le
Cfiron. S. Albini Andegav. {Labbe, t. I, p. 279, et D. B., t. XII, p. 485.) Y a-t-il
ici erreur de copiste et nouveau tremblement de terre? Le continuateur de Dom
Bouquet, que je continue à citer comme premier auteur de la collection , dit en note
que deux chroniques donnent un terrae motus à cette date du 20 juin 1166. Je
ne les ai pas trouvées. Certainement les tremblements de terre ne sont pas très-
rares en Anjou (voir la Notice que j'ai publiée dans le Bulletin de la société Indus-
trielle d'Angers et du Déparlement de Maine et Loire, n°' 4 et 5, 15" année); mais
deux tremblements de terre le même jour, dans deux années consécutives, c'est
peu probable. D'ailleurs, chacun des auteurs angevins ne signale qu'un seul
fait.
1175. — 20 juin, en Anjou? Terrae motus factus est {Brève Citron. Andegav. ;
M. D.; Novus Thés. Anecdot., t. III, p. 1381.)
Faudrait-il encore ici admettre une erreur de date?
1170. — 29 juin. Affreux tremblement de terre en Syrie; il dura 15jours et s'éten-
dit très-loin. 11 fit périr beaucoup de monde en Sicile. Plusieurs villes d'Allemagne
furent fort ébranlées. Il causa quelques dommages en Suisse et sur les côtes
d'Afrique.
La Frise fut inondée par les eaux de la mer; il y eut de grands vents.
Ce phénomène, mentionné par.un grand nombre de chroniques et cité par tous
les auteurs de catalogues, a-t-il bien eu lieu en 1170? car il est dit: Ipso die circa
horam terliam sol obscuratus est, et 1170 est une des années assez rares où il n'y
a eu ni éclipse de soleil, ni éclipse de lune (on n'en compte que 16 pour les 20
premiers siècles de l'ère chrétienne), ou bien l'obscurcissement n'aurait-il été
dû qu'à la poussière soulevée par les secousses , s'élevant des ruines et des décom-
bres?
1179. — 1" août. Terrae motus. {Chron. Saxonicum ; D. B., t. XIII ,
p. 725.)
1180. — 1"' août. Terrae motus. {Chron. Lamberti Parvi; M. D., t. V,
p. 12.)
.' — Cal. augusti, terrae motus factus est magnus, in quarta noctis vigilia (com-
munication de M. Quetelet). Y a-t-il là plus d'un fait? Et d'ailleurs où le phénomène
a-t-il eu lieu?
1 186. — mars. En cel an maismes avint croules de terre en une contrée qui
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 21
est apelée*.... Et au mois d'avril qui après vint, éclipse de lune particulière.
(C/iron. de S'-Denis; D. B., t. XVIII, p. 302.)
On lit en eftet dans les Centuries de Magdebourg: In civitate qttae Uceticum
dicitur, et dans Lycosthènes : in Golhis; enfin dans Guillaume de Nangis (A. S.,
t. XI, p. 453):
Media Quadragesima factus est terrae motus in Graecia. Eodem sequenti mense
aprilis, nonis ejusdem mensis, fuit eclipsis lunae particularis in vigilia Dominicae
Passionis.
Ces trois derniers auteurs donnent la date de 1185, et c'est celle du phénomène,
car l'éclipsé de lune a eu lieu le IG avril de cette année.
H8G. — Au commencement de l'automne (après le couronnement de Sybille
et de Guy de Lusignan, à la mi-septembre). Terrae motus generalis per totum
orbem; in Anglia aedificia corruere. u..,.!, .
Il fut très-fort en Calabre et en Sicile. La France, la Belgique et la Hollande en
furent-elles exemptes? (M. W.; M. P. ; C. M.; C. A.)
1207. — 26 février, au milieu de la nuit, en Anjou? tremblement de terre
accompagné de grands coups de tonnerre. {Addenda Chron. Andegav. S. Albini;
D. B., t. XVIII, p. 327.)
1208. — 13 juin. En Aquitaine, tremblement de terre pendant la campagne du
roi Philippe. (D. B., t. XVIII, p. 275.)
1214. — 20 décembre, en Normandie? trois secousses en une seule nuit.
{Chron. Mortui-Maris.; Chron. Rotomay.; D. B., t. XVIII, p. 556 et 361.)
'. 1215. — 3 mars, en Bourgogne ou en Limousin? tremblement de terre à peu
près au milieu de la nuit. {Chron. Cluniac. coenobii; D. B., t. XVIII, p. 743.) i
1216. — 3° nuit de mars. Tremblement de terre tel que les moines s'enfuirent
du choeur, les laïcs de leurs lits. On fit une procession le lendemain à l'église
de S"-Marie des Sables de Limoges. {Chron. Dernardi Iterii, mon. S. Abbatialis
Lemovic.; D. B., t. XVIII, p. 234.)
Ce tremblement doit être le même que le précédent et le même encore que le
suivant. A la page 799, ibidem, on lit dans une note:
« Un an et trois mois après l'élection de Laguisca, il y eut un grand tremblement
de terre. » (Fragment écrit de la main de Bernard, en tête du n" 5064 de la Biblio-
thèque Royale.)
Ce Laguisca fut élu abbé, le 14 novembre 1214.
1222. — 11 janvier, à Cologne. In Colonia Agrippina et circa regionem
magnus terrae motus fuit, qui domos et turres plurimas evertit (C. H.)
< Il y a dans le texte latia Ucerieum in Gothit; serait-ce Uzez ? ( Note de l'éditeur Brial, continuateur de Dom
Bouquet.
22 MÉMOIRE
Beaucoup d'auteurs citent ce tremblement de terre, mais ils insistent principale-
ment sur les secousses ressenties en Italie, à peu près à la même époque. Je trouve
la date du il janvier dans la chronique d'IIirsange, édition en un volume.
1233. — Tremuit in Burgundia. (F.)
D'autres placent la chute d'une montagne en Franche Comté aux années 1218
(Naucler), d'autres en 1240 (Alstédius), d'autres en 1251, 1281 et même 1312.
Jacques Gaultier, dans sa Table chronographiqiie, donne la date de 1241, et les
Centuries de Magdebourg, celle de 1249.
1278. — Tremblement en France et en Angleterre. (V. H.)
1282. — A Gap, affreux tremblement. (De Zach, Corresp. Astron., t. VI, p. 32.)
1286, — En Bretagne, surtout à Vannes, tremblement de terre pendant
40 jours : on y éprouva des secousses pendant un an , mais non d'une manière
continue. (Morice, Histoii'e de Bretagne, t. I, col. 31.)
Le fait a eu lieu avant la mort de Jean III , dit le Roux , arrivée le 8 octobre.
1289. — Tremblement de terre en France. [Mémorial de chronolog., t. II, p. 912.)
Ce fait est-il le même que le suivant?
1289. — 15 juillet. In die dispersionis apostolorum terrae motus factus est per
universum orbem terrarum. (CM.)
1290. — Tremblements à peu près universels; la Suisse n'en fut pas exempte: on
les éprouva en Islande et surtout à Lisbonne. (B.; C. A.; V. H.; Gaimard, Voyage
en Islande, partie géol., p. 313.)
La France, la Belgique et la Hollande ressentirent-elles des secousses?
1295. — 4 septembre, vers midi, à Tours. In octava S. Augustini (dont la fête
tombe le 28 août) , circa meridiem, terrae motus ingens factus est, qui in Turonensi
episcopatu turres et castella evertit. [Epilome mundi; C. M.)
On retrouve encore à cette date du 4 septembre, un tremblement de terre dans
les Alpes Rhétiques.
1298. — 30 novembre, jour de S'-André, selon d'autres en 1300, tremblement
à Rems (Rheims?). Les secousses durèrent plusieurs jours. (V. H.)
Von Hoff n'aurait-il pas fait confusion? Ce fait n'est-il pas le tremblement de
terre ressenti le jour de la fête de S'-André, à Reati, dans les états de l'église, et
que mentionnent beaucoup d'auteurs?
1316. — Septembre. A S'-Denis. Die Veneris post nativitatem B. Virginis factus
est terrae motus apud Pontisanam et villam S. Dionysii, in Francia, quamvis rarus
in iis terrae partibus evenire insolitus et aliàs inauditus. (A. S., t. XI, p. 667.)
1318. — Septembre. A Cologne, tremblement qui dura longtemps. [Acta Trevir.
arcliiepisc; M. D., t. V, p. 407. )
1522. — Sur la fin de novembre, Genève essuya un tremblement. (B. et C. A.)
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 23
1342, — Vers la fin de l'année, tremblement de terre dans la province d'Utrecht.
(Guill. Heda, Ilisl. Uttrajectina, p. 242.)
134G. — 24-25 novembre. Tremblement considérable en Suisse, particulière-
ment à Bàle, où plusieurs bâtiments, et entre autres le palais épiscopal, furent dé-
truits. (B. et C. A.) '
i548. — 25 janvier (in festo conversionis Pauli). En Carinthie, tremblement
déterre qui dura 24 ou môme 40 jours (L.). Les secousses Curent violentes, causèrent
de grands dégâts et s'étendirent en Bavière, en Hongrie, en Italie et jusqu'à Rome.
Basilaea et octoginta vicina castella, teste Petrarcha , gravissimo terrae motu sunt
concussa et pars chori cathedralis ecclesiae collapsus est [sic]. (M. D., t.V, p. 254; B. A.,
t. XIV, p. 1048; Conrad de Licklenau; B.; C. A.; L.; F.; C. H.; G. F.; 14 avril 1786.)
— 6 février. Tremblement à Francfort-sur-Mein. (V. H.)
'"1350. 18 octobre (fèto de S'-Luc). Mane post nonam horam, subito Basilaee
et in Germania terrae motus. Die prima deciès fuit terra mota et deinceps per totum
annum saepiùs ut nulla fuerit securitas.
Souvent on entendait du murmure ou de l'éclat, tantôt sous terre, quelquefois
dans l'air. Bertrand dit qu'il commença à 10 heures du soir à Bâle, et que bientôt
après les secousses , le feu prit à plusieurs endroits de la ville. (C. H.; B.; C. A.;
L.; F.; Dubravius.)
Guillaume de Nangis (A. S., t. XI, p. 819), qui donne la date de 1554, dit que
les secousses s'étendirent au loin et mentionne Rheims et Paris comme les ayant
ressenties.
Suivant Von Iloff, on les ressentit aussi à Strasbourg et dans le Haut-Rhin.
L'abbé Trithème, dans l'édition en un volume de la chronique d'Hirsauge, donne
la date de septembre 1555.
Enfin, je lis encore dans la chronique de Zantfliet (M. D., t. V, p. 271) qu'il y
eut un tremblement de terre à Bàle, le jour de S"-Lucie, c'est-à-dire , le 15 décem-
bre. Il y a évidemment erreur de copiste.
Je passe sous silence le tremblement qui, suivant l'auteur du Mémorial de Chro-
nologie, t. II, p. 912, détruisit de nouveau la cathédrale de Bàle et renversa plu-
sieurs maisons dans la ville et dans les environs, le 8 octobre 1550. Il faut évidem-
ment lire le 18 octobre 1556. ■•> ■• ■
1557. — 14 mai , vers 7 ou 8 heures du matin. Iterùm terrae motus magnus et
horribilis in Europa , in Germania, Hispania, Sybilae et Cordubae in Suevia. — On
le ressentit à Bàle, à Strasbourg et en plusieurs autres lieux de l'Alsace. (C. H ;B.;
C. A.; L.; F.; M. D., t. V, p. 275. Philippi Bergomat., Suppl. Chron., fol. 526.)
1368. — Dans la semaine de la Pentecôte, tremblement à Mulhausen, Eisenach
et dans d'autres lieux; en Thuringe. (V. H.). S'étendit-il en France?
24 MÉMOIRE
1372. — !«■ juin. Tremblement peu considérable à Bàle et aux environs.
1373. — !«■• juillet. Tremblement à Bâle; il renversa la statue de saint Georges
dans la cathédrale. (C. A. et L.)
Bertrand, auquel j'emprunte cette double citation, doute de l'existence du second
fait.
1374. — A Montpellier, quatre tremblements de terre dans l'année. {Petit
Thalamus de Montpellier. Mss. Communication de M. de Christol.)
1382. — 20 avril. Secousses en France et en Suisse. (V. H.)
21 et 24 mai. Terrae motus in Brabantia, Flandria, Francia, locisque vicinis...
in Anglia. (M. D., t. V, p. 321; B. A., t. XV, p. 88; C. A., et L.)
1394. — 22 mars. Tremblement de terre horrible en Allemagne, en France et
en Suisse; il fut suivi de chaleurs excessives et de récoltes abondantes. (B.)
1395. — Tremblement de terre si violent qu'à Anvers les plats ne pouvaient
se fixer sur la table. (Communication de M. Quetelet.)
1397. — Tremblement de terre et épidémie à Montpellier. (Petit Thalamus de
Montpellier , Mss. Communication de M. de Christol.)
1415, — 21 juin. Tremblement violent à Bâle; les habitants prirent la fuite.
(B et C. A.)
1416. — 22 juillet, à Bâle, nouveau tremblement que Lycosthènes signale
comme très-violent et Von Hoff comme léger. (B., et C. A.)
1426. — 29 septembre. On commença entre 1 et 2 heures du matin à sentir
un tremblement de terre par toute la Grande-Bretagne : il dura deux heures, et les
secousses furent presque universelles par toute la terre.
Il avait été précédé par un orage terrible. (C. A et Mémorial de Chronol., t II,
p. 913.)
1427. — En Espagne, 20 villes furent endommagées; les secousses se firent
sentir à Montpellier. (Huot, Cours de géol., 1. 1, p. 109.)
1428. — 13 décembre. Basilaea Baurocorum terrae motu iterùm adeb fuit
concussa ut non tantum domorum tegulas de tectis , sed magnam etiam caminorum
partem in terram dejecerit, aliquotque aedificia in urbe laceraverit. (L.; B.; C. A.)
1431. — 24 avril, à 2 heures après midi, à Ciudad-Réal (Espagne), furieux
tremblement de terre ressenti plus fortement encore dans l'Aragon, la Catalogne et
le Roussillon. Edifices renversés.
Quelque temps après, nouveau tremblement à Grenade. (Charenton, Hist. d'Es-
pagne, t. IV, p. 263.)
1444. — 30 novembre, avant le lever du soleil, léger tremblement à Bâle et
aux environs. (B. et C. A.)
1449. — 23 avril. Tremblement en Flandre et dans quelques autres localités. (V. H.)
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 25
1456. — 26 août, à 2 heures du matin, tremblement à Liège. (M. D., t. V,
p. 491.)
1466. — En été. Le Soissonnais fut au même temps (de la peste) ailllgé de si
grands tremblements de terre et de si horribles tempêtes, qui naissaient de ces
tremj^lements, que grandes quantités de bâtiments, spécialement ceux de Soissons,
même les églises, furent renversés par terre. Ce qui fut cause qu'on apporta les
corps des saints martyrs Crespin et Crespinian à N.-D. de Paris. {Mézerai, t. II ,
p. 126, édit. en 5 vol.)
1470. — 6 février, à 5 heures du soir, à Bâle, une secousse. (B. et C. A.)
1475. — 24 aoiit, nuit de S'-Bartholomée, tremblement à Francfort-sur-Mein.
(V. H.)
1492. — 7 novembre, à Bâle, tremblement très-violent. (B. et C. A.)
1498. — 10 novembre, à Bâle, tremblement ajouté à la chronique de Von Hoff,
par Berghaus, p. 4 de la préface.
1504. — 27 mai, à Genève, tremblement de terre violent. (B. et C. A.)
— 10 juin, nouvelles secousses violentes à Genève. (B. et C. A.)
— 23 août, vers la 11° heure de la nuit, en Belgique. In profesto apostoli Bar-
tholomaei, de nocte circiter horam undecimam , terrae motus factus est spatio satis
brevi. {Johannis de Los Chron., p. 119; Dullelin de l'acad. de Bruxelles, t. IX,
1" part., p. 559.)
1505. — 50 juin, à 4 heures du matin, en Belgique encore. Notandum quod ultima
junii, hora quarta demane, brevissimus factus est denuo terrae motus, unius mo-
menti videlicet. {Johannis de Los Chron., p. 120. Communication de M. Quetelet.)
1509. — 13 décembre, à Manosque (Basses-Alpes), tremblement de terre.
(Statistique des Douches du Rhône. Communie, de M. Aug. Bravais.)
1510. — En hiver, pendant de violents tremblements de terre en Italie, à Ravenne,
Florence, Venise, etc., on ressentit des secousses à Forum Julium (Fréjus ou
Imola)? (L.).
1514. — 20 janvier, à Bâle, tremblement de terre. [Berghaus, préf. de Von Hoff.)
1522. — A Bâle encore, tremblement ajouté par Berghaus à la chronique de
Von Hoff.
— A Angers. Terrae motus apud Andegavos et luna dum soli opponitur visa
est albo, nigro ac fulvo etiam rubro coloribus tincta. (Philippi Bergomat., Supplem.
chron., fol. 437.)
Deux éclipses de lune ont eu lieu cette année , le 12 mars et le 5 septembre.
1523. — 27 décembre, à Bâle, trois secousses. (B. et C. A.)
Le 22, nouvelles secousses, d'après Berghaus. (Préface de Von Hoff.)
1524. — 22 avril, à Bâle encore. (Ibidem.)
Ton. XVIII. 4
26 MÉMOIRE
1524. — En septembre. Avant le départ de François I" pour l'Italie, un trem-
blement de terre avait pensé renverser la ville d'Angers, ce qui est très-rare dans
ces quartiers-là. [Mézerai, t. II, p. 442; Philippi Bergomat., Suppl. cliron., fol. 458.)
La date mensuelle, qui ne se trouve pas dans les historiens cités, est empruntée à
la chronique de Von HofF.
1528. — A Mayence, plusieurs secousses. (V. H.)
1529. — H septembre, à Bâle, tremblement ajouté par Berghaus. (Préface de
Von Hoff.)
1550. — Dans le temps de la mort de Zwingle, arrivée le 10 octobre, à la suite
de grandes pluies, de tonnerre, d'éclairs et de tremblements de terre, la Flandre,
la Hollande et la Zélande furent inondées. (G. Tarcagnota, Hist. del mondo, t. V,
fol. 69.)
1551. — 26 janvier, tremblement épouvantable en Portugal, où les secousses se
répétèrent 7 ou 8 fois par jour pendant une semaine. Turquet [Hist. d'Espagne,
p. 1482) dit qu'il s'étendit jusqu'en Flandre. Suivant Von Hoff, les secousses y auraient
même été nombreuses et violentes. Elles furent presque générales à cette époque.
— Au commencement de l'année, à Bâle, tremblement par lequel quelques mai-
sons furent renversées. (B. et G. A.)
1555. — 7 mars, à Bâle, tremblement très-violent, mais sans dommages. (B.
et G. A.)
— 9 novembre. Toute la Suisse fut en alarme pour un tremblement qui y causa
cependant peu de mal. Des rivières furent détournées de leurs cours. (B. et G. A.)
Von Hoff, qui cite Neufchâtel, mais non Bâle ni Genève, donne la date du 25
ou 26.
— Décembre. Basilaea tribus terrae motibus concussa est. (L.)
Berghaus , dans la préface de la chronique de Von Hoff, donne la date du 27.
1554. — Nuit du 22 octobre, à Zurich et aux environs (B.)
Von Hoff, qui donne la date du 11 au 12 octobre (v. s.?), le fait s'étendre dans
duché de Bade.
1557. — Tremblement à Bâle. (G. A. et Berghaus, préf. de V. H.)
1558. — 20 ou 28 janvier. A Bâle et dans le canton, on aperçut des météores
ignés après les secousses. (B.; G. A.; Berghaus)
1540. — 18 juillet, à Bâle, tremblement ajouté par Berghaus à la chronique de
Von Hoff
1545. — 6 septembre, tremblement de terre général en Europe. [Mémorial de
Chronologie., t. II, p. 915.)
Ce phénomène, dont je ne trouve d'ailleurs aucune trace dans d'autres auteurs,
doit-il figurer dans ce catalogue?
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 27
itt48. — 0 février. Basilaea Raurocorum mane post quartam levi terrae inotu
contremuit, quo tamcn ë somno excitatus, in lecto me ferri aut ab alio cum stra-
mine in altuin aliqua ralione me moveri putabam. Terrae molu hoc fieri ignoras-
sem, nisi idem aliis conligisse eodem temporis momento intellcxissera. (L.; B., et
C.A.)
1549. — 12 mars, à Bruxelles, deux secousses. (Communication de M. Que-
telet.)
1552. — 16 septembre, à 6 heures après midi. Basilaea Raurocorum circa horam
sextam pomeridianam concussa est terrae motu haud tamen magno. (L.; B.; C. Â.)
1554. — 21 , 22 mars et 50 avril. En Belgique. Rarura est imprimis in regio-
nibus nostris (in Belgio) terrae motum persentire, neque ab annis pluribus quic-
quàm de his majorum industria designavit. Yehemens tamen concussio fuit primum
21 martii , hora xii noctis et multis locis vasa in sublimi constituta deciderint. Erat,
ut rectè memini, cum tremore mugitus ingens, ac velut ahaeneus clangor multo-
rum curruum qui concitato agmine praeterirent. Âlter successit 22 martii, hora
quarta post meridicm , bis validé subsiliente solo..
Quanquàm fortiùs iterùm aprilis 30, hora quinta P. M. usque ad très vices con-
tinuas. (Corn. Gemma, Denat. div. caracU, lib. n, p. 23.)
1556. — 15 janvier, tremblement de terrre à Strasbourg. (V. H.)
1563. — 17 janvier, en Belgique secutus est, uti praesagieram terrae motus
cum fulminibus quae post ventos atrocissimos , tandem in maximas ac diuturnas
plavias eruperunt. (Corn. Gemma, De nat. div. caract., lib. n, p. 41.)
1564. — Juillet, à Nice et en Provence, tremblement de terre accompagné de
grands coups de tonnerre; sept villages furent détruits. (G. F., 24 janvier 1772;
Mémorial de Chronol., t. II, p. 915.)
1565. — Nuit du 7 au 8 février, tremblement sur la Moselle et sur le Rhin
(V. H.)
A Bâle, violentes secousses. (V. H.)
1569. — 14 mai, à Louvain. Secutus est è vesligio, circà iii, noctis, cum rauco
murmure. Ferebant tùm temporis et spectra rursùs in aère pervagata. Equideni
hora il, m. 40, transactis concussionem quoque alteram sensi, bis continué, quarum
ultima ad spatium 3 aut 4 minutorum circiter perdurabat : colores tum in aère vidi
varios, inusta specie, validé terribiles.
Hos terrae motus exciperunt (13 juillet) maximae tempestates. (Corn. Gemma, De
nat. div. caract., lib. n, p. 64; C. A.)
Von HoO'cite aussi la date du 12 mars, mais je préfère celle de Corn. Gemma.
— 6 août, à Bâle, une légère secousse. (V. H.)
1570. — 6 décembre. Pendant que les tremblements de terre se succédaient en
28 MÉMOIRE
Italie, on ressentit quelques secousses dans les Gaules, à Strasbourg, à Spire.
Inondation du Rhône et du Rhin. (J. Aug. de Thou, Hist., t. III, p. 56.)
1571. — 17 février, tremblement horrible en Angleterre. (Suivant V. Hofî, on le
ressentit en Relgique.)
— 19 février, à Strasbourg, à Râle et dans toute l'Alsace. (V. H.; R. et C. A.)
Les secousses furent violentes. L'année fut printanière, l'hiver froid et l'été chaud.
— 1" novembre. Inondation épouvantable sur les côtes de Hollande et tremble-
ment de terre à Inspruck. (V. H.)
1574. — 3 mai, à Genève et aux environs; la porte de Cornevin fut renversée
dans le fossé. (R.; C. A.; Spon , Hist. de Genève, 1. 1, p. 321.)
— 50 juillet, à Râle, une secousse. (V. H.)
1575. — 24 avril. Genève fut de nouveau exposée au même effroi que l'année
précédente. (R. ; C. A. ; Spon , Hist. de Genève , 1. 1 , p. 521.)
1576. — Octobre, à Râle, quelques secousses dans le courant de l'automne.
— 20, 21 et 22 novembre, nouvelles secousses.
— 20 et 21 décembre , quelques secousses encore : le froid était très-grand.
(R.;C.A.; V.H.)
1577. — 27 février, à Râle, forte secousse. On en ressentit à Genève et dans le
pays de Vaud.
— 22 septembre, trois secousses à Râle; la première entre 2 et 5 heures du
matin; la deuxième, moins violente , à 5 heures du soir, et la troisième, la nuit ,
moins forte que la seconde.
— 5 et 18 octobre, à Râle encore , nouvelles secousses. (R.; C. A.; V. H.)
1579. — 26 janvier, à Tours, Orléans , Chartres, tremblement de terre.
— 6 avril, dans les Pays-Ras, deux secousses légères : quelques églises et quelques
clochers furent ébranlés. {Mémorial de Clironol, t. II, p. 915.)
1580. — 6 avril. Advint épouvantable tremblement de terre à Paris , Château-
Thierry, Calais, Roulogne et plusieurs autres villes de France; mais petit à Paris
au prix des autres villes.
On ressentit les secousses à Rruxelles, Malines, Cologne et en Hollande. (De
l'Estoile, Journal de Henri III, t. I , p. 198 , de la Coll. Petitot ; J. Aug. de Thou,
Fis(., t. III, p. 766, et V.H.)
Ce tremblement fut considérable en Angleterre. La mer fut violemment agitée ,
le ciel était serein et tranquille. Deux nouvelles secousses eurent lieu pendant la
nuit. (Cambden, Hist. d'Elisabeth, p. 514.)
— 1" mai. Nouveau tremblement considérable dans le comté de Kent. Il fut res-
senti dans les Pays-Ras , jusqu'à Cologne. (Cambden, Hist. d'Elisabeth, p. 514;
J. Aug. de Thou, Hist., t. III, p. 766 et 784; C. A.)
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 29
1580. — Tremblement de terre en Espagne; il s'étendit dans les Pyrénées
jusqu'à Bordeaux. {Mémorial de Chronol., t. IF, p. 915.)
1383. — 5 mai. Par un orage mêlé de foudre et de tremblement de terre épou-
vantable, le comble de la grande église de Saint-Julien du Mans fut consommé
d'une conflagration merveilleuse. (De l'Estoile, Journal de Henri III, 1. 1, p. 2o9,
de la CoUect. Petitot.)
1584. — l"mars, à midi, en Piémont, en Suisse, en Dauphiné, en Bourgogne,
tremblement considérable ; le lac Léman s'élança à 20 pas sur ses bords. Les se-
cousses durèrent plusieurs jours. Le 10, il y eut encore une forte secousse à Bâle.
(Spon, Ilist. de Genève, t. I , p. 523 et 326; B. et C. A.)
1588. — 25 mars, peu avant midi, il y eut un tremblement de terre depuis
Nantes jusqu'à Saumur, qui fit branler les maisons et bouillir la rivière de Loire.
Pareille chose arriva en quelques contrées de la Normandie avec moins de violence,
mais aussi avec une certaine fumée, qui, une heure durant, teignit l'air de couleur
jaunâtre. (Mézerai , Hisl. de France , t. III , p. 478; de Larrey, Hist. d'Angl. , t. III,
p. 529; J. Aug. de Thou, IlisL, t. IV, p. 558.)
— Secousses dans le midi de la France. ( V. H.)
1591. — 3 septembre, tremblement à Bàle. (V. H.)
• 4592. — Il février, à Francfort-sur-Mein , tempête violente , pendant laquelle on
prétend qu'il y eut tremblement de terre. (V. H.)
1595. — 9 janvier, quelques secousses à Genève. (B. et C. A.)
1600. — 16 septembre, à Genève, le terrain sous le Rhône y causa, par son
agitation, une espèce de flux et reflux. (Spon, Hist. de Genève, t. I , p. 417; B. et
C. A.)
1601. — 8 février, à Francfort-sur-Mein , tremblement fort, mais sans dom-
mages. (V. H.)
— Nuit du 7 au 8 septembre, entre 1 et 2 heures après minuit, fameux trem-
blement de terre dont l'Europe entière et l'Asie même éprouvèrent non moins de
dommages que d'eflroi. A Genève, le temps était calme et le lac en mouvement. On
le ressentit à Strasbourg, Haguenau, Spire, Francfort-sur-Mein et jusqu'en Hol-
lande. (Spon , Hist. de Genève , t. I , p. 417; B. ; C. A.; H. ; G., p. 88.)
1604. — 14 avril, entre 9 et 10 heures , tremblement à Bâle. (B. et C. A.)
1610. — 29 novembre, à Bâle, tremblement avec murmures souterrains. Les
murs furent renversés en partie. (B. et C. A.)
1612. — 29 février, à Bâle, tremblement sans dommages. (B. et C. A.)
— Du 9 novembre au 7 décembre, secousses, presque chaque jour, sur les
bords du Rhin, du côté de la Westphalie, surtout à Bielfeld et au château de Spa-
remberg, où il y eut des ruines notables. L'air étant calme, les arbres paraissaient
30 MÉMOIRE
agités comme par un grand vent. [Mercure français, adj. à l'an 1612, p. 3;
C. A. et V. H.)
1614. — 17 février, pendant la nuit, à Bâle, tremblement avec grand bruit.
(B. et C. A.)
— 24 septembre, après minuit, à Bâle, nouveau tremblement encore accom-
pagné d'un grand bruit. (B. et C. A.)
Dans le même temps , l'ile de Tercère éprouva de grandes secousses.
1617. — AAix en Provence, Gassendi éprouva un tremblement déterre. (B.
et C. A.)
1618. — 3 juillet , entre S et 6 heures ou entre 6 et 7 heures du matin, dans le
Béarn , au pied des Pyrénées , deux fortes secousses. (Palassou, Mém. sur les Pyré-
nées, p. 261.)
1619. — 19 janvier, de 6 à 7 heures du matin, tremblement à Francfort et sur
le Rhin. (C. A. et V. H.)
1620. — janvier. Dans une bonne partie de la Suisse, tremblement ressenti à
Genève. (B.;C. A. et V. H.)
— décembre, nouvelles secousses à Genève. (Ibidem.)
1621 . — 20 mai , pendant le sermon du soir (jour de la Pentecôte), tremblement à
Genève et à Bâle; cheminées renversées. (Spon, Hist. de Genève, t. I, p. 486;
B. et C. A.)
1625. — Du 21 au 24 février, secousses en Suisse, dans le pays de Clèves et
ailleurs. (B. et C. A.)
— 29 novembre, tremblement dans le Palatinat. (V. H.)
1624. — 29 novembre, tremblement dans le Palatinat. (V. H.) Ce fait diffère-l-il
du précédent?
1626. — Janvier, tremblement à Worms. (V. H.)
— 22 février, à Elbermanstadt, dans le pays de Bamberg et dans le duché
d'Oldenbourg. (H.)
1627. Saint-Sévérin est ruiné par un tremblement de terre. (Labbe, Abrégé
cfironol.,t. V, p. 852.) Il y a un Saint-Sévérin dans la Charente, un autre dans
l'Isère et San-Severino en Italie. Ne s'agirait-il pas même ici de San-Severo (Italie),
ruiné par un tremblement de terre, le 30 juillet de cette année?
1630. — 5 juillet, tremblement à Bâle, le temps était froid. (B. et C. A.)
— 25 décembre, à Bâle, tremblement de terre violent. (Ibidem.)
1636. — A Schélestadt et dans la Basse-Alsace, secousses violentes pendant huit
jours. Elles avaient lieu à 7 heures du matin, midi, 7 heures du soir et nnnuit.
(V. H.)
1640. — 4 avril, à 3 heures 13 minutes du matin (deux jours avant la pleine
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 31
lune), trois secousses considérables accompagnées d'un bruit pareil à celui d'une
voiture très-chargée, à Malines, Bruxelles, Anvers, Mens, Namur , Cambrai , Metz,
Francfort-sur-le-Mein...., en Hollande, en Zélande, en Westphalie..., en Lorraine,
dans un espace de plus de 5G0 lieues , qui a été fortement ébranlé sur tous ses
points. Les vaisseaux qui se trouvaient dans les ports de Hollande et de Zélande
furent violemment agités, sans qu'il fit aucun vent. (C. A. et Mémorial de Chronol.,
t. H, p. 919.)
1642. — La semaine avant Pâques, tremblement en Hollande. (V. H.) N'est-ce
pas celui du 4 avril 1640?
— 18 novembre, secousses à Spire, Worms, Francfort et Cologne. (V. H.)
1644. — 16 février, tremblement à Genève et aux environs. (B. et C. A.)
— 21 avril, secousse à Bâle. (V. H.)
— 5 ou 15 juin, à Genève, nouvelles secousses. (B. ; C. A. et V. H.)
— A Gap, en Dauphiné, affreux tremblement. (De Zach, Corresp. Astron.,
t. VI, p. 46.)
— Secousses à Poitiers. (V. H.)
1647. — 4 mai , tremblement à Bâle. (V. H.)
1650. — 15 février, tremblement à Bâle.
— 15 mars, nouveau tremblement à Bâle.
— 2, 6, 7 et 16 mai, à Bâle encore.
— H juillet, à midi, et le 26, nouvelles secousses.
— 10, 11 et 16 septembre, à Bâle et à Lausanne.
— 9, 10, 15, 16, 18 et 20 octobre, nouvelles secousses.
— 6,9, 10, 15, 16 et 20 novembre, légères secousses à différentes heures.
Le tremblement le plus violent fut celui du 11 septembre, à 4 heures du
matin.
Le canton de Zurich en éprouva 18; année pluvieuse. (B.; C. A.;V. H.)
1651. — 8 et 18 janvier, secousses à Bâle. (V. H.)
— 12 février, à Bâle encore, nouveau tremblement. (V. H.)
— 29 octobre, secousses à Genève. (V. H.)
— 7 décembre, entre 4 et 5 heures du soir, à Genève, nouvelles secousses.
(B. ; C. A. et V. H. ; Spon, Hist. de Genève, t. I, p. 512.)
1652. — 4 février. A Bâle et dans les cantons voisins, violent tremblement qui
se prolongea toute l'année dans le canton de Berne. (B. et C. A.)
— l"août, secousse à Bâle. (V. H.)
1653. — 9 janvier, tremblement à Francfort-sur-Mein. (V. H.)
— 14 janvier, au milieu de la nuit, violente secousse à Bâle. (B.; C. A.; V. H.)
— 23 août, à Bâle , encore une secousse. (V. H.)
32 MÉMOIRE
1655. — Vers la fin de mars, à Strasbourg et dans le Wurtemberg, une se-
cousse. (V. H.)
— 5 juillet, tremblement à Francfort-sur-Mein. (V. H.)
1656. — Nuit du 23 février, trois secousses à Bâle et dans d'autres lieux de
la Suisse. (V. H.; B. et C. A.)
— 16 mai, entre 3 et 4 heures du matin, à Bâle, une nouvelle secousse. (V. H.;
B. et C. A.)
— En août le phénomène se renouvela par un temps pluvieux et froid, qui devint
chaud bientôt après , suivant Buxtorf. {Ibidem.)
1657. — 15 février, à 3 heures du soir, à S"'-Maure, non loin de Tours (Indre et
Loire) et à 6 milles aux environs, tremblement qui ébranla les édifices; bruit sou-
terrain semblable au tonnerre. (V. H.)
1660. — 9 juin , tremblement en Espagne et sur les côtes atlantiques de
France, (v. H.)
Ce phénomène est sans doute le même que le suivant, dont Von HofT ne parle
pas.
— 21 juin, tremblement de terre dans les Pyrénées. Il se fit sentir de Bor-
deaux à Narbonne. Près de Bigorre, une haute montagne fut engloutie et laissa à
sa place un grand lac; une fontaine chaude devint froide. [Annales mundi, t. VII,
p. 543 ;C. A.; Memoria/ de ClironoL, t. II, p. 919; Labbe, Abrégé clironoL, t. V,
p. 906.)
L'auteur des Annales dit que la terre prit ainsi part au mariage du roi, célébré
le 9, à S'-Jean de Luz.
1664. — 15 février, secousse à Nice et à Marseille. [Statistique des Bouches du
Rhône, communication de M. Aug. Bravais).
1666. — H décembre, à Bâle,une secousse médiocrement forte. (B. ; C. A. ; V. H.)
1668. — 14 décembre, à Francfort-sur-Mein, léger tremblement, entre midi et
une heure. (V. H.)
— Tremblement de terre à Sarrebourg, en Lorraine. Un convalescent d'une
fièvre maligne, qui avait la jambe découverte au moment du tremblement, fut atta-
qué de la gangrène en cette partie, qu'il fallut couper cinq semaines après. La
même chose était déjà arrivée dans le voisinage. (C. A.)
L'auteur fait-il allusion au passage suivant? « 1085. — Magnus terrae motus et
in occidentali parte Lotharingiae pestilentia magna, ita ut multi nervorum contrac-
tione distorti cruciabantur; alii sacro igné, membris exesis ad instar carbonum
nigrescentibus , miserabiliter moriebantur. » (D. B., t. XII, p. 465.)
1669. — 14 septembre, à 3 h. 30 m. du matin, à Strasbourg, trois secousses,
dont la première fut la principale. Le même jour tremblement à Bâle. (V. H.)
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 35
1671. — En septembre, sur les côtes sud de la Maache et de la mer du Nord ,
à S'-Malo, le Havre, Calais, Dunkerque, Anvers... une secousse. (V. H.)
1672. — 2 décembre, une secousse à Bâle (V. H). Il faisait froid, le temps de-
vint doux après. (B.) »
1675. — Mars. Une secousse à Dusseldorf. (V. H.)
1674. — 6 décembre. Dans presque toute la Suisse, une vive secousse, qui
parait avoir été plus forte à Bâle, à Hobensaa, Claris et Golmar (Haut-Rbin). Peu
de temps après, on vit tomber deux météores ignés (globes de feu) comme deux
ans auparavant. (B. ; C. A. et V. H.)
1678. — 22 avril , à Blois, tremblement qui endommagea un clocher. (V. H.)
— Juillet, dans les Pyrénées, tremblement par lequel les eaux furent agitées
jusqu'à Toulouse. {Mém. de Palassou, p. 263.)
2 septembre, à Avignon, trois secousses sans mauvais effet. On les ressentit à
Arles et à Aix. (C. A.)
— (Sans date de mois.) Commotion terrible dans le midi de la France; l'une des
plus hautes montagnes des Pyrénées fut engloutie et remplacée par uplac où jaillirent
des torrents dont l'eau avait un goût minéral. L'Âdour, la Garonne débordèrent.
{Mémorial de ChronoL, t. II, p. 920, d'après Dumont, Voyag. en France.)
Ce fait est sans doute le même que celui de juillet , cité par Palassou.
1679. — 14 mars, secousse à Bàle. (V. H.)
1680. — 24 juillet, en plusieurs endroits de la Suisse; à Orbe, les secousses
furent suivies d'un long murmure pendant plusieurs minutes; elles furent violentes
à Bâle ; et après, orages, grêles et pluies extraordinaires. (B.; C. A.; V. H.)
.- — 11 décembre, secousse ^£àle. (V. H.)
1681. — 27 janvier, entrlHO et il heures de la nuit, secousses dans presque
toute la Suisse, particulièrement dans le canton de Claris; on les ressentit à Neuf-
châtel et à Bâle. (B.; C. A.; V. H.)
— Janvier, un vendredi, entre 4 et 5 heures, à Mayence, Francfort-sur-Mein
et Hanau, une secousse qui brisa la glace, mais causa peu de mal. (V. H.)
1682. — 2 mai, entre 2 et 3 heures du matin, puis le 7, le 12 et le 15, dans toute la "
Suisse, la Savoie, la Bourgogne, l'Alsace, la Champagne. Le tremblement, léger à Paris,
fut très-fort à Remiremont , où les maisons s'écroulèrent. La fontaine de Plombières
jetait plus de fumée qu'à fordinaire. Des flammes sortirent de terre en plusieurs
endroits. Bruits sous terre et dans l'air. On cite encore comme ayant ressenti les
secousses : Cenève, Bâle, Strasbourg, Bar-le-Duc, Nancy, Metz, Auxerre, Troyes,
Rheims, Laon, Sens, Orléans, Joinville, Vesoul, Dôle, Mâcon, Dijon... Elles s'é-
tendirent jusqu'en Provence. (C.A.; V. H.; B.; Spon, Hist. de Genève, 1. 1, p. 555;
A. P., 1. 1, p. 341 ; Collect. Acad., t. I, p. 95; Richard, Hist. des Met., t. VIII,
ToM. XVIII. 5
34 MÉMOIRE
p. 495; Vassal! Eandi, Rapport sur les tremblements de terre du 2 avril 1808,
p. 28.)
Les secousses du 2 et celles du 15, à la même heure, paraissent avoir été les
seules remarquables.
1682. — 4 mai, à 7 heures du soir, tremblement à Francfort-sur-Mein. (V. H.).
— 1"' juin, à Lyon, une secousse dirigée, selon les uns, de l'est à l'ouest, et,
selon les autres, du nord au sud. (C. A.)
C'est la première fois que, pour ce catalogue , la direction de secousses se trouve
mentionnée. C'est seulement vers le milieu de ce siècle qu'on a commencé à noter
cette circonstance essentielle du phénomène.
1683. — 27 novembre, secousse à Bàle. (V. H.)
1684. — 26 février, entre 8 et 9 heures du soir, dans toute la Suisse, maisons
renversées , particulièrement dans le Haut- Valais : peut-être à Lausanne et à Bâle.
(V. H. ; B. et C. A.)
— Secousses dans le Poitou, le Limousin et en Lorraine. (V. H.)
1685. — 26 et 28 février, secousses à Bâle et dans presque toute la Suisse.
(B.;C.A.; V. H.)
— Juin. Le feu prit en plusieurs villages autour d'Évreux par des feux souter-
rains qui ouvraient la terre : un semblable feu prit tout d'un coup dans un village
du Perche, nommé la Berchère; on ne put l'éteindre. (C. A.)
1687. — 19 mai, tremblement en Zélande. (V. H.)
• 1690. — 5 décembre (n. s.), en Souabe, tremblement du sud-ouestau nord-est.
Les secousses furent violentes et s'étendirent jusqu'à Strasbourg , Heidelberg et
Francfort. Elles eurent lieu vers 5 heures du soir. Une autre secousse , à 7 heures,
fut légère. ( C. A.; V. H.; Langlois, Dict. de Géog., 1. 1, p. Ixvi.)
— 18 décembre , secousse à Cologne. (V. H.)
1691. — 4 janvier, secousse à Bâle. (V. H.)
• — 26 janvier, à 6 heures du matin, à Bâle encore. (B. et C. A.)
— 19, 20 et 21 février, secousses nombreuses à Laybach , Carlstadt, le long du
' Necker. La première fut la plus forte; on les ressentit à Venise, à Bâle, à Metz ,
(trois localités où elles furent très-fortes), à Sare-Louis, Mayence, Francfort et
Hanau. Direction de l'est à l'ouest; arbres déracniés, terre entrouverte. (C. A; V. H.)
1692. — 15 septembre, à 2 heures V* après midi, tremblement de terre qui dura
près d'une minute et ne causa pas de grands dommages à Bruxelles; probable-
ment le même que le suivant. (Communication de M. Quetelet.)
'• ■ — 18 septembre (n. s.), entre 2 et 3 heures du soir, puis le 20 ou le 21 , entre 8
et 9 heures du matin , violentes secousses dans le Brabant , à Bruxelles et à Anvers ;
elles furent moins fortes en Normandie , en Flandre , en Hollande et en Angleterre.
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. SB"
On les ressentit à Paris, à Spa, où les eaux minérales furent troublées, à Mayence,
Francfort et même en Suisse, dans le Valais et le pays de Vaud. (C. A.; B.; V. H.;
P. T.,t.XLVI,p. G24.)
Keferstein cite encore, entre autres faits, pour cette année, les deux suivants :
1692. — 28 octobre, tremblement à Francfort-sur-Mein.
— 50 octobre , tremblement à Liège.
Mais Y. H. ne les a pas compris dans sa chronique; il les rapporte seulement
dans une note.
1095. — Du 9 au 11 janvier, en Sicile et en Italie, secousses très-violentes qu'on
dit avoir ressenties en Allemagne, en Suisse, en France et en Hollande. En Suisse,
les lacs furent troublés; le temps, très-froid, devint chaud presque tout à coup.
(B.;C. A.;V. H.)
— 6 juillet, secousses à Mantoue, Padoue et Avignon. (V. H., d'après Kefer-
stein.)
— 16 décembre (v. s.), à 1 heure du soir, secousse à Francfort-sur-Mein.
(V. H.)
1699. — janvier, secousses sur le Rhin et le Mein, en Suisse et à Hambourg.
(V. H., d'après Keferstein.)
1705. — 6 mai, à Francfort-sur-Mein et Hanau, une légère secousse. (V. H.)
— Nuit du 28 au 29 décembre, à Asti (Piémont), secousses pendant une demi-
heure; on les ressentit en France. (V. H.)
1704. — 50 janvier , entre 6 et 7 heures du soir, à Francfort-sur-Mein , secousse
sans dommage. (V. H.)
— 4 novembre, entre 4 et 5 heures du matin, tremblement à Zurich et aux en-
virons. En même temps, violente tempête avec éclairs et tonnerre à Bàle. (B. et
C. A.) On ne dit pas que Bâle ait éprouvé de commotion souterraine.
1707. — Nuit du 16 au 17 février, tremblement à Francfort-sur-Mein. (V. H.)
1708. — Du 1" au 50 septembre, secousses à Manosque (Basses-Alpes); des
flammes sortirent de terre. {Ann. de la soc. d'agric. de Lyon, t. Vni; V. H.)
1710. — 8 décembre, secousses à Stein-sur-le-Rhin. (V. H.)
1711. — 9 février, entre 4 et 5 heures du matin, tremblement à Zurich et à
Bâle, les eaux du Rhin bouillonnaient. {CoUecl. acad., 1. 111, p. 181 et 185; A. P.,
anl711,p. 4; V. H.)
— 17 mai, à Berg-op-Zoom, tremblement de terre pendant un orage. (V. H.)
— 6 octobre, tremblement à Paris et à trente lieues aux environs. {Collée, acad.,
t. m, p. 185; A. P., an 1712, p. 7.)
1714. — Du 15 au 14 janvier, dans le Brabant, le Hainaut et à Liège, secous-
ses légères. (C. A. et V. H.)
36 MÉMOIRE
1715. — 19 février, à Nantes, une secousse. (V. H.)
— H avril , à Genève , trois secousses. (B. et G. A.)
1716. — 25 et 29 juin, entre 10 et H heures du soir, secousses à Genève, Nion
et Morges. (B. et G. A.)
— 20 novembre, à 2 heures après midi, au Val-de-Roux (canton de Neuchâtel) ,
on entendit un grand sifflement dans l'air pendant 7 à 8 minutes , quelques-uns le
dirent souterrain. Le 20, à 3 heures du soir, tremblement de terre à Neuchâtel et
aux environs. (B.; G. A.; V. H.)
. Ce tremblement s'étendit-il jusqu'en France?
1721, — 3 juillet, à 7 h. 45 m. du matin. Dans presque toute la Suisse , tremble-
ment précédé de murmures souterrains : murs fendus, cheminées renversées. On
distingua deux secousses, deux allées, deux venues, d'un mouvement horizontal de
l'est à l'ouest : odeur forte, froid très-piquant immédiatement après. On les ressen-
tit à Mulhouse. (B.; G. A.; V. H.)
1 724. — 15 janvier, à 8 heures du soir, léger tremblement en Bretagne. Le bruit
précéda toujours les secousses de quelques secondes, et le tout ne dura pas plus
d'une minute. {Coll. acad., t. V, p. 64; A. P., an 1725, p. 4.)
1727. — 12 mai , à 6 heures du matin, à Francfort-sur-Mein , tremblement qui
causa quelques dommages. (V. H.)
1 728. — Février, à Epstein, àtrois milles de Wiesbaden, plusieurs secousses. (V. H.)
— 3 août, entre 4 et 5 heures du soir, à Strasbourg, violent tremblement qui
endommagea la cathédrale. Le Bhin gonfla jusqu'à la hauteur d'une pique. Plus vio-
lent encore à Genève, à Bâle et à Berne, oii il fit sonner jusqu'à cinq fois la cloche de
la grande horloge. Il y avait eu la veille tempête et tonnerre.
! Les secousses furent ressenties à Mayence, Francfort, Worms et Manheim. (B. ;
G, A.; V. H.; France pittoresque, art. Strasbourg.)
Le lendemain, à 3 heures du matin, à Strasbourg, encore une secousse. (V. H.)
1729. — Du 13 au 21 janvier, tremblement de terre dans toute la Suisse , prin-
cipalement à Froutigue, oîi ils revinrent pendant huit nuits de suite à peu près pé-
riodiquement, commençant à 10 heures du soir et finissant à 7 heures du matin.
La nuit du 13 était belle, mais très-froide. Il soufflait un vent faible du midi.
D'intervalles en intervalles, ce vent se renforçait, puis il cessait , et au moment qu'il
cessait, les secousses revenaient.
On en éprouva à Bàle et à Genève, spécialement le 13, entre 10 et 11 heures du
soir, et le 18, à 9 h. V* du soir encore. (B. ; G. A. ; V. H.)
1731. — 15 juin, entre 10 et H heures du soir, fort tremblement de terre à Ca-
vaillon (Vaucluse). Le dôme de la porte de la Gouronne tomba. (A. P., an 1751,
p. 19; Coll. acad., t. \ll, p. 100.)
SUR LES TREMBLEMENT^ DE TERRE. 57
1751 ou 1752. — A 6 heures après-midi, un tremblement de terre se fit sentir
depuis la Pologne jusqu'aux Pyrénées. (C. A.)
1755. — 18 mai, à 2 heures après midi, à Francfort, Ofîenbach , Hanau, Darm-
stadt, Mayence et divers lieux de l'Allemagne, trois secousses assez fortes pour dé-
tacher des pierres des murs. (V. H.)
• — 25 juin, secousses à Pardines en Auvergne. (V. H.)
1754. — 5 novembre (n. s.), entre 5 h. 50 m. du matin, dans le comté de Sus-
sex (Angleterre), secousses de l'est à l'ouest ; chacune dura 2 ou 5 secondes.
On les ressentit au Havre et jusque de l'autre côté de la Seine. Direction pré-
sumée du nord au sud. Plusieurs personnes eurent des maux de cœur. (A. P. ,
an 1754, p. 4; Goll. Acad, t. VII, p. 105.)
1755. — 7 août, secousses à Francfort-sur-Mein, Mayence et Cologne. (V. H.)
1756. — 12 juin, un peu avant 8 heures du soir, secousses dans toute la Suisse
et aux environs ; on en ressentit à Bâle.
Le lendemain, à 6 h. 12 m. du matin, secousse à Genève. (B.; C. A.; V. H.)
1757. — 11 et 12 mai, secousses à Bâle. Du 11 au 28, il y en eut de très-nom-
breuses à Carlswich (Karisruhe?) en Souabe. (V. H.;C. A.)
•I 4758. — 18 octobre, à 4 Vs heures du soir, à Carpentras, tremblement avec
bruit semblable à celui de 100 pièces de 24 tirées à la fois. Les glands de quel-
ques chênes tombèrent aussi dru que si c'avait été de la grêle. Pluie de terre
deux minutes après , comme quand une mine a joué. La secousse dura deux mi-
nutes. Des cheminées furent renversées. La terre s' entr' ouvrit. (A. P., an 1758,
p. 57.)
1740. — 50 janvier, entre 11 heures et midi, à Annonay, tremblement durant
5 ou 4 secondes.
— 15 février, à 2 heures du matin, puis le 21, à 5 */« heures du matin, nouvelles
secousses.
Le troisième tremblement fut moins fort que le premier et plus fort que le second,
précédé et suivi d'un bruit pareil à celui du tonnerre. Le bruit , qui a duré une
demi-minute, allait d'octave en octave. Les secousses commençaient du côté du sud.
(A. P., an 1740, p. 2; Coll. Acad., t. VIII, p. 64.)
1745. — 7 mars, à 9 V4 heures du soir, à Toulouse, Bordeaux, Moissac, Castel-
Sarrazin et tout le long de la Garonne, deux secousses à six minutes d'intervalle.
[Mém. des Savants Ëtrang., t. IV, p. 118 et suiv.)
— 8 octobre, secousse à Bâle. {V. H.)
— 8 novembre, nouvelle secousse très-sensible avec bruit souterrain, entre 7 et
8 heures du matin. (B. ; C. A. ; V. H.)
Mérian ne parle pas de cette dernière , suivant Von Hoff.
38 MÉMOIRE
1745, — 9 juillet, à 3 ou 4 heures du matin , à Béziers , tremblement léger, mais
avec grand bruit. (A. P., an 1745, p. 15; CoU.Acad, t. IX, p. 65.)
1747. — Tremblement de terre à Venise, Toulouse (V. H.)
1749. — 11 octobre, à 7 heures du soir, à Blois et dans le Poitou, tremblement
ressenti par Réaumur, à Réaumur, près de Luçon. (P. T., t. XLVl, p. 689 et 691.)
Ce tremblement, décrit par Réaumur dans une lettre à la Société Royale de Lon-
dres, n'est-il pas de 1750? Cependant la lettre est datée de 1749.
1750. — 19 février (n. s.), entre midi et demi et 1 heure, à Londres, forte se-
cousse de l'est à l'ouest avec bruit. Le vent, très-fort auparavant, s'était apaisé; le
calme a régné le reste de la journée. Il y avait eu déjà une légère secousse la nuit
précédente.
. Ce tremblement fut ressenti à Calais, à Boulogne et sur la côte. (P. T., t. XLVI ,
p. 601 à 615 et 693; Priestley, Hist. de l'électricité, trad. fr., t. II, p. 255.)
— 1"' mars, entre midi et 1 heure, à Londres et aux environs, secousses qui
s'étendirent en Normandie, en Picardie, en Bretagne et du côté des Pyrénées.
(C. A.)
Ce fait est sans doute le même que le précédent, auquel Gueneau de Montbeillard
aura appliqué la correction relative au calendrier; or, comme les Trans. philos, le
rapportent au 8 février, il est bien du 19, n. s.
— 29 mars (n. s.), a 6 heures du soir, tremblement très-fort à Portsmouth,
Plymouth, etc. Il s'étendit jusqu'à Jersey et Guernesey. (P. T., an 1750, p. 650.)
. • Je regarde les deux iles de Jersey et Guernesey comme appartenant géographi-
quement à la France.
— 24 mars , dans le midi de la France, quelques secousses.
- — Nuit du 24 au 25 mai, dans le Bigorre, bruit épouvantable suivi de plusieurs
secousses, qui ne cessèrent que le 25, vers 10 heures du matin. Les chocs les plus
forts se firent sentir entre Savin et Agde.
Ce fut surtout du côté de Lourdes que les craintes furent les plus vives ; plu-
sieurs maisons furent renversées. A Tarbes, on sentit le même jour quatre secousses,
de 10 heures du soir à 5 heures du matin.
Le 26, on en ressentit encore trois, dont une renversa une ancienne tour de la
ville : ces secousses furent toujours précédées de mugissements souterrains.
A Pau , les cloches sonnèrent d'elles-mêmes. On ressentit ce tremblement à Tou-
louse, Narbonne, Montpellier, Rhodez, S'-Pons, en Saintonge et dans tout le Médoc.
Ces secousses se continuèrent, mais légèrement, pendant presque tout le mois de
juin. Il y en eut à Tarbes, du 21 au 28. Les plus fortes eurent lieu le 15. Dans ces
derniers tremblements, les premières secousses étaient de bas en haut et les der-
nières horizontales. Les eaux des fontaines furent troublées et rendues semblables à
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 39
l'eau de savon , non-seulement par leur couleur, mais encore par une qualité ab-
stersive qui leur était restée. (A. P., an 1750, p. 30; Mém. des Sav. étr., t. II,
p. 612; Coll. Acad, t. X, p. 178; Richard, llisl. des Met., t. IX, p. 467.)
1750. — 11 octobre, vers midi, en Bretagne, très-légère secousse avec forte déto-
nation entendue de Cherbourg à Avranches et jusqu'à Bayeux. (A. P., an 1750,
p. 36; Mém. des Sav. élr., t. IV, p. 118; Co//. Acad. , t. X, p. 178.)
1751. — 15 février, secousses à Nantes. (V. H.)
— 30 mars , secousses sur les bords de la basse Ix>ire. (V. H.)
— Avril, secousses à Angers. (V. H.) >'>' •!> -'
— Tremblement à Gap. On y en a ressenti un troisième le 2 avril 1808. (M. U.,
10 avril 1808.
1752. — Nuit du 11 au 12 janvier, à minuit et demi, à Toulouse et dans les
Pyrénées, deux secousses en deux minutes. On entendit un bruit semblable à celui
d'un feu de forge animé par des soufflets. Il tomba beaucoup de neige pendant la
nuit. {Mém. des Sav. étr., t. IV, p. 118.)
— 6 septembre , à Clermont, à Riom et aux environs , secousse d'abord du
nord au sud, puis du sud au nord, avec bruit. (A. P., an 1752, p. 16; Coll. Acad.,
t. XI , p. 55; G. F., 30 septembre 1752.)
1753. — 9 mars, à 2 Va h. du soir, à Genève, une secousse qui a duré deux minu-
tes. Le battant d'une cloche l'a frappée presque aussi fort que lorsqu'il sonne l'heure.
On la ressentit à Suse, à Turin et dans le mont Cénis, oii elle fit une large ouver-
ture par laquelle s'échappèrent des torrents d'eau , ainsi que dans les vallées de
Lucerne et de Lapérouse. Dans les montagnes , on entendit un bruit semblable à
celui du canon. (G. F. , 24 mars, 14 et 21 avril.) > .i» , •;
— 19 mars, à 2 h. 23 m., à Genève, quelques secousses. (B., et C. A.)
Ce fait est-il différent de celui qui précède? C'est peu probable.
— 8 décembre, à Brest, une secousse. (V. H.)
1754. — 12 janvier, sur les 11 Vs h. du soir. A Vorreppe (Isère), bruits souter-
rains semblables à ceux que fait une masse de pierre en tombant, et quelques
secousses du nord au sud. Dans un village voisin , des maisons furent renversées.
(G. F., 9 février.)
— 9 septembre, à 7 */2 h. et à 8 Va h. du soir,àThein (Dauphiné), deux secousses.
Le lendemain 10, nouvelle secousse avec bruit pareil au tonnerre. (G. F., 5 oct.)
Gueneau de Montbeillard (C. A. ) donne les dates des 9 et 10 novembre.
1735. — Durant le carême, en Bretagne, secousses très-sensibles. (C. A.)
— Avril , secousses à Stepney (Angleterre) , dans le Brabant et sur quelques
points de la Méditerranée. (V. H.) ^i -Xi .i ..tw ^H ,-.ù- i
— 15 octobre, à midi (le 14? N. L.), à Chambéry, une secousse assez forte, puis-
40 MÉMOIRE
que les sonnettes des appartements du 5^ étage sonnèrent, et que quelques cheminées
furent renversées. Elle dura 2 ou 5 secondes et fut précédée par un bruit sourd ,
semblable à celui que feraient des voitures qui rouleraient dans le lointain sur des
voûtes : ce bruit, qui dura à peu près autant que la secousse , parut venir du nord-
est et la secousse s'être faite du nord-est au midi.
On la ressentit aussi à Grenoble et à Genève. ( Toaldo , jEssai Méléor., p. 280.)
Le même jour, il y eut une tempête en Espagne; elle fut suivie d'une mauvaise
odeur; l'eau des puits, des fontaines et des rivières baissa malgré les pluies; elle
manqua même en certains endroits et doubla dans d'autres. Dans le même temps ,
grande abondance d'exhalaisons, qui formaient des nuages épais et des cercles colo-
rés (orangés, rouges et indigo), autour de la lune, et qui obscurcissaient l'éclat du soleil.
Beaucoup d'autres exemples d'exhalaisons souterraines eurent lieu à cette épo-
que. (G. A.)
1755. — i"' novembre, à 9 h. 20 m. du matin, fameux tremblement de terre de
Lisbonne, ressenti dans presque toute l'Europe, en Afrique et même en Amérique.
On le ressentit en France, principalement dans l'ouest et le midi; à Toulouse,
Anduse en Languedoc, à Angoulême, Cognac en Saintonge, à Bordeaux. Les eaux
parurent bouillonner et changèrent de couleur. Ce phénomène s'observa aussi en
Provence, à Cuers, Vaucluse, Gémenox et S*-Auban,
La même chose se fit remarquer sur le lac de Genève. A Bâle , les secousses
n'eurent lieu qu'entre 3 et 4 heures du soir.
Le Poitou, la Bretagne , la Normandie, ne furent pas épargnés. La secousse fut
violente à Caen.
En Hollande, en Gueldre, en Frise et dans la province d'Utrecht, les eaux furent
très-agitées. Les secousses eurent lieu entre 10 et 11 heures, à Rotterdam, Bois-
le-Duc, La Haye, Leyde, Gouda, Utrecht, Harlem et Amsterdam.
— 7 novembre, à 10 heures du soir, à Clermont en Auvergne, et aux environs,
deux secousses assez fortes. (Je ne sache pas qu'on y ait ressenti le premier.)
— 9 novembre, à 3 heures du soir, à Besançon, Genève, Bâle et autres lieux de
la Suisse , les eaux des lacs de Genève et de Zurich furent agitées dès les 2 heures
et un quart.
— 18 et 19 novembre, sur les bords du Rhin, légères secousses.
— 26 et 27 novembre, secousses à Sedan, Mézières, Charleville, Liège et dans
plusieurs autres localités de la Belgique.
Il y en eut presque chaque jour du mois en Portugal , en Espagne, sur les côtes
d'Afrique, en Suisse et dans d'autres contrées de l'Europe. (C. A.; B.; P. T.,
t. XLIX.; Mém. des Sav. étr., t. IX, p. 118; G. F., n"' de nov., déc. et janv. sui-
vants; J. H., mars 1756; V. H.)
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 41
1755. — 9 décembre, à 2 Vs heures du soir. Nouvelles secousses en France, à
Mulhouse, Besançon, Bourg, dans la Franche-Comté et le Lyonnais. Elles furent
nombreuses et excessivement violentes en Suisse : Bàle et Genève les ressentirent.
Elles s'étendirent en Allemagne et en Italie. Il y en eut de simultanées à Lisbonne.
(B.; C. A.; P. T., t. XLIX; G. F., 10 janvier 175G.)
— 11 décembre, secousses en Espagne, Von Hoff cite Orléans.
1753. — 13 décembre, entre 2 et 3 heures après midi, à Montbard, Flavigny,
Dijon , Strasbourg, Huningue, dans la Franche-Comté, la Bresse, à Bourg, légères
secousses. (C. A.; i. II.)
— 23 décembre, dans les montagnes du Roussillon, une secousse. (V. H.)
— Nuit du 2i au 25 décembre, à Besançon, Lyon et Genève, secousses sensibles.
(C. A. et J. H.)
— Le 26, à H '/4 heures, puis à minuit, en Belgique, dans le Luxembourg, à
Liège, Maestricht, Nimègue, Arnheim, Bréda, deux secousses. Il y avait déjà eu
dans la soirée deux secousses légères à Maestricht , l'une à 4 heures , l'autre à
4 V* heures. Il y en eut une autre légère le 27, à 1 heure du matin.
On en ressentit aussi à Cologne, dans quelques vallées de l'.Alsace, de la Picardie,
de la Lorraine et des Alpes, où des sources devinrent salées.
Le 27, à 2'/2 heures du matin, à Sedan, Rocroy, deux légères secousses et quatre à
Cologne : deux maisons furent renversées à Chênée , village à une lieue de Liège. La
commotion fut accompagnée d'un bruit pareil à celui d'une mousqueterie dans le
lointain. (P. T., t. XLIX, p. 512, 546, 604 et 664; G. F., 3 et 17 janvier 1756;
C. A.)
Le même jour encore , mais sans indication d'heure, en divers endroits du Rous-
sillon, aux environs du Canigou, au pied des Pyrénées , où la secousse fut annoncée
sur les 3 '/â heures du matin , par un bruit souterrain qui se renouvela six fois en
deux heures et chaque fois fut suivi de balancement de la terre.
Il y eut à Cordoue une assez forte secousse ; on en ressentit à Aix en Savoie ,
en Italie et le long du Rhin à Manheim. (C. A.; G. F., 6 mars 1756 , et J. H. 1756.)
Il serait assez difHcile de ne voir qu'un fait unique dans les'secousses ressenties
à Cordoue, dans le Roussillon et à Manheim, si les pays intermédiaires n'ont rien
éprouvé. Quant aux commotions de la Savoie et à celles de l'Italie, elles semblent
se rattacher à celles de Suisse, qui paraissent avoir eu leur centre à Brigue , où l'on
en éprouva presque chaque jour pendant deux mois. Toutefois, je ne veux rien
préjuger sur le mode de communication et de propagation des tremblements de
terre; je me contente de signaler le phénomène de ce jour. Quanta celui du 1" no-
vembre, il est bien constaté qu'il s'est étendu depuis l'intérieur de l'Afrique jusqu'au
Groenland, sur le méridien de Lisbonne.
Ton. XVIII. 6
42 MÉMOIRE
1756. — 15 janvier, à Amersfort (province d'Utrecht) et à Utrecht même, une
forte secousse. (P. T., t. XLIX, p. 515.)
VonHoffen a déjà cité une pour le même lieu, sous la date du 15 décembre 1755.
Doit-on en compter deux?
— 26 janvier , à 3 h. 50 m , à Cologne , une légère secousse de Test à l'ouest pen-
dant 7 à 8 secondes, et à Bonn comme aux 26 et 27 décembre précédent (C. A.;
J.H.;G. F.;7fév.)
— 15 février, à 4 h. Va du soir, à Maestricht, un choc court et léger.
Le 14, à 3 h. Va du matin, nouveau choc, court et fort.
Le 18, entre 7 et 8 heures du matin, à Paris, Versailles, Beauvais, Saint-
Quentin, Lafère, Rouen, Aire, Dieppe, Moyenvic, Fismes, Laon, Sedan, Metz,
secousses dirigées du sud-est au nord-ouest, ou de l'ouest au sud-est; dans les 4 pre-
mières villes le baromètre était fort bas; à Rouen, à Lafère, à Dieppe, le baro-
mètre était au dernier degré au-dessous de tempête; à Aire, à Sedan, les secousses
ont duré plus d'une minute avec bruit souterrain; à Metz, des cheminées ont été
renversées.
On en ressentit dans presque toute la Belgique, à Bruxelles, Mons, Namur et
Liège, à peu près vers 8 heures, ainsi qu'à Cologne, Maestricht, Amsterdam,
Aremberg, Worms, Manheim, Darmstadt et Cassel. A Leyde, elles eurent lieu à
7 h. 56 m. ; à La Haye , à 8 h. 8 m. ; à Bonn , à 8 h. 6 m .; à Gotha , à 8 h. 50 m. En
Hollande, où elles furent très-fortes, elles durèrent une minute et demie, puis re-
commencèrent 10 ou 12 minutes après.
A Londres et sur les côtes d'Angleterre, un peu avant 8 heures, l'air était calme,
le ciel brumeux et aussitôt après sévit une très-grande tempête.
A 9 heures , nouvelles secousses à Liège. Les ouvriers employés aux mines les
plus profondes (900 pieds), aux environs de la ville, entendirent avant l'ébranle-
ment un bruit sourd au-dessus de leurs têtes, tandis que ceux qui étaient sur le
sol entendirent un bruit du même genre {rumbling noise) au-dessous de leurs
pieds, etcoururent à la cloche d'alarme. Ces secousses s'étendirent jusqu'à Manheim.
Il «'y eut à cette Heure qu'une courte et légère commotion à Maestricht; mais on
y en éprouva encore trois autres dans le jour, à 9 h. '2, midi et demi et 8 h. ^k du
soir.
De ce jour jusqu'au commencement d'avril , on ne fut pas une seule fois 24
heures sans éprouver à Maestricht quelques commotions. On compta plus de quatre-
vingts tremblements de terre distincts. Il en arriva par tous les temps, sec, humide,
clair, brumeux Seulement on a remarqué le calme au moment des secousses et
le vent aussitôt après. La boussole et le baromètre furent très-agités pendant ces
tremblements, que précédèrent des aurores boréales.
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 43
Le '20 février, à G heures du matin, une dernière secousse en Belgique.
Les eaux de la Meuse et du Rhin furent très-agitées pendant toutes les corn motions.
(C. A.; V. H. ; P. T. , t. XLIX, p. 544 à 548, 5G3 et suiv. 580; G. F., 28 fév., 0,
13 et 27 mars; J. H.), '"i-»
1756. — 20 avril, à 3 h. Vî du soir, à Breteuil, une secousse forte, précédée de
deux secousses légères et suivie d'une quatrième. On ressentit au Plessis et à Saint-
Just, deux autres secousses plus longues, mais moins effrayantes.
Le 30, vers 9 h. Vidu soir, à Paris et à Versailles, une secousse très-marquée;
au château du Plessis, à 4 lieues de Montdidier, elle dura 15 minutes, y fut très-vio-
lente et accompagnée d'un bruit comme d'un grand vent qui souffle dans une futaie.
On entendit encore des bruissements de demi-heure en demi-heure, toute la nuit, à
Breteuil. (G. F., 8 mai et 12 juin; C. A. et J. H.)
— 15 mai , à 1 h. V4, 2 h. V* et 7 heures du matin, à Sains près de Breteuil, trois
secousses suivies de bruissements qui se sont renouvelés d'heure en heure jusque
dans la nuit suivante.
On en a ressenti pareillement à Beauvais, Montdidier, Clermont(Oise), avec mou-
vement sourd suivi de bruissement. A Beauvais et Bonvillers, on a vu des exhalai-
sons enflammées au moment du tremblement. (C. A.)
— 3 juin, secousses à Aix-la-Chapefle , Liège, Maestricht, Cologne et dans les
mêmes lieux que les 18 et 19 février. (C. A.; P. T., t. XLIX, p. 893; G. F.,
19 juin.)
— 19 novembre, à Cologne, Liège, Bonn, Limbourg et tout le pays d'entre
Meuse et Rhin, une secousse de trente secondes. (G. F., 4 déc.; C. A.; P. T.,
t. XLIX, p. 893.)
1757. — 18 janvier, en Alsace et dans la Franche-Comté, quelques secousses.
(C.A.)
— 6 août, tremblement à Bâie; le même jour à Milan et à Syracuse. (V. H.)
— 27 et 28 octobre, au Havre et à Pont l'Évèque, deux secousses; la première
a duré trois minutes et la seconde deux minutes. (G. F., 5 nov. ; C. A.)
— 8 novembre, secousse légère à Bàle. (V. H.; Acta Helvetica, t. III, p. 385.)
1759. — 10 août, à 10 h. 15 m. du soir, à Bordeaux, tremblement de terre
précédé d'un bruit souterrain qui dura deux ou trois secondes , et qui durait encore
lorsqu'on sentit deux violentes secousses de même durée; la direction était de l'ouest
au nord-est; la basse région de l'air était couverte de nuages fort agités, quoique
le temps fût très-calme; la voûte de Notre-Dame se détacha en partie et une maison
s'écroula sur ses fondements à Larmont, à une lieue de Bordeaux.
On éprouva à Limoges et dans le Limousin une secousse d'environ une minute,
précédée d'un bruit souterrain. (C. A.)
44 MÉMOIRE
1760. — 19, 20 et 21 janvier, à Amsterdam, Leyde et Utrecht, quelques se-
cousses.
Le 20 , légères secousses à Paris et à Versailles.
Lemêmejour, une secousseàVézelay, en Bourgogne. (G.F.,2févr. et 8 mars; G. A.)
. — 20 juin, vers les 11 heures du matin, à Bruxelles et dans quelques autres
lieux du Brabant, à Cologne, secousses plus légères que celles du 20 janvier précé-
dent. (G. A.)
— 16 juillet, à Bruxelles et dans plusieurs villes du Brabant, trois ou quatre
secousses d'un tremblement par ondulation. (G. A.).
1761. — 18 janvier, à 10 heures du soir, à Tuyglins, près de Grenoble, ouragan
terrible pendant lequel on sentit trois secousses de tremblement de terre. La terre
s'entr'ouvrit et il en sortit encore des flammes quelques jours après. (J. E. ;
15 février.)
— 16 octobre, entre 8 et 9 heures du matin, à Verpillère et dans les villages
voisins sur la route de Lyon à Grenoble, secousse avec bruit qui épouvanta les ani-
maux. (G. F., 24 mai 1762.)
— 15 novembre, 2 heures et demie du matin , à Genève, légère secousse accom-
pagnée de bruits sourds pendant l'apparition d'un météore. C'était un globe im-
mense qui se changea en traînée et se dissipa ensuite avec une explosion assez forte.
On crut être dans les plus profondes ténèbres après l'explosion, quoique le ciel fût
serein et qu'il y eût de la lune. Il allait du sud à l'ouest.
Deux habitants près de Moulins en virent un à peu près à la même heure , qui ,
lorsqu'il s'approcha de terre , parut du volume et de la forme d'une gerbe enflam-
mée. (G. F.; 28nov.)
1762. — 11 janvier, le soir, près de Montfort l'Amaury (Seine et Oise), après des
orages du jour , plusieurs secousses de l'est-sud-est à l'ouest-nord-ouest. (A. P. ,
an 1762, p. 36; Coll. acad., t. XII , p. 45.)
— 5 mai, à 9 h. 28 m. du soir, à Verpillère, sur la route de Lyon à Grenoble,
secousse d'une minute avec bruit souterrain. Les animaux parurent très-épouvan-
tes, les chevaux hennirent. (G. F., 24 mai.)
— 23 juillet, à 7 h. Va du soir, à Arles, légère secousse, temps très-serein et
très-chaud. (G. F., 6 août.)
— 31 juillet, à 1 heure après midi, à Bonn, secousse précédée d'un bruit sou-
terrain. Vers minuit , le même bruit fut suivi de nouvelles secousses plus fortes
que la première; elles durèrent trente secondes.
— Le 1" août, deux nouvelles secousses. (G. F., 15 août.)
— Le l"' août, à 11 heures du matin, on ressentit à Bruxelles un tremblement
qui dura 10 à 20 secondes. (Communication de M. Quetelet.)
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 43
1763. — H mars, à 10 heures du soir, à Rayonne, secousse très-faible.
Le lendemain , à 4 heures et quelques minutes du matin , une deuxième secousse
réveilla quelques personnes.
Le 15, à 1 heure et Va du matin, on ressentit à Pau une secousse assez forte,
avec bruit souterrain semblant venir des Pyrénées. (G. F., 8 avril.)
— 11 juillet, à 7 h. 32 m. du malin , à Nîmes, légère secousse de l'ouest à l'est,
durant quelques secondes.
Le lendemain , à 7 heures du matin , à Avignon , Aix et Tarascon , secousse très-
sensible pendant 5 à G secondes, avec bruit souterrain. (G. F., 25 et 29 juillet;
A. P., an 1763, p. 19; Coll. acad., t. XIII, p. 85.)
— 18 octobre, dans le Roussillon, crue d'eau épouvantable attribuée à un
tremblement de terre. (A. P., an 1704, p. 35.)
1764. — 6 janvier, tremblement à Bâle. (V. H.)
1765. — 14 février, à Abbeville et surtout du côté de Saint-Valery , une lé-
gère secousse. Au nord , on n'a entendu qu'un bruit sourd et extraordinaire ve-
nant de la mer. (G. F., 8 mars.)
— 8 avril, 10 heures du soir, à Limoges et dans toute la basse Marche, trois
violentes secousses , les deux dernières avec bruit pareil au tonnerre dans l'éloi-
gnement. (G. F., 19 et 21 avril.)
— 19 mai , à 10 h. 45 m. du matin, dans le pays de Foix , une secousse de près
de 2 minutes, puis 10 à 12 minutes après, deux autres secousses légères.
A H h. 15 m. , on en ressentit une à Toulouse, durant 3 secondes. Direction du
nord au sud. (G. F., 31 mai; J. E., 1" juin; A. P., an 1765, p. 23; G. A.,
t. XIII, p. 157.)
— 19 juin, à 11 heures du matin, dans les Pyrénées, tremblement de terre
de 1 minute sur une étendue de 17 lieues. (J. E., 15 juillet.)
1766. — 8 juillet , vers les 3 heures après midi , à Briançon et Mont-Dauphin,
deux fortes secousses avec bruit , dirigées du nord au sud. (G. F., 25 juillet; J. E ,
1" août.)
— 23 septembre , à 6 heures du matin , à Lyon , faible tremblement. ( Ex-
trait des registres de l'observatoire de Lyon, communiqué par M. Aug. Bravais.)
1767. — 20 janvier, à Lippstadt, Rithberg, Gutersiohe et Herford, une se-
cousse. On en a ressenti à Munster, Osnabruck et Paderborn. (G. F., 6, 16 et
20 février; J. E., 15 février.)
On en avait éprouvé dès l'avant-veille et la veiHe en Allemagne.
— 9 février, à 4 heures du matin, à Grasse, trois fortes secousses, ressenties
plus vivement encore à Nice, à Gènes et surtout à Venise. (G. F., 9 mars.)
— 7 avril , à 1 h. 30 m. du malin , à Bourgneuf (Loire-Inférieure), violente se-
46 MÉMOIRE
cousse avec bruit de l'est-sud-est à l'ouest-nord-ouest. Une demi-heure après , un
grand coup de tonnerre où le bruit du tremblement a paru finir.
Le même jour , à 2 heures du matin , à Nantes , une légère secousse avec bruit
pareil à celui d'un chariot. La veille, il avait fait un grand vent. (G. F., 17 avril
et 15 mai.)
1767. — 15 avril , à 1 heure du matin , à Mulhouse; une secousse plus forte en
Allemagne. Au moment de cette secousse , on aperçut de Vagelsbourg un nuage
sulfureux et oblong du côté de Cassel, où la commotion fut ressentie. (G. F., 1, 8,
25 et 29 mai.)
— 29 juin , à 3 h. 9 m. du matin , à Cologne et dans toute la province de Clèves ,
une violente secousse qu'on a aussi ressentie à Sedan et à Bouillon. (G. F., 3 et
17 juillet; J. E., 15 juin, le numéro n'a paru qu'en juillet.)
1768. — 3 avril (jour de Pâques), à Pau, violente secousse d'une minute.
(G. F., 18 avril; Cotte, Mém. des savants étrangers, t. VII, p. 479.)
— 25 avril, à l'Orient, secousse ondulatoire. (Cotte, ibid., p. 479.)
1769. — 18 novembre, à 4 heures du matin, à Avignon, violentes secousses avec
bruit semblable à un coup de vent , pendant une minute et demie. Direction du
sud au nord et du nord au sud. Un quart d'heure après, pluie extraordinaire.
Elles furent plus sensibles à deux lieues à Roquemaure et à Bédarrides, où elles
renversèrent des maisons. (G. F., 15 déc.)
Richard , Hist. des Met. , t. VIII, p. 505, donne la date du 18 novembre.
— 1" décembre, un peu après 6 heures et demie du soir, à Paris, Saint-
Cloud, Montmorency, à Dieppe, une violente secousse qui fit craindre, à Rouen,
l'écroulement des maisons, et fut peu sensible aux environs.
Le même jour, à 10 h. Va du soir , à Houlme , village à une lieue de Rouen , deux
secousses plus vives. On aperçut au ciel une lumière brillante.
A Versailles, la première secousse avait eu lieu à 6 h. 36 m.
A Elbeuf , les secousses furent violentes; la Seine mugissait et bouillonnait, et on
vit une multitude d'étoiles filantes qui laissaient des traînées beaucoup plus enflam-
mées que les corps eux-mêmes. (G. F., 8 et 15 décembre; J. E., 15 déc; A. P., an
1769, p. 23; Coll. acad., t. XIV, p. 124; Richard, Hist. des Met., t. VIII, p. 506.)
1770. — 20 mars, secousses à Râle. (V. H.)
— 9 juin, à 10 h. 58 m. 45 s., à Cologne, secousses réitérées de 14 à 16 secondes.
On en a ressenti à Maestricht à H heures. (G. F., 25 juin.)
— 29 juillet , à 5 heures et qaelques minutes du soir , à Belley , Rourg et Lyon ,
deux ou trois secousses de trente secondes. Elles avaient deux directions parallèles
de l'est à fouest. (G. F., 17août;Reg. de l'Observatoire de Lyon. Comm.par M. Aug.
Bravais.) , .^
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 47
1769. — 9 octobre, à 7 h. V4 du matin , à Lyon , la Claire, Balmont et Ambérieux
(Bugey), légères secousses. (Extrait des Reg. de l'Observ. de Lyon, communiqué par
M. Aug. Bravais.)
— 9 octobre, secousse à Bâie. (V. H.)
4771. — H août, 9 beures du matin. A Memmingen, Dourlach, Stuttgardt,
Scbaffbouse, dans les environs d'Augsbourg, sur une étendue de pays de 60 lieues de
longueur et 40 de largeur, jusques aux bords du Rliin, des secousses si violentes
que le service divin fut interrompu; les prêtres quittèrent l'autel. (G. F., 9 et 11
octobre. )
Je doute que ce fait doive figurer dans ce catalogue?
1772. — 2 janvier, entre 6 et 7 heures du matin, à Partbenay (Deux-Sèvres),
une forte secousse qui a renversé des meubles.
Le 9 , à 7 heures du matin , une nouvelle secousse avec bruit pareil à celui des
voitures, renversa des édifices. Le Thoué sortit de son lit deux minutes auparavant.
A 9 heures du matin, une secousse très-légère.
Le 10, à 7 et 9 heures du matin, à Poitiers, deux secousses assez fortes. (G. F.,
24 janv.)
— 8 mars, vers midi, à Brétignolles, près Chinon (Indre et Loire), deux se-
cousses d'un mouvement vertical , avec bruit sourd comme d'une explosion éloignée
(A. P., an 1772, p. 15; Coll. acad., t. XV, p. 23.)
— 19 avril, à 9 h. Va du matin , à Josselin (Bretagne), secousse de trois secondes,
plus vive dans les montagnes à angles saillants. Direction du nord-est au sud-ouest.
(G. E., 25 mai.)
— 8 juin , entre midi et 1 heure, à Clanssayes (Dauphiné) , léger tremblement; à
5 heures , trois secousses bien marquées.
Le 9 , quelques secousses ressenties aussi dans le voisinage.
Le 1 1 , à 5 heures du matin , nouvelles et violentes secousses. Depuis , bruit sembla-
ble à celui de plusieurs coups de canon dans le lointain, pendant tout le mois de juin,
par intervalles , avec légères secousses dont la direction était alors de l'ouest à l'est.
En juillet, août, septembre et octobre, rien. (Faujas de Saint-Fond, Hist. nat.
du Dauphiné, 1. 1, p. 320.)
— 24 juin, à 9 h. 39 m. du matin, au Puy,- secousse assez forte, de deux
secondes de durée et avec bruit pareil à celui d'une voiture. Sur les 1 1 heures
du matin , secousses violentes pendant une seconde , dans l'étendue de la subdélé-
gation de Saint-Bonnet-le-Château , généralité de Lyon. (G. F. , 6 et 24 juillet;
J. E., 1" juillet.)
— 31 juillet, à 2 h. 41 m. du soir, à la Rochelle, une légère secousse du
sud au nord , avec un bruit semblable à celui d'une voiture roulant avec vitesse.
48 MÉMOIRE
On croit qu'il y avait eu une première secousse à 11 heures et demie. 'G. F., 24
août; M. F., septembre.)
1772. — Octobre, dans les montagnes du Béarn (Pyrénées), tremblement qui
renversa le village d'Arudi. (Palassou, Mém., p. 266.)
— Du 1" au 29 novembre, à Clanssayes, de temps en temps, du bruit et de
légers ébranlements.
Le 29, une secousse courte, mais vive.
Du 29 novembre au 6 janvier suivant , quelques légères secousses , mais bruit
presque journalier. (Faujas de Saint-Fond, ibid., p. 321.)
— 23 décembre , à 6 h. 37 m. du soir , au Havre et dans les environs , une se-
cousse assez considérable avec bruit souterrain. (G. F., 1" janvier 1773.)
— 23 décembre , à 11 heures et demie du soir , à Prades (Roussillon) , une se-
cousse de deux secondes , précédée d'un bruit sourd , paraissant venir du côté de
l'occident. (G. F., 18 janvier et M. F., février 1773.)
1773. — 16 janvier, à 4 heures */i du soir, à Clanssayes , deux ébranlements vio-
lents; la terre fut souvent agitée toute la nuit suivante.
Le 18, vers sept heures du matin, une forte secousse; une heure et demie
après , quatre secousses si violentes que beaucoup de pierres se détachèrent des
murailles. Les fortes secousses étaient accompagnées d'un vent frais et vif, qui ne
durait qu'autant que le bruit et les tremblements. Dans tout le reste de la journée,
de très-légères secousses avec beaucoup de bruit. A 8 h. */* du soir, nouvelle se-
cousse effrayante et terrible; plusieurs maisons reçurent des dommages.
Les 19 , 20, 21 et 22, beaucoup de bruit et de faibles secousses.
Le 23 , à 4 heures du soir , on ressentit les trois plus fortes secousses qu'on eût
alors éprouvées. Il y eut de grands dommages. Ce tremblement se prolongea jus-
qu'à Suze, Valréas, La Garde, Pierrelatte, Montélimar, etc., et même au delà du
Rhône , dans la direction de Saint-Andéol et de Viviers.
A Tulette, à 3 lieues de Clanssayes, l'auteur auquel j'emprunte cette citation
observa le phénomène suivant : des saucissons étaient suspendus à une perche par
des fds très-longs , qui semblaient faire effort pour garder leur aplomb dans la
partie la plus rapprochée de la perche , tandis qu'un mouvement d'attraction et de
répulsion agitait respectivement chaque saucisson , d'une manière semblable à celle
des battants suspendus dans le carillon électrique. Ce mouvement se manifesta en
même temps que le bruit et précéda le tremblement de terre; il ne fut point
interrompu par la cessation des commotions, et ne se ralentit pas par degrés
comme dans l'agitation ordinaire d'un corps mis en mouvement, mais il cessa
subitement d'une manière prompte et sèche, si je puis m'exprimer ainsi, ce qui,
ajoute l'auteur, me parut tenir de très-près à l'électricité.
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 49
' Le 24, quelques secousses mêlées de bruit.
Le 25, une simple commotion.
Les 2G, 27, 28 et 29, du bruit et quelques ébranlements légers pendant la
nuit.
Le 30, à 6 heures du matin , deux secousses; la dernière forte; un bruit souter-
rain par intervalle.
La nuit du 30 au 31 , quelques secousses , une entre autres terrible ; le bruit ,
celle fois, s'annonça en même temps que la commotion.
Le 31 , à il heures du matin , une secousse, mais moins considérable. (Faujas
de Saint-Fond, Mém., p. 321; G. F., 12 et 22 fév.; J. E., 1" avril; M. F.,
mars.)
1773. — 28 janvier, à Saint-Savin (Poitou), quelques secousses suivies d'un orage
si violent qu'il renversa des maisons et déracina des arbres dans une étendue de
plus de trois lieues. (G. F-, 19 février.)
Les 1, 2 et 3 février, au village de Clanssayes, plusieurs secousses médiocres; trois
beaucoup plus sensibles dans les fermes situées du nord au couchant.
Le 4, à 2 heures après midi , les fermes de cette position éprouvèrent un ébran-
lement très-fort, à peine sensible au village.
Les 5 et 6, rien. • i'
Le 7, à 1 h. V* du matin, nouvelle secousse presqu'aussi forte que celle du 23
janvier, mais qui dura quatre secondes de plus; nouveaux désastres qui augmen-
tent de jour en jour.
La direction des secousses avait presque toujours été depuis le commencement
jusqu'à ce jour , du levant au couchant , et le point tixe d'oii partaient toutes les
commotions paraissait n'être qu'à environ mille pas du village, situé sur un ma-
melon appelé le Saull de la pierre, élevé de 70 toises et taillé à pic au midi.
Lorsque les secousses étaient violentes , les paysans assuraient unanimement
qu'ils sentaient un frémissement pareil à celui qu'occasionneraient un grand nom-
bre de carrosses qui rouleraient rapidement tous ensemble sur le pavé.
Les grandes secousses étaient ordinairement précédées et suivies par un tour-
billon d'un vent frais si fort qu'il arrêtait les hommes et les animaux lorsqu'ils
marchaient; ceux-ci en étaient effrayés.
Les secousses avaient un mouvement d'oscillation horizontal , brusque , préci-
pité et inégal, plus ou moins violent en raison de la force et de l'étendue des com-
motions. Il ne s'élevait aucune exhalaison sensible qui manifestât la moindre
odeur, soit dans le jour, soit pendant la nuit. Les puits et les fontaines donnaient
de l'eau comme à l'ordinaire sans être altérée en aucune manière , et leur tempéra-
ture restait toujours au même degré.
Toa. XVIII. 7
30 MÉMOIRE
Depuis le 7 février jusqu'au 15 l'on éprouva diverses secousses; elles partaient
alors de dessous Clanssayes et se prolongeaient du côté de Saint-Raphaël (village
éloigné d'une lieue), où elles renversèrent plusieurs cheminées.
Le 15, à 11 h. Va du matin, une secousse très-courte, mais des plus violentes. :.
Du 15 au 22, quelques légères commotions; le bruit et les tremblements s'affai-
bhssaient à Clanssayes, mais augmentaient dans la partie sud-ouest. Il arrivait
même quelquefois qu'on n'entendait que le bruit à Clanssayes et que les ébranle-
ments se manifestaient du côté de Saint-Raphaël.
Le 22, entre 8 et 9 heures du matin, trois secousses assez fortes avec un bruit
éclatant.
Le 23, rien.
Le 24, entre 8 et 9 heures du malin, trois nouvelles secousses violentes; mu-
railles renversées.
Le 25, ébranlements légers à Clanssayes, tandis qu'à Saint-Raphaël les secousses
devinrent violentes.
De ce jour au 1" juin , le village de Clanssayes fut assez tranquille et n'éprouva
que quelques légères secousses par intervalle : mais ce qu'il y eut d'extraordi-
naire, c'est qu'elles furent très-violentes à Saint-Raphaël et qu'elles remontaient
vers une partie du territoire de Clanssayes qui avait été épargnée jusqu'alors.
(Faujas de Saint-Fond, ibid., pp. 524 et suiv.)
1775. — 2 février, à 4 h. Va du matin, à Saint-Jean-Pied-de-Port (Navarre), deux
secousses qui ont duré plus de 2 minutes. (G. F., 19 fév.)
— 15 avril, entre midi et 1 heure, à Saint-Malo, une secousse plus violente à pro-
portion de la proximité de la mer, avec bruit pareil à un tonnerre éloigné. Direction
du nord-ouest au sud-est; durée, une minute Elle a été plus sensible sur les hau-
teurs et les falaises; des pendules se sont arrêtées. On en ressentit une, à 1 h. */*»
à l'île de Guernesey, avec bruit souterrain. Il y en eut une seconde le lendemain.
Ce même jour 15 avril, à 2 heures du soir, et le 25, à 11 h. V* du soir, à
Pléneuf (diocèse de S'-Brieuc), deux secousses plus fortes dans les lieux bas,
avec un bruit souterrain comme un tonnerre éloigné. Direction du nord -ouest au
sud-est. La secousse du 25 fut ressentie sur toute la côte du Cotentin. Toutes fu-
rent ressenties à Dol et dans l'île de Jersey. (G. F., 50 avril, 7, 10, 21 et 51 mai.)
— 1" juin, à 4 heures du matin, à Clanssayes, bruit fréquent et très-marqué qui
se manifesta jusqu'à midi sans commotion : ce ne fut qu'à 2 h. '/a du soir qu'on
ressentit une terrible secousse sans bruit.
Le 2, bruit sans commotion. On n'éprouva rien dans le reste du mois.
— 7 juillet, dans la matinée, 'dans la partie occidentale du territoire de Clans-
sayes, trois secousses très-fortes à peine sensibles au village. ... u»jJ
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 51
De ce jour jusqu'au 15 octobre suivant, très-peu de chose à Glanssayes, mais de
temps en temps, des secousses très-fortes à S'-Raphaël. (Faujas de S'-Fond, Und.,
p. 327.)
1775. — 8 août , à 4 h. Vs du soir, à Luxembourg, forte secousse qui s'étendit
jusqu'à Vienne. (G. F. , 27 août.)
— Commencement de septembre, vers 10 heures du soir, dans la vallée d'Os-
sau ( Pyrénées ) , une secousse légère dans les terrains calcaires , très-forte dans les
roches granitiques. (Palassou, Mém.)
— 13 octobre, à -4 heures du soir, à Glanssayes , trois fortes secousses, dont une
fut suivie d'un bruit considérable; la secousse fut une commotion verticale qui
suivit la direction du sud au nord.
Le 15, à 4 heures du soir, trois légères secousses. (Faujas de S'-Fond , ib., p. 328.)
— 17 octobre, à 10 h. '/* du matin, à Pau, Gant, Arudi, deux secousses du sud
au nord-est. : > . • .î • ^f
Le 18, à 5 h. V* du malin; le 19, à 5 heures, et le 22, à 6 heures du matin, en-
core trois nouvelles secousses. (G. F., 5 nov.; J. E., janv. 1774.)
— 25 novembre, à Glanssayes, quelques secousses médiocres avec bruit.
Les commotions et le bruit s'aifaiblirent dans le mois de décembre, de façon
qu'à la fin de ce mois l'on n'entendit ni l'on ne ressentit plus rien.
Il n'en fut pas de même du côté de S'-Raphaël, où les tremblements de terre re-
doublèrent et durèrent tout ce mois. Après, le calme régna totalement comme aux
lieux voisins. Mais ces villages avaient été presque entièrement ruinés, surtout
Glanssayes, perché sur la sommité d'une montagne parmi de grands blocs de grès
rompus, n'ayant pour base qu'un sable mêlé d'argile et situé, d'un côté, sur le bord
d'un principe effrayant. (Faujas de S'-Fond, ihid., p. 528.)
— 31 décembre, à I h. ^k du matin, à Mont-Dauphin et dans les villages voisins ,
une secousse assez violente du nord au sud; des murailles et des voûtes ont été
endommagées (G. F., 24 janv. 1774.)
1774. — 10 septembre, à 4 h. Vs du soir, à Strasbourg, Belfort, Besançon,
Beaume , Bâle , plusieurs secousses de l'ouest à l'est.
On les ressentit à Ratisbonne et à Anspach.
Dans le canton d'Uri , on en éprouva presque toute la journée. Des édifices fu-
rent renversés. (G. F., 27 sept., 7 octob. et 18 nov.)
1775. — 4 février, à Réthel en Champagne, secousse ondulatoire pendant un
ouragan. (V. H.)
— Nuit du 6 au 7 février , à S'-Savin et dans plusieurs villages près de Bour-
going , une violente secousse qui fut précédée d'un bruit souterrain semblable à celui
du tonnerre. (G. F. , 10 mars.)
52 H MÉMOIRE
1775. — 30 avril, à 9 h. */2 du soir, au Villar, généralité d'Auch, deux secousses
ressenties aussi à la barre de Nortes, dans les Pyrénées , où il y en eut une troisième
à 10 h. Vi , mais non accompagnée de bruits souterrains comme les deux premières.
Toutes furent dirigées de l'est à l'ouest. (G. F. , 22 mai.)
— 6 octobre, à 7 h. 53 m. du soir, à Vico (Corse), une secousse assez vio-
lente.
Le 22, à 2 h. 12 m. du matin, quatre nouvelles secousses du sud-est au sud-ouest.
Une maison fut renversée. On ne sait pas si la mer fut aussi agitée que la pre-
mière fois. On remarqua un bruit pareil à l'explosion d'une mine. (G. F., 20 nov.)
— 30 octobre, à Tournon, une secousse accompagnée d'un coup de vent. (Cotte,
Mém. des savants étrang., ib.)
— 30 décembre, vers 10 h. ^ji du matin, à Toulouse, une légère secousse de
l'est à l'ouest.
A Corbeil , Messier la remarqua en forme de soulèvement incliné du nord-ouest
au sud-est, à 10 h. 42 m.
A Alençon, à 10 h. 34 m., deux secousses; la première plus forte et d'une demi-
minute, avec un bruit pareil à celui d'un carrosse roulant. Un puits profond de 45
pieds a eu ses eaux troublées et rendues noirâtres ; les seaux devinrent noirs après
deux ou trois immersions.
A Mortagne, trois secousses de plus en plus fortes et à direction verticale.
A Segré (Maine-et-Loire), le tremblement de terre fit bouillonner les ruisseaux
qui coulaient du sud-ouest au nord-est, et ne fit rien sur ceux qui coulaient du
nord-est au sud-ouest. Les villages des vallées qui n'étaient pas dominées par des
montagnes au sud-est, n'ont presque rien ressenti.
Au Havre, à 10 h. 43 m., une légère secousse de l'ouest à l'est pendant 5 se-
condes.
A Caen, à 10 h. 32 m., le bruit paraissait venir du sud-ouest; il a duré deux ou
trois secondes et a été suivi de trois fortes secousses qui ont duré 5 ou 6 se-
condes. Ces secousses, accompagnées d'un soulèvement sensible , venaient du sud-
ouest au nord-est. Elles ont été suivies d'un nouveau bruit pendant lequel on a
remarqué une espèce dé frémissement. Des ouvriers , dans une carrière profonde
près de l'abbaye de S^-Trinité , ont entendu un bruit effroyable , et pendant les se-
cousses leurs chandelles s'éteignirent tout à coup. Des voûtes se fendirent, des che-
minées furent renversées, ainsi que quelques maisons.
A Saint-Lo et à Falaise , les secousses furent encore plus fortes ; elles furent sen-
ties en mer par des barques; mais les eaux de l'Orne ne furent pas agitées.
On remarqua une quatrième secousse à 11 heures, et une cinquième le 1" jan-
vier, laquelle renversa une maison à Hérouville.
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 55
Le lendemain du tremblement , c'est-à-dire le 51 , il échoua un énorme cétacé à
la pointe de S"-Marie-du-Mont. (G. F., 5, 8, 12, 19, 29 janv., 9 fév. et 27
mars 1776.)
1776. — 30 janvier, à Brest et à Landernau (Bretagne), secousse ondulatoire.
(Cotte, youm. depfiys., t. LXV, p. 251.)
— 14 avril, secousses dans le Poitou, à la Rochelle et à File d'Oléron. (Cotte,
Jour, dephys.^ ib.)
— 24 avril, à 1 heure du matin, à Perpignan, deux secousses. (G. F., 10 mai;
Cotte, ibid.; Palassou, Mém.)
— 30 avril, nouvelles secousses en Poitou, à la Rochelle et à l'île d'Oléron.
(Cotte, ib.)
Le même jour, tremblement à la Barthe de Neste, dans les Pyrénées. (Palassou ,
Mém.)
— 4 août, à Carcassonne, une forte secousse. (Cotte, ibid.)
— 28 novembre , à 3 h. 15 m . du matin , à Manheim , deux fortes secousses qui
ont duré, l'une une minute et quelques secondes, et l'autre une minute, dans la
direction du nord-ouest au sud-est. Les maisons s'écroulèrent, les cloches sonnèrent
d'elles-mêmes.
A l'observatoire , on s'assura que les secousses avaient été verticales. Un fd à
plomb de 10 pieds ne fut pas altéré; la boussole dont l'aiguille avait un pied de
longueur, dévia de trois minutes. L'air était calme.
Le même jour, à 8 h. 10 m. du matin, à Calais et à Dunkerque , une forte secousse
en deux reprises consécutives , dans un espace de 3 secondes. Direction du nord
au sud. On l'a ressentie à Douvres. (G. F., 9 déc. et 27 janv. 1777.)
— 19 décembre, à Spire, une secousse. (Cotte, ibid.)
— 6 juin, secousses à Naples , le même jour, à Rouen. (V. H., d'après Cotte.) C'est
Rome qu'il faut lire. Ce jour-là , les secousses s'étendirent de Rome à la Sicile, en
ébranlant fortement Naples, la Pouilleetles Calabres. (G. F., 14, 25 juill.et 11 août.)
— 13 août, à Béon (vallée d'Ossau, dans les Pyrénées), une très- forte secousse
dans la direction de l'est-sud-est à l'ouest-nord-ouest. Temps calme et couvert.
(Palassou, Mém., p. 266.)
1778. — 2 avril, à Manheim, une secousse. (V. H.)
— 7 juin, à 7 h. 53 m., à Pau, une forte secousse de quelques secondes; elle
s'étendit dans le pays de Foix et même jusqu'à Bordeaux.
Le lendemain, à 3 heures du matin, deux secousses à Nay. (G. F., 22 juin;
Palassou, Mém., p. 266.)
•< — 18 juin, à 11 heures du matin, à Béon et sur plusieurs autres points de la
vallée d'Ossau, dans les Pyrénées, une secousse. (Palassou, Mém.)
54 MÉMOIRE
1778. — 21 septembre, à 1 heure du matin, à Peyrenère (vallée d'Aspe, dans les
Pyrénées), choc très-fort qui paraît avoir été précédé de deux secousses violentes la
veille, à 9 heures du soir, et de quelques faibles commotions, le 18. (Palassou, Mém.)
— 31 décembre, à la Conception, près de Domfront (Orne), tremblement de
terre. (Cotte, ibid.; Mém. de l'institut, t. IV, p. 533.)
1779. — 14 juillet, tremblements de terre à Rouen et en Suède. (V. H.)
— 20 octobre, 9 heures du matin, à S'-Girons (Pyrénées), bruit souterrain
suivi d'une légère secousse. Trois quarts d'heure après , bruit plus intense, mugis-
sement et choc plus violent du nord-ouest au sud-est. Ce choc ne dura qu'une
seconde; des pierres se détachèrent des murailles. (Palassou, Mém.)
— 2 novembre, une secousse, à Vivonne en Poitou. (Cotte, ibid.)
— 5 décembre, tremblement à Rergen , entre Hanau et Francfort. (Cotte , iJ)id.)
— 22 décembre, vers 6 heures du soir, dans la vallée d'Ossau (Pyrénées), une
secousse.
Le 28 , aux mêmes lieux et principalement à Nay, une nouvelle secousse plus
forte , du sud-ouest au nord-est. (Palassou, Mém.)
1780. — 20 janvier, minuit et demi, à Mont-Dauphin et Embrun, une secousse
de deux secondes dirigée du midi au nord, avec bruit souterrain à Mont-Dauphin.
(G. F., 18 fév.)
— 2 février, secousse à Averne en Nibousan? (V. H.)
— 26 et 27 février, deux tremblements déterre à Coblentz. (Cotte, ibid.)
1780. — 29 avril , secousses à la Rochelle et à Rochefort.
— 2 mai, secousses dans le Limousin, le Poitou, l'Aunis et la Dretagne.
(Cotte, ibid.)
— 31 octobre, à 3 h. '/a du matin, à Dijon , plusieurs secousses assez fortes ac-
compagnées d'un bruit pareil à celui d'un carrosse qui roule rapidement sur le
pavé.
Elles furent violentes à Dourbonne-les-Bains (Haute-Marne), où la direction était
du sud au nord,
A Vaivre et à Vesoul , une secousse de quatre secondes par oscillation. Elle était
accompagnée d'un bruit ondulant, au milieu duquel se fit entendre une explosion
sourde et brusque. Direction de l'ouest à l'est. Une demi-heure après, une deuxième
secousse a renversé des meubles. (G. F., 10 et 14 nov. et 1" déc.)
— 11 décembre, tremblement de terre à Haguenau, en Alsace. (Cotte, ibid.)
1781. — 16 avril, à S*-Maurice-le-Girard (Poitou), une secousse. (Cotte, ibid.)
— 26 avril , plusieurs secousses à Arles en Provence. (Cotte , ibid.)
— 20 juin, au bailliage d'Orgelet (Franche-Comté), tremblement et inondation.
(Cotte, ibid.)
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 55
1781. — 17 juillet, pendant les secousses qui ébranlèrent l'Italie , on en ressentit
quelques-unes à Marseille. (V. H.)
— 25 septembre , secousse à Harderwyk dans le Zuiderzée. (Cotte , ibid.)
1782. — 5 avril, tremblement à la Rochelle. (Cotte, ibid.)
— 15 août, à 4 h. ^1* du soir, à Grenoble, une violente secousse à oscillations de
l'est à l'ouest. Les lustres étaient agités et les sonnettes en mouvement dans les
étages supérieurs : le baromètre oscillait; des murs furent lézardés. (G. F., 50 août.)
— 15 septembre, à Oléron, une forte secousse dans le sens de la chaîne des
Pyrénées, de l'Océan à la Méditerranée. (Palassou , Métn.)
— 9 décembre, à Vienne (Isère), une secousse.
Le même jour, la même chose eut lieu dans le Béarn. (Cotte , U)id.)
— 26 et 27 décembre , secousses à Oléron dans les Pyrénées. (Palassou , Mém.;
Cotte, ibid.)
1783. — 10 janvier, à 4 h. 50 m. du matin, à Marseille, une secousse. (Cotte , ibid.)
— 6 mars, 11 heures du soir, dans l'Angoumois, une secousse de 2 secon-
des. (G. F., 1" avril.)
— 9 mars , chute d'une montagne à Ardes en Auvergne. (V. H.)
— 25 mars, à 5 heures du matin, à Malemort (Provence), deux secousses, à Sal-
lon-de-Crau, à 5 lieues delà, le temps était pur, et cependant la machine élec-
trique ne donnait que de faibles étincelles. Ces secousses ont été précédées d'un
bruit éclatant et suivi d'un vent assez fort sans direction fixe pendant une heure.
^G. F., 18 avril.)
— 5 avril, à Manheim , plusieurs secousses. (V. H.)
— 5 mai, à Grenoble, diverses secousses. (Cotte, ibid.)
— 6 juillet, à 9 h. 56 ou 57 m., à Dijon, balancement sensible en deux secousses
suivies d'une légère trépidation. A Verdun, Seurre, S'-Jean-de-Losne , l'horloge a
sonné. La direction parait avoir été du nord-nord-est au sud-sud-ouest. Quel-
ques personnes ont cru le mouvement vertical et semblable à la compression de
l'air réagissant d'un plancher sur l'autre, contre les fenêtres et les portes. Le bruit
n'était ni souterrain, ni aérien, mais ambiant comme celui qu'aurait fait une charge
de blé jetée brusquement sur le plancher.
La sérénité du ciel n'a pas été altérée; l'atmosphère a continué à être chaude,
sèche et tranquille. Le baromètre à 27'' 7' est descendu dans la soirée d'une demi-
ligne. Le thermomètre à 14°,8, à 7 heures du malin, est monté à 20°, 8 dans
l'après-midi; il était monté les jours précédents à 22°,5. L'hygromètre marquait
une grande sécheresse depuis quelques jours.
Il régnait depuis le 14 juin , un brouillard extraordinaire et singulier qui avait
diminué dans les premiers jours du mois. Il n'a reparu que le 10. et seulement
56 MÉMOIRE
pendant quelques instants au lever et au coucher du soleil. (Il s'agit ici du fameux
brouillard qui a couvert toute l'Europe et une partie de l'Asie.)
L'ébranlement s'est étendu dans un espace circonscrit par une ligne qui irait de
Langres à Châtillon, Âignay-le-Duc , Montbard, en enveloppant Semur, Vitteaux^
Seaulieu , Arnay-le-Duc , Autun, Couches, Villefranche, traversant la Dombes et
la Bresse en se portant au Rhône et remontant vers Besançon.
A 10 h. V* du matin , on ressentit deux secousses à Lausanne, et trois à Salins
ainsi qu'à Bourg. {Mém. de l'acad. de Dijon, an 1783, p. 26; Mém. de la société
de Lausanne, an 1783, p. 120; G. F., 22 juill.; Jowraa/rfe Paris, 22 oct. 1784.)
1783. — 7 septembre, à la Rochelle et dans les environs, une légère secousse
avec bruit souterrain. (G. F., 30 septembre.)
— 9 décembre, à 4 heures du matin, à Cambray (Nord), grand bruit pareil à celui
de plusieurs coups de canon tirés promptement, mais successivement; un quart
d'heure après, pareil bruit, mais moins fort; on a cru à un tremblement de terre
puisqu'il y a eu secousse. (G. F., 19 déc.)
1784. — 17 janvier, sur les 9 heures du soir, à la Rochelle, vent impétueux;
sur les 6 heures du soir et sur les 9 heures, une secousse de tremblement de terre
accompagnée d'éclairs, de tonnerre et de grêle; suivirent les désastres d'un oura-
gan. Quelques personnes ont nié la secousse. (M. F., 14 fév., 20 mars; Jowr-
nal de Paris, 4 fév)
— 20 avril, à Briançon , une secousse. (V. H.)
— 5 juin, entre midi et 1 heure, à Caub-sur-le-Rhin , une secousse qui se ré-
péta à 6 heures du soir. On les ressentit à Guttenfels et dans le Palatinat. Elles
furent suivies d'un ouragan sur le Rhin. (V. H.)
— 10 juillet, à Bagnères de Luchon, plusieurs secousses. (Palassou, Mém.)
— 10 août, à 11 h. 10 m. du matin, dans les Pyrénées, à S"'-Marie, dans le
pays de Soûle, à Camon et Ogen, une secousse qui fit peu de mai. Elle eut lieu
dans le sens de la chaîne. On ne ressentit rien du côté de Bétharram et de Lourde.
Le 23, à Betponey, près Baréges , une légère secousse.
' Le 26, à S'^-Marie et Oléron (Pyrénées), secousse légère.
Le 27 , à Viel (à un quart de lieue de Baréges), des ouvriers travaillant aux prés
éprouvèrent une légère secousse entre 9 et 10 heures du matin, v Palassou , Mém.)
— 5 septembre, à Grenoble, une secousse. Le même jour, à Rheinfels, deux
secousses avec une forte explosion comme d'un coup de canon. (V H.; M. F.,
20 octob.)
— 15 octobre, à midi 5 ou 4 m., à Dijon , secousse assez faible. Le baromètre
était à 28'',2' et le thermomètre à 7° R. Le ciel conserva sa sérénité, mais, le len-
demain, le vent tourna au sud , des pluies considérables suivirent pendant plusieurs
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 57
jours et la température fut variable et humide pendant un mois, jusqu'au 10 no-
vembre. Il neiga les 2G, 27 et 28 octobre.
La secousse fut sensible à Tournus, Châlon, Aulun, Charolles, Besançon,
Lons-le-Saulnier, Genève et Valence.
L'oscillation parait avoir été du sud-est au nord-ouest.
Deux paysans occupés à abattre les fruits d'un châtaignier, au pont de Beau-
voisin , furent précipités à terre.
A Grenoble, la secousse fut violente et de l'est à l'ouest. Elle a été plus forte
encore dans la vallée de Graisivaudan, jusqu'à Chanibéry et à Aix, en Savoie.
A Bourg, la secousse violente fut accompagnée d'un bruit sourd semblable à celui
d'un coup de vent, quoique l'atmosphère fût tranquille. (Mém. de l'acad. de Dijon,
an 1784, p. Go; G. F., 2 nov.; M. F., 6 nov.; Journal de Paris, 28 oct.)
1784. — 9 novembre, à Briançon, une secousse. (Cotte, ibid.) • -"']
— 12 novembre, dans l'évèché de Spire, secousses violentes; une haute mu-
raille, de 7 pieds d'épaisseur, s'écroula au château de Kropsberg. (M. F., 18 déc.)
— 29 novembre, à 10 heures du soir, à Bourlemont, à une demi-lieue de Neuf-
château (Vosges), une secousse violente de 1 minute; on l'a sentie à Clefmont
(Haute-Marne.) ::î /
A 10 h. 10 m., à Strasbourg et surtout dans la partie méridionale de l'Alsace,
plusieurs secousses. On en ressentit en Dauphiné, en Savoie, en Allemagne, sur
un espace de 150 lieues. A Genève, à Bàle et dans le canton de Vaud.
L'abaissement du baromètre, au-dessous de l'orage, a été remarqué dans plu-
sieurs localités, même là, comme à Paris, où les secousses n'ont pas été éprou-
vées. {Mém. de l'acad. de Dijon, an 1789, p. 79; M. F., 18 décembre et l"
janvier 1785.)
— 3 décembre, sur les 4 heures du soir, dans la vallée de Graisivaudan , sur la
route de Grenoble à Chainbéry, et dans les montagnes qui séparent cette vallée de
la Maurienne, plusieurs secousses précédées d'un bruit souterrain. Direction du
nord-est au sud-est.
Même phénomène à Barreaux et Allevard. (M. F., 25 déc; Mém. de l'acad. de
Dijon, an 1784, p. 79.)
— 5 décembre, à 1 1 h. V4 du soir , à Neufchâteau , Rouceux , Noncourt , Bourle-
mont (Vosges) , une violente secousse. Il faisait un vent terrible depuis 36 heures.
Une maison a été renversée. {Journal de Paris, 24 déc.)
— 9 décembre, à Briançon (Hautes- Alpes), une assez forte secousse avec bruit
sourd. Depuis quelques jours , on avait aperçu des vapeurs enflammées s'élever des
terrains qui recèlent des mines de charbon. (M. F., 8 janvier 1785; Mém. de
l'acad. de Dijon, an 1784, p. 79.)
ToM. XVIII. 8
58 MÉMOIRE
C'est le même probablement que celui cité à la date du 9 novembre.
1785. — 2 avril, à 4 h. 20 m. du matin, à Nordenstadt, près de Darmstadt,
une forte secousse. On l'a ressentie à Mayence et surtout à Schelestadt. (M. F. ,
50 avril et 7 mai.)
— 29 avril, à 11 heures du matin, à Mont-Dauphin, deux secousses consécutives
de cinq à six secondes. Il paraît qu'on en avait ressenti une première le 21.
(M. F., 4 juin; V. H.)
— 6 septembre, à 4 h. '/4, à la Rochelle, fort ras de marée. La mer monta subi-
tement de 18 pouces, puis inonda le môle. A 5 h. V*i les eaux décroissaient avec
une vitesse prodigieuse , bien que ce jour-là une marée extraordinairement forte
n'eût dû avoir lieu qu'à 6 h. 6 m.
A 3 heures, le baromètre était parvenu à 28' 5', 0; quelques instants après, il
n'était plus qu'à 27'' 9', 5. Bientôt il remonta à 28'' l',0 et un moment après , on le
retrouva à 27'' 9',5.
La nuit suivante, tempête terrible à Plymouth. {Êphémér. de Manheim, an
1785, p. 723 et 724.)
— Nuit du 11 au 12 septembre, à Grenoble, plusieurs secousses du nord au sud.
A Briançon , deux secousses en deux minutes , avec bruit souterrain , mais sans
dommage. Elles furent plus fortes à Suze en Piémont , où deux maisons furent
renversées.
L'atmosphère était extraordinairement chaude et remplie de vapeurs. C'était le
troisième tremblement de terre de cette année à Briançon. (M. F. , 1" et 8 oct. ;
V. H.)
— 3 octobre , dans une prairie de Grange-Sèche et Vandeurs (Seine et Oise) ,
affaissement de terre de 24 pieds de diamètre et d'autant de profondeur. Les puits
de Grange-Sèche éprouvèrent un excédant d'eau de 15 pieds, ceux de Vandeurs,
un effet contraire. (M. F. , 10 déc; G. F. , 11 mars 1786.)
— 10 ou 18 décembre, à Clermont et Riom (Auvergne), une forte secousse.
(V. H.)
- 1786. — 10 mars, secousses dans le Palatinat. Elles s'étendirent depuis Noïlas
jusqu'à Lobienstein. (G. F., 7 avril; Ëphém. de Manheim, an 1786, p. 570;
V. H.)
— 28 mars, à Bonn et aux environs , plusieurs secousses. G. F. , 21 avril.)
Von Hoff, d'après Cotte, cite deux secousses sous la date du 24 , à 10 et H
heures du soir , mais ne parle pas de celles du 28.
— 22 avril , à 8 h. */2, 10 et 11 heures quelques minutes du soir, à Bonn et sur
les bords du Rhin, plusieurs secousses. (G. F. , 16 mai.)
— 10 juillet , à S'-Goar sur le Rhin , une secousse ( Cotte , ibid.)
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 59
1786. — 24 juillet., à midi 8 minutes, à Bonn, secousse de deux secondes. Air
calme et pur. (Cotte, ibid.)
— 18 novembre, à 10 h. 20 m. du matin, à la Rochelle, légère secousse.
{Èpliém. de Manheim , an 1782, p. 362.)
20 novembre, entre 3 et 4 heures du matin, à Bâie, deux légères secousses.
(V. H.)
— 2 décembre, à Aix en Provence, une secousse. (Cotte, ibid.)
1787. — 24 mars, à Radstadt, Forstau , Flachau et S'-Mart^n, dans les Alpes
de Saisbourg, tremblement entre 7 et 8 heures du soir. (V. H.)
S'agit-il de Radstadt , près de Bade?
— 27 août, 0 h. 45 m. après minuit, à Stuttgardt, deux secousses chacune
de 7 à 8 secondes. On les a senties à Augsbourg plus fortement. A Inspruck, on a
remarqué que leur direction était du sud-ouest au nord-est. A Munich, il y a eu
aussi deux secousses distinctes. L'aiguille magnétique a rétrogradé de 12 minutes
à Test. Pluie continuelle tout le jour.
On ressentit une seule secousse à Bàle; on en avait éprouvé une à Peissenberg,
le 20, à 1 heure du matin. (G. F., 18 et 23 septembre, Éphémér. de Manheim,
an 1787, p. 202, 237 et 266; V. H.)
— 3 et 4 novembre, tremblement de terre sur le Mein et le Necker. A Grafen-
hausen (Forêt Noire), on compta sept secousses de 8 heures du soir au lendemain 4,
à 8 heures du matin. A Heidelberg, Manheim, Darmstadt, Francfort et Hanau, deux
secousses à 3 et 6 heures du matin. A Manheim, la direction des secousses fut celle
du vent, c'est-à-dire, du nord-nord-ouest au sud-sud-est. (G. F., 20 novembre,
Êphémér. de Manheim, an 1787, p. 12; V. H.)
1788. — 2 mars, à Genève , deux légères secousses. (Journal Mss. de G. Ant.
Deluc; l'Institut, 29 septembre 1842.)
— 30 mars, secousse à BâIe; le 31 , à Genève. (V. H.; Éphémér. de Manheim,
an 1788, p. 326.)
— Mi-juin, à Pionsat (Auvergne), plusieurs secousses. (M. F., 2 août.)
— 17 juillet, à Munzingen dans le duché de Bade, les eaux s'élevèrent à une
hauteur extraordinaire, ainsi qu'on l'avait déjà rémarqué lors du fameux tremble-
ment de terre de Lisbonne. (V. H) — .
— 12 août, dans la forêt de Hundsrùck (entre Rhin et Moselle), une forte se-
cousse. (V. H.)
— 29 octobre , vers les 1 1 heures du soir , à Darmstadt , une forte commotion
souterraine du sud au nord. (G. F., 18 novembre )
— 9 novembre, dans le pays de Darmstadt, une secousse. (V. H.)
— 23 décembre, à 2 heures du matin, à Mayence et Francfort, une secousse.
60 MÉMOIRE
Un peu avant 7 heures du soir une secousse nouvelle. (V. H.; G. F., 20 janvier
1789.)
1789. — 18janvier, à 5 heures de soir, à Mayence. Epstein, Solms-Laubach ,
plusieurs secousses, ressenties aussi à Francfort, Cologne, Erfurt et Giessen. Elles
se renouvelèrent le 20, avant midi. (V. H. ; G. F., 10 février.)
— 10 juin, à 9 heures du matin , à Baréges (Pyrénées), une secousse avec bruit
sourd.
Le 17, à 9 heures V2 du matin, nouvelle secousse avec bruit souterrain. (Palas-
sou, Mém.)
— 13 juin , à 8 h. 58 m. du soir, à Manheim , deux secousses qui se sont suivies
rapidement dans la direction du nord-est au sud-ouest.
Le 16, entre H et 12 heures (du soir ou du matin?), à Manheim et àOggersheim,
une nouvelle secousse. (V. H. et G. F., 5 juillet.)
— 28 octobre, vers 6 heures du matin, dans la Forêt Noire, à Bernek, quelques
secousses précédées d'un éclair. (V. H.)
1790. — 2 janvier, à midi, à Théis, dans les montagnes à 4 lieues de Greno-
ble, une violente secousse. (G. F., 26 janv.)
— Nuit du 5 au 6 mars, à Griesheim, principauté de Darmstadt, trois fortes
secousses à 8, 11 heures du soir et 4 heures du matin. La dernière fut la plus vio-
lente. (G. F., 2 avril.)
— 4 juillet, secousse à Bàle. (V. H.)
1791. — 24 janvier, à 8 heures Va du soir, à Darmstadt, une légère secousse
suivie d'une autre, le lendemain , à 4 heures du matin. (V. H.)
— 17 mai, à 11 h. 54 m. du matin, à Dijon, dans l'espace d'environ trois se-
condes, deux secousses bien distinctes, qui ressemblaient à l'effet d'une explosion; la
lampe d'un escalier a paru osciller de l'est à l'ouest. (Lettre de Guyton Morveau à
Lalande; M. U., 25 mai; G. F., 51 mai.)
— 8 juillet, à 5 heures du matin, secousses dans les Pyrénées, principalement du
côté de Sainte-Marie. Dans le village d'Escot , il y eut quatre secousses dirigées de
l'ouest à l'est. (Palassou, Mém., p. 269.)
— 29 août, à Lyon, une secousse. (Cotte , Ibid.)
— 27 septembre, à 9 heures du soir, dans l'île de Jersey, une double secousse
avec bruit souterrain semblable à celui des voitures. Depuis quelques semaines on
remarquait une chaleur et une sécheresse extraordinaires. (V. H.)
1792. — 9 mars, secousse à Bâle. (V. H.)
21 mai , à Sandvort en Hollande , la mer s'éleva si haut que les personnes les
plus âgées n'avaient aucun souvenir de pareil phénomène; dans l'espace de quel-
ques secondes, elle retomba. (V. H.)
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 6^1
1793. — 12 décembre, dans la Hesse-Darmstadt , une secousse accompagnée
d'un grand bruit. (V. II.)
1795. — 25 septembre, à Ober-Cassel, non loin de Bonn, une secousse.
(V. H.)
1796. — 20 avril, une secousse à Bâle, (V. H.)
1797. — 8 septembre, à lUe (Pyrénées orientales), une forte secousse. (Palas-
sou , Mém., p. 270.)
— 12 novembre, à Rouen, une secousse. (Cotte, ib.)
1798. — 31 janvier (11 pluviôse), à Parthenay-le-Peuple , une très-faible se-
cousse. (M. U., 27 pluviôse an VI.)
— 14 mars, vers 10 heures du matin , à Sarreguemines , Bliastel et autres com-
munes du département de la Mcurthe, une secousse très-violente; elle a été si forte
à Bitche, qu'elle a soulevé une partie de la voûte du pont. La circonférence dans
laquelle elle a eu lieu renferme plusieurs mines de houille, dont une , pareille à la
Solfatare de Naples, brûle continuellement.
Quelques jours auparavant, un météore enflammé s'est élevé de terre entre Sey
et Véron , à trois lieues de Metz, et a disparu avec une forte détonation. (M. U., 8
germinal an VI.)
. — 11 août (24 thermidor) sur les 3 heures du soir, à Rivesaltes et Collioure,
secousse si violente qu'elle fit rouler d'un quart de mètre les pièces de leurs
afl'ùts.
Le 13, sur les 10 h. ^1* du soir, nouvelle secousse qui a renversé des personnes
assises. Plus forte encore à Larroque, à deux myriamètres de Perpignan. Elle a
duré une minute. Ces secousses ont été surtout violentes sur les bords de la
Méditerranée, de Collioure à S'- Laurent de Sallongue, où quelques personnes assu-
rent en avoir ressenti une troisième, le 13, vers les 9 heures du malin. (M. U. ,
10 fructidor an VI.)
Palassou les rapporte à Tannée 1797.
— 7 novembre , entre 1 et 1 Vî h. du matin , à Bordeaux , violent coup de vent
et commotions assez semblables à un tremblement de terre. Dans les campagnes
voisines, des murs neufs se sont écroulés. (M. U. , 27 brumaire an VII.)
— 17 décembre, la mer a franchi rapidement ses bornes et est venue jusqu'à
Aigues-Mortes , à 5 kilomètres. (M. U., 10 et 12 nivôse an VII.)
On ne parle pas de tremblement de terre , mais il y a eu sans doute un ras de
marée que je crois devoir enregistrer. N'est-ce pas, comme l'appellent les Italiens,
un terre moto di mare ?
1799. — 23 janvier, avant 4 heures du matin , à Caen, quelques secousses qui
ont paru du nord au sud. A 3 h. '/4, tremblement assez vif à Laval.
62 MÉMOIRE
Vers 4 heures du matin, à Nantes, une forte secousse déplus d'une minute,
accompagnée d'un bruit lointain.
A 4 h. Vi. secousse de 23 secondes, à la Flèche.
A Bordeaux, secousse de plus d'une minute de l'ouest à l'est.
A Machecoul, il plut aussitôt après les secousses, et il tonna tout le jour. Beau-
coup de maisons furent renversées. La rivière se gonfla prodigieusement. Il y eut
encore quelques secousses dans le reste de la journée, dont la plus forte, après
celle de 4 heures , eut lieu à 9 heures du matin.
A l'Ile Bouin (Vendée), oii beaucoup de maisons furent renversées, la direction
du mouvement paraissait parcourir une zone du sud-ouest au nord-est avec bruit
épouvantable.
A l'île d'Oléron , à 4 heures précises , deux secousses du sud-ouest au nord-
est.
On a ressenti ce tremblement à Jersey , à Rouen et sur toute la côte ouest de
France. On a même prétendu favoir ressenti à Paris. (Journal depliysique,t. XLVIII,
p. 181; M. U., H, 14, 17, 19 pluviôse, 4 et 13 ventôse an VII).
Von Hoffcite encore la Rochelle, Rochefort , Rennes, Angers et même Auxerre.
1799. — 5 février, à midi, à Nantes, nouvelle secousse très-faible avec bruit
sans ondulation , qu'on ne peut guère comparer qu'à un long mugissement ou au
roulement d'une voiture.
Le 6, à 2 h. 10 m. du soir, même bruit, mais un peu plus fort, avec une se-
cousse plus sensible. (M. U., 27 pluviôse an VII.)
— 19 février, sur les 4 heures du soir, à Avignon, deux secousses violentes;
maisons renversées. (M. U., 15 ventôse an VII. )
— Nuit du 21 au 22 février, à Dusseldorf , pendant un ouragan épouvanta-
ble, quelques personnes bien éveillées ont cru avoir ressenti des secousses de trem-
blement de terre; on en a ressenti à Francfort-sur-Mein et à Giessen. (V. H.; M. U.,
27 ventôse an VII .)
1800. — 1" avril, tremblement à Port-Rieuc, département des Côtes du Nord.
(V.H.)
— Commencement d'août, une petite montagne, à 2 lieues de Vitré (Ille et
Vilaine), jette beaucoup de fumée. (M. U., 22 thermidor an VIII.)
— 17 octobre, à 3 h. Va du matin, aux Eaux-Chaudes et dans quelques autres
lieux de la vallée d'Ossau (Pyrénées), deux secousses dans fintervalle de quel-
ques minutes.
Nouvelles secousses le lendemain avec bruit souterrain. (Palassou , Mém.)
— 9 novembre (18 brumaire), à Bruxelles, deux secousses de tremblement de
terre ressenties pendant un ouragan qui, de 3 heures du matin à 6 heures du
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 03
soir, a ravagé la côte de France^ depuis le Havre jusqu'au nord de la Hollande.
(M. U., 25 brumaire an IX.)
1800 et 1801. — Dans le cours de ces deux années on a ressenti plusieurs se-
cousses à Chàteauroux , dans le département de l'Indre. (France pittoresque, t. H,
p. 92.)
1801. — Nuit du 10 au 11 septembre, à Neuf-Brisach et Colmar, une secousse
du nord au sud. (V. H.; M. U., 3° complément, an IX.)
1802. — 2 janvier, à 6 h. 45 m. du matin, à Strasbourg, tremblement du nord
au sud. Inondations presque universelles depuis un mois. (M. U., 20 nivôse an X.)
— 17 janvier, à 9 h. 15 m. du matin, à Caumont (Calvados), une secousse de
4 à 5 secondes. (V. H.)
— 23 janvier, le soir, à Strasbourg, une secousse. (V. H.)
— 12 mai, à 11 heures du matin, à Genève et à Berne , secousse assez forte pour
ébranler les meubles dans les chambres, particulièrement au troisième étage. Un
vieillard et une jeune femme tombèrent au même instant sur une terrasse, et la
cloche de la maison de ville donna des sons. On la ressentit dans la haute Italie.
(V. H.; J. D., 4 prairial an X.)
— 15 mai , à 7 heures du matin, dans le pays de Darmstadt, violente secousse de
15 à 20 secondes. (J. D., 17 prairial an X.)
— 8 ou 11 juillet, à 9 h. 55 m. du soir, à Strasbourg, une secousse assez vio-
lente. (J. D., 25 messidor, et M. U., 28 messidor an X.)
— 7 août , à 2 heures après midi , à Caylus (Lot), violente secousse d'environ 2
minutes. Le même jour on avait entendu une forte détonation à Cahors et dans
un circuit de 40 lieues. Le coup avait été précédé d'une flamme dirigée de l'ouest
à l'est , par un vent du sud, pendant 4 ou 5 minutes. Le moulin d'Arcombal avait
été détruit. (J. D., 30 messidor et 2 fructidor; M. U., 30 messidor an X.)
— 17 août, vers 8 heures du matin, à Ogenne (canton de Navarreux), à Sau-
veterre et dans quelques localités situées au pied nord des Pyrénées occidentales ,
une légère secousse. (Palassou, Mém.)
Le même jour, à 8 heures du soir, à la Rochelle , légère secousse avec bruit sou-
terrain. (J. D., 10 fruct., et M. U., 12 fruct. an X.)
— 11 septembre, à 7 h. 30 et quelques minutes du matin , à Strasbourg, se-
cous.se assez forte, dirigée du sud-ouest au nord-est.
Le 12 , à 6 h. 36 m. du matin, une nouvelle secousse , et une heure après , une
autre plus forte Un violent vent du sud accompagnait le phénomène.
Le 13, quatre nouvelles secousses, dont la première a duré plus d'une minute.
Le 14, à 2 heures de la nuit, nouvelle secousse assez faible, et à 7 h. 4 m.,
commotion violente avec bruit souterrain.
64 MÉMOIRE
Le 15, un peu avant minuit, quelques secousses encore. Direction constante du
nord au sud. Dans les maisons on a ressenti celle du 12, du haut en bas, comme la
chute d'un poids qui tombe avec violence et remue la maison. (J. D., 30 fruct., 2* et
3' compl, an X; 1" et 2 vend, an XI; M. U., 2' compl., an X et 3 vend, an XI.)
1802. — 1er octobre, entre 9 et 10 heures du soir, à Beauvais, légère secousse :
en même temps , on vit un globe de feu qui suivait la direction de l'est à l'ouest, et
disparut après une détonation assez forte et en répandant une odeur de soufre qui
dura longtemps. (J. D., 15 vendém. an XI.)
— 23 octobre , à 7 h. 50 m. du matin , à Strasbourg, nouvelle secousse.
Le 24, nouvelle secousse encore, assez forte. (J. D,, 7 et 13 brum.; M. U.,
11 brum. et 3 frim. an XI.)
— 8 novembre, à 11 h. 30 m. du soir, à Strasbourg, nouvelle secousse. C'est la
plus forte de toutes. On la ressentit à Weissembourg. (J. D., 25, 24 brum., 1"
frim. ; M. U., 24 brum., 3 frim., an XI.)
— 27 novembre, à 1 heure du matin, à Autun (Saône et Loire), plusieurs secous-
ses précédées d'un bruit sourd qui suivait la direction de l'est à l'ouest, et semblait
annoncer un ouragan des plus violents , quoique le temps n'y fût pas disposé.
Ce tremblement a été ressenti dans le département de la Côte-d'Or, à Arnay.
(J. D., 10 et 19 frim. an XI.)
— 18 décembre, à Rotterdam et autres lieux des Pays-Bas , plusieurs secousses.
(V. H.)
— 20 décembre, à Elbeuf (Seine-Inférieure), secousse de huit secondes. Le
même jour, fort ouragan. (J. D., 6 niv. an XL)
— Nuit du 23 au 24 décembre, à Mayence, une légère secousse. (V. H.)
— 51 décembre, à 11 heures du matin, à Sisteron (Basses- Alpes), secousse assez
forte qui s'est renouvelée à 2 heures du soir. L'air était calme, le ciel couvert, le
vent au midi; le baromètre avait été très-agité dans la matinée. Le soleil à son
lever était d'un rouge ardent. (J. D., 19 niv. an XL)
1803. — 2 février, entre 11 heures et minuit, à Marseille, secousse assez forte;
des cheminées sont tombées. (J. D., 24 pluv. an XL)
— 25 avril, à Niort et dans le département des Deux-Sèvres, léger tremblement.
(J. D., 15prair. an XL)
— 16 août, à Riom en Auvergne, plusieurs secousses. (V. H.)
— 8 octobre , entre 6 et 7 heures du soir, à Gordes (Vaucluse), quelques per-
sonnes ont cru avoir éprouvé un tremblement de terre.
Chute d'un aérolithe à Apt, le même jour entre 10 et 11 heures du matin. (M. U.,
2 frim an XII.)
— 13 décembre, le long des bords de la Meuse, principalement à Vlardingen,
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 65
Rotterdam et Schiedam, légère oscillation de secousses souterraines. En mer, on
remarqua le mouvement des eaux. (V. H.)
1805. — 28 décembre, ouragan épouvantable à Paris , Rouen et jusqu'à Nantes ,
où l'on a cru avoir ressenti quelques secousses de tremblement de terre. On a cru la
même chose à Angers, à 7 heures du matin. (J. D., 10 et 12 niv.; M. U., 11 et 15
niv. an XU.)
1804. — 15 janvier, pendant l'office du soir. A Rotterdam et aux environs une
secousse; plus forte à La Haye et à Bois-le-Duc. Des vaisseaux l'ont ressentie en
mer. (J. D., l"' pluv ; M. U., 5 et 5 pluv. an XII.)
Le même jour, entre 5 et 6 heures du soir, tremblement à Malaga et Aranjuez.
Ce n'est pas la seule coïncidence de ce genre.
— Février, à Saint-Servan (Morbihan?), plusieurs secousses. (V. H.)
— Nuit du 5 au 4 mars, à la Flotte (Charente-Inférieure), légère secousse avec
bruit souterrain assez fort. Direction du sud-est au nord-ouest.
On en a ressenti dans les Alpes et dans divers lieux de l'Europe et de l'Afrique.
(J. D., 28 vent, an XII.)
— 10 août, secousses en Auvergne; puis le 23, à Clermont-Ferrand. (V. H.)
— 25 août, pendant les secousses qui ébranlaient le royaume de Grenade, on
en ressentit dans les Pays-Bas, nommément à Schiedam, le 25 août, à 10 heures
du matin et à midi. Le même jour, à Clermont-Ferrand. (V. H.)
— 25 septembre, à 4 heures du matin, à Saint-Malo (Ille et Vilaine), forte ,
secousse avec bruit pareil à celui d'une voiture qui roule sur un pont de bois;
à 5 h. 15 m., seconde secousse moins forte. Mouvement du nord-est au sud-ouest
pendant dix à douze secondes. Des personnes se sont trouvées mal ; des chiens ont
aboyé.
Au rocher de Cancale, à Grandville, Dinan, Saint-Servan et autres lieux de la
côte, la durée a été de 45 secondes à peu près , et la direction de l'est à l'ouest. Des
marins ont assuré que les détonations de chaque secousse avaient surpassé celles
qu'on entend aux Indes.
Le même jour , tempête terrible dans la mer du Nord. (J. D., 8 et 9 vendémiaire;
M. U., 9 et 10 vendémiaire, 5 brumaire an XIII.)
— 25 octobre, à Saint-Malo et dans plusieurs points des côtes ainsi qu'à l'ile de
Jersey, nouvelles secousses. (V. H.)?
1805. — 11 février, à 10 h. 45 m. du matin, à Vitré (Ille et Vilaine), bruit extraor-
dinaire pendant cinq à six secondes , terminé par une forte explosion qui causa un
ébranlement général. On sentit des secousses dans les endroits où il régnait un
grand silence. (J. D., 4 ventôse; M. U., 5 ventôse an XIII. ) .( «
— 9 mai , à Strasbourg, Bischweiler et Ilaguenau, une légère secousse. (V. H.)
ToM. XVIIL 9
66 MÉMOIRE
Le 16, à 9 heures du soir, à Bischweiler , Haguenau et lieux voisins, nouvelle
secousse dans la direction de la Moselle. (V. H.)
1805. — 18 août, à 6 et 7 heures 15 minutes du matin, à l'île d'Oléron, deux
secousses (J. D., 4° et 5" compl. , an XIII.)
1806. — 20 janvier, à minuit 15 minutes, à Orgon (Bouches-du-Rhône), deux
secousses pendant vingt secondes , avec bruit sourd semblable à un coup de canon
à chaque commotion, dont la première a été beaucoup plus violente que la deuxième.
(J. D., 20 fév.)
— Nuit du 25 au 24 janvier, à Poitiers, deux secousses très-fortes, la deuxième
un peu moins; toutes deux avec bruit sourd et prolongé : direction commune du
sud au nord. (J. D. et M. U., 15 fév.).
— A la fin de Tannée 1806, à Blesle et Ardes (Haute-Loire), légère secousse.
(M. U., 19 fév. 1808.)
1807. — Nuit du 14 au 15 janvier, à Pau (Basses-Pyrénées), trois secousses
assez fortes.
Le 15, à Bayonne et dans les environs, secousse du sud-ouest au nord-est. A
Sarrauce, cinq secousses. (J. D., 25 et 51 janv.; M. U., 51 janv., 5 et 19 fév.)
— Février. A Cahors (Lot), secousse peu sensible du sud-est. (Delpon, Statis-
tique du Loi, tom. I, p. 108.)
N'est-ce pas celle de 1808?
— 50 mars, à 11 h. 15 m. du matin. Dans la partie septentrionale du Puy-de-
Dôme , forte secousse précédée d'un bruit sur une surface d'environ quatre myria-
mètres de longueur. Quelques vieilles masures sont tombées, des pendules se sont
arrêtées. (J. D. , 50 avril; M. U, 1" mai.)
— 11 septembre, à 8 h. 50 m. du soir, à Neuwied (sur le Rhin) , violente se-
cousse horizontale et dans la direction du sud-ouest au nord-ouest? Les maisons
situées au nord d'une rue ne la sentirent presque pas , les maisons de l'autre côté
furent fortement ébranlées. Bruit semblable à celui d'une voiture qui roule avec
vitesse sur le pavé. Agitation sur le Rhin; les poissons sautaient hors de feau
A minuit, deuxième secousse, et à 5 heures, troisième secousse moins violente
que la première. Le temps était calme (J. D. , 27 sept.; M. U. , 28 sept, et
9 oct.)
— 22 décembre , à 5 heures du matin, à Dusseldorf et dans les environs , deux
secousses précédées d'un bruit semblable à celui qu'occasionneraient un grand
nombre de voitures roulant sur le pavé. Temps calme et nébuleux. ( J. D. et M. U. ,
1"' janv. 1808.)
1808. — 8 février, à 4 heures Va du matin, à Brioude (Haute-Loire), une pre-
mière secousse du nord au sud, avec une commotion dans l'air comme celle que
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 07
cause un coup de canon. Plusieurs personnes en ont éprouvé un violent mal de tête.
Quelques minutes après , une deuxième secousse moins forte.
A Caliors, elle a eu lieu à 4 h. 45 m.; elle a été assez forte et a duré deux ou
trois secondes. On l'a ressentie à Nîmes, à Montpellier et à Saumur. Elle a été lé-
gère à Blesie et Ardes, localités où il y en avait déjà eu une 15 mois auparavant.
(J. D., 16, 19. 20 et 21 fév. ; M. U., 19 fév.; Travaux de l'acad. du Gard, au 1808,
p. 180.)
1808. — 4 mars, à 5 h. 20 m. du soir, à l'Ile Dieu, violente secousse pendant
14 secondes. Deux énormes rochers sont tombés à la mer. (J. D. et M. U., 28 et
29 mars. )
— 27 mars , à 5 h. 15 m. du matin, à Strasbourg , violente secousse. Il faisait
un grand vent. (M. U. , 1" avril; J. D. , 2 avril. )
— 2 avril, à 5 h. 50 m. du soir, à Grenoble, secousse de quarante secondes.
Elle a fait sonner une sonnette attachée au mur de la bibliothèque publique : les
sons en ont été deux fois très-distincts et très-forts. Direction du nord au sud.
A Marseille la direction a été de l'est à l'ouest.
A Gap , la durée a été de 90 secondes et la direction du sud-sud-ouest au
nord-nord-est.
A Lyon, on a compté plusieurs secousses : une seule à Mâcon et à Montbrison.
Mais c'est surtout dans les vallées du Pélis , du Cluson et du Pô qu'elles ont été
remarquables. Elles y ont eu lieu chaque jour jusqu'au 18 mai inclusivement.
En France , on ne cite guère que les secousses du 16 avril, lesquelles se sont re-
nouvelées aux mêmes lieux que celles du 2, et encore avec moins de violence. Elles
se sont étendues jusqu'à Antibes. (J. D. et M. U., n" du 9 au 30, et premiers jours
de mai; H.; Vassali Eundi, Rapport sur les tremb. de terre de ce jour; Correspon-
dance vaudoise, ou recueil de lettres sur le même sujet, etc.; Journal des Mines.)
— Nuit du 20 au 21 décembre. A Marche (Sambre et Meuse), une secousse de
2 ou 5 secondes. (J. D., 4janv. 1809.)
1809. — 30 janvier , la nuit, à Courtray, une légère secousse pendant un oura-
gan terrible. (M. U., 5 fév.)
— 15 février, à Grenoble, une secousse. (J. D. , 20 fév.)
— 2 juillet, à2h. 30m. etSh. 30m. du matin, à Dusseldorf et dans les en-
virons . deux secousses avec bruit pareil à celui des voitures.
Le même jour , légère secousse à Suze. (J. D., 9 et 11 juillet.)
4810. — 16 mars, à Langres Haute-Marne}, secousse dirigée du nord au sud.
On l'a ressentie à Is-sur-Thil, dans le département de la Côte d'Or. (J. D., 23 mars
et 17 avril; H)
Le même jour, secousses à Malte.
68 MÉMOIRE
1810. — 31 août, à 7 h. 58 m. du matin, à Saumur , forte secousse accompa-
gnée d'un bruit souterrain pareil à celui d'une grosse voiture chargée se mouvant
rapidement. En Vendée, elle a duré 3 ou 4 secondes.
Le même jour , météores remarquables. (J. D., 8 , 14 et 15 septembre.)
— 7 septembre, à 7 b. 45 m. du matin, à la Rochelle, secousse du sud au nord.
Le 10, à 7 heures du matin, à Brest, forte secousse avec bruit pareil à celui
d'une grosse voiture; seconde secousse dans la nuit. (J. D., 16 et 18 sept.)
1812. — 14 février, à 10 h. 45 m, du matin; puis le 15, à 2 h. 30 m. et 8 h.
30 m. du matin, à Mirabel (Drôme), trois secousses. La dernière, la plus forte, a
détaché quelques pierres d'un rocher. (J. D., 25 mars.)
— 20 mars, à minuit, à Beaumont (Vaucluse), plusieurs secousses ont causé
des dommages pour lesquels Napoléon accorda douze mille francs par un décret
daté de Wilna, le 2 juillet. (J. D., 4 août.)
Le 19, à minuit et demi, on en avait ressenti à Marseille. (Statistique des
Bouches-du-Rhône. Communication de M. Aug. Bravais.)
— 2 mai , à 1 1 heures du matin , à Nantes et dans une grande partie du dépar-
tement de la Loire-Inférieure, secousse de 2 secondes, qui a renversé des chemi-
nées et quelques pans de mur. (M. U., 14 mai; J. D., 15 mai.)
— 13 mai, entre 1 et 2 heures du matin, à Zulpich, près de Cologne, deux
secousses qui ont renversé quelques vieux murs et des meubles. Elles se sont sui-
vies à une minute d'intervalle; la première, la plus forte, a duré 2 secondes.
Ce tremblement ne s'est étendu que dans un rayon de 2 lieues. (J. D. et M. U.,
28 mai.)
— 23 juin, à Marseille, la mer se retira, laissa le port à sec, revint ensuite
avec une extrême violence et inonda les quais. Le phénomène se répéta plusieurs
fois. On a cru à un tremblement de terre. (M. V., 13 juill.)
— 18 novembre, à 7 h. 15 m. du matin , à Bonu (Rhin et Moselle), une secousse
de 2 ou 3 secondes; à 7 h. 30 m., deux secousses dans le voisinage des Sept-
Montagnes (près de Dusseldorf). Quelques personnes à cheval ont été renversées.
(J. D., 25 nov. et l"' déc. ; M. U., 28 nov.)
1815. — 16 septembre, à 10 h. et demie du matin, tremblement à Marseille.
{Statist. des Bouches-du-Rhône. Communiqué par M. Aug. Bravais.)
1814. — 21 janvier, 7 h. 35 m. du matin, à Alençon, une assez forte secousse
d'un tremblement de terre, formé d'un triple mouvement d'ondulation des angles
extérieurs au centre , qui a duré presque 1 seconde dans la direction de l'est à
l'ouest. Cette secousse a été accompagnée d'un bruit sourd, semblable à celui de
l'air qui brise les cellules dans lesquelles il était comprimé, pour se restituer à toute
sa force élastique. L'aiguille de la boussole s'est inclinée vers le centre de la terre,
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 69
et le baromètre, qui était à grande pluie, a parcouru à l'instant 7 degrés vers le
variable. Il avait neigé toute la nuit. Depuis cette époque, le temps est beau et
très-calme. (M. U., 28 janv.)
1814. — 25 janvier, à 7 h. 15 m. du matin , au Mans , deux secousses. La
deuxième, très-violente, a été accompagnée d'une détonation très-forte. (J. D.,
28 janvier.)
— 8 mars, à 11 h. 13 m. du soir, à Nantes, une assez forte secousse de 13 à 20
secondes, avec bruit comme celui d'une charrette chargée de planches; elle a été
suivie de tonnerre et d'éclairs. Direction du nord au sud.
L'air était chargé d'électricité; plusieurs objets légèrement frottés par hasard
laissaient échapper quelques étincelles électriques. Tout à coup le baromètre est
descendu à tempête et le thermomètre est monté en quelques minutes de — 2" à -i-S".
C'est alors qu'a eu lieu la secousse. La sérénité de l'air a été promptement réta-
bUe. (M. U., 16 mars.)
— 19 mars , à 8 heures du soir , à la Châtre, violente secousse de 12 à 15 se-
condes , précédée de deux météores lumineux et accompagnée d'un bruit analogue
à celui d'un carrosse qui roule sur le pavé. Direction du sud-sud-est à l'ouest-nord-
ouest. (J. D., 29 mars.)
— 22 mai, à 11 h. 5 m. du matin, à Marmande, Aiguillon et Clairac, une
secousse de deux secondes de l'est à l'ouest.
Le même jour, à 11 h. 30 m. du matin, à Oléron, une secousse longue et
violente; rochers détachés d'une montagne voisine. (M. U., 7 juin.)
— Commencement de septembre. Près d'Alais (Gard), on entendit comme des
décharges d'artillerie, par intervalles, pendant 24 heures, puis une forte détona-
tion suivie d'un affaissement de terrain dans un champ de blé. Un paysan sentant
le sol remuer sous ses pas se sauva. A peine était-il éloigné qu'il se forma un gouffre
dans lequel l'eau parut sur un fond argileux semé de cailloux. Le gouffre avait 35 m.
de diamètre sur 13 de profondeur. (J. D., 24 sept.)
— 6 novembre, à 5 h. 45 m. du matin , à Lyon et sur toute la ligne de Mâcon à
Vienne, deux fortes secousses dans la direction de l'ouest à l'est, précédées d'une forte
détonation sans éclairs. Avant et après, il est tombé beaucoup de pluie. Il y eut
quelques maisons renversées; des bateaux s'entrechoquèrent. (J. D., 14 nov.)
1815. — 9 avril, àl h. 30 m. après midi, à Agen et dans le département de
Lot et Garonne, plusieurs secousses. (J. D., 23 avril.)
C'est sans doute à la même époque que d'Aubuisson {Geobg., 1. 1, p. 200) en a
ressenti une à Toulouse. '^ » *
1817. — 23 janvier, à 9 h. 53 m. du soir, à Limoges et à Gueret, une légère
secousse. (J. D., 6 fév.)
70 MÉMOIRE
1817. — Mars, secousses fréquentes dans le midi de la France. {Statistique des
Bouches-du-Bhône. Communication de M. Aug. Bravais.)
— 7 juillet, à 5 heures du matin, à Schaffouse, une assez forte secousse, plus vio-
lente à 1 lieue de la ville. On l'a ressentie à Porentrui. (J D., 28 juillet; M. U.,
50 juillet.)
— 22 septembre , à 2 h. 50 m du matin, à Angoulême, secousses assez violen-
tes du nord au sud, pendant 2 ou 5 secondes. A la fin, forte détonation (J. D.,
7 et 22 oct.; M. U., 10 oct.)
— 12 novembre, vers 5 heures du matin , à Genève, une forte secousse avec
une violente détonation. La direction a été de haut en bas. Le bruit ressemblait
à la chute d'une très-grande masse. La secousse a été ressentie dans les environs;
les eaux ont éprouvé une hausse momentanée.
On a ressenti , vers cette époque , plusieurs secousses dans diverses contrées de
l'Oberland Bernois. (J. D., 21 et 24 nov.; M. U., 1" et 8 déc.)
— 19 novembre , à 2 heures du matin , à Longue , près de Saumur (Maine et
Loire), une secousse assez forte (J. D.. 10 déc)
1818. — 19 février, à 10 h. 50 m. du soir, à Rouffach, Soultz et Belfort
(Haut-Rhin), forte secousse; la ville voisine de Colmar ne s'en est pas ressentie.
(C. P., t, IX, p. 455; G.; J. D., 6 mars; Journal de Pliys., t. LXXXVIII ,
p. 55.)
— 25 février, à 7 heures du soir, à Marseille , Draguignan , Oneille (Savoie),
secousses très-fortes dirigées du nord-ouest au sud-est. Bruit sourd.
Le 24, à 7 heures du soir, à Antibes et Vence (Var). A Vence plusieurs maisons
s'écroulèrent; à Antibes , au moment delà secousse, la mer vint se briser avec force
sur le rivage.
On parle d'une secousse qui aurait eu lieu à 1 1 heures du matin , à Marseille ,
à S'-Remi (Bouches-du-Rhône) et dans une partie du département du Var.
Le 25, à 10 heures du matin et à 11 h. 15 m. du soir, à Vence, Marseille et Aix,
deux secousses légères. (C. P., t. IX, p. 455, et t. XXXIII, p. 402; G.; J. D., 6
et 12 mars; M. U., 12 mars; Journal de Phys., t. LXXXVIII, p. 55.)
— 1" mars, à S'-Remy (Puy-de-Dôme) , secousse légère. (G. ; C. P., t. XXXIII,
p. 402.)
— 2 mars, à 4 heures du matin, dans le département du Var et à Nice, légère
secousse qui dura 4 secondes ; trois oscillations lui succédèrent à 8 secondes d'inter-
valle. (C. P., t. XXXIII, p. 402; G.)
— 9 mars, à S'-Remy , une nouvelle et légère secousse.
Le 15, encore une secousse légère. (C. P., t. XXXIII, p. 405; G.)
— 19 juillet, à 7 heures du matin , à Perpignan et dans toute la vallée d'Orthez,
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 7!
quelques secousses dans le sens de la ligne des Pyrénées. (J. D. l"et 8 août;
M. U.. 2 août; C. P., t. IX, p. 453; G.)
1818. — 29 juillet, à 7 heures du matin, à Pau, Orthez, quelques secousses
dirigées dans le sens des Pyrénées. (C. P., t. XXXIII, p. 405; G.)
Je n'ai trouvé aucune trace de ce dernier fait dans les feuilles périodiques.
— 4 et 5 novembre, dans la nuit, à Âquisgrana (Aix-la-Chapelle}, secousse peu
violente; après le lever du soleil, nouvelle secousse ; quelques minutes après elle se
renouvela avec un bruit semblable à celui d'une canonade éloignée; les mêmes se-
cousses se firent sentir dans toute la ville de Witchbach. (M. U., 14dov.; C. P.,
t. XXXIII, p. 403; G.)
1819. — 10 juillet, à 6 h. 45 m. du soir, à Guérande (Loire-Inférieure), légère
secousse dirigée du nord au sud; bruit pareil à un tonnerre éloigné. (J. D., 2^i juill.;
C. P., t. XII, p. 426; G.j
. — Fin de juillet, à Olette (Pyrénées orientales), légère secousse. (C. P., t. XII,
p. 420; G.)
1820. — 21 avril, à 9 h. 50 m. du soir, à Brest, commotion assez sensible,
accompagnée d'une détonation sourde et peu prolongée ; le mouvement parait s'être
fait de l'est à l'ouest. (C. P., t. XV, p. 422; G.)
— 15 novembre , la nuit , quelques personnes croient avoir ressenti une faible
secousse de tremblement de terre à Marseille. (C. P., t. XV, p. 422; G.)
1821. — 5 août, à Argelès et Lourdes (Hautes-Pyrénées), légère secousse. (C
P., t. XVIII, p. 414; G.)
. Ji-rf 7 octobre, à Ëpinal, Remiremont et Plombières (Vosges) , plusieurs secousses;
direction, sud-nord; durée, trente secondes; bruit semblable à celui que font en-
tendre, quand elles tournent avec rapidité, ces sphères creuses et percées d'un trou
que les enfants appellent le diable. (C. P., t. XXI, p. 595; G.)
— 25 décembre, à 8 h. 50 m. du soir, à Mayence, légère secousse. Ce phéno-
mène est remarquable en cela surtout qu'il a coïncidé avec la baisse extraordinaire
du baromètre, observée ce même jour dans toute l'Europe : tempête violente à Gênes,
dans la Haute-Italie et en Suisse.
La veille , il y avait eu à Rhintal (Suisse), une secousse après l'apparition de plu-
sieurs météores ignés. (C. P., t. XXI, p. 595, et t. XXXIII, p. 405; V. H. et G.)
1822. — 19 février, à 8 h. 15 m. du malin, à Belley, tremblement de terre vio-
lent, des rochers se fendirent. Il se fit sentir depuis Dijon, Clermont, Lyon, Bourg,
et jusqu'en Suisse, à Genève, Lausanne, Zurich; en Savoie, à Chambéry, Ajinecy,
Âlbi , ainsi qu'à Âix , où les sources thermales se troublèrent et perdirent leur
odeur et leur saveur.
On le ressentit à Paris, dans le sens du méridien magnétique. M. Biot avait cru
72 MÉMOIRE
que la direction était à peu près du sud au nord ou du sud-sud-est au nord-nord-
ouest. (J. D., 25 fév. et 7 mars; C. P., t. XIX, p. 106 et 185; t. XXI, p. 393; G.;
H.; V. H.)
1822. — 25 février, à 3 h. 35 m. du soir, à Belley (Ain), une seule secousse.
(J. D., 5 mars; C. P., t. XXI, p. 593; G.)
Monseigneur Alexis Billiet, archevêque de Chambéry, qui a eu l'obligeance de me
communiquer de nombreux renseignements sur les tremblements de terre ressentis
en Maurienne , et à qui je suis heureux de pouvoir exprimer ma reconnaissance ,
m'écrivait naguère que cette secousse avait été ressentie à Chambéry, à 3 h. 43 m.
du soir.
— 31 mai, à 8 heures du matin, à Cognac, Angers, Tours, Bourbon-Vendée,
Laval , Nantes , Rennes et Paris ; la secousse a été assez forte dans les premières
villes. A Paris , il n'a été remarqué que par les oscillations d'une aiguille aimantée,
ce qui le fit soupçonner à M. Arago. Direction perpendiculaire au méridien ma-
gnétique.
A Cognac, entre 7 et 8 heures du matin; à Nantes, à 7 h. 53 m.; direction du
nord-nord-est au sud-sud-ouest ; bruit semblable à celui que ferait une voiture pe-
samment chargée, roulant sur une route. A Rennes , à 7 h. 55 m.; à Tours, à 7 h.
55 m.; direction est-ouest. A Bourbon- Vendée , à 7 h. 35 m.; direction du nord-
ouest au sud-est; bruit sourd semblable à celui que produirait une charrette lourde-
ment chargée en passant avec vitesse sur un pavé inégal ou sur un pont-levis.
A Laval, à 8 h. 2 m., trois secousses successives assez fortes; direction du sud-
est au nord-ouest. (J. D., 6 juin; C P., t. XXI , p. 395; France pittoresque, t. II ,
p. 100; G.)
— 16 juin, à 4 h. 15 m. et 4 h. 50 m. du soir, à Cherbourg et dans l'arron-
dissement , deux secousses très-fortes. On n'a rien ressenti à Saint-Lô , ni dans
l'arrondissement de Coutances , ni dans ceux de Mortain et d'Avranches. Peu d'in-
stants après la secousse, on aperçut au sud, dans la baie du Mont-Saint-Michel,
un météore lumineux qui semblait s'élever et fut suivi d'une forte détonation. Dans
tout le département de la Manche, il tomba le même jour des torrents de pluie;
il y eut une trombe. (C. P., t. XXI, p. 595 et 405; G.)
— 28 novembre, à 10 h. 50 m. du matin, à Spire, Kelh, Strasbourg, Stutt-
gart, assez forte secousse du sud-est au nord-est, pendant laquelle le docteur Von
Yelin remarqua des perturbations magnétiques (à Munich?). A Mayence, on en res-
sentit une vers minuit et demi.
On en avait déjà éprouvé deux dans le Wurtemberg; la première à Horb , le 21,
et la deuxième le 25 ou le 25 à Sulz. (J. D., 6 déc; M. U., 8, 12 et 15 déc.;
C. P., t. XXI, p. 595, et t. XXXIII, p. 406; G.; V. H.)
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 73
- 1825. — 19 février, à 6 heures du soir, à Belley(Ain), secousses assez sensi-
bles. (C. P., t. XXXIII, p. 40G; G.)
— 21 novembre, à 9 h. 30 m. du soir, à Strasbourg. Schelestadt, Fribourg,
Brisach, assez fortes secousses dirigées de l'ouest à l'est, et accompagnées d'un bruit
sourd à peu près semblable à celui d'un fort coup de vent. (C. P., t. XXIV,
p. 439; G.)
— 7 décembre, à Bâle, une secousse. (V. H.)
— 13 ou 10 décembre, à 3 beures du matin, à Belley (Ain), secousses assez fortes
qui ont duré quelques secondes et ont paru dirigées de l'est à l'ouest : elles furent
précédées par une détonation semblable à celle de plusieurs pièces de gros calibre.
Un habitant de Béxonces, qui était parti de ce village de très-grand matin, rapporta
qu'étant sur le sommet de la montagne, à 3 heures de la nuit, le ciel lui parut tout
en feu un instant après la détonation , quoiqu'aucun météore lumineux ne parût
alors sur l'horizon. Quelques personnes de Belley prétendent avoir ressenti une
première secousse à 1 heure du matin, dans la nuit du 12 au 13. {Le Cotistilu-
tionnel, 21 déc ; C. P.. t. XXIV, p. 429; G)
— Décembre, à Miilheim (province de Clève-Berg), une secousse. (V. H.)
1824. — 18 juillet, à 10 h. 20 ou 25 m. du soir, dans les départements des
Pyrénées orientales, de l'Aude, du Tarn, etc.
En Roussillon, la secousse parut dirigée du nord-est au sud-ouest; elle dura
4 ou 5 secondes. A Collioure, un bruit souterrain précéda le phénomène et se
prolongea 4 ou 5 secondes après. A Mont-Louis le ciel avait été constamment
pur et l'air calme toute la journée; mais, immédiatement après la secousse, il
s'éleva un violent ouragan. A Perpignan, le thermomètre était monté dans la
soirée jusqu'à 35° c, l'atmosphère semblait remplie de vapeurs brûlantes : on ne
pouvait s'exposer à l'air sans être gravement afîeclé. A Carcassonne, la secousse
fut accompagnée d'un sifllement de vent impétueux, que les habitants ont com-
paré au bruit d'une fusée. Tous les points de l'horizon avaient été sillonnés
dans la journée par des éclairs , qui n'étaient pas suivis de détonations. (Le Consti-
tutionnet, 28 juillet; C. P., t. XXVII , pp 210 et 377; G.)
— 18 août, à Harderwyk (Gueldre), une secousse dirigée vers le sud-ouest;
grand bruit semblable à celui d'une voiture roulant rapidement sur un pavé inégal.
(Le Constiltitionnel , 7 sept.; C. P.. t. XXVII, p.i377; G.)
— Nuit du 29 octobre , à Mulheim , Storenberg et Schramberg en Brisgau . se-
cousses dirigées du sud au nord.
Il y en avait eu une légère vers 8 heures du soir, à Chambéry. (Le Constit.,
20 nov. ; C. P., t. XXVII, p. 377, et t. XXXIII, p. 408; G.)
— Nuitdu 13 au 14 novembre, à Mayence, une secousse et un globe de feu. (V.H.)
Ton. XVIII. 10
74 MÉMOIRE
1824. — En décembre, la nuit, à Alfter (village entre Cologne et Bonn), deux
fortes secousses: les lits furent ébranlés. (V. H.)
1825. — 5 janvier, à 9 heures du soir, à Preuschdorf (canton de Worth , arron-
dissement de \Veissenbourg\ légères secousses de 40 ou 45 secondes. On les a
ressenties à Lampertsloch. (Le Consul., 20 janv. ; C. P., t. XXX, p. 412; G.)
— 21 janvier, à 2 h. 45 m. du soir, à Marseille , deux légères secousses à 5 ou
6 secondes d'intervalle.
Le 22, à 1 heure après midi, à Marseille. Aix... légère secousse. (Le Constit ,
30 janv.; C. p., t. XXX, p. 415; G.)
— 17 août, entre 10 et 11 heures dti matin,àNieder-Beerbach (Hesse-Darmsf adt) ,
plusieurs secousses par lesquelles les fenêtres et les portes furent ébranlées et même
ouvertes. (V. H.)
— 8 décembre, entre 10 et 11 heures du soir, à Genève, une forte secousse.
(J. D., et le Constitut., 19 déc. ; C. P., t. XXX, p. 414; G.)
— 23 décembre, à 5 heures du matin, à Strasbourg, secousses sensibles du
nord-est au sud-ouest ou du nord au sud On les ressentit en même temps à Kelh .
Sundheim, Neumùlh, Kork, Offenburg, mais moins fortement qu'à Strasbourg où
le temps était calme et le ciel couvert; il soufflait un léger vent du sud. Le baro-
mètre à 27 pouces 11 lignes, à peu près 2 lignes au-dessous de la moyenne, et le
thermomètre à -j- 1° 25 R. Le guetteur de la cathédrale sentit son banc s'ébran-
ler vers 4 h. 45 m., puis suivirent trois ou quatre secousses; il avait entre 3 ou 4
heures entendu un mugissement extraordinaire dans l'air.
On en ressentit à Manheim, où le phénomène paraissait inconnu depuis une ving-
taine d'années. (Le Constit., 'iS déc. ; C. P., t. XXX, p. 414; G. et V. H.)
1826. — 14 avril, à 5 heures du soir, à S'-Brieuc (Côtes du Nord) et dans les
environs, secousse qui dura 12 à 15 secondes, dirigée de l'est à l'ouest; elle fut
précédée d'un bruit semblable à celui que ferait une voiture roulant sur des cail-
loux. (C. P., t. XXXIII.p. 410; G.; Férussac, Bull., t. VIIL p. 329.)
— 24 juin. A S'-Brieuc (Côtes du Nord), une secousse. (Férussac, Bulletin des
se. nat., t. XV, p. 247.)
— 16 septembre, à environ 10 h. 50 m. du matin, à S'-Jean de Boiseau
(Loire-Inférieure), deux légères secousses du sud-ouest au nord-ouest. (J. D.,
28 sept.)
1827. — 2 janvier (à l'heure du dîner), à Mortagne, Alençon et dans les envi-
rons, secousse violente, mais de courte durée, accompagnée d'un bruit très-intense :
cheminées renversées, vitres cassées. Ce jour-là, le ciel était sombre, le temps
lourd et orageux.
A 3 h. 45 m. on ressentit une violente secousse à Essonne et à Corbeil, dans le
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 75
département de Seine-et-Oise. (J. D., 12janv.; Le Consiit., 10janv.;C.P., t. XXXVI,
p. 398; G.)
4827. — 50 octobre, à 5 h. 50 m. du matin , dans les cantons de Tavaro, Tallano
et Sartène (Corse), deux secousses. (Le Consul., 27 nov.; C. P., t. XXXVI,
p. 598; G.)
1828. — Nuit du 25 au 26 janvier. Une montagne qui dominait la ville de Spa ,
s'est écroulée. On ne parle pas de tremblement de terre, (J. D. et M. U., 2 fév.)
— 25 février, vers 8 b. '/s du matin , fort tremblement en Belgique et dans le
nord de la France, dans les départements de la Meuse, de la Moselle et du Nord.
A Commercy (Meuse), il y eut deux secousses dans la direction du sud au nord.
A Longuyon (Moselle), une seule, mais assez intense, et qui a duré plus d'une mi-
nute. A Avesnes (Nord), sa durée a été moindre quoique également forte; la direc-
tion en était de l'est à l'ouest. A Dunkerque, la commotion a été ressentie par
plusieurs habitants; la direction du mouvement souterrain y a été diversement
observée, on lui donne généralement celle du sud au nord ; la secousse a ébranlé de
gros meubles, entre autres des bois de lit qu'on a vus se mouvoir en divers sens
sur leurs roulettes.
Le vent , qui était au sud-est à 5 et 6 heures du matin , tourna subitement après
la secousse et devint nord-ouest , sans aucun changement dans la température.
La secousse que l'on a ressentie à Bruxelles a été éprouvée à la même heure à
Liège; vers 8 h. 20 m. du matin , par un temps très-calme, on éprouva dans cette
dernière ville plusieurs secousses , d'abord très-légères, et ensuite assez fortes; elles
se sont prolongées de sept à huit secondes; elles étaient accompagnées d'un bruit
sourd et paraissaient se diriger du sud-est au nord-ouest. Les maisons tremblaient
et les meubles éprouvaient un mouvement oscillatoire très-prononcé; quelques che-
minées ont été renversées. Le mouvement s'est fait sentir très-fortement, surtout
dans les parties élevées des habitations; il a été sensible aussi dans l'intérieur de la
terre; à la houillère de Bellevue, près Saint-Laurent , les ouvriers l'ont ressenti
distinctement, et à la houillère de Banoux, faubourg Vevignis, ils l'ont éprouvé à
52 toises de profondeur; quelques-uns d'entre eux disent avoir entendu une espèce
de roulement. Après les secousses, le baromètre s'est maintenu au même état d'a-
baissement de 27p 1'.
Au collège royal de Liège, le mouvement ondulatoire a été très-sensible; des
personnes ont été secouées fortement dans leurs lits , d'autres ont fui des églises.
A Saint-Denis , le mouvement a été si prononcé qu'on eût dit qu'on secouait vio-
lemment les colonnes ; des parties de ciment ont été détachées de la voûte du chœur.
A Maestricht, à la même heure, la secousse a été assez forte pour avoir déplacé
des meubles dans plusieurs maisons, et occasionné la chute de plusieurs cheminées.
76 MÉMOIRE
A Tirlemont, on a ressenti pareillement, dans la matinée, des secousses qui ont
duré à peu près sept minutes; grand nombre de cheminées ont été renversées, les
murs de plusieurs maisons crevassés, et dans une maison, les miroirs, verres et ob-
jets de porcelaine ont été brisés.
En résumé, ce tremblement de terre a ébranlé toute la Belgique, les régions de
la Meuse, du Rhin et de la Moselle. Von Hoff qui, dans sa chronique, donne de
longs détails sur ce phénomène, le circonscrit ainsi : au sud, Longuyon et Com-
mercy; au sud-ouest et à l'ouest, Avesnes, le Quesnoy, Dunkerque, Bruges; au
nord-ouest , Middelbourg et Flessingue ; au nord , Dortrecht et Upbergen , près
Nimègue; à l'est, il s'est étendu au Rhin et même au delà. Tous les lieux situés en-
tre ces limites, comme Mons, Namur, Louvain, Aix-la-Chapelle, Hainaut, etc.,
ont été plus ou moins ébranlés; Tongres et Huy, où le bruit fut une espèce de cra-
quement, méritent d'être signalés pour la violence des secousses.
On cite quelques perturbations magnétiques comme ayant précédé ou accompa-
gné le phénomène Ainsi , à Cologne, on aurait remarqué , le 25, une variation de
•4° à l'ouest dans l'aiguille aimantée. Le 21, à 3 heures après midi, le baromètre,
à Genève, était tombé à 26'' f| de ligne. A Cobourg, où la hauteur moyenne ba-
rométrique est de 733""" (réduit à 0° c). Von Hoff observa seulement 716""',9 par
6°,5 c, le 22, à 8 heures du soir. Le 23, à 6 heures du matin, il était remonté
à 718"'"', 45, et à 8 heures il marquait 719""', 2, le thermomètre centigrade étant
à 7°. La hausse a continué. Les 19, 20, 21 et 23, des tempêtes terribles ont
régné dans le midi de l'Europe. Le jour même du tremblement , les îles d'Hyères
étaient ravagées par un orage mêlé de grêle et par une espèce de trombe. ( J. D.,
28 fév. et 1" mars; le Constitutionnel, n°' des mêmes jours; M. U., 27, 28 fév.;
1^' et 28 mars; C. P., t. XXXIX, p. 408; Bull, de Férussac, mars 1829 et mai
1850; G.; V. H.)
1828. — 26 février , 8 heures du matin, à Upbergen et Beek, près de Nimègue ,
légère secousse de deux secondes. Direction du sud au nord. (V. H.)
— 22 mars, à 2 h. 20 ou 30 m. du matin , à Jauche , Jandrin et Jandrenouville;
une secousse plus faible à Louvain. Durée, deux ou trois secondes. A Cobourg,
le baromètre tomba encore ce jour à 714""", la température étant à 11° cent. (V. H.)
— 25 mars, à 9 h. Va du matin, au Quesnoy (Nord) et dans une des villes
des Pays-Bas (Jauche?), forte secousse consistant en un mouvement oscillatoire
dirigé de bas en haut. On avait remarqué la veille , vers le nord , trois grands
éclairs dans un ciel sans nuages. (M. U. et le Constitua, 27 et 28 mars; C. P.,
t. XXXIX, p. 410; G. etV. H.)
— Nuit du 17 au 18 juin, à Poitiers (Vienne), une légère secousse. (J. D., 27
juin;Ç.P.,t. :îCpCIX,p.4U;G.)
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 77
1828. — 13 août, entre 1 h. 50 m. et 2 heures du matin, en Belgique, deux se-
cousses légères avec bruit souterrain. (V. H.)
— 9 octobre, à 3 h. 15 m. du matin, à Turin et Gênes, grandes secousses res-
senties assez faiblement à Marseille. Les observateurs de Turin disent que le trem-
blement a duré 30 secondes, ceux de Gênes, 20 secondes seulement. On assure,
du reste, que des sonnettes ont été mises en mouvement par l'effet des secousses,
que des pendules se sont arrêtées, que beaucoup de bâtiments ont été lézardés;
il ne parait pas toutefois qu'il en soit résulté des dégâts bien notables. Dans le
port de Gènes, le tremblement a donné lieu à un mouvement de la mer très-
considérable, pendant lequel beaucoup de navires se sont entre-choqués.
Le 10, à 1 h. 30 m. environ de la nuit, nouveau tremblement beaucoup plus
faible. On a ressenti les mêmes secousses à Asti, à 22 milles de Turin. {Le Constii.;
J.D. etM.U., 16,18, 19et20oct.;C. P., t. XXXIX, p. 412; G.)
— 21 novembre, à 3 h. 50 m. du matin , dans les environs de Reiffenberg,
non loin de Francfort-sur-le-Mein , une secousse avec bruit souterrain , semblable à
celui d'une voiture. (V. H.)
— 25 novembre , à Mayence et dans les contrées voisines , un tremblement de
terre qui, pas plus que celui du 5 décembre suivant, n'a eu d'influence sur les eaux
minérales de Wiesbaden. (J. D., 8 janv. 1829.) »»4 ti**'
— 20 novembre, à 8 h. 50 m. du soir, à Sindlingen (Grand-Duché de Nassau),
à 6 ou 7 milles au nord-ouest de Francfort , une forte secousse de l'est à l'ouest.
(V.H.)
Le lendemain 27 , à 7 heures du matin , à Bonn , une secousse pareillement diri-
gée de l'est à l'ouest. (V. H.)
— 3 décembre, vers 6 h. 30 m. du soir. De Metz à Aix-la-Chapelle, Spa,
Liège, Maestricht, Cologne, Bonn, etc., et sur toute la vallée du Rhin, deux se-
cousses assez fortes. A Spa, des meubles ont été renversés, des personnes sont
tombées de leurs chaises. A Stavelot et Malmèdy, la dernière secousse a été accompa-
gnée d'une détonation très-prononcée. A Remagen, la direction a été du nord-ouest
au sud-est, et à Aix-la-Chapelle, du sud-est au nord-ouest. On a aussi remarqué
une perturbation dans l'aiguille magnétique.
Les eaux de la Baltique se retirèrent de Lubeck, et vers midi, il y eut à Saint-
Pétersbourg une tempête épouvantable venant de la mer. (J. D., le Constit., et
M. U., 8, 9, 25 déc. et 5 janv. 1829; C. P., t. XXXIX, p. 412; G.)
Contrairement au Journal des Débats , le Consdtutionnel dit que les eaux de
Selters ont diminué et que celles de Wiesbaden ont augmenté. Von Hoff regarde
aussi comme fausse la nouvelle de ces changements.
1829. — 2 avril, à 7 h. 50 m. du matin, aux environs de Dieppe (Seine-Infé-
78 MÉMOIRE
rieure), plusieurs fortes secousses; la première dura quelques secondes et fut accom-
pagnée d'un bruit semblable à celui du tonnerre. (G. P., t. XLII, p. 548; G.)
1829. — 25 avril, à 9 h. 50 m. du soir, à Freyburg (Bade) et Mûnsterthal, forte
secousse avec bruit pareil au tonnerre; durée, quelques secondes; direction, du
sud-ouest au nord-est. A Freyburg , elle fut suivie d'un fort coup de vent du nord-
ouest, et d'une chute de neige. (V. H.)
— l"juin, à 10 heures du matin, une secousse à Bonn, ou plutôt à Rome.
Le même jour, les secousses se sont renouvelées à Âlbano, où elles étaient très-
fréquentes depuis une huitaine de jours. (V. H.)
— 24 juin, à 7 h. 10 m. du soir, à Paris, plusieurs secousses, sur l'autorité de
plusieurs personnes demeurant rue du Mont-Parnasse.
Le 26, à Caen (Calvados) et dans les environs, une légère secousse de deux se-
condes de durée. (J. D. 5 juillet; le Cotislit., 4 juillet; G. P., t. XLII, p. 549; G.)
— Premiers jours de juillet, secousses en Normandie. (V. H.)
— Nuit du 5 au 4 juillet, à Zwolle (Yssel-Supérieur) , une légère secousse; le
vent très-fort se calma aussitôt après. (V. H.)
— 8 juillet, à 10 heures du soir, à Marseille, fort ras de marée. {Le Constit.,
17 juillet.)
— 15 juillet, à Vitry et dans le département de l'Aube, tremblement de terre
qui m'a été communiqué par M. Aug. Bravais.
Von Hoff signale seulement, sous cette date, une grêle désastreuse à Arcis-sur-
Aube, Ormes, AUibaudières , du Chine, Champigny, Villette, Torcy, Pouan et
Vitry.
— 7 août, à 5 heures du matin, à Colmar , Béfort, Saint-Diez, Strasbourg, plu-
sieurs secousses accompagnées d'un bruit semblable à celui d'un tonnerre lointain.
Direction du nord au sud. Elles furent plus fortes dans les montagnes que dans les
pays bas. (Le Globe, 9 septembre; Bull, de Férussac, octobre; C. P., t. XLII,
p. 549; G.)
— 9 septembre, à 10 h. 50 m. du matin, à Francfort-sur-Mein , une secousse
du sud-ouest au nord-est. {Le Constit., 17 sept.)
Von Hoff paraît douter de son existence.
— 1" novembre. Chute dune montagne à Lamothe-Chalançon , non loin
d'Orange (Drôme). Il se forma un petit lac. (Ann. des se. nat., t. XIX, p. 424.)
— 27 novembre, à 4 h. 3 m. du soir, à la Rochelle et Rochefort (Charente-
Inférieure) , secousses accompagnées de fortes détonations. Voici les détails
donnés par M. Fleuriau de Bellevue, correspondant de l'institut et membre de la
chambre des députés.
Le 27 novembre, à 4 h. 5 m. du soir, on entendit tout à coup à la Rochelle
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 79
deux fortes détonations; la première était d'une médiocre intensité, mais la
deuxième, qui la suivit de 1 ou 2 secondes, fut d'une violence extrême; puis
on entendit un bourdonnement prolongé qui n'était peut-être dû qu'à l'effet des
échos : ces deux détonations et ce bourdonnement durèrent 4 ou 5 secondes
au plus. Ce bruit parut venir de très-haut, comme d'une bombe, dans la direc-
tion du midi; il différait tellement d'un coup de tonnerre que chacun crut
d'abord à fexplosion d'un magasin à poudre. En effet, on n'avait éprouvé qu'une
très-violente commotion qui fit fortement vibrer les carreaux des vitres, qui
n'ébranla qu'un très-petit nombre d'objets portant à faux . mais qui ne fut accom-
pagnée par aucune secousse sensible, soit de bas en haut, soit dans le sens hori-
zontal; aussi les personnes qui avaient éprouvé des tremblements de terre dans
d'autres pays, ne pouvaient reconnaître ici ce phénomène; plusieurs l'attribuaient
à l'explosion d'un bolide, et s'attachèrent d'autant plus à cette opinion, qu'ils ap-
prirent ensuite que ce bruit ne s'était pas fait entendre au delà des limites des
arrondissements de la Rochelle et de Rochefort.
Cependant , comme depuis vingt-cinq jours on n'a pas ouï dire que personne ait
aperçu de globe de feu , ni de pierres tombées , comme on assure que plusieurs ani-
maux manifestaient une agitation extraordinaire , un moment avant les détona-
tions, comme les marins de trois navires ont déclaré que, dans ce même moment,
ils ont cru que leurs navires avaient donné sur quelques rochers , comme neuf jours
après cette époque, une seconde secousse s'est fait réellement ressentir, il y a lieu
de croire que ces détonations doivent se rapporter à la même cause.
Le baromètre avait été très-bas les jours précédents , et alors il était encore sta-
tionnaire, à 4 h. 8 m., au-dessous de sa hauteur moyenne, c'est-à-dire à 27M0'.;
il monta aussitôt après, mais, à la vérité . le ciel qui avait été très-couvert toute la
journée et même un peu pluvieux, s'était éclairé vers l'ouest, une demi-heure aupa-
ravant
1829. — 6 décembre, à 5 heures du matin, à la Rochelle encore . secousse assez
forte qui parait n'avoir été observée que dans un rayon de 5 ou 4 lieues autour de
cette ville. (C. P., t. XLIl , p 530; Férussac, Bull, des se, avril 1850; G.)
Suivant Von Hoff, cette dernière secousse a été ressentie dans le Médoc et dans
d'autres parties du département de la Gironde.
— 22 décembre . la nuit, à Belley (Ain), secousse assez forte et de longue durée.
(C.P.,t. XLII, p. 351; G.)
Le 29, nouveau tremblement à Belley. (Communiqué par M. Aug. Bravais.)
1830. — 25 novembre, à 6 heures du matin, à Mulhouse, Saint-Louis, Bâle,
Strasbourg, à Freyburg, Mûlheifn, Lorrach (grand duché de Bade), plusieurs se-
cousses précédées d'une détonation semblable à celle d'une pièce de gros calibre.
80 MÉMOIRE
Direction du sud-ouest au nord-est. Quelques secousses à Saint-Biaise (Bade), vers
5 h. 43 m. (C. P., t. XLV, p. 402; Colla , Ann. aslr., 1833; H. ; V. H.)
1830. — 2 décembre, à 0 h. 15 minutes du matin, à Saint-Biaise, une forte
secousse encore. (V. H.)
— 28 décembre , vers 2 heures du soir , à Coblentz , Neuwied et Rubenach ,
dans la province prussienne du Bas-Rhin , secousses dirigées du nord-ouest au
sud-est; elles furent précédées d'un bruit semblable à celui d'un canon de gros ca-
libre. Les sources des environs de Coblentz, à Rubenheim, avaient tari deux jours
auparavant. (H. et V. H.) Le Conslitutionnel du 10 février 1832 donne la date du
28 janvier 1832.
1831. — 29 janvier, entre 10 et 11 heures du soir, dans les arrondissements
deRemiremontet Saint-Diez , forte secousse du sud-ouest au nord-est. AGéraromer,
la secousse a été accompagnée d'un bruit sourd, mais bien prononcé. (M. U., 15
fév.)
— 29 avril, vers les 5 heures du soir, à Orléans et dans les environs, plusieurs
secousses assez fortes. (J. D. , 3 mai.)
— 26 mai, à 11 h. Vi, à Marseille, forte secousse qui paraît avoir été plus vio-
lente à Gênes, où des maisons ont été ébranlées.
— Le 28, à midi "^k, nouvelle secousse à Gènes. (J. D. , 8 juin.)
— Nuit du 26 au 27 août, à minuit, à Besançon (Doubs), deux secousses assez
violentes , précédées d'un bruit sourd de deux secondes à chaque fois : l'intervalle a
été de 10 secondes. Les portes, les fenêtres, les meubles ont été ébranlés. (G.)
1832. — Nuit du 3 au 4 septembre, à Poitiers , une assez forte secousse de quel-
ques secondes. (M. U. , 9 septembre.)
1835. — 5 février, à 5 heures et quelques minutes du matin, à Noirmoutiers
(Charente) , deux secousses; la première, qui était la plus forte, a duré six à sept
secondes; elle eût été prise pour le passage d'une voiture sur le pavé : au bout de
7 à 8 secondes, il en est survenu une autre; cette commotion, réagissant sur la
mer, a imprimé aux navires un mouvement sensible. Le bruit souterrain a passé
du midi au nord. ( J. D. , 13 fév. ; G.)
— 22 juin, à 7 heures du matin, à Confreville, Caillot, Angerville-Bayeul ,
Saint-Maclou , Limpiville et autres communes du canton de Goderville , arrondisse-
ment du Havre (Seine-Inférieure) , secousses violentes qui n'ont duré que quelques
secondes, et ont effrayé les habitants de ces contrées. (J. D. , 2 juillet; G. )
— 25 août, vers midi, à Utrecht, une légère secousse. (G.)
— 9 octobre, à 1 h. 15 m. après midi, à Issoire (Puy-de-Dôme) , assez forte se-
cousse avec bruit ; le temps qui paraissait à l'orage s'est éclairci.
— - Le 15 , plusieurs nouvelles secousses successives avec un mugissement indéfinis-
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 81
sable à Clermont , Issoire et aux environs. { J. D. , 15 et 26 oct. ; France pittor. ,
t. 111,1). 5.)
1835. — 2 décembre, dans la matinée. Dans les environs de Harlem, une se-
cousse qui a duré 20 ou 25 secondes. (G.) n ' ^■■ihl t ^'
1834. — 4 juillet, à Brest, une secousse très-sensible. (A. Colla, Bibl. liai.)
— 13 septembre, à Niort (Deux-Sèvres) et dans les environs, léger tremble-
ment. (C. R.,t. I,p. 129. j
1835. — 7 mars, à G heures du matin , à Beaumont (Vaucluse) et à Manosque
(Basses-Alpes) , deux secousses à 6 minutes d'intervalle. (J D. , 24 mars.)
— Nuit du 28 au 29 avril. Près de S'-Jean-Pied-de-Port s'est ouvert un gouffre
de 200 pieds de circonférence sur 25 à 30 de profondeur. Il y a de l'eau et de la
vase au fond. Il y a eu un bruit comme une détonation au moment de l'affaisse-
ment. (J. D., 12 mai.)
— 14 septembre , à Niort et à S'-Jean-d'Angely, une secousse.
Le même jour, à Die, Saillans, Vairéas (Drôme) et sur le revers ouest de la
Lance , commotion et bruit souterrains.
La ligne de Niort à S'-Jean-d'Angely est parallèle à celle de la Lance à Saillans :
elles n'ont été affectées que dans l'espace de quelques myriamètres; mais il est à
remarquer qu'elles font partie de deux parallèles terrestres compris entre 44"30' et
46''50'lat. nord. (M. U. , 7 oct.)
— Septembre, entre 6 et 7 heures du matin. Dans l'arrondissement d'Yvetot et
à Bourg-Dun , dans l'arrondissement de Dieppe (Seine-Inférieure) , une légère secousse
dans une étendue de deux myriamètres ; elle n'a pas duré plus de 5 à 6 secon-
des; on a entendu un bruit sourd, et quelques meubles ont été ébranlés. Des marins
à la pèche ont également ressenti la secousse. (G )
— 27 octobre, vers les 4 heures du matin. Un très-fort tremblement de terre
s'est fait sentir à S'-Bertrand de Comminges; le sol a été vivement ébranlé, et à tel
point , que dans les maisons tous les meubles étaient rudement secoués et soulevés
jusqu'à plusieurs pouces au-dessus du plancher. La secousse a été sentie également
à Louzer , à Valcabrère , Izaout , Ania et dans tous les environs : elle s'est prolongée
pendant une minute à peu près; elle consistait en un mouvement ondulatoire ra-
pide, accompagné d'un bruit souterrain comparable au roulement d'une lourde voi-
ture. La direction de ce mouvement , qu'il était facile de connaître à S'-Bertrand ,
était, dit M. Boubée, de l'est-sud-est à l'ouest-nord-ouest , direction qu'affectent pré-
cisément les couches de calcaire compacte du terrain de craie inférieure, sur lequel
S'-Bertrand est bâti , et qu'affecte également la chaîne entière des Pyrénées. J'ignore,
ajoute l'auteur, si le tremblement s'est fait sentir avec les mêmes circonstances
dans les lieux les plus rapprochés de la chaîne, et où sont les terrains plus anciens.
ToM. XVIII. 11
82 MÉMOIRE
Une heure après la première secousse, on en sentit une seconde à S'- Bertrand.
Le lendemain 28, vers 5 h. 45 m. du matin, on a ressenti à Lux, près de
Baréges, une forte secousse, telle que de mémoire d'homme il n'y en a eu d'aussi
intense; tous les meubles ont été déplacés. La direction de cette secousse était
de l'ouest à l'est, et la durée de quatre à cinq secondes. Deux autres secousses, mais
bien moins fortes que la première, se sont fait sentir à un quart d'heure d'in-
tervalle.
Le même jour 28 , vers les 4 heures et demie du matin , à Tarbes (Hautes-Pyré-
nées), la terre s'est émue, les secousses se sont fait sentir à plusieurs lieues à la
ronde, mais elles ont considérablement augmenté de violence et de durée dans les
localités les plus rapprochées des Pyrénées. On raconte qu'à Bagnères elles se sont
prolongées pendant plusieurs minutes , et que les habitants effrayés se sont jetés
presque nus hors de leurs maisons. Quelques murs, quelques plafonds lézardés sont
les seules sinistres qu'on signale. Ce phénomène a été suivi d'un grand bruit, assez
semblable au roulement du tonnerre dans les gorges des Pyrénées. Direction de
l'ouest à l'est. (J. D., 5 nov.; M. U., 6 nov.; C. R., t. I, p. 322 et 469; G.)
1855. — Fin de novembre. A Pau (Basses-Pyrénées), à la suite de froids assez
vifs, le temps a tout à coup changé, un vent du sud très-chaud, étouffant, s'est
élevé. On eût cru dans la journée ressentir les exhalaisons qu'on éprouve devant
une fournaise ardente.
Quelques personnes prétendent avoir remarqué pendant la nuit des secousses de
tremblement de terre; d'autres assurent avoir entendu des bruits souterrains et
comme de fortes détonations. (M. U., 3 déc)
1836. — 15 mai , vers 5 heures du matin, à Angers, plusieurs secousses précé-
dées d'un bruit sourd ; dans beaucoup de maisons , les fenêtres et les meubles ont
été violemment agités.
A la même heure, léger tremblement à Nantes.
A 5 h. 5 m. du matin, par un temps calme, le vent nord-est et l'espoir d'une
journée de printemps, à Parthenay, deux secousses accompagnées d'un bruit sou-
terrain pareil à celui d'un tonnerre lointain. Elles ont été plus violentes que la
première et dirigées du nord-ouest au sud-est, et se sont succédé à peu d'inter-
valle; la seconde a causé un ébranlement général; des personnes debout se sont
senties comme soulevées; d'autres couchées et endormies ont été réveillées par une
commotion pareille à celle que produit une machine électrique, et se sont assez
longtemps ressenties d'un malaise.
A 10 h. 50 m. du soir, nouvelle secousse de même direction, mais moins forte.
Le 14 , on a aussi éprouvé à la Rochelle quelque mouvement d'oscillation. (J. D.,
17 et 19 mai; Bull, de la société géoL, t. VII, p. 260; Bibl, ilal.j G.)
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 83
1856. — 16 septembre, à 1 heure après-midi, à Nismes, on entendit comme une
violente détonation accompagnée d'un tremblement général, qui se faisait sentir non-
seulement par un léger tressaillement du sol, mais par une sorte d'oscillation des
murs et des objets mobiles; cette secousse a duré 2 ou 5 secondes. A Vauvert, et
dans quelques villages voisins , le tremblement fut plus prononcé. On l'a ressenti
à Beaucaire, mais on n'a rien éprouvé à Montpellier. (M. U., 24 et 25 septembre;
Bihl. itaL; G.)
— 5 novembre? Le Journal des Débats, n" du 30 janvier 1837, que nous cite-
rons plus bas, à la date du 24 janvier, parle d'un tremblement de terre, ressenti
depuis peu à Altkirch. Ce fait serait-il concomitant des violentes secousses ressenties
le 5 novembre, à 7 heures du matin , dans la partie nord-ouest de la Suisse où leur
direction a été du sud au nord? M. Ant. Colla, qui les a consignées dans la Biblio-
teca italiana , ne cite aucune localité.
1837. — Nuit du 10 au 11 janvier, vers minuit, à Poitiers, deux secousses dont
une très-forte. (A. Colla, i4nn. astr, an 1839, p. 109.)
— 21 janvier , vers 2 heures et 4 ou 5 heures du matin , deux fortes secousses
à Genève.
' Le 24, à 1 h. 58 m. du matin, à Altkirch, Besançon, Bâle, Berne, Soleure et
Constance, trois secousses avec bruit assez fort. Direction du nord au sud. Temps
calme.
A Sion, deux secousses très-sensibles. Le bruit a paru se diriger du sud au nord.
Le ciel était calme, très -peu nuageux. L'hygromètre, qui depuis deux mois se
trouvait tellement fixé entre 90 et 100° qu'on le croyait dérangé, était monté
de 15».
A Burdorf , la direction fut du sud-sud-ouest au nord-nord-est ; à Stutfgardt et
Oberndorf, de l'est à l'ouest; dans la Lombardie et le Piémont, du nord au sud.
(J. D., 50 janvier et 1" fév.; M. U., 2fév.; YInslUut, n°218,an 1837; A. Colla,
Ann. astr., an 1839; G.) uj 1 a-vir ,
— 29 janvier. A Vizille (Isère), forte commotion précédée d'une violente détona-
tion , comparable à la décharge simultanée de plusieurs pièces de canon. (A. Colla,
Ann. astr., an 1859.)
— 19 février, à 7 h. 30 m. du matin, à Bâle, une secousse très-faible. (A. Colla,
ibid.)
— 25 février, à 5 h. 15 m. du matin, à Gand, par un temps orageux, une
secousse a.ssez forte, qui a duré 2 ou 3 secondes, et dont l'oscillation était du
sud-est au nord-ouest. Elle a été plus forte que celle qui avait eu lieu huit ans au-
paravant. Le vent venait du sud-sud-ouest et le thermomètre était à — 4°,5 R.
G.; A. Colla, Und.) dmvj'j:
84 MÉMOIRE
L'auteur fait sans doute ici allusion au phénomène du 3 décembre 1828?
1837. — 27 mai , vers les 6 heures du soir, une légère secousse à Coblentz. (G.)
— Mai {nella meta), fortes secousses sur quelques points du département du
Cher. (A. Colla, ibid.) n
— 11 octobre, à 7 h. 50 m. du soir, à Tilly-la-Campagne , Bourguibus et Sol-
lins (Calvados), violentes secousses avec fortes détonations. (J. D. , 18 oct.; A. Colla,
ibid.) V
— 30 octobre, quelques minutes avant 11 heures du soir, à Mulhouse, une
assez forte secousse dans la direction de l'est à l'ouest. (J. D., 11 novembre;
A. Colla , ibid.)
— H décembre, à 3 h. 7 m. du matin, à Chalabre et S'^'-Colombe (Aude), secousse
de 30 secondes , avec bruit semblable à celui de voitures roulant sur le pavé.
On a ressenti une secousse légère sur divers points de l'Arriége et des Pyrénées
orientales. (J. D., 18 déc. ; Colla, ibid.)
1838. — 5 janvier, à 7 h. 15 m. et 7 h. 30 m. du matin, à Belley (Ain) , deux se-
cousses assez sensibles avec grand bruit. Chacune a duré 1 seconde. (A. Colla ,
Ann. astr., an 1840.)
— 24 janvier, à Pouilly, Toisy et Mont-S'-Jean (Côte-d'Or), légère secousse.
(J. D., 16fév.;A. Colla, ibid.)
— 14 février, à 4 h. 30 m. et 6 h. 50 m, du soir, à Dijon, deux légères secousses.
Détonation violente , dit-on. Je n'ai point entendu de détonations , je ne me suis
non plus nullement aperçu des secousses.
— 25 février, entre 4 et 5 heures du matin, dans le département delà Creuse,
deux secousses. (A. Colla, i^id.)
— 1" mars , vers 1 heure de l'après-midi , chute du roc de Jalève , territoire
de Caisnes (Pyrénées orientales). Bruit pareil à un tonnerre lointain, secousse sem-
blable à un tremblement de terre. (J. D. , 9 avril.)
— 16 mars, vers 1 heure du matin, à Coblentz, une secousse durant une tem-
pête très-violente. (A. Colla, ibid. )
— 22 mai, à 7 heures du matin, à Méandre (Isère), fortes secousses. Elles ont
duré à peu près 13 minutes, mais à trois reprises différentes. Des murs ont été
lézardés. (J. D. , 5 juin; A. Colla, ibid. )
— 14 octobre, à 7 heures du matin, à Coblentz, violente secousse presque
instantanée. Du 11 au 14, le baromètre était descendu de 28" 4',2 à 27" 6',6.
(J. D. ,20oct.)
— 26 octobre, à 4 h. 49 m. du soir, à Avesnes (Nord), secousse très-forte.
(A. Colla, ibid.)
— 16 décembre, dans le département de l'Isère (voir au 26 mars suivant).
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. SU
1838/ — 25 décembre, au milieu de la nuit, à la Rochelle, secousse assez forte
d'une demi-seconde, avec bruit semblable à un coup de canon dans l'éloignement.
Les portes ont été ébranlées dans les maisons sur plusieurs points du départe-
ment. (J. D.,31 décembre.)
1859. — 10 février, à 8 h. 30 m. du matin, à Aigueperse, Riom et Gannat,
secousse violente. (J. D. , 24 fév.; M. U. , 25 fév.; A. Colla, ibid.)
— 26 mars. Dans le département de l'Isère: « 11 est reconnu, dit M. Barruel,
» recteur de Vausany, que les secousses des tremblements de terre ont été sensi-
> bles dans toutes les paroisses qui composent le canton d'Oisans (Isère). Elles
» ont eu lieu à AUemont. Auris (suit la liste de seize paroisses). Un bruit souter-
> rain semblable à celui d'un tonnerre qui se fait entendre dans le lointain, ou à ce-
> lui de la chute d'une avalanche, les précédait toujours; l'agitation le suivait de
> près; l'ébranlement était plus ou moins violent; l'oscillation se dirigeait du nord-
k est au sud-ouest U n'y a eu de dommages qu'à Vausany. Les plus forts
» tremblements ont eu lieu le 16 décembre et le 26 mars. » (Mgr. Alexis Billiet,
Mém. sur les trembl. de terre de Maurienne, inséré aux Mém. de Turin, 2' série,
t. II, p. li.)
— 5 avril, à 6 heures et demie du matin, à Grenoble, faible secousse de deux
secondes. Direction de l'est à l'ouest. (A. Colla, Ann. astr., an 1841; A. Billiet,
ibid.)
^,. — 16 août, le soir, à Genève, faible secousse. (A. Colla, ibid.)
— 2 novembre, vers 4 heures du soir, à Genève, faible secousse; quelques
instants après , une forte secousse à Sion , et une autre assez forte à 2 heures du
matin. (A. Colla, ibid.)
1840. — 5 janvier, un peu avant minuit, tremblement dans les Pyrénées. Des
cheminées furent renversées. Quatre jours auparavant, forte odeur de soufre avec
bruit souterrain à Bagnères de Bigorre. (M. U., 12 janv.; A. Colla, ibid.; Écho du
monrfe sav., n" 509.) ,,un>m>«4 I H i.\i
— 8 janvier, à Lucey, sur les bords du Rhône , légère secousse. (J. D. , 22 janv.)
, — 19 janvier, nouvelles secousses dans les Pyrénées. (A. Colla, Ann., 1842.)
— Nuit du 29 au 50 janvier. Éboulement de la montagne de Cernans , près de.
Salins (Jura). Il ne parait pas y avoir eu de tremblement de terre. ( J. D., 5 fév.)iK.l
(i^ — 22 mars, à 4 h. 17 m. du soir, à Nantes , à Guérande et dans une partie
de l'ouest , deux secousses séparées par un intervalle inappréciable.
A Guérande, bâtie sur un terrain primitif, la secousse de l'est à l'ouest a été
ressentie à 5 h. et demie. (M. U., 28 mars.)
— 8 juin, tremblement à Tours et à Candes. (Lamont, Annal, fur Meteor. und
Erdmag.,i. I, p. 161.) »m«i«u«aB ;
80 MÉMOIRE
1840. — 2 septembre, à 8 h. 13 m. du soir, à Roquemaure (Languedoc), deux
secousses de l'est à l'ouest, à 5 minutes d'intervalle , avec fortes détonations sou-
terraines. On les a ressenties à Châteauneuf, Cadérousse, Montfaucon, Saint-
Génies, Tavel, Sauveterre. Des marais sur les bords du Rhône ont dégagé beaucoup
de gaz enflammés. La commotion a embrassé une largeur de 2 lieues. (M. U.,
12 sept.; le Voleur, 18 sept.; A. Colla, ibid.)
— 8 novembre , à 6 h. 53 m. du matin, à Ressas et Barjac (Gard), une secousse
du nord-ouest au sud-est; elle fut assez violente et suivie de deux oscillations. (Q.,
18nov.; Ph., 22 nov.; A. Colla, ibid.)
— Nuit du 9 au 10 décembre, à Relley (Ain), secousse assez violente, mais sans
dégâts. On l'a ressentie en plusieurs communes sur les bords du Rhône.
Le 10, à 4 h. 18 m. du matin , il y a eu à Chambéry une forte secousse de l'est
à l'ouest.
Depuis quinze ans environ , elles sont assez fréquentes , remarque-t-on , dans
les régions sub-Alpines. (M. U. et G. F., 19 déc. ; Ph., 23 déc. ; Goz. Piém., 14
déc. ; A. Colla , ibid.)
1841. — Premiers jours de janvier, à Goux (Doubs), effondrement spontané
et très-considérable. C'est une sorte de puits ayant une ouverture d'environ
quinze mètres de circonférence. La profondeur n'a pu être appréciée. (Ph., 17 fé-
vrier.)
— 22 mars, à 6 h. 34 m. du matin, à Coblentz, une secousse: durée, 1 se-
conde; direction du nord-est au sud-ouest; bruit très-fort.
On l'a ressentie sur la Moselle et sur la Lahn. (M. U., 28 mars; Gaz. Piém.,
31 mars ; A. Colla , ibid.)
— 3 avril, vers 1 heure du soir, à Seiches (Maine et Loire), secousse assez
forte avec bruit souterrain. Direction de l'est à l'ouest.
Le même jour , à 5 heures et demie du soir, violentes secousses dans tout le Jut-
land. (M. U., 13 et 16 avril; Gaz. Piémont , 21 avril; A. Colla, ibid.)
— 29 juin , vers 10 heures du matin , dans le département de l'Indre , première
secousse, suivie d'une seconde à quelques minutes de distance; l'une et l'autre fort
légères seraient peut-être restées douteuses sans le bruit souterrain, saccadé et pro-
longé qui les accompagnait.
Le 30, à 11 h. 15 et 25 m., secousses et bruits plus forts à Châtillon-sur-Indre
et à Duzançais.
Le 1" juillet, nouvelle secousse. iJ ni» -i:
, Les quatre jours suivants, grand vent du sud-ouest.
— Nuit du 4 au 5, vers minuit, à Leblanc-sur-Indre, secousses assez fortes
pour ébranler les meubles; à minuit 25 m,, ciel un peu orageux, mais calme.
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 87
A Bligny-sur-Ouche, près d'Arnay-le-Duc (Côte-d'Or) , entre minuit et minuit et
demi, secousses assez fortes pour avoir remué les meubles.
A Bourges, à minuit et demi, mouvement de soulèvement; deux secousses; grand
bruit comme si on eût jeté un lourd fardeau dans les étages supérieurs. Ciel clair,
vent frais. Vers 3 heures, une secousse très-faible.
A Caumacre, près de Rochemore, au sud de Tours (Indre et Loire), vers mi-
nuit, forte secousse dirigée du nord au sud : durée, 2 ou 5 secondes; bruit
semblable à celui qu'une douzaine de diligences auraient pu produire en roulant
simultanément sur le pavé. Dans la soirée, on avait remarqué que les nuages
les plus élevés étaient poussés par le vent de sud , et les plus bas par le vent du
nord.
A Langé, canton de Valençay (Indre), à minuit 28 m., la plus forte secousse; la
seconde, 4 ou 5 minutes après la première; la troisième à 5 h. 44 m.; la der-
nière, très-faible, à 5 h. 45 m. Leur direction a paru du midi au nord. Ciel chargé
au couchant. Le vent d'ouest s'est élevé après les secousses.
' A Pont-Levoy, à minuit et demi , première secousse dirigée du nord au midi, bruit
sourd et profond ; les meubles tremblèrent. A 3 heures et demie , nouvelle secousse;
vent très-fort; il pleuvait abondamment.
A Quinçay , 40 kilomètres au sud de Blois , à minuit et demi , une forte secousse
paraissant aller de l'ouest à l'est. Bruit semblable à celui que produit une voiture
roulant sur des pierres. Vers 3 h. 30 m., secousse moins forte que la première.
Le tonnerre grondait alors dans le lointain.
Près de Nogent-sur-Vernisson (Loiret), minuit '/4, violente secousse dirigée du
nord au sud; les objets se mouvaient à la vue; le ciel était chargé, mais calme :
on éprouvait une chaleur étouffante.
A Chartres, vers minuit et demi, forte secousse. Il y avait un violent orage.
A Donnemarie (Seine et Marne), à minuit 40 m. , trois fortes secousses dirigées
en apparence du sud au nord.
A Rambouillet, vers minuit 57 minutes, violente oscillation de l'ouest à l'est,
bruit très-fort. Le ciel était calme , mais l'orage approchait.
Près de Longjumeau, vers minuit et demi, forte secousse.
A Grignon (Seine et Oise), vers minuit et demi, assez forte secousse dirigée du
nord-est au sud-ouest. Elle s'est renouvelée presque immédiatement après.
A Orsay, M. Jomard, membre de l'institut de France, a compté sept secousses.
La première , la plus forte, était dirigée du sud au nord, vers minuit et demi.
A Sèvres , à la même heure , trois secousses successives , dirigées de l'ouest à l'est .
A Chevreuse, forte secousse du nord-est au sud-ouest. A Meulan, vers minuit et
demi encore, trois secousses successives dirigées du nord au sud.
88 MÉMOIRE
A Paris, encore vers minuit et demi, trois secousses, dont la direction générale
a été du nord-est au sud-ouest.
M. Ârago a reconnu, d'après les registres de l'observatoire, que le tremblement
de terre n'a altéré ni l'horloge du temps sidéral , ni la marche de l'horloge du temps
moyen. Les balanciers de ces deux horloges oscillent dans le plan du méridien.
Une perturbation de deux dixièmes de seconde aurait été manifeste.
On s'est également assuré, par la comparaison des observations antérieures au
tremblement de terre avec les observations postérieures , que l'horizontalité de l'axe
de la lunette méridienne n'a pas seulement changé de trois dixièmes de seconde de
degré. La collimation du cercle mural est également restée constante.
Dans le département de l'Indre , une pendule , qui avait été arrêtée en février
1840, et religieusement laissée à l'heure oîi l'avait arrêtée une personne qui n'est
plus , s'est remise en marche à la commotion la plus forte , celle de minuit et demi ,
et a sonné les heures.
On a aussi ressenti des secousses à Gonesse (Seine et Oise) et à Orléans, où le
temps , très-lourd , paraissait chargé d'électricité. (C. R., t. XIII, p. 28, 80, 149 et
232; l'Institut, n"» 594 et 396; M. U. et J. D. , 8, 9, 10, 11 juillet.)
1841. — 17 juillet, à Cette, fort ras de marée. (C. R., t. XIII, p. 726.)
— 18 juillet, dans l'après-midi , à Gundeffmgen (grand-duché de Bade) et à
Freyburg (Forêt-Noire) , trois secousses. (Lamont , Annal fur Meteor. und Erdmag. ,
t. I,p. 162.)
— 24 octobre, à 2 h. 8 m. du soir, à Cologne, violent tremblement de terre, pa-
reil à celui d'il y a trente ans; maisons ébranlées , murs fendus , cheminées renver-
sées; durée, deux secondes avec bruit souterrain. Un vent chaud et désagréable
avait régné tout le matin. (J. D.; Q. et M. U.,19nov.; Ph. , 26 nov. ;A.Colla,i6i(/.)
— Nuit du 18 au 19 novembre, à Biarritz et sur toute la côte, depuis Boucau
jusqu'à Hindaye (Pyrénées) , tremblement de terre au plus fort d'une tempête épou-
vantable. (M. U. , 30 nov. ; Q. et Ph. , 1°' déc. ; Bulletins de l'acad. de Bruxelles,
t. IX, 1'" part. , p. 188; A. Colla, ibid.)
— 20 novembre. A Dole (Jura) , forte secousse, que je ne cite que sur l'autorité
d'une lettre particulière.
— 2 décembre, à8h. 15m.et8h.50m. du soir, à Lons-le-Saulnier (Jura ) ,
secousses assez fortes. A 8 heures moins quelques minutes du soir, on avait ressenti
une violente secousse à Genève, où le temps avait été remarquablement chaud pour
la saison.
Le 5, à 8 heures du matin , à Lyon , légère secousse, qui s'est manifestée par une
oscillation de quelques secondes , et dont l'effet s'est parfaitement fait sentir.
A Vienne (Isère), la secousse a été plus forte; des meubles ont été renversés.
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 89
(M. U. , H déc. ; J. D. et Ph. , 7 et 8 déc. ; Q. , 10 déc. ; Bulletins de l'acad. de
Bruxelles, t. IX, 1" partie, p. 191; A. Colla, ibid.; Lamont, Annal., p. 165.)
1841. ■ — 10 décembre, à Burgschloss, sur le Neckre (grand duché de Bade),
double secousse très-forte. (Lamont, Annal , ibid.)
— 19 décembre, sur divers points du grand duché de Bade, plusieurs secousses.
{Gaz. de Milan, 29 décembre; A, Colla , ibid.)
Bien que ressenties dans le duché, ces secousses doivent-elles figurer dans ce
catalogue?
1842. — 5 janvier, à 5 h. 15 m. du matin , à Castellane (Var), une assez forte
secousse; environ 10 minutes après, une secousse assez grande. (M. U., 19 janv.)
— Nuit du C au 7 octobre, à Dinan (Calvados), une secousse de 2 secondes,
accompagnée d'un bruit sourd que quelques personnes ont pris pour un coup de
tonnerre. Le ciel était dégagé de tout nuage, et la détonation se fit très-distincte-
ment de bas en haut. L'oscillation semblait se diriger de l'est à l'ouest. (National,
10 octobre.)
— 13 octobre, le soir, à Coblentz, secousse avec grand fracas. A Neuwied,
t ancienne maison du diable et la cuisine du diable ont ressenti la secousse. (M. U.,
20 oct.)
— 15 novembre, à Nantes, une secousse accompagnée de deux détonations.
(M. U., 17 nov.; Bull, de l'Acad. de Bruxelles, t. X., n" 2., p. 16.)
1845. — 15 janvier, vers 4 heures du matin, à Strasbourg , deux légères
secousses plus sensibles en rase campagne. [Courrier Français, 20 janv.)
— 17 mars, vers 1 h. et demie du matin , aux îles de Guernesey et de Jersey,
plusieurs secousses avec bruit comme un roulement de voiture.
On les a ressenties sur plusieurs points du département de la Manche, où un
phare a été éteint par la commotion. [Ph., 19 mars; la Presse; le Siècle; le Cour-
rier Français, 20 mars.)
— 25 mars, 7 h. 50 m. du matin, à Huningue (Bas-Rhin), une secousse; plus
violente à Bâle. Dans cette dernière ville, l'horizon était couvert , le temps nébu-
leux et le vent frais. Le baromètre a baissé d'une ligne et la température est deve-
nue plus basse. Quelques personnes assurent y avoir ressenti dès la veille quelques
légères secousses. La secousse du 25 a aussi été très-forte dans le grand duché de
Bade, où sa direction fut du sud-est au nord-ouest. (G. F., 50 mars; le Courriel-
Français du 51; le National des 50 mars et 1" avril.)
— 28 mars, à 10 h. 6 m. du matin, à Lunéville (Meurlhe), une secousse dans
la partie la plus élevée de la ville. Une maison de la rue Notre-Dame s'est écroulée.
{National, 8 avril.)
— 51 mars, vers les 8 h. et demie du soir, à Bagnères, un bruit sourd a été,
ToM. XVIII. 12
90 MÉMOIRE
dit-on , suivi d'une secousse qui a jeté partout l'épouvante. Le même jour, toute la
ligne des Pyrénées était ravagée par un orage des plus violents. {Courrier Français,
7 avril; National, 10 avril.)
1843. — 6 avril , vers les 6 heures du matin, à Bois-le-Duc , secousses de l'est à
l'ouest durant quelques secondes. On les a ressenties à La Haye, Grave, Bréda,
Weghel, dans le Limbourg et à Maestricht. Des sonnettes ont sonné, des portes se
sont ouvertes. Mêmes phénomènes quarante ans auparavant, un dimanche au soir
(i804). Les secousses se sont étendues jusqu'à Bruxelles.
Perturbations magnétiques du 5 au 7, dans cette dernière ville. {National et Ph.,
11 et 12 avril; Bull, de l'acad. de Bruxelles, an 1843, n" 5.)
— Nuit du 8 au 9 avril, en Suisse, quelques secousses dans les environs de
Genève, avec perturbations magnétiques très-fortes. {Bull, de l'acad. de Bruxelles,
an 1843, n° 5.)
— 21 avril, dans l'après-midi. Espèce de tremblement sous-marin dans la partie
de la digue de mer près de Blockzyl. L'eau fut violemment agitée, et il s'éleva des
jets d'eau lancés à 2 mètres de hauteur avec fracas , pendant 7 à 8 minutes. La
surface est restée trouble et boueuse après le calme. Dans les deux jours précédents,
on avait pris mille livres d'anguilles. (G. F., 1" mai; National du 3 et Courrier
français du 9 mai.)
— 9 mai, à Louvic-Jouzon (Pyrénées), secousses horizontales dirigées de l'ouest
à l'est. {National., et G. F., 18 mai.)
— 28 juin, à 9 b. 27 m. du soir, à Domezain, canton de S'-Palais, dans le
Pays-Basque, secousse assez forte pour qu'on fût balancé sur les chaises, même
au rez-de-chaussée. Elle a duré 5 à 6 secondes. On l'a aussi ressentie à Bazas et à
Bédous, dans la vallée d'Aspe, pendant 2 secondes. (G. F., du 6, Courrier Français
du 7, National du 8 et Ph. du 9 juillet.)
— 16 juillet , dans les Pyrénées, une légère secousse suivie d'une chute de neige ,
à Perpignan, Eaux-Bonnes , Bayonne et au Canigou. Il est tombé de la neige aussi
dans les environs d'Apt, près du Mont Ventoux et dans quelques localités des
Basses-Alpes. (Ph., 30 juillet )
— 28 juillet, à 4 h. 13 m. , à Nantes, léger tremblement pendant quelques se-
condes. La trémulation très-sensible a été accompagnée d'un bruit semblable au
roulement d'une lourde charrette. (Q., 31 juillet.)
— 6 septembre, à 9 h. 20 m. du matin, à Soulce, près de S'-Hippolyte
(Doubs), une forte secousse dans la direction du sud-est au nord-ouest. Au village,
des meubles ont été dérangés et des habitants se sont sauvés dans la rue. (Ph., 13
sept.)
— 3 octobre, vers 9 heures du matin, à Château-Giron, une secousse de 2
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 91
secondes. Elle a été prise par les personnes qui étaient dans les maisons pour un
fort coup de tonnerre, mais plusieurs laboureurs, qui en ce moment étaient aux
champs, ont senti la terre trembler sous eux. De deux couvreurs qui travaillaient
sur l'une des petites tours du château, l'un a trébuché et s'est rattrapé à son échelle,
croyant avoir été poussé par son camarade, tandis que celui-ci avait lui-même
failli tomber.
Le lendemain 6, vers 9 h. 30 m., une deuxième secousse plus forte a duré 40
secondes. Le bruit pouvait être comparé à celui d'une voiture lourdement chargée,
qui eût marché du sud au nord.
On en a ressenti une seule sur les routes de Rennes, de Nantes, de Jeaugé et
sur plusieurs points du département d'Ille et Vilaine, le jeudi 5, à 10 heures du
soir, pendant 2 secondes, et une autre le lendemain. (La Presse, H oct.; Q.,
12 oct.)
— Nuit du 9 au 10 octobre, à Vence (Var), tempête et ouragan épouvantables.
Les dommages se sont étendus jusqu'à Nice.
Le 10 , vers 5 heures du matin , une secousse de tremblement de terre se fit sen-
tir, et c'est depuis ce moment que l'ouragan sembla avoir diminué pour ne cesser
cependant que sur les 7 heures. ( Q. , 17 oct.; Ph., 20 oct.)
— 21 décembre, à 10 heures du soir, à Giromagny, Rougegoutte (Haut-Rhin)
et une grande partie de l'Alsace, une assez forte secousse de 2 secondes. Elle
a été précédée d'une clarté si vive qu'elle a effacé la lumière des chandelles. Dans la
vallée de Munster, la lumière a embrassé tout l'horizon et égalé, dit-on, celle du
jour; la secousse a été ressentie fortement. Dans certaines localités on n'a pas
éprouvé de secousse, on n'a pas entendu de détonation, mais on a aperçu la clarté.
{National, 29 déc; Q., 30 déc; Ph., janv. 1844.)
— 22 décembre, à 4 heures moins quelques minutes de l'après-midi, à Cher-
bourg, une secousse. On s'en est à peine aperçu en ville, mais elle a été très-forte
dans tout le quartier des Miellés et de Tourlaville. On l'a ressentie aux environs de
Saint-Malo , à peu près à la même heure. Plusieurs habitants de la commune de
Taramé ont afBrmé que leurs maisons avaient été fortement ébranlées. A Guernesey
on a éprouvé une secousse très-forte (Ph., 16 janvier 1844.)
92 MÉMOIRE
RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS.
Sans approcher de l'étendue de celui de la Péninsule Italique, ce
catalogue est plus vaste encore qu'on aurait pu l'espérer; les commo-
tions souterraines n'ayant pas, en France et en Belgique, les résultats
désastreux qui désolent et ravagent d'autres contrées, n'ont pas dû
être notées avec soin dans les siècles antérieurs ; aussi n^ai-je pu faire
de recherches avec assez de succès que dans les feuilles périodiques.
Là, sans doute, je n'ai pas trouvé de descriptions aussi complètes
sous le point de vue scientifique que je l'aurais désiré j cependant les
circonstances essentielles de durée , de direction , etc., y sont souvent
relatées d'une manière satisfaisante , et je ne doute pas qu'entre des
mains habiles ce catalogue, malgré son imperfection, ne puisse
conduire à d'heureuses inductions sur la nature et la cause du phé-
nomène.
Quoique je ne veuille pas attaquer aujourd'hui la discussion sous
ce point de vue, je ne puis m'empêcher de résumer les faits et d'en
tirer quelques conséquences évidentes. Ainsi , en groupant les secous-
ses par siècles et par mois , et ne regardant comme tremblement de
terre distinct, comme phénomène unique, que les commotions qui ,
dans un même lieu , se sont succédé à un certain intervalle de temps ,
plus de huit jours , par exemple , sans qu'on ait rien ressenti dans
l'intervalle, j'ai dressé le tableau suivant :
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE.
95
Tremblements de terre ressentit en France et en Belgique, depuis le commen-
cement du I V' siècle de notre ère jusqu'à nos jours.
ITEC DATES
DE JOOaS ou DE
■OIS.
A'
•ATSI H
Ci
autoinn.
uuo».
PHnt.
el
11
TOTAL.
JtaT.
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Cet.
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9
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s
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s
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n
9
XIV .
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2
9
1
1
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XV. .
«>
9
1
S
0
1
14
XVI .
6
6
9
9
6
*
9
5
3
»
61
XVII .
13
15
7
3
3
8
6
11
»
n
91
XTIII.
âO
20
17
20
11
18
15
13
23
28
1
■>
237
XIX .
27
17
91
13
13
8
17
15
91
25
1
»
211
88
64
53
55
42
36
40
50
60
78
9
9
35
702
Hiv(
;r . .
200
Printemps
.133
Été
137
Auto
mne.
186
Ne sont pas compris dans ce tableau : 1° les tremblements de terre
ressentis à Vienne (Isère), vers 468; ils paraissent s'être renouvelés
pendant toute le carême , d'une manière violente , car on institua ,
dit-on, les Rogations dans l'espoir de faire cesser le fléau; 2" les
secousses qui semblent avoir été générales en Europe , vers 750 ou 752;
3° les commotions qui , vers 1155 , désolèrent la Bourgogne pendant
trois hivers presque consécutifs; 4° les secousses qui, après avoir été
continuelles à Vannes pendant quarante jours, se renouvelèrent en
Bretagne pendant toute l'année 1286; 5*" celles qui désolèrent Clans-
94 MÉMOIRE
sayes et les villages voisins (Drôme) en 1772 et 1773; 6° enfin , celles
qui furent ressenties dans toutes les communes du canton d'Oisans
(Isère), durant l'hiver de 1838 à 1839, et qui paraissent avoir eu leur
foyer en Maurienne. J'ai aussi rejeté trois tremblements de terre ressen-
tis en Corse, comme se rattachant plutôt à l'Italie qu'à la France.
Tous trois ont eu lieu en octobre et ne sont pas relevés non plus dans
le tableau relatif à la Péninsule Italique. Mais j'en ai pris quelques-
uns ressentis à Jersey etGuernesey, deux îles géographiquement
françaises.
Durant la même période de temps, l'Italie, comme je l'ai dit, en
présente 1 134, non compris une dizaine de phénomènes complexes de
plus d'un mois de durée , et l'Europe entière , augmentée des parties
adjacentes de l'Afrique et de l'Asie, 3249 dont voici le résumé mensuel :
Janvier 3i4 Avril 222 Juillet 20S Octobre 238
Février 257 Mai 199 Août 223 Novembre. ... 219
Mars 236 Juin 195 Septembre ... 205 Décembre. ... 287
Hiver 807 Printemps. . . 616 Été 633 Automne. . . . 744
Dans ce résumé ne sont pas compris :
1" 68 tremblements de terre cités avec dates de saisons seulement,
dont 52 en automne et en hiver et 16 dans le printemps et l'été.
2° 381 tremblements donnés sans autre date que celle de l'année.
3° Enfin, environ 100 tremblements déterre, que leur durée plus
ou moins longue excluait d'un résumé mensuel.
Nos contrées concourent donc pour une partie assez notable dans le
nombre des secousses qui ébranlent si souvent encore le sol de notre
vieille Europe. L'Italie, d'une étendue beaucoup moindre, nous en offre
un nombre beaucoup plus grand; mais je dois remarquer que la pres-
qu'île Scandinave, bien que souvent agitée par des commotions sou-
terraines, puisque dans la seule année 1827, on a compté, à Leuroë
seulement, 26 jours marqués par des tremblements de terre , ' ne m'en
' En voici les dates: 7 et 18 mars; 25 avril, Id, 13, 17, 18, 27, 28, 29, mai; 2, 5, 4, 5, 6 juin;
25, 26 septembre; 21, 23, 25 octobre; 22, 24, 29 novembre. En somme 37 secousses.
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 95
a présenté qu'un très-petit nombre, et le vaste empire de Russie un
nombre beaucoup moindre encore, sans doute parce que je n'ai pas
eu à ma disposition des sources où je pusse puiser.
Relativement au temps, les tremblements de terre ne paraissent pas
se manifester toujours avec le môme degré de fréquence. Sans parler
des siècles passés dont nous ne pouvons rien savoir sous ce rapport,
nous remarquons, depuis le commencement de celui-ci , deux années,
1811 et 1816, où il n'est fait mention d'aucune secousse comme ayant
été ressentie dans nos contrées. La dernière, si malheureuse pour la
France, où sévit la famine, n'en présente non plus qu'un bien petit
nombre pour l'Europe entière ( 1815 en offre II et 1816, 9 seule-
ment). Le manque de faits est-il réel où doit-il être attribué aux pré-
occupations des feuilles politiques, qui, commençant alors à se livrer
à la discussion des affaires du temps , auraient négligé de mentionner
le phénomène? Cependant elles sont pleines des récits des pluies con-
tinuelles qui régnèrent à cette époque. Quoi qu'il en soit, je ne pense
pas qu'on puisse tirer aucune conséquence de ce rapprochement
d'une année pluvieuse et marquée par une absence presque complète
de commotions souterraines; on pourrait citer bien des exemples con-
traireSj parmi lesquels il me suffira de rappeler l'année qui vient de
s'écouler : elle a été l'une des plus fécondes en tremblements de terre
dans nos contrées comme dans l'ensemble de l'Europe.
Dans ce mémoire , les années 1802, 1806, 1814 et 1818 présentent
des faits nombreux, avec un indice de périodicité. Mais les années
1828 et 1829, puis 1837 et 1838, et enfin 1840, 1841 et 1843, plus
fécondes encore en tremblements de terre, ne me paraissent montrer
aucun signe de périodicité dans les recrudescences du phénomène.
J'avouerai toutefois bien volontiers qu'un espace de 43 ans, sans obser-
vations suivies, est insuffisant pour se prononcer à cet égard.
Si l'on veut comparer entre elles, non plus les années entières,
mais les diverses saisons, on arrive à des contrastes tranchés, et qui
permettent d'en tirer des conséquences aussi curieuses qu'intéres-
santes pour la science.
96 MÉMOIRE
En général , les tremblements de terre sont plus fréquents dans
certaines saisons et même dans certains mois que dans d'autres.
Tel est le principe fondamental qui résulte avec évidence de mes
recherches, et que le grand nombre de faits sur lesquels il se fonde
rend incontestable. Je ne prétends pas toutefois le donner comme
nouveau ; il est presque de croyance populaire en Amérique, et c'est
même dans le but de vérifier cette opinion, énoncée par M. Arago dans
les Instructions de Vacadémie des sciences au commandant de la
Bonite, que j'ai entrepris ce travail il y a plus de trois ans. M. de
Christol , mon collègue à notre faculté , me communiqua alors quel-
ques notes manuscrites qu'il avait rédigées pour son cours de géologie,
et me fit connaître les résultats du travail de M. le professeur Mérian
sur les tremblements de terre ressentis à Bâle : ce fut pour moi un
encouragement, et je me mis à l'œuvre, mais (je me hâte de le dire) sans
système arrêté à l'avance. Depuis, j'ai retrouvé la même opinion dans
Sonnerat et Legentil , relativement aux îles de la Sonde ; je l'ai revue
ailleurs encore; mais comme nulle part je n'ai trouvé de preuves à
l'appui , qu'il me soit permis au moins de revendiquer le faible mé-
rite d'avoir confirmé par une masse imposante de faits , un principe
général qui doit servir de base aux théories futures,, par lesquelles on
cherchera désormais à expliquer le phénomène.
En représentant par 1 le degré moyen de fréquence mensuelle des
tremblements de terre , celui de chaque mois s'obtiendra en divisant
le nombre relatif à ce mois par la moyenne mensuelle; en d'autres
termes, je multiplie le nombre des tremblements ressentis dans un
mois par 12, et je le divise par le nombre total des faits mentionnés
avec dates de mois; c'est ainsi qu'ont été obtenus les nombres consi-
gnés au tableau suivant :
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE.
9T
Degrés de fréquence mensuelle des tremblements de terre en France et en Bel-
{ 1 y^l^^t *" Italie et en Savoie, en Europe et aux Antilles.
MOIS.
raiNCE
et Belgique.
ITALIE
et Savoie.
EUROPE
enliire.
ABCmPEL
dei Antilles.
Janvier
1.52
1.31
1.35
1.02
Février
1.17
1.99
1.10
0.73
Mars
0.07
1.18
1.61
0.80
Avril
1.01
0.07
0.05
0.89
Mal
0.77
0.60
0.97
1.10
0.85
0.83
0.75
0.82
Juin
Juillet
0.80
0.79
0.88
0.89
Août
0.73
0.01
0.96
1.23
Septembre
0.91
0.73
0.88
1.43
Octobre
0.88
1.14
1.09
1.43
Novembre
i.og
0.70
0.94
1.09
Décembre
1.43
1.01
1.23
0.83
Ce tableau peut se représenter par quatre courbes que je désigne
sous le nom de courbes seismiques, ou courbes de fréquence men-
suelle des tremblements de terre. Comme dans toutes les applications
de ce genre, le tracé graphique m'a paru plus propre que les nombres
mémc*^ du tableau à présenter d'un coup d'oeil la marche du phéno-
mène dans l'ensemble des lieux dont je m'occupe.
La /f^. 1 se rapporte à la France.
La flg. 3 id. à l'Italie.
La fig. 3 itl. à l'Europe.
IjA fig. i id. aux Antilles.
Dans toutes ces courbes la ligne horizontale ab correspond au de-
gré moyen de fréquence mensuelle.
En désignant par l'expression variation ou oscillation seismique la
différence entre les ordonnées extrêmes de ces courbes ou la diffé-
rence entre les degrés maximum et minimum de fréquence mensuelle,
Ton. XVin. 13
98 MÉMOIRE
on trouve que cette oscillation est respectivement représentée pour
chaque courbe par les nombres 0,86; 0,49; 0,52 et 0,68. Malgré ses
irrégularités, la courbe d'Italie est celle qui s'écarte le moins de la
moyenne.
On remarque encore, dans le tableau et les courbes, des anomalies et
des différences dont on ne peut guère espérer de trouver les causes
que dans des influences locales.
Ferai-je un rapprochement qui ne parait que curieux? C'est que la
courbe seismique de l'Italie et celle de l'Europe présentent un mi-
nimum correspondant au mois de novembre, et qu'un certain nombre
des courbes barométriques données par M. Dove, dans les Annales
de Poggendorff; an 1843, n" 2, p. 177-201 , offrent quelque chose
d'analogue. Bien que ces courbes ne se rapportent pas exclusivement
à l'Europe, ne pourrait-on pas soupçonner une relation cosmique
entre les deux phénomènes? N'existe-t-il pas une relation entre les
pressions atmosphériques et les marées?
Si l'on veut grouper les saisons par couples, on trouvera une ex-
pression générale et plus constante. Ainsi , on a en France , pour six
mois :
Du d" octobre au 31 mars (automne et hiver) 595 tremblements.
Du 1" avril au 30 septembre (printemps et été) .... 272 id.
or,
-. 393 = 263,33;
3
et je trouve 272 , ou un peu plus des deux tiers.
La même combinaison donne pour l'Italie :
Du 1" octobre au 31 mars 568 tremblements.
Du 1" avril au 30 septembre 470 id.
-'>b «J
or,
-. 568 = 454,4;
5
et. je trouve 470 , ou un peu plus des quatre cinquièmes.
«.f
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE.
99
Enfin , pour l'Europe, on aurait dans les mêmes périodes :
Du 1" octobre au 31 mars 1603 tremblemeoU.
Du 1" avril au 30 septembre 1265 id.
or,
-■ 1603 = 1282,4 et -• 1603 = 1202,25;
et je trouve 1265, nombre compris entre les deux précédents.
En d'autres termes, en représentant par 1 le degré de fréquence
du phénomène durant les six premiers mois, il sera représenté par
0,688607 pour les six derniers en France et en Belgique , par 0,827466
en Italie et en Savoie, et enfin par 0,789145 en Europe. Dans le pre-
mier mémoire présenté à l'académie, j'avais trouvé des rapports un
peu moins forts.
Dans le cours de mes recherches , j'ai antérieurement trouvé rela-
tivement à l'Europe, la valeur 0,73237 dans les quinze premiers siè-
cles , le nombre 0,73563 pour l'ensemble des quinze premiers siècles
et de la première moitié de celui-ci ; enfin le nombre un peu plus fort
0,74187 pour le dix-neuvième siècle pris séparément.
Ainsi , le nombre des faits ayant augmenté d'un tiers à peu près , ce
rapport a augmenté de 0,05 environ , ou de un quinzième de sa va-
leur primitive.
Considérons enfin les quatre points critiques de l'année, les solstices
et les équinoxes; nous aurons pour deux mois les nombres inscrits au
tableau qui suit :
MOIS.
FRANCE
et Belgique.
ITALIE
et Savoie.
E cao PE
eatiére.
Décembre el janvier ( soUtice d'hiver) . .
Juin et juillet (solstice d'été)
Mars el avril (équinoxe de printemps). .
Septemb. et octob. (équinoxe d'automne).
161
83
108
98
189
163
189
159
COI
400
458
443
100 MÉMOIRE
Le solstice d'hiver présente ici une prépondérance marquée. Pour
les Antilles , c'est l'équinoxe d'automne qui parait l'emporter.
Quant aux régions où, dans nos contrées, les tremblements de terre
semblent être les plus fréquents, je placerai en première ligne, le
bassin du Rhin et le bassin du Rhône, peu inférieur au premier. Vien-
draient ensuite les bassins de la Loire, de la Seine , de la Garonne et
enfin de la Meuse. Je ferai néanmoins observer que je ne rapporte pas
au bassin de la Garonne toutes les secousses qui ont ébranlé les Pyré-
nées , dont la chaîne, vu son peu d'étendue relative, me paraît être
plus sujette aux commotions souterraines que toute autre région de
la France et de la Belgique. Ramond y a compté soixante-trois trem-
blements de terre dans une seule année. {Comptes-rendus de Vacad.
des sciences, 1. 1, p. 322 et 469.)
Parmi les localités peu étendues, on peut citer en première ligne les
départements du Bas-Rhin et de Tlsère; puis ceux de Maine-et-Loire
et de la Seine-Inférieure ; viennent ensuite ceux de la Charente-Infé-
rieure, des Bouches-du-Rhône, de Vaucluse et de la Loire-Inférieure.
A l'exception des deux premiers qui se rapprochent de la Suisse où
les tremblements de terre sont fréquents (comme le montre ce Cata-
logue, où la ville de Bâle est plus souvent citée que toute autre), il est
à remarquer que les autres se trouvent sur les côtes ou peu éloignés
des bords de la mer. Si souvent ébranlé dans les siècles antérieurs , le
sol de Mayence paraît s'être raffermi dans celui-ci , durant lequel les
secousses sont devenues plus fréquentes à Coblentz et à Cologne.
Il est certains lieux où les secousses, très-fréquentes à une certaine
époque, paraissent ne s'être renouvelées que rarement. Sans parler
de Vienne, dans le département de l'Isère , où les commotions nom-
breuses vers le milieu du cinquième siècle se sont assez souvent répé-
tées dans la suite , on peut citer Mayence, comme je viens de le dire ;
la Bourgogne , qui paraît avoir été agitée pendant trois hivers con-
sécutifs, vers le milieu du douzième siècle; la Bretagne dont j'ai
déjà rappelé les nombreuses secousses en 1286; enfin le village de
Clanssayes, dans le département de la Drôme, où les secousses, si
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 101
fréquentes en 1772 et 1773, paraissent constituer un phénomène
unique et isolé qui ne s'est plus renouvelé.
i . Du reste, c'est ainsi qu'en Maurienne, où les tremblements de terre
sont assez rares, surtout relativement à ceux qu'éprouvent la Suisse et
la Haute-Italie, le sol a été dans une oscillation presque continuelle
durant quinze mois de ces dernières années, comme le montre l'extrait
suivant d'un mémoire que je dois à l'obligeance de monseigneur Alexis
Billiet , archevêque de Chambéry.
•n Du 19 décembre 1838 au 18 mars 1840, il y a eu 52 jours dans
lesquels la terre a tremblé en Maurienne. Monseigneur Billiet n'a pas
compté moins de 109 secousses. Les divers jours de tremblement se
répartissent ainsi :
Janvier 3 Avril 3 Juillet 0 Octobre S
Février 3 Mai 4 Août 0 Novembre. ... 1
Mars 18 Juin 3 Septembre. ... 0 Décembre ... 13
HivEK .... 23 Printemps . . 10 Été 0 Actoune ... 19
Le savant prélat fait observer que les tremblements de terre, après
avoir été fréquents durant les mois de février, mars, avril et mai,
cessèrent totalement aux mois de juillet, août et septembre, pour
recommencer à ceux d'octobre, novembre et décembre. L'année 1839,
dit-il encore, a été remarquable par une grande sécheresse. On a été
sans pluie en Savoie pendant 80 jours. Durant ce temps on n'a presque
pas observé d'électricité atmosphérique; au mois de septembre, au con-
traire, les pluies ont été abondantes et accompagnées de beaucoup
d'électricité.
Eh bien! à Clanssayes, après quelques secousses le 8 juin 1772 et
dans le reste du mois, on n'éprouva plus rien en juillet, août, sep-
tembre et octobre. Elles recommencèrent le l^r novembre, et furent
plus fortes dans les deux premiers mois de 1773 ; puis du 25 février au
1er juin suivant, on ressentit quelques ébranlements légers qui se re-
nouvelèrent le 7 juillet. De ce jour au 13 octobre, on n'éprouva plus
102 MÉMOIRE
rien. Le 13, les secousses recommencèrent et finirent en décembre.
L'analogie dans l'interruption du phénomène durant les mois d'été
est donc frappante. Il est vrai que M. Faujas de S'-Fond fait observer
qu'à partir du 25 février 1 773, époque à laquelle les secousses devinrent
plus rares à Clanssayes , elles augmentèrent de violence dans les envi-
rons; mais les mois d'été n'ont pas moins présenté une première inter-
ruption comme dans le phénomène de 1839, et d'ailleurs il y a eu
déplacement du foyer d'activité principale, comme on en remarque
un indice dans les tremblements de Maurienne; car, tandis qu'on ne
ressentait plus rien dans ce pays , la terre a tremblé plusieurs fois à
Annecy, dans le courant du mois d'août, principalement les 7, 8, 9,
11, 16et27.
Quant aux apparitions concomitantes de phénomènes électriques ,
on peut se rappeler ce qu'observa Faujas de S^-Fond à Tulette.
Mgr. Billiet pense aussi qu'il y a eu de l'électricité mise enjeu dans les
tremblements de terre de Maurienne. Enfin, dans les deux localités,
le bruit a constamment ou à peu près constamment précédé les secous-
ses, dont la direction a toujours aussi été la même : à Clanssayes de
l'ouest à l'est, en Maurienne du nord-ouest au sud-est.
Si je me suis étendu aussi longuement sur des secousses qui parais-
sent étrangères à ce mémoire, c'est non-seulement parce que j'ai
trouvé des rapports frappants entre les deux phénomènes, mais en-
core parce que les tremblements de terre de Maurienne se sont éten-
dus en France, au moins en partie, comme le prouve la lettre adressée
le 15 avril 1839, à monseigneur Alexis Billiet, alors évéque de Mau-
rienne, par M. l'abbé Barruel, recteur de Vausany, dans le diocèse
de Grenoble. (En voir un extrait sous la date du 26 mars 1839.)
Nous remarquerons encore que le bruit a toujours précédé les se-
cousses, et que leur direction , coupant d'ailleurs à angle droit celle
qu'on a observée en Maurienne, a été constamment la même.
Nous venons de voir dans trois localités différentes les secousses
suivre une direction variable de l'une à l'autre , mais constante pour
chacune d'elles, pendant toute la période de temps durant laquelle
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 105
elles se sont renouvelées. En sera-t-il de môme pour celles qui les ont
précédées ou qui les suivront à de longs intervalles ? En d'autres
termes, les secousses ont-elles toujours, dans une même localité, la
même direction? Dans un même bassin ou une même chaîne de
montagnes, ont-elles toujours la même orientation soit absolue, soit
relative à celle de la chaîne ou du bassin?
On serait porté à répondre affirmativement; les circonstances qui
accompagnent les tremblements de terre étant en général les mêmes,
on est tenté d'en rapporter toutes les secousses à une cause unique, et
dès lors l'identité des effets qui ne varient guère que par l'intensité,
parait évidente. D'ailleurs, Ramond, qui a tant et si bien exploré les
montagnes des Pyrénées, dit que la direction des secousses y est tou-
jours celle de la chaîne. Qu'on me pardonne de transcrire ici textuel-
lement ce qu'il a imprimé sur ce sujet dans le tome XII du Journal
des mines, pages 95 et 96.
« J'ai éprouvé moi-même, dit ce savant, un grand nombre de
» commotions, dont plusieurs assez fortes pour mettre en péril de
» vieux édifices et renverser des cabanes peu solides. Elles sont plus
)) communes en certaines années que dans d'autres, plus au printemps
)) et en automne qu'en été et en hiver , plus surtout après les grandes
» pluies de l'arrière-saison , qui pénètrent plus profondément la terre,
» parce que la végétation est sur son déclin et n'a plus la force d'as-
» pirer l'humidité. Alors j'ai ressenti jusqu'à dix ou douze secousses
» dans l'espace d'une nuit, et je me suis parfaitement assuré que,
)) quoique les oscillations eussent communément lieu dans le sens du
» nord au midi , cependant la propagation se faisait dans le sens de
» la chaîne, en sorte que tous les terrains, successivement ébranlés,
» se trouvaient réellement sur le même parallèle. Cette apparente
» contradiction est facile à expliquer; une explosion qui parcourt
)) une file de cavités éloignées , doit exercer toute son énergie sur leurs
» parois latérales , et leur imprimer des mouvements de vibration
» qui les écartent et les rapprochent dans une direction qui croise à
» angles droits la ligne de propagation. J'ai encore reconnu que Ba-
104 MÉMOIRE
)) gnères n'était pas ordinairement le lieu le plus fortement ébranlé,
» et que le maximum de l'ébranlement correspondait toujours à
» quelque point plus occidental. Je me suis assuré en outre que la
» plaine adjacente était rarement affectée de ces commotions , et ne
M recevait que des arrière-secousses dans les tremblements de terre
» les plus considérables. Ces agitations reconnaissaient de semblables
)) limites du côté des montagnes primitives, où elles sont aussi rares
» qu'elles sont fréquentes dans les montagnes secondaires. Là s'élève
» \epic du Midi, qui a près de trois mille mètres de hauteur absolue
)) et plus de mille de hauteur relative. J'y suis monté dix-huit fois, et
» souvent à l'époque des tremblements de terre , avec le désir de re-
)) connaître si cette cime aiguë et isolée participait aux ébranlements
» excités dans les montagnes qui couvrent ses bases. Deux fois je me
» suis trouvé au sommet précisément à l'instant où l'on éprouvait au
» nord diverses commotions j ce sommet est demeuré immobile, et je
M n'ai rien ressenti.
» Au reste, le sol primitif a aussi ses tremblements de terre, et or-
» dinairement ils se renferment de même dans les limites du chaînon
» auquel ils appartiennent. Ceux que j'ai été à portée d'observer ,
» parcouraient \a parallèle sur laquelle se trouvent Barèges, S^-Sau-
» veur, Cautères, les Eaux-Bonnes et les Eaux-Chaudes. Ils procé-
» daient évidemment des mêmes foyers où se minéralisent et s'échauf-
» fent ces diverses sources. Dans les montagnes de cet ordre , il y a
» peu de cavernes. »
J'ai cité textuellement; suivant cet auteur, les secousses se propa-
gent toujours dans le sens de la chaîne, mais les oscillations ont lieu
communément dans le sens nord-sud, c'est-à-dire, suivant une di-
rection perpendiculaire à celle du mouvement de propagation. Nous
devons donc ici nous en rapporter à l'habile observateur , qui parle
d'après des faits dont il a lui-même été témoin. Il est regrettable , ce-
pendant, qu'il ne les décrive pas et ne nous initie point à la discus-
sion à laquelle il les a soumis ; car bien que du petit nombre de
tremblements de terre inscrits dans ce mémoire avec la circonstance
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 105
explicite de la direction des secousses , on puisse tirer la même con-
clusion, le sens de Ja chaîne et la direction de l'ouest à l'est étant le
plus souvent mentionnés, rien là ne justifie l'hypothèse de ces ca-
vernes dont les parois latérales sont ébranlées d'un mouvement vi-
bratoire. Dans les idées de Ramond , la direction des secousses devait
être toujours la même; pour lui, le foyer d'impulsion étant invaria-
blement fixé à l'extrémité occidentale de la chaîne^ dans le départe-
ment des Basses-Pyrénées, l'effet devait être constant; mais le principe
est-il fondé? est-il certain? et s'il ne l'est pas? si la cause n'agit plus
dans un point unique et invariable , que deviennent les conséquences?
N'étant pas en général initiées à cette distinction aussi délicate qu'im-
portante, les personnes qui ont rapporté les secousses et leur direc-
tion n'ont fait qu'énoncer une impression rapide et presque instan-
tanée; elles ont parlé du mouvement qu'elles ont reconnu au sol,
mais sans vouloir indiquer la direction où se trouvait le centre d'é-
branlement. Nous ne ferons nous-même que constater le fait, en
attendant de nouvelles et de plus exactes observations. D'ailleurs,
n'oublions pas qu'on trouve aussi dans ce catalogue toutes les autres
directions intermédiaires, par exemple, celles du nord-ouest au sud-
est, et celles du sud-ouest au nord-est.
Hàtons-nous toutefois de proclamer l'exactitude de sa proposition
sur les divers degrés de fréquence du phénomène dans les différentes
saisons. Contrairement à ce qui a lieu dans l'ensemble de la France et
de la Belgique, dans les Pyrénées les tremblements de terre sont aussi
ou même plus fréquents en été qu'en hiver , aussi communs au prin-
temps qu'en automne, et le nombre des faits qui ont lieu dans les
deux premières saisons est à peu près au nombre relatif aux deux au-
tres comme 2 : 3.
Dans les quatre grands bassins du Rhône , de la Seine , de la Loire et
de la Garonne, on trouve les directions orthogonales des méridiens et
des parallèles mentionnées à peu près le même nombre de fois; il n'y ,
a que celui du Rhin qui présente plus souvent la direction nord-sud
ou celle de la vallée. D'ailleurs , des commotions simultanées dans des
Ton. XVIII. U
106
MÉMOIRE
lieux assez peu éloignés les uns des autres ont été remarquées plus
d'une fois comme affectant des directions rectangulaires entre elles.
Néanmoins, il parait qu'on peut dire en général que les ébranlements
suivent le sens des vallées et des chaînes de montagnes, ou les coupent
orthogonalement. Mais le mouvement de propagation affecte-t-il la
première ligne? La seconde n'appartient-elle qu'au mouvement oscil-
latoire? Double question qu'il ne m'est pas permis de résoudre encore.
Quelque peu exactes, quelque peu sûres que soient les directions
indiquées comme étant celles des secousses , j'ai cru cependant devoir
les comparer entre elles. Pour effectuer cette comparaison, j'ai pris
seulement les huit rhumbs principaux de la rose des vents dans le
relevé des citations qui se trouvent consignées dans ce mémoire, puis
divisant leur nombre 149 par 8, j'ai eu la moyenne^ par laquelle j'ai
divisé le nombre absolu mentionné pour chaque rhumb. C'est ainsi
que j'ai obtenu les nombres inscrits au tableau suivant :
DIRECTIONS DES SECOUSSES.
RAPPORTS.
Du nord au sud
1.50
0.45
1.88
0.59
1.02
0.96
0.91
0.09
De Test à Fouest
Du sud au nord
Du sud-ouest au nord-est
Du Dord-ouest au sud-est
En ne tenant pas compte du sens du mouvement , mais en groupant
ensemble les directions opposées, de manière à les rapporter à quatre
lignes rectangulaires deux à deux et faisant entre elles des angles de
45'*, on obtient les résultats suivants, la moyenne étant 1, comme
dans le tableau précédent.
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE.
107
DIRECTIORi DES lECOPUES,
abftractioo faita du leos dn nuuTvmeal.
KArrOETS.
Du nord au iud et du sud au nord
1.30
Du nord-est au sud-ouest et inversement . .
0.70
De l'est à l'ouest et de l'ouest à l'est ....
1.40
Du sud-est au nord-ouest et vice versa . . .
0.04
Ces tableaux peuvent se représenter graphiquement par des courbes
que je désignerai sous le nom de roses seismiques, fig. 5 et fig. 6, où
les lignes ab, parallèles aux abscisses, correspondent à l'ordonnée
moyenne.
Dans la fig. 5, le rhumb inscrit au pied des ordonnées est celui
d'où venait, ou mieux, d'où semblait venir le mouvement.
Dans la fig. 6 , les ordonnées correspondant à deux directions op-
posées, seraient les demi-sommes des ordonnées de la fig. 5, si je
n'avais pas eu quelques directions données sans origine à y ajouter.
J'ai aussi tracé ces courbes en coordonnées polaires; ce système
parait plus naturel que le premier. Mais les lignes ainsi obtenues
étant peu gracieuses , je me dispenserai de les construire ici.
J'ai appliqué les mêmes calculs à l'Italie et à l'Europe ; l'Italie pré-
sentant 110 citations et l'Europe 424. C'est ainsi que j'ai dressé le
tableau qui suit :
DIBECTI0.1S DES SECOCSSES,
ea tenant compte du sens du mouvement.
ITALIE.
EUBOPE.
Du nord au sud
Du nord-est au sud-ouest
1.09
0.04
3.35
0.04
1.09
0 51
0.87
0.29
1.28
0.60
1.74
0.09
1.15
0.93
0.85
O.GO
De l'est à l'ouest
Du sud-est au nord-ouest
Du sud au nord
Du sud-ouest au nord-est
De l'ouest à l'est
Du nord-ouest au sud-est
108
MÉMOIRE
DIRECTIONS DES SECOUSSES ,
abslraction faite du sens du mouvement.
ITALIE.
EUROPE.
Du nord au sud et du sud au nord
Du nord-est au sud-ouest et inversement . .
De l'est à l'ouest et de l'ouest à l'est ....
Du sud-est au nord-ouest et vice versa . . .
1.09
0.73
1.56
0.C2
1.22
0.76
I.ÔO
0.88
Ces tableaux sont représentés fig. 7 et fig. 8 pour l'Italie, fig. 9 et
fig. 10 pour l'Europe.
Enfin les fig. 11 et 12 forment des tableaux d'assemblage des cour-
bes déjà tracées, et permettent de suivre plus facilement leur marche
relative.
Maintenant, si nous regardons la cause du mouvement dans un sens
déterminé comme proportionnelle en intensité au nombre de fois que
les secousses ont eu lieu dans ce sens, ou comme représentée par les
nombres inscrits aux tableaux précédents, et que nous composions ces
nombres comme des forces, nous trouverons une résultante dont la
situation pourra être regardée comme la direction moyenne des trem-
blements de terre dans chaque région. C'est ainsi qu'a été dressé ce
dernier tableau :
RÉGIONS.
DIRECTION
de la résultante.
INTENSITÉ
de la résultante.
France et Belgique '.
Italie et Savoie
N. 71'27' E.
0.3S
N. 94° 9' E.
N. 94-42' E.
2.15
0.74
Europe
Pour interpréter les nombres inscrits dans la troisième colonne , il
suffit de se rappeler ce que représentent ceux des tableaux précédents.
On verra ainsi que sur huit cents tremblements de terre , il y en a :
En France 55 dirigés du N. 71°27' E, au S. 71"27' 0.
En Italie 213 dirigés du IN. 94° 9' E, au S. 9/*° 9' 0.
En Europe 74 dirigés du N. 94'>42' E, au S. 94''42' 0.
SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 109
Celte direction moyenne parait varier avec le temps ; elle n'est plus
dans ce siècle ce qu'elle était dans le précédent. Son mouvement angu-
laire m'a même paru être en relation avec le mouvement angulaire
de la direction moyenne des vents; mais je ne puis aujourd'hui éta-
blir aucun rapport simple sur ce sujet, aussi curieux qu'important,
et que je me propose d'étudier encore.
Quant aux circonstances qui accompagnent le phénomène, aux
apparitions météorologiques qu'on a remarquées simultanément, je
n'y vois rien de particulier. Moins désastreux que dans d'autres ré-
gions, en Italie, par exemple, les effets des secousses se sont cependant
étendus sur de vastes contrées , et souvent on les a observés à de
grandes profondeurs, v. g., au fond des mines. Ainsi, M. l'ingénieur
Lefort a fait une observation curieuse sous ce point de vue.
Extrait du bulletin de service du puits foré de Grenelle. — (c L'eau
)> ayant monté une grande quantité de vase et de sable pendant la
M nuit du 23 au 24, la cuvette s'était abaissée et avait fait fermer la
)) soupape de distribution. Le 24, au soir, l'eau était revenue claire
)) et ne montait presque plus de sable. » (C. R., t. XVIII, p. 49.)
Le 22 décembre 1843, vers 4 heures du soir, c'est-à-dire moins
de deux jours avant l'observation de M. Lefort, il y avait eu un trem-
blement de terre à Cherbourg et aux environs. Cependant, il est re-
marquable que des hommes qui travaillaient dans les mines de l'ile
de Sark , à plus de 400 pieds de profondeur , n'ont rien entendu , rien
ressenti du choc , quoique au-dessus de leurs têtes la commotion eût
causé de grandes alarmes. Le chauffeur de la machine à vapeur de
ces mines a remarqué que le piston frappait avec une grande violence,
et il pensait que le générateur était brisé.
Je m'arrête ; je ne crois pas devoir discuter complètement la ques-
tion. Ce mémoire est déjà bien long pour être présenté à une société
savante, et la discussion générale du phénomène doit se fonder sur
un certain nombre de mémoires particuliers non encore rédigés.
Cependant je ne puis pas m'empécher de citer un dernier fait ,
contraire à une opinion bien répandue. On croit généralement que les
i
110 MÉMOIRE SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE.
tremblements de terre sont excessivement rares dans nos contrées.
Eh bien! depuis 1834 inclusivement, nous avons éprouvé, terme
moyen, sept ou huit tremblements de terre chaque année. Durant
la même période , l'Italie en a ressenti annuellement quinze ou seize ,
c'est-à-dire un nombre double, et l'Europe au moins quarante.
Qu'il me soit permis, en finissant, d'adresser mes remerciments
aux personnes qui ont bien voulu s'intéresser à mon travail , et prin-
cipalement au savant et bienveillant secrétaire perpétuel de l'acadé-
mie de Bruxelles, à M. Quetelet, dont les conseils affectueux et les
communications nombreuses doivent lui rapporter une bonne part
de l'intérêt que peut offrir ce mémoire, ainsi qu'à un jeune savant,
bien connu de l'académie , à M. Aug. Bravais , qui a eu l'obligeance
de me communiquer plusieurs renseignements.
Puisse ce travail, que je crois intéressant encore pour la statistique
de la France et de la Belgique, mériter les suffrages du corps savant
auquel j'ai l'honneur de l'adresser.
FIN.
Mém.eaur. Â^ Jfmt.dv aM'.tifr. Tome 'Wlll.
Mérw.sur /m tremi. cfe terre. PI, 1.
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NOTE
SUR
LA FORMATION DE LA GLACE
DANS LES EAUX œURANTES;
PAS
M. Désiré LECLERCQ.
(Préienté 1 U <<«ncs da 14 décembre 1844.)
Ton. XVIII.
NOTE
SDR
LA FORMATIOIN DE LA GLACE
DANS LES EAUX COURANTES.
L'hiver de 1840-41 acompte à Liège trois époques différentes de
gelées. La première, qui a été la plus rigoureuse, fut remarquable par
des jours très-clairs , des rayons solaires fort éclatants, des nuits trans-
parentes et des étoiles des plus brillantes ; elle commença le "i décem-
bre et finit le 28 du même mois. Pendant toute cette durée , la tem-
pérature de l'atmosphère s'est maintenue toujours en dessous de 0, son
intensité moyenne a été de — 8°,7 R., son intensité maûcimum , pour
l'intérieur de la ville, de — 15" R., et pour l'extérieur de — 17°. Un
froid aussi fort détermina la congélation de TOurte et de la Vesdre
dans toutes leurs ramifications; la Meuse était fermée dans les parties
supérieures depuis Huy jusqu'à Ougrée, et depuis cet endroit jusqu'à
Hermalle sous-Argenteau, elle coulait librement en traversant la ville
de Liège. Ses eaux présentaient une couleur vert-bouteille, et dans les
endroits où elles n'avaient que quelques décimètres de hauteur, elles
4 SUR LA FORMATION DE LA GLACE
étaient très-transparentes; leur température ' observée à plusieurs re-
prises dans des endroits différents , à des profondeurs plus ou moins
grandes et au fond même , indiquait toujours 0° au thermomètre.
Pendant cette première époque, mon attention sur la formation de
la glace sous l'eau fut excitée par un phénomène trop remarquable
pour ne pas le décrire dans tous ses détails. Ce phénomène eut lieu au
Pont-des-Arches, dont les voûtes, d'une largeur de 14 mètres, vont en
s'agrandissant et en s'élevant des culées vers le milieu, car elles ont
respectivement 15, 18 et 20 mètres de corde. L'axe du pont, dans le
sens de sa longueur, est tellement placé par rapport au méridien, qu'il
n'est éclairé à plein que dans l'après-dînée et que les ombres, portées
par les intrados de la face constamment éclairée, s'arrêtent sous les
voûtes depuis le matin jusqu'à une heure environ pour les plus petites
voûtes, puis en dehors pendant un certain temps; après elles reparais-
saient en dessous dans des directions contraires. Ce retour est assez
long pour les grandes voûtes, moindre pour les moyennes, de peu de
durée pour les plus petites. Ces ombres, portées en partie par les
arêtes verticales des éperons des piles , formaient à leur ligne de sépa-
ration avec la lumière un jeu d'ombre et de lumière qui s'étendait
jusqu'au lit du fleuve. Dans l'espace que ce jeu avait parcouru depuis
11 heures jusqu'à 1, il s'était formé, pour chaque voûte, un banc de
glace qui traversait le fleuve d'une pile à l'autre , partait du fond pour
s'élever (au 28 décembre) à 40 centimètres environ au-dessus de la
surface des eaux en aval, et servait de déversoir aux eaux affluentes.
Chaque banc avait à peu près la forme d'un prisme triangulaire ren-
* L'appareil dont je me suis servi consistait en une petite caisse en fer-blanc , ayant la forme
d'un parallélipipède rectangle tronqué; comme une des faces était en verre, ou pouvait observer
sous l'eau un thermomètre fixé dans l'intérieur. Un petit tuyau , établissant une communication
de l'intérieur à l'air libre, était fixé à une tige de bois, à laquelle on avait assujetti la caisse. Un
robinet placé à la partie inférieure , qu'on manœuvrait à l'aide d'une tige , servait à remplir et à
vider le vase; un flotteur indiquait l'arrivée de l'eau à la paroi supérieure. Alors on fermait et on
laissait ensuite séjourner l'appareil pendant un temps assez long; au moment de l'observation, on
amenait rapidement le vase près de la surface des eaux ; avant de le plonger et de le remplir, on le
laissait prendre près de la surface la température du liquide ambiant.
DANS LES EAUX COURANTES. 5
versé sur une de ses faces latérales. 6ette face, en comptant depuis les
intrados éclairés et dans le sens de la largeur du pont, s'étendait sous
les plus petites voûtes depuis le milieu du troisième quart jusqu'au
milieu du quatrième, pour les moyennes du commencement du qua-
trième quart jusqu'à 0'",5() en dehors de l'intrados non éclairé, pour les
plus grandes du milieu du quatrième quart jusqu'à 2'",25 de la même
courbe. Quant aux deux autres faces de chaque prisme, celle à l'oppo-
site du courant était à peu près perpendiculaire au fond de l'eau , tandis
que la troisième faisait avec ce dernier un angle de 25 à 30 degrés.
En dehors du pont , on observait çà et là des formations semblables,
tout à fait isolées, dont les dimensions étaient à peu près les mêmes
que celles des plus petits bancs ; elles s'étaient développées comme les
précédentes, dans l'espace qui avait été occupé entre 11 h. et 1 h.
par le jeu d'ombre et de lumière porté au fond du lit par l'arête supé-
rieure du parapet du pont; enfin elles présentaient même forme et
même disposition par rapport au courant. Ce caractère particulier au
gisement contrastait avec l'absence complète de ces glaces soit dans
la partie du lit constamment ombragée par le pont, soit dans la partie
constamment éclairée par le soleil sans alternative d'ombre, quoiqu'elles
renfermassent des endroits réunissant les conditions de hauteurs d'eau
et de nature de lit propres à ces sortes de formations.
D'après ce qu'on vient de lire, on demandera peut-être pourquoi il
n'y avait pas de bancs de glace tout le long de l'ombre portée par le
parapet? C'est aussi la question que je me suis adressée, et comme il
était à présumer que la hauteur de l'eau n'était pas sans influence sur
le phénomène , la mesure en fut prise tout le long de l'ombre portée
par le parapet et dans tous les endroits où il s'était formé de la glace
sous l'eau : on a trouvé que là où le phénomène ne s'était pas manifesté
l'épaisseur de la lame d'eau variait de 4'",20 à 1,10, et que dans les
localités où il avait lieu la hauteur du liquide variait de 0'",30 à 0,75.
Tous les bancs étaient d'un beau blanc; les parties en dehors de l'eau
étaient recouvertes d'une couche compacte; le reste présentait une
surface mamelonnée , dont la texture avait beaucoup d'analogie avec
6 SUR LA FORMATION DE LA GLACE
le chou-fleur ; sous l'eau ils avaient un aspect blanc verdâtre ; Tinté-
rieur était d'une cristallisation confuse, d'un aspect neigeux; ils repo-
saient tous sur un fond très-résistant, dont les cailloux présentaient un
volume assez considérable ; la vitesse de l'eau mesurée à l'aide des pro-
cédés connus était de 1 mètre 10 centimètres par seconde.
Le 28 décembre , vers trois heures de l'après-dînée , la température
changea instantanément ', le thermomètre à l'air libre marquait + 2° R.,
le baromètre qui le matin indiquait 0™,759 était descendu à 0,75; le
temps était toujours au beau et resta le même pendant huit jours con-
sécutifs, et à peu près dans les circonstances de température et de pres-
sion que nous venons de mentionner. Le 28 même, de 3 à 4 | heures,
la Meuse charriait des amas plus ou moins nombreux de boules qui
avaient beaucoup d'analogie avec des boules de neige ; leur diamètre
variait de O^^jO? à 0™,l0; en descendant elles se maintenaient à dis-
tance et formaient entre elles une courbe fermée. En remontant le
fleuve, j'ai remarqué que ces boules provenaient de la partie du lit
située derrière Saint-Jacques ; leur apparition au-dessus de la surface
de l'eau était précédée par un bouillonnement; des couches d'une glace
très-poreuse et recouvrant les cailloux leur donnaient naissance; le
fond d'où elles se détachaient était à une profondeur variable, et ren-
fermé entre 0,65 et 0,90, et se trouvait entre les limites extrêmes
occupées par l'origine de l'ombre projetée par une rangée d'arbres qui
se trouve sur l'ile Renoz ; en cet endroit l'eau possédait une vitesse de
2 mètres ; à des profondeurs supérieures aux précédentes, les cailloux ne
présentaient aucune trace de congélation. Dans la nuit du 28 au 29,
les bancs formés aux abords du Pont-des-Arches s'étaient complète-
ment détachés du fond et avaient été entraînés par le fleuve. Comment
se fait-il que quelques quarts d'heure de changement de temps suffisent
pour enlever les couches de glaces des surfaces des cailloux auxquelles
elles adhèrent, et quelques heures seulement pour faire disparaître des
bancs qui ont résisté à des pressions d'eau dont la hauteur totale s'éle-
vait à l'",20? Boit-on attribuer ce phénomène aux changements sur-
venus dans la température et la pression atmosphérique , ou bien à des
DANS LES EAUX COURANTES. 7
changements survenus dans les arrangements moléculaires, qui, comme
on le sait , sont des conséquences des premiers ? Ce sont des questions
que je n'ai pu résoudre.
La seconde époque de gelées commença au soir, le 5 janvier 1841 ,
elle dura neuf jours; pendant toute sa durée le temps fut des plus beaux;
le baromètre s'est maintenu à des hauteurs qui dilféraient fort peu en
plus ou en moins de 0'",758; la température a donné pour intensité
moyenne — 5ï"R., pour maximum — 9" pendant le jour et — 11"
pendant la nuit. Décidé à continuer mes observations, je dirigeai mon
attention sur les divers bras de l'Ourte, qui se trouvait totalement dé-
barrassée de ses glaces ; d'abord parce qu'ils différaient entre eux dans
leurs circonstances, ensuite parce que les eaux y coulaient sous des
vitesses très-variables.
Comme on pourrait penser que la formation de la glace sous l'eau
était le résultat du contact des cailloux avec des aiguilles de glace
amenées au fond par le mouvement des eaux (aiguilles flottantes qui se
forment en quantité innombrable soit à la surface des eaux tranquilles,
soit à la surface des eaux des réservoirs qui alimentent beaucoup de
roues hydrauliques placées sur TOurte, et dont l'excédant s'écoule en
entraînant les aiguilles par des déversoirs), j'ai fait placer, pour vérifier
cette conjecture, sur un bras de l'Ourte d'une largeur de 12 mètres, un
bateau en travers du courant et à une distance de 400 mètres du con-
fluent avec la Meuse; j'ai fait soulever à l'aide de crics la face du bateau
opposée au courant, de manière que le fond, en plongeant par un de ses
côtés dans l'eau, formait une vanne inclinée; dans cet endroit l'épais-
seur du courant variait de 0'",30 à 0'",55. L'eau étant ainsi forcée de
passer sous cette vanne, entraînait la glace qui flottait; ainsi bien des
aiguilles devaient venir en contact avec le lit de la rivière. Ensuite, par
un système de barrage, j'ai amené la glace qui arrivait des parties su-
périeures à flotter seulement sur le bras où j'avais établi le bateau-
vanne; comme les autres ramifications en étaient totalement privées, je
pouvais m'assurer si le phénomène était indépendant de toute forma-
tion antérieure. Le système de barrage consistait en plusieurs bateaux,
8 SUR LA FORMATION DE LA GLACE
retenus à la même rive, placés parallèlement de dislance en distance,
pesamment chargés pour qu'ils descendissent jusqu'au fond, et mainte-
nus obliquement par rapport au courant, sans barrer complètement la
rivière , afin de laisser une issue par où les eaux et ce qui flottait pou-
vaient s'échapper.
Dès le second jour, c'est-à-dire le lendemain dans l'après-dinée , la
rivière charriait de la glace tout à fait identique avec celle qui se forme
au fond de l'eau courante; elle se trouvait composée ou d'aiguilles d'un
gris blanchâtre qui se croisaient en tout sens, ou bien de filaments d'un
gris bleuâtre, ou enfin de petits cristaux diaphanes et à demi-fondus;
cette glace, entraînée sous le bateau-vanne , ne donna lieu à aucune for-
mation sous l'eau sur toute la longueur de 400 mètres. Le quatrième
jour et les suivants, il arriva des glaçons qui ne produisirent pas plus
d'effet. Comme cet essai a été répété pendant la troisième époque de
gelée, nous sommes en droit de conclure que les formations sous l'eau
ne proviennent pas de glace primitivement formée , et qui par le mou-
vement des eaux viendrait de la surface se fixer à la surface des cailloux.
Les choses se passèrent autrement dans les autres ramifications de
l'Ourte; leurs eaux, comme on le sait, ne pouvaient charrier la glace
qui arrivait des parties supérieures ; recueillies à différentes profondeurs
et à diverses reprises dans un vase ' que l'on remplissait et que l'on fer-
mait sous l'eau, retirées après un certain temps de repos, puis exami-
nées en maintenant les bords du vase dépouillé de son couvercle un
peu au-dessus de la surface de la rivière , on n'y trouvait aucune trace
de glace. Cependant pour rendre cette observation plus certaine , il fal-
lait prendre quelques précautions, car le vase était toujours à une tem-
pérature inférieure à celle du liquide; plongé immédiatement, il se
recouvrait en quelques instants d'une couche de glace compacte, dont
* Ce vase était un parallèlipipède rectangle en fer-blanc , jaugeant 18 litres d'eau; le couvercle
était parfaitement calfeutré; une de ses parois latérales était munie d'une soupape mobile autour
d'une charnière placée en bas; cette soupape était doublée et pressée par un ressort tournant à
l'aide d'une tige; le mouvement du ressort ouvrait et fermait la soupape. L'appareil était fixé à une
tige de bois. iinTJ>-J" -'=)'.' m-
DANS LES EAUX COURANTES. 9
on le débarrassait quand il avait atteint la température du milieu am-
biant. Des corps pris à l'air libre donnaient lieu au même phénomène;
ils se recouvraient en quelques minutes d'une couche de glace compacte,
d'autant plus épaisse que leur température était plus basse. Enfin , la
température des eaux et des différents fonds, observée avec tout le soin
possible pendant toute la durée de la deuxième et de la troisième
époque de gelée , a toujours indiqué 0 au thermomètre.
Les conditions nécessaires pour donner naissance au phénomène de
la glace sous l'eau sont assez nombreuses. La nature du lit en est une
des principales; s'il est formé d'un gravier très-fin ou de terre argi-
leuse, toutes circonstances égales d'ailleurs, il ne donnera lieu à aucune
formation; s'il est composé de menus cailloux, la congélation de l'eau
ne s'y opère que difficilement et à la longue; on ne doit pas lui attribuer
ce qui se forme sur les plantes aquatiques que l'on rencontre quelque-
fois, ou sur des branches d'arbres qu'une cause quelconque retient for-
cément au fond. Le lit le plus convenable est un cailloutage d'un
volume assez considérable; comme il oppose plus de résistance au
mouvement des eaux, il produit une fluctuation plus ou moins forte
dans le fluide; c'est ce qui a été observé dans tous les endroits où le
phénomène s'est produit. Si toutes nos observations ont indiqué la
vérité, la température du fond doit être 0**; elle ne peut différer en
moins que de bien peu, puisque des corps d'un à deux degrés en des-
sous s'entourent d'une couche de glace compacte qui ne ressemble en
rien à ce qui se forme ordinairement sous l'eau courante.
La vitesse de l'eau hâte plus ou moins la congélation sur le lit; dans
les endroits où elle est la plus grande , elle se manifeste de suite. Dès le
premier jour de la seconde et de la troisième époque, on remarquait
de la glace au fond , là où la vitesse de l'eau variait de 3'n,60 à 2»",50 :
comme aux abords d'un petit pont de pierre, qui vient d'être démoli
et remplacé par un pont de bois; à la naissance d'un plan incliné qui
se trouve en amont et à 60°» de distance; à un coude qui se trouve à
gauche et A 80'" du pont; enfin dans plusieurs autres endroits. Cepen-
dant si une grande vitesse accélère la formation , elle ne concourt pas
ToM. XVUI. 2
10 SUR LA FORMATION DE LA GLACE
à donner une grande épaisseur aux couches qu'elle produit, comme
nous le verrons un peu plus loin.
La hauteur de l'eau joue un rôle important; le phénomène a lieu
d'autant plus vite que la lame d'eau a moins d'épaisseur; pour les en-
droits que nous venons de citer, elle variait de 20 à 35^. Pour des
hauteurs qui variaient de 40^ à 60*', la glace apparaissait au deuxième
jour; pour des hauteurs de 60<= à 80^= c'était au troisième jour. Si la
hauteur de l'eau avait plus Oï»,75 à toute distance des rives, pas la
moindre formation ne se faisait remarquer pendant toute la durée de
la deuxième et de la troisième époque.
C'est sous l'influence d'un jeu d'ombre et de lumière que la glace
prend naissance ; ainsi que je l'ai observé dans toutes les localités que
j'ai pu visiter, c'est entre les limites extrêmes occupées par la ligne de
séparation d'ombre et de lumière qu'elle commence à se montrer, c'est
de là qu'elle se répand en tous sens, c'est là qu'elle acquiert le plus de
développement ; de plus, quand cette dernière condition manque à un
endroit qui réunit toutes les autres, vous ne rencontrerez pas la moindre
trace de congélation: si de grandes étendues de lit sont totalement pri-
vées de glace , c'est qu'elles sont ou totalement ombragées ou totalement
éclairées par le soleil. Un seul fait, que j'ai remarqué pendant tout le
cours de mes observations, semble contredire ce que je viens d'avan-
cer; il s'est passé au petit pont de pierre mentionné plus haut. Là on a
remarqué, dans les derniers jours de la troisième période , la réunion
de la couche de glace formée sous l'influence du jeu d'ombre porté par
chaque intrados avec la nappe développée sous le jeu d'ombre et de lu-
mière de l'arête supérieure du parapet ; quoique les limites extrêmes oc-
cupées par toutes les lignes de séparation ne conservassent pas toujours
les mêmes positions , toutes les nappes se sont propagées d'abord dans
les espaces parcourus par les divers jeux d'ombre et de lumière , puis
dans les parties constamment éclairées ou continuellement ombragées
par le pont. Comme les piles n'avaient que 0™,65 d'épaisseur, que le jeu
d'ombre porté par les intrados pénétrait de 1 h. à 3 h. dans l'espace
parcouru par la ligne de séparation projetée par le parapet , et se diri-
.ItDANS LES EAUX COURANTES. H
geait vers l'Orient, on conçoit que la condition de jeu d'ombre et de
lumière ne peut recevoir aucune atteinte par le fait de la réunion de
toutes ces nappes , car il restait bien peu d'étendue aux parties con-
stamment ombragées. Un second fait d'abord observé dans cette loca-
lité s'ajoute encore pour mieux établir la nécessité de cette condition;
le parapet, par suite d'une plantation d'arbres, ne recevait du soleil
pendant toute la matinée, qu'une lumière aifaiblie, et la ligne de sé-
paration d'ombre et de lumière qu'il projetait, n'était pas aussi pro-
noncée que les mêmes ligues projetées par les intrados; de plus, à cause
de certaines dispositions locales, il n'était pas éclairé pendant le reste
du jour aussi longtemps que les courbes intrados; cette diminution
dans la durée et l'intensité de son jeu d'ombre et de lumière ont re-
tardé la naissance et le développement de la glace produite sous l'in-
fluence de ce jeu; car dans les deux dernières époques, elle ne s'était
montrée qu'au quatrième et au cinquième jour, quoique la lame d'eau
dans cet endroit eût une épaisseur de 0™,25 à 0'",35, et une vi-
tesse de 3%20. Comme au pont des arches, les bancs ont acquis à
chaque époque plus de développement sous les voûtes, où le jeu d'om-
bre et de lumière avait plus de durée ; son intensité et sa durée ne
sont donc pas sans influence sur le phénomène de la congélation sous
l'eau.
Quant à l'état de ce fluide, doit-il être aussi limpide qu'il se trou-
vait dans rOurte et la Meuse pendant les époques de gelée ? Je n'ai pu
rien étabUrà ce sujet, l'état contraire n'étant pas arrivé pendant le
cours de mes observations; tout ce qu'on vient de lire autorise néan-
moins à penser que cet état arrêterait le phénomène plutôt que de le
hâter.
On s'est demandé souvent d'où provenait cette quantité immense de
glaçons charriés par les rivières et les fleuves vers la mer ; se forment-
ils à la surface, proviennent-ils du fond? Beaucoup de conjectures et
d'hypothèses ont été avancées pour et contre, et la question n'a pas
fait le moindre pas; comme la solution de ce problème doit trouver
beaucoup d'éléments dans le mode de formation et de développement
14 SUR LA FORMATION DE LA GLACE
de la glace sous l'eau j on lira avec intérêt ce qu'on a pu recueillir par
un examen attentif.
La glace qui prend naissance au fond des eaux courantes, et la
glace qui se forme à la surface des eaux tranquilles et des eaux sta-
gnantes des bords des fleuves, présentent chacune des caractères bien
distinctifs. La seconde est ordinairement diaphane, compacte, unie,
composée de lamelles superposées les unes aux autres ; elle commence
par une série d'aiguilles très-déliées et très-allongées , qui partent des
bords vers le milieu sans se rencontrer; de nouvelles aiguilles se for-
ment sur les premières en faisant des angles de 60 degrés environ;
d'autres naissent sur les secondes et ainsi de suite. Cette série d'ai-
guilles donne naissance à une pellicule très-lisse et d'une transparence
extrême, qui recouvre la surface de l'eau. Les mêmes phénomènes se
renouvellent en dessous ; la glace s'épaissit et devient plus solide par la
juxta-position successive de ces feuillets cristallisés; mais si de l'air
vient à s'introduire entre cette glace et l'eau, alors la cristallisation
s'opère d'une autre manière, et quoiqu'elle ne soit pas confuse , comme
cela arrive ordinairement , la glace perd sa transparence tout en res-
tant unie. Elle se rencontre très-souvent au bord des fleuves, on en
trouve fréquemment dans les fossés qui bordent les routes, car après
que la glace s'est formée à la surface de leurs eaux , celles-ci se retirent
petit à petit en s'infiltrant dans le terrain.
La première est opaque , d'un beau blanc , d'une teinte neigeuse ;
sa surface, au lieu d'être lisse, présente ou une apparence raboteuse ou
des mamelons dont l'aspect a beaucoup d'analogie avec le chou-fleur,
ou bien encore des masses hérissées de cristaux , très-irrégulières et
semblables à de petits pelotons de neige , qui se seraient précipités à
demi-fondus et se seraient groupés de différentes manières. Elle prend
naissance à la surface des corps saillants qui se trouvent répandus
dans le lit des rivières ; elle apparaît dabord sous la forme d'une couche
de trois millimètres environ d'épaisseur, composée de filaments fixés
par une de leurs extrémités aux corps solides. Ces filaments croissent
beaucoup plus en longueur qu'en largeur; comme ils offrent peu de
DANS LES EAUX COURANTES. ..H, 13
ténacité, ils cèdent en partie plus ou moins grande suivant la rapidité
des eaux. Pendant qu'ils continuent à s'allonger de nouveau et qu'ils
se laissent ensuite encore rompre par le courant, leurs parties infé-
rieures finissent par se joindre et pardonner lieu à une couche continue,
composée ou d'aiguilles se croisant en tous sens, ou de très-petits
cristaux diversement entremêlés. Comme le même phénomène se ré-
pète successivement, la couche, d'abord très-mince, acquiert avec le
temps et toujours de la même manière d'autant plus d'épaisseur, que la
vitesse du fluide est moins grande. Pour m'assurer que c'était par des
accroissements successifs que ces couches grossissaient , des baguettes
très-fines furent retenues à leurs surfaces et se trouvèrent après un cer-
tain temps engagées entièrement dans leur masse; il en fut de même
d'un filet , dont on avait recouvert les couches qui se trouvaient sur
beaucoup de cailloux.
Quand l'eau commence à se congeler au fond , la couche composée
de filaments à laquelle elle donne d'abord lieu , présente différents as-
pects : si elle est d'un gris bleuâtre, les filaments dans leur texture
présentent beaucoup d'analogie avec les flocons de neige; quand elle se
montre comme une masse d'un gris blanchâtre, d'un aspect gélati-
neux , dont les parties ont peu d'adhérence , dans ce cas les filaments
sont composés de cristaux demi-fondus , entrelacés irrégulièrement les
uns dans les autres et ressemblant à de la neige demi-fondue. Quelque-
fois la couche a un aspect cotonneux et blanchâtre , les filaments qui la
composent sont alors très-déliés et se trouvent munis à leur base d'une
foule de petites aiguilles qui s'entre-croisent dans tous les sens.
Très-souvent autour des pointes que présentent les plantes aquati-
ques, et autour des aspérités qui se trouvent à la surface des cailloux et
des pilotis, on voit des sphères de glace spongieuse se former et grandir,
puis se détacher pour venir flotter à la surface des eaux. v
Les portions de filaments qui se détachent par parties , suivant qu'ils
se trouvent en plus ou moins grande quantité, viennent former à la sur-
face des houppes neigeuses tout à fait blanches ou entièrement grises,
ou bien blanches au sommet et le reste gris; ainsi que je m'en suis as-
H SUR LA FORMATION DE LA GLACE
sure, elles finissent toutes par devenir des plus blanches. Quand les fila-
ments n'apparaissent pas à la surface sous cette forme , ils flottent en
masses fort irrégulières, neigeuses et blanches par parties. Telle est
l'origine de cette grande quantité de glace que l'Ourte ' a entraînée pen-
dant les trois premiers jours de la seconde et de la troisième époque, et
qu'elle n'a pas cessé de produire, quand bien même elle charriait des
glaçons. Peut-être des personnes attribueront cette espèce de glace à
de la neige demi-fondue, mais quand on saura que pendant toute la
durée de l'hiver 1840-41 il n'est pas tombé un seul jour delà neige,
on sera forcé d'admettre l'origine indiquée plus haut ; et cette origine
est d'autant plus certaine que cette glace se forme à distance des
rives, et que celles-ci ne présentaient pas la moindre trace de congé-
lation.
Nous avons indiqué un peu plus haut comment les couches de glace
qui recouvrent les cailloux gagnent en épaisseur; nous avons mainte-
nant à faire connaître comment les bancs et les grandes couches de
glace se forment sous l'eau.
Quel que soit le mode de cristallisation qui s'opère, chaque caillou
commence toujours à se charger par la face opposée au courant; de là
la glace sur toute la surface extérieure en diminuant continuellement
d'épaisseur; quelle que soit la durée des gelées, elle se dépose toujours
en plus grande abondance sur toute l'étendue des faces placées à l'op-
posite du courant, par suite la couche paraît plus élevée en amont
qu'en aval. Une fois ces premières formations faites , si les cailloux sont
juxta-posés, ainsi qu'ils se trouvent ordinairement au fond des eaux cou-
rantes, les couches finissent par se souder l'une à l'autre et par former
une nappe ayant plus ou moins d'extension. Cette nappe à son tour con-
tinue à se charger de la même manière, sans cesser d'être raboteuse ou
mamelonnée, passe, à mesure qu'elle s'épaissit, du gris au gris blan-
châtre, puis au blanc ; et comme elle gagne bien plus en épaisseur à sa
partie en amont qu'à son inférieure , la face primitivement parallèle au
* L'Ourte, la Vesdre et les autres rivières affluentes ont un parcours de plus de 80 lieues.
DANS LES EAUX COURANTES. 15
courant s'incline de pins en plus sur le lit : c'est par une telle série de
changements que les bancs se forment.
L'apparition des nappes n'a lieu qu'après un temps plus ou moins
long; elle semble dépendre do la vitesse des eaux. Ainsi au Pont-des-
Arches, où la vitesse de la Meuse est de 1 '",10, les nappes apparurent au
bout de cinq jours dans les emplacements que les premiers bancs avaient
occupés '. Dans les ramifications de l'Ourte, où la vitesse variait de
l°\10 à 2'",60, les nappes se formèrent au septième et au huitième jour;
enfin là où le liquide s'écoulait avec une vitesse de 2™,90 à 3™,50, elles
ne se montrèrent qu'après neuf à onze jours; ces dernières formations
n'eurent lieu que pendant la troisième période, qui a duré treixe jours.
Leurs dimensions en longueur et largeur n'ont pas toujours atteint
les mêmes limites; quoique plus grandes à la troisième époque qu'à la
seconde , elles étaient au Pont-des-Arches bien inférieures aux dimen-
sions des premiers bancs. Ainsi , dans le sens du courant , les secondes ,
c'est-à-dire les nappes de la seconde époque, différaient des troisièmes
de0'",40 (terme moyen), et celles-ci des premières de 1 mètre, voilà
quant à la Meuse; dans l'Ourte, les différences étaient de 0'n,90 à I ™40,
là où la vitesse des eaux variait de 2'",90 à 3'n,50 , et de 0«,70 à 1 mètre
pour des vitesses comprises entre 1 '",80 et 2'",50.
Les épaisseurs ont éprouvé des changements remarquables. Aux en-
virons du Pont-des-Arches, après les 17 premiers jours de la première
époque, tous les bancs sortaient de l'eau, et la plus forte épaisseur se
trouvaient alors OWjSO; le dernier jour de la seconde époque elle était
de 0'n,2l , et le douzième jour de la troisième époque elle mesurait
0"',27 ; par jour l'accroissement était, pour la première époque, de
0"»,047; pour la seconde, de0'",026, et pour la troisième, de 0,0225.
Dans l'Ourte, pour une vitesse de l"',80,la plus forte épaisseur, à la fin
de la seconde et de la troisième époque, avait atteint 0'n,06 et 0'",08;
pour une vitesse de 3"',20, elle était de 0"',03et 0'"041 ; pour une vitesse
* A la dernière époque les emplacements n'étaient pas exactement les mêmes; les limites ex-
ti^mes d'ombre et de lumière étaient bien éloignées de leurs positions primitives, par suite les
bancs s'étaient formés entièrement en dessous des petites voûtes et des moyennes.
M SUR LA FORMATION DE LA GLACE
de 3™,50, elle indiquait 0™,020 et 0™,028; par jour l'accroissement a
été de 0%0075 et O'^jOOGe, de 0«',00375 et 0«i,0034, enfin de 0™, 0025
et 0,00215.
La troisième époque, queje n'ai pas encore fait connaître, comprend
13 jours; elle a commencé le 1*=^ février 1841 et fini dans la nuit du
13 au 14; sa température moyenne a été de — 4° | R.; de grand matin
elle a marqué, le 5 et le 10, — 13» | et — 9"; le temps fut couvert le
2, le 3 et le 4 le matin seulement par intervalle, le 6 pendant la nuit,
le 7 le jour et la nuit, et le 8 par intervalle. La plus grande hauteur du
baromètre a été de 0"i,761 , la moyenne de 0'",757. Nous avons cru
nécessaire de donner cet aperçu sur la dernière époque, afin de pouvoir
conclure :
1 ° Que la glace se développe sous l'eau d'autant plus que le froid
extérieur est plus intense et que le ciel est plus serein ;
2° Que la glace sous l'eau gagne en épaisseur d'autant plus que les
eaux ont moins de vitesse.
Cette dernière conclusion explique cette quantité considérable de
glace neigeuse que fournissent les rivières, tant qu'elles ne sont pas
congelées.
On est divisé, comme nous l'avons déjà dit, sur l'origine de cette
immense quantité de glaçons que charrient les fleuves et les rivières
même avant tout débâcle pendant un temps de gelée assez long ; des
physiciens prétendent qu'ils proviennent du fond, d'autres soutiennent
que c'est à la surface des eaux qu'ils se forment : ces derniers ne sont
pas même d'accord entre eux : les uns disent que les glaçons se déta-
chent des bords, les autres qu'ils se forment loin des rives. Comme il
leur était difficile d'en donner une preuve directe, ils admettaient que
la surface libre des eaux pouvait être indéfiniment refroidie au-dessous
de 0, qu'ainsi elle doit enfin, malgré le mouvement, donner naissance
à des aiguilles de glace qui grossissent ensuite en se refroidissant da-
vantage par le contact de l'air et par le rayonnement. Cette explication
repose sur un fait que les observations faites jusqu'à ce jour contredi-
sent. Cependant quand on examine les caractères extérieurs des glaçons
a: DANS LES EAUX COURANTES. ^, 17
charriés par les fleuves, on en reconnaît trois espèces; ceux qui se
développent au fond apparaissent à la surface avec tous les caractères
que nous avons décrits plus haut; les glaçons qui se forment aux bords
sont, comme nous l'avons déjà dit, lisses, transparents, quelquefois
opaques, terminés de toute sorte de manières; ces deux espèces de
glaçons sont en si petit nombre qu'ils passent inaperçus au milieu des
troisièmes. Ces derniers sont diaphanes, compactes, d'une texture la-
mellaire, d'un aspect verdàtre, et présentent tous une surface horizon-
tale recouverte de houppes blanches, neigeuses et disposées de manière
à former en général une courbe fermée assez éloignée des bords; quand
le froid est continu, plusieurs de ces glaçons se soudent l'un à l'autre
et donnent lieu à une glace assez étendue pour obstruer bien souvent
les arches des ponts ; ils finissent, comme la glace des bords ou de la
surface des eaux tranquilles, par se recouvrir d'une pellicule d'aiguilles
neigeuses, qui les rend de plus en plus blanchâtres sans que la masse
perde sa transparence. Tels qu'ils sont, ils ne peuvent pas provenir du
fond des eaux courantes : par leurs houppes ils tiennent de la glace
neigeuse du lit des rivières, et de la glace des bords par la transpa-
rence et la compacité. Sont-ce des rives qu'ils se détachent? admet-
tons pour un moment ce fait, et suivons les explications que bien des
personnes donnent sur l'origine des houppes neigeuses et leur disposi-
tion en couronne. Elles admettent que tous les glaçons se heurtent ou
se frottent l'un contre l'autre , et produisent une multitude de petites
aiguilles de glace qui viennent, par suite du mouvement qu'elles pos-
sèdent, se déposer en masse irrégulière sur la surface extérieure; que
ces aiguilles s'arrangent en houppes et se disposent en couronne par
une série de balancements que les glaçons éprouvent en changeant de
vitesse et de direction , de la même manière que de la poudre très-fine
s'arrange sur les lignes nodales qui naissent à la surface des lames
élastiques, lors de leurs vibrations. A cette explication nous répondrons
qu'il est difficile d'admettre qu'une aussi grande quantité de glaçons
puissent tous se choquer l'un contre l'autre; au contraire, nous avons
remarqué plus d'une fois qu'ils se soudaient l'un à l'autre en plus ou
ToM. XYIII. 5
U SUR LA FORMATION DE LA GLACE
moins grand nombre; que par suite du choc ou du frottement ils ne
donneront pas toujours naissance à des aiguilles , qui viendront se dé-
poser à leur surface, et quand bien même cela aurait lieu, les change-
ments de vitesse et de direction éprouvés par les glaçons varient telle-
ment d'un lieu à un autre, qu'il n'en peut naître des balancements assez
uniformes pour produire constamment les mêmes effets. Au reste , les
rives ne peuvent donner lieu à une grande quantité de glaçons; car la
glace ne se forme aux bords des fleuves et des rivières que là où l'eau
est stagnante; dans ces endroits elle occupe beaucoup d'étendue, le
plus souvent elle a très-peu d'épaisseur ; quand elle est très-profonde,
elle se trouve enfermée dans des espèces d'anse. S'il y a continuité de
gelée, la glace gagne de plus en pins en épaisseur et s'avance vers le
milieu des eaux; parvenue à une certaine distance, elle s'arrête quand
la vitesse du fluide se trouve trop rapide, et à l'exception de l'épaisseur,
elle conserve ses dimensions acquises jusqu'au moment du dégel;
quand les eaux viennent à diminuer, elle ne conserve pas moins sa po-
sition primitive. Ce sont ces glaces qui, à Liège et aux environs, servent
aux amusements des patineurs; elles ne peuvent donc pas suffire à
cette immense quantité de glaçons qui se reproduisent à chaque hiver
rigoureux. Où naissent-ils? où se développent-ils? A cette question je
répondrai : que les houppes et les masses irrégulières de glace nei-
geuse, que le mouvement des eaux détache du fond des rivières ou
des fleuves , sont les premiers éléments de tous les glaçons ; tout en
flottante la surface des eaux, ces houppes, ces masses irrégulières
grossissent, blanchissent et s'entourent à leurs parties, qui sont en
contact avec le liquide, d'une couche de glace compacte. Cette couche
à son tour s'épaissit et s'étend, puis finit par se souder avec des cou-
ches semblables , et par donner lieu aux glaçons tels que nous les
voyons ; comme la glace neigeuse se reproduit continuellement et
d'autant plus abondamment que le froid est plus vif et le ciel plus se-
rein, on conçoit comment les glaçons deviennent de plus en plus
abondants. Cette origine et ce développement ont été observés dans
les diverses ramifications de l'Ourte et de la Vesdre.
DANS LES EAUX COURANTES. 19
En continuant pendant les quinze jours de gelées que nous ayons
éprouvées jusqu'au 14 décembre 1844, les observations sur la forma-
tion de la glace au fond des eaux courantes, observations que j'avais
commencées pendant l'hiver de 1840-41, je me proposais de m'assurer
si les conditions nécessaires à la naissance de ce phénomène , et si le
mode de sa formation et de son développement restaient exactement
les mêmes que j'avais mentionnés dans la première note. A l'excep-
tion du mode de cristallisation et du développement , je n'ai trouvé
aucune variation dans le reste, si ce n'est que j'ai remarqué de la glace
spongieuse à une profondeur de 1™,10 sous des eaux courantes des
plus limpides. Comme plusieurs physiciens croyaient que cette espèce
de glace pouvait se former quand les eaux courantes étaient à une
température de +3oî Réaumur à 0°, je me suis décidé à observer tous
les jours depuis la fin d'octobre passé ce qu'elles indiquaient au ther-
momètre; j'ai trouvé qu'elles ont diminué progressivement de chaleur
comme l'atmosphère, et qu'entre -1-3° ^ R. et 0° elles n'ont produit
aucune trace de congélation dans aucune des nombreuses localités
soumises à mes observations.
Le 29 novembre, premier jour de gelée, la température extérieure
indiquait le matin et l'après-dînée — 2» R. et les eaux courantes -f- S"
i; ce froid continua à se faire sentir avec la même intensité jusqu'au
3 décembre ; ce jour, à l'air libre, le thermomètre indiquait — 3" ^ R.,
les eaux ont atteint 0° et ont conservé cette température jusqu'au qua-
trième jour de dégel, c'est-à-dire jusqu'au 17 décembre. Du l^r au
3 de ce mois l'air était couvert; le 4 il se trouvait sans nuages et le
soleil fort éclatant; vers 3 heures de l'après-dînée, sous une tempéra-
ture moyenne de — 3° f , on remarquait au fond des rivières beaucoup de
traces de congélation , qu'on avait pas rencontrées le matin. Le lende-
main et les jours suivants l'Ourte ne cessa de charrier de la glace spon-
gieuse. Quoique le premier jour de son apparition à la surface de l'eau,
elle se présentât en houppes ou en masses irrégulières d'un aspect
gris blanchâtre et neigeux , ou bien affectant une surface plane ayant
la couleur verdâtre de l'eau, cependant, recueillie et observée à l'air
20 SUR LA FORMATION DE LA GLACE
libre , elle était blanche , composée de cristaux de toute dimension, mais
dont les plus gros ne dépassaient pas le volume d'un demi-centimètre
cube. Ils n'avaient pas tous la même forme; les uns étaient prismati-
ques de 0'",012 de longueur et de 3 à 4 millimètres de largeur et
d'épaisseur; les autres, et c'était le plus grand nombre, ne présen-
taient aucune figure bien déterminée. Ces cristaux formaient sous l'eau
autour des corps filamenteux comme le chanvre , les petites branches
d'arbres et autour des pierres anguleuses , des masses informes d'un
gris blanchâtre, plus ou moins translucides, de 0™,4 à 0™,6 de lon-
gueur et de largeur, d'une épaisseur variable pouvant atteindre 0™,1
au plus. En examinant des cristaux recueillis dans ces masses, j'ai
trouvé des prismes triangulaires réguliers, des prismes droits à base
rhomboïdale, dont le plus petit angle était de 60°, et des prismes régu-
liers hexagonaux; tous ces corps étaient diaphanes et avaient l'ap-
parence du quarz hyalin. Vers la soirée (le 5 décembre) la rivière
charriait encore de cette glace ; mais les houppes et les masses irrégu-
lières présentaient des cristaux soudés les uns aux autres, plus ou moins
transparents, et se trouvaient entourées vers le milieu, c'est-à-dire vers
les parties avoisinant l'eau , d'un cercle de glace compacte et diaphane,
de 7 millimètres d'épaisseur et de 0™,10 à 0"',13 de diamètre; elles
tendaient à se réunir en courbe fermée et à donner naissance aux gla-
çons que j'ai décrits dans la première note; cette courbe fermée est à
peu près circulaire quand la réunion s'opère à la surface d'un faible
courant^ comme je m'en suis encore assuré.
Le froid continuait à devenir plus intense , le 6 le temps était tou-
jours au beau , de grand matin le thermomètre indiquait — 8° | , dans
le courant du jour — 5" |; la glace qui descendait sur l'eau se trouvait
beaucoup plus neigeuse et d'une texture toute différente. Tous les
amas de cristaux étaient disparus ; on trouvait , non à leur place , mais
sur d'autres corps, toujours au fond et loin des bords, des couches nom-
breuses d'un aspect gris noirâtre, mais d'un beau blanc à l'air libre;
au lieu d'être composées de petits cristaux , d'aiguilles ou de filaments
comme en 1840-41 , elles étaient formées de lamelles diaphanes, par-
. BANS LES EAUX COURANTES, r. 21
faitement lisses, fort minces, très-souvent planes et quelquefois con-
tournées en plan gauche. A quelques exceptions près , ces petites lames
présentaient une forme hexagonale , dont les côtés étaient ou rectili-
gnes ou bien garnis d'arcs de cercle ; elles n'étaient pas superposées
les unes sur les autres, mais assemblées sous des angles différents, ei)
laissant entre elles des vides plus ou moins considérables ; c'est ce qui
rendait cette glace si spongieuse ; quand elles étaient soudées bout à
bout, elles donnaient lieu à une petite lame assez allongée, à bords rec-
tilignes ou festonnés en arcs de cercle. Les lamelles , qui ne présen-
taient pas la figure d'un hexagone, avaient leurs bords contournés
d'une infinité de manières différentes , et ressemblaient assez bien à des
feuilles lobées. Elles n'avaient pas toutes les mêmes dimensions; les
plus grandes ne dépassaient pas cinq à six millimètres en longueur et
en largeur; elles étaient parfois si petites, qu'on n'en pouvait recon-
naître la forme qu'avec le secours d'une bonne loupe , et les couches qui
en étaient formées étaient, à l'air, si blanches et si neigeuses qu'elles
avaient toute l'apparence de l'écume de savon. Sous ce mode de cris-
tallisation, la glace spongieuse s'est montrée plus étendue et en beau-
coup plus d'endroits qu'en 1840-41 , et tout en produisant des houppes
et des masses irrégulières, elle a acquis en peu de temps beaucoup d'é-
paisseur ; car du 6 au 7 , à l'opposite du courant , elle mesurait 0'»,03
à 0'",04, et du 7 au 9, elle indiquait 0'n,15 à 0'",20; de plus elle re-
couvrait tout le lit sur une longueur d'un mille environ; elle paraissait
blanche, mamelonnée, parsemée irrégulièrement de sphéroïdes nei-
geux de 0"',09 à 0'",25 d'axe, se laissant facilement pénétrer par des
perches; sa texture neigeuse et lamellaire ne l'empêchait pas d'être
assez tenace. Des glaçons anguleux d'un mètre carré au plus se déta-
chaient de temps à autre , en emportant des cailloux et des pierres, qui
finissaient par se détacher et par tomber sur les couches au-dessus des-
quelles ils étaient entraînés. Un certain mouvement à la surface des
eaux précédait le détachement; il avait lieu au-dessus de l'endroit d'où
les glaçons provenaient. Ils arrivaient à la surface de deux manières,
quelquefois horizontalement comme s'ils s'élevaient naturellement du
28 SUR LA FORMATION DE LA GLACE
fond; le plus souvent les parties en amont se dressaient en tournant
autour de l'extrémité inférieure, sortaient en partie du liquide, res-
taient quelque temps dans une position verticale; quand la partie in-
férieure était totalement dégagée, ou le courant les retournait, alors
ils apparaissaient à la surface avec des cailloux enclavés dans leur
masse, ou bien ils reprenaient une position semblable à la première.
Ces glaçons flottaient, comme on le dit vulgairement, entre deux
eaux, c'est-à-dire qu'ils étaient recouverts d'une couche d'eau qui
leur donnait une apparence lisse et de glace blanche à demi-fondue ,
et leurs houppes disposées fort irrégulièrement se montraient seules à
la surface de l'eau. Ils possèdent des caractères physiques si distincts,
qu'on ne saurait les confondre avec l'immense quantité de glaçons qui
se forment à la surface des rivières à l'aide des houppes et des amas
irréguliers, qui se détachent continuellement du fond.
Nous avons maintenant à indiquer les circonstances atmosphériques
sous l'influence desquelles la glace spongieuse avait acquis tant de
développement et une si forte épaisseur. Le 7 au matin le ciel était cou-
vert, la température de — 4°, à midi un coup de soleil se fit sentir et
dura une heure environ, une forte bise commença en même temps à
souffler pour ne cesser que le 9 au matin. Pendant le jour on lisait con-
stamment sur le thermomètre — 5° R., le soir vers 7 h. — 7° i et à
9 h. — 8°!, le matin à 6 h. — 9°; le baromètre a constamment indi-
qué 0'n,756, l'atmosphère fut fort sombre et ne s'est éclaircie que le 9 au
matin, ce jour le temps était au beau et la température moyenne
de — 74.
La Meuse charriait depuis le 7 des glaçons qui provenaient en grande
partie des divers bras de l'Ourte et de la Vesdre; la ramification dont
le fond était recouvert de glace spongieuse n'en recevait pas, ce qui ren-
dait les observations beaucoup plus certaines. Ce fut pendant la journée
du 9 seulement que des glaçons se détachèrent du fond ; à mesure qu'ils
se produi.saient, ils laissaient dans la couche des cavités plus ou moins
étendues. Quand les dimensions de ces vides n'atteignaient pas dans le
sens du courant deux mètres au moins, les cailloux qui formaient le
DANS LES EAUX COURANTES. 23
fond, ne se recouvraient que difficilement de glace, car du lundi 9 au
jeudi suivant, par un temps des plus beaux tant de la nuit que du jour, et
par un froid indiquant de grand matin — 9" R. — 10", — 1 1° i, — 9o,
les couches qui les recouvraient avaient tout au plus0"',0355 d'épais-
seur. Si les cavités avaient dans le sens du courant une dimension
de 0'",45 à 0"i,75, les pierres du fond ne présentaient même à la fin des
gelées aucune trace de congélation; au contraire, si les dimensions en
longueur et largeur dépassaient de beaucoup 2 mètres, les couches se
trouvaient reformées au bout de cinq jours, mais ne présentaient qu'une
épaisseur de 0'",12 au plus. Ces derniers faits confirment l'influence du
mouvement des eaux dans la formation de la glace spongieuse.
Le dégel commença le 13 vers 10 h. 45 minutes du matin, la tempé-
rature passa en 2 h. de — 4° R. à 0; en moins d'un quart d'heure et
vers 11 i h., toute la glace qui tapissait le fond de la ramification se dé-
tacha en portions plus ou moins grandes j doit-on attribuer ce phéno-
mène à l'influence de la température? J'ai tout lieu de le croire, puisque
le baromètre avait conservé la même hauteur que la veille et se trouvait
à 0»>,748.
En cherchant à mesurer depuis la fin d'octobre le degré de chaleur
de différents fonds de rivière, on a observé en écartant des cailloux qu'il
se dégageait beaucoup de bulles de gaz, quelquefois le même effet se
faisait remarquer quand on détachait au fond des eaux de la glace spon-
gieuse. La présence d'un gaz ne serait-elle pas une des conditions essen-
tielles à la naissance de cette glace ? Je n'ai fait aucune recherche à ce
sujet; non-seulement il s'agirait de recueillir de ce gaz et de le soumettre
à l'analyse, mais aussi de s'assurer si le menu cailloutage en dégage
autant que le gros ; puis si on ne retarderait pas en le faisant dégager le
phénomène de la congélation ; de nouvelles questions peuvent encore
surgir. Quelles qu'elles soient, il me reste à faire connaître que pendant
les 15 jours de gelée, les fonds des rivières ont toujours marqué 0^ même
près des bords et sous des lames d'eau d'un décimètre au plus; aussi la
vase argileuse et le fin gravier que l'on rencontre quelquefois, ont con-
servé le premier son état mou ordinaire, et le second sa grande facilité
m SUR LA FORMATION DE LA GLACE, ETC.
à être déplacé ; en y plongeant la boule de plusieurs thermomètres, ils
ont toujours indiqué 0°. Près des bords, à l'air libre, la terre se trouvait
fortement gelée.
Nota. M. C. Davreux, membre de l'académie royale de médecine , en examinant des amas de
cristaux que je lui avais fait parvenir, a vu plusieurs de ces primes dont j'ai parlé plus haut,
pag. 20; en outre, il a remarqué des commencements de formes cristallines plus compliquées
qui en dérivaient.
nm
FIN.
MÉMOIRE
SUR im
APPAREIL DE THILORIER MODIFIÉ,
ET SOR LES PROPRIÉTÉS
DE L'ACIDE CARBONIQUE LIQUIDE ET SOLIDE;
PAB
J. MARESKA,
PBOnSSElIII DE CHIMIE H L'lI!IITEIgITÉ OE CAHO ,
•t
F. DONNY, piiipiBATBDa ob chixie a la miuE ouiversité.
(rr<KiiU t l'iradtele le I" «trier 1841.)
Ton. XVIII.
INTRODUCTION.
La liquéfaction de Facide carbonique s'opère en décomposant le
carbonate de soude par l'acide sulfurique dans un vase hermétique-
ment fermé. L'acide devenu libre, condensé par sa propre pression ,
se liquéfie.
Cette opération fut faite, pour la première fois , en 1823 , par
Faraday. L'on sait qu'il fit usage de tubes de verre scellés à la lampe,
et qu'à l'aide de son procédé, il parvint à réduire en liquides diverses
autres substances que jusqu'alors on n'avait obtenues qu'à l'état
gazeux *.
La liquéfaction de l'acide carbonique fut celle qui fixa le plus l'at-
tention des savants, probablement parce qu'elle faisait entrevoir la
possibilité d'employer cet acide comme force motrice. En effets
M. Brunel, dans le but de réaliser cet espoir^ construisit une ma-
chine, qui a été décrite dans différents traités de physique, et qui
était fondée sur le développement considérable d'élasticité qui s'opère
dans l'acide par un changement assez léger de température ^
* Annales de chimie et de physique, tom. XXII, pag. 325 et suivantes, ann. 1823.
• Traité de physique, par C. Despretz, 5' édition. Bruxelles, pag. 223.
4 INTRODUCTION.
Les inconvénients que présentait la machine de M. Brunel, et qui
rendaient son application difficile et dangereuse , ont sans doute été
cause que jamais elle n'a été établie en grand.
En 1835 , M. Thilorier fit connaître un appareil nouveau , avec
lequel il préparait des quantités considérables d'acide carbonique
liquide , et qui lui permit même de le solidifier. Nous ignorons quel
fut le motif qui guida l'auteur dans ses recherches, mais ce qui est
certain , c'est que ses publications firent renaître l'idée de réaliser les
machines mues par l'acide du carbone '.
Il est peu probable que l'on parvienne jamais à donner à ces sortes
d'appareils une forme assez simple pour rendre leur emploi possible
et surtout commode, et si la découverte de M. Thilorier n'a pas ré-
pondu, sous ce point de vue, à l'attente de quelques personnes, elle
n'en est pas moins remarquable sous beaucoup d'autres rapports , et
notamment sous celui des applications qu'elle promet à la chimie.
En 1838, M. Mitchell publia, dans le Journal ofthe Franklin insti-
tute ^ , la description d'un instrument au moyen duquel il obtint
également de l'acide carbonique liquide et solide, mais qui était loin
d'avoir les dimensions de celui de l'auteur français. Le récipient n'a-
vait qu'un demi-litre de capacité.
On se rappelle la sensation que les expériences de M. Thilorier
produisirent dans le monde savant, et cette exclamation : en deçà des
parois des tubes de Faraday , existe un monde chimique nouveau !
(exclamation par laquelle l'auteur commence son premier mémoire ),
prouve combien était grande l'espérance que lui-même il fondait sur
sa découverte. Par malheur l'instrument était construit en fonte, et
il ne résista point aux épreuves.
* Traité de physique, par C. Despretz, pag. 224.
* Cahier de novembre, pag. 239.
INTRODUCTION. 5
La terrible explosion qui cuusu la mort de Ilervy et qui mutila si
horriblement deux autres personnes, avait jeté l'épouvante parmi
tous les chimistes, et personne n'osait plus opérer en grand la liqué-
faction et la solidification de l'acide carbonique , lorsqu'en 1842 nous
entreprîmes de rendre à la science la découverte de M. Thilorier, en
mettant l'expérimentateur à l'abri de tout danger.
Vers la fin de la même année , l'appareil que nous avions fait con-
struire fut achevé, et il nous permit de répéter, avec une sécurité en-
tière, dans nos leçons et devant un auditoire nombreux, les expériences
qui , en 1835, avaient excité l'étonnement des membres de l'institut
de France.
Nous annonçâmes celte réussite à l'académie en janvier 1843, et
nous lui fîmes connaître, en même temps, qu'en nous servant de
l'acide solide comme moyen réfrigérant , nous avions solidifie V oxyde
azoteux et différents autres gaz qui ne l'avaient point encore été.
Depuis lors, M. le professeur Pleischl , de Vienne, a écrit dans le
journal de Erdmann et de Marchand , que son élève M. J. Natterer
avait préparé l'acide liquide dans la culasse d'un fusil à vent, et qu'il
était également parvenu à rendre solide l'oxyde azoteux '. Mais il
y a loin d'un appareil de ce genre au bel instrument de M. Thi-
lorier.
Le problème à résoudre ne consistait pas seulement à proscrire la
fonte, mais, ce qui était bien plus difficile, à conserver à l'appareil de
M. Thilorier ses grandes dimensions et sa perfection dans les détails,
qui en font le mérite et lui assurent d'immenses avantages. C'est la
solution de ce problème que nous soumettons aujourd'hui au juge-
ment de l'académie, et comme dans les nombreux essais que nous
• Journal fur praklische Chemie von Erdmann und Marchand, 1844, pag. 375.
6 INTRODUCTION.
avons fait subir à notre appareil , nous avons eu occasion de faire ,
sur les propriétés de l'acide carbonique tant liquide que solide , plu-
sieurs observations qui nous paraissent mériter l'attention , nous les
avons consignées dans ce mémoire, à la suite de la description de l'ap-
pareil modifié. Notre première intention avait été d'attendre , pour
les publier, que nous eussions terminé les recherches que nous
avions commencées sur la condensation des gaz permanents, et sur la
construction d'un thermomètre à air , capable de mesurer les plus
basses températures ; mais, puisque M. Natterer et peut-être d'autres
chimistes encore s'occupent des mêmes investigations , retarder plus
longtemps la publication de ce que nous avions fait, eût été évidem-
ment nous exposer à perdre en partie le fruit de notre travail '.
* Nous venons de recevoir le numéro de ce mois (janvier 1845) des Annales de chimie et de plvy-
sique. Il renferme une lettre de M. Faraday à M. Dumas, qui prouve que la crainte que nous avions
de nous voir devancer n'était pas chimérique , et que nous étions dans le vrai quand nous placions
toute l'importance de la découverte de l'acide carbonique solide dans l'emploi de ce corps comme
moyen réfrigérant. Le célèbre chimiste anglais a solidifié, mais en procédant d'une manière dif-
férente de la nôtre , plusieurs gaz , parmi lesquels se trouvent ceux que nous avions déjà obtenus
dans cet état, et, comme nous, il se propose de liquéfier les gaz permanents. Quelque flatteuse et
honorable que soit pour nous cette concordance, elle nous fait regretter pourtant de ne pas avoir
publié plus tôt nos recherches.
auftnm '^ii^m
MÉMOIRE
SUR
UN APPAREIL DE THILORIER MODIFIÉ,
IT fC> LES VROFSIETES
DE L'ACIDE CARBONIQUE LIQUIDE ET SOLIDE.
CHAPITRE r.
DESCRIPTION DE l'aPPAREIL.
La quantité de carbonate sodique, d'acide sulfurique et d'eau ,
nécessaire pour préparer quelques litres d'acide carbonique liquide,
est trop considérable pour qu'on ne soit point obligé d'accumuler le
produit de plusieurs opérations. Cette préparation exige donc un
appareil composé essentiellement de deux parties, dont l'une est des-
tinée à produire Tacide et dont l'autre sert à le recueillir. Il faut
encore que ces deux parties soient construites de manière à ce qu'on
puisse à volonté les mettre en communication ou les séparer sans
perdre l'acide formé.
8 SUR UN APPAREIL DE THILORIER MODIFIÉ, etc.
La première partie de l'appareil a reçu le nom de générateur, la
seconde s'appelle récipient, et la communication s'établit au moyen
d'un tube et d'un système particulier de robinets.
Les robinets inventés par M. Thilorier remplissant parfaitement
toutes les conditions requises, nous n'y avons pas apporté le moindre
changement ; nos modifications portent donc exclusivement sur le
générateur et le récipient. Nous allons décrire ces deux vases tels que
nous les avons fait confectionner.
Générateur. — Le générateur modifié est une chaudière en plomb
recouverte de cuivre rouge , et renforcée par des cercles et des barres
de fer forgé {fig. 1). La chaudière en plomb a la forme d'une bouteille
cylindrique. Sa capacité est de six litres et demi. Elle a environ 12
centimètres de diamètre intérieur et 58 centimètres de hauteur au-des-
sous du goulot. L'épaisseur est de 2à 3 millimètres. Toutes les soudu-
res sont en plomb et sont exécutées à l'aide du chalumeau à gaz hydro-
oxygéné. L'ouverture, qui a 45 millimètres, est entourée d'une pièce
de cuivre jaune {fig. 2), servant à recevoir la vis d'un bouchon en fer.
Le cylindre en cuivre qui enveloppe le plomb, lui est exactement
appliqué dans toutes ses parties {fig. 3).
La chaudière et son manchon de cuivre sont enchâssés dans une
série continue de cercles de fer forgé. Les deux fonds sont renforcés
par deux plaques du même métal reliées entre elles par des barres de
fer, de manière à constituer un tout semblable pour la forme et la
capacité au générateur en fonte de M. Thilorier {fig. 4).
Le générateur ainsi construit est suspendu entre les deux pointes
d'un support {fig. 4).
Récipient {fig. 5). — La construction du récipient est analogue à
celle du générateur ; de sorte qu'il est également formé d'un vase de
plomb , mais sans goulot , renfermé dans un cylindre de cuivre entouré
de cercles de fer. Les fonds sont encore retenus par des plaques de fer
liées entre elles par des barres du même métal.
SUR UN APPAREIL DE THILORIER MODIFIÉ , etc. 9
L'ouverture du récipient est pratiquée dans le premier des cercles,
de manière qu'elle se trouve dans la paroi latérale et non sur l'une
des bases comme cela a lieu dans le générateur. Autour de l'ouverture,
l'enveloppe de cuivre est séparée du plomb par une pièce en cuivre
jaune B, qui porte un pas devis, et qui est destinée à recevoir le bou-
chon. Elle est soudée et clouée à l'enveloppe ou manchon de cuivre
et proémine dans l'intérieur de récipient.
M. Thilorier plaçait son récipient sur une table à roulettes. Nous
avons préféré employer un support à deux montants, entre lesquels
l'instrument se balance. Une barre de fer semi-circulaire, qui tra-
verse un troisième montant situé entre les deux autres, et qui se ter-
mine de chaque côté à l'extrémité du récipient, permet de régler à
volonté l'inclinaison de celui-ci, et on fixe sa position au moyen d'une
vis placée à l'endroit où la barre traverse le troisième montant.
Robinets. — Entreprendre d'emprisonner dans un récipient plu-
sieurs litres d'acide carbonique liquide sans qu'il se produise la
moindre fuite , c'était se proposer un des problèmes les plus diffi-
ciles. M. Thilorier , en parvenant à le résoudre de la manière la plus
heureuse, a fait preuve d'une très-grande habileté.
Pour établir ou intercepter la communication, il se sert d'un
système de soupapes consistant en deux tiges placées bout à bout
l'une de l'autre. L'une d'elles est percée, et se trouve à demeure
sur l'ouverture du générateur ou du récipient; l'autre, c'est-à-dire
la supérieure , est massive et mobile. L'extrémité de la première est
concave; celle de la seconde est convexe (/îjr. 6). Lorsque le con-
tact entre les deux tiges est établi , la communication entre l'intérieur
du cylindre et l'extérieur est interrompue ; le contraire arrive quand
la séparation a lieu. On obtient ces effets au moyen d'une vis à ma-
nivelle , qui permet de soulever la tige supérieure ou de l'abaisser
et de la serrer dans le bassin de l'autre , avec une force suffisante
pour vaincre la pression de l'acide carbonique.
Cette soupape est renfermée dans un corps de robinet en cuivre
ToM. XVIII. 2
10 SUR UN APPAREIL DE THILORIER MODIFIÉ, etc.
servant à la fois à la maintenir et à permettre sans fuite la trans-
mission du gaz [fig. 7 ).
Bouchons. — Les robinets communiquent avec l'intérieur des
cylindres par l'intermédiaire de bouchons de fer percés. Le bouchon
du récipient ( A fig. 5 ) diffère de celui du générateur ( A fig. 4 ), en
ce qu'il se termine par un tube de cuivre qui plonge jusqu'au fond
du vase.
L'on réunit le générateur au récipient par un tube en cuivre courbé
en forme d'oméga, Q.. Toutes les jointures , tant celles des robinets
que celles des bouchons , sont effectuées à l'aide de plomb fortement
serré dans des encastrures convenablement disposées.
Mode d^opérer. — Comme nous avons conservé de l'appareil de
Thilorier la forme et la capacité , il est naturel que la marche du
service soit restée la même. Ainsi , pour opérer une charge , l'on
introduit dans le générateur 1800 grammes de bicarbonate sodique,
4,30 litres d'eau de 35 à 40 degrés , et un cylindre en cuivre [fig. 8)
contenant 990 grammes d'acide sulfurique à 66°. Le robinet étant
fermé, on fait écouler l'acide en balançant le générateur sur ses
points d'appui , et au bout d'une dizaine de minutes la réaction
est terminée. L'on établit alors la communication avec le récipient
pour y faire passer, par distillation, le liquide formé.
Sept charges suffisent pour obtenir une quantité d'acide liquide en
rapport avec la capacité du récipient. En dépassant ce nombre on
risquerait de produire une quantité d'acide telle que , par un chan-
gement accidentel de température , son volume pourrait devenir
plus grand que la capacité du vase , et alors il exercerait sur les
parois de celui-ci une pression irrésistible '.
' La grande compressibilité de l'acide carbonique liquide permet de croire que , même dans
ce cas , il n'y aurait de danger réel que lorsque la température s'élèverait très-haut. Cependant la
prudence exige de ne pas multiplier les charges au delà du chiffre indiqué.
SUR UN APPAREIL DE THILORIER MODIFIÉ , etc. 11
Pression dans le générateur pendant la charge. — Il est de la
plus haute importance , pour la construction de l'appareil , de con-
naître les pressions exercées pendant le travail. M. B. Yalerius avance
que , pour la liquéfaction de l'acide carbonique , le vase doit pouvoir
résister à une pression d'au moins 60 atmosphères, et que les généra-
teurs en fonte de M. Thilorier remplissaient cette condition \
Nous ignorons où cette assertion a été puisée, mais comme le
chifire indiqué pour la pression nous a paru beaucoup trop faible,
nous avons voulu le déterminer par expérience.
Pour y parvenir nous avons mis le générateur chargé en commu-
nication avec le manomètre que nous décrirons dans le chapitre sui-
vant.
Dans les diverses épreuves que nous avons faites, la pression a varié
entre les limites de 80 à 90 atmosphères. Cette pression suppose dans
le générateur une température d'au delà de 40°, et l'on conçoit que la
chaleur ne peut guère être moindre, lorsqu'on considère que l'on
emploie, pour dissoudre le carbonate sodique, de l'eau de 35 à 40**, et
qu'à cette température il faut ajouter celle qui se développe pendant
le travail par les réactions chimiques.
Quoique la pression dans le récipient, dont la température ne s'élève
pas au-dessus de celle de l'atmosphère, soit beaucoup moindre pen-
dant le travail que celle qui se développe dans le générateur, nous
avons pourtant donné aux deux vases la même résistance, parce qu'il
est souvent utile de pouvoir, sans danger, élever la température de
l'acide dans le récipient.
Calcul de la résistance du générateur et du récipient.
Le générateur et le récipient modifiés sont capables de supporter
environ 1200 atmosphères, abstraction faite de la résistance du plomb
et de l'enveloppe de cuivre.
• Ttaiti de Chimie par Bcrzelius , édition de Bruxelles, 1838, vol. I , pag. 214.
12 SUR UN APPAREIL DE THILORIER MODIFIÉ, etc.
En effet, la formule qui sert à calculer la résistance d'un tuyau
métallique est:
ET
P y exprime la force normale rapportée au millimètre carré, T re-
présente la ténacité, E l'épaisseur du tuyau ou de l'anneau , et R le
rayon. Or, l'épaisseur des anneaux de l'appareil est de 10 millimètres,
leur rayon égale 60™™^ et la ténacité du fer est de 65 kilogrammes par
millimètre carré. En substituant ces valeurs dans la formule, on
obtient:
p _ 402063 _ 65 _
60 6
Comme la pression d'une atmosphère sur un millimètre carré est
de 0'',01 environ, la résistance du tuyau, exprimée en atmosphères,
sera donc égale à ^^^ ou 1083.
Dans ce calcul, nous avons pris pour expression de la ténacité du fer
le nombre donné par les auteurs, savoir 65 k. ; mais la ténacité du fer
que nous avons employé est plus grande. Nous l'avons déterminée par
expérience,, et nous l'avons trouvée égale à 68 kilogrammes; de sorte
que la résistance réelle est de 1133 atmosphères.
Calcul de la résistance des barreaux.
La circonférence des barreaux étant de 65™™, la surface de leur
section est donc égale à 702™™. En multipliant cette surface par 65,
on obtient, pour la ténacité absolue de chaque barreau, 45630 kilo-
grammes; ce qui revient à 365040 kilogrammes pour la ténacité totale
des huit barreaux. En divisant ce résultat par 116,48 k., nombre qui
exprime le poids d'une atmosphère sur les bases du cylindre retenues
SUR UN APPAREIL DE THILORIER MODIFIÉ, btc. 15
par les barreaux, Ton obtient 3134 pour la résistance de ces barreaux
exprimée en atmosphères '. L'union des bases avec les barreaux est
établie à l'aide d'écrous suffisamment résistants.
De ces calculs nous pouvons déduire comme conséquences :
1° Que le générateur et le récipient présentent une solidité plus que
suffisante pour résister aux pressions qui peuvent se développer dans
ces instruments, puisque la pression dans le générateur ne dépasse pas
90 atmosphères, et que celle du récipient n'atteindrait pas 150 atmo-
sphères lors même qu'on le plongerait dans de l'eau bouillante.
2** Qu'il y a inégalité de force entre les parois des cylindres et les
barres qui réunissent leurs bases. Cette disposition n'est pas acciden-
telle, mais elle a été provoquée à dessein.
Ne voulant pas nous borner à déterminer la résistance par le calcul,
nous avons soumis les deux vases à une pression de 500 atmosphères
environ, au moyen d'une petite pompe hydraulique que nous avons
fait construire à cet usage.
Pour la sécurité de ceux qui voudraient se servir de l'appareil modi-
fié, nous garantissons qu'aucun de ces instruments ne sortira des ate-
liers de M. Bernaert , de Gand , sans avoir été convenablement essayé.
Deux objections ont été faites jusqu'ici à notre appareil. On a pré-
tendu d'abord qu'un des anneaux pouvait se briser en plusieurs en-
droits à la fois, et qu'ainsi des éclats de fer pouvaient être projetés avec
une force considérable; ensuite, que l'épreuve faite avec la presse
hydraulique est insuffisante, puisque l'on a vu parfois un fusil, essayé
avec une charge très-forte , éclater par une charge ordinaire.
La force à laquelle doivent résister les anneaux de l'appareil se
réduit à une force de traction ; or, il est reconnu que le fer battu ré-
siste bien à ce genre d'effort. Si cependant la pression devenait irré-
sistible, il y aurait infailliblement rupture, mais il est infiniment
probable qu'elle aurait lieu sans produire de malheur. En effet , si les
* Le rayon de la base égale 60"™, ce qui donne pour la surface 11509°"° carrés, sur lesquels
une atmosphère exerce, à raison de0^,0103 par millim. carré, une pression de 116,48 kilogr.
14; SUR UN APPAREIL DE THILORIER MODIFIÉ , etc.
anneaux étaient d'une égale force entre eux et partout , ils se rom-
praient tous à la fois et dans toutes leurs parties; mais cette égalité de
résistance est matériellement impossible. Jamais un fil de fer soumis à
une traction ne s'est rompu en deux endroits à la fois , et cependant
un fil présente , pour la réalisation du phénomène, des conditions bien
plus favorables que nos anneaux. Cette égalité de résistance n'existant
pas , ce serait le point le plus faible de l'anneau le moins solide qui
céderait, et alors, dans cette partie , les chaudières intérieures n'étant
plus retenues, feraient bosse et se déchireraient pour donner passage
au gaz.
Dans une chaudière ordinaire ou dans une arme à feu il y a explo-
sion , parce que toutes les parties sont liées entre elles pour ne former
qu'un tout ; dans notre appareil , au contraire , les anneaux étant
isolés , l'un d'eux venant à se briser , il n'entraînerait pas nécessaire-
ment la rupture totale; en outre, l'anneau brisé resterait emprisonné
entre les barres longitudinales.
Il est vrai que si les anneaux étaient plus résistants que les barres,
les deux fonds de l'appareil pourraient s'écarter, être projetés au
loin et devenir la cause d'accidents graves. Mais cette cause de
malheurs a encore été prévue, et, pour la prévenir, on a donné aux
barreaux , comme il a été dit déjà , une force bien supérieure à celle
des anneaux.
A ces considérations théoriques , nous pouvons ajouter la garantie
d'une longue expérience. Depuis plus de deux ans nous avons con-
stamment au laboratoire un récipient chargé. A chaque instant il
est placé tantôt dans un mélange réfrigérant , tantôt dans de l'eau
à une haute température , et jusqu'ici nous n'y avons observé aucun
dérangement. On objectera sans doute que M. Thilorier avait égale-
ment fait usage depuis longtemps de son appareil quand arriva le
malheur que l'on connaît; mais l'on ne doit pas perdre de vue que
l'appareil de M. Thilorier était en fonte, et que souvent ce métal ,
après avoir fait preuve d'une grande résistance , se brise même sans
pression, ce qui n'arrive jamais pour le fer battu.
SUR UN APPAREIL DE THILORIER MODIFIÉ , etc. 15
Gomme une partie des expériences dont il sera question dans le
chapitre suivant ont été faites avec de lacide carbonique liquide
renfermé dans des tubes barométriques scellés à la lampe , il est né-
cessaire d'entrer dans quelques détails sur la manière dont nous avons
préparé ces tubes.
Nous adaptons au robinet du récipient, au moyen d'une balle de
plomb , un tube de verre fermé à son extrémité libre , et qui pré-
sente un coude un peu au delà de la sortie du robinet. Dans l'étendue
d'un pouce environ, et immédiatement au-dessous de la courbure,
le diamètre intérieur est fortement rétréci {fig. 9). Le robinet étant
ouvert , l'acide passe dans le tube, et comme il s'y trouve fortement
comprimé, le refroidissement produit par du coton imbibé d'éther
suffit pour le liquéfier. Quand le tube est rempli d'acide liquide, on
ôte le coton , et on élève tant soit peu la température du tube. L'a-
cide repasse lentement dans le récipient, et quand il n'en reste plus
que la quantité voulue, on fait fondre une petite boule de cire fixée
au-dessous du rétrécissement. Celle-ci , entraînée par le courant de
gaz , se projette dans la partie effilée , et obstrue le passage en s'y
figeant.
Le liquide étant emprisonné dans le tube , on intercepte la com-
munication avec l'intérieur du récipient , on laisse échapper le gaz
contenu dans l'intérieur du robinet, on coupe le tube près de la
balle de plomb , et on le ferme à la lampe à l'endroit de la cour-
bure.
Nous conservons depuis près de trois ans des échantillons d'acide
liquide dans des tubes fermés de cette manière , et ceux que nous
avons fait parvenir à l'académie en février 1843 avaient été obtenus
par ce procédé.
!.H| vn.i'
SUR UN APPAREIL DE THILORIER MODIFIÉ , etc.
CHAPITRE IL
PROPRIÉTÉS DE l' ACIDE CARBONIQUE LIQUIDE.
Propriétés physiques.
L'acide carbonique liquide est incolore, d'une fluidité excessive,
et réfracte faiblement la lumière. Pour se maintenir à l'état liquide
il exige une pression de 36 atmosphères à 0°. Entre — 65 et — 70° c.
du thermomètre à alcool , il se prend en petites aiguilles blanches.
Sa pesanteur spécifique d'après M. Thilorier ' est :
0,90 à —20°
0,83 à 0»
0,60 à +30°.
Selon M. Mitchell % elle est de :
0,93 à 0» c. ou 32° Farenh.
0,8825 à 6,4 « 43,5 »
0,853 à 10°6 » 51 »
0,7385 à 23,33 » 74 »
D'après le premier de ces auteurs , de 0 à 30° il se dilate dans le
rapport de 0,60 à 0,83. Le volume à 0 étant exprimé par un, le volume
à +30° devient 1,3833, ce qui donne pour le coefficient de dilatation
0,0128, c'est-à-dire environ le quadruple du coefficient de dilatation
des gaz.
M. Mitchell a trouvé que la dilatation, entre les mêmes limites, est
* Annales de chimie et de physique , tome LX, pages 427-432.
* Polytechnisches Journal von Dingler. Jahrgang 1839, Bl. 232. — Berzelius, Rapport annuel
sur les progrès de la chimie, édit. de Paris. Ann. 1843, pag. 44.
SUR UN APPAREIL DE THILORIER MODIFIÉ , etc. 17
de 0,25, ce qui donne pour le coefficient de dilatation 0,0107. Ce
nombre, quoiqu'inférieur à celui qui a été trouvé par M. Thilorier,
est encore le triple du coefficient de dilatation des gaz.
La valeur du coefficient de dilatation de l'acide liquide diminue avec
l'abaissement de la température. Car, si l'on détermine ce coefficient
d'après les variations de densité que le liquide éprouve de — 20° à 0°,
l'on obtient 0,004, et ce nombre ne diff'ère plus que très-peu de
celui des gaz. M. Mitchell, frappé de cet accroissement considérable
dans la loi de dilatation de ce liquide, se demande si l'eau , à de hautes
températures, ou à des pressions très-élevées, n'acquerrait point éga-
lement le pouvoir de se dilater beaucoup plus qu'à des températures
moins élevées^ pour une même quantité de chaleur, et s'il n'y aurait pas
là une cause capable de produire l'explosion des machines à vapeur?
La différence notable qui existe entre les résultats de M. Thilorier
et ceux de Mitchell nous a portés à déterminer de nouveau la densité
de l'acide carbonique liquide à diverses températures. Nous ne sachons
pas que le premier de ces auteurs ait fait connaître le procédé qu'il a
suivi. Le second a pesé un tube ou plutôt une boule de verre contenant
un volume connu d'acide, et il a obtenu le poids de celui-ci en re-
tranchant du poids total celui du tube vide, ainsi que celui du gaz
qui se trouvait au-dessus de la surface de l'acide liquéfié. Ce procédé,
qui n'est au reste que celui qui est généralement suivi en pareil cas,
nous a paru présenter, pour l'acide carbonique, des difficultés d'exé-
cution très-grandes, et qui pourraient fort bien être la cause delà dif-
férence que nous venons de signaler, si toutefois M. Thilorier a eu
recours à la même méthode.
Nous sommes parvenus à des résultats plus sûrs et d'une manière
facile par le moyen suivant.
Nous avons préparé divers petits tubes de verre, fermés aux deux
bouts, et disposés de manière à ce que, plongés dans un liquide, ils
s'y tinssent dans une position verticale à l'instar des aréomètres. Ces
tubes de même volume différaient par leur poids. Ils étaient en équi-
libre :
Ton. XVIII. 5
m SUR UN APPAREIL DE THILORIER MODIFIÉ , etc.
Le premier, dans un liquide d'une densité de 0,9194
Le second, dans de l'eau distillée dune densité de 0,979576
Et le troisième , dans de l'éther de 0,7220
Chacun d'entre eux a été introduit ensuite dans un tube de plus
grandes dimensions, et dans lequel nous avons fait passer de l'acide
carbonique liquide {fig. 10),
En faisant varier la température de l'acide, nous avons trouvé que
le petit aréomètre était en équilibre :
A -I- i° dans le premier tube,
A — 8° dans le second,
Et à -f- 27° dans le troisième.
d'où nous concluons que la densité de l'acide est
De 0,9799885 à — 8° c.
De 0,9200 à -»- d° c.
Et de 0,7229 à -+- 27° c.
Dans ces expressions , nous avons eu égard à l'effet produit par la
compression que les petits aréomètres subissent dans l'acide carbo-
nique. La correction nécessitée de ce chef a été calculée d'après la
formulée (1 — 0,0000165w), qui indique la compression du verre,
et dans laquelle c représente la capacité , et w la pression en atmo-
sphères.
Ainsi , de — 8° à + 1° l'acide carbonique liquide se dilate dans
le rapport de 9200 à 9799. De sorte que le volume à — 8° étant pris
pour unité, le volume à + 1° devient 1,0651, ce qui donne pour
le cofficient de dilatation 0,00723, nombre qui est à peu près le
double de celui de l'air. Si , au contraire, l'on considère la dilata-
tion qu'éprouve l'acide de + 1° à -f- 27°, par un calcul analogue à
celui que nous venons de faire , et en prenant pour unité la densité
à -j- 1°, l'on obtient pour le coefficient de dilatation le nombre
0,0101 qui équivaut à peu près au triple de celui du gaz.
En comparant ces résultats avec ceux de M. Mitchell , l'on voit
SUR UN APPAREIL DE THILORIER MODIFIE , etc.
19
que, malgré la difficulté d'exécution dont nous avons parlé , cet au-
teur est parvenu à des nombres assez exacts, et les conséquences qu'il
en a déduites peuvent être considérées comme justes.
Le rapprochement des expériences de M. Thilorier , de M. Mitchell
et des nôtres donne le tableau suivant :
DKcaés
ccDligrades.
UECRÉS
Faraobiiit.
DSnslTÉ.
TBILOSIER.
HITOELL.
■ AHESK* et UONITY.
- 90
»
0,90
-
— 8
m
n
■•
0,979988
' 0
ss
0,83
0,05
»
, 1
«
-
•'
0,92
-+- 6, 4
43,5
•
0,8835
n
-♦- 10, 6
SI
1»
- 0,853
»
-4- 25.35
74
'
0,7385
»
-t- •27
'
*
"
0,7320
-♦- 30
•
0,00
'
En élevant d'un seul degré la température de l'eau dans laquelle un
aréomètre , semblable à ceux dont nous nous sommes servis, était en
équilibre, nous avons déterminé la descente rapide du petit instru-
ment au fond du liquide. Or, si l'on considère qu'à la température
à laquelle nous avons agi , un degré de diffiérence dans la chaleur
ne produit qu'une différence de 0,0000794 dans la densité, l'on peut
juger de l'extrême sensibilité de notre instrument, et se convaincre
qu'il est impossible d'arriver à des résultats aussi exacts par la pesée.
Effets thermoscopiques. — Lorsque nous avons fait parvenir dans
le temps à l'académie des tubes renfermant de l'acide carbonique li-
quide , nous avons cru devoir en présenter un qui pouvait la rendre
témoin du phénomène le plus curieux que présente l'acide carboni-
que condensé. Le volume de l'acide condensé dans ce tube augmentait
m SUR UN APPAREIL DE THILORIER MODIFIÉ, etc.
par le froid et diminuait par la chaleur. Ce phénomène, qui paraît
paradoxal au premier aspect , s'explique pourtant d'une manière
fort naturelle.
Si l'on soumet à l'action de la chaleur un tube de verre renfer-
mant une tranche de liquide et une tranche de gaz, la dilatation
augmente le volume du liquide , et la vaporisation tend à le dimi-
nuer. Or, il peut arriver que les deux effets se compensent, ou bien
que l'un des deux l'emporte sur l'autre. Dans le premier cas , il n'y
aura ni augmentation ni diminution sensible de volume par la cha-
leur. Dans le second, il y aura augmentation quand la dilatation
excédera la vaporisation , et il y aura évidemment diminution de
volume dans l'hypothèse inverse. C'est cette dernière circonstance
que nous avons réalisée dans le tube transmis à l'académie.
L'équilibre entre la dilatation et la vaporisation , ainsi que la
prédominance de l'une sur. l'autre, dépendent du rapport entre
l'étendue de la tranche d'acide liquéfié et la capacité totale du
tube. M. Thilorier a trouvé qu'il y a équilibre quand ce rapport est
de 26 à 60 ; les deux autres effets ont lieu , l'un au-dessus , l'autre
au-dessous de cette limite.
Pour nous rendre compte de l'influence de ces rapports , consi-
dérons , par exemple, le cas de l'équilibre. Soit un tube BA. (fig. 11),
divisé en 60 parties égales. Supposons que le tube soit à O'*, et que
26 des parties soient occupées par de l'acide liquide. La quantité
d'acide gazeux qui saturera l'espace AC équivaudra à trois divisions
d acide liquide. Pour saturera + SO'» ce même espace AC, qui com-
prend 34 divisions, il faudra 11,33 divisions d'acide liquide; or,
comme il y en avait déjà trois à zéro, la tranche liquide ne devra en
fournir en réalité que 8,33 ; ainsi par l'effet de la vaporisation , la
tranche de liquide, dans le passage de 0° à -f- 30" , se réduit à 17,67
divisions. Mais, comme l'acide , entre les limites de 0° à + 30*^, se
dilate, selon M. Thilorier, dans le rapport de 20 à 29, il en résulte que,
parla dilatation, le niveau s'élèvera de la division 17,67 jusqu'à la di-
vision 25,64 ; de sorte que les effets de la vaporisation et de la dilata-
SUK UN APPAREIL DE THILORIER MODIFIÉ , etc. 21
tion se compenseront sensiblement , et que le niveau ne variera pas.
M. Thilorier a vu dans ces phénomènes un moyen de vérifier les
nombres auxquels il était parvenu par ses recherches sur la vapori-
sation et la dilatation. £n effet, le calcul que nous venons d'établir
pour déterminer le point d'équilibre repose sur deux données, sa-
voir : que, dans les limites de 0 à -|- 30", la dilatation s'opère dans
le rapport de 20 à 29 , et que la quantité d'acide liquide à 0*^ néces-
saire pour saturer de gaz un espace vide, est représentée par une
tranche liquide égale au douzième de l'espace dans lequel s'opère la
vaporisation, quand la température est à 0°, et au tiers quand elle est
à -|- 30". Or, si l'expérience démontre que le point d'équilibre est
exactement celui qu'indique le calcul établi sur ces données, il est
évident qu'il en résulte une probabilité en faveur de l'exactitude de
ces mêmes données. Il serait possible toutefois que , dans des opéra-
tions aussi délicates, il y eût eu double erreur, dont les effets se se-
raient détruits. C'est ce que fait présumer la coïncidence entre les
chiffres obtenus par M. Mitchell et les nôtres.
Pression. — Faraday a trouvé que l'acide carbonique liquéfié fait
équilibre à 36 atmosphères à 0° c. M. Thilorier a confirmé ce résultat
et a, en outre, déterminé la pression à — 20° et à + 30°; d'après lui ,
la première équivaut à 26 et la seconde à 73 atmosphères. Ces données
s'accordent sensiblement avec celles de M. Mitchell , qui a trouvé :
A 32« Farenh. ou à 0" centig. 36 atmosphères.
'" ■ A 47'» » ■ » 8,33 » 45 »
•' A 66" » » i8,89 » 60 »
A 86° » » 30 « "a »
Dans l'espoir d'arriver à la connaissance de la loi que suit la pres-
sion aux diverses températures, nous avons fait un grand nombre d'es-
sais d'où nous avons conclu que la pression :
A — 20° c. est de 23,63 atmosphères.
A — 15 » 25,50 »
22 SUR UN APPAREIL DE THILORIER MODIFIÉ, etc.
A — iO c.
est d
e 27,1
A — 0
»
36
A -t- 6,3
j)
42
A +. 10
)>
46
A H- 15,5
»
52
A -t- 19
j>
57
A -t- 23,5
t)
65
A + 27
»
68
A -t- 30,73
))
74
A -t- 54,50
))
80
M. Thilorier a fait remarquer que l'augmentation de la pression
est d'une atmosphère par degré centigrade de température. Cette as-
sertion , basée sur les nombres que nous avons rapportés plus haut ,
résulte également de nos expériences. En effet , de — 20° à + 30o,75 ,
c'est-à-dire pour une différence de 50",75 dans la température, la
différence dans les pressions est de 50,35 atmosphères. Cependant,
nous ne pouvons nous empêcher de faire observer que ce résultat n'est
vrai que dans certaines limites, parce que la force élastique croît
dans un rapport plus grand que la température. De — 20° à 0° l'aug-
mentation de la tension est de 0,61 par degré; de 0° à -1- 19 elle est
de 1,1 et de -f- 19 à -f- 35 , elle s'élève à une atmosphère et demie par
degré.
Nous avons tâché de représenter par une construction graphique
la marche que suit la pression. La courbe se rapproche de la logarith-
mique {fig. IP''). A. l'époque où nous avons fait nos expériences,
nous ne connaissions que le mémoire de M. Thilorier, et comme la
manière dont il s'y est pris pour déterminer la pression n'y est pas
décrite, nous avons dû imaginer nous-mêmes un moyen pour y par-
venir. Nous avons adapté au récipient de la machine ou de l'appareil
de Thilorier modifié un manomètre construit de manière à donner
des indications très-visibles depuis 20 jusqu'à 100, et même jusqu'à
160 atmosphères.
Ce manomètre consiste en un tube de verre AT {fig. 12) d'environ
0^,80 de longueur ^ et fermé à l'une de ses extrémités. A Tautre extré-
SUR UN APPAREIL DE THILOUIER MODIFIÉ , rrc. 33
mité est adapté un tube TC, qui présente un renflement tel que sa
capacité est 20 fois plus grande que celle du tube AT.
Le manomètre plonge dans un réservoir en fer, formé d'un cylindre
creux R, d'un bouchon B et d'un couvercle H. Le cylindre R pré-
sente vers le milieu de sa hauteur deux ouvertures M', pour l'introduc-
tion des tubes de communication. Le bouchon et le chapeau sont
percés dans toute leur longueur pour livrer passage au manomètre.
La partie inférieure de celui-ci plonge dans le mercure contenu dans
le cylindre. Pour empocher les fuites, le bouchon s'adapte à vis sur
le cylindre, et son rebord comprime une rondelle de plomb aa' placée
sur le rebord correspondant du réservoir. Le chapeau s'adapte sur le
bouchon d'une manière analogue, seulement la rondelle de plomb est
remplacée par une balle P du même métal et chaussée sur le mano-
mètre.
Lorsque plus tard nous nous sommes procuré le mémoire de M. Mit-
chell , nous avons reconnu que cet auteur s'était servi d'un manomètre
qui présente quelque ressemblance avec celui que nous venons de
décrire.
Il se compose d'une boîte de fer AB {fig. 13) contenant du mer-
cure. Cette botte est mise en communication avec le générateur au
moyen d'un tube CD qui s'ouvre au-dessus du niveau du métal liquide.
Un autre tube EF, adapté à la paroi supérieure du réservoir AB, porte
un tube de verre GH gradué comme les manomètres. Un troisième
tube de fer IK pénètre par cette même paroi jusqu'au fond de la boîte ;
il est également surmonté d'un tube de verre gradué TL.
Le gaz arrivant dans la boîte par le tube DC fait monter un index
de mercure m contenu dans le tube GH. Cet index y marque distinc-
tement les pressions, pourvu qu'elles ne s'élèvent point au delà d'un
petit nombre d'atmosphères.
* A mesure que l'index monte dans le tube HG, le mercure s'élève
dans le tube IK; admettons que lorsque l'index marque cinq atmo-
sphères, le niveau du mercure se trouve au point initial m' de l'autre
manomètre. Il est évident qu'à partir de ce point les divisions du
ff SUR UN APPAREIL DE THILORIER MODIFIÉ , etc.
second manomètre seront des multiples par le nombre cinq des divi-
sions du premier '.
Cet instrument présente l'avantage d'indiquer les petites pressions
comme les pressions les plus fortes, mais on peut également appliquer
avec facilité notre manomètre à la détermination de tensions faibles.
Il suffirait à cet eifet de substituer dans la boîte de fer, au tube AC
{fig. 12) un autre tube qui ne présenterait point de renflement à sa
partie inférieure, et qui serait exactement calibré et divisé.
Nous croyons inutile de faire observer que dans l'appréciation des
tensions, au moyen de ces instruments, l'on doit nécessairement avoir
égard au poids de la colonne de mercure et à la température de l'air
dans le tube manométrique. Dans les essais dont nous avons consigné
les résultats plus haut , cette température a été réduite à zéro.
Pour obtenir au moyen du manomètre la pression à différents de-
grés de chaleur, il a fallu évidemment faire varier la température de
l'acide. Nous avons tant de confiance dans la solidité et la résistance
de notre appareil, que pour y parvenir, nous n'avons pas hésité un
instant de plonger le récipient dans des bains à toute espèce de tem-
pérature depuis — 20° à -f 40", et même jusqu'à la température de
l'eau bouillante.
Compressibilité. — Les changements extraordinaires de volume
qu'éprouve l'acide carbonique liquide par les variations de tempéra-
ture, portent naturellement à croire que sa compressibilité doit être
plus grande que celle des autres liquides connus. Voici ce que l'expé-
rience nous a appris à cet égard :
Un tube de verre de 321»»™ de longueur a été rempli totalement
d'acide carbonique à 32°, et a été plongé successivement dans des
bains à 37, 42, 47 et 52° cent. Le tube a parfaitement résisté aux trois
' Nous ne connaissons le mémoire de M. Mitchell que par la traduction allemande qui a été
publiée dans le Polytechnische journal von Dingler; dans cette traduction, le manomètre est
décrit d'une manière tellement sommaire, que nous avons dû, pour ainsi dire, en deviner la con-
struction.
SUR UN APPAREIL DE THILORIER MODIFIÉ , etc. 25
premières épreuves, et il ne s'est rompu qu'après un séjour d'une mi-
nute environ dans l'eau à 52*>.
Le coefficient de dilatation de l'acide étant 0,0101 , il est évident
que, sans la compression exercée par les parois du tube, la colonne
de liquide, en passant de 32 à 47° et ensuite de 47 à 52°, aurait ac-
quis une longueur de 369""", 63, pour le premier accroissement de
température, et de 385"»"',84 pour le second, c'est-à-dire qu'elle se
serait allongée d'abord de 0,1514 et ensuite de 0,2 de son volume pri-
mitif. La résistance du tube ayant empêché cette dilatation, le liquide
au moment de l'explosion subissait donc une compression qui dé-
passait le sixième, et qui était moindre que le cinquième de son
volume.
Le calcul nous a fait trouver, pour la résistance du tube, 500 at-
mosphères; cependant, comme le liquide au point de départ était
à 32°, et que la pression qu'il exerce à cette température s'élève à
76 atmosphères , la réduction n'a été produite en réalité que par
424 atmosphères; la compressibilité de l'acide carbonique liquide,
correspondant à une atmosphère, est donc intermédiaire entre
4- 0,000357 et -f- 0,000471 de son volume primitif : comparée à celle
de l'eau , elle est au delà de dix fois plus grande.
Ce résultat, à cause de l'élévation du chifTre qui l'exprime, est
sans doute très-extraordinaire, et constitue pour l'acide carbonique
une propriété remarquable de plus à ajouter à celles qui étaient
déjà connues.
Pour déterminer la compressibilitéavec une très-grande exactitude,
il faudrait savoir ce que devient le coefficient de dilatation pour des
températures supérieures à 27 ou 30°. Comme la dilatation croît
avec la température, et que la chaleur de l'acide comprimé était de
32 à 52° , le coefficient 0,0101 que nous avons employé était évidem-
ment trop petit. L'on peut donc admettre pour expression de la
compressibilité la limite supérieure 0,000471 avec la certitude de
rester encore en-dessous de la réalité.
Ton. XVIII. 4
m SUR UN APPAREIL DE THILORIER MODIFIÉ , etc.
Propriétés chimiques.
Nous n'avons rien à ajouter à ce que M. Thilorier a fait connaître
concernant les propriétés chimiques de l'acide carbonique liquide. Il
est sans action sur l'eau ' , il est solube dans l'alcool , l'éther , l'huile
de naphte, l'huile essentielle de térébenthine , et le sulfide de car-
bonique.
Sa préparation dans des chaudières de fer, de plomb et de cuivre,
prouve qu'il est sans action notable sur ces métaux ; il ne réagit sur
aucun de ceux des six dernières sections, mais il est décomposé par
le potassium et le sodium.
CHAPITRE III.
PRÉPARA.TI0Pf ET PROPRIÉTÉS DE l'aCIDE CARBONIQUE SOLIDE.
Préparation. — Lorsqu'on reçoit un jet d'acide carbonique liquide
dans une bouteille de verre , ou dans un autre vase convenablement
disposé , l'acide se répand instantanément à l'état de gaz, et le froid
produit par l'expansion est si intense qu'une partie de l'acide se con-
gèle en une poudre blanche pulvérulente et adhérente au verre.
Pour recueillir cet acide solide, M. Thilorier a fait construire
une boîte, divisée par son milieu en deux parties qui s'adaptent à
frottement doux. Le fond de chaque compartiment présente un cer-
tain nombre de petites ouvertures pour le passage du gaz qui devient
* Quand on introduit de l'eau et de l'acide dans un même tube , les deux liquides restent par-
faitement séparés. C'est par cette expérience qu'on peut le mieux se convaincre de l'excessive mo-
bilité de l'acide condensé , et de la faiblesse avec laquelle il réfracte la lumière. Quand le tube est
en repos la tranche d'acide qui surnage l'eau se voit avec peine ; quand on le retourne , l'acide se
meut avec une grande facilité , et l'eau , par l'effet de la capillarité , reste immobile.
SUR UN APPAREIL DE THILORIER MODIFIÉ , etc. 27
libre , et l'un d'eux est muni à l'extérieur d'un tuyau , au moyen du-
quel on chausse la boite sur un chalumeau adapté au robinet du ré-
cipient. Quand le récipient est ouvert, le liquide s'échappe avec
force, il se produit du gaz qui se dégage par les ouvertures de la
boîte , et l'acide solide, concentré par un réflecteur , s'accumule sous
la forme d'une boule. M. Thilorier dit que dans cette opération un
tiers environ de l'acide se solidifie. M. Mitchell n'a obtenu qu'un hui-
tième. Cette différence provient probablement de la température de
l'acide liquide qui influe considérablement sur la quantité du produit.
Cent d'acide liquide à O'^ nous ont donné 29 d'acide solide , tandis
que cent d'acide à 15° n'en ont produit que 19.
Pour déterminer la quantité d'acide solide que fournit l'acide
liquide à une température donnée, nous avons adapté au chalumeau
du récipient une boîte en cuivre (fig. 14) communiquant d'une part
avec le récipient, et d'autre part avec un gazomètre. Un crible métal-
lique, placé à l'ouverture de dégagement, empêchait l'acide solide
d'être entraîné par le courant gazeux , et pour faciliter l'extraction de
l'acide produit, le fond de la boîte a été rendu mobile, et s'adapte à
vis au reste de l'appareil.
Le récipient ayant été placé dans de la glace fondante pour main-
tenir l'acide à 0<», l'on a, à plusieurs reprises, recueilli de l'acide solide,
et son poids a été comparé , chaque fois , avec celui du gaz obtenu
dans le gazomètre. La moyenne de ces expériences a donné pour
résultat 44,5 grammes d'acide solide, et 106,5 grammes d'acide ga-
zeux. L'assertion de M. Thilorier se trouve donc confirmée, pour
autant toutefois qu'elle se rapporte à de l'acide àO°, ce qui n'est pas
clairement exprimé dans les instructions de l'auteur '.
Les expériences faites avec l'acide à + 15°, nous ont donné, en
moyenne, 23 grammes d'acide solide pour 116,6 grammes d'acide
gazeux; ce qui revient, comme nous l'avons dit plus haut, à 19 pour
cent.
■ ' • Instrnctions manuscrites sur l'emploi de l'appareil de Thilorier.
Wi SUR UN APPAREIL DE THILORIER MODIFIÉ , etc.
Le procédé que nous avons suivi nous ayant permis de travailler
sur de grandes quantités d'acide , les conclusions auxquelles nous
avons été amenés semblent devoir offrir toutes les garanties désirables
d'exactitude.
Propriétés. — L'acide carbonique solide est blanc, neigeux, on peut
le pétrir pourvu que les mains ne soient point humides , et que le con-
tact ne se prolonge point; dans ce cas_, il produit une sensation de brû-
lure. Il se laisse facilement tasser, et prend l'empreinte de la peau et
des corps sur lequel on le comprime. Placé en très-petits morceaux
sur une surface même horizontale, il glisse et se meut continuelle-
ment, parce qu'il est soulevé par une atmosphère d'acide qui l'envi-
ronne jusqu'à son entière disparition. Exposé à l'air, il condense
autour de lui la vapeur de l'atmosphère , et paraît répandre de la
fumée. Il s'évapore complètement, et l'humidité qu'il laisse pour
résidu n'est autre chose que la vapeur d'eau de l'atmosphère qu'il
a condensée. Dix sept grammes fortement tassés se sont évaporés en
une heure 20 minutes. La température était à 22" centigrades et la
pression à 76,2. L'évaporation moyenne est donc de 21 centigrammes
par minute. 40 grammes d'acide, dans les mêmes circonstances, ont
perdu, pendant la première minute, 70 centigrammes. M. Mitchell a
obtenu des résultats difTérents : selon lui, 17 grammes 30 (346 grains),
à la température de 24 à 25°, perdraient, en une minute, de 15 à 20
centigrammes, et toute la masse ne disparaîtrait qu'après 3 | heures,
de sorte que l'évaporation moyenne ne serait que de 8 centigrammes
par minute.
Cette différence nous a engagés à répéter nos expériences dans des
circonstances nouvelles. Dans nos premiers essais l'acide abandonné
à l'évaporation avait été placé sur du papier, et s'était trouvé par con-
séquent presque de tout côté en contact avec l'air. Croyant qu'il était
possible que l'évaporation fut plus lente dans un vase qu'à l'air libre,
et que peut-être la différence entre les résultats dût être attribuée à
cette cause, nous avons introduit 12 grammes d'acide fortement tassé
SUR UN APPAREIL DE THILORIER MODIFIÉ , jetc. 29
dans une éprouvelle cylindrique. Lediumètre intérieurduverreétailde
23»*""; l'acide y occupait une hauteur de GO'"""; la température de l'air
était de 13 degrés centigrades, et la pression barométrique de 746™".
Les douze grammes d'acide se sont évaporés en 59 minutes. De sorte que
l'introduction de l'acide dans un verre n'a pas sensiblement changé la
marche de l'évaporation, et que la moyenne de celle-ci doit être éva-
luée, comme nous l'avons fait, à 20 ou 21 centigrammes par minute.
L'acide carbonique solide produit des effets frigorifiques considé-
rables, et dont on n'avait aucune idée avant sa découverte. C'est sans
contredit la propriété la plus remarquable de ce corps, et celle qui
sera la plus fertile en applications.
Lorsqu'on plonge un thermomètre à alcool dans un bain d'acide
carbonique solide, le liquide descend à 80 ou 82 degrés au-des-
sous de zéro. Si en ce moment on soumet l'acide à un grand courant
d'air, l'alcool baisse encore de plusieurs degrés. Nous avons produit de
cette manière jusqu'à 90 degrés de froid. Le froid est plus grand en-
core quand on enveloppe le thermomètre d'une pâte faite avec de
l'acide et de l'éther, et qu'on l'agite dans l'air. Dans le vide, et en ab-
sorbant l'acide à mesure qu'il se dégage, le froid devient excessive-
ment intense, et tel qu'il devient impossible de le mesurer à l'aide
des instruments en usage.
En soumettant ainsi à l'action réfrigérante de l'acide carbonique,
soit dans l'air, soit dans le vide, des gas liquéfiés dans des tubes de
Faraday, nous sommes parvenus, comme nous l'avons annoncé à l'a-
cadémie en janvier 1843 ' , à en solidifier quelques-uns, tandis que
d'autres sont restés liquides à la température la plus basse.
Dans la première catégorie se placent :
1° Le cyanogène , déjà obtenu à l'état solide par Bussy, et qui se
congèle en une substance blanche cristalline, entre — 30 et — 36".
Au moment où la solidification s'opère, on voit s'échapper quelques
bulles de gaz;
* Voy. BttUelins de l'académie de» sciences de Bruxelles, année 1843, pag. 75. ^
30 SUR UN APPAREIL DE THILORIER MODIFIÉ , etc.
2° Uacide sulfureux, qui devient solide entre — 80 et — 85".
C'est encore une substance incolore. M. Mitchell dit l'avoir solidifié
à — 110° Farenheit;
3" \J ammoniaque. Quand elle est parfaitement anhydre , elle ne se
gèle pas dans le bain d'acide et d'éther placé dans l'air, il faut
opérer dans le vide. Quand notre thermomètre marquait — 115° c.
tout le liquide contenu dans le tube était devenu solide, il a com-
mencé à se liquéfier de nouveau à — 88°.
L'ammoniaque solide est une belle substance blanche, cristalline,
et transparente ;
4° L'oxyde azoteux. Cet oxyde, comme l'ammoniaque, exige pour
se geler une température plus basse que celle que Ton peut produire
par le bain froid à l'air.
C'est encore une substance cristalline et incolore;
5° L'acide carbonique , qui se prend en petits cristaux aiguillés ou
prismatiques vers — 70°;
6° L'acide nitrosoniirique ;
7° Le sulfide hydrique.
Les gaz liquéfiés qui n'ont pas pris l'état solide, et qui ont résisté à
l'action de l'acide carbonique , même dans le vide, sont :
1 ° Le chlore ;
2° Le chloride hydrique.
Ces essais sur la solidification des gaz n'ont porté , comme on le voit,
que sur ceux de ces corps qui avaient déjà été liquéfiés par le système
Faraday. Pour liquéfier ou même pour solidifier les gaz permanents,
nous avons fait construire un appareil qui permettra de les soumettre
à une pression de plusieurs centaines d'atmosphères, en même temps
qu'ils seront exposés à l'action de l'acide carbonique dans le vide.
Différentes substances, qui à la température ordinaire de l'atmo-
sphère sont liquides, ont également été placées dans le bain froid;
quelques-unes ont donné lieu à des remarques que nous croyons
dignes de fixer l'attention.
L'alcool de 0,8084 de densité , ou à 97° de l'alcoomètre centigrade ,
SUR UN APPAREIL DE THILORIER MODIFIÉ , etc. 31
ne s'est pas solidifié complètement; mais à — 80° il est devenu assez
\isqueux pour ne plus couler. Selon Mitchell l'alcool de 0,798 acquiert
la consistance de cire à — 146° Farenheit.
Vélaîne n'est pas devenue entièrement dure.
Uéther, l'huile de naphte perdent de leur fluidité sans changer
d'état.
Le sulfide carbonique ne passe pas non plus à l'état solide, quel
que soit le froid auquel on l'expose.
Uacide nitrique de 1,5 de densité se congèle en une masse cristal-
line blanche vers — 50".
Le chloride hydrique très-concentré prend la consistance de beurre
sans affecter aucune forme cristalline visible. A cette basse tempéra-
ture il cesse de rougir le papier de tournesol, et ne produit plus aucune
réaction chimique.
L'acide sulfurique monohydraté pur, comme l'on sait, cristallise
à — 34°. Mais il n'en est plus de même lorsqu'on y ajoute de l'eau,
de manière à réduire sa densité à 1,829 à 14° c. L'acide ainsi dilué
ne se solidifie plus entièrement, même par le plus grand froid. Il
reste pâteux, on peut y faire pénétrer, sans effort, un fil métallique,
et il mouille encore les corps.
L'acide sulfurique, dans cet état, ne rougit plus le tournesol; il
ne réagit plus sur les alcalis, sur les carbonates, sur l'iodure potas-
sique, ni même sur le chlorate potassique.
Le chlore et l'ammoniaque anhydre n'ont point perdu, à — 80°,
la faculté de réagir chimiquement l'un sur l'autre. Il ne faudrait
point en conclure que ce que nous avons observé pour l'acide sulfu-
rique et le chloride hydrique ne fut point l'effet d'une loi générale;
il en résulterait seulement que les effets se manifesteraient pour les
difllérentes substances à des degrés de froid différents ' .
* Depuis que ce mémoire a été remis à l'académie, MM. Schroeter, de Vienne, et Dumas, ont
également fait réagir certains corps les uns sur les autres à la température du bain d'acide carbo-
nique solide, et ils sont arrivés à des résultats analogues. Us ont démontré qu'à — 80" le chlore ne
se combine plus à l'antimoine, et nous-mêmes, dans une lettre publiée dans le Bulletin, t. XII,
52 SUR UN APPAREIL DE THILORIER MODIFIÉ , etc.
Ce que nous avons dit plus haut de l'action du froid sur l'alcool,
prouve combien peu l'on doit se fier aux indications du thermomètre
à alcool, quand il s'agit de mesurer l'abaissement de température
produit par le bain d'acide carbonique. Puisqiae dans ce bain l'alcool
le plus pur perd de sa liquidité, il est bien probable que son coeffi-
cient de dilatation se rapproche alors de ceux des solides, et que ses
contractions ne sont plus en rapport avec ce qu'elles sont à une tem-
pérature plus élevée. Notre thermomètre à alcool, qui porte 150 divi-
sions au-dessous de zéro, marquait — 115° dans le vide, et pourtant
nous avons la conviction que le froid y était beaucoup plus intense.
Comme, à nos yeux, presque toute l'importance de la découverte
de la solidification de l'acide carbonique gît dans l'emploi bien dirigé
des effets frigorifiques de ce corps , nous croyons que le but le plus
immédiat à atteindre est de trouver un moyen convenable de mesurer
exactement les basses températures. La première idée qui se présen-
tera sans doute à quiconque s'occupera de cet objet, sera de substituer
à l'alcool l'un ou l'autre des liquides dont l'état n'est pas changé par
le plus grand froid ; c'est ce qui nous est arrivé , et nous avons cons-
truit un thermomètre ou plutôt un frigomètre à sulfide carbonique,
qui marquait de + 25 à — 100° c. , et dont les indications corres-
pondaient sensiblement avec celles du thermomètre à alcool, jusque
vers — 90°.
Cependant, toute réflexion faite, il est peu probable qu'on arrive
à des résultats rigoureux au moyen des liquides. Nous croyons que
les gaz seuls peuvent convenir pour ce genre de recherches. Si l'on
n'est pas entièrement certain de la régularité de leur contraction à
des températures très-basses, elle est du moins très-probable, tandis
que l'on peut avoir une certitude presque entière que les lois de
pag. 225, et que M. Dumas a bien voulu communiquer à l'académie des sciences de Paris (séance
du 15 mars 1843), nous avons fait voir qu'à cette même température, le chlore perd toute son
action sur le potassium et le sodium, tandis qu'il continue à se combiner avec le brome, l'iode et
le soufre; en outre, nous avons confirmé l'observation faite par M. Dumas qu'à — 80° le chlore se
combine encore avec beaucoup d'énergie à l'arsenic et au phosphore.
SUR UN APPAHKIL DE THILOHIliU MODlFIf: , etc. 7,3
la contraction des liquides subissent des altérations fortes , même à
des températures qui sont loin de s'approcher de celles que l'on
peut avoir à constater.
La construction d'un frigomètre ou kryovnètre ' à air, capable de
fonctionner dans le vide, demande de grands soins et présente des dif-
ficultés réelles. Ces difficultés sont en grande partie la cause pour
laquelle nous avons retardé jusqu'ici la publication de ce mémoire,
quoique tous les faits qu'il contient aient été enseignés dans nos
leçons depuis longtemps, et qu'ils soient connus depuis plus d'un an
de plusieurs membres de l'académie à qui nous en avons parlé.
Notre frigomètre à air sera bientôt terminé. Sans nul doute, son
emploi nous permettra d'indiquer exactement les points de solidifica-
tion des gaz , et modifiera les chiffres que nous leur avons assignés
plus haut.
IVous nous proposons de faire, de la description de cet instrument ,
des résultats qu'il nous fournira, ainsi que de la liquéfaction des gaz
permanents, l'objet d'un second mémoire.
' De xpuoi, grand froid , et /«T/îf'u, je mesure.
FIN.
Ton. XVIII.
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NOTICE GÉOLOGIQUE
SOB
LE DÉPARTEMENT DE L'AVEYRON,
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M. MARCEL DE SERRES,
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COmilUtR, rROFISSECR DE Hi:<iRAlOGIE ET DE GÉOLOfilE A LÀ FACDlTé DES SCIEITCES
DE BOHTPEILIEB , CBETALIEK DE LA LiciOR d'hoIIIIEO.
lUaoin vtmM t U <*mi» d« S Knicr UU.
ToM. XVIIL
INTRODUCTION.
Le département de l'Aveyron est encore peu connu sous les rapports
géologiques. Il a cependant attiré successivement l'attention d'un assez
grand nombre d'ingénieurs des mines , parmi lesquels nous citerons
MM. Blavier, Dubosc, Combes et Dufrenoy. La plupart des notices
que nous devons à ces observateurs se rapportent plutôt à des objets de
détails qu'à des travaux d'ensemble. Cependant dans sa notice sur ce
département, M. Blavier nous a donné quelques aperçus généraux sur
l'ensemble des principales formations volcaniques de l'Aveyron, aperçus
qui olfrent un véritable intérêt.
Mais avant d'entrer en matière ', qu'il nous soit permis de faire con-
naître le plan que nous avons adopté dans notre travail.
Après avoir tracé un premier aperçu sur les principaux bassins du
* Le travail que nous soumettons au jugement des géologues nons a coûté près de dix années
dobscnations; malgré tout le soin que nous avons apporté à ne rien omettre d'essentiel en ce qui
concerne la géologie d'un département où nos fonctions nous ont appelé si souvent , nous ne croyons
pas pourtant y être complètement parvenu. Les lacunes qui peuvent se rencontrer dans ces recher-
ches seront du reste facilement comblées par les naturalistes qui , plus heureux que nous, habitent
un département que nous avons cherché à bien connaître.
4 INTRODUCTION.
département de l'Aveyron, nous étudierons les diverses formations géolo-
giques qui les constituent, en commençant par les plus anciennes. Ainsi
nous avons d'abord porté notre attention sur les terrains primitifs qui
paraissent antérieurs à l'existence des corps vivants, et avoir dû leur soli-
dification à un pur effet thermométrique , c'est-à-dire , à l'abaissement
de la température de la surface du globe. Nous avons fait remarquer
que ces terrains, dont l'étendue est assez considérable dans ce départe-
ment, étaient surtout très-développés vers le nord et à l'est. Les diverses
roches ou matières minérales en grandes masses qui constituent ces
terrains, ainsi que leurs rapports avec la culture des lieux dont ces roches
ont composé le sol, nous ont ensuite occupé.
Cet examen terminé, nous avons successivement indiqué les divers
minéraux que l'on rencontre dans les terrains primitifs, ainsi que les
divers usages auxquels on les applique.
L'étude des terrains primitifs achevée , nous avons examiné les ter-
rains de transition , produits à ce que l'on suppose à l'époque où la vie
encore peu abondante à la surface de la terre et peu variée dans sa mani-
festation , commençait pourtant à y paraître , à animer cette même sur-
face, précédemment inerte et nue. Quant à ces formations, considérées
par le créateur de la géognosie comme une sorte de passage entre les
temps où la vie n'existait pas encore , et ceux où elle a apparu , peu
abondantes en Aveyron , elles n'y ont pris nulle part une certaine im-
portance.
Les formations sédimentaires secondaires, parmi lesquelles nous
comprenons les terrains houillers , les grès bigarrés et la plupart des
roches calcaires de l'Aveyron , fixent ensuite nos regards. Nous faisons
sentir l'importance des dépôts houillers de ce département , dont plu-
sieurs fournissent du charbon de pierre d'excellente qualité , particu-
lièrement ceux du canton d'Aubin. Ainsi l'établissement de Firrai ou de
INTRODUCTION. S
Decazeville doit la plus grande partie de ses avantages aux dépôts
de houille de ce canton. Ce combustible est en effet de si bonne qua-
lité , qu'il se métamorphose facilement à l'air libre , et sans qu'il soit
nécessaire de le disposer dans des foyers quelconques^ en coak. Ce
coak sert ensuite à alimenter les hauts-fourneaux qui so trouvent en
assez grand nombre dans le vaste établissement de Decazeville. • i.» ''
Les grès bigarrés , remarquables en Aveyron par leurs nuances
presque constamment rougeàtres , sont également l'objet de nos obser-
vations. Nous montrons à quel point leur développement a été consi-
dérable dans ce département , ainsi que l'utilité dont sont ces roches
pour les constructions de tout genre. Parmi les monuments de l'A-
veyron, construits avec les grès bigarrés, il en est peu de plus re-
marquables que la cathédrale de Rodez , dont les belles proportions
et l'élévation frappent et étonnent tous ceux qui visitent ce grand et
imposant édifice.
Les divers calcaires secondaires de l'Aveyron , la plupart d'un âge
plus récent que les grès bigarrés qu'ils surmontent, attirent enfin
notre attention. Parmi les calcaires supérieurs aux grès bigarrés , l'on
peut distinguer tout au moins trois principaux systèmes de couches
d'un âge différent, systèmes qui sont surmontés par les formations
oolithiques. \ Jo , 9ioofli> laoq i .' et iji!
Les montagnes composées par les roches calcaires offrent assez gé-
néralement de vastes plateaux nommés causses , ces causses sont par-
ticulièrement consacrés à la culture du blé ; tandis que le seigle et les
prairies, sont l'objet de l'attention des cultivateurs qui habitent les
terrains primitifs ou ceux de transition. Aussi , contrairement aux pre-
miers , le sol occupé par ces terrains est-il connu sous le nom de lou
segala.
Ainsi l'on nomme généralement en Aveyron segala les terrains
6 INTRODUCTION.
schisteux, gneiss et schistes micacés qui sont propres à la culture du
seigle, et causses les terrains jurassiques, rarement les calcaires ter-
tiaires. Ceux-ci sont favorables au blé. On connaît sous le nom de
rougier (terrain rouge) les grès bigarrés et les marnes irisées appe-
lées camarès dans le sud de ce département.
On y désigne enfin sous le nom de grésier (terrain de grès) le grès
houiller , le quadersandstein et quelques lambeaux de grès bigarrés
peu colorés. Les terres que l'on y désigne sous le nom de terres fortes ,
d'aubugues (terrain argileux ou marneux), appartiennent presque
toujours aux formations jurassiques. Les terres de montagne sont divi-
sées dans l'Aveyron en deux ordres : celles nommées de varenne,
se rapportent généralement aux terrains granitiques ; les terres noires,
aux formations volcaniques, et enfin les terres de rivière, aux allu-
vions des temps géologiques ou des temps historiques.
Il ne faut par chercher parmi les formations volcaniques ces hauts
pitons, ces vastes cratères qui les distinguent assez ordinairement.
Loin de là, les formations volcaniques composent, en Aveyron, des
montagnes à croupes arrondies, à sommets adoucis sans cratère et
sans aucune bouche quelconque, en sorte qu'évidemment elles n'ont
point été produites à la manière des matériaux volcaniques opérés par
nos volcans brûlants. Ces formations sont le résultat d'une sorte d'é-
panchement , ou ont été produites par l'effet d'une force agissant de
bas en haut. Cette force a ainsi soulevé toutes les montagnes volcani-
ques d'Aubrac , de Laguiolle et du mur de Barrés , dont les âges sont
peut-être contemporains. Quoi qu'il en soit , les formations volcaniques
sont à peu près uniquement bornées à la partie septentrionale de ce
département ; là seulement elles ont une certaine importance et une
grande étendue.
C'est sur les gras pâturages qui recouvrent ces terrains volcaniques
INTRODUCTION. 7
que l'on élève les bestiaux dont le lait fournit ces fromages connus
sous le nom de fromage d'Auvergne. Ceux-ci sont loin de rappeler le
goût piquant des fromages Roquefort, faits uniquement avec le lait de
brebis , et préparés dans des caves dont la fraîcheur est bien plus grande
que celle qui règne dans les burons.
Les formations tertiaires de l'Aveyron nous occupent enfin; leur peu
de développement et leur faible étendue ne nous arrêtent pas longtemps.
Il n'en est pas de même des terrains quaternaires, les plus récents de
tous les dépôts de sédiment qui ont été produits sur la surface de la
terre. Ces terrains ont dans ce département, comme du reste dans tous
ceux du midi de la France, une assez grande importance. Nous avons
démontré qu'ils offraient aussi des limons à ossements, entraînés comme
ailleurs dans les cavités souterraines. Sans doute le nombre des ca-
vernes à ossements ne paraît pas encore bien considérable dans l'A-
Teyron, mais nous devons espérer qu'il le deviendra, par suite des
recherches des naturalistes distingués qui l'habitent, et qui se livrent
aux études géologiques. Ainsi, nous avons dû à M. Millet la connais-
sance des diverses cavernes des environs de Ville-Franche, et l'ardeur
qui l'anime pour le progrès des sciences naturelles nous en promet
bientôt d'autres, non moins intéressantes que celles d'Ordiget et de
Mansalés, qu'il a découvertes.
Enfin, M. Boisse s'occupe avec activité de ce genre de recherches ;
il espère, et nous pouvons dire avec quelque fondement, d'en décou-
vrir dans les environs de Rodez. Le zèle de ces naturalistes est du reste
partagé par une foule d'autres; aussi pourrons-nous bientôt, avec leurs
secours, publier un catalogue assez étendu des principaux corps orga-
nisés fossiles d'un département si riche sous ce rapport.
Le travail dont nous venons de faire connaître le plan, est terminé
par un résumé général , destiné à réunir dans un cadre étroit l'ensemble
'-y^-'^"-" ^'"^' INTRODUCTION.
(les faits de détail que nous avons précédemment exposés. Tel est l'en-
semble d'un travail qui exigerait, pour être digne de l'objet auquel il se
rapporte, encore bien d'autres observations, afin de prouver aux natu-
ralistes aussi bien qu'à ceux qui s'intéressent au progrès de la géologie,
que le département de l'Aiveyron mérite tout leur intérêt.
mmt^mmmmmmm
ff^Mir»
NOTICE GÉOLOGIQUE
SUR
LE DÉPARTEMENT DE L'AVEYRON.
§ I. — DES DIVERS BASSINS DU DÉPARTEMENT DE L'AVEYRON.
Le département de l'Aveyron , un des plus étendus de la France,
mérite à beaucoup d'égards l'attention des naturalistes. La variété de
ses sites, ainsi que la diversité de nature des terrains qui le composent,
frappent et intéressent tout à la fois autant peut-être ceux qui ne dési-
rent dans leurs voyages que des sensations, que ceux qui cherchent à lire
dans les entrailles de la terre les causes des révolutions ou plutôt des
modifications dont notre globe nous montre partout des traces aussi
frappantes qu'ineffaçables.
Ce département n'offre pas moins d'intérêt à celui qui se plaît à suivre
les progrès de l'industrie, et à reconnaître la marche rapide que ces
progrès ont faite de nos jours. Ce n'est pas sans étonnement que l'on
découvre en Aveyron des établissements récents, qui rivalisent avec
ceux dont l'Angleterre s'honore à si juste titre. Parmi eux, il en est
ToM. XYIII. 2
10 NOTICE GÉOLOGIQUE.
un surtout qui mérite d'être signalé, celui de Decazeville, dont le
nom redit assez quel a été son fondateur. Malheureusement il ne peut
entrer dans notre plan de décrire les établissements que possède actuel-
lement l'Aveyron; d'autres objets devant uniquement nous occuper.
Tout au plus dirons-nous quelques mots des matières premières dont
ils font usage, et indiquerons-nous les formations où on les rencontre.
L'Aveyron ou le Rouergue , composé du comté de Rodez et de la
haute et basse marche qui faisait partie de la province de Guyenne, est
un des plus grands départements du royaume ; sa surface totale est de
quatre-vingt-quatre myriamètres carrés. Il se trouve entre le 40 et le 44^
degré 55' de latitude : le méridien de Paris le partage en deux. Ce dépar-
tement est borné au nord par le Cantal, à l'est par la Lozère et le Gard,
au sud par le Gard , THérault, le Tarn , et à l'ouest par le Tarn^ le Tarn-
et-Garonne et le Lot.
L'Aveyron se trouve en quelque sorte environné de tous côtés par
des montagnes élevées, dont les principales se rattachent au Cantal, à
la Lozère et au Gard. Le côté de l'ouest, le seul qui soit ouvert, donne
passage à un assez grand nombre de rivières, dont la direction la plus
générale et la plus constante a lieu de l'est à l'ouest. Dans ce cadre de
montagnes, dont un certain nombre est volcanique, courent en divers
sens des chaînes plus ou moins élevées, composées de roches primi-
tives, parmi lesquelles dominent essentiellement des gneiss, des schistes
micacés et quelquefois des roches granitiques.
Les principales rivières de cette contrée, le Lot et le Tarn, ont leur
source dans la Lozère. Toutes deux vont se jeter, après un cours plus
ou moins considérable, dans la Garonne. L'Aveyron donne son nom à
ce département moins à raison de son importance , que parce qu'il y
prend sa source; moins considérable que le Lot et le Tarn dont nous
venons de parler, l'Aveyron va se jeter dans cette dernière rivière, au
delà des limites de ce département. Enfin le Yiaur, dont le cours est
encore moins étendu, et qui y a également sa source, va se perdre
dans l'Aveyron, près Saint-Martin de la Guépie.
De toutes ces rivières, le Lot seul est navigable pendant un certain
NOTICE GÉOLOGIQUE. iï\
temps de l'année, et encore dans une partie de ce département. Les
autres rivières sont beaucoup trop embarrassées de rochers , de bancs
de sable amoncelés par leurs affluents, pour pouvoir servir à la na-
vigation.
Ces diverses rivières divisent le département de l'Aveyron en plusieurs
bassins principaux, que nous signalerons successivement, en commen-
çant par le plus septentrional des trois ou celui du Lot.
Ce bassin est remarquable par la profondeur des vallées dans les-
quelles s'écoule le Lot, la principale des rivières qui traversent cette
contrée. Il est composé en partie par des formations volcaniques fort
étendues, surtout vers la rive droite du Lot. La plupart des montagnes
qui en bornent la rive gauche appartiennent aux grès bigarrés ou aux
formations calcaires. Le second de ces bassins, celui de l'Aveyron,
dont la direction générale en harmonie avec celle des autres bassins est
de l'est à l'ouest , se trouve bordé , vers son origine , par des montagnes
essentiellement composées de roches calcaires. Ces formations s'éten-
dent même jusqu'auprès de Rodez; mais là paraissent les terrains pri-
mitifs, offrant constamment les mêmes roches que celles que nous indi-
querons plus tard en parlant du bassin du Viaur. A ces roches succèdent
assez souvent, comme par exemple dans la montagne sur laquelle
Rodez est bâtie , les grès bigarrés , remarquables dans ce département
à raison de leurs nuances constamment rougeâtres. Ainsi , ces grès qui
appartiennent évidemment à la formation du buntersandstein , consi-
dérés minéralogiquement, se rapportent aux psammites rougeâtres. On
les voit assez constamment surmontés par le lias , et passer par des gra-
dations insensibles aux roches calcaires.
Le bassin formé par le Viaur, ou le plus central, a sa direction la
plus constante enharmonie avec celle des autres bassins , c'est-à-dire,
qu'elle est de l'est à l'ouest. Il se trouve bordé par des montagnes
essentiellement composées de roches primitives, parmi lesquelles do-
minent les gneiss, les micaschistes , les phyllades micacés traversés par
intervalle par de grands filons et d'immenses rognons de quartz.
Quant au bassin formé par le Tarn, le plus méridional de tous ceux
fè NOTICE GÉOLOGIQUE.
compris dans ce déparlement , sa direction la plus générale est encore
presque constamment de l'est à l'ouest. Du reste, le niveau de cette
rivière est à peu près le même que celui du Lot, et Tune et l'autre cou-
lent dans des vallées à la fois profondes et resserrées. Les formations qui
appartiennent à ce bassin dépendent à peu près toutes des roches cal-
caires oolithiques.
Outre ces bassins principaux , il en existe une infinité d'autres dans
ce département, mais quelque intérêt qu'ils présentent, nous avons cru
devoir nous restreindre aux premiers. Cet aperçu peut, ce semble,
donner une première idée des terrains que l'on observe dans l'A.veyron.
Ces terrains, ainsi qu'on a pu en juger, se bornent aux primitifs, aux
intermédiaires, aux secondaires et aux volcaniques. Du moins les ter-
rains tertiaires et quaternaires y sont si peu étendus et si peu déve-
loppés, qu'ils n'y ont réellement aucime importance et méritent à
peine d'être mentionnés.
Ainsi, ces premières observations auront fait saisir que le départe-
ment del'Aveyron, entouré dans trois directions différentes par les monts
élevés du Cantal, de la Lozère et des Cévennes, est essentiellement mon-
tagneux , comme les contrées dont il est environné. Il ne faut pas ce-
pendant s'attendre à y trouver ces grands effets, ces tableaux imposants
qui frappent et qui étonnent dans tous les lieux où l'on découvre des
monts élevés et des prés sourcilleux. Les montagnes de l'Aveyron,
d'une élévation généralement médiocre, ne s'élancent jamais en ai-
guilles pyramidales comme celles des Alpes ou des Pyrénées ; par cela
même elles n'ont rien de grand ni de majestueux. En effet, la montagne
granitique la plus haute de l'Aveyron, ou les montagnes d'Aubrac, les
points les plus culminants des formations volcaniques, s'élèvent d'une
manière graduée et comme insensible. Dès lors leurs cimes ne se déta-
chent pas d'une manière brusque sur le fond azuré du ciel, et ne pro-
duisent aucun effet pittoresque sur le paysage.
Les montagnes de l'Aveyron, à contours arrondis et généralement
adoucis, ont donc un caractère de monotonie particulier. Aussi leur
aspect n'a rien qui charme et qui étonne. Cependant à leurs pieds
NOTICE GÉOLOGIQUE. i5
existent parfois des vallées profondes où l'on contemple d'une part le
ravage des eaux, et de l'autre les efforts de l'industrie, pour en di-
minuer les effets. Ces vallées creuses et profondes , dont les bords sont
souvent escarpés, se font également remarquer par leur peu de largeur,
qui permet à peine à l'agriculture d'y déployer ses merveilles. C'est en
effet principalement sur les plateaux plus ou moins étendus de ce dé-
parlement qu'elle y exerce son activité, et qu'elle voit parfois ses efforts
couronnés de quelque succès.
Quant aux plaines, il n'en existe proprement pas en Aveyron, à
moins que l'on ne veuille y comprendre une suite de mamelons ou de
collines ondulées dont les faites se maintiennent à peu près au même
niveau. De pareilles plaines se montrent principalement dans les ter-
rains calcaires, et ne se font guère remarquer que par leur sécheresse
et leur aridité. Telles sont celles de Concoures et de Sévérac dans le
bassin de l'Aveyron, et celles du causse noir et du Larzac dans le
bassin du Tarn.
,j Sous le rapport de l'agriculture, le département de l'Aveyron est donc
peu favorisé, d'autant que sa température est assez constamment froide
et humide. Aussi la vigne n'y prospère-t-elle que dans un petit nombre
d'arrondissements, tels que ceux de Millau, de Ville-Franche, et dans le
canton de Valady; partout ailleurs, elle ne peut être cultivée avec
quelque avantage. La culture du blé y est extrêmement bornéej on ne
s'y livre même que dans des terrains calcaires, dont le grand incon-
vénient tient à la faible épaisseur de la couche végétale sur ces ter-
rains. Quoique le Segala, qui comprend, ainsi que nous le verrons plus
tard, les terrains primitifs granitiques ou schisteux, ne soit guère
propre qu'à la culture du seigle , la nature du sol permet à l'agriculture
d'obtenir des produits plus variés et plus nombreux, c'est en effet
dans le Segala que l'on peut espérer de grandes améliorations ; l'épais-
seur des couches végétales qui s'y trouvent, les eaux abondantes qui
le traversent, enfin la facilité du travail, tout concourt à promettre h
l'agriculteur industrieux une récompense de ses soins et de son ac-
tivité.
14 NOTICE GÉOLOGIQUE.
Il ne faut pas cependant s'empresser de conclure que le sol de l'A-
veyron est favorable au développement et à la prospérité de ses habi-
tants. Sous ce rapport , il est au contraire moins fertile que la plupart
des autres départements du sud de la France. Mais ce qui doit néces-
sairement faire accroître sa population , c'est d'une part les richesses
minérales qu'il renferme dans son sein , et de l'autre , les progrès de
l'industrie que ces richesses y entraînent. Aussi est-il peu de contrées
qui offrent autant de chances favorables à un avenir fécond et pros-
père.
En effet, les mines de fer y sont extrêmement abondantes; peu
d'entre elles sont sans doute exploitées, mais ne peut-on pas présumer
avec quelque vraisemblance qu'on ne se bornera point à utiliser celles
de Decazeville et du bassin du Lot, et qu'une foule d'autres, jusqu'ici
sans usage, seront également mises à profit ? On le peut d'autant plus,
que les mines de houille de ce département fournissent du charbon
aussi abondant que de bonne qualité. Parmi ces mines, celles du
canton d'Aubin, par exemple, offrent les couches les plus riches et les
plus puissantes parmi toutes celles qui ont été exploitées jusqu'à pré-
sent. Nous pourrions également citer les couches de houille du bassin
de Rodez , moins connues à la vérité , mais qui ne leur sont peut-être
pas inférieures; elles paraissent même s'étendre sur une plus grande
surface. Après ces immenses dépôts de charbon de pierre, l'on peut à
peine mentionner ceux du Larzac , dont l'utilité ne sera bien réelle
que si l'on vient à découvrir des mines de fer abondantes dans les ar-
rondissements de S'-Afrique et de Millau.
Des gîtes nombreux de sulfure de plomb et de cuivre gris, plus ou
moins argentifères, ont également été autrefois l'objet d'exploitations
assez considérables pour fournir des minerais aux hôtels de monnaies
établis à Rodez et à Ville-Franche. Il y a plus encore, ces mines
alimentaient un grand nombre de martinets à cuivre que possède le
pays. Il est difficile de se persuader que ces gîtes métallifères ne puissent
plus fournir des matériaux propres à répandre dans le département
l'activité et l'industrie qui le vivifieront sans doute un jour. Espérons
NOTICE GÉOLOGIQUE. H
que les hommes éclairés et industrieux qui l'habitent , s'adonneront à
ce genre de recherches, dont les résultats ne peuvent que contribuer
puissamment à la prospérité de leur pays, en y répandant des capitaux
dont il manque essentiellement.
C'est en effet d'une part au manque de numéraire, et de l'autre à la
difficulté des communications, que le département de l'Aveyron doit
d'être resté si longtemps en arrière des progrès que l'industrie a faits dans
la plupart de ceux qui l'entourent. Cependant l'administration a com-
pris toute l'étendue des besoins de ce département. Aussi fait-elle ses
efforts pour ouvrir des routes sur un grand nombre de points, et déjà
des améliorations notables ont montré l'importance qu'elle attachait
avec raison à la facilité des communications, dans un pays aussi coupé
et aussi raviné.
L'industrie particulière a également secondé les efforts de l'adminis-
tration ; elle a créé divers établissements , dont un surtout est des plus
remarquables. L'effet naturel de toutes les usines qui y ont été établies
en assez grand nombre y a répandu des capitaux plus nombreux, qui
sont venus apporter l'activité et la vie dans une contrée où, pendant
si longtemps, aucun progrès utile n'avait été réellement tenté. Espérons
que ces efforts communs, dirigés vers le bien public , ne se ralentiront
pas, et que ce département, comme la plupart de ceux qui font partie
de notre patrie , marchera dans cette voie du progrès vers lequel nous
sommes poussés comme par une puissance irrésistible.
Étudions maintenant les terrains qui composent le sol de l'Aveyron,
en commençant cette étude par la description des plus anciens oti de
ceux qui, antérieurs à l'existence des corps organisés, ont été nommés
primitifs ou primordiaux.
m NOTICE GÉOLOGIQUE.
§ II. — DES DIVERSES FORMATIONS QUI COMPOSENT LE SOL DE L'ÂVEYRON.
'■^ 1° FORMATIONS PRIMITIVES.
ti'Ces formations sont principalement développées au nord et à l'est
du déparlement de l'Aveyron. On les observe également dans le cen-
tre de ce département, d'où elles s'étendent vers le sud-ouest. Ainsi
elles abondent dans l'arrondissement d'Espalion, qu'elles occuperaient
pour ainsi dire en entier , si elles ne s'y montraient pas dans un assez
grand nombre de points recouvertes par les formations volcaniques. On
les voit encore occupant de grands espaces dans les arrondissements de
Rodez, de Ville-Franche et de S'-Afrique. C'est surtout dans la partie
sud-ouest de cet arrondissement que ces formations prennent la plus
grande extension. Elles offrent également un développement assez
considérable dans la partie moyenne et occidentale de l'arrondisse-
ment de Sauveterre , jusqu'à Najac (Tarn-et-Garonne).
Le Levezou , montagne comprise entre Millau et le pont de Salars ,
appartient à cette formation, ainsi que toute la bande resserrée entre
l'Aveyron et le Viaur, bande qui, à l'ouest du département, passe au-
dessous des roches calcaires.
Il est encore une autre bande primitive , limitée en général vers le
sud par le Lot, et au nord, par les formations volcaniques j celles-ci
se lient à celles du même genre du Cantal et de l'Auvergne.
Les principales roches qui font partie des terrains primitifs de l'A-
veyron , et qui y prennent le plus grand développement , sont d'abord
les gneiss, et en second lieu les granités, les micaschites, les schistes
argileux et les phyllades micacés.
^"Ces roches principales en ont une infinité d'autres qui leur sont
subordonnées 5 parmi celles-ci on peut citer : 1° les diorites ou dia-
bases ; 2° les stéatites; 3° les serpentines; 4° les amphibolites; 5° les
eurites ; 6° les pegmatites j 7<» les leptinites ; 8° les éclogites.
NOTICE GÉOLOGIQUE. 19
Les eurites se montrent plutôt subordonnées au gneiss qu'aux gra-
nités, soit la variété granitoïde, soit la porphyroïde ; il en est tout le con-
traire dans les hautes Cévennes, où les eurites se montrent comme en
filons , dans la masse des granités qu'ils traversent dans toutes sortes
de directions. Les pegmatites se montrent également en filons dans les
granités. Les premières de ces roches dépourvues de mica, sont subor-
données aux gneiss principalement au-dessus de la Garrigue, sur
l'ancienne route de Ville-Franche à Rodez. Les éclogites se présentent
généralement subordonnées aux gneiss, ce qui est surtout manifesté
dans les environs d'Arvieu près de Rodez.
Quant aux leptinites grenus, ils sont à peu près constamment dépen-
dants et liés en quelque sorte au granité. Il en est de même du feldspath
orthose. Cette roche simple s'y montre ou en filon ou en banc subor-
donné. On peut citer, comme exemple, le grand filon de Doumainrenc ,
près de Ville-Franche. Les filons de quartz existent au contraire aussi
bien dans le granité que dans le gneiss. Le filon de Testas, dans la com-
mune de Sanvensa, sur la route de Ville-Franche à Alby, peut être
cité comme exemple de cette double position : il y est accompagné par
le cuivre carbonate vert. Parmi les filons de quartz que l'on observe
dans le schiste micacé ou dans les phyilades micacés, on peut signaler
les beaux filons du pont de Salars et des environs de Rodez, assez
abondants pour servir à paver les routes. L'on rencontre également
dans certains points des terrains primitifs des kaolins qui proviennent
de la décomposition ou de l'altération des granités. Tels sont ceux
que l'on voit sur la route de Ville-Franche à Millau. Ces kaolins pour-
raient y être exploités avec avantage. Ce qu'il y a de certain , c'est qu'ils
deviennent d'une grande blancheur après avoir été lavés, et surtout
après avoir subi l'action du feu.
Le sol recouvert par les roches primitives , soit granitiques soit de
gneiss, soit schisteuses, est nommé en Aveyron, comme dans les Céven-
nes , le segala , cette dénomination lui est donnée à raison de ce que
les terrains composés de ces sortes de roches ne peuvent guère être
utilisés que pour la culture du seigle. Le blé noir ainsi que les châ-
ToM. XVIII. 3
m NOTICE GÉOLOGIQUE.
taigniers et les noyers prospèrent assez bien dans ces terrains. Le noyer
n'y est du reste presque jamais l'objet d'une culture particulière, comme
dans les causses formées par les terrains calcaires. Cet arbre, qui y est
très-répandu, y réussit beaucoup mieux que dans tout autre sol.
Les formations primitives de l'Âveyron ont été pour la plupart sou-
levées et redressées; quelquefois leur soulèvement a été si violent,
qu'elles forment à leur sommet comme des aiguilles verticales, plus ou
moins élancées au-dessus de la surface. On peut citer comme un exemple
d'un pareil redressement , les aiguilles de gneiss de la vallée de Morl-
hon, près de Yille-Franche , et celles des montagnes qui bordent
l'Aveyron , dans les environs de Rodez.
Quant aux vallées parcourues par les différentes rivières qui traver-
sent ce département, elles y sont constamment profondes et resserrées ,
par suite des formations dans lesquelles elles sont creusées. En effet,
la largeur et l'étendue des vallées paraissent assez constamment en
rapport avec la nature des roches et des terrains où elles sont placées.
Or, les roches primitives étant celles chez lesquelles cet état de
mollesse parait avoir été le moins prononcé , sont aussi celles que les
anciennes eaux ont le moins érodées ; car évidemment, la grandeur et
la profondeur des vallées sont trop en disproportion avec le volume et
l'abondance des eaux actuelles , pour pouvoir être considérées comme
l'effet de leur action érosive. On sait du reste combien est faible cette
action, et qu'elle n'a quelque effet marqué que lorsque les eaux cou-
rantes entraînent avec elles une certaine quantité de roches fragmen-
taires ou d'autres corps durs. D'après ces faits, il est aisé de juger
pourquoi les vallées des terrains primitifs sont les plus étroites et les
plus resserrées, et pourquoi , au contraire, elles sont les plus spacieuses
dans les lieux recouverts par les formations les plus récentes.
Quant aux minéraux connus jusqu'à présent dans les terrains primi-
tifs de l'Aveyron, ils sont en assez grand nombre. Nous mentionne-
rons d'abord les minerais métalliques, et nous indiquerons ensuite
ceux qui ne peuvent être utilisés sous le même point de vue.
Le fer, assez abondamment répandu dans l'Aveyron, s'y trouve dans
NOTICE GÉOLOGIQUE. 19
plusieurs gisements différents, soit au milieu des terrains primitifs,
soit, en second lieu, enclavé dans les roches secondaires. Tels sont, par
exemple, les carbonates de fer exploités à Firmi et Lassale, et que l'on
fond à Decazeville ' ; ceux-ci s'y montrent liés au terrain houiiler sur
lequel les fers carbonates lithoïdes sont immédiatement superposés. Les
fers oxydulés de Combenègre et du Puech-de-Morilhou , commune de
Ville-Franche , existent au contraire dans les terrains primitifs. Il en
est de même des sables chargés de fer titane ou de nigrine des envi-
rons de Sennac, près d'Asprières. Les ferrâtes de fer s'y montrent en
couches subordonnées ou en amas dans les roches de gneiss ; tandis
que les sables chargés de titanate de fer sont en quelque sorte le ré-
sultat du lavage de la terre végétale du plateau de Sennac. Quant à
cette terre végétale, elle paraît formée par la décomposition des syénites
zirconiennes, qui occupent tout le plateau. Les mêmes lieux offrent
également de belles syénites, dont les nuances sombres de l'amphibole
contrastent avec les tons blanchâtres des feldspaths , qui entrent aussi
dans leur composition.
On peut encore mentionner, comme se trouvant dans les mêmes ter-
rains, les chromites de fer et les fers oxydulés du Puy-de-Vol, près Firmi,
et ceux de Cassagnes, dans les environs de IVajac; ces derniers sont
non-seulement attirables, mais de plus ils ont des pôles bien distincts,
comme les véritables aimants. Les fers magnétiques du Puy-de-Vol se
trouvent disséminés en petits rognons dans la serpentine ; malheureuse-
ment, ils n'y sont pas assez abondants pour pouvoir être jamais l'objet
d'exploitations régulières; autrement ils seraient utilisés avec beaucoup
d'avantages à raison de leur pureté.
Quant aux ferrâtes de fer de Combenègre, dont nous avons déjà fait
mention , ils se montrent parfois accompagnés de grenats manganési-
fères (spessartines) d'une couleur brunâtre et d'un aspect légèrement
vitreux. Ces grenats en roches qui forment des masses compactes et
* Ces mines fournissent annuellement de 80 à 100,000 quintaux de minerai à cet établissc-
DMOt.
20 NOTICE GÉOLOGIQUE.
homogènes, examinés avec une forte loupe donnant un grossissement
considérable, présentent la forme globulaire qui caractérise cette
substance d'une manière si particulière. ,ii
On observe généralement du carbure de fer dans les gneiss du Puech-
de-Tire-Cabre^ près le pont de Salars. Quant aux fers spathiques ou
carbonates de fer, ils s'y montrent non-seulement, comme à Firmi,
liés aux terrains houillers, mais également en filons puissants dans les
roches granitiques. Tels sont ceux que l'on découvre à Mauron, dans
la commune de Malleville, près de Ville-Franche. Cette variété de
carbonate de fer n'est pas du reste lithoide, comme celle qui repose
sur les terrains houillers.
Les fers des terrains primitifs de ce département n'y ont pas été
jusqu'à présent l'objet d'exploitations régulières comme ceux des ter-
rains secondaires, assez abondants pour fournir un aliment suffisant
aux hauts-fourneaux si nombreux dans le bel établissement de Firmi.
Cependant les fers oxydulés des environs de Ville-Franche , tels que
ceux de Combenègre et du Puech-de-Morilhou, des Phalanges et du
monastère, près Rodez, sont trop riches pour ne pas espérer de les
voir aussi mis à profit.
Le cuivre pyriteux et gris des terrains primitifs a été pendant long-
temps l'objet d'exploitations régulières; ainsi au-dessus du village de
Serres, vers la route qui conduit à la Paille près de la Bastide-l'Évêque ,
ce métal a été un objet d'industrie. Le cuivre était également exploité
avec succès à la Bessière, commune de Cabanes, ainsi que dans les
environs de la Bastide-l'Evêque, canton de Rieupeyroux. Il y avait
aussi des mines de ce métal que l'on utilisait dans la commune de Ca-
banes près du village de la Bessière, enfin à Najac et à Corbières,
village situé entre Najac et Montels. Quant au cuivre carbonate bleu
et vert, quoique assez commun dans les terrains primitifs, on n'en a ja-
mais tiré le moindre parti dans le département de l'Aveyron; il en est
de même des variétés du même genre que l'on voit abondamment répan-
dues dans l'arkose de différentes localités de ce département.
Le zinc sulfuré qui accompagne parfois la chaux fluatée des terrains
NOTICE GÉOLOGIQUE. It
primitifs , n'est pas assez abondant en Aveyron pour y avoir attiré l'at-
tention ; aussi ce métail n'y a-t-il jamais été mis à profit. Il n'en est pas
ainsi du peroxyde de manganèse; ce minerai s'y trouve en assez grande
abondance pour être employé avec avantage. Le manganèse se rencon-
tre également au milieu des granités, des gneiss, et des micaschistes,
soit au Mauron près de Ville-Franche, soit à Avèze, canton de Cadour,
soit enfin à la Feuillade. >d
Trois variétés de plomb se montrent en Aveyron dans les terrains que
nous étudions. Une seule de ces variétés y est assez commune pour
être exploitée avec succès : c'est le sulfure de plomb. Quant aux autres
variétés, le phosphate et le sulfate de plomb, elles ne peuvent être
considérées que comme de pures curiosités minéralogiques. Le premier
de ces sels, beaucoup plus rare que les deux autres, n'a été encore
aperçu qu'auprès du village de Seyrottes, dans la commune de IVIo-
rilhou, arrondissement de Ville-Franche.
Le phosphate de plomb accompagne à peu près constamment le
sulfure du même métal. Le premier de ces minerais n'est jamais à lui
seul l'objet d'une exploitation régulière comme la galène. En effet, ce
minerai a été exploité dans une infinité de localités de ce département.
Ainsi à Vesin, près de la Bastide-l'Evêque , dans le canton de Rieu-
peyroux, ce minerai a été l'objet d'exploitations régulières, ainsi qu'à
la Bastide aux Serres, à Plousergues, dans la même commune de Bas-
tide, aux Crozes près de Sauvenza, aux Miniers près de Peyrus, et enfin
à Camtes et à Cantagrel, dans les environs de Sauvenza. On a égale-
ment utilisé les minerais de MouUac et de LavergnoU, près de Pes-
quiers, dans la commune de Ville-Franche, ainsi que ceux de la
Bruyère, sur la route de Ville-Franche à Alby, de la Beaume de Mac-
caroux, du Calvaire près de Ville-Franche, et de Conques dans les
environs de Rodez.
Le sulfure de plomb de Conques est accompagné par le fluor, genre
d'association qui, comme on le sait, est extrêmement fréquent; ces
mines fournissent du plomb sulfuré argentifère , lequel est accompagné
aussi parfois des carbonates et des sulfates de plomb. Il parait que très-
S2 NOTICE GÉOLOGIQUE.
anciennement on a exploité du plomb sulfuré argentifère à Roque-Mi-
nouse, dans les environs de Brocquiez, et cela dans le grès bigarré
rougeâtre, par conséquent, dans un tout autre terrain. On a jadis mis
à profit le sulfure de plomb des environs de Viourols, au nord de
S'^-Geniez-de-Rivedols. Cet établissement n'ayant pas eu le succès
qu'on en avait espéré , on l'a totalement abandonné.
Des exploitations de plomb sulfuré ont été tentées dans les environs
de Negrefoil, près de Rieupeyroux. Quoique la qualité du plomb fût
excellente et que les produits en fussent abondants , ces exploitations
n'ont pas été longtemps continuées. On n'a pas non plus utilisé les
minerais de ce métal découverts à Lestevie, commune de Brandonnet ,
près des bords de l'Aveyron. On peut encore citer les mines de plomb
sulfuré argentifère qui ont été exploitées auprès de Viourals, au nord de
S'-Geniez-de-Rivedols; elles ne le sont plus depuis quelque temps.
L'urane phosphaté hydraté au chalkolite des granités altérés des
environs d'Entraigues ne peut être considéré avec le tellure décou-
vert dans les même lieux, que comme une curiosité minéralogique.
Il en est encore de même du titane oxydé que M. Millet a rencontré
dans les environs de la Guepie , près de Najac.
Quant aux minéraux proprement dits que l'on trouve dans les roches
primitives, ils sont en assez grand nombre dans ce département. Nous
nous bornerons à en rappeler les principaux. Ainsi les tourmalines
des granités d'Entraigues sont aussi remarquables par leur grandeur que
par la beauté de leur critallisation. Il y en a en effet qui offrent les
deux sommets , et dont le diamètre est de plusieurs centimètres. Les
tourmalines des environs de Ville-Franche que l'on voit dans les mi-
caschistes , sont beaucoup moins belles.
On rencontre des grenats dans un assez grand nombre de roches ;
on en découvre dans les éclogites et les diorites d'Arvieu , ainsi que dans
les talcs chloriteux de la Mouline, près de Ville-Franche, et des ter-
rains schisteux de Panât. On en observe également au milieu des talcs
stéatiteux ou des stéaschistes de Cassagnes, dans les environ de Najac,
comme dans les roches amphiboliques des mêmes localités et des en-
NOTICE GÉOLOGIQUE. SS
virons de Ville -Franche. La variété résinite s'y présente mêlée au fer
oxydulé de Combenègre, tandis que les grenats noirs ou mélanites,
n'ont été encore aperçus qu'auprès de moulin du Gouchy, dans les
environs de Gombenègre.
On voit assez communément le disthène soit blanc, soit bleu, dans
les roches de gneiss des environs d'Arvieu , près de Rodez. Pour l'am-
phibole , cette substance est également fort répandue en Aveyron ; il
en est de même de la plupart de ses variétés. La chaux fluatée y est
au contraire assez rare ; on ne peut guère en citer que deux variétés ,
la mamelonnée et la concrétionnée, mêlée avec le feldspath rose et le
quartz gris, qui se trouvent sur la montagne d'Ulpy, près de Gom-
palibat, dans le canton de Montbazin. La variété cristallisée en
très-grands cubes se montre au contraire dans tous les filons , princi-
palement à Mespoulières , dans les environs d'Aubin.
Nous citerons également dans les roches granitiques et les micas-
chistes, les filons puissants de baryte sulfatée, qui, assez ordinairement,
accompagnent le sulfure de plomb argentifère. Cette substance y est
parfois seule et sans mélange avec des minerais métalliques. Ainsi les
filons de sulfate de baryte que l'on voit aux Serres, près la Bastide l'Evê-
que, sur la route de Ville-Franche à Rieupeyroux, sont remarquables
autant par leur étendue et leur puissance que par leur pureté.
Enfin les serpentines du Puy-de-Vol, près de Firmi, et celles de
Gassagnes , près de Najac, renferment des couches considérables d'o-
phicalce veinée. Gette roche y a même été autrefois l'objet d'exploi-
tations régulières soit à Firmi, soit à Gassagnes, mais non pas au
Puy-de-Vol. Cependant elle pourrait y devenir la matière d'une indus-
trie avantageuse ; car son grain y est plus fin et ses couleurs y sont
plus vives et plus variées. L'ophicalce veinée de Firmi et de Gassagnes
était jadis livrée au commerce sous le nom de marbre vert antique,
ou de marbre vert-de-mer , soit en raison des rapports qu'elle présen-
tait avec l'ophicalce que l'on découvre dans les monuments antiques,
soit à raison de ses couleurs. Ges deux dernières localités offrent éga-
lement du chromite de fer. Nous n'oserions dire que son exploitation
m NOTICE GÉOLOGIQUE,
pût être avantageuse , ne connaissant nullement la puissance ni l'éten-
due des masses de cette roche. Cependant tout fait présumer qu'elle
pourrait être profitable : ce chromite de fer étant très-employé dans
les arts, particulièrement dans les manufactures de porcelaine. y»
if
2° FORBUTIONS DE TRANSITION OU INTERMEDIAIRES.
«IPLes terrains de transition, que nous avons désignés dans notre géo-
gnosie sous le nom de terrains secondaires inférieurs , sont peu éten-
dus dans le département de l'Aveyron. Ils paraissent bornés à la partie
méridionale de l'arrondissement de S'-Afrique, principalement dans
les environs de la petite ville de Brusques, ainsi que dans quelques lo-
calités de la partie orientale de ce département.
Ces formations y ont pris un développement considérable , se liant
d'un côté à celles de Lodève et de ses environs , de l'autre à celles de
Lacaume, Ces formations , composées essentiellement de schistes ar-
gileux , de phyllades et de calcaire , ont la plus grande analogie avec
celles que l'on observe dans les environs de Lodève. Les roches cal-
caires qui font partie de ces terrains ont été jadis exploitées avec
avantage comme marbre. Comme leur exploitation ne présente pas de
nombreuses difficultés, on assure qu'elle sera bientôt reprise. Ainsi
l'Aveyron, dont la plus grande partie de la surface est couverte de
montagnes plus ou moins élevées, ne sera plus privé d'un objet que
le luxe a rendu maintenant pour ainsi dire nécessaire.
Les formations intermédiaires ou de transition de Brusques , com-
posent une bande qui s'appuie d'un côté sur les granités de la Mon-
tagne Noire , et qui de l'autre se rattache aux terrains secondaires qui
se prolongent vers la base du plateau du Larzac. Ainsi l'on peut con-
sidérer les terrains de transition des environs de Lodève comme for-
mant la continuation ou le prolongement des terrains intermédiaires
qui sont si développés à Brusques.
Il paraît que ces derniers terrains appartiennent plutôt à la partie
inférieure des formations qu'à la partie supérieure. Du moins l'on n'y
NOTICE GÉOLOGIQUE. 06
observe que des schistes argileux et des calcuires blanchâtres, grisâtres
et rougeâtres, plus ou moins cristallins, à peu près sans aucune trace de
corps organisés. Si l'entière série des couches de cette formation y exis-
tait , l'on y découvrirait probablement le vieux grès rouge , ou le grès
rouge de transition, ainsi que le calcaire métallifère intermédiaire, si
commun en Angleterre et aux environs de Mamur. Cette même formation
renferme auprès de Sylvanei une ampélite alumineuse qui se décom-
pose à l'air extérieur; il s'y forme continuellement des efflorescences de
sulfate de fer, et une sorte d'alun dont les habitants tirent parfois parti.
On observe également des schistes argileux de transition dans la
partie orientale du département de l'Aveyron. Ces schistes se trouvent
principalement auprès S*-Jean du Bruel. Ils y fournissent des ar-
doises magnifiques aussi belles que celles que l'on exploite auprès
d'Angers. Aussi leur beauté a-t-elle déjà attiré l'attention, et l'on
commence à les exploiter avec avantage.
M. le docteur Barrau de Rodez a découvert également dans le cal-
caire de transition des environs de Bouch-Payrol près Fayet et Syl-
vanex, de la baryte carbonatée. Cette baryte est disposée en rognons
sur les parois de la grotte de Bouch-Payrol qui regardent Brusques.
Les mêmes cavernes offrent en outre de nombreux cristaux de quartz
disposés en druses. Plusieurs de ces cristaux sont incrustés de cuivre
carbonate vert. Du reste il ne parait pas que le carbonate de baryte
de Bouch-Payrol y soit assez abondant pour pouvoir devenir l'objet
d'une exploitation quelconque. La variété que l'on y rencontre ne se
montrant ni en couches ni enfdons, mais uniquement concrétionnée ;
elle ne peut donc dès lors avoir une certaine étendue.
3® FORMATIONS SECONDAIRES.
A. Terrains houillers. — Les terrains houillers sont extrêmement
abondants dans le département de l'Aveyron, surtout dans les cantons où
la formation du grès bigarré est Irès-développée comme, par exemple,
Ton. XVIII. 4
16 NOTICE GÉOLOGIQUE.
dans l'arrondissement d'Aubin. C'est dans cet arrondissement que se
trouvent les couches de houille les plus puissantes, tandis que les
mines du terrain calcaire du district de Millau fournissent les couches
de houille les plus minces de celles qui ont été, dans ces contrées,
l'objet d'exploitations régulières.
Deux conditions semblent résulter de l'observation des faits relative-
ment à l'abondance des dépôts houillers dans ce département. Ces deux
conditions sont d'une part , la présence des terrains primitifs , et de
l'autre celle des formations du grès bigarré. Lorsque ces circonstances
ne se rencontrent point, les dépôts houillers sont extrêmement restreints
et ne donnent pas de produits abondants. Il est même à remarquer que
les derniers de ces dépôts des terrains calcaires ont aussi leur niveau
relatif (c'est-à-dire en comparant ce même niveau avec celui des mon-
tagnes où ils sont situés) plus élevé que les houilles placées au-dessus
du terrain primitif. Ces dernières se montrent constamment, dans ces
contrées , recouvertes par des grès ou psammites qui se rapportent aux
buntersandstein ou grès bigarrés.
Ces houilles sont en effet généralement placées à la base ou au bas des
vallées, tandis que les houillères du terrain calcaire de S^-Georges et de
Lavencas, se montrent au contraire assez élevées au-dessus de la vallée
du Tarn, près de laquelle elles sont situées. Cette différence dans la po-
sition des couches de houille relativement aux bassins près desquels
elles se trouvent, tient probablement à ce que les premières n'ont point
été dérangées dans leur position primitive. 11 en a été tout le contraire
des secondes, soulevées par les masses calcaires entre lesquelles elles
sont placées.
On peut donc considérer les terrains houillers de ce département
comme se rattachant à deux grands ordres de formation, et consti-
tuant ou se rapportant à quatre bassins principaux , ou, si l'on veut, à
quatre grandes vallées. Les formations houillères des trois premiers de
ces bassins se maintiennent plutôt à la base ou dans le fond de ces
vallées que sur la crête des montagnes qui les bordent; il en est le
contraire de celles qui appartiennent au quatrième bassin.
NOTICE GÉOLOGIQUE. »
Les dépôts houillers les plus considérables, ceux du nord-ouest, se
rattachent au bassin du Lot; ces dépôts constituent les vastes houil-
lères qui embrassent la vallée et la ville d'Aubin.
Les seconds, ou ceux du centre peut-être , beaucoup plus considé-
rables que les premiers, se rattachent ou bassin de l'Aveyron. Ils s'éten-
dent en effet depuis Severac et Rodez jusqu'à S*-Geniez-de-Rivedols.
Ces dépôts forment comme deux zones allongées et non continues ,
qui s'appuient l'une sur le terrain primitif de Laguiolle , et l'autre sur
celui de Viarouge. Le troisième, encore peu connu, situé au sud de
Ville-Franche et vers l'extrémité occidentale de ce déparlement, semble
s'étendre depuis Monteils jusqu'à Puech-Mignon et Varen. Ce troi-
sième système pourrait fort bien se rattacher au second, c'est-à-dire,
à celui du bassin de l'Aveyron. 11 serait encore possible qu'il se rap-
portât au bassin houiller particulier qui appartient à un autre dépar-
tement, celui du Tarn.
Le quatrième ou dernier bassin houiller qui est en même temps le
plus méridional, se trouve dans la vallée du Tarn. Celui-ci appartient
au système calcaire ; aussi ses produits sont-ils généralement peu abon-
dants.
Il en est tout différemment du bassin houiller du Lot ou de celui du
nord-ouest; ce bassin offre des couches de houille non interrompues,
dont l'époisseur n'est pas moindre de 25 à 35 mètres. Ce qui n'est pas
moins avantageux , ces masses donnent de la houille de la meilleure qua-
lité; aussi peut-on facilement la convertir en coak, et cela en plein
air. En effet, les parties les plus menues se collent parfaitement par la
carbonisation; elles donnent ainsi des masses argentées de coak le
meilleur et le plus léger. Enfin , ce qui rend l'exploitation des mines de
houille de ce système encore plus profitable, c'est que cette houille
est souvent recouverte par des couches puissantes de fer carbonate
compacte et lithoïde.
Ces avantages se trouvent réunis à Firmi et àLasalle; aussi ont-ils fait
prendre à l'établissement de Decazeville une importance que proba-
blement il n'aurait jamais acquise sans cette double circonstance.
28 NOTICE GÉOLOGIQUE.
D'une part les mines de houille de Firmi, de Lasalle et d'Aubin fournis-
sent de l'excellent charbon de pierre et en grande quantité ; de l'autre
les masses de fer lilhoïde qui les recouvrent donnent du très-bon fer.
Ainsi la houille produit du bon coak, qui alimente les nombreux hauts-
fourneaux établis à Decazeville, et les mines de fer dont les produits y
sont fondus étant à peu près inépuisables , ces hauts-fourneaux auront
pour longtemps des matériaux suffisants d'alimentation.
La houille n'est pas seulement abondante à Firmi et à Lasalle; il en
est de même du fer carbonate. Ce minerai est d'autant plus précieux ,
qu'il réunit avec lui le fondant nécessaire à la fusion du fer; aussi, dans
les procédés suivis dans le fondage peut-être emploie-t-on beaucoup
trop de castine à raison de la quantité de carbonate de chaux naturelle-
ment uni au minerai de fer. Par suite, la quantité des laitiers y est
extrêmement considérable. Ce serait sans doute un petit inconvénient,
mais il n'en est pas de même de la perte d'une grande quantité de
combustible et de l'inconvénient qui en résulte pour la qualité
de fer.
Les empreintes des végétaux que l'on découvre dans les bassins
houillers de Firmi et de Lasalle ou plutôt de Decazeville, sont assez
abondantes. On ne lira pas sans intérêt la liste de celles qui sont assez
bien conservées pour être déterrainables. Nous devons le tableau de
ces espèces à M. Alphonse Boisse, que nous aurons souvent l'occasion
de citer dans cette notice; voici du reste ce tableau :
NOTICE GÉOLOGIQUE.
FAMILLE.
GËMtE.
ESPÈCE.
Observations. ^gJ
ÉquiiéUcéei.
Calamités.
Dubiiis.
Cannsformis.
—
—
—
-
Suckowii.
. :
—
Approximatus.
S eipèces indétermioées.
Fougère*.
Nevropteri».
Auriculata.
-
—
Villienii?
-
—
Species nova.
Pinnules très-finement découpées.
—
—
Autre idem.
Pinnules longues, étroite*, Be-
—
Odontopleris.
Major.
xueuses.
-
-
Minor.
—
—
Brardii (tel affinis).
-"
Cyclopteris.
Pecopleris.
Species noïa (Trichomanoïdes affinis).
Arboresceos.
Feuille simple, oblongne. arron-
die, nerrurcs très-fines.
—
— '
C.yalhœa.
—
_
Argula.
-
—
8 ou 4 espèces indéterminées.
-
Spbenoptcris.
Trifoliolala.
-
Sigillaria.
Brardii.
—
-
Candolliana.
—
-
Phisieurs espèces indéterminées.
Marsiléacées.
Sphenopbj'llum.
Fiœbriatum.
—
—
Dentatum.
Famille ineertaine.
Aooularia.
Longirolia.
—
—
Brevirolia (type).
—
—
Brevirolia, »ar. minor.
—
Atleropbylliles.
Bigida.
—
—
Yolkmannia polystacbia.
—
Noeggterathia.
—
—
Caulopteri*.
—
Cardiocarpon.
Carpoljlhes bexagones.
CarpolilhfS heptagone (esp. nooT.).
ta NOTICE GÉOLOGIQUE.
Cette indication des espèces végétales découvertes dans les houillè-
res^ est loin d'être complète; elle porte uniquement sur celles qui
étaient assez bien conservées, pour que l'on puisse être certain de leur
détermination. Il est loin d'en être ainsi des empreintes que l'on dé-
couvre dans les autres houillères de l'Aveyron, telles que celles de
Censac, de Gages, de Bertholène, de Méjamels et de Laissac. Les vé-
gétaux fossiles de ces localités sont rares et en général mal conservés.
On n'y reconnaît que les Calamités Suekovii et cannœformis , quel-
ques Pecopteris indéterminables avec des Sphenopteris et des Aste-
rophyllites. ( Wolktnannia polystachis . )
Les houilles de Lasalle et de Firmi renferment de petits filons ou
des amas d'allophane, substance que M. Guillemain, ingénieur de
ces houillères, a le premier fait connaître. C'est un silicate d'alumine
combinée avec de l'alumine hydratée; aussi diffère-t-elle essentielle-
ment de l'allophane de Grafental par la quantité d'eau qu'elle con-
tient. Cette substance d'une couleur blanchâtre se trouve en assez
grande quantité dans les houilles de Firmi '. Quant aux couches de
houille , elles se dirigent en général du nord-ouest au sud-est. Celles
de Firmi plongent de 18 degrés vers le nord, tandis que celles de
Lasalle inclinent vers le nord-est de 25 à 30 degrés.
Les principales exploitations du second système houiller sont celles
de Censac, de Gages, de Bertholène ^, de Laissac, de Méjamels et de
Brouilles, près S'-Geniez. Ces houilles reposent dans le bas des val-
lons, sur le sol primitif, qui, par l'effet des soulèvements qu'il a éprouvés,
ressort de tous côtés. La puissance de ces houilles est moins consi-
dérable que dans le premier système en exploitation ; elle est même
* On y a également découvert une autre alumine silicatée hydratée qui, quoique décorée du
nom particulier de pholérite, ne forme probablement qu'une môme substance avec Yallophane. Ses
caractères extérieurs sont à peu près les mêmes, ainsi que sa composition et son gisement. Celle-ci
se trouve particulièrement dans les fissures des rognons des minerais de fer.
* Les mines de houille de Bertholène, situées sur la rive gauche de l'Aveyron, au bas de la
montagne de Monterlhe, fournissent du charbon que, dans le principe, on croyait tout au plus
propre à alimenter les fours à chaux, mais depuis lors on s'en est servi dans les diverses forges du
pays avec beaucoup d'avantages.
NOTICE GÉOLOGIQUE. -51
ici extrêmement faible. Un grès dont les couches inférieures sont ana-
logues au grès rouge, recouvre les masses houillères, tandis que les
plus supérieures, tout à fait semblables au grès bigarré, se rapportent
à cette formation. Du reste ceci n'est qu'une apparence, car il n'existe
peut-être pas de véritable grès rouge parmi les diverses formations qui
composent le sol de rA.veyron, à moins que l'on ne prenne pour tel le
grès rouge du pont de Camarès dans les environs de S'-Afrique. Les
couches les plus anciennes des grès qui recouvrent les houilles, ne
sont probablement que les assises les plus inférieures des grès bigarrés.
La compacité de ceux-ci, leur couleur rouge à peu près constante,
font qu'il est souvent impossible de les distinguer des vrais grès rouges
une fois qu'ils ont été détachés de leur gisement.
La difficulté est tout aussi grande lorsque ces roches n'olTrent point
les nuances variées qui leur ont fait donner le nom de grès bigarrés, et
qu'ils se montrent en recouvrement sur les houilles. Conservant partout
les mêmes nuances et la même texture, l'on ne voit jamais de roche
interposée entre leurs assises supérieures et inférieures; ainsi, faute de
cette interposition, qui permettrait d'en distinguer les diverses forma-
tions , si toutefois il en est d'autres que celles du grès bigarré , il est
difficile de ne pas les rapporter à cette sorte de roches.
La troisième formation houillère , beaucoup moins connue que les
deux premières, n'a pas été jusqu'à présent l'objet d'exploitations régu-
lières. Cette formation paraîtrait recouverte par le grès bigarré et le
calcaire secondaire jurassique, ou du moins par un calcaire secondaire
qui se montre supérieur à ce grès, toutes les fois que ces roches se
trouvent en contact.
M. Alphonse Boisse, directeur actuel des mines de Cramaux (Tarn),
a fait récemment une découverte intéressante dans les terrains houil-
liers de la Fomade, près de Rodez. Cet observateur y a, en effet,
reconnu la websterite, en petites masses terreuses blanchâtres, dissé-
minée sous forme d'amas allongés dans une argile grise stéatiteuse,
très-douce au toucher, qui parait appartenir aux couches supérieures
du terrain houUler. Malheureusement pour la géologie de ce dépar-
52 NOTICE GÉOLOGIQUE.
tement, l'observateur que nous venons de citer s'est éloigné du pays
qui l'a vu naître, et il est à craindre que personne n'imite son zèle
pour les progrès d'une science qui devait avoir en Aveyron plus de
prosélytes que partout ailleurs.
La quatrième formation houillère appartient à un tout autre système
de terrain 5 aussi sa position est-elle très-différente de celle des autres
formations. Les premières se montrent dans le fond des vallées , tandis
que celle-ci, placée dans le calcaire secondaire jurassique, se trouve
à une hauteur assez considérable par suite du redressement qu'elle
a éprouvé postérieurement à son dépôt. Sa position favorise singu-
lièrement l'exploitation de la houille que l'on en extrait, placée au-
dessus du grand chemin de Millau à S*-Afrique, presqu'au bord du
Tarn. Les produits qu'elle fournit sont très-rapprochés des moyens
de transport. Malheureusement la quantité et la qualité du charbon
de pierre que l'on extrait des houillères de S^-Georges et de Laven-
cas ne sont pas en rapport avec leur position : aussi ces mines ne
sont-elles pas l'objet d'une exploitation considérable ni bien régu-
lière.
Le calcaire dans lequel gisent les mines de S*-Georges constitue
une chaîne assez étendue, parallèle aux Cevennes et intercalée entre
deux ramifications primitives , dont l'une va s'étendre en Languedoc ,
et l'autre sépare les bassins du Tarn et de l'Aveyron aux environs de
Millau. On doit rapporter à la même formation les couches calcaires
qui forment la chaîne du Larzac , couches faiblement inclinées vers
l'est. Quoique violemment redressées, elles n'en recèlent pas moins
des masses de houille qui leur sont parallèles. Il y a souvent deux
ou trois couches de ce genre séparées entre elles par des lits calcaires.
Parmi ces différentes couches de houille, il n'en est qu'une seule dont
l'exploitation soit avantageuse.
La houille se montre ici encaissée entre deux lits de schiste argilo-
bitumineux, très-pyriteux. Sa puissance offre rarement des variations
considérables; elle est entre 0'»^25 et 0™,40. La houille que l'on en ex-
trait est plus ou moins compacte, solide ou friable; on la voit également
NOTICE GÉOLOGIQUE. SS
mélangée de sulfure de fer, d'argile et de schiste. En général, cette
houille est d'assez bonne qualité, mais ses produits ne sont pas abon-
dants.
Ce système houiller, composé de trois couches ainsi disposées, est
lui-même intercalé entre les assises calcaires qui constituent les
sommités de la chaîne secondaire du Larzac, au-dessus du village de
S'-Georges. Il se prolonge ensuite dans la vallée du Cernon, delà, dans
celle du Tarn, jusqu'à la rencontre de la vallée de laDourbie, dans
laquelle on le retrouve constamment jusque vers Nant et au delà.
Dans cette dernière vallée, on exploite cette houille sur plusieurs
points, principalement dans les communes de la Rogue, de S'-Viran,
de Montmejan et de Cantalero.
Les houilles des terrains calcaires des environs de Millau sont assez
constamment accompagnées de schistes bitumineux, sur lesquels l'on
observe de nombreuses empreintes végétales. Ces empreintes ne signa-
lent pas, comme celles des houillères qui se trouvent dans les terrains
de grès, des plantes appartenant aux familles de fougères et des
équisétacées , mais presque uniquement des végétaux de la famille
des cycadées.
- / Les houilles des terrains calcaires de l'Aveyron se prolongent dans
le département du Gard. C'est principalement sur les bords de la
Dourbie et du Cernon qu'on les observe, à part celles de S'-Georges et
de Lavencas , que l'on voit sur les bords du Tarn , et celles que l'on
exploite sur le Larzac, depuis la Cavalerie jusqu'à Nant et Contobre,
Ces houilles ne forment, pour ainsi dire, qu'une seule et même couche,
laquelle existe sur l'entier plateau du Larzac , à la même élévation
et dans la même position, c'est-à-dire, entre le calcaire compacte
oolithique et le calcaire dolomitique.
Les premières et les secondes formations houillères que nous ve-
nons de décrire, offrent dans leur exploitation d'assez grandes dif-
ficultés. Ces diflicultés tiennent à la facilité avec laquelle ces houilles
s'embrasent. On ne peut parer à cet inconvénient qu'en fermant toutes
les issues par lesquelles l'air pénètre dans l'intérieur des mines. Comme
ToM. XVIII. 5
U NOTICE GÉOLOGIQUE.
on se sert d'argile pour boucher ces ouvertures , l'argile , en se dessé-
chant par l'action de la chaleur, laisse bientôt des interstices , lesquels
donnent de nouvelles issues à l'air, et l'inflammation, loin de s'éteindre,
n'en est que plus active.
On a cru , pendant quelque temps , pouvoir mettre à profit les ré-
sultats de la combustion ; ces incendies souterrains donnent souvent
lieu à la production de masses assez considérables d'alun souvent
même assez pur. Des ateliers avaient été établis à cet effet , soit à
Aubin , soit à Fontaines. Ces ateliers n'ont plus prospéré depuis
l'époque où l'on a vu que le moyen le plus simple pour se procu-
rer de l'alun d'une grande pureté, était de le fabriquer de toutes pièces,
en combinant des argiles pures avec l'acide sulfurique. Aussi depuis
lors, les usines d'Aubin et de Fontaines ont donné si peu de profit
qu'elles ont été abandonnées.
B. Terrains du calcaire conchylien et des grès bigarrés. — Le
grès bigarré , buntersandstein des géologues allemands , est la
seconde des formations de sédiment qui ait, en Aveyron, le plus
d'étendue '. Sa direction la plus générale a lieu du nord-est au
sud-ouest , formant ainsi une large bande qui, commençant vers
S'-Geniez-de-Rivedols, se dirige vers Rodez et Marcillac. On la revoit
encore se diriger vers Firmi et Aubin , s'étendre dans tout le bassin
houiller , puis vers Rignac, d'où elle se prolonge jusqu'à la Tribaille,
dans les environs de Ville-Franche. Cette bande, celle du moins qui se
dirige vers le sud-ouest, va se joindre, après plus ou moins d'interrup-
tion, aux grès bigarrés qui se sont étendus vers Ville-Franche; elle
va se réunir aux roches du même genre des environs de Cramaux, dans
le département de Tarn.
Ces grès bigarrés quoique assez chargés de paillettes de mica,
offrent souvent une grande compacité; alors, ils sont exploités comme
* Ce terrain est connu dans le département de l'Aveyron sous le nom de rougier. Cette déno-
mination lui a été probablement donnée à raison de sa couleur.
NOTICE GÉOLOGIQUE. 35
pierres de taille et pierres d'appareil. Ils durcissent considérablement
à l'air; par suite ils acquièrent la plus grande solidité, et conservent
la pureté de leurs contours. On peut en voir la preuve dans la belle
cathédrale de Rodez, qui en est entièrement bâtie, ainsi que la plu-
part des édifices et des maisons de cette ville. Leur couleur , générale-
ment rougeâtre, devient souvent foncée, nuance qui leur donnerait
un certain prix si elle se conservait sous le ciel froid et humide de
l'Aveyron '. Quoique généralement rougeâtres, ces grès sont parfois
violâtres ou verdâtres; lorsqu'ils offrent ces couleurs variées qui les
caractérisent le plus ordinairement , on les voit surmonter ou alterner
avec des marnes irisées de couleurs très-variées ; ces roches offrent peu
de corps organisés; cependant M. le docteur Barrau de Rodez y a
découvert un individu du grand genre oursin, qui, d'après ce qu'il
m'en a dit, devait probablement se rapporter au genre spatangue de
Lamark.
Les montagnes formées par les grès bigarrés se présentent, en A.vey-
ron, sous une forme arrondie, s'étendant par des lignes ondulées et
adoucies qui n'ont rien de bien saillant ni d'abrupte. Quant aux terres
qui résultent de la décomposition de ces grès , elles sont généralement
peu fertiles , à moins que , par amendement , on ne soit parvenu à en
corriger la nature quarzeuse.
On trouve peu de minéraux disséminés dans la masse de ces grès;
l'on n'y a observé jusqu'à présent que du cuivre carbonate vert et
bleu , et cela dans les environs de Marcillac. Le sulfure de plomb y a
été également aperçu dans les environs de Cantaloube. Quant aux
cristaux de gypse ou de sulfate de chaux, ils sont assez communs
dans ces roches et même dans un assez grand nombre de localités. On
en a signalé à S'-Afrique, ainsi que dans les environs de Marcillac
et de Valady. Le gypse de Varens n'appartient pas à la formation du
grès bigarré, ainsi qu'on l'avait supposé, mais bien aux formations
• Cette roche est nommée à raison de sa cou)eurnout'«au grè» rmige, par les géologues anglais.
Elle a (lu reste de grands rapports avec le grès rouge ancien ; elle en difll>re essentieliement par sa
pétition au-dessus du terrain lioniller.
36 NOTICE GÉOLOGIQUE.
tertiaires. On le découvre en effet au milieu des terrains d'eau douce
très-développés , analogues à ceux du département du Gers, où les
gypses sont l'objet d'exploitations régulières.
Les grès bigarrés de S^-Afrique renferment des amas et des couches
très-considérables de gypse, lesquels sont exploités avec avantage.
Ces exploitations ont même eu de l'influence sur la prospérité et l'a-
mélioration de l'agriculture dans cet arrondissement, par suite des
capitaux qu'elles y ont apportés.
Quant aux grès bigarrés de l'arrondissement de S*-Afrique , ils pa-
raissent reposer ou sur le terrain primitif ou sur celui de transition.
Il est difficile pourtant d'en être certain, les points de contact des deux
terrains ne se trouvant nullement à découvert. Du moins il est positif
qu'ils sont surmontés par des marnes irisées. Ces marnes offrent contre
leur couche des amas fort considérables de gypse saccharoïde, que
l'on exploite maintenant avec succès, ainsi que nous l'avons déjà fait
observer.
Les grès bigarrés qui se montrent en contact avec les gypses en
sont plus ou moins imprégnés , quelquefois ils en sont tellement
pénétrés qu'on les exploite avec quelque avantage , quoique le plâtre
qui en provient soit d'une qualité très-inférieure. Les marnes irisées
qui surmontent les grés bigarrés sont recouvertes par une petite
couche de dolomie peu épaisse , sur laquelle repose le calcaire
lias '.
Ainsi soit à S^-Afrique, soit ailleurs, l'on ne voit nulle part, dans le
* Les gypses qui forment des amas et des couches dans les grès bigarrés de S'-Afrique , s'y
montrent en lits alternatifs avec des macignos compactes, nommés improprement dans ces localités
grès gypseux. Ces macignos occupent d'assez grands espaces dans l'arrondissement de S'-Afrique.
En effet, cette roche se montre dans les deux vallées de la Sorgues et du Dourdou, descendant de-
puis S'-Felix de Sorgues jusqu'à l'embouchure du Dourdou dans le Tarn, vis-à-vis de Broquiez;
elle n'est pas cependant accompagnée partout par ce gypse. Il paraît que ces dépôts gypseux ne se
rencontrent que dans la vallée de la Sorgues, depuis S'-Félix jusqu'à S'-Afrique, et dans les val-
lées latérales qui dégorgent ou aboutissent à cette même vallée.
Une circonstance assez remarquable de ces formations gypseuses, c'est qu'elles sont assez con-
stamment accompagnées par des dolomies compactes. Ces dolomies y forment de petites couches
superposées sur la partie la plus supérieure des masses gypseuses. Les arkoses de l'Aveyron pa-
NOTICE GÉOLOGIQUE. m
département de l'Â.veyron , le sechstein ou le calcaire alpin au-dessous
des grès bigarrés.
Quant au muschelkalk ou calcaire conchylien , il repose immédia-
tement sur ces grès, qui forment la partie inférieure du sol dans les
environs de Ville-Franche; nulle part on n'y découvre des marnes
bigarrées; si elles existent dans quelques-unes des nombreuses vallées
de cet arrondissement , elles n'y sont jamais développées et ne peuvent
dès-lors avoir aucune importance dans la constitution du sol.
he muschelkalk consixiue y au contraire, les principaux terrains des
environs de Ville-Franche; il occupe toute la profondeur des vallées qui
entourent cette ville jusqu'à un premier plateau formant une sorte de
gTadin qui les surmonte. Là commence à se montrer la partie supérieure
du lias ; quant aux couches inférieures de cette formation, elles ne parais-
sent pas se rencontrer dans les vallées ou les plateaux des environs de
Ville-Franche. Le lias s'y termine dans la partie supérieure des plateaux
par des marnes, qui paraissent se rapporter à la partie inférieure du
groupe oolithique. Ce groupe semble constituer le second plateau ou le
gradin supérieur qui couronne le sommet des montagnes des environs de
Ville-Franche. Le calcaire conchylien prend un si grand développement
dans ce département, qu'il s'élève jusqu'à la hauteur des premiers pla-
teaux des collines secondaires. Il repose sur les grès bigarrés; la partie
supérieure du lias les surmonte, sans l'intermédiaire des marnes irisées,
dont on ne retrouve presque pas de traces dans les localités occupées
par le calcaire conchylien. Le muschelkalk est accompagné par des
raissent se rattacher à la formation des grès bigarrés , quoiqu'elles soient immédiatement appli-
quées sur les terrains primitifs ; ce qui a quelquefois lieu pour les roches de ces mômes grès. Telle
est du moins la disposition des arkoses qui, à Cassagnetes, près de Rodez, sont l'objet d'exploi-
tations régulières et ser^'ent ensuite de pierres d'appareil. Ces arkoses granitoïdes y forment parfois
de grands filons au milieu des masses granitiques que l'on découvre dans cette localité.
Quant à celles de ces arkoses qui sont appliquées sur les roches granitiques, elles s'y montrent
en stratification discordante , par suite de la diversité de leur origine. Ces arkoses forment aussi
en Aveyron une grande bande qui, continuellement circonscrite par les terrains primitifs, s'étend
depuis le Levezou jusqu'à Ricupeyroux ; cette grande bande a été particulièrement l'objet des re-
cherches de M. le docteur Barrau , que nous aurons l'occasion de citer pour d'autres faits géo-
logiques non moins intéressants.
38 NOTICE GÉOLOGIQUE.
dolomies soit à sa partie inférieure, soit à sa partie supérieure; seule-
ment ces dernières sont mélangées avec des silex cornés. Les mêmes
formations se rencontrent avec des circonstances à peu près analogues
à Rodez et dans la Lozère , particulièrement à Marnezoli et dans les
environs de Mende.
La détermination de cet ordre de terrains ne peut guère se faire au
moyen des débris organiques fossiles, car ils y sont fort rares, pour ne
pas dire nuls. On ne peut donc classer ce système que sur les caractères
et la position des roches calcaires qui le constituent. Ces roches com-
pactes, d'une couleur de gris-fumée dans la plupart des couches qu'il
compose , deviennent blanchâtres et marneuses dans leur partie infé-
rieure. Les bancs supérieurs de cette grande formation calcaire présen-
tent des bancs de silex corné ; quant à la partie la plus inférieure , elle
est formée de masses de roches caverneuses bleuâtres et dolomitiques.
On peut aussi regarder comme caractéristique de ce terrain les eaux
sulfureuses qui en découlent, particulièrement dans les environs de
Ville-Franche. Ces eaux sourdent de dessous les lits d'un calcaire noi-
râtre d'un aspect tout particulier. Enfin, si les vallées de cette loca-
lité étaient creusées dans le lias et non pas dans le muschelkalk , on y
trouverait des ammonites et des bélemnites. Ces coquilles fossiles se
trouvent pourtant uniquement sur les plateaux qui couronnent ces
mêmes collines secondaires.
Le calcaire conchylien ou muschelkalk est très-développé dans les
environs de S^-Bauzély et de Viala du Tarn ; considéré d'une manière
générale, par rapport à l'importance qu'il peut avoir en Aveyron, il n^y
compose qu'une bande assez étroite d'au plus 4 à 5 lieues de longueur,
dirigée N. N. E. entre S'-Rome du Tarn et S'-Bauzile. Cette zone, ap-
puyée à l'ouest sur les flancs de Lagast , disparait vers l'est sous le ter-
rain du lias qui lui est superposé. A peu de distance de cette localité et
dans les environs de S'<2-A.frique , on voit dans les profondes coupures
des terrains qui caractérisent cette contrée , le passage des grès bigarrés
aux formations jurassiques, dans la position même où le muschelkalk
devrait se trouver.
NOTICE GÉOLOGIQUE. 30
Oïl observe entre les grès rouges de la plaine de Camarès et les cal-
caires du plateau du Larzac une série de couches de grès blancs, jaunes
et verdàtres, de marnes aux couleurs variées, de calcaires gris et jau-
nâtres en lits minces et en feuillets, qui forment la séparation et le
passage des grès rouges aux grès inférieurs du lias. Ce terrain offre les
plus grandes analogies avec celui qui a été décrit sous le nom de for-
mation du muschelkalstein par M. Voltz, dans sa Notice géologique
sur les environs de Vie (Meurthe). Néanmoins, diverses considérations
ont porté M. Boisse , qui a étudié ce terrain avec soin , à le considérer
plutôt comme l'équivalent géologique des marnes irisées de la France,
de l'Allemagne, dont il possède du reste tous les caractères '. Malheu-
reusement ce géologue n'y a découvert aucune espèce fossile, mais
seulement des dépôts gypseux abondants, qui se trouvent à la partie
moyenne de ces formations. L'étude de ces terrains a fourni à M. Boisse
l'occasion d'en faire l'objet d'une note qui paraîtra prochainement dans
les Annales des mines.
Cette notice fera mieux saisir que nous ne pouvons le faire nous-
méme jusqu'à quel point l'opinion de M. Boisse, sur l'ensemble de ces
formations peut être fondée. Aussi ne croyons-nous pouvoir mieux faire
que d'y renvoyer.
Enfm d'autres observations géologiques dues à M. Millet avaient
fait supposer jusqu'aux recherches récentes, que toute la partie infé-
rieure des terrains secondaires antérieure aux grès bigarrés , devait
être rapportée aux couches les plus anciennes du lias. Cependant ces
couches paraissent manquer à peu près totalement dans ce département.
C Terrains jurassiques y compris le lias. — Le lias parait être
représenté en Aveyron par le calcaire à gryphées arquées (gryphœa
arcuata), dont les analogies sont frappantes avec les roches calcaires de
la Bourgogne , qui renferment la même espèce de gryphée avec d'au-
tres coquilles. Ces calcaires se montrent liés au muschelkalk, aux grès
* Ces terrains de l'Alsace et de TAllemape ont été décrits et étudiés arec soin par MM. Char-
banlt et Levallois.
m NOTICE GÉOLOGIQUE.
bigarrés et aux arkoses , et y composent rarement le faîte du sol. Ainsi
apparaît d'un côte en Aveyron le lias à gryphées arquées, ainsi que les
couches d'un calcaire jaunâtre plus ou moins caverneux, rempli assez
souvent de petites coquilles, parmi lesquelles dominent les plagios-
tomes , les placunes, les modioles et les mactres.
Les fossiles du lias de l'Aveyron se rapportent à des fragments plus
ou moins incomplets d^Ichthyosaurus, et à des poissons. C'est du moins
dans cette formation que parait avoir été rencontré le Cyprinus el-
vensis àécv'xi par M. de Blainville; ce naturaliste l'a nommé ainsi à
raison de ce que ce poisson fossile a été découvert à Elves, près de Ville-
Franche. Le calcaire dans lequel il a été rencontré était schistoïde et
très-fétide. On a également cité dans le lias de l'Aveyron des spirifer j
on n'a pu y reconnaître que les spirifer glaber et cuspidatus , les
autres espèces de ce genre étaient trop incomplètes pour être déter-
minables.
Le calcaire connu à Yille-Franche sous le nom de ciment romain , à
raison de ses propriétés remarquables, y deviendra peut-être l'objet
d'exploitations régulières. Ce calcaire appartient à la formation du lias;
il se trouve principalement à Toulonjac, près de Ville- Franche. 11 jouit
des mêmes propriétés que le ciment désigné en Angleterre sous le nom
de parker, et en France , sous celui de galets de Boulogne, et même de
ciment romain. M. Lacordaire paraît avoir été le premier qui en ait
tiré parti parmi nous; celui qu'il a exploité se trouve en Bourgogne.
Quantau calcaire des environs de Toulonjac, près de Ville-Franche, et
qui semble aussi précieux pour les constructions que le ciment romain
de la Bourgogne, nous en devons la connaissance à M. Millet, qui s'oc-
cupe avec le plus grand zèle de tout ce qui peut être utile aux arts et
aux sciences.
Le lias n'est point, du reste, borné aux environs de Ville-Franche;
il compose au contraire des portions de terrains assez étendues , soit
dans les environs de Rodez , soit dans ceux de Millau. Partout il y est
caractérisé par les mêmes fossiles. Seulement, la partie la plus infé-
rieure de ses couches n'a été jusqu'à présent observée que dans un
NOTICE GÉOLOGIQUE. él
petit nombre de localités^ ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer.
Il en est de môme des débris dC Ichlliyosaurus ; ces débris ont été
jusqu'à présent uniquement rencontrés dans les environs de Ville-
Franche.
Le lias de l'Aveyron semble former trois assises distinctes, lesquelles
reposent ou sur les grès bigarrés ou sur les marnes irisées. Les assises
les plus inférieures de celte formation offrent assez souvent des dolo-
mites compactes grisâtres, ou d'autres roches magnésiennes, celluleuses
et caverneuses. Les assises moyennes se composent au contraire de
couches marneuses, dans les fissures desquelles se montrent interca-
lées de petites veines calcaires. Ces veines donnent une chaux maigre
et hydraulique fort employée dans le pays. On y observe également de
petites couches d'un calcaire chargé d'une assez grande quantité de
peroxyde de fer. Les Romains paraissent avoir fait usage de ce calcaire
et en avoir composé un excellent ciment. Quelquefois ces roches ren-
ferment des minerais de fer assez riches pour être exploités avec
avantage. Tels sont ceux que l'on découvre à Vensac et à S^-Igest ,
près de Ville-Franche, et qui sont ensuite portés dans les fonderies
de Decazeville , où ils sont convertis en fer. Enfin la partie supérieure
du lias est principalement composée de marnes calcaires, au-dessous
desquelles se trouvent les couches d'un calcaire cristallin qui forme
la base des terrains jurassiques de l'Aveyron.
a. Terrains calcaires secondaires. — La simplicité des forma-
tions jurassiques est le trait le plus distinctif et le plus particulier des
formations de cet ordre dans le midi de la France. Souvent, dans nos
contrées méridionales , ces terrains consistent presque dans une seule ,
roche calcaire, aussi remarquable par son uniformité que par son
étendue. Il n'en est pas cependant tout à fait de même en Âveyron,
où, d'après ce que nous avons déjà fait observer, ces formations sont
beaucoup plus complexes, étant composées non -seulement par les
diverses assises du lias et des terrains jurassiques, mais encore par
le groupe oolithique dont les couches ou les divers termes sont plus
ToM. XVIII. G
42 NOTICE GÉOLOGIQUE.
ou moins nombreux. Sous ce rapport, les formations calcaires se-
condaires de l'Aveyron sont loin de présenter une simplicité aussi
grande que celles de l'Auvergne et des contrées méridionales qui
bordent la Méditerranée.
Enfin , une autre remarque que l'on peut faire et qui s'applique in-
différemment à tous les calcaires secondaires du midi de la France,
tient au petit nombre des débris organiques qu'ils renferment, surtout
de ceux qui se rapportent à des végétaux. En effet, le plus grand
nombre de ces débris se découvre , non dans les calcaires eux-mêmes,
mais dans les marnes qui les accompagnent. Quant aux fossiles végé-
taux , ils sont généralement des plus rares , même dans les couches
marneuses les plus riches en débris organiques animaux.
Il n'y a d'exception à cette loi constante que pour quelques localités
particulières, comme le sont par exemple celles qui renferment les
houilles des terrains calcaires. Mais pour ces localités, l'abondance des
productions végétales fossiles est encore peu considérable. L'Aveyron
nous en fournit lui-même une preuve frappante; elle nous est fournie
par les houillères situées au pied du Larzac, dans lesquelles on n'ob-
serve guère que des cycadées.
Nous ne pourrons faire connaître les espèces fossiles des terrains ju-
rassiques que par aperçu , n'ayant pu avoir à notre disposition que des
exemplaires incomplets. La plupart appartiennent aux marnes supé-
rieures du lias, que M. Boisse considère comme pouvant représenter
les sables de l'oolithe inférieure.
ANIMAUX INVERTÉBRÉS.
Radiaires. — Cidarites-eucrinites. Pentacrinites-annélides. Serpules.
Conchyfêres térébratules, un grand nombre d'espèces, au moins quarante. — Les
deux Sprifer que nous avons déjà signalés, glaber et cuspidatus; huîtres, quatre
à cinq espèces ; — gryphées en bancs plus ou moins prolongés. Peignes. Plagios-
tomes; moules modioles; venus cythérées; lutraires; posidonies? limes? Pinnes;
cypricardes; pétoncles — Bucardes; mactres; — pholadomies dianchores; ar-
ches; nucules; pernes; avicules. Mollusques troques; turbo; cirrhus; pleurotomaires ;
NOTICE GÉOLOGIQUE. 45
éburnes; cérithes; strombes; ptérocères; hautilites, plusieurs espèces; bélemnites
et ammonites, un grand nombre d'espèces.
Poissons orbulites. Cyprinus elvensis.
Reptiles. Iduhtjosaurus.
Une des particularités les plus remarquables de ces calcaires se-
condaires tient à l'aspect de leurs sommets. On dirait , en les aper-
cevant d'une certaine distance, que les montagnes qu'ils composent
sont toutes couronnées par de vieux châteaux ou de vieux édifices
qui tombent en ruines. Cette circonstance semble dépendre du peu
de solidité des couches calcaires qui en font partie. Entamées partiel-
lement et rompues par portions plus ou moins considérables, elles
ressemblent assez bien à de vieilles tourelles démantelées, ou à des
pans de murailles en grande partie détruits. En voyant la rapidité
avec laquelle les couches calcaires s'écroulent, et combien il en reste
encore qui n'ont pas été attaquées, il est difficile de ne point supposer
que la cause qui les a rompues ne doit pas exercer son action depuis
des temps très-longs, puisque ses efTets sont encore si restreints et si
bornés.
Les formations calcaires ont généralement en Aveyron une grande
étendue; on conçoit aisément, d'après ce que nous avons déjà dit,
que ces calcaires se bornent à peu près uniquement aux formations se-
condaires; car les calcaires tertiaires n'y existent proprement pas, à
l'exception de quelques lambeaux de calcaire d'eau douce, qui ne
prennent quelque développement qu'auprès de Varens, où leurs roches
se montrent accompagnées de gypse. Les autres ne sont en quelque
sorte que l'extrémité des grandes formations de ce genre, si étendues
et si développées dans le Cantal. Quant aux calcaires des formations
quaternaires, ces roches n'ont nulle part une grande extension; et il
en est surtout ainsi de celles qui se rencontrent dans ce département.
Les calcaires secondaires se montrent donc seuls en grandes masses
en Aveyron ; il s'agit de déterminer à quel ordre de formation ils se
rapportent , et s'il y en a qui appartiennent à plusieurs ordres de ter-
rains, i ' _
H NOTICE GÉOLOGIQUE.
D'abord , l'ancienneté de ces roches calcaires peut être facilement
déterminée par la connaissance de leur position : ainsi, dans les lieux
où elles se trouvent en contact avec les grès bigarrés, elles leur sont
constamment superposées. Ainsi supérieurs, les calcaires les plus
anciens de l'Aveyron sont d'une date plus récente que les grès bigar-
rés, puisqu'ils les surmontent généralement. S'il fallait citer des exem-
ples de cette superposition immédiate, nous pourrions mentionner
plusieurs localités des environs de Rodez et de Yille-Franche, princi-
palement la montagne que la nouvelle route de Ville-Franche à Âlby
traverse, montagne nommée dans le pays la côte de Sauvensa. La
plupart des montagnes au nord de Rodez offrent encore d'une ma-
nière manifeste ce mode de superposition. Leur base est assez géné-
ralement composée par des psammiles ou grès bigarrés, dont la couleur
dominante est le rougeâtre ; leur sommet est couronné par des couches
calcaires plus ou moins inclinées ou redressées et assez ordinairement
parallèles.
Le calcaire secondaire alterne , dans les environs de Ville-Franche
et dans les parties les plus supérieures des montagnes qui entourent
cette ville, avec des marnes de couleurs variées, qui semblent se rap-
porter aux marnes irisées. Sous ce point de vue, le petit nombre de
couches calcaires que l'on voit ainsi intercalées ou alterner avec les
marnes irisées , pourraient être considérées comme des représentants
du calcaire conchylien ou muschelkalk et du keuper. Mais lorsqu'on
considère que ces alternances n'ont peut-être pas plus de dix à quinze
mètres d'épaisseur, les marnes irisées, sur lesquelles sont adossées les
masses calcaires, paraissent pour lors être simplement intercalées entre
leurs couches d'une manière tout à fait accidentelle. Aussi ces interca-
lations et ces alternances sont-elles bornées à des espaces de peu d'é-
tendue. Cette manière d'envisager les faits n'est pas cependant fondée,
car les couches calcaires placées entre les grès bigarrés , ou qui leur
sont immédiatement superposées , sont plutôt les représentants du cal-
caire conchylien ou muschelkalk.
Cette formation est la plus ancienne des formations calcaires secon -
NOTICE GÉOLOGIQUE. 45
daires; elle y acquiert une assez grande étendue. Les couches calcaires
essentiellement dominantes en Âveyron paraissent appartenir aux cou-
ches les plus inférieures des terrains jurassiques, et^ par conséquent,
aux lias. Du moins les calcaires les plus inférieurs, ceux qui se mon-
trent immédiatement superposés aux grès bigarrés, semblent se rap-
porter au lias, soit par leur compacité, soit par la rareté des corps
organisés que l'on y observe , soit par la nature et l'espèce de ces fos-
siles, soit enfin par leur rapprochement et leur contact presque im-
médiat avec les plus anciennes formations sédimentaires ou même
primitives.
Les calcaires les plus anciens de l'Aveyron sont d'abord le calcaire
conchylien ou muschelkalk, dont l'existence y a été si longtemps mé-
connue. Ce calcaire se montre en superposition immédiate sur les grès
bigarrés ; quant au système des calcaires jurassiques, il se compose de
trois principaux étages ou de trois séries de couches distinctes; on
pourrait peut-être en compter jusqu'à quatre.
La plus récente de ces assises ou la plus supérieure, est formée
par des couches très-minces , très-riches en débris organiques, prin-
cipalement en coquilles fossiles. La plus ancienne de ces assises ou
la plus inférieure, comprend des couches d'un calcaire marneux
parfois peu puissantes. Ces assises contiennent un petit nombre de
corps organisés, parmi lesquels on remarque des spirifères, quel-
ques térébratules et des nucules. Elles reposent immédiatement sur
le calcaire conchylien , qui à son tour surmonte les grès bigarrés. Cet
ordre de superposition , manifeste dans les environs de Rodez , est une
preuve que ces assises appartiennent au système le plus inférieur du
lias de l'Aveyron.
Les assises moyennes, composées de couches d'un calcaire carié le
plus souvent jaunâtre , sont essentiellement caverneuses. Du moins
est-ce dans leurs masses qu'on voit les cavités les plus considérables
et les plus spacieuses ; c'est aussi dans leurs assises moyennes que se
trouvent la plupart de ces gouffres ou puits verticaux de la plus grande
profondeur , connus assez généralement en Aveyron sous le nom de
46 NOTICE GÉOLOGIQUE.
Tindous. Plus tard nous en citerons un des plus remarquables, connu
en Aveyron sous le nom de Tindous de la Vayssière. Ces assises sont
également peu chargées de débris organiques. On distingue d'une ma-
nière assez nette deux ordres ou deux systèmes différents dans les
couches moyennes de ces assises ; les plus supérieures sont caractérisées
par leur aspect généralement carié, le nombre des cavernes ou grottes
qui se trouvent creusées dans leurs masses, et la moindre quantité de
débris organiques que l'on y observe.
Les assises les plus récentes ou les plus supérieures, sont les plus
compactes. Le calcaire qui les compose offre une cassure droite et unie ;
si cette roche se présentait en masses plus uniformes et moins variées
en couleurs , elle pourrait être employée comme pierre à bâtir.
Les débris organiques y sont également beaucoup plus abondants
que dans les assises inférieures. Ceux que l'on y rencontre appartiennent
principalement aux bivalves, tels que les peignes, les plagiostomes, les
térébratules, les mactres, les huîtres, surtout l'Ostrea gryphoïdes ,
les gryphées, les pernes et les avicules. Aussi, comme nous sommes
certains de la présence de ce genre parmi les formations jurassiques
de l'Aveyron , il serait possible que les coquilles considérées comme
des pernes , ne fussent que des avicules qui auraient perdu leurs ailes.
Cependant cette circonstance paraissant peu probable d'après leur
forme générale, nous croyons pouvoir mentionner les pernes parmi les
mollusques qui caractérisent ces formations.
Les terrains jurassiques de ce département offrent encore des pinnes,
des trigonies , des moules , des modioles , des arches , des venus , des
cythérées, des pholadomies , des lutraires, des cypricardes, des limes,
des nucules et des dianchores.
Les univalves et multiloculaires y sont moins nombreux en genres
différents ; ainsi nous n'y avons encore reconnu que cinq genres par-
ticuliers, les pleurotomaires , les cirrus, les cérites, les toupies, les
turbots, et un genre voisin de ceux-ci qui semble assez rapproché des
cyclostomes.
Enfin, trois genres de coquilles multiloculaires y ont été également
NOTICE GÉOLOGIQUE. 47
observés ; ces genres se rapportent aux nautiles , aux orbulites et aux
ammonites. Les espèces de ces derniers genres se montrent assez sou-
vent pyritisées , ce qui arrive peu aux autres genres. Cette circonstance
tiendrait-elle à la structure de ces corps organisés ? c'est là une ques-
tion sur laquelle nous appellerons plus tard l'attention des naturalistes.
Enfin , les mêmes formations jurassiques dont nous nous occupons,
et probablement le lias , ont présenté à Elves , dans les environs de
Ville-Franche, un poisson que M. Blainville a décrit sous le nom de
Cyprinus Elvensis. C'est une empreinte d'un poisson qui a la forme
d'une grosse carpe fort courte. Elle a beaucoup de rapports avec le
Monopterus gigas de Volta ( Icht. Veron. ). Toute la surface du corps
de cette espèce est couverte de très-grosses écailles rhomboïdales, dis-
posées à peu près comme dans la carpe ', sa longueur est de 0™47 1 , et
sa hauteur de 0»»170.
M. Jules Bonhomme, de Millau, a également découvert plusieurs
empreintes de poissons sur une marne calcaire des environs de cette
ville, qui appartenait aux mêmes formations secondaires. On y a observé
enfin des encrinites ou astéries, ainsi que des pentacrinites, corps or-
ganisés de la division des polypes flottants, que l'on trouve fort rare-
ment à l'état vivant dans les mers de la Martinique ; ces pierres étoilées,
si abondammant répandues dans les terrains jurassiques, ne sont en
effet que les articulations pierreuses de l'axe de la tige des encrines ,
tige cylindrique ou polyèdre, ramifiée ou ombellée à son sommet.
Guettard est, à ce qu'il parait, le premier naturaliste qui ait fait ce
rapprochement et qui ait comparé les encrinites aux encrines vivants.
Ses observations se trouvent consignées dans les Mémoires de l aca-
démie des sciences t/e /'art*, pour l'année 1755.
Les formations jurassiques ou liasiques des environs de Ville-
Franche renferment des couches très-puissantes d'un calcaire ferrugi-
neux qui, dans certaines localités, telles que celles de Vensac et de
S^-Igest , sont tellement chargées de peroxyde de fer qu'on les ex-
ploite avec avantage. Ces minerais de fer (fer oligiste) sont portés
aux usines de Decazeville, où ils sont ensuite fondus. Le métal que
*i|8 NOTICE GÉOLOGIQUE.
produisent ces minerais est de la meilleure qualité j les couches offrent
parfois des amas ou de gros noyaux de peroxyde pur. La richesse de
ces mines tient à leur abondance et surtout à leur excellente qualité.
Quant à l'époque du soulèvement de ces formations jurassiques , elle
paraît se rapporter à celle qui a produit le relief des Cévennes et les
plateaux du Larzac. Du moins M. Elie de Beaumont a présumé que le
redressement des couches qui composent les montagnes de la côte
d'Or en Bourgogne , du mont Pilas en Forez, ainsi que celles des
Cévennes et du Larzac, dans le midi de la France, se rapportait à
une même époque de soulèvement. Cet exhaussement aurait eu lieu
entre la formation du terrain crétacé et celle du terrain jurassique.
Le redressement qui a produit les Cévennes , le plateau du Larzac
et la plupart des montagnes de l'Aveyron, a donc eu lieu de manière
à déplacer les formations jurassiques et celles qui leur sont inférieures j
car il n'a pas pu agir sur les terrains qui les recouvrent ordinairement
ceux-ci n'ayant pas encore été déposés.
Les fers oolithiques des environs de Ville-Franche doivent , suivant
les uns, être rapportés au groupe oolithique, et, selon les autres, au
lias; s'il fallait se décider entre ces deux opinions, il semble que l'on
devrait plutôt adopter la première que la seconde. En effet , les fers
secondaires des environs de Yille-Franche offrent généralement la dis-
position particulière au groupe oolithique; en second lieu, l'on sait
que les minerais de fer abondent plutôt dans ce groupe que dans la
formation du lias.
D'ailleurs, les débris organiques qui accompagnent ces minerais
caractérisent plutôt l'oolithe ferrugineuse que le lias proprement dit.
Dès lors les fers oolithiques des environs de Ville-Franche , dont la
position géologique n'est pas bien déterminée, doivent plutôt être rap-
portés au groupe oolithique qu'au lias. Quoi qu'il en soit, ces fers à
poussière rouge se rapportent aux fers oligistes. On a prétendu qu'ils
étaient parfois accompagnés par des gryphées entre lesquelles ils au-
raient été déposés; mais nous ne pouvons dire s'il en est réellement
ainsi.
NOTICE GÉOLOGIQUE. 49
Nous avons vu que les formations jurassiques, et même certaines
assises du lias, étaient assez abondamment répandues en Aveyron; il
en est de même du terrain secondaire supérieur ou jurassique pro-
prement dit. La partie inférieure de ce groupe paraît y manquer tota-
lement; l'on n'y reconnaît du moins que i'oolithe supérieur et l'ooli-
the moyen. Celui-ci se montre du côté de la Capel le- Balayer, sur la
route de Ville - Franche à Cajare. C'est sur cet oolithe moyen que
l'on voit répandus, dans plusieurs localités, des lambeaux de terrain
tertiaire. Ce terrain , uniquement formé de couches d'eau douce soit
calcaires, soit marneuses, oflFre parfois du fer en grains et des sables
de rivière très-distincts. Les formations calcaires tertiaires sont assez
développées auprès d'Âsprières, de Montmazet, de S'-Santin, du mur
de Barrés, de S*-lgest et de Varens.
Dans cette dernière localité, les calcaires sont accompagnés par des
amas gypseux assez considérables. Le gypse est parfois laminaire ; mal-
heureusement il est le plus souvent mêlé d'argile verte et rougeâtre
avec une telle abondance, que l'on ne peut pas l'utiliser pour les dé-
corations. On se borne donc à s'en servir comme amendement en agri-
culture.
Ainsi, outre le lias et les divers calcaires jurassiques qui composent
la masse principale des montagnes de l' Aveyron, il en existe d'une
formation plus récente, qui semblent se rattacher aux terrains oolithi-
ques. La partie de cette formation, en contact avec les assises su-
périeures du lias ou de ses dépendances, se compose d'un calcaire
lamellaire brun, rougeâtre ou jaunâtre très-cristallin. Ce calcaire ne se
montre nulle part en stratification bien sensible; on le dirait comme
formé par une sorte de cristallisation en masse; cependant, malgré cette
structure en grand, il est fréquemment pénétré de cavités plus ou
moins considérables.
Cette roche , dont la structure est lamellaire , se montre recouverte
immédiatement par de nombreuses couches d'un calcaire compacte
très-fin. Quelquefois le calcaire compacte supérieur devient schisteux,
fissile et séparé en couches distinctes. Cette disposition, qui tient à sn
ToM. XViU. 7
50 NOTICE GÉOLOGIQUE.
structure en grand, ne l'empêche pourtant pas de conserver sa compa-
cité. Tel est par exemple le calcaire qui recouvre tout le terrain des
environs de Mauriac , ainsi que le grand plateau de la Capelle-Ba-
layer, S^-Clair de Margues et Estrabols, etc. Les dépôts diluviens de
Villeneuve et de Camboulan reposent sur ces formations oolithiques ,
ainsi que ceux des environs de S^-Rome de Cernon.
A une demi-lieue du côté du Nord, en sortant de Ville-Franche,
ou trouve, en montant la côte de Fairon ou Fairou , un premier exem-
ple de la formation oolithique. On y distingue très-bien le calcaire la-
mellaire brun rougeâtre ou jaunâtre cristallin, ainsi que les couches
oolitiques et compactes qui lui sont supérieures. Ces formations ooli-
thiques y sont généralement recouvertes par les dépôts diluviens. ù
En avançant plus au Nord, on trouve cette même formation soit à
S'-Remi, soit dans la vallée d'Algouse, soit à Mauriac, soit à Villeneuve.
Elle s'étend beaucoup au delà de cette dernière ville , sur la route de
Figeac. La même formation oolithique se présente avec les mêmes
caractères en sortant de Ville-Franche du côté de l'Ouest; elle se pro-
longe ensuite au-dessus de Toulonjac, près des villages des Coussi et des
Cambons. Elle y forme un plateau considérable, qui domine d'un côté
Sennac et de l'autre côté Toulongergues , et qui s'étend enfin jusque
dans les environs de S'e-Croix et de Mairignagnes ; sur le plateau , les
formations oolithiques de Toulonjac se réunissent à celles de S^-Remi,
de Mauriac et de Villeneuve. Les dépôts diluviens sont assez puissants,
et généralement étendus sur tout le plateau.
Les mêmes formations oolithiques reparaissent encore à S'^-Croix ,
après avoir éprouvé une petite interruption dans la vallée de S'^-Bel.
Elles occupent les parties les plus élevées de la commune de S^^^-Croix,
ainsi que le sol supérieur des communes de la Capelle-Balayer, de
S*-Glair de Margues et Estrabols, du causse de Saujac et du causse
de Camboulas. Dans toutes ces communes, il en est comme à Mauriac,
c'est-à-dire, que le calcaire compacte supérieur, très-fissile, y devient
presque schisteux.
Les mêmes formations se montrent également à l'Ouest de Ville-
NOTICE GÉOLOGIQUE. %l
Franche, à la faible dislance d'une lieue, soit à Savignac, soit dans les
environs du village de Lagarrigue. Elles s'étendent ensuite jusqu'au
village de Puech , dans la commune d'Elbes. On retrouve la même
formation entre l'abbaye du Losdieu et le village du Travers, dans la
commune de S'-Grat ; elle existe de même dans la commune de Vail-
lourches, un peu au delà du village de ce nom , jusqu'à la grande
route qui conduit de Ville-Franche à Montauban.
On a recueilli dans cette formation un assez grand nombre de corps
organisés, principalement des peignes, des térébratules , des plagies-
tomes, des modioles, des unio; outre ces bivalves , on y observe encore
des moules, des mélanies et des patelles inédites. Les ammonites y sont
des plus rares, l'on y voit également de petits oursins, ainsi que quel-
ques branches informes de madrépores et des sections d'encrinites.
Les montagnes calcaires de l'Aveyron, surtout celles que l'on observe
dans les environs de Ville-Franche et de Rodez, offrent peu de grands
escarpements. Leurs lignes sont adoucies , et leurs flancs comme leurs
sommets, se montrent assez constamment arrondis. Elles composent
presque toujours de vastes plateaux qui ne se terminent par de grands
escarpements que vers le Larzac ainsi qu'à Bozouls, et dans certains
points de la route qui de Bozouls conduit à Espalion.
Le plateau du Larzac, le plus vaste de tous ceux de l'Aveyron, offre
de grands escarpements verticaux , qui annoncent la violence de l'ac-
tion qui les a soulevés. Ce plateau calcaire n'a pas moins de huit à
neuf lieues d'étendue du Sud au Nord , sur quatre ou cinq de largeur
de l'Est à l'Ouest. Vers son extrémité méridionale comme à son extré-
mité septentrionale , il se termine brusquement par un escarpement
vertical, sur les flancs duquel on a creusé à grands frais une route
qui, par une descente rapide, conduit vers le Sud, dans la vallée de
l'Ergue où Lodéve est bâtie, et vers le Nord dans celle du Tarn, où se
trouve Millau. Cette dernière ville, qui s'élève au pied de la grande
pente septentrionale , parait bâtie comme à plaisir au fond du vaste
précipice que l'on va cependant franchir sans danger. Sa position
est en effet aussi singulière que pittoresque : située au pied d'un escar-
52 NOTICE GÉOLOGIQUE.
pement vertical d'environ six cents mètres de hauteur, ses maisons
éclatantes de blancheur, brillent au milieu de la vallée fertiUsée par
les eaux du Tarn et de la Dourbie , et frappent le voyageur étonné de
leur singulière position.
Les calcaires qui composent le plateau du Larzac , et dans lesquels
les caves de Roquefort sont bâties , paraissent se rapporter aux assises
les plus supérieures du lias , ou plutôt à la partie la plus inférieure des
terrains pélasgiques infra-jurassiques de M. Brongniart. ( Tableau des
terrains qui composent Vécorce du globe, page 229. ) Ce calcaire, ainsi
que l'oolithe ferrugineux qui l'accompagne le plus souvent, a été
réuni au lias par un grand nombre de géologues, à la tête desquels nous
citerons MM. de Humboldt et Boue. Cependant, d'après sa position
constamment supérieure au lias et les débris organiques qu'il ren-
ferme , le calcaire qui compose le plateau du Larzac parait plus jeune
et d'une date plus récente que le lias.
Ainsi les Spirifer glaber et cuspidatus , assez abondants dans les
assises moyennes et inférieures du lias, dans les environs de Rodez et
même de Millau, ne se trouvent plus dans le calcaire compacte infra-
jurassique, ce dernier ne repose guère immédiatement que sur le lias:
on ne le voit jamais, du moins en Aveyron, recouvrir sans intermédiaire
le grès bigarré, ce qui a lieu au contraire très-souvent pour le lias.
Quant aux dépôts charbonneux qui se montrent dans les calcaires gris
à bélemnites^ presq»ie à l'extrémité Nord-Ouest du plateau du Larzac,
ils appartiennent aux stipites ou houilles sèches et sont principalement
accompagnés d'un assez grand nombre de végétaux. Ces plantes fossiles,
qui se rapportent aux phanérogames gymnospermes, semblent dépendre
de la famille des cycadées. Du reste les houilles exploitées dans les en-
virons de Millau et dans la chaîne du Larzac, appartiennent au même
ordre de formation.
Avant de terminer ce que nous avons à dire du lias ou de ses dé-
pendances, nous devons rappeler que M. Alphonse Boisse y a découvert
la wavelite. Ce naturaliste a en effet trouvé ce phosphate d'alumine dans
les marnes supérieures au lias, immédiatement au-dessous du calcaire
NOTICE GÉOLOGIQUE. ^
jaune, fétide et coquillier qui divise la formation marneuse en deux
parties à peu près égales et symétriques. Cette substance s'y présente
en petites houppes soyeuses, divergentes, tapissant les parois d'un
grand nombre de fissures , qui croisent dans tous les sens les couches
des marnes argileuses bleuâtres, micacées. Ce gisement a été reconnu
par l'observateur que nous avons déjà cité, auprès de Soulias, dans
les environs de Rodez, dans les terrains secondaires de l'Aveyron.
Nous ferons enfin observer que le poisson décrit par M. de Blainville,
sous le nom de Cyprinus elvensis , et qui a été découvert dans le lias
des environs d'Elve, a été retrouvé en Angleterre dans la même forma-
tion. Ce cyprin a été récemment compris par M. Agassiz dans son genre
Lepidotus, et il l'a indiqué sous le nom de Lepidotus gigas. D'après ce
géologue, la forme de cette espèce serait analogue à celle de la carpe ;
son dos et son ventre seraient bombés, et ses écailles, aussi larges que
hautes, auraient leurs bords entièrement lisses. Le genre auquel appar-
tient cette espèce est, du reste, assez abondant dans la même formation
où l'on a rencontré le Lepidotus gigas.
.b. Des caves de Roquefort. — Les fameuses caves de Roquefort,
source de la prospérité d'un des cantons de l'Aveyron, sont situées sur
le revers Ouest du plateau du Larzac. Les fromages que l'on y prépare,
ont acquis depuis longtemps une grande célébrité ; celte célébrité re-
monte même à une assez haute antiquité, car Pline le naturaliste, qui
écrivait vers le milieu du premier siècle de notre ère, en parle, et nous
fait de leur bonté le plus pompeux éloge '. Aussi donnent-ils lieu à un
commerce aussi étendu que lucratif. On évalue à plus d'un million , la
* Le passage de Pline est ainsi conçu : Laus caseo Romœ, ubi omnium genlium bona comim'is
judicaïUur e provincia Nemausensi prœcipuè Lesurœ Gœbalicique pagi. Ce passage a été traduit par
Poinsinet de Sivry de la manière suivante. « A Rome, ce rendez-vous des productions de tous les
pays du monde, où par conséquent on peut les comparer d'après leur qualité, on estime princi-
palement entre les fromages qui viennent des provinces romaines, et particulièrement de celle de
Nismes, tant celui du mont de la Lozère ou Gévaudan que des pays voisins. » (Hist. naturelie de
Pline, t. IV, chap. XLII, page 438. Paris 1772.)
Chaptal observe à cet égard que comme les Tromagcs de Roquefort sont depuis longtemps plus
recherchés que ceux de la Lozère, il est probable que le naturaliste de Rome a dû confondre les
54 NOTICE GÉOLOGIQUE.
somhie que leur venté laissé annuellement dans le pays où ils se pré-
parent.
Ce n'est point sur la fabrication des fromages que nous appellerons l'at-
tention des physiciens, nous la fixerons seulement sur les particularités
que présentent les caves où on les prépare. Pour bien faire saisir les phé-
nomènes qui s'y passent, on nous permettra d'entrer dans quelques dé-
tails nécessaires à leur explication. ; l'vir'^ f','
Dans la partie Sud-Est du département de l'Aveyron, entre les vallées
de l'Ergue et du Tarn, s'étend, sur une longueur de 8 à 9 lieues et une
largeur de 4 à 5, le causse de Larzac, le plus vaste et peut-être le plus
élevé des plateaux calcaires secondaires de l'Aveyron. Sur le revers Nord-
Ouest de ce plateau sont situées les caves ou grottes dans lesquelles on
prépare les fromages de Roquefort. On pique singulièrement la curiosité
de l'observateur qui les visite, en lui apprenant que le même lait de
brebis et de chèvre qui donne ces fromages si prisés par les gourmets,
transporté ailleurs, n'en donne plus de pareils. Il y a plus encore, d'a-
près les habitants, ce serait dans une seule rue du village que l'on pré-
parerait ces excellents fromages, qui parmi tous leurs avantages ont
celui de se conserver longtemps : les caves où ils sont fabriqués arrêtant,
par suite de la basse température qui y règne à peu près constamment,
les effets de la putréfaction.
Ces faits paraissent si extraordinaires, que l'on est porté à les croire
exagérés ; ce n'est aussi qu'après s'être assuré de leur exactitude, qu'on
cherche d'abord à les concevoir, et enfin à les expliquer. Notre premier
examen se dirigera donc sur la position du village de Roquefort, et par-
ticulièrement sur celle de la rue des caves.
premiers avec les seconds. Mais pour faire admettre que Pline a confondu les fromages de Roque-
fort avec ceux de la Lozère, il n'est nullement nécessaire de supposer qu'il y a eu erreur de la part
du naturaliste romain, puisque tout en parlant des derniers, il paraît avoir entendu également
désigner les fromages estimés des lieux voisins du Gévaudan.
Ceci est d'autant plus probable, que les fromages jetés pendant les premiers siècles de l'ère
chrétienne, dans le lac du mont Helanus par les paysans du Gévaudan, alors idolâtres, étaient
de Roquefort, ainsi que le présume Marc-Aurèle. Cette cérémonie, qui avait lieu dans les premiers
siècles de notre ère , ne fut abolie par saint Hilaire, évêque de Maude, que vers l'an 550.
NOTICE GÉOLOGIQUE. K
Ce village, situé vers la partie supérieure d'une montagne calcaire,
élevée d'environ 550 mètres au-dessus de la vallée dans laquelle coule le
Cernon, n'est distant de son sommet que d'environ 150 mètres. La di-
rection la plus générale de cette montagne se trouve de l'Est à l'Ouest ,
tandis que celle de deux petits rameaux parallèles qui s'en détachent,
et forment en quelque sorte les barrières naturelles des caves de la
fameuse rue, est du Sud au IVord. Enfin, vers l'extrémité méridionale
de cette rue, au-dessus de son niveau, s'élève un immense rocher isolé,
d'une hauteur d'environ 100 mètres, lequel sépare et partage à l'Ouest
les premières caves, dites Delmas, réputées dans le pays pour être celles
qui donnent les meilleurs fromages.
C'est entre ces deux rameaux parallèles qu'ont été construites les
caves de Roquefort. Du moins, celles de cette rue privilégiée, qui donne
les fromages les plus estimés, s'y trouvent. Cette position rend cette rue
exposée à des courants d'air presque continuels, courants qui y appor-
tent de l'air froid qui vous. pénètre et vous glace même en été.
. Mais à quoi tiennent de pareils effets ? En cherchant la solution de
ce singulier problème, il nous a paru qu'il dépendait d'une infinité de
circonstances, parmi lesquelles on doit comprendre le courant d'air
continuel qui, de la partie supérieure de la montagne, s'engouffre entre
les deux rameaux parallèles qui bordent , à l'Est et à l'Ouest, la rue des
caves. La température de ce courant est constamment au-dessous de
celle des couches d'air inférieures. En effet, l'air qui en dérive a un
mouvement d'autant plus accéléré, que le vent vient du Sud. Sa tem-
pérature est généralement assez basse, puisqu'il dérive du plateau élevé
du Larzac, dont la température est constamment inférieure à celle de
l'air qui repose sur le village de Roquefort .^auoo Hib ol«qioHi*Ji| azuû)
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* On pourrah cependant remarquer que si l'air du Larzac est constamment plus froid que les
couches d'air inférieures qui reposent sur le village de Roquefort, il est aussi plus raréfié, et que
dès-lors il tloit plutAt tendre à s'élever qu'à descendre. Sans doute il en serait ainsi, si sa densité
n'était pas plus grande par l'almissement de sa température , qu'elle ne le devient par sa raréfac-
tion, suite de l'élévation de la montagne sur laquelle il repose. Aussi un courant d'air froid venant
du Lanac, se précipite presque constamment vers le village de Roquefort, surtout dans la fameuse
rue, par suite des circonstances que nous avons indiquées. • --^ .,.. p„-.„
56 NOTICE GÉOLOGIQUE.
/ Par l'effet de sa plus grande densité, l'air apporté par le courant su-
périeur, tend à se précipiter vers les couches inférieures, raréfiées et
échauffées par le rayonnement du sol. Ces effets sont aussi à peu près
constants, et ils ont lieu d'une manière d'autant plus marquée , que la
différence entre la température des couches d'air est plus considérable,
comme cela arrive particulièrement en été. Cette cause n'est pas
sans doute sans quelque influence sur toutes celles qui contribuent à
maintenir constamment basse, la température des caves de la fameuse
rue.
Mais cette cause, toute puissante qu'elle soit, parait cependant bien
faible pour produire la basse température qui règne dans les caves à
fromages. Il faut donc en chercher une autre, pour rendre raison de
ce phénomène. En examinant avec attention l'intérieur des caves de
la fameuse rue, on remarque que les roches contre lesquelles elles
sont placées , offrent de nombreuses fissures ou fentes , desquelles
s'échappent des courants d'air froid , courants assez forts pour étein-
dre d'une manière instantanée, une lumière placée vers leur ouver-
ture.
Les fissures d'où sortent ces courants d'air continuels, semblent suc-
céder à des cavités souterraines plus ou moins considérables, qui com-
muniquent au dehors et avec l'air extérieur par d'autres crevasses.
Quant aux fentes desquelles s'échappent les vents froids, elles sont
situées à la base de la montagne de Roquefort, et du côté opposé à l'ou-
verture extérieure de ces crevasses. La température intérieure de ces
cavités parait à peu près constante ; elle est toujours au-dessous de la
moyenne du pays. Ce serait donc dans ces cavités que résiderait la
cause principale des courants d'air froid qui se produisent dans les
caves de Roquefort, et qui leur donnent une si haute importance com-
merciale.
Ce qu'il y a de certain, c'est qu'un thermomètre abandonné dans ces
caves et qui s'est mis en équilibre avec leur température intérieure,
baisse constamment lorsqu'on l'expose à l'ouverture d'un soupirail
ou d'une des fissures si nombreuses dans les bonnes caves de Roquefort.
NOTICE GÉOLOGIQUE. 87
On en observe presque de pareilles dans les autres souterrains de la
même localité. Ainsi, en été, l'air intérieur étant plus froid, et par
conséquent plus pesant que l'air extérieur, doit s'écouler par les ou-
vertures ou les fentes des rochers, de la même manière qu'un liquide
qui s'échappe d'un vase.
Il en résulte un courant d'air froid, sortant par le bas, et un courant
d'air chaud, qui entre par le haut. En hiver, le courant a toujours lieu,
mais dans un sens tout à fait différent ; l'air intérieur étant spécifique-
ment plus léger que le reste de l'atmosphère, s'élève, et alors le sens des
courants est complètement interverti. On conçoit facilement pourquoi,
dans l'un et dans l'autre cas, la vitesse de l'air est d'autant plus grande
que la différence des densités, au dehors et au dedans, est elle-même
plus considérable.
Il n'est pas moins facile de se rendre compte comment les cavités
souterraines s'échauffent peu, et pourquoi elles se maintiennent vers
3, 4 ou 5 degrés au-dessus de zéro, enfin comment elles ont quelquefois
leur température inférieure à la glace fondante. Elle y est maintenue
par l'évaporation qui y a lieu; cette évaporation suffit pour rendre la
température constamment basse, puisque l'air qui pénètre dans les
cavités est sec, et que d'ailleurs il s'y renouvelle d'une manière continue.
Cependant on peut présumer que leur température intérieure s'élève
peu à peu en été, mais avec une lenteur telle, que son maximum n'a
lieu qu'en automne, circonstance qui favorise la rentrée de l'air dès
les premiers froids.
On peut encore admettre qu'il existe probablement dans les grandes
cavités intérieures avec lesquelles communiquent les fissures^ et d'où
sortent les vents froids, des neiges ou des glaces perpétuelles.
En passant sur ces masses de neige ou de glace, l'air qui s'introduit
par les crevasses et vient sortir par les fissures, ne peut que baisser
considérablement dans sa température. Dès-lors il n'est pas étonnant
qu'il apporte constamment un courant d'air froid dans l'intérieur des
caves. On doit d'autant plus le supposer, qu'une source qui sort du
même rocher au pied duquel sont adossées les caves, a une tempéra-
Ton, xvm. 8
m NOTICE GÉOLOGIQUE.
ture constamment inférieure à la moyenne du village de Roquefort.
i\ous avons trouvé la température de cette source égale à + 6° R.
(+ 7°^ 50 cent.) le jour où nous avons visité les caves; elle était pour
lors supérieure d'un degré aux caves les plus froides, et de 2 degrés
au-dessous de celle de l'air extérieur '. Cette observation est d'autant
plus remarquable, qu'il en est bien différemment des autres sources,
situées auprès du village, et dont la température est à peu près égale
à la moyenne de cette localité. A la vérité on pourrait faire observer,
contrairement à cette hypothèse, que si les courants d'air apportés dans
les caves de Roquefort passent sur les. masses de glace ou de neige qu'ils
tendent à liquéfier et à vaporiser, les caves qui les reçoivent devraient
être non -seulement froides, mais humides. Or, il est de fait que ces
cavités sont plutôt sèches qu'humides. En effet, le sel que l'on met sur
les fromages, reste longtemps à se fondre, par suite de la sécheresse de
l'air dans lequel ces fromages sont plongés.
On ne peut résoudre cette difficulté, qu'en se rappelant avec quelle
lenteur un courant d'air froid , qui passe sur de grandes masses d'eau
liquide, s'en charge, et que ce n'est qu'au bout d'un temps extrêmement
long, qu'il s'en sature d'une manière complète.
Une expérience bien simple, que nous n'avons pas eu le temps de faire,
serait peut-être propre à confirmer ou à détruire cette supposition. On
pourrait apprécier avec de bons hygromètres l'état de l'air qui sort des
fissures, et qui pénètre dans les caves, et le comparer avec l'humidité
habituelle de l'air du Larzac. Cette comparaison permettrait de recon-
naître la différence qui existe entre les deux masses d'air, sous le rap-
port de leur humidité ; tandis qu'à l'aide du thermomètre et du baromè-
tre, on pourrait en évaluer en même temps la température et la densité.
Du reste , une évaporation abondante semble suffisante pour conce-
voir comment les cavités souterraines , d'où s'échappent les courants
* La basse température de cette source est d'autant plus remarquable, que son issue est assez
éloignée du rocher au pied duquel sont situées les caves de Roquefort. Ainsi, dans son trajet, la
température de cette source ne peut que s'élever ; par conséquent elle ne conserve pas longtemps
celle qu'elle avait à sa sortie de terre.
NOTICE GÉOLOGIQUE. 59
d'air qui se répandent dans les caves de Roquefort, restent constamment
froides pendant toute la belle saison. On comprend ainsi facilement
comment, en hiver, le courant ascensionnel y est à peu près nul, ou du
moins Irès-fuible, et pourquoi^ par suite de cette circonstance, l'équi-
libre de température s'y trouve à peu près rétabli. Les faits que l'on
observe dans les caves de Roquefort, se passent également dans une infi-
nité d'autres lieux. Ainsi, dans la grotte de Gerolstein, sur les bords du
Rhin, le vent qui en sort en été est très-humide, et tellement froid,
qu'il tapisse d'une couche de glace fort épaisse les roches exposées à
son soufHe; mais comme en hiver un pareil courant n'a pas lieu, la glace
cesse de se déposer ', 'j
De pareils courants d'air alternatifs sont du reste fréquents dans leà
exploitations des mines. Ainsi, toutes les fois qu'une galerie a jour par
deux ouvertures, pratiquées à des niveaux diftérents, il s'y établit un
courant d'air, ascendant en hiver et descendant en été; à une certaine
époque intermédiaire, il n'y a aucun mouvement. L'explication de ces
faits, fort communs dans les galeries des mines, est du reste absolu-
ment la même que celle des vents froids souterrains, et particulièrement
des courants que l'on observe dans les caves de Roquefort.
Sir J. Herschel, dans ses observations sur les steppes salés, situés
au Sud d'Orembourg, et sur une caverne remarquable par la congélation
qui s'y opère en été, est arrivé, d'après des vues théoriques, à une con-
clusion tout à fait d'accord avec les observations précédentes.
D'après lui, la glace d'un glacier ou de tout autre amas d'eau solide,
qui se trouve à une certaine profondeur au-dessous de la surface, offre
une température fort inférieure au point de la congélation , quoique
dans des lieux où la température moyenne annuelle soit au-dessous de
ce point. En effet, les ondulations du froid, au-dessous de 0°, pour
* De pareilles circonstances ne paraissent pas se rencontrer dans les caves de Roquefort; du
moins les courants d'air qui y apportent de l'air froid, n'y entraînent pas en même temps de l'air
humide qui serait infiniment désavantageux à la conservation des fromages qu'on y prépare. C'est
aussi une des principules dillicultés qu'ont éprouvées ceux qui ont tenté d'établir des caves ana-
logues à celles de Roquefort, dilHcultés que l'on pourrait peut-être surmonter en suivant le procédé
que nous indiquerons plus tard. « i :/ • i f^. i^..-
èd NOTICE GÉOLOGIQUE.
continuer à se servir de cette expression métaphorique, peuvent se pro-
pager au-dessous de la surface dans l'intérieur de la glace, tandis que
les ondulations de la chaleur supérieure à 0", ne peuvent pas naturel-
lement s'y propager.
Ainsi, le froid de l'hiver et celui que produit la radiation des nuits se-
reines, abaissent la température intérieure de la masse; tandis que
l'effet de la chaleur du soleil d'été se borne à fondre la surface, qui est
emportée avec l'eau que cette chaleur a produite.
Le refroidissement intérieur explique très-bien comment l'on ren-
contre en été des cavernes glacées au-dessous des neiges perpé-
tuelles ; par exemple sur le pic de Ténériffe et sur quelques points
élevés du Jura. Il importe peu que la masse solide soit de glace ou de
rocher. Il suffit, pour qu'un pareil effet ait lieu, que la partie supérieure
des cavernes soit pendant toute l'année ou sa plus grande partie cou-
verte de glace, de manière à amener la température moyenne annuelle
de l'intérieur au-dessous de celle qui dépend de son élévation, et qu'elle
atteindrait sans cette circonstance.
La température d'une montagne ainsi maintenue au-dessous de celle
qui lui appartiendrait, descend graduellement dans son intérieur fort
au-dessous de la limite des neiges perpétuelles. Si quelque caverne ou
autre ouverture naturelle donne accès vers les couches ainsi refroidies,
on doit les trouver au-dessous de 0°, et la glace doit continuellement
s'y former.
Sans admettre la couche neigeuse de la montagne, les change-
ments de température qui ont lieu à sa surface doivent, de la même
manière, produire dans son intérieur des ondulations alternatives de cha-
leur et de froid; si ces changements sont régulièrement périodiques, les
ondulations de froid et de chaleur le seront aussi. Or, la rapidité avec
laquelle les ondulations de froid et de chaud se neutralisent les unes avec
les autres , est en rapport inverse des intervalles qui les séparent , et
conséquemment les fluctuations de température qui dépendent de plus
courtes périodes, sont à peu près en raison de la longueur de ces inter-
valles de temps, j'-'iitii - u jw-
NOTICE GÉOLOGIQUE. ftt'
Ainsi les profondeurs auxquelles les fluctuations annuelles dé tem-
pérature cessent d'être sensibles, sont trois ou quatre cents fois plus
grandes que celles où les changements diurnes sont neutralisés. Or
il peut arriver, d'après la lenteur de la propagation à des profondeurs
si considérables, que les ondulations dues au froid de l'hiver composé
de plusieurs ondulations diurnes alternatives plus ou moins intenses ,
n'arrivent à la caverne qu'au milieu de l'été suivant. En un mot, si l'on
pouvait en un moment donné , sonder au moyen de thermomètres in-
troduits dans son intérieur, l'axe de la montagne dans toute sa lon-
gueur, il serait possible que ces instruments indiquassent des déviations
alternatives en plus ou en moins de la température moyenne de l'air. ,»
Il est du moins constaté par les expériences faites dans les puits arté-
siens que la température des couches supérieures du sol est plus chaude
en été et plus froide en hiver, que celle des couches qui sont le plus pro-
fondément situées. Ainsi, à partir de ce point stationnaire de chaleur, la
température va régulièrement et graduellement en s'accroissant à me-
sure que l'on descend davantage.
Sans doute c'est bien là le sondage supposé par sir J. Herschel ; mais
il n'a pas démontré les alternatives de bandes chaudes et froides que son
hypothèse devrait faire rencontrer dans le sol. > iit
Du reste il existe un grand nombre de cavernes dans lesquelles le ther-
momètre descend en été fort au-dessous de la température intérieure.
Saussure a particulièrement cité dans ses voyages dans les Alpes les
caves froides de Chiavenne, de Cesi, d'Ischia, de Monte-Testaceo, de
Caprino près du lac de Lugano. Dans cette dernière localité le ther-
momètre était à -}- 2° R, lorsque la température extérieure était à
-|- 21° au même thermomètre de Réaumur. Ces caves peu profondes,
nullement creusées dans la terre, ont leur sol au niveau des terrains
adjacents. Elles sont établies dans un rocher fissuré; il en sort un vent
extrêmement froid, phénomène qui s'est représenté dans plusieurs autres
de ces cavités. >n-r/rtOîr-
La cave d'Hergissvyl près de Lucerne, visitée aussi par de Sanssnre,
contient en été de la neige glacée , le thermomètre extérieur étant à
0 NOTICE GÉOLOGIQUE.
+ 18°,3 R. Ce grand observateur rapporte sur le dire d'autrui qu'il y
gèle aussi en hiver seulement plus tard qu'à l'air libre, mais plus forte-
ment. Saussure attribue ce phénomène à des réservoirs d'air intérieur
qui conservent la température moyenne du sol, ou même une tempé-
rature un peu inférieure. Cet air venant à se dilater^ se refroidit encore
en passant sur des terrains humides où s'opère une grande évaporation
d'eau.
Il existe également une montagne glacée dans les chaînons sub-
ordonnés de la chaîne des monts Cacasson, dans le comté de Hampshire
dans l'état de Virginie en Amérique. Ces montagnes sont composées
de grès en couches perpendiculaires.
La montagne de la Rivière du Nord forme une espèce de muraille
perpendiculaire, contre laquelle est déposé un amas de débris angu-
leux de grès laissant entre eux de nombreux interstices. C'est dans les
cavités de ce talus que la glace se conserve pendant la saison chaude.
M. Hayden visita cette localité au milieu de l'été 1838. La tempéra-
ture de l'air était à l'ombre de 4" 2.8°, 5 R. , mais le thermomètre placé
au haut de la montagne dans une cavité du sol, descendit rapidement
à +3°,9 de Réaumur.
Les rochers ruisselaient d'humidité à leur surface par la condensa-
tion de la vapeur contenue dans l'air, quoique le point de rosée fut
extrêmement bas. Dès que M. Hayden écartait quelques fragments du
rocher de la surface, on trouvait à l'intérieur de la glace solide; une
cavité de trois ou quatre pieds, abritée seulement par des planches mal
jointes , était remplie de neige qui brillait à travers leurs interstices.
.ji,jCette neige, dure, friable, cristalline, ne semblait avoir éprouvé
aucun effet de la température de l'été. Une source qui sortait de la base
de la montagne glacée, ne présentait aucun refroidissement dans ses
eaux, dont la température était semblable à celle des sources du pays ,
c'est-à-dire, de -l-8°,5 à -l-8°,9 R., température moyenne de la con-
trée. Les habitants profitent du pouvoir réfrigérant de la montagne,
pour y placer leurs laiteries et leurs fromages, qui sont entourés de trois
côtés par le sol glacé. Les murailles de ces laiteries sont souvent, pen-
NOTICE GÉOLOGIQUE. «5
dant l'été , incrustées de glace à l'intérieur , et l'on voit pendre du toit
des stalactites de glaçons.
M. Hayden attribue cette propriété réfrigérante uniquement à la na-
ture caverneuse et poreuse de l'amas de grès qui constitue la montagne,
dont l'exposition est d'ailleurs au Nord-Ouest. La glace qui s'y forme
pendant l'hiver , y est préservée contre la chaleur de l'été par la faculté
peu conductrice de la chaleur des roches de la surface.
Il appuie cette explication des faits analogues observés soit dans le
Monte-Testaceo de Rome par Pictet, soit dans le Mont Etna, où la
neige se conserve sous la lave. Si les effets produits dans la montagne
glacée du Hampshire sont aussi considérables , cela est dû aux énormes
dimensions du dépôt des débris qui s'y trouvent accumulés. La couleur
des roches, d'un blanc sale, les rend aussi, par leur pouvoir de réflexion
et de rayonnement, moins susceptibles que d'autres d'absorber de la
chaleur '.
On conçoit dès lors comment les caves de Roquefort ont une tempé-
rature constamment inférieure à la température moyenne du lieu où
elles sont situées. Il suffit en effet qu'elles soient placées au-dessous des
courants d'air qui passent sur des masses de neige congelée ou des amas
de glace , pour qu'une pareille circonstance s'y montre d'une manière
à peu près continue. Elle doit s'y maintenir, si comme à Roquefort,
la chaleur de l'été ne fait pas fondre les glaces accumulées dans l'inté-
rieur des roches auprès desquelles sont placées les caves à fromages.
D'autres causes viennent s'ajouter à celles-ci pour donner à ces lieux
une basse température; mais ces causes sont moins efficaces que celles
dont nous venons de donner une idée. Parmi ces effets secondaires, on
peut signaler la grande saillie ainsi que l'élévation des rochers aux pieds
desquels sont situées les caves de la fameuse rue de Roquefort. Le soleil
éclaire seulement pendant quelques instants de la journée, du moins en
hiver, les murailles extérieures qui les ferment. Le rocher isolé et très-
élevé placé à l'extrémité méridionale du village , empêche également les
' Americ. Joum, ofscienc, jnillet 1843. "•' ' "' ' ' " '--— i --
JH NOTICE GÉOLOGIQUE.
rayons du soleil d'échauffer les murailles de l'enceinte de ces cavités,
et par suite d'en élever la température. C'est principalement sur les
caves dites Delmas, que ce rocher projette son ombre. Celles-ci,
les plus fraîches de toutes , sont aussi regardées dans le pays comme les
meilleures, c'est-à-dire, celles d'où sortent les fromages du goût le plus
exquis, et qui se conservent le plus longtemps.
En observant avec soin la température de l'air extérieur à l'ombre,
le 22 mars 1835, jour auquel nous avons visité les caves de Roquefort,
nous l'avons trouvé de -f- 8° R. {-{- 10. c. ), tandis que celle des
caves Delmas était seulement de -1- 5° R. (+ 6° 25 cent.) '. Quanta la
température des caves Laumière, la plus faible que nous y avons obser-
vée a été de plus + 6°, 20 R. ( -j- 7°,80 c). Cette dernière, quoique
plus rapprochée de la température de l'air extérieur, était pourtant à
cette époque sensiblement au-dessous ; mais elle était bien supérieure
à celle des caves Delmas.
Tf^Ces faits semblent annoncer l'influence qu'exerce la position des
caves sur leur température ; du moins les plus rapprochées du courant
d'air extérieur, dont nous venons de parler, qui offrent en même temps
le plus de fissures dans leur intérieur, et qui sont les plus abritées des
rayons du soleil, sont aussi les plus froides et celles où se fabriquent les
fromages de la meilleure qualité. Si nous devions ajouter foi aux obser-
vations de M. Laumière, que nous avons extraites de ses registres, des
différences plus considérables que celles que nous avons signalées exis-
teraient entre la température des bonnes caves de Roquefort, et celle
des autres caves de ce village. Ainsi , d'après M. Laumière, l'air de cette
rue aurait eu le 19 août 1827, une température de + 16" R. (+ 20° c),
tandis qu'à la même époque celle des caves aurait varié entre -|- 3° et
-F 4° R. (+ 3'',75 et 5° c), c'est-à-dire, qu'elle était de -1-6° R. (7°,5 c.)
inférieure à celle de l'air extérieur.
* On sera peut-être étonné de voir que nous avons indiqué les deux termes des thermomètres
de Réaumur et centigrade. Nous avons suivi cette marche afin de rendre nos observations plus
faciles à être saisies par les fabricants de Roquefort, qui font uniquement usage du premier de
ces thermomètres, et des savants, qui ne se servent que du second.
NOTICE GÉOLOGIQUE. 65
Quant aux autres caves de Roquefort , situées assez loin de la fameuse
rue, la température la plus basse observée dans celle dite de Pomarède,
aurait été supérieure à celle du vestibule des premières : cette dernière
étant égale à + 1 1° R. ( -|- 13o,75 c), tandis qu'à la même époque, la
cave dite de Molinier, avait + l4o R. (+ 17** c), chaleur pourtant
encore inférieure à celle de l'air extérieur de + 2° R. (+ 2",5 c.)
Ces faits peuvent nous faire concevoir , pourquoi les tentatives exécu-
tées jusqu'à ce jour pour obtenir des caves aussi favorables à la prépa-
ration des fromages que le sont celles de Roquefort , ont été généra-
lement infructueuses. Sans doute ces caves ont été généralement
construites, dans des lieux profonds et abrités des rayons du soleil ; mais
ce que l'on n'a pas même tenté de leur donner, c'est la basse tempéra-
ture dont jouissent les premières, et qui en fait tout le mérite. On y par-
viendrait, ce semble, en plaçant auprès d'elles des glacières artificielles,
disposées de manière à y introduire des courants continuels d'air froid
analogues à ceux qui pénètrent dans les bonnes caves de Roquefort par
les nombreuses fissures des rochers au pied desquels elles sont pla-
cées '.
Quant à ces cavités considérées en elles-mêmes, elles sont loin d'être
grandes et spacieuses comme l'on serait tenté de le supposer, en pen-
sant aux prix excessifs auxquels se vendent celles delà fameuse rue. Ainsi,
celles de M. Delmas ont coûté 215,000 francs au négociant qui les pos-
sède aujourd'hui ; quoique certainement elles n'aient pas nécessité une
dépense de 12,000 francs. En effet, elles sont fort petites, fort étroites
et fort sales. Divisées de bas en haut par des planches destinées à rece-
voir les fromages, elles ont aussi plusieurs étages. Cène sont donc point
de vastes grottes souterraines ni des cavités plus ou moins spacieuses,
* Deux conditions semblent nécessaires pour la bonne préparation des fromages de Roquefort ;
si, pour les obtenir, on plaçait auprès des caves des glacières artificielles, il faudrait prendre
quelques précautions. On pourrait, par exemple, faire passer les courants d'air dans des tuyaux parti-
culiers. De cette manière on abaisserait moins promptement la température des caves, et l'on ob-
tiendrait l'avantage de n'introduire que des courants d'air à la fois secs et froids , double cir-
constance qui semble indispensable à ce genre de fabrication. Il serait également avantageux
d'amener dans ces galeries des courants dont la température primordiale fût la plus basse possible.
ToM. XVIII. 9
m NOTICE GÉOLOGIQUE.
pratiquées au-dessous du sol, mais de simples et modestes bâtisses ados-
sées au rocher, dont les soupiraux y entretiennent une étonnante fraî-
cheur. Ce qui leur donne un si grand prix n'est point leur vaste étendue
ni leur élévation . mais leur basse température ; en un mot, ce que l'on
achète réellement, ce sont les courants d'air froid que leur position y
entretient à peu près constamment. Sans doute l'absence de toute lu-
mière et d'une communication directe avec l'air extérieur, peut bien y
maintenir une basse température; mais ces circonstances ne sauraient
la produire ni la déterminer.
Il paraît donc que l'on doit attribuer la bonté des fromages de Roque-
fort aux courants d'air froid que les fissures entraînent sans cesse dans
les caves ; car leur basse température ne peut dépendre de leur enfonce-
ment au-dessous du sol ou de leur profondeur, leur niveau le plus infé-
rieur étant égal à celui de la rue dans laquelle elles sont placées. La
manipulation n'y est peut-être pas non plus sans quelque influence ; il
en est probablement de même de la qualité de lait de brebis qui sert
à les confectionner. D'après les plus habiles manipulateurs de Roque-
fort, le lait le meilleur serait celui de deux fermes assez rapprochées de
ce village nommées le Mas et le Busquet; d'après eux, ce lait trans-
porté dans les bonnes caves de Roquefort, donnerait les meilleurs fro-
mages.
On nous pardonnera sans doute une aussi longue digression à rai-
son de l'intérêt que présente le phénomène qui , après avoir occupé la
sagacité de Chaptal, a aussi attiré l'attention de M. Giron de Buzarein-
gues, physicien aussi distingué qu'agronome habile '. Chaptal avait
porté principalement son attention sur la préparation des fromages de
Roquefort, il avait même indiqué plusieurs améliorations à apporter
dans leur fabrication. Nous ignorons si elles ont eu lieu, les caves ne
recelant pas la moindre trace de fromages à l'époque où nous les avons
visitées \
* Voyez son mémoire sur les caves de Roquefort; Annales de Chimie, t. LXV, p. 362.
* Annales de Chimie, t. III, p. 31.
NOTICE GÉOLOGIQUE. $9
Da reste , d'après le célèbre chimiste de Montpellier comme d'a-
près nous, la fraîcheur des caves dépendrait des courants d'air apportés
par les fissures; aussi Chaptal observe-t-il que le jour où il les vi-
sita, le thermomètre, qui à l'ombre et à l'air extérieur, se maintenait
à -f- 23" R., descendit à + 4*' R. après un quart d'heure d'exposition
dans le voisinage d'une de ces fissures. D'après lui , la température de
ces caves serait très- variable , soit à raison de leur exposition et de
la chaleur de l'atmosphère , soit enfin à cause de la nature et de la
direction du vent régnant. [1 lui a paru enfin que , plus l'air extérieur
était chaud, plus les caves étaient froides, parce qu'alors le courant
était plus fort. Il a encore admis que le vent du Sud en favorisait sin-
gulièrement la fraîcheur, et l'on pourra juger, d'après ce que nous
avons fait observer^ si cette supposition de Chaptal peut réellement
être admise.
Telles sont les principales observations que ce chimiste a faites sur
ces cavités; ces observations sont loin, ainsi que celles qui leur ont suc-
cédé , d'avoir résolu une question qui mérite à la fois l'attention du na-
turaliste et du physicien. Puissions-nous avoir été plus heureux que
les observateurs qui nous ont précédé dans l'explication du singulier
phénomène que présentent les caves de Roquefort.
c. Du mercure natif de l'Aveyron. — On a fait récemment grand
bruit d'une mine de mercure découverte à ce que l'on assurait dans
les environs de Roquefort et de Tournemire ; nous ne pouvons nous
empêcher d'en dire quelques mots, d'autant que si elle avait été réelle,
elle aurait eu la plus grande importance.
Tout ce qu'il y a de certain à cet égard, c'est que des personnes dignes
de foi ont recueilli quelques gouttelettes de mercure dans les fossés
creusés dans les marnes liassiques de Roquefort et de Tournemire. Des
faits pareils ont été généralement signalés depuis longtemps. Ils sont
consignés dans l'histoire du Rouergue de Bosc. Cet historien rapporte,
sur le témoignage du nommé Thévet, qui écrivait en 1579, qu'à un vil-
lage nommé le Minier près Montjoux,on avait vu découler d'un rocher
m NOTICE GÉOLOGIQUE.
une grande quantité d'argent vif. Cet écoulement avait eu lieu après
un éboulement; il fut si considérable que l'on pouvait comparer le
bruit qu'il produisit à celui que les torrents font en s'écoulant dans
la rivière du Tarn. Cet énoncé du dire de Thévet suffit pour faire ju-
ger du peu de croyance qu'il mérite. J jito t-
Il en est de même des exagérations débitées dans ces derniers temps,
au sujet des prétendues mines trouvées dans les environs de Belmont
et de S'-Paul-des-Fonts. Les ingénieurs des raines qui, depuis ces
pompeuses annonces, se sont transportés sur les lieux, n'ont pas pu
observer la moindre gouttelette de mercure, ni même remonter jus-
qu'aux auteurs de cette découverte. Il en a été de même lorsqu'on a
voulu s'assurer de la présence du cinabre dans cette même localité. Ces
ingénieurs n'ont pas pu en reconnaître la moindre trace.
Ils ont seulement constaté que l'on a vu autrefois s'échapper à de
très-rares intervalles des marnes bitumineuses liassiques, dont est formé
le sol des petites vallées de Tournemire, de Roquefort, de S'-Paul-
des-Fonts et de Belmont, de petites quantités de mercure natif.
La présence de ce métal dans les marnes liassiques de ces localités
ne serait pas cependant bien extraordinaire, puisque le cinabre est
exploité à Dria dans les schistes bitumineux qui préludent au calcaire
pénéen. Mais les conditions de ces divers gisements sont complètement
différentes. Ainsi à Belmont le lias repose sur le grès bigarré, et les ter-
rains au nord de ce village appartiennent pour la plupart aux schistes
primitifs et aux gneiss ; tandis qu'au sud dominent les formations de
transition. ijt>iu£iq« iit^q fjmov
En thèse générale, le gîte ordinaire dès minerais de mercure est
dans les dépôts qui commencent la série des terrains secondaires. Les
mines les plus riches de ce métal sont ouvertes dans les terrains du
groupe carbonifère, et surtout dans le grès rouge, où il se trouve en
amas. On le rencontre quelquefois dans les terrains plus anciens, comme
à Âlmaden, ou dans des formations plus récentes, comme sont les gîtes
de la Carniole ou du Pérou.
vii'Ce n'est pas une raison pour qu'on n'en découvre pas dans des cou-
NOTICE GÉOLOGIQUE. M
ches d'un âge plus récent, puisque nous avons trouvé dans les environs
de Montpellier des quantités très-notables de mercure natif, ainsi que
de petits cristaux de calomel. Ces gouttelettes métalliques, disséminées
sur des espaces souvent assez étendus, ne s'y rencontrent que parce que
sublimées et vaporisées, elles ont traversé tous les terrains pour arriver
presque jusqu'au sol le plus superficiel.
L'argent vif, ainsi sublimé à Montpellier et dans les diverses localités
de l'Aveyron que nous avons déjà citées, ne peut jamais être utilisé, et
les gîtes qui le renferment ne sauraient être assimilés à de véritables
mines. Du reste, en supposant que la quantité que l'on pourrait en re-
cueillir en Aveyron fût phis considérable que celle qui a été rencontrée
à Montpellier, elle ne pourrait jamais permettre une exploitation ré-
gulière et profitable. Les globules de mercure y sont trop divisés et
disséminés à des intervalles trop considérables les uns des autres, pour
pouvoir être recueillis avec avantage.
On doit donc renoncer à toute idée de recherches dans les terrains
tertiaires des environs de Montpellier, quelque facilité qu'ils puissent
présenter aux fouilles. Ce que nous avons fait à leur égard, les indus-
triels nous imiteront sans doute en ce qui concerne ceux de l'Aveyron.
On doit d'autant moins tenter aucun genre d'exploitation dans ce der-
nier département, que le mercure natif parait y être en quantité moins
considérable qu'à Montpellier.
Les grands travaux entrepris de toutes parts pour les chemins de fer
de Cette et de Nîmes, viennent de prouver combien ce métal, accumulé
quelquefois sur des points peu spacieux, est rare dans les terrains qui le
recèlent, lorsqu'on les fouille sur une grande échelle. Il en serait tout
autrement si l'on venait à le découvrir avec le sulfure de mercure ou
avec d'autres minerais du même genre.
Il est difficile de l'espérer dans les terrains sub-apennins des envi-
rons de Montpellier, et même dans les formations liassiques de l'Aveyron.
Toutefois la présence du mercure , ainsi volatilisé dans les formations
peu anciennes, est une circonstance que la science doit enregistrer dans
ses annales ; mais quelque intérêt qu'elle puisse avoir pour l'histoire
i6 NOTICE GÉOLOGIQUE.
physique du globe, on ne doit pas perdre de vue qu'elle est sans impor-
tance pour les arts et l'industrie.
d. De la désignation vulgaire des plateaux calcaires. — Les pla-
teaux calcaires , soit qu'ils aient l'étendue du Larzac , ce qui du reste
est fort rare , soit gue cette étendue soit moins considérable, sont géné-
ralement désignés dans le midi de la France sous le nom de causses;
cette dénomination de causses qu'on leur donne paraît dériver du mot
caou, qui dans l'idiome méridional veut dire chaux; on entend donc par
causse un pays à chaux.
Du reste lorsque dans les contrées méridionales, comme l'Aveyron et
les Cévennes, il n'existe que deux ou trois grandes formations , on peut
par la connaissance de la culture qui y est suivie, arriver jusqu'à celle
de la nature générale du sol. Ainsi en Aveyron, les grands pâturages,
ceux qui fournissent un pacage succulent pendant tout le temps de
l'année où la neige ne recouvre pas le sol , sont établis dans les forma-
tions volcaniques. La nourriture abondante que trouvent les gros bes-
tiaux dans ces gras pâturages , y a donné lieu à l'établissement d'une
industrie particulière , celle de la fabrication des fromages, et par suite,
à la construction des burons où ceux-ci se préparent. Il existe bien de
pareils établissements dans les pays calcaires, et, par exemple, sur le
Larzac dont nous venons de parler; mais les excellents fromages de
Roquefort que l'on y prépare , ne sont plus faits avec du lait de vache ;
on se sert uniquement , pour leur confection , du lait de brebis. Or, les
menus bestiaux ne sont pas ceux que l'on élève au milieu des prairies
verdoyantes des terrains volcaniques des environs de Laguiolle et d'Au-
brac. L'on n'y voit guère que des bœufs , des vaches et des veaux. Le
menu bétail prospère seul au milieu des pâturages secs et arides du sol
calcaire qui forme le plateau du Larzac ; c'est ce bétail auquel nous
devons les fromages de Roquefort '.
?Jl*^ Les bêtes à laine du Larzac rappellent par leurs formes la race mérinos , et paraîtraient en
quelque sorte en être descendues. L'ampleur de leurs mamelles est une suite de la puissance d'im-
pulsion à laquelle on soumet ces animaux.
NOTICE GÉOLOGIQUE. U
Des pâturages aussi excellents et aussi gras n'existent dans aucune
partie des Cévennes , à la même hauteur que dans les environs d'Au-
brac, de Laguiolle et d'Espalion; peut-être cela tient-il à ce que les
formations volcaniques ne s'y montrent nulle part. Ce qu'il y a de cer-
tain, c'est que les grands pâturages des Cévennes ne fournissent pas une
nourriture assez abondante pour les gros bestiaux ; ils sont seulement
suftisants à l'entretiendu menu bétail. Dès lors, les cavernes y étant d'un
autre côté assez rares , on ne trouve aucun buron ni aucun établisse-
ment destiné à la fabrication des fromages dans toutes les Cévennes.
Quant aux terrains primitifs soit granitiques, soit schisteux, la culture
ne peut en profiter que pour le seigle, le blé sarrasin et le châtaignier.
Le blé, la vigne, caractérisent avec le noyer et le mûrier, du moins dans
certaines localités, les terrains calcaires. En effet, ces deux cultures ne
réussissent point ailleurs aussi bien que dans ces terrains, soit en Avey-
ron , soit dans les Cévennes.
Si l'espèce ou le genre de culture permet de distinguer la nature du
sol, il en est de même des forêts. Les bois d'érables et de chênes
accompagnés des buis, se montrent à peu près constamment dans les
terrains calcaires, tandis que ceux composés de hêtres ou de fayards
et de châtaigniers , existent principalement dans les terrains pri-
mitifs, soit schisteux, soit granitiques, surtout dans les derniers ter-
rains.
Les formations calcaires , et sous ce nom nous comprenons unique-
ment les formations secondaires, occupent au moins le tiers du dépar-
tement de l'Aveyron. Nous disons au moins le tiers de la surface de ce
département , car il est fort diflicile d'évaluer rigoureusement l'étendue
occupée par celte nature de sol. En effet, souvent ce genre de terrain
n'est masqué que par les formations qui s'élèvent à des hauteurs plus
considérables. On le voit parfois reparaître à la vérité dans les bas-fonds,
ou même sur de grandes élévations, ainsi qu'on l'observe lorsqu'on
parvient au-dessus de la rive droite du Lot. C'est surtout à la base des
terrains schisteux et granitiques, qui servent d'appui aux formations
volcaniques qui composent les montagnes de S*-Chély d'Aubrac, de
Tgl NOTICE GÉOLOGIQUE.
Laguiolle, de Lacalm et de Terondels, que ces formations prennent
un grand développement.
En effet, les terrains calcaires commencent vers le Sud, bien au delà
des limites de ce département, et s'étendent sans interruption vers le
Nord jusques au delà de S'-Germain.
De ce point , ces terrains se prolongent à l'Ouest, occupant la plus
grande partie de l'arrondissement de S'-Afrique. On les voit reparaître
au-dessous de Rodez, se prolongeant à la fois vers S*-Geniez, au Nord,
vers Espalion, et à l'Ouest, jusqu'au delà de Marcillac. Les mêmes
formations se montrent de nouveau près Rignac , dès que l'on a passé
le torrent de l'Âlzon, sur lequel est construit le pont de la Monnaie. De
ce point, ces formations parviennent vers le Nord jusqu'à la frontière du
département du Cantal. Elles occupent ensuite tout l'arrondissement de
Ville-Franche , à l'exception du canton de Rieupeyroux et d'une partie
de celui deNajac. Ainsi les formations calcaires enveloppent de toutes
parts le département de l'Aveyron , tandis que les terrains primitifs le
traversent dans la seule direction du Nord au Sud , sauf néanmoins la
partie calcaire, qui forme pour ainsi dire un barrement marqué dans
toute sa largeur, c'est-à-dire de l'Est à l'Ouest.
Les limites que nous venons d'assigner aux terrains calcaires peu-
vent donner une idée du grand développement qu'ont acquis dans
l'Aveyron ces formations , et du genre de culture qui y a pris le plus
d'extension; car, ainsi que nous l'avons déjà fait observer, la nature du
terrain a déterminé l'espèce de culture qui pouvait s'accommoder avec
cette même nature du sol.
Les sommets des montagnes calcaires se présentent peu en Aveyron
avec des couches tellement décomposées , que leur cime ressemble à
de vieux édifices tombant en ruines. De pareilles couches ruiniformes
ne s'y voient guère que sur le plateau du Larzac et sur les sommets des
monts calcaires des environs de Millau. En général , les croupes et les
sommets des montagnes calcaires y sont trop arrondis pour présenter
cette disposition. On peut facilement s'en convaincre en jetant les yeux
sur les montagnes calcaires des environs de Rodez et de Ville-Franche.
NOTICE GÉOLOGIQUE. 3f5^
i'<Lcs ibrmatioiis calcaires de l'Avejron offrent peu de minéraux. On
n'y trouve guère, en effet, que du peroxyde de fer hydraté, soit massif,
soit en grains, et le plomb sulfuré : ce dernier minéral y est du reste
fort rare. Quant à l'arkose, genre de roche qui se rencontre assez fré-
quemment dans le département de l'Âveyron, et par exemple dans les
environs de Cassagnètes, près de Rodez, et dans ceux de Ville-Franche,
elle y occupe une assez grande étendue. Elle est parfois traversée par de
beaux fdons de quarz et de feldspath. Dans certaines localités , comme
par exemple, dans les environs de Flavin , les arkoses se montrent liées
à des mimophyres quarzeux, lesquels se rattachent aux terrains primi-
tifs. Il est possible même que la plupart des arkoses de l'Aveyron se
rapportent à la partie la plus supérieure des terrains primordiaux ; ce
qui est surtout évident pour celles des environs de Flavin.
Quant aux formations oolithiques de ce département, elles sont essen-
tiellement calcaires ou marneuses. Etudiées dans leur structure en
grand, on les voit composer à la fois des pics isolés plus ou moins éle-
vés, ou s'étendre en monts assez continués pour être couronnés de pla-
teaux étendus. Ces plateaux sont loin cependant d'acquérir jamais la
grandeur et Timportance des plateaux jurassiques dont celui du Larzac
est le plus considérable. Le terrain oolithique présente du reste le même
genre de culture que les autres terrains calcaires; la vigne y prospère
du moins aussi bien qu'ailleurs, lorsque l'exposition du sol lui est favo-
rable. Ce n'est pourtant que sur les revers exposés au Sud que la culture
de la vigne donne en Aveyron des résultats utiles, et cela soit dans le
calcaire, soit dans les grès bigarrés. On ne tente jamais ce genre de
culture dans les terrains primitifs , quelle que soit d'ailleurs leur ex-
position.
4° FORMATIONS VOLCAmQCES.
Les formations volcaniques se montrent à peu près restreintes à lu
partie septentrionale de ce département; elles y occupent la plus grande
partie du nord et du nord-est de l'arrondissement d'Espalion. Ces for-
Ton. XVIII. 10
U NOTICE GÉOLOGIQUE.
mations se lient avec celles du Cantal et de la Lozère , qui elles-mêmes
sejoignent à celles du Vélay. Les montagnes d'Aubrac les montrent les
plus pures ou les moins rapprochées d'autres roches. Les terrains vol-
caniques composent la masse de cette chaîne à peu près complètement;
peut-être les monts d'Aubrac doivent- ils à cette circonstance leur
grande fertilité.
Les mêmes terrains sont aussi fort développés au nord du départe-
ment , principalement vers le mur de Barrés. Ils y sont accompagnés
par des roches de calcaire d'eau douce compacte , caractérisé par des
lymnées et quelquefois par des phanorbes. Ces calcaires deviennentpar-
fois siliceux , mais comme ceux des environs d'Aurillac et du Cantal,
ils se montrent constamment inférieurs aux laves , ainsi qu'aux autres
couches ou formations volcaniques, ce qui permet d'établir l'âge de ces
dernières formations.
Les roches que l'on observe au milieu de ces terrains sont :
1° Les laves basaltiques compactes, plus ou moins chargées de péri-
dot, d'amphibole ou de pyroxène. Elles se présentent quelquefois en co-
lonnes prismatiques, accolées et superposées les unes aux autres. On
peut citer comme exemple les prismes basaltiques de Laguiolle, les-
quels sont superposés immédiatement sur les roches granitiques ;
2° Les laves scoriacées plus ou moins boursouflées, dont les cavités
sont parfois tapissées d'une poussière toute particulière, noirâtre ou d'un
jaune d'or;
3° Les Irachytes grisâtres avec feldspath vitreux à très-petits grains;
A° Les trachytes rougeâtres dont le feldspath est moins distinct;
5° Les trachytes compactes d'un gris verdâtre , avec quelques cris-
taux de feldspath vitreux disséminés, et de nombreuses aiguilles d'am-
phibole noirâtre. Ces aiguilles, d'un noir vif, sont déliées, très-fines et
très-brillantes. Ces trachytes se distinguent essentiellement des premiers
parleur compacité et leur dureté; cependant ils semblent avoir éprouvé
une fusion plus complète. Ils sont également plus âpres et plus rudes au
toucher, quoique leur tissu soit tout à fait compacte, sans vacuoles ni
cellules:
NOTICE GÉOLOGIQUE. 75
6*> Les leucoâtines compactes , dans lesquelles l'on voit des crîslaùx
de feldspath à peine distincts ;
1° Les leiicostines porphyroïdesàpàtesub-lamellaire etsub-vitreuse,
d'un noir vif, avec de nombreux cristaux de feldspath vitreux générale-
ment d'une petite dimension.
Enfin ces formations volcaniques offrent souvent des laves noirâtres,
quelquefois tellement altérées et décomposées , qu'on les a prises pour
des pouzzolanes , dont elles ont du reste toutes les propriétés. Les plus
supérieures de ces laves semblent le résultat des éruptions boueuses ;
leur peu d'adhérence et leur facile et prompte décomposition le font du
moins présumer.
Les montagnes volcaniques de l'Aveyron n'offrent jamais de cavités
qui , par leur disposition générale, puissent rappeler l'existence d'an-
ciens cratères. Elles présentent également peu l'aspect de pitons , aussi
offrent-elles fort rarement la forme conique, qui en général distingue
cet ordre de terrain. Elles affectent tout au plus cette disposition lors-
qu'elles sont composées de laves prismatiques , comme par exemple ,
les monts des environs de LaguioUe ; lorsqu'au contraire ces montagnes
sont formées de laves compactes ou scoriacées , ou enfin de trachytes ,
leurs contours sont arrondis et leurs formes très-ondulées. Alors une
pelouse rase et unie les recouvre en grande partie, et le pâturage
qu'elles fournissent est excellent pour les gros bestiaux. Telles sont les
montagnes d'Aubrac, remarquables par leur uniformité, la pelouse
verdoyante qui les recouvre, leurs lignes ondulées et adoucies, et leurs
contours singulièrement arrondis. Les gros bestiaux abondent sur ces
montagnes ; ce n'est que dans les points les plus secs et les plus arides ,
vers la Lozère, du côté de Marnejols, que l'on élève un assez grand
nombre du même bétail.
Les montagnes d'Aubrac offrent également sur leurs sommets des
bassins plus ou moins étendus. Les eaux se sont réunies dans ces bas-
sins et y ont formé des lacs plus ou moins considérables; tels sont les
lacs d'Aubrac, au nombre de quatre fort rapprochés les uns des autres ;
parmi eux, celui de S^-Andéol est le plus étendu, tandis que le lac de
fe NOTICE GÉOLOGIQUE.
Borre est au contraire le plus petit. Des traditions locales, reproduites
dans le travail de M. de Gaujal sur les antiquités du Rouergue, sem-
bleraient annoncer que ces lacs, dont la profondeur est cependant assez
grande, ont éprouvé à de certaines époques des crues d'eau assez fortes
pour renverser de petites chapelles bâties dans les lies qui s'élevaient
jadis au-dessus du niveau de leurs eaux.
Ce qu'il y a de certain, c'est que l'on ne voit plus aujourd'hui la
moindre trace de ces îles dans le lac de S^-Andéol, où les traditions les
placent pourtant. Les autres lacs d'Âubrac, connus sous les noms de
Souverols et de Salliens, sont traversés et probablement alimentés par
la petite rivière de la Garde. Ceux-ci, situés au nord-est du village d'Au-
brac, se montrent plus rapprochés de ce village que les lacs de S*-Ân-
déol et de Borre, qui se trouvent vers le sud-est. Du reste, la tempé-
rature des sources que l'on observe sur les montagnes d'Aubrac , se
maintient à peu près constamment entre 4- 6'' ou -[- 7° au-dessus de
zéro ; ce qui peut donner une idée de la température moyenne de ces
montagnes, les plus élevées du département de l'Aveyron.
La plus grande étendue des monts d'Aubrac est du nord-est au sud ;
par conséquent leur étendue la moins considérable est de l'est à l'ouest.
Elles ont dans la première direction jusqu'à huit ou neuf lieues d'éten-
due j tandis que cette même étendue n'a guère plus, dans la seconde
de ces directions, de quatre à cinq lieues. L'aspect de cette petite
chaîne est infiniment gracieux, quoique monotone, par suite de l'u-
niformité que présentent les beaux pâturages qui les recouvrent. Aussi
est-il fort difficile de retrouver son chemin lorsqu'on les parcourt, rien
ne pouvant vous guider.
De grandes forêts existent également sur les montagnes volcaniques
de l'Aveyron. Parmi ces forêts , on peut signaler celles d'Aubrac et de
Laguiolle, qui se font remarquer par la beauté des hêtres qui les compo-
sent. On y a planté également quelques sapins, qui paraissent y avoir
assez bien réussi ; quant aux bouleaux, on ne les voit guère en certaine
quantité que dans un seul des bois de ces montagnes. Les chênes y
sont également peu abondants. ''^J
NOTICE GÉOLOGIQUE. ,77:
Il est assez difficile de fixer l'âge des différentes formations volcani-
ques de l'Aveyron. Seulement, pour celles des environs du mur de
Barrés , comme elles se montrent constamment supérieures ou super-
posées aux terrains d'eau douce , leur épanchement doit avoir été pos-
térieur au dépôt de ces terrains. Les formations de LaguioUe et d'Au-
brac s'appuient immédiatement sur les roches granitiques, et ne sont
recouvertes par aucune autre roche propre à permettre d'en fixer l'o-
rigine. Il n'est donc guère possible d'évaluer l'époque à laquelle elles
ont été épanchées ou soulevées. Cependant tout fait présumer qu'elles
sont tout au moins aussi modernes, si ce n'est plus jeunes, que les for-
mations volcaniques. Du reste , la liaison de ces derniers terrains avec
les terrains d'eau douce est tout aussi remarquable en Aveyron que
dans tout le plateau central de la France et les volcans éteints duniidi
de cette contrée. [ ;.;,
-«Nous verrons plus tard quelle influence un parail fait qui est général
peut avoir sur l'explication des phénomènes qui ont accompagné les
anciennes éruptions ou soulèvements volcaniques.
5° FORHUTIONS TERTUmES ÉMERGÉES.
Les terrains tertiaires se montrent à peine dans le département de
l'Aveyron; ils y sont bornés à quelques lambeaux de calcaire d'eau
douce , peu étendus et très-circonscrits dans ce département. Les ter-
rains tertiaires émergés ne prennent en effet un grand développement
que dans le Cantal et le Puy-de-Dôme. Les principales localités de l'A-
veyron où l'on ait reconnu ces formations, sont les environs d'Aubin et
ceux du mur de Barrés , où ces roches se montrent liées aux terrains
volcaniques, et enfin auprès de Varens, où l'on avait supposé qu'elles
étaient liées au grès bigarré. Dans la seconde de ces localités , les cal-
caires d'eau douce sont en général plus compactes et plus siliceux que
dans la première. Desplanorbes et surtout des lymnées caractérisent à
peu près partout ces roches essentiellement émergée^. _, ,, . ;^„„,.4iî> /
m NOTICE GÉOLOGIQUE.
Telles sont les seules traces de la présence en Aveyron des terrains
tertiaires qui y sont réduits aux seules formations émergées de cette
période. En effet, l'on n'observe pas plus de terrain tertiaire marin
dans cette contrée que dans le Cantal , l'Auvergne , le Vélay , la Lozère ,
et en un mot, dans tout le plateau central de la France. La cause de
cette absence de toute formation marine de la période tertiaire , tient
probablement à ce que, par suite de l'exhaussement du sol du plateau
du milieu de la France , les mers l'avaient abandonné lorsqu'elles re-
couvraient encore des contrées moins exhaussées ; les mers se sont enfin
retirées de ces dernières , lorsque le soulèvement des terrains tertiaires
en ayant singulièrement exhaussé le niveau, elles sont rentrées dans les
bassins qu'elles occupent aujourd'hui.
Quant aux terrains d'eau douce tertiaires des environs de Varens , ils
sont liés à des dépôts gypseux assez abondants. Les couches d'eau
douce y occupent un espace fort considérable, et sont très-bien carac-
térisées. Elles surmontent d'une manière immédiate le lias qui les en-
toure, et semblent avoir été déposées dans le fond d'un lac; du moins
les bassins où on les observe offrent assez la disposition particulière aux
lieux qui renferment de grands amas d'eaux lacustres.
Les calcaires d'eau douce de S^-Jrest,, dans le canton de Villeneuve ,
arrondissement de Ville-Franche, s'y montrent mélangés avec des
marnes calcaires blanchâtres sans fossiles, lesquelles ne sont remar-
quables que par leurs analogies avec celles qui accompagnent les ma-
gnésites de Salinelles ( Gard) : on sait que ces magnésites appartiennent
aux formations tertiaires d'eau douce. Il serait donc curieux de s'assurer
si l'on ne pourrait pas parvenir à en découvrir dans le canton de S^-Jrest,
où existent également les formations d'eau douce.
Enfin, les calcaires remplis de tubulures ou qui se montrent percés
par des cavités plus ou moins profondes et plus ou moins régulières ,
que l'on voit à S^-Santin, canton d'Aubin, arrondissement de Ville-
Franche , ne peuvent être sujets à la moindre incertitude sur leur ori-
gine. Les fossiles qu'ils renferment la lèveraient totalement, s'il pouvait
y en avoir : ce sont en effet uniqueinent des lymnées et des paludines.
NOTICE GÉOLOGIQUE, m
Telles sont les seules localités de l'Aveyron où l'on ait aperçu jusqu'à
présent des terrains tertiaires émergés. Ces terrains n'y ont jamais une
grande étendue , ni par conséquent une véritable importance.
6° FORMATIONS QDA.TERNAIRES.
Nous avons déjà fait remarquer combien les terrains quaternaires
stratifiés étaient restreints en Âveyron. Il n'en est pas de même des dé-
pôts de ces terrains , qui ne se montrent jamais en couches distinctes
et régulières, tels que les terrains d'alluvion anciens, plus connus sous
le nom de dépôts diluviens ou diluvium. Ceux-ci occupent, au con-
traire, des espaces plus étendus, recouvrant ainsi par intervalle des
terrains de plusieurs lieues.
Nous nous occuperons d'abord des terrains quaternaires stratifiés ,
et nous terminerons cet aperçu par l'indication des localités où les dé-
pôts diluviens ont été reconnus. Quant aux premiers de ces terrains,
extrêmement bornés et circonscrits , ils ne se montrent guère que dans
le fond de quelques vallées ou de quelques petits bassins. Ces formations
se composent de calcaires sédiraentaires , sorte de travertins dans les-
quels l'on voit des empreintes végétales , analogues aux espèces qui vi-
vent encore aujourd'hui. Les tiges, ou pour mieux dire leurs moules,
y sont plus abondantes que les autres parties. On y voit également de
nombreuses empreintes de feuilles, qui pour la plupart se rapportent
à des végétaux dicotylédons.
Ces travertins renferment des coquilles fluviatiles et terrestres plus
ou moins altérées ; quelques-unes offrent encore en partie leurs cou-
leurs. Les espèces que l'on y observe le plus fréquemment sont les Lym-
neus palustris et aurictilarius ^ ainsi que les Planorbis carinaius et
marginatus. Parmi les coquilles terrestres, on y distingue le Cyclostoma
elegans, les Helùv nemoralis, semi-mfa etstriata, espèces dont les ana-
logues vivent encore sur le sol , où on les rencontre à l'état humatile.
Des sables d'eau douce et des calcaires compactes accompagnent ces
tfl NOTICE GÉOLOGIQUE.
travertins ou sont liés avec eux, de manière à indiquer qu'ils appartien-
nent à une seule et même formation.
^sJLes terrains quaternaires stratifiés se montrent constamment , ainsi
que nous l'avons déjà fait observer, dans le bas des vallées et dans le
voisinage des sources. Ils ne constituent nulle part des formations un
peu étendues, occupant à peine des surfaces d'une demi-lieue. Ils ne
composent donc pas à eux seuls la moindre colline ni le plus petit
piton , et n'ont par cela même aucune importance géologique. Indif-
féremment superposés sur toutes les formations, ces terrains, les plus
récents de tous ceux qui montrent quelques indices de stratification,
sont généralement indépendants.
On les rencontre dans les principales vallées du département de
l'Âveyron. Ainsi, parmi les localités où ils ont été observés, nous cite-
rons d'abord la vallée de la Salles , près le village de SalIes-la-Source,
dans les environs de Rodez , et en second lieu , le vallon du Dourdou ,
près Bozouls , entre Rodez et Espalion. Ces mêmes terrains se rencon-
trent encore dans la vallée de l'Aveyron, près de Ville-Franche, notam-
ment près du ruisseau de la Bastide; à Capderac, à peu de distance du
moulin de la Barre, ainsi qu'au-dessous du château d'Orthonac, tou-
jours dans la même vallée. Us se présentent également dans celles de
l'Ariége, près Salles -Courbatiers, canton de Villeneuve; enfin dans
le vallon du Tarn , dans les environs de Millau , près du village de
Creyssels, ainsi que dans celui de la Sorgue, près Cornus , entre Millau
et S*-Afrique.
Les deux points où ces terrains se montrent le plus développés, sont
d'une part Salles-la-Source , et de l'autre les environs de Creyssels ,
près Millau. Cette extension des terrains quaternaires n'est du reste
un peu marquée que relativement aux autres localités où on les décou-
vre; car nulle part, même dans ces dernières localités, elle n'est con-
sidérable.
Il n'en est pas tout à fait de même du diluvium ou des dépôts dilu-
viens : ces terrains clysmiens , qu'il ne faut pas confondre avec les ter-
rains de transport, recouverts par des dépôts distinctement stratifiés,
NOTICE GÉOLOGIQUE. 81
occupent en effet en Aveyron et par interralle des espaces d'une assez
grande étendue. Pour la plupart produits aux dépens des roches pri-
mitives, ils sont par cela même essentiellement formés de cailloux
roulés quarzeux ou de roches granitoïdes ; quelquefois ces cailloux
roulés s'y montrent en assez grande abondance pour être employés
avec avantage, dans le pavage des villes ou celui des grandes routes.
Tels sont, par exemple, les dépôts diluviens des environs de Rodez:
les cailloux quarzeux y sont utilisés sous ce dernier rapport.
On observe généralement deux sortes de dépôts diluviens dans les
environs de Ville-Franche : l'un de ces dépôts commence à Venzac,
s'étend ensuite dans les communes de S'-Remy, de Malle-Ville et de
Villeneuve, jusqu'aux environs de S'-ïgest, occupant ainsi un espace
d'environ deux lieues du Sud au Nord-Ouest. Ces terrains se montrent
aussi sur les hauteurs de la vallée d'Argouse, et plus particulièrement
sur la rive droite du ruisseau de ce nom. Au-dessous du diluvium,
l'on découvre des bancs assez puissants d'argile plastique secondaire ,
lesquels reposent sur le calcaire oolithique.
Le dernier de ces dépôts diluviens s'étend considérablement sur les
montagnes qui dominent l' Aveyron, principalement sur la rive gauche
de cette rivière, dans les environs de Ville-Franche. Il se prolonge de-
puis la Fouillade jusqu'à Najac, occupant un espace d'environ deux
lieues du Nord au Sud-Ouest; on le voit reposer immédiatement dans
toutes ces localités sur les terrains primitifs. Quoique diversement pla-
cés, puisqu'ils se montrent indifféremment superposés Sur des roches
d'une époque géologique totalement différente, ils offrent des caractères
communs. Tous deux sont composés de cailloux roulés, arrondis, à sur-
face lisse, dont la grosseur est ou céphalaire ou plus ordinairement
pugilaire. Les sables dans lesquels se montrent ces cailloux sont géné-
ralement rougeâtres et ferrugineux, surtout ceux du second dépôt ,
quoique dans le premier il y ait des rognons assez nombreux de fer
hydroxydé.
L'on voit également un autre dépôt diluvien sur la rive gauche du
Lot; celui-ci situé sur les montagnes qui dominent cette rivière, s'étend
ToM. XVIII. H
n NOTICE GÉOLOGIQUE.
sur le plateau que l'on observe entre Saujac et Camboulas, dans le
canton de Villeneuve; il est, comme les deux précédents, formé de
cailloux quarzeux et de roches granitoïdes , mêlés avec des rognons de
ferhydroxydé. Ce dépôt repose immédiatement sur des roches calcaires
de l'étage secondaire.
Enfin il existe d'autres dépôts diluviens composés de roches calcai-
res, lesquelles sont disséminées dans des limons rougeâtres de la même
nature. Ces roches calcaires ont cela de particulier, de ne point se
montrer en cailloux roulés arrondis, mais bien en petits fragments or-
dinairement anguleux. Ces derniers, facilement attaqués par les eaux
courantes, disparaissent peu à peu des places qu'ils occupaient primiti-
vement. C'est ce dont on peut s'assurer dans la partie méridionale de
la vallée de l'Aveyron près de Ville-Franche. Les mêmes dépôts ont
rempli des cavernes à ossements qui se trouvent dans les environs de
cette dernière ville , sur la rive droite de l'Aveyron , auprès du hameau
d'Ordiget. D'autres existent également auprès de Mensalés , canton de
Villeneuve, dans le même arrondissement. Comme nous n'avons pas vu
les ossements qui ont été découverts dans ces cavernes, nous ne pou-
vons pas dire à quelles espèces ils se rapportent. Quant à ceux que l'on
observe dans celles de Cassanes, près de Brunniquel sur l'Aveyron,
dans le département de Tarn et Garonne, ils indiquent des cerfs et
des bœufs d'espèces perdues.
Nous avions cru, d'après les échantillons qui nous avaient été adres-
sés d'Ordiget, près de Ville-Franche , que les ossements humatiles que
l'on y découvrait s'y trouvaient dans une véritable brèche, mais depuis
que nous avons visité cette localité, nous nous sommes assuré que les
ossements de cerfs et de bœufs d'Ordiget y étaient ensevelis dans de
petites cavernes. Ainsi a cessé l'étonnement que nous avions éprouvé
de voir des brèches osseuses aussi distantes de la Méditerranée que
celles que l'on découvre dans cette localité. Ces débris humatiles de
mammifères terrestres sont accompagnés par des coquilles de terre ,
parmi lesquelles on distingue le Cyclostoma elegans, ainsi que les Hélix
nenioralisel strtata.
NOTICE GÉOLOGIQUE. ^
' Enfin, les dépôts diluviens se montrent également dans la vallée du
Tarn , et par exemple , dans les environs de Millau. Quoique superposés
immédiatement sur les terrains calcaires qui composent les montagnes
des bords du Tarn, ces dépôts offrent un plus grand nombre de cail-
loux roulés quarzeux que calcaires. Ces derniers sont au contraire plus
abondants que les quarzeux dans le diliivium qui s'étend dans la même
vallée, depuis S'-Georges jusqu'à S'-Rome de Cernon. L'épaisseur de
ces dépôts diluviens est du reste assez considérable ; mais nulle part
leur niveau n'est de beaucoup supérieur à celui de la vallée du Tarn ,
dans laquelle ils ont été disséminés.
RÉSUMÉ.
> li»i !,:•'
11 résulte de l'ensemble des faits que nous venons de rappeler, que
trois grandes formations partagent en quelque sorte le département de
l'Aveyron. La principale de ces formations, du moins la plus puissante
et la plus étendue , celle qui occupe le plus d'espace , est sans contredit
le calcaire. Ses masses s'y montrent généralement soulevées; aussi y
forment-elles souvent de vastes et profonds escarpements , surmontés
par des plateaux parfois de la plus grande étendue. Ces plateaux nom-
més dans le midi de la France causses , ce qui veut dire terres à chaux ,
sont essentiellement propres à la culture du blé. Leur sol sec et aride
permet peu d'y établir des prairies artificielles , et les naturelles y exis-
tent à peine. Sur le revers sud de ces plateaux , la vigne prospère et
croit avec vigueur, du moins dans certains cantons de ce département.
Si les plateaux calcaires dont nous venons de parler étaient recou-
verts par d'autres roches sédimentaires, on pourrait s'assurer de l'épo-
que géologique à laquelle les soulèvements qui les ont produits ont eu
«4 NOTICE GÉOLOGIQUE.
lieu; mais ces plateaux ne présentent aucune roche recouvrante, cette
époque est fort difficile à évaluer avec une grande précision. La direc-
tion des montagnes que ces plateaux couronnent pourrait peut-être la
donner, si cette direction coïncidait avec celle d'autres montagnes
dont l'époque de soulèvement aurait été bien déterminée; mais comme
rien de semblable n'a été encore fait pour les montagnes calcaires qui
environnent celles de l'Aveyron, comme les monts de la Lozère, du
Gard et de l'Hérault , nous ne pouvons fixer la date géologique à
laquelle a eu lieu le soulèvement du massif calcaire couronné par le
grand plateau du Larzac , que d'après la direction des montagnes dont
il dépend.
Nous avons également fait saisir les obstacles qui s'opposaient à ce
que l'on pût évaluer d'une manière exacte , la surface qu'occupent les
terrains calcaires en Aveyron. Tout ce que nous pouvons en dire se
réduira aux résultats suivants : c'est que l'ensemble des formations cal-
caires compose dans ce département deux systèmes principaux ou deux
bandes particulières. La plus grande de ces bandes s'étend du Sud-Ouest
au Nord-Ouest, presque sans interruption^ depuis Soubez jusqu'au delà
de Millau, vers S*-Germain. Cette bande a dans cette même direction
jusqu'à douze lieues environ d'étendue : située au sud du Tarn, elle s'é-
tend à l'Ouest dans la plus grande partie des arrondissements de Millau
et de S*- Afrique , tandis qu'à l'Est elle va se lier aux plateaux calcaires
du Larzac. Ces plateaux, soit ceux du Tarn, soit ceux de l'Aveyron, sont
remarquables par leur grande élévation , suite nécessaire de la vertica-
lité de leurs profonds escarpements. Parmi ces plateaux on distingue sur-
tout celui du Larzac , autant à cause de son étendue qu'à raison de la
hauteur des escarpements qui le terminent au Sud comme au Nord.
La seconde bande calcaire comprend la plus grande partie du pla-
teau compris entre le Lot et l'Aveyron, depuis Estaing jusqu'à Rodez,
et de là jusqu'à la source de la rivière qui a donné son nom au dépar-
tement que nous décrivons.
Cette formation s'étend bien au delà de S^-Geniez , allant vers l'Est
s'unir et se rattacher aux plateaux calcaires de la Lozère, comme le
NOTICE GÉOLOGIQUE. «»
fait la première bande de la même nature de sol. Celte bande éprouve
souvent de fréquentes interruptions. Ainsi, les formations calcaires^
très-développées dans les environs de Ville- Franche , et particulière-
ment dans la partie la plus occidentale de ce département , éprouvent
une interruption notable auprès du pont de la Monnaie, dès que l'on
arrive au torrent de l'Alzou. Les formations primitives et de transition
leur succèdent vers l'Est, tandis qu'elles se prolongent presque jusque
dans le Cantal; aussi dans cette même direction, vers l'Ouest et le
Nord-Est, cette bande calcaire va se rattacher aux plateaux du Lot et
de Tarn et Garonne, qui appartiennent aux mêmes terrains.
Cette même bande a cela de particulier, d'entourer en quelque
sorte les bassins houillers des environs d'Aubin , et ceux situés au-
dessus de Rodez, tout à fait sur les bords de l'Aveyron. Les formations
calcaires qui s'étendent depuis Rodez presque sans interruption, jus-
qu'à AyroUes, au delà et au-dessous d'Espalion, appartiennent à la
même bande ou au même système.
Ces formations y occupent un espace d'environ quatorze lieues , du
Sud-Est au Nord-Ouest ; elles composent le plateau calcaire qui s'é-
tend de Bozouls à Espalion. Le cirque calcaire de Bozouls, qui offre
plus de sept cents mètres d'ouverture , et au bas duquel s'écoule la ri-
vière du Dourdou , en fait également partie. Au milieu de ces terrains ,
l'on voit le précipice connu dans le pays sous le nom de Tindoul c/e la
Vayssière , sorte de puits vertical dont la profondeur n'est pas moindre
de 50 mètres. '^
Les terrains primitifs ont également une assez grande étendue en
Aveyron, ainsi que nous l'avons déjà fait observer. Ils sont très-déve-
loppés dans toute la partie occidentale ainsi que dans la partie septen-
trionale de ce département ; on peut les considérer comme formant
deux principaux systèmes ou deux bandes , l'une occidentale et l'autre
septentrionale.
Le premier de ces systèmes , ou l'occidental , occupe la partie sud-
ouest de l'arrondissement de S'-Afriquc , ainsi que la partie moyenne
et occidentale du district de Millau. 11 prend son plus grand dévelop-
8»; NOTICE GÉOLOGIQUE.
pement dans les environs de cette ville, auprès de S^-Germain, formant
l'ensemble des terrains qui s'étendent depuis ce village, dans la direc-
tion du Sud-Ouest au Nord-Ouest, jusqu'au delà de Rodez, et se pro-
longent enfin bien après Rignac. Le Levezou, montagne comprise entre
S'-Germain et le pont de Salars, est le point culminant de ce système
dans cette partie, en même temps qu'il est le point le plus élevé des
terrains primitifs. Cette bande primitive comprend également les ter-
rains qui se trouvent entre le Viaur et l'Aveyron , et par conséquent
l'entier district de Sauveterre, en allant à l'ouest du département se join-
dre aux formations calcaires qui abondent dans cette direction , ainsi
que nous l'avons déjà fait remarquer.
Le second système primitif, moins étendu que le premier, est en
général limité au Sud par le Lot, et au Nord par les formations volca-
niques qui se lient aux terrains pyrogènes du Cantal et de l'Auvergne.
Quant aux formations volcaniques , elles sont comme accumulées
au Nord et au Nord -Est. Il existe cependant quelques points vol-
caniques entre les plateaux calcaires du Larzac, mais ces terrains
pyroïdes y semblent comme étrangers, en raison de leur peu d'étendue
et de leur faible importance. Très-circonscrites et en quelque sorte
isolées, les formations qui en font partie ont leur direction parallèle
à chacune des rives du Tarn et de la Dourbie. Les mêmes formations
se rencontrent encore au milieu des roches calcaires qui bordent la
Serre, le Lot et le Dourdou, depuis Sf^-Laurent jusqu'à Entraigues,
ou bien au milieu des psammites quarzeux qui constituent les bords
de la Tuyère, depuis Cantoin jusqu'à Entraigues. Ce n'est pas cepen-
dant là que ces formations prennent leur plus grand développement ,
mais bien dans la partie du département de l'Aveyron située tout
à fait au nord du Lot, comme par exemple, les environs de Laguiolle
et les montagnes d'Aubrac. Là les terrains volcaniques reposent immé-
diatement sur les roches primitives les plus évidentes et les mieux
prononcées. Tels sont les basaltes de Laguiolle, que l'on voit super-
posés sur les granités porphyroïdes , et telles sont encore les laves
d'Aubrac , qui sont liées aux granités ou aux gneiss porphyroïdes.
NOTICE GÉOLOGIQUE.
87
TABLEAU
De l'élévation de quelques points de l'Aveyron, dont la hauteur a été
exactement déterminée.
MONTAGNES.
HAI'TEIH
au'dessui du niveau
la nert nftimie
il MiTtBS.
HOMS
des
OUEITlTIttSt.
Points cnlmlnants de quelques montagnes de l'Areyron.
La Rogière de S'-Cbély, poin t culminaDt de la chaîne d'Aubrac .
Point le plus élevé de la chaîne de Lagasl, près le hameau de
ViUrel .
Chapelle de Rieapeyroux . .
Montagne de SVGuiral, près Saint-Jean-du-Brnel.
Les Vernhettes , point culminant du Lerezou . .
Montagne de Delpal , près Vezins
Arbre de ^uradou, près Montfranc ....
1438,04
MéchaiD et Delambrc.
923,83
Idem.
709,10
Idem.
1509,42
Loifelenr-Deilonchamps.
1001,00
1000,00 '
La hauteur de ces trois
poiDtj n'a été évaluée
585,W)J^, j
qli'approximatiTeRient.
Niveau de plusieurs Taliées ou rivières.
522,00
246
201,60
Hauteur de TAreyron i Laguioule-sons-Rodez
• de l'ATeyron , souf le pont de Ville-Franche
• du Tarn s6us Poeeb-Gani , près Broquiés
Lei points les plus bas du département sont les vallées de rAvcyron et
du Yiaur, ï l'intersection de ces vallées , vers les limites départementales.
On peut les évaluer approximativement à environ 80 ou 90 mètres.
Points interiuédiaires ou de moyen niveau.
talat.
Elle a été déterminée par
MM. Loiseleur-Deslon-
cbaraps, Castagnier et
Gaffârd.
LiJiselear-Deslonchamps.
Rodez , pavé de l'égNse cathédrale
Rodez
Rodez , pavé de la sacristie de la cathédrale
Puech-Cani , près Broquiés
Plateau jurassique du centre du département (Causse-de-Concourès) .
Plateau du Larzac , près de
A l'exception des élévations déterminées trigonométriqnemeot par
Méchain et Delamhre , les autres ont rté évaluées au moyen d'observa-
tions barométriques.
626,59
630,00
039,00
418,37
570 i 580,00
600,00
Mécbain et Del^robre.
D'UombKi-Firnias .
Offiden de l'rUl-oïkjor.
Loi selea r-Detloo cha mp s .
Ces deux hauteurs ont été
évaluées approiiinatWe*
meni.
88 NOTICE GÉOLOGIQUE.
EXPLICATION DE L4 PLANCHE.
Les figures 1 , 2, 3 et 4, représentent les coupes du bassin secondaire de l'Aveyron,
Elles font connaître d'une part l'importance des formations houillères dans cette partie
du département, et en même temps la grande étendue qui y est occupée par les roches
feuilletées , et principalement par les roches de gneiss.
Ces coupes démontrent également la position qu'occupent au milieu des autres terrains
les roches éjectées de bas en haut. Parmi ces roches, on voit qu'il n'en est qu'une seule, les
basaltes, qui se soit élevée jusqu'au jour ; les autres formations d'injection, telles que les
serpentines et les roches trapéennes , n'ont pas été poussées par une force impulsive assez
grande, pour traverser l'ensemble des terrains déjà déposés. Ces formations ne sont donc
pas arrivées jusqu'au jour , et leurs liions ne sont guère parvenus au delà des terrains
houillers.
Enfln le dernier fait général que ces coupes rendent sensible , c'est que le sol secon-
daire du centre de l'Aveyron repose essentiellement sur les roches feuilletées du genre des
gneiss.
Voyons maintenant ce que nous apprennent les diverses coupes relatives aux bassins ,
dont les formations secondaires et les roches d'injection ou d'éruption sont des plus sim-
ples. Les premières sont réduites en effet aux marnes supérieures au lias et aux forma-
tions houillères, et les secondes sont bornées aux roches trapéennes. Quant aux formations
primitives , elles sont à peu près uniquement composées par des roches feuilletées du
genre des gneiss.
La seconde coupe (figure^) est un peu plus compliquée ; du moins on y voit un plus
grand nombre de couches secondaires et de roches d'éruption. Ainsi au-dessous des mar-
nes supérieures au lias , on observe des marnes irisées auxquelles succèdent les terrains
houillers. Ceux-ci sont traversés par les roches trapéennes et les serpentines, qui arrivent
même jusqu'aux marnes irisées. Les failles des terrains houillers sont également indi-
quées dans cette coupe, dont la base , formée par des roches de gneiss , est percée par les
filous des deux formations d'éruption dont nous avons déjà parlé.
NOTICE GÉOLOGIQUE. 80
La troisième coupe ( figure 3) se rapporte à une partie du même bassin secondaire du
centre de i'Aveyron , dont les l'ormalions sont moins simples que celles qui se réfèrent
aux coupes précédentes. Elle nous présente en efl'et une formation d'éruption que nous
n'avions pas encore aperçue; ce sont les roches basaltiques qui , bien diiTérenles des autres
roches d'injection, ont traversé en totalité, au moins dans certains points, l'ensemble des
terrains déjà déposes. Ces masses d'injection ont plutôt percé l'ensemble des terrains pri-
mitifs que le système entier des terrains secondaires, lorsque ces dernières formations oc-
cupent des points peu élevés , ou composent le fond des bassins.
Quant aux formations secondaires représentées sur les figures 3 et 4 de nos coupes,
elles se rapportent à l'oolithe inférieur, auquel succède le lias, suivi des marnes
irisées et du grès bigarré. Ce grès ou ces marnes surmontent assez généralement les for-
mations houillères qui manquent peu dans le centre de ce déparlement; celles-ci reposent
le plus constamment sur les roches feuilletées, principalement les gneiss si abondants en
Aveyron. Aux gneiss succèdent des schistes micacés ou micaschistes, et des schistes tal-
queux (stéa-schistes ) , lesquels surmontent ordinairement les roches granitiques ou les
granités proprement dits. Aussi ces roches se montrent rarement à découvert en Avey-
ron, si ce n'est dans les lieux où elles se trouvent en rajjport avec les formations d'in-
jection, comme, par exemple, dans les environs de Laguiolle.
Partant des données que nous fournissent ces coupes , éludions maintenant plus en
détail les diverses formations qui composent le sol le plus superficiel de ce déparlement,
le seul qui nous soit connu. Nous décrirons ce sol en commençant par les roches primi-
tives et cristallines , c'est-à-dire , par les plus anciennes.
L'ordre de superposition et les rapports d'âge des différentes roches primitives sont ,
comme il est aisé de le comprendre , moins faciles à observer que les mêmes rapports
ne le sont chez les formations sédimentaires. On remarque, cependant, en parcourant les
montagnes de Laguiolle, que le noyau de ces montagnes est formé de roches granitiques ,
enveloppé de roches schisteuses et enfin de gneiss , dans l'ordre que nous avons indiqué
dans nos coupes (figures 5 et 4).
Aux environs de Chaudes-Aiguës, on veilles schistes micacés traversés par des filons
d'un beau granile et de gneiss. Ces liions sont nécessairement plus jeunes que la roche
qu'ils ont percée; il en estpar conséquent ainsi des granités et des gneiss. Ailleurs on voit
legranite traversé par des porphyres feldspathiques bien caractérisés et qui, comme toutes
les autres roches d'injection , sont d'un âge plus récent que celles à travers lesquelles
elles se sont fait jour.
Les terrains carbonifères eu les formations houillères proprement dites, composent
à peu près exclusivement le grand bassin de Firmi. Ils forment en outre une série de
petits lambeaux dissémina en deux zones situées l'une au Nord, l'autre au Sud, vers la
limite des terrains primitifs et des terrains de sédiment. Ses éléments constituants sont :
i' les grès , dont la nature et la composition éprouvent d'assez grandes et d'assez nom-
breuses variations ; 2" le schiste houiller ; 3° la houille.
Le bassin de Firmi est surtout remarquable à raison de la grande épaisseur que l'on
ToM. XVIII. 12
m NOTICE GÉOLOGIQUE.
y reconnaît à la houille. En effet, ce bassin renferme le massif de houille le plus puissant
que l'on connaisse : il a près de 100 mètres d'épaisseur. On trouve avec cette houille et
dans le même bassin du fer carbonate lithoïde, dont les couches subordonnées à celles
de ce combustible y sont exploitées avec avantage.
Les schistes houillers de ce bassin central offrent également un grand nombre d'em-
preintes végétales , dont nous ferons connaître plus tard les espèces. Ils sont surmontés
par des roches de grès bigarrés à nuances généralement rougeâtres; aussi les terrains
qu'elles composent sont connus en Aveyron sous le nom de rougiés. Ces grès bigarrés
se montrent sur presque tout le pourtour du bassin central de l'Aveyron , formant une
bande étendue, mais étroite, laquelle est circonscrite par le terrain jurassique.
L'action continue des soulèvements et des grandes érosions post-crétacées a mis à nu
le terrain du grès bigarré dans quelques points, surtout vers le centre du bassin , comme
par exemple, Bozouls et Vennac.
Les grès bigarrés constituent enfin presque exclusivement le sol d'une région assez
étendue, située au nord-ouest du bassin. Celte région présente un aspect et des produits
variables selon que les marnes ou les grès dominent dans le sol; elle est cependant géné-
ralement formée de monticules arrondis, surmontée quelquefois par une sorte de chapeau
calcaire, composé parles couches inférieures du lias. Au milieu de ce terrain on observe
des marnes et des grès de diverses nuances, lesquels alternent les uns avec les autres d'une
manière presque indéfinie.
Les marnes sont cependant fort rares dans la partie inférieure de cette formation ;
elles occupent, principalement vers le milieu de leur hauteur , une épaisseur de près de
100 mètres. Dans la partie supérieure de la formation , on voit les marnes mêlées aux
grès en parties à peu près égales.
Quant à la partie supérieure des terrains secondaires, elle est formée en Aveyron par
des terrains jurassiques, lesquels composent trois étages distincts, qui, en partant des
plus anciens , sont : V le lias ; 2° l'oolithe inférieur, et 3° l'oolithe moyen.
1° Le lias forme une zone circonscrite par l'oolithe inférieur; il repose tantôt sur les
marnes irisées, ou les grès bigarrés , tantôt sur les formations primitives, et assez rare-
ment sur le grès houiller. Dans tous les cas, les couches inférieures présentent des carac-
tères à elles particuliers , et en rapport avec la nature des roches qu'elles recouvrent.
Elles sont toujours arénacées ou marneuses, et passent insensiblement à une série de
bancs calcaires blancs ou bleus , alternant avec des lits minces d'argile bleue ou noire;
plusieurs de ces bancs sont très-coquilliers ; quelques-uns ont une texture oolilhique très-
prononcée.
On rapporte généralement au lias les formations marneuses qui le recouvrent, et qu'il
semblerait pourtant plus rationnel de rapporter à l'oolithe inférieur. Ces marnes sont di-
visées en deux étages principaux par une couche de calcaire jaune souvent fétide. Cette
roche est remarquable par la grande quantité de fossiles qu'elle renferme.
2° Le second groupe des terrains jurassiques est l'oolithe inférieur, placé au-dessous
du lias. Dans la partie supérieure de cette formation, les marnes passent à un minerai de
NOTICE GÉOLOGIQUE. M
feroolilhique, sur lequel repose le calcaire blanc , considéré comme représentant ici le
premier étage de l'oolilhe. Ce calcaire forme, vers le centre du bassin, un plateau connu
sous le nom de causse maigre. On peut observer dans les profondes vallées situées à la
base de ce grand plateau, la tendance caractéristique de ce terrain à former des escarpe-
ments abruptes et des blocs columellaires d'un aspect ruiniquc.
Le calcaire oolithique est très -souvent fissuré et caverneux , ce qui explique à la fois
l'aridité des plateaux calcaires et les nombreuses sources que l'on voit surgir dans les
vallées environnantes, à la hauteur des marnes imperméables sur lesquelles il repose.
3° Le groupe le plus supérieur des formations jurassiques est en Aveyron l'oolitbe
moyen. Cet oolithe y est formé par des calcaires blanchâtres, dont l'étendue est extrême-
ment limitée.
Telles sont les principales roches sédimentaires qui composent le sol secondaire du
centre de l'Aveyron. Pour terminer l'explication détaillée de nos coupes, il ne nous reste
plus qu'à parler des roches d'éruption, ou des roches poussées par les effets de la chaleur
centrale à travers les autres roches déjà déposées , dont elles ont plus ou moins dérangé
la position ou changé la nature.
Ces roches , ainsi que nous l'avons déjà fait observer , sont de trois ordres presque
toujours constamment séparés. Ce sont en premier lieu, en commençant parcelles qui
ont le plus d'importance et d'étendue , les basaltes, et en second lieu les serpentines et
les trapps.
Quant aux premières ou aux basaltes , elles constituent presque exclusivement le sol
des contrées montagneuses de Laguiolle et d'Aubrac. Elles y forment des coulées quel-
quefois très-étendues sur les terrains primitifs. On les voit aussi surgir et former des mon-
ticules isolés, au milieu des terrains de sédiment , comme à Calmont , près d'Espalion,
ou à Aubignac. Dans ce dernier lieu , les basaltes traversent toute la formation du lias et
arrivent ainsi au jour.
Le terrain basaltique est du reste très-développé en Aveyron; on y trouve tous les pro-
duits qui caractérisent ces roches. Ainsi, tandis que les unes offrent une compacité remar-
quable, d'autres sont scoriformcs, et d'autres enfin tout à fait meubles.
Les secondes roches d'éruption ou les serpentines forment, vers l'extrémité nord-ouest
du bassin de l'Aveyron, plusieurs monticules remarquables par leur aspect nu et dé-
solé. Les principaux gisements de cette roche sont aux environs de Najac, de Flanhas et
de Firmi. Les couleurs de ces serpentines, le plus généralement verdâtres, passent, par
des nuances à peine sensibles , au jaune et au brun.
Cette formation serpentineuse est des plus intéressantes par le grand nombre de sub-
stances minérales qu'elle contient, parmi lesquelles on remarque du fer oxydulé (aimant
natif), du fer chromé, de l'actinote, du sulfure de cuivre et du cuivre bismuthifère. Les
minerais que renferment les roches de serpentine s'y montrent presque toujours en filons.
Du reste ces roches d'éruption comme celles qui constituent les terrains trapéens, dont
nous avons encore à nous occuper , ne parviennent nulle part jusqu'au jour.
Ces deruier^ ,legc<^ii]^ ue,C(>nstituent dans le centre du départeioeiU, dç l'Ây^ron que
92 NOTICE GÉOLOGIQUE.
des filons plus ou moins considérables et plus ou moins ramifiés, ainsi que des amas de
roches vertes amphiboliques, lesquelles se montrent subordonnées aux terrains houillers.
Ces roches trapéennes, aussi bien que celles des serpentines, sont assez souvent rappro-
chées des roches basaltiques , et les unes et les autres sont parfois traversées par des filons
de ces dernières roches, ainsi que l'on peut en juger par les coupes que nous en donnons.
Tel est l'ensemble des formations qui composent le bassin central de l'Aveyron, dont
nos coupes feront encore mieux saisir les rapports que nos descriptions, quelque exactes
qu'elles puissent être. Ces coupes, qui parlent aux yeux , feront comprendre la disposition
toute particulière des roches d'éruption, comparée à celle des formations en série régu-
lière et uniforme. En y portant les regards , on juge aisément que les premières ont en
profondeur ce que les secondes présentent en continuité, en étendue et en épaisseur. Elles
offrent également des bifurcations et des ramifications que les secondes n'ont jamais ; d'un
côté on ne les voit jamais interrompues, dans les parties qui les composent, comme cela
arrive fréquemment aux roches stratifiées régulières. Elles n'ont jamais du reste une dis-
position analogue à celle des roches sédimentaires, que lorsque ces roches d'éruption ont
formé au-dessus de la surface du sol de puissantes et d'abondantes coulées , qui ont cou-
vert de leurs dépôts de grandes étendues de terrain, comme le sont, par exemple, celles
d'Aubrac et de Laguiolle.
Nous n'avons pas indiqué dans nos coupes les formations tertiaires, parce que ces for-
mations ne se trouvent pas dans la partie du département auquel ces coupes se rappor-
tent. Il en est à peu près de même des dépôts quaternaires et des dépôts diluviens, qui
ne se montrent guère que dans quelques points des vallées les plus basses et les plus
profondes.
Mais reprenons ces explications et voyons quelles sont les limites et la position du
bassin secondaire du centre de l'Aveyron.
On sait que vers le centre de ce département se trouve un bassin secondaire allongé
dans la direction Est-Ouest, entre les montagnes schisteuses du Levezou et les plateaux
granitiques du bord du Lot. C'est à ce bassin que se rapportent nos coupes géologiques.
Les terrains houillers paraissent avoir été les premiers dépôts de sédiment de ce bassin ,
Jusqu'à l'époque où se sont formés les autres systèmes sédimentaires; jusqu'alors toute
cette contrée était restée constamment émergée.
Il paraît donc d'après ces faits, que pendant cette période les eaux qui , lors du dépôt
des terrains de transition, recouvraient déjà la limite méridionale du canton de S'-Afrique
( où l'on voit des terrains de transition), ont envahi le bassin dans presque toute sa
largeur.
La portion des divers bassins houillers sur les pourtours des formations sédimentaires
et près des failles, l'analogie parfaite des roches qui constituent ces divers bassins, font
supposer avec beaucoup de probabilité que les lambeaux de ce terrain qui se montrent
au jour sur divers points des rives du Lot et de celles de l'Aveyron , doivent être consi-
dérés comme autant de points d'affleurement d'une vaste formation houillère , et non
comme des bassins isolés.
NOTICE GÉOLOGIQUE. m
t
FIGURE. I.
Éruption des roches trapéennes.
Le terrain houillcr à peine formé a été soulevé et violemment contournédans plusieurs
points.
La commotion, suite de ce soulèvement, a dû être violente; car la contrée entière a été
grandement exhaussée. Les eaux rassemblées au loin ont laissé les premiers sédiments à
nu, pendant toute la période marquée par les dépôts des grès rouges, du zechstein et du
calcaire conchylien (niusc/ie/Aa/Â;. )
A cette époque de soulèvement paraît se rapporter l'éruption des roches trapéennes, que
l'on trouve intercalées dans le terrain houiller , soit aux environs de Flanhas, soit dans
les petits bassins de la rive gauche de l'Aveyron.
Dépôts des grés bigarrés.
Dans le terrain houillcr disloqué s'est déposée la formation des grès bigarrés, dont
tous les caractères annoncent une grande agitation dans les eaux sous lesquelles ont eu
lieu ces dépôts. Ces grès ont recouvert partout le terrain houiller, si ce n'est dans les
points qui , par l'eilet du soulèvement précédent , se trouvaient au-dessus du niveau des
eaux, comme cela paraît avoir eu lieu aux environs de Firmi et à Bertholène.
FIGURE II.
Éruption des serpentines.
Les phénomènes de sédimentation ont été tout à coup interrompus par une commotion
brusque, à laquelle paraît avoir succédé une longue période de tranquillité. Cette com-
motion a eu pour effet de briser les couches précédemment formées, et de changera la fois
le niveau des mers et la nature des dépôts. Ce mouvement du sol paraît avoir coïncidé
avec la formation des monticules serpentineux qui se trouvent à la limite ouest et nord-
ouest du bassin secondaire aux environs de Najac et de Firmi.
Dépôt des terrains jurassiques.
Les eaux agitées par le soulèvement que nous venons de signaler , ont délayé facilement
U NOTICE GÉOLOGIQUE.
les couches supérieures des marnes irisées non encore consolidées ; mais l'agitation de-
vant bientôt cesser, les matériaux ainsi enlevés ont pu se déposer de nouveau et former
de nouvelles couches entièrement semblables, quant à la nature de leurs éléments, aux
derniers dépôts des grès bigarrés.
Aussi est-il difficile de marquer nettement la limite supérieure de cette dernière for-
mation, partout où elle est recouverte par le terrain jurassique , à moins qu'il n'y ait dis-
cordance dans la stratification , ce qui a lieu dans un grand nombre de points. Le
calcaire du Jura s'est élevé à une hauteur que n'avaient pu atteindre les dépôts précé-
dents , et a recouvert des plateaux qui jusque alors étaient restés à nu , ainsi que plu-
sieur points culminants du terrain houiller, au niveau desquels ne s'était point élevé le
grès bigarré. La puissance de cette formation et ses caractères presque exclusivement chi-
miques annoncent une longue période de tranquillité.
FIGURE III.
Éruptions basaltiques.
Le bassin secondaire devait offrir, après le dépôt jurassique, l'aspect d'une vaste plaine
calcaire, limitée de toutes parts par des montagnes primitives. Cet état de choses parait
avoir duré jusqu'à l'époque de l'éruption basaltique , que nous avons tout lieu de croire
postérieure au terrain crétacé du mur de Barrés. Cette éruption a été accompagnée de
nombreuses et violentes dislocations qui ont détruit l'horizontalité primitive du terrain
jurassique, et l'ont divisé en une série de bandes parallèles dirigées de l'Est à l'Ouest, fai-
blement inclinées vers le Sud et se terminant vers le Nord par des escarpements ou des
pentes très-rapides, dont la hauteur a dû atteindre, dans quelques points, plusieurs cen-
taines de pieds.
FIGURE IV.
Grandes érosions.
L'apparition des basaltes paraît avoir précédé de peu de temps les grandes débâcles qui
enlevèrent la majeure partie des terrains jurassiques, et la totalité des terrains crétacés (si
toutefois la craie était déposée dans ce bassin où l'on n'en découvre aucune trace ). Celte
apparition n'a pu modifier puissamment la configuration générale et le relief de cette
contrée.
Le sol aveyronais a subi encore depuis cette époque d'autres changements , peut-être
n'ont-ils pas exercé une moindre influence sur la surface extérieure du sol. Submergé, du
NOTICE GÉOLOGIQUE. 95
moins en partie, pendant la période tertiaire, sillonné par les courants diluviens, ébranlé
par les secousses que devait rendre fréquentes le voisinage des volcans d'Auvergne; sou-
mis enfin à l'intlucnce de toutes les causes actuelles de dégradation , il aura acquis , par
une suite de variations plus ou moins sensibles, la forme et le relief dont nos coupes don-
nent unc|bien imparfaite idée.
Avant de terminer ces observations, nous ferons observer qu'en 1843 et 1844, plu-
sieurs aérolithes de dimensions assez considérables, sont tombés dans diverses localités
de l'Aveyron. Nous avons sous les yeux des fragments de l'un de ces aérolithes, recueillis
en juin 1843 dans les environs de Séverac-le-Château près Millau. Ses caractères exté-
rieurs ont les plus grands rapports avec l'aérolithe tombé quelques années auparavant à
Juvinas, dans le département de l'Ardèche. Tous deux sont revêtus d'une croûte noirâtre,
luisante et frittée , qui parait être le résultat d'une véritable fusion. L'intérieur , d'un as-
pect grisâtre, est parsemé de points brillants métalliques qui se rapportent au fer et au
manganèse. L'un et l'autre de ces aérolithes sont formés de silice, de fer, de manganèse,
auxquels s'associent la chaux , la magnésie, le soufre, le chrome, le cuivre et la potasse.
Quant aux pierres météoriques, dont la chute a eu lieu en Aveyron en 1844, comme
nous n'en avons pas eu d'échantillons sous les yeux, nous renverrons ceux que ce sujet
pourra intéresser au mémoire de M. Adolphe Boissc, qui a été inséré dans {'Écho du
monde savant et les journaux de l'Aveyron.
TABLE DES MATIERES.
Pag.
INTRODUCTION 3
§ I. Des divers bassins du département de l'Aveïron 9
§ II. Des diverses formations qoi composent le sol de l'aveyron 16
1° Formations primitives »6.
2° Formations de transition ou intermédiaires 2.4
3° Formations secondaires 2S
A. Terrains houillers t6.
B. Terrains du calcaire conchylien et des grès bigarrés 34
C. Terrains jurassiques, y compris le lias 39
a. Terrains calcaires secondaires 41
6. Des caves de Roquefort 55
c. Du mercure natif de l'Aveyron 67
d. De la désignation vulgaire des plateaux calcaires 70
4° Formations volcaniques 73
3° Formations tertiaires émergées 77
6° Formations quaternaires 79
§ III. Résumé 83
Explication de la planche relative à la Notice géologique sur le département de
l'Aveyron 88
M
Hktt
ÉTUDE ARCHÉOLOGIQUE,
ARCHITECTONOGRAPHIQUE ET ICONOGRAPHIQUE
SUR
L'ÉGLISE SOUTERRAINE D'ANDERLECHT LEZ-BRUXELLES;
M. Frédéric VAN DER RIT.
(Pr<s«l< i la séance dt l'icailéniie U S juillet 1844.)
ToM. XVIII.
ÉTUDE ARCHÉOLOGIQUE
ARCHITECTONOGRAPHIQUE ET ICONOGRAPHIQUE
SDB
L'ÉGLISE SOUTERRAINE D'ÀNDERLECHT LEZ-BRUXELLES.
SOMMAIRE.
Introduction et coup d'oeil sur l'église paroissiale. — La crypte, son aspect, description. — Au-
tels, sarcophage de saint Guidon. — Anciennes portes d'entrée de la crypte; étude des localités
contiguës; hauteur primitive du sol comparativement à la crypte; preuve que ce monument
appartient au IX* siècle ; comparaisons architectoniques; autres preuves par l'unité linéaire. —
Du pied roman, ou unité romaine de la décadence de l'empire; cette mesure s'est conservée
jusqu'à l'invasion des Normands. — Changement de la mesure après l'invasion , démontrée par
des édifices des X* et XI* siècles. — Raisons pour lesquelles la crypte d'Anderlecht date du règne
de Charlemagne; conjecture sur sa consécration. — Tombeau de saint Guidon, du XI' siècle,
ce même tombeau déplacé vers 1112; preuve de cet événement. — Rapport de la surface bâtie
à la surface non bâtie. — Projet de restauration. — Objets déposés dans l'église souterraine. —
Légende des planches qui accompagnent ce texte.
De tous les monuments anciens de la Belgique , il n'en est pas de
plus curieux , pour l'histoire de l'art, que ceux de la période romane
néo-romaine; leurs fondements ont résisté à tant de causes de des-
truction , que leur aspect inspire toujours une vénération profonde.
En effet , les invasions désastreuses des Normands et autres barbares ;
les luttes meurtrières de la féodalité et , dans un âge plus récent ,
les guerres des souverains , les troubles de religion ou des restaura-
tions maladroites, ont tour-à-tour ruiné les œuvres des générations
•4 ÉTUDE ARCHÉOLOGIQUE.
passées. Si tant de causes ont contribué à l'anéantissement des édi-
fices d'architecture romane, il est juste que le petit nombre de ceux
qui sont restés debout, deviennent un sujet d'étude, alors que la
paix répand ses bienfaits sur les peuples et fait prospérer les sciences
par des progrès constants.
Nous nous proposons ici de fixer l'attention des amis de l'histoire
et des arts, sur la crypte souterraine de l'église de St-Pierre, placée
au centre de la commune d'Anderlecht près de Bruxelles ; ce village,
important par son étendue et sa population , a dû être habité à une
époque très-reculée , si l'on considère que la fertilité du sol y est une
source de prospérité ; les prairies environnantes, inondées parla Senne
dans les premiers mois de l'année , sont engraissées par le limon de la
rivière et fournissent naturellement les plus beaux pâturages que l'on
puisse trouver près de la capitale. Du reste , il y avait autrefois à
Anderlecht un chapitre que la tradition fait remonter à l'an 800.
Avant que d'entreprendre la description de l'église souterraine , il
Serait, croyons-nous, convenable de dire quelques mots de l'église
supérieure ou paroissiale, rebâtie au XV'^ siècle. Ce monument, re-
marquable par ses formes majestueuses, par son caractère et par la
richesse de son ornementation, présente un plan semblable à une
croix latine , divisée en trois nefs par deux rangs de colonnes cylin-
driques dont les proportions sont bien modulées. On remarque que
le bas côté droit seulement est bordé de chapelles.
Tout l'édifice, à l'exception de quelques fenêtres et de la tour, ap-
partient au style rayonnant * ; cette dernière, placée en tête de la nef
principale, est décorée de nombreux pinacles et d'autres ornements
flamboyants, parmi lesquels il y en est qui se font distinguer par
leur forme , assez semblable à des cœurs renversés ; ils ont cela de
particulier , qu'on les remarque assez souvent aux édifices de la troi-
sième époque ogivale. Le plan de la tour est de forme carrée, et son
élévation, que nous regrettons de ne pouvoir préciser, assez con-
f -Vi De transition , entre le secondaire et le tertiaire.
ÉTUDE ARCHÉOLOGIQUE. 5
sidérable; une balustrade taillée à jour, et présentant des quatre-
feuilles encadrés, lui sert de couronnement; cette tour n'a pas été
achevée. Le chœur, sans collatéraux, est orné de belles fenêtres flam-
boyantes, dans lesquelles on remarque des fragments de vitraux d'une
exécution et d'un coloris parfaits.
?' Sous ce chœur se trouve la crypte dont nous allons essayer de
faire ressortir l'importance sous le rapport historique de l'art : pour
y arriver, on traverse la sacristie; dans une salle contiguë à celle-ci
se trouve une trappe contre laquelle vient s'adapter une échelle
presque verticale. Parvenu au bas des marches, on se trouve tout à
coup plongé dans d'épaisses ténèbres ; mais bientôt des masses con-
fuses se présentent aux regards, éclairées par quelques pâles rayons
qui pénètrent dans le souterrain par des lucarnes étroites, profondes
et presque comblées de décombres. Le silence le plus complet règne
dans ce temple mystérieux. L'âme s'y anime d'un saint respect à la
vue d'un imposant désordre. Les yeux se portent successivement sur
des statues mutilées, des tombeaux couverts de poussière, des autels
nus et abandonnés : l'aspect de ces masses noires et humides , fai-
blement rehaussées par la pénombre, ajoute quelque chose de so-
lennel et de lugubre à la solitude de ce lieu.
Saisi d'émotion , nous avons mesuré dans leurs moindres détails les
proportions de ce temple antique. Que de faits nouveaux nous a ré-
vélés ce travail! L'opinion commune fait remonter la construction
de la crypte d'Anderlecht au commencement du XII^ siècle, mais
cette date nous a paru inconciliable avec les données que nous possé-
dons sur la marche générale de l'art. En étudiant sucessivement les
édifices élevés durant les XI« et X* siècles, il nous a paru également
impossible de faire dater le monument qui nous occupe du premier âge
de la féodalité. Il a donc fallu reculer encore : la véritable époque de sa
construction c'est le commencement du IX^ siècle, le règne mémorable
de Charlemagne. Il y eut alors dans les arts une renaissance, dont la
durée ne fut malheureusement que momentanée, de même que le mou-
vement progressif que ce prince avait imprimé à la civilisation.
« ÉTUDE ARCHÉOLOGIQUE.
Le plan de la crypte est régulier; les membres architectoniques qui
composent son ensemble , symétriquement disposés , en font une
masse qui plaît à l'œil ( voir planche l""^) ; elle est divisée en cinq
nefs par deux rangs de colonnes cylindriques et deux rangs de gros
pilastres carrés dont les faces portent une colonne engagée, arrange-
ment dont l'effet perspectif paraît avoir été calculé par l'architecte qui
éleva cet édifice; car on croit y voir un lointain qui réellement n'existe
pas. Cette illusion s'accroît encore lorsque la lueur de plusieurs tor-
ches y produit des ombres qui se projettent en sens divers sur les
murs, sur le sol et jusque sur les voûtes. La nef centrale est plus
large que ses collatéraux ; de même les nefs extrêmes sont plus
étroites que ces derniers. Dans le sens longitudinal, la nef du milieu
est divisée en quatre travées par trois colonnes isolées et deux co-
lonnes engagées, dont une à chaque extrémité ; les nefs latérales ont
une division semblable , mais elles sont irrégulières à l'abside qui est
polygonale. Les nefs extrêmes n'ont que deux travées; l'emplacement
correspondant à la troisième travée est séparée par un gros mur et
forme de chaque côté une petite pièce, là où plus tard on éleva les
transepts dans les édifices religieux. L'épaisseur des murs composant
le périmètre extérieur de la crypte est de 2™, 95 centimètres.
Vingt-quatre colonnes supportent les voûtes d'arête, six colonnes
seulement sont isolées; les dix-huit autres sont engagées dans les
piliers carrés ou dans les murs. Deux consoles, dont une de chaque
côté des petites nefs extrêmes, reçoivent la retombée des cintres.
Les vestiges de l'autel principal sont encore très-visibles; il était
placé dans le fond de la crypte, à la partie sexagonaleou abside, dans
l'axe de la nef du centre et à quelques pieds du mur. Aux deux côtés
du polygone , c'est-à-dire à droite et à gauche de l'autel, on remarque
encore des bancs en pierre où les chanoines faisaient jadis leurs ofliices.
Les autels latéraux , au nombre de deux et appuyés contre la muraille ,
subsistent en entier; ils sont en pierre d'une construction rustique
avec un relèvement, indice certain d'une antiquité très-reculée ' ; leur
* Martène et Durand, Voyage littéraire, etc.. tom. II, p. 210, en parlant de l'autel de la crypte
ÉTUDE ARCHÉOLOGIQUE. 7
emplacement est ménagé de manière que les fidèles qui se trouvaient
dans un collatéral eussent l'autel en face oblique; cette combinai-
son était nécessaire pour maintenir une libre circulation entre ces
nefs et l'abside. A côté des autels latéraux se trouvent les petites pièces
dont nous avons déjà parlé; elles offrent chacune une surface d'envi-
ron six mètres carrés. On présume que l'une a servi de baptistère et
que l'antre était la sacristie.
Entre la première et la seconde colonne détachée à droite , se trouve
un sarcophage qui, selon la tradition, est le tombeau de saint Guidon,
et qni daterait conséquemment du XI« siècle , puisque ce saint est
mort en 1012 '.
La longueur de ce monument funéraire est de 2 mètres 13 centi-
mètres sur une hauteur de 0™,90 centimètres , et une largeur de 0",98
centimètres; la partie supérieure fait saillie de tous les côtés. Le sou-
bassement a une hauteur de 0'",60 centimètres, et la partie saillante de
0™,30 centimètres. Ce tombeau offre comme chose remarquable, une
ouverture laissée dans le sens transversal ; elle mesure 0™,77 cejitimè-
tres de hauteur sur 0™,33 centimètres de largeur; les pierres en sont
tellement usées vers le haut, qu'il devient absolument impossible de
de sainte Marie et de saint Ursmer à Lobbes, disent qn'ils y ont vu un autel de carreaux cimentés,
qui n'avait pas de table de pierre; ils ajoutent que c'est un indice qui prouve son antiquité : les an-
tels de la crypte d'Anderlecht sont pareils i\ celui-là.
' Ant'Sanderi, Presbyt. chronograph. sac. Brabantiae, etc. Laça parthbnia illcstrata, §IV,
p. C. Selon Molanuset Baronius, saint Guidon serait mort en ltl2; mais l'opinion la plus accrédi-
tée fixe la date de sa mort en 1012; c'est aussi celle qu'ont adoptée presque tous les auteurs mo-
dernes. La meilleure preuve que l'on puisse donner pour combattre la première de ces opinions ,
c'est que le corps de saint Guidon fut élevé vers 1082, par Gérard 11, évéque de Cambrai; quant à
la date iOli , elle a pour s'étayer d'anciens manuscrits cités par Sanderus et les Bollandistes, et qni
font de saint Guidon un contemporain de la comtesse de Louvain , Gerberge.
D'ailleurs, s'il eût vécu du tem|>8 des croisades, la légende de sa vie dirait quelques mots de»
exploits des conquérants de la Terre-Sainte, d'autant plus que ce sont probablement ses voyages
dans ce pays qui lui ont valu en partie sa réputation; plus tard, les pèlerinages au tombeau du
Christ devinrent très-communs, et par conséquent ne valurent plus de renommée à ceux qui les
entreprirent.
Le 24 juin 1112, saint Guidon fut élevé une deuxième fois par l'évêque Ode; le jour de sa mort
eitle 12 septembre.
9 ÉTUDE ARCHÉOLOGIQUE.
douter un instant que jadis les pèlerins n'aient passé en rampant par
cette ouverture '. La dalle en pierre bleue, qui est la pierre tumulaire ,
est luisante comme le marbre et très-polie à la partie inférieure mal-
gré le nombre d'années qui se sont écoulées depuis que les pèlerins n'y
ont plus passé. Elle représente une figure que je n'ai pu distinguer,
parce qu'elle était recouverte d'un grand nombre de statues en pierre.
Les anciennes portes d'entrée de la crypte ^ , au nombre de deux,
étaient disposées au pied des petites nefs extrêmes : c'est ce qui me
porte à croire que cette chapelle a été l'église paroissiale primitive, lors
de la première association de clercs qui , selon la tradition , y vivaient
en commun \
* C'est aussi l'opinion de M. Roelandts , architecte de la ville de Gand , et membre de la com-
mission des monuments. Une coutume qui existe encore de nos jours vient appuyer cette pensée,
et semble rappeler l'ancien usage que nous venons de signaler": le jour anniversaire de la mort de
saint Guidon , un nombre prodigieux de pèlerins des communes voisines se rend à l'église, et après
la messe ils entrent dans le chœur, passent derrière le maltre-autel pour toucher le manteau de
l'image du saint qui y est exposée. Jusqu'ici personne ne s'était rendu compte de cette coutume.
Un habitant delà commune me racontait un jour, qu'anciennement un curé avait voulu abolir cet
usage, mais que les paysans avaient passé outre malgré la défense, et que depuis il s'est conservé.
Un fait traditionnel de cette nature a besoin d'éclaircissement; il nous montre combien l'église
d'Occident sait conserver ses pratiques religieuses dont plusieurs paraissent superstitieuses de
prime-abord et qui réellement cachent un sens profond. Voilà ce que nous disions lorsque notre
travail a été remis à l'académie; depuis nous avons trouvé dans la légende de saint Guidon, écrite
au XII° siècle, le passage suivant, qui justifie pleinement cette opinion : « Post multutn igitur tem-
poris dum beati viri corpus in tali jacet humatum loco (dans le cimetière), a nullo et débita exi-
bebatur reverenlia, quia non solum aliunde advenientes, verum et habitatores loci ibant per hedium
SEPULCRi. ( AcTA Sanctorum, tome IV ; sept.)
La manie qu'avaient et qu'ont encore les chrétiens des Gaules , de passer sous les tombeaux des
personnes vénérées par la religion, paratt tirer son origine des autels druidiques, sur lesquels les
premiers apôtres célébraient la messe, et dont la forme ne peut mieux être comparée qu'au tom-
beau de saint Guidon. Voici un passage de l'excellent livre de M. Dominique Branche, qui ne
viendra pas, croyons-nous, hors de propos : (l'auteur parle des habitants de la Basse-Auvergne)
« Toutefois le souvenir du culte druidique y semblait l'emporter sur celui du polythéisme romain ;
car c'était autour des Menhirs ou Dolmens , que ces populations sauvages solennisaient la manifes-
tation de leur pensée religieuse. Pour elles ces monuments restèrent toujours sacrés, et si bien
que plus tard les moines, ne pouvant venir au bout de les détruire, prirent le parti de les appro-
prier au christianisme et à leur monastère. » V! Auvergne au moyen âge, vol. I'"', pag. 103-104.
* Actuellement elles sont bouchées ; elles étaient de plein pied avec le pavement de l'église sou-
terraine.
' L'existence du chapitre au commencement du XI' siècle est à l'abri du doute; suivant quel-
ÉTUDE ARCHÉOLOGIQUE. 9
Nous reconnaissons que l'architecte avait proportionné les murs de
la crypte suivant l'importance de l'édifice auquel ils devaient servir
de fondement. L'usage de munir les églises d'un lieu mystérieux, sous
l'abside du chœur, était empreint de ce symbolisme profond, que
l'Église d'Occident a su conserver à l'état traditionnel jusque vers le
XII« siècle. Les souvenirs des catacombes, des persécutions et du
triomphe du christianisme sur le paganisme romain s'y rattachaient.
Tout en étant conforme au type usuel des églises du temps , le monu-
ment qui nous occupe permet cependant de supposer qu'avant l'édifi-
cation du temple supérieur, il a remplacé ce dernier pour le service
du culte. Plusieurs raisons nous autorisent à faire cette hypothèse,
c'est par l'étude du terrain que nous allons en essayer la démonstration.
Près de la crypte, le terrain naturel se trouve à une profondeur de un
mètre soixante-cinq centimètres environ; or, le pavement de celle-ci
est enterré par un remblai évidemment postérieur d'une hauteur ré-
pondant également à 1™,65 c; c'est donc une preuve incontestable
que, dans le principe , le pavement a été établi à fleur de terre.
En deuxième lieu, les entrées actuellement bouchées dont il a déjà
été fait mention, ont une hauteur d'environ 2™,50 c. ; elles ne per-
mettent guère de douter un instant que la communication avec l'ex-
térieur a existé. Dans le cas contraire, ces entrées devenaient inutiles.
Ensuite, nous ferons observer que le plan semble démontrer jusqu'à
quel point s'est étendue la mission de l'architecte : son œuvre régulière
groupée avec symétrie, prouve qu'une laborieuse étude a dû présider à la
disposition et à la distribution des éléments architectoniques. Pourquoi
l'artiste aurait-il négligé l'emplacement de l'escalier de communication
entre le temple et la partie souterraine? Si sa mission était de construire
l'édifice en entier, certes il n'aurait pas oublié un accessoire essentiel,
dont l'usage appartenait non-seulement au clergé, mais encore aux fidè-
les, et dont la disposition nécessite toujours une étude approfondie '.
ques auteurs, sa fondation remonterait à l'an 800. D'autres la mettent à l'an 912, mais ni les uns
ni les autres en fournissent des preuves de ce qu'ils avancent.
' Assurément personne n'osera prétendre qu'il v avait intention , dès le principe , d'établir un e»-
ToM. XYIll. ' 2
^0 ÉTUDE ARCHÉOLOGIQUE.
Enfin, un simple coup d'œil sur les localités contiguës à l'église,
confirme pleinement notre conjecture , en ce sens , que la voie pavée
d'A.nderlecht à Bruxelles a une pente jusqu'à la chaussée de France;
le petit chemin qui conduit vers la maison communale est l'^,50 c.
plus bas que le pavement de la crypte; celui qui conduit au puits de
saint Guidon a une pente très-forte; le quatrième chemin à côté de la
campagne de M. Hoorickx , descend également, et le cinquième , au
coin du cabaret dit le Pavillon d'Anvers , est le seul qui monte pour
redescendre rapidement ; mais cette montée provient de l'excavation
que nécessitait l'établissement des caves aux maisons longeant cette
voie. Pour les maisons de l'esplanade en face de l'église, on a employé,
par économie sans doute , le même système d'exhaussement.
Quant au cimetière lui-même, il doit son exhaussement aux fonda-
tions que l'on a été obligé de faire lors de la construction de la belle
église ogivale auXV« siècle, et peut-être aussi à un remblai forcé que
l'on aura jugé convenable de faire pour en régulariser les abords.
Cela parait d'autant plus se manifester que la voie publique vers le
Nord et les jardins vers l'Est, qui longent le cimetière, sont plus bas
que ce dernier de 1»",50 c. environ.
Il résulte donc de nos observations que la crypte a été établie primi-
tivement au niveau du terrain naturel ; cette particularité , comme
l'a fort bien fait remarquer un savant magistrat, M. Hoorickx, bourg-
mestre de la commune d'Anderlecht, n'a pu avoir lieu qu'avec inten-
tion et pour plusieurs motifs, parmi lesquels on distingue la préoccupa-
tion de l'aveniretlajouissance immédiate du présent. La préoccupation
de l'avenir se trouve démontrée par l'énorme épaisseur des murs, ce
qui implique évidemment qu'un autre édifice devait s'élever sur le pre-
mier. La jouissance immédiate du présent a été un motif non-seule-
calier en bois, car alors on eût laissé sans voûte une partie de. l'édifice. Une construction aussi
solide fait supposer que des marches en pierre étaient seules convenables; nous n'en avons re-
marqué aucune trace. Pour établir l'escalier actuel on a fait une trouée dans le champ de la voûte
du collatéral extrême à gauche. Il parait qu'anciennement il y avait un escalier derrière l'autel du
transepts droit; cet emplacement qui n'est pas mieux trouvé que l'autre, prouve que cet acces-
soire a été négligé par le constructeur.
ÉTUDE ARCHÉOLOGIQUE. Il
raent de disposer la crypte de manière à en rendre l'accès facile pen-
dant la continuation du temple supérieur, mais encore un stimulant
qui contribua à faire employer un style architectural soigné, afin que
ce lieu fût un véritable temple.
Il nous reste à prouver l'époque à laquelle remonte la construction
de la crypte. Nous avons adopté la voie de comparaison avec d'autres
édifices comme étant le moyen le plus sûr pour y parvenir. On verra
dans ce qui va suivre que les détails ou les proportions du monument
qui nous occupe, tiennent un milieu moyen entre les exemplesqui nous
servent de guides et en même temps de parallèles.
Nous croyons avoir déjà dit, que la crypte d'Anderlecht doit re-
montrer au commencement du IX" siècle, que l'architecture en usage
aux X'', XI^ et XII siècles n'est pas en rapport avec son style. Du reste,
si elle avait été construite dans le courant de ces trois derniers siècles,
on y trouverait :
I*' Destoresoud'autresmouluresaux archivoltes des cintres (église de
S'^-Croix à Liège, fin du X^ siècle; — S*-Vincent à Soignies , X^ siè-
cle j — S^-Barthélemy à Liège, fin du X'' et commencement du XI"' siè-
cle; — S'«-Gudule à Bruxelles, partie romane du chœur, XII^ siècle;
— Notre-Dame de la Chapelle à Bruxelles, XII^ siècle; — abbaye
d'Orval , Luxembourg, XII« siècle, etc.) ; tandis que les archivoltes de
la crypte d'Anderlecht sont simples à vive arête, et que tantôt elles
s'abaissent en dos d'âne , et tantôt se relèvent pour former un beau
plein cintre, selon l'espace de l'entre-colonnement. (Crypte de Saint-
Ursmer et de Sainte-Marie à l'église paroissiale de Lobbes, Vil" siècle.
— Crypte de S'-Bavon à Gand , commencement du X*' siècle.)
2^ Des bases moins hautes aux colonnes , et dans une proportion
avec le diamètre que l'on peut traduire ainsi :
Diamètre : Base = i : *k,
(abbaye d'Afflighem , restes de l'église primitive, fin de XI« siècle. —
partie romane de St<=-Gudule à Bruxelles, XII*' siècle; — cloître de
Tongres , fin du X" siècle; — cloître de S'^-Gertrude à Nivelles, pre-
mier tiers du XI*' siècle, etc. ); tandis que la hauteur de la base com-
n ÉTUDE ARCHÉOLOGIQUE.
parée au diamètre de la colonne de la crypte d'Anderlecht dénote
une plus grande antiquité. Cette proportion se réduit ainsi : I»
Diamètre : Base = 1 : 1,325
OU
0^-iO : O-^SS = d : d i§
(crypte de S^-Bavon à Gand , consacrée en 941 ; la proportion égale
D:B= 1 : 1).
3° Des proportions plus élevées aux colonnes^ et calculées d'après
le rapport du diamètre : ce rapport varie de 7 à 10 pour les édifices
postérieurs au premier tiers du X^ siècle : cloître de Tongres, fin du
X'' siècle, le diamètre est à la hauteur de la colonne comme 1 : 9
ï*
St-Vincentà Soignies, X^ siècle, D : H :: 1 à 10 et 12 '; —cloître de
S^^-Gertrude à Nivelles, premier tiers du Xl^ siècle, proportion D :
H = l : 9 f ; — Notre-Dame de la Chapelle à Bruxelles, première moitié
du Xlle siècle, D : H = 1 : lOj — église de S^-Nicolas en Glain
près de Liège , colonnades des fenêtres extérieures , Xll'^ siècle ,
D : H = 1 : 8 ; tandis que le diamètre du fût comparé à la hauteur
des colonnes de la crypte d'Aïuderlecht, se réduit pour les colonnes
près de l'autel à cette proportion :
Diamèt. : Hauteur = 1 : 4 et H
ou
et pour les colonnes des nefs le rapport équivaut :
Diamèt. : Hauteur = d : 6 »/s
on
0,40"= : a^ig" =1:6,^
( crypte de St-Ursmer à Lobbes, VII*^ siècle, D : H = 1 : 2 ^ en-
viron ; — la crypte de S^-Bavon à Gand , D : H = 1 : 6 i , etc. ) \
' Les petites colonnes de la nef, sous le triforium , ainsi que celles qui sont adossés contre les pi-
liers carrés, fontexception à la règle commune. Dans un prochain travail que nous aurons l'honneur
de soumettre à l'académie, nous démontrerons pourquoi cette déviation a eu lieu et pourquoi le style
de l'église de Soignies est unique dans son genre architectural, qui n'est pas d'origine romaine.
* Presque tous les monuments antérieurs au X" siècle, et qui ont des colonnes cylindriques,
ÉTUDE ARCHÉOLOGIQUE. 99
4*> Do nombreuses colonnes , soit accouplées , soit superposées ,
distinguent les églises depuis la deuxième moitié du X^ siècle; au
XI^ siècle elles prennent des proportions plus gigantesque ( cloître
de Tongres, X« siècle; — S^'^-Croix à Liège , X« siècle; — église de
S'-Vincent à Soignies , pilastres de la grande nef, premier tiers du
XI* siècle; — cloitre de S'*=-Gertrude à Nivelles , XI* siècle ; — église
de l'abbaye d'Orval , commencement du XII» siècle; — chœur de
l'église de Notre-Dame de la Chapelle à Bruxelles , premier tiers du
XII* siècle) ; tandis que la crypte, par sa simplicité , est parfaitement
en harmonie avec les édifices antérieurs à la deuxième moitié du X*
siècle (crypte de S*-Ursmer à l'église paroissiale de Lobbes, VII*
siècle ; S^-Bavon à Gand , X* siècle ).
5° Des moulures horizontales à la base ou bien à l'arête terminale
supérieure des gros piliers carrés ( S'-Vincent à Soignies , X* siècle ;
— église d'Auderghem , XI*^ siècle (base) ; — S'-Nicolas à Bruxelles,
XI* siècle; — Notre-Dame de la Chapelle à Bruxelles, XII* siècle
( pieds-droits de la tour du croisillon , etc. ) ; tandis que les gros pi-
liers qui séparent les collatéraux des nefs extrêmes de la crypte,
sont arêtes sans moulures; (crypte de S'-Ursmer à Lobbes, VII*
siècle; — S*-Bavon à Gand, commencement du X* siècle , etc. ).
6° Depuis le X* jusqu'au XII* siècle la hauteur des piliers carrés,
comparativement à leur largeur, varie de 2 ^ à 8. La proportion
suivante représente ce rapport, qui est progressif pour chaque siècle
intermédiaire , suivant la marche de l'art :
L : H = 1 : 2| ou = < 1:8
(église de S'-Vincent à Soignies, X* siècle; — église d'Auderghem,
XI* siècle; — S'*-Gertrude à Nivelles, XI* siècle; — église de S^-Piat
restent au-dessous de cette proportion : D : H =: 1:7, c'est-à-dire que la hauteur de la colonne
n'égale pas toujours sept fois le diamètre ; tandis que les édifices postérieurs à la première moitié
du X* siècle ont des rapports plus élevés, qui se rapprochent des proportions classiques des ordres
grecs et romains; ainsi les colonnes pseudo-corinthiennes sont ordinairement dans le même rap-
port que l'ordre classique , c'est-à-dire que le D : H = I : 9 ' '» et Tarie = 1:10. Cest ce que le
corinthien et le composite exigent dans l'architecture grecque et romaine. '' * ' ' *"' ^iv-"-»''!
Il ÉTUDE ARCHÉOLOGIQUE.
et celle de S^-Brice à Tournay , XI^ siècle (?) ; — Notre-Dame de la
Chapelle à Bruxelles , pilastre de l'ancienne tour au croisillon , XII"
siècle, etc.); tandis que la crypte d'Anderlecht reste au-dessous de
ce rapport , qui se traduit par la proportion suivante :
L:H = 1 :2
( St-Ursmer à Lobbes, VII^ siècle, L : H = 1:2; — S^-Bavon à
Gand , X^ siècle , L : H = 1 : 2 | ).
Il nous resterait encore à invoquer plusieurs autres preuves, telles
que les chapitaux pseudo-corinthiens du X^ siècle ou les chapiteaux
romans sans astragale ou sans base. Les boudins bordant les mon-
tants des fenêtres, ainsi que les archivoltes à simple tore du X*' siècle,
ou ornés de cannelures au XI^ ; les proportions des fenêtres; les ner-
vures des voûtes, etc., etc. , que Ton trouve dans presque tous les mo-
numents postérieurs au milieu du X<^ siècle, et que cependant on ne
remarque nullement dans la crypte de l'église d'Anderlecht; les co-
lonnes sont rustiques et les chapiteaux semblent viser à l'ordre toscan,
tandis que la base est attique, mais fortement dégénérée. Les cha-
piteaux des colonnes à petit diamètre se composent d'un tailloir
octogonal au couronnement; son emploi est tout à fait digne de
remarque, parce que les parties saillantes sont au milieu de la
face de la colonne '. Au-dessous du tailloir viennent successive-
ment : un quart de rond ou grand cavet ; un tore qu'un deuxième
cavet rejoint à la gorgerine ou colarin ; là , un deuxième tore qui
sert d'astragale sépare le chapiteau du fût. Ce dernier a l'",44 c. de
hauteur et 0'",40c. de diamètre. Puis vient la base, qui se compose
d'un tore, d'une scotie qui sépare le premier du deuxième tore; ce
dernier tore repose sur le socle. Ces bases ont une certaine analogie
avec celles de la crypte de S^-Bavon à Gand.
Les chapiteaux des colonnes à gros diamètre , qui se trouvent aux
' Nous ne connaissons que ce seul exemple qui présente une telle particularité; c'est le tailloir
corinthien placé en sens contraire, c'est-à-dire diagonalement.
ÉTUDE ARCHÉOLOGIQUE. 4S
autels latéraux et en face de l'autel principal , se composent d'un cou-
ronnement circulaire qu'un cavet réunit au fût ; ce dernier a une
hauteur de deux mètres moins cinq millimètres ( l'»,995'"™ ), et son
diamètre est de 0'",54 c; cette colonne n'a pour base qu'un socle carré
de 0"',22 c. de hauteur sur 0^,59 c. de longueur de chaque côté.
Il résulterait donc de nos observations que l'église souterraine
d'Anderlecht doit remonter au IX« siècle ; l'analyse de ses membres
architectoniques et son caractère, comparés à ceux des édifices
antérieurs, contemporains et postérieurs, confirment notre pensée. Si
nous étions obligé de nous contenter de ces déductions , nous pour-
rions admettre cette date déjà reconnue par la tradition ; mais pour
ne plus laisser aucun doute, nous allons suivre une autre marche,
qui , nous osons l'espérer , démontrera d'une manière irrécusable que
la construction de la crypte d'Anderlecht doit remonter au temps
de Charlemagne. Elle sera, si l'on entre dans nos idées, le monu-
ment le plus ancien qui existe encore en Brabant ; elle fournira , en
outre , une preuve irrécusable que la Belgique possédait , au temps
de Charlemagne , des artistes plus habiles que ceux des temps méro-
vingiens ou que ceux des premiers temps de la féodalité; c'est par la
recherche des unités linéaires historiques que nous allons procéder.
Voici les dimensions de la crypte:
La largeurde l'édifice entre les deux murs extrêmes est de 14'n,68c. ';
la longueur, ou si l'on veut la profondeur totale est de 12,16; la lar-
geur de la nef centrale mesurée d'axe en axe et transversalement, de
2™,95 ; le mesurage des entre-axes , ou entre-colonnements de cette
même nef, mais dans le sens longitudinal, produit les cotes suivantes :
1° Abside, du mur aux colonnes ==3"',60';
2° Deuxième entre-colonnement passé l'abside =3°',01'=;
3° Enlrc-colonneraenl en face du tombeau ^œS^OS';
4° Dernier entre-colonnement vers l'Occident = S^.GS''. A celte me-
sure il faut ajouter la retraite, qui est de 0"',30" =2",9o'.
' On doit tenir compte également de la couche de badigeon qui a une épaisseur de 0",033'"" de
chaque côté == O-.O? -f- 14",68 = W,l&.
m ÉTUDE ARCHÉOLOGIQUE.
Enfin, en continuant à calculer dans le sens transversal, on
trouve : pour la nef latérale 2'n,525«"» + 0'",425 jusqu'au fût de la
colonne adossée au milieu du pilastre carré , soit 2™,95 ; et pour la
nef extrême 2™,05 plus un centimètre et demi pour le plâtrage mo-
derne , soit 2'",065.
Si maintenant, pour arriver à la mesure typique, nous exami-
nons les socles des colonnes, qui sont, pour ainsi dire, un point de
repère pour retrouver cette mesure primitive , nous arriverons à
constater que cette dimension est répétée dans toutes les parties de
l'édifice avec une telle régularité , qu'il serait difficile d'en mécon-
naître le principe. La longueur de chacune des faces des socles est
de 0^,59 , ce qui équivaut à deux pieds de 0™,295'om.
En appliquant cette unité aux cotes mesurées en mètres, le fait
suivant en résultera :
La largeur totale de l'édifice est précisément de 50 pieds;
La longueur, prise de l'Orient à l'Occident de M » ';
La largeur delà nef centrale, prise d'axe en axe de 10 »
Cette même nef, dans le sens longitudinal , donne :
1° Abside : du mur aux colonnes 12 pieds i| ) j.
2° Entre-colonnement , passé l'abside 10 »i|)'
3° Entre-colonnement , en face du tombeau 10 »
4° Dernier entre-colonnement, vers l'Occident .... 10 »
Nous pourrions également retrouver le pied type dans les détails
architectoniques ; par exemple, le tailloir des chapiteaux aO^^jUS
plus 0'",18 pour les moulures jusqu'à la gorgerine; ce qui nous donne
un total de 0,295 ou un pied.
' Soit ^^^ = 0"',2953 ; cette mesure est la moins heureuse , une minime différence de trois
10,000"' se fait remarquer à chaque pied.
^ Soit: S^jCO" ou 12 pieds II distance de l'abside.
Id. : 5",01 ou 10 pieds if distance du 1<" entre-colonnement.
Différence 0",59 on 2 pieds.
ÉTUDE ARCHÉOLOGIQUE. Vt
Ce pied de 0'n,295'n"> dont s'est servi l'architecte, n'est autre que
le pied romain de la décadence de l'empire , mesure typique de tous
les édiOces antérieurs à l'invasion des Normands. Ce fait, nous le
croyons hors de doute , en nous basant sur des observations faites sur
d'autres monuments. Nous pouvons d'ailleurs invoquer pour le défen-
dre, la dissertation sur l'âge de l'église de Notre-Dame de Tournay '.
Au XI»' siècle la mesure avait changé; le pied dont on se servit
depuis lors avait une valeur métrique de 0™,275™™, dimension con-
servée dans le pied de Brabant.
Pour preuve, nous citerons un édifice dont l'examen est bien fa-
cile , car il se trouve pour ainsi dire aux portes de Bruxelles : nous
voulons parler de l'église de Watermael * (près de Boitsfort), qui est
disposée de la manière suivante :
Le plan conserve la forme de la basilique romaine ; les nefs , au
nombre de trois', sont partagées par six piliers carrés, dont trois de
chaque côté. Quatre autres piliers beaucoup plus gros que ces der-
niers, ayant 2™,20 de face, formaient l'abside, qui , probablement ,
était terminée par un mur plat ; la voûte qui repose sur ces piliers,
étant plus basse que la grande nef, donne lieu à cette supposition.
Les piliers carrés qui partagent les nefs sont trapus, la largeur de cha-
cune de leurs faces, comparée à leur hauteur, est dans cette proportion :
L : H = 1 : 3 Va.
* M. B.-C. Dumortier. Bull, de tacad. roy. des seien. et belles-lettres de Brux. , tom. VIII, p. 473.
Cependant, cet édifice renferme deux unités différentes : dans le plan on trouve l'unité romaine
et dans l'élévation l'unité de Gyzance; ce qui prouve que d'autres constructions ont été élevées sur
les antiques fondements de la basilique primitive.
* Nous choisissons de préférence cette église pour exemple , parce que nous croyons qu'elle est
la plus ancienne du Brabant après la crypte d'Anderlecht. Nous avons également mesuré la petite
église d'Auderghem , qui date du XII* siècle, ainsi que la nef et les collatéraux de l'église de Saint-
Nicolas à Bruxelles; ce dernier temple parait remonter h la fin du XI" siècle, et la tour au premier
tiers du Xil° siècle. ( i^e dessin de cette tour est reproduit dans l'excellente Histoire de Bruxelles
de MM. Wauters et Henné.)
' Nous avons constamment remarqué dans les églises primordiales, dans les temples de style
néo-romain et dans ceux de la période romane pré-byzantine , ce nombre mystique trois , adopté
pour la division des travées des nefs. Peut-être était-ce une coutume? il serait bon de faire quel-
ques observations à ce sujet dans d'autres localités. ' ' " '' '
ToM. XVIII. 3
^ ÉTUDE ARCHÉOLOGIQUE.
La nef centrale peu élevée était anciennement couverte par un plafond
en bois, sur lequel on a appliqué un autre plafonnage récent. Sa lar-
geur est double à celle des nefs latérales. Chacune des travées est percée
supérieurement par une fenêtre très-petite, ou plutôt par une lucarne,
plus large à l'intérieur qu'à l'extérieur et périmétriquement.
Les murs extrêmes ne sont pas percés de fenêtres, d'où il résulte que
les collatéraux sont très-obscurs, n'étant éclairés que par le reflet de la
lumière des lucarnes de la nef principale.
La tour, bâtie sur un plan carré, plus large en bas qu'en haut, fait
avant-corps sur la façade, au milieu de laquelle elle se trouve. La face
occidentale est percée d'une porte, au devant de laquelle on a appliqué
des ornements et des moulures de l'époque de la renaissance. Le bas de
la tour sert de porche. Un toit à pans obtus surmonte cette masse carrée,
qui est percée au-dessous de la saillie de la corniche par quatre pe-
tites fenêtres, dont deux sont à plein cintre et deux autres, posté-
rieures aux premières, sont en ogive.
Les formes austères de cette construction, jointes à ses caractères
architectoniques, ne permettent pas de lui assigner une époque plus
récente que la première moitié du XI^ siècle ; voici les cotes que nous y
avons trouvées :
1° Largeur des piliers de l'abside 2'",20 ou 8 pieds * ;
2° Largeur des piliers des nefs (face) O^.OO ou 3 » 3 pouces;
3" Distance qui sépare chaque pilier 2",75 ou 10 »
4° Hauteur des piliers 2"',75 ou iO »
5° Largeur de la nef centrale 5'",50 ou 20 »
6" Largeur des nefs latérales 2"',75 ou 10 »
On voit ici une différence bien tranchée entre deux édifices à peine
distants l'un de l'autre de deux lieues ; leur forme, leur disposition, leurs
dimensions sont tout à fait dissemblables; ils doivent donc avoir été
bâtis à deux époques différentes, et il a dû se passer de l'une de ces épo-
' Ce sont des pieds de Brabant ; il est bien entendu que leur valeur métrique est de 0,275. Cette
mesure se divisa déjà à cette époque en li pouces. La valeur du pouce en mètres = 0",023™°'.
ÉTUDE ARCHÉOLOGIQUE. 19
qùes à Tautre des événements qui ont porté dans les idées reçues des
modiGcations essentielles, un bouleversement général.
Ce changement s'est-il opéré au X« siècle? Nous sommes à même
de prouver qu'il doit être plus ancien ; seulement , cette époque ayant
vu ériger fort peu d'édifices, nous irons puiser nos arguments dans un
canton un peu plus éloigné , à Soignies , qui aujourd'hui est située hors
du Brabant, mais qui alors était comprise dans lepagus du même nom.
La collégiale de cette ville remonte à 965; cette date est positive. Or,
là comme à Watermael, nous retrouvons le pied de 0'n,275 '.
Voici les cotes principales que nous y avons mesurées :
i* Largeur de la nef principale H^.OO = 40 pieds;
2° Largeur de cliacun des transepts. ..'.•.... H^.OO = 40 »
3° Longueur de chaque transept 11 "',00 = 40 »
4» Largeur des collatéraux de la nef S^.SO = 20 »
5° Diamètre des colonnes (au pavement) 1,"^! = 5 »
6° Saillie des pilastres (au bas des piédroits) 0'°,.'U =2 « etc.
Ces résultats prouvent d'une manière indubitable, que la mesure
avait changé entre le IX*' et le X^ siècle. Or , quel fait a pu avoir des
conséquences semblables? Au X^ siècle, la société se reconstituait
sur des bases nouvelles, et les développements de la civilisation se firent
d'une manière insensible pour aboutir à l'aifranchissement.
A la fin du IX^ siècle au contraire, avaient eu lieu l'invasion des
Normands, le démembrement de l'empire de Charlemagne, l'arnachie
féodale, la naissance d'une infinité de petits états indépendants, un
* Ce pied est loin d'être le pied byzantin, qui égale 0",3'24°'"', et que l'on prétend avoir été intro-
duit sous Charlemagne ; nous avons vainement cherché la réforme de cette mesure dans les capitu-
laires de ce prince. (Monum. germ. récemment publiés en Allemagne.) Du reste, si ce capitulaire
existe réellement , les édifices prouvent qu'il a été peu suivi dans toutes les contrées de l'empire.
Dans le nord-ouest de la France , le pied byzantin se retrouve dans les monuments à partir de la
fin du X' siècle, et principalement en Normandie. Nous attribuons son adoption à la prodigieuse
célébrité de l'école lombarde, qui avait pour chef l'abbé Guillaume ( né en Piémont au diocèse d'\'-
yrée).Le nombre considérable d'édifices qu'éleva cette école, composée en majeure partie d'artistes
lombards ou italiens, a dû naturellement exercer une certaine influence sur les arts. C'est elle,
croyons-nous, qui donna naissance à une architecture particulière, connue par les archéologues
sous le nom de slyle romano-normand. On retrouve le pied byzantin dans les parties anciennes des
cathédrales de Chartres, de Noyon, dans l'église de Saint-Médard h Quesmy, etc. , etc.
m ÉTUDE ARCHÉOLOGIQUE.
ébranlement profond avait succédé, dans l'empire des Francs, à la paix
dont il avait joui sous les Carlovingiens.
Telles sont les considérations qui établissent cette grande différence
entre deux genres d'un même style ; elles écartent le moindre doute que
l'on pourrait conserver à ce sujet. « L'état prospère auquel les arts étaient
parvenus, » a dit un archéologue « ne put se maintenir dans les temps
moins heureux qui suivirent le règne de Charlemagne. Les dissensions
intestines et les malheurs sans nombre qui résultèrent de l'invasion des
Normands amenèrent bientôt une décadence marquée dans l'architec-
ture ; on vit s'éteindre, à la fin du IX»^ siècle et dans le X^ siècle, le talent
des architectes, en même temps que les lumières de l'ancienne civilisa-
tion ranimée par Charlemagne. ^
w Une superstition bizarre contribua peut-être encore plus que les
événements à hâter la décadence de l'architecture; on croyait que la
fin du monde arriverait dans le X^ siècle : le découragement et l'apathie
qui résultaient de cette croyance paralysaient les esprits, et bien loin
d'élever des constructions nouvelles, c'est à peine si l'on réparait les
anciennes '. »
Nous croyons avoir suffisamment prouvé que le IX<= siècle est la date
de la construction de l'église d'Anderlecht. Il nous reste à expliquer
pour quelles raisons ce monument est contemporain de Charlemagne.
Dans le courant du dernier tiers du IX' siècle on ne songeait pas à
bâtir. Le Brabant était dévasté par les Normands, dont le camp était
établi à Louvain; ces hordes, la terreur des habitants, signalaient leur
passage par le fer et l'incendie. Le roi Arnould les défit en 891, et dès
lors le Brabant fut délivré de ce terrible fléau.
C'est donc aux deux premiers tiers du IX^ siècle qu'il faut faire re-
monter la construction de la crypte ; c'est dans un temps prospère, où
l'art tendant à s'élever, abandonnait le type des catacombes que les apô-
tres des Gaules avaient imprimé aux monuments religieux. Le style
romain devint un modèle sur lequel les artistes d'alors s'inspirèrent.
* M. De Caumont, Hist. somm. de l'archit. au moyen âge, p. 62-63.
ÉTUDE ARCHÉOLOGIQUE. ti
Nous voyons la basilique d'Aix-la-Chapelle s'enrichir des colonnes gra-
nitiques de Ravenne. Gela prouve que les constructeurs avaient des
notions du parfait, puisqu'ils savaient apprécier les belles créations
romaines. Au centre de la Nervie on ne pouvait copier des modèles
proportionnés; c'est sans doute les restes des monuments romains de
la décadence que l'on aura pris pour type.
II est un caractère, et les archéologues auront peut-être déjà fait cette
remarque, dans les édifices d'architecture romane (le style chrétien
primordial excepté) antérieurs à l'invasion des Normands, que leur
composition est empreinte de ce cachet commun \ l'art italique. C'est
pour cette raison que ce style a été nommé néo-romain. Après l'in-
vasion, tous ces caractères ont disparu. Si la colonne pseudo-corin-
thienne est venue décorer nos édifices, c'est la Germanie qui nous
l'a transmise après l'avoir reçue elle-même de Byzance. Quant aux
colonnes grecques d'ordre dorique, que l'on voit , mais très-rarement,
dans nos monuments de la fin du X^ siècle ', nous devons leur emploi
aux voyages des artistes lotharingiens. L'art grec n'était pas suivi alors
par les architectes du bas-empire ; ils ne l'ont transmis à aucun peuple ,
et s'il en existe des imitations loin du sol hellénique, ce sont des étran-
gers qui, sur la terre classique des beaux-arts, ont trouvé dans les tem-
ples ruinés, des sujets dignes d'être reproduits.
Il n'y a qu'un seul moyen d'étudier l'histoire de l'art avec fruit,
c'est de comparer l'art lui-même avec l'état social des peuples. Il est
en quelque sorte le baromètre de leur civilisation : sous Périclès le
génie d'Ictinus enfanta le Parthénon ; Appollodore de Damas ralluma
les dernières flammes de l'architecture romaine; sous Charlemagne
les arts furent encouragés, des institutions utiles s'élevèrent dans son
vaste empire ; l'anarchie les détruisit. Le moyen âge n'eut-il pas non
plus une époque brillante?
Quelques considérations historiques ne viendront donc pas hors
de propos : la tradition, on le sait, rapporte que Charlemagne fit
' Nous ne savons s'il eiiste des colonnes pareilles en France ou en Allemagne.
n ÉTUDE ARCHÉOLOGIQUE.
consacrer les églises de Laeken et d'Uccle , toutes deux situées près
de Bruxelles. Nous sommes tenté d'attribuer une origine semblable
à celle d'Anderlecht ; c'est également l'opinion de notre savant ami
M. Alphonse Wauters , archiviste de la ville de Bruxelles. On pourra
juger si notre pensée est admissible , par le passage suivant que nous
empruntons à Y Histoire de Bruxelles :
(( De nombreux martyrs attestent la lenteur des progrès de la reli-
» gion nouvelle, qui ne fut définitivement établie que sous le règne
)) de Charlemagne. Ce prince résidait d'ordinaire aux environs de
» Liège et d'Aix-la-Chapelle, et plus d'une fois, on n'en peut douter,
» il dut passer par Bruxelles , où la tradition a conservé son souvenir.
» Ainsi on prétend qu'il fit consacrer les églises de Laeken et d'Uccle,
)) et qu'il avait en ce dernier endroit une habitation appelée depuis
)) Karl-loe ou Carloo '. Il vint à Uccle, dit-on, en 803, avec le pape
» Léon III et l'évéque de Liège, Gerbald, en se rendant de Kiersy-
)) sur-Oise à Aix-la-Chapelle ^. »
Les Acta Sanctorum ^ rapportent, d'après une ancienne légende,
que l'église d'Anderlecht, à laquelle adhérait l'oratoire de saint Gui-
don, tombant de vétusté, les clercs et le peuple assemblés décidèrent
d'en bâtir une plus grande ; l'évéque Gérard II ordonna d'enterrer le
corps de Guidon au milieu de l'église. Quelle que soit la véracité des
faits relatés dans ce passage , nous ne pouvons les admettre qu'avec
certaines restrictions.
L'existence de la crypte n'était sans doute pas connue du légendaire,
car c'est évidemment elle qui reçut à cette époque les reliques du saint,
* Le 20 juin 1348, les nobles Jean Vanden Hoven, Gilles Vanden Steene, Gérard Van Nekergate
et Gilles Conraets, ont déclaré par-devant notaire qu'ils avaient entendu parler par leurs parents
de la consécration de l'église d'Uccle par le pape Léon , à la même époque où furent bénites celles de
Nivelles et d'Aix (dat de guide délie heet, ajoute l'acte); des indulgences données par le pontife à
cette occasion , les mêmes que possédait la basilique de Jérusalem , et de la venue de Charles , et du
pape à Karloe et Kaerlevoert (le Gué de Charles, aujourd'hui Caelevoet), avant que l'empereur
allât combattre les infidèles. MSS. de la bibliothèque de Bourgogne, cité dsiUsYHist. de Bruxelles _
* Hisl. de Brux., par MM. Wauters et Henné, vol. I", p. 8-9.
^ Loco citato.
ÉTUDE ARCHÉOLOGIQUE. H
d'autant plus que Ton travaillait alors à l'église supérieure. Du reste,
d'autres que nous l'ont entendu de cette manière (Surius, etc.). La lé-
gende elle-même semble d'ailleurs désigner la crypte, en disant que les
habitants d'Anderlecht transférèrent les reliques « in medio eccleaiae^
in loculo decenter paralo. »
Le tombeau que nous avons déjà signalé parait remonter à une époque
antérieure, mais on l'aura déplacé en même temps que les reliques. Par
sa forme identique à celle des autels, ce monument semble indiquer
qu'il a servi à la célébration du service divin ; on sait d'ailleurs que
l'autel lui-même n'est que la tombe symbolisée des premiers martyrs
ou d'autres personnes vénérées par l'Eglise. C'est pour l'oratoire élevé
contre les murs du temple, à l'endroit où le corps du saint avait été confié
à la terre , que le tombeau dont nous nous occupons ici aura été cons-
truit, dans le but de servir en même temps d'autel. Ce qu'il y a de certain,
c'est qu'il n'appartient pas au XII^ siècle. Une ornementation variée,
voilà le caractère saillant de l'art à cette époque; voilà ce qui se révèle
dans les constructions de toute espèce, dans les fonts baptismaux et
jusque dans les manuscrits et les objets d'orfèvrerie. Ici que voit-on au
contraire? les formes arides, caractère qui distingue éminemment
l'architecture romane du XI^ siècle.
Lorsque nous disions que le tombeau avait été déplacé du temps de
l'évêque Gérard II, nous nous fondions sur les circonstances suivantes :
Il est impossible de retrouver d'une manière exacte l'unité linéaire. Les
cotes de notre mesurage nous donnent des variantes qui se rapprochent
beaucoup du pied de 0'",275 (ayant la valeur du pied de Brabant).
Ainsi, pour la longueur, nous trouvons une unité constante de 0'",2662d™,
représentée huit fois, et pour la largeur 0™,271™'" répétés trois fois et
demie. Nous en concluons que cette absence d'unité exacte a dû être
motivée évidemment par un déplacement, à la suite duquel les pierres
n'auront plus été cimentées de la même manière. C'est encore un argu-
ment qui prouve que la crypte elle-même ne peut dater du XP ou
du XII^ siècle , comme on l'a prétendu , le pied type de ses dimensions
étant autre , ainsi que nous l'avons démontré plus haut.
â ÉTUDE ARCHÉOLOGIQUE.
En Belgique, beaucoup d'autres monuments religieux ont cela de
commun avec celui d'Ânderlecht, que la crypte est restée intacte,
malgré les nombreuses reconstructions de l'église supérieure : S*-Ba\on
à Gand, S^-Servais àMaestricht, S'e-Marie et St-Ursmer à Lobbes ', etc.,
nous en fournissent des exemples. EflFectivement des murs inébranla-
bles caractérisent ces temples souterrains; rien qu'à les voir, les démo-
lisseurs les plus intrépides reculeraient. L'armée des Normands même,
n'aurait pas eu le courage de détruire un monument semblable à la
crypte d'Anderlecht.
Le calcul suivant donnera une idée de cette construction : il s'agit
d'établir la proportion de la surface bâtie à la surface non bâtie. Nous
représenterons la première par Y, et la deuxième par X, le résultat
sera:
Y : X = 168™',39'" : 121 ■"',71'"
ou
leg^'.sg"' : lai'^'ji"' = i : 0,72
or,
Y : X = 1 : i|.
Ainsi, pour chaque mètre carré de maçonnerie, il y a soixante-douze
décimètres carrés de vide. Ce calcul en sens inverse nous donnera la
proportion :
X : Y = 121'"',71* : 168"'',39'"
OU
121»'',71'" : leS^'SQ"' = 1 : 1,39.
D'où il résulte que , pour chaque mètre carré vide à l'intérieur de la
crypte, la surface bâtie est de un mètre, trente-neuf décimètres carrés.
On concevra l'énormité de cette proportion, quand on songe que Ron-
delet a fait un calcul semblable pour les temples égyptiens, et qu'en
* Cette crypte est du VIP siècle; l'église paroissiale qui la surmonte fut consacrée par Otbert,
évoque de Liège, en 1095. M. Schayes . itfess. des scien. , vol. III, p. 398.
4SQn)E ARCHÉOLOGIQUE. 91^
moyenne, la proportion de la partie bâtie s'élevait à quatre dixièmes
seulement pour un mètre carré vide.
Le déplorable état dans lequel la crypte d'Anderlecht se trouve
déjà depuis plusieurs siècles est à regretter. Aujourd'hui , grâce à la
sollicitude du bourgmestre ' et du curé ' de la commune, il est question
de la restaurer. Espérons que le gouvernement ne manquera pas d'en-
courager cette noble pensée. C'est une œuvre nationale qui rappelle
de grands souvenirs. Les noms de deux hommes sanctifiés par la re-
ligion s'y rattachent : saint Gharlemagne et saint Guidon .... l'un,
souverain illustre d'un vaste empire, l'autre, fils pieux d'un simple la-
boureur !
L'arrangement le plus convenable pour rendre la crypte d'un accès
facile, consiste à placer l'escalier au milieu du chœur, à quelques mè-
tres en deçà des degrés de l'abside ; il suffirait de partager ces derniers
en deux parties, l'une à droite et l'autre à gauche de la descente de la
crypte. Une balustrade construite dans un style semblable à celui de
l'église supérieure servirait de garde-fou ou d'appui. Quant aux portes
à placer au pied de la nef de l'église souterraine , elles seraient au
nombre de deux : la première se trouverait à l'arête terminale exté-
rieure, et serait décorée par des ornements rayonnants; la deuxième,
de style roman néo-romain, occuperait l'arête terminale intérieure.
D'après cette disposition , il y aurait un petit porche dont la profondeur
serait de 2">,90 c. environ.
A l'intérieur , plusieurs changements qtiî exigent plus d'étude ponr
maintenir le type primitif qu'ils ne présentent de difficulté d'exécution,
sont indispensables.
Parmi les objets curieux que j'ai remarqués épars dans cette crypte
je citerai surtout :
* M. Hoorickx, ce magistrat éclairé a eu l'obligeance de m'aider à lever le plan de la crjpte et
de prendre les mesures des détails architectouiques; il est juste que j'exprime ici publiquement,
toute ma reconnaissance.
' M. Magnus exprime le plus sincère désir de pouvoir rendre à ces lieux leur antique desti-
nation. Espérons que bientôt ce ministre y offrira à l'Éternel le plus auguste des sacrifices.
ToM. XVIII. 4
26 ÉTUDE ARCHÉOLOGIQUE.
— Un vieil arbre tout vermoulu. La tradition en fait le bâton de
saint Guidon , avec lequel il fit le pèlerinage au tombeau du Christ. La
légende rapporte que l'ayant mis en terre sur le chemin conduisant
d'Anderlecht à Itterbeek , ce bâton prit racine et se couvrit de branches
touffues. Ayant été mutilé par les pèlerins, à une époque postérieure,
les chanoines firent couper cet arbre et le placèrent dans l'église sou-
terraine. Une partie servit à sculpter l'image de saint Guidon; c'est
ce qui a donné lieu à ces anciens vers :
Den dorren stock , geplant met dhandt van sinte Weyen ' ,
NMr hy ses eeuwen hadcC gebloeyt.
En tôt een boom loas opgegroeyt,
Quam hier de beldt'-snyd-honst daer van syn beldt te sneyen *.
— Une figure de Christ très-mutilée, mais d'une beauté et d'une
expression admirables. Je ne puis mieux la comparer qu'au Christ de
Delcourt , qui se voit à la grande fenêtre du transepts droit de la ca-
thédrale de Saint-Paul à Liège.
— Deux niches d'autel en bois de chêne, du style de la renais-
sance, d'une exécution parfaite; on y remarque des branches couvertes
de feuilles et de fruits , sculptées d'une manière tellement délicate ,
que l'on est étonné de voir le chêne réduit à une si faible épaisseur. Il
est fâcheux que ces beaux fragments soient relégués dans ces lieux
humides; avec peu de frais on pourrait les restaurer et remettre ainsi
au jour ces chefs-d'œuvre du XVII^ siècle.
— Une niche, en bois de chêne, style à rocailles, de la deuxième
époque de la renaissance, bien conservée. Elle n'offre rien de curieux
sous le rapport de l'art.
— Deux groupes en pierre blanche représentant la Mater dolorosa.
— Une tête de saint Guidon, en chêne, avec son chapeau de pèlerin;
* Saint Guidon.
* C'est le sens de l'inscription placée sur l'image du saint :
Guidonis manibus plantatus scipio siccus
Sex centos annoi viruit, nunc factus imago.
ÉTUDE ARCHÉOLOGIQUE. 27
il est à présumer, qu'elle provient d'une. statue de ce saint, qui jadis
était couchée sur son tombeau , parce que les yeux de la figure sont
fermés.
— Quelques statues provenant de la tour et du portail de l'église
actuelle, qui anciennement étaient richement décorés.
— Deux statues d'évéques ou d'abbés; elles sont fort détériorées.
— Une statue de religieuse, demi-nature.
— Un saint Guidon , en bois de chêne , également demi-nature ;
cette statue a été peinte et dorée.
— Un fragment ogival, en pierre assez délicatement découpée à
jour, et peint à la manière des gothiques.
— Plusieurs chandeliers, ornements sculptés, croix, pierres, chaises
d'autel , etc., etc.
Ici se termine notre tâche; c'est au praticien qu'il appartient de
se pénétrer de l'important travail dont il va s'occuper. Des restau-
rations semblables sont rares et d'autant plus difficiles, que la Belgique
ne possède, pensons -nous, que ce seul monument qui rappelle le
siècle de Charlemagne.
Espérons que la croix surmontera de nouveau les autels abandon-
nés de ce temple millénaire, et que la prière des fidèles y rempla-
cera le silence de l'abandon , témoignage d'une coupable indifférence.
28 ÉTUDE ARCHÉOLOGIQUE.
LÉGENDE DES PLANCHES.
PLANCHE PREMIÈRE.
Plan de la crypte, rapporté d après les mesures prises sur les lieux, et réduit à F échelle de un
centimètre pour un mètre.
AB. CD. Lignes par où ont été prises les coupes longitudinale et transversale.
E. Nef centrale et abside.
F. Nefs latérales.
G. Nefs extrêmes.
m. Petites pièces pouvant avoir servi anciennement, l'une de baptistère, l'autre de sacristie.
K. Petits autels latéraux, ils sont encore dans un bon état de conservation.
L. Grand autel démoli ; on en voit encore très-bien l'emplacement et quelques débris.
M. Tombeau de saint Guidon.
N. Passage au-dessous du tombeau de saint Guidon.
0. Fenêtres actuellement bouchées.
P. Id. ouvertes , éclairant en partie.
Q. Anciennes entrées de l'église, par lesquelles on entrait jadis de plein pied; elles ont été bou-
chées par une maçonnerie.
X. Emplacement de l'escalier par lequel on descend dans la crypte.
Y. Bancs des chanoines.
PLANCHE H.
Coupe longitudinale rapportée à la même échelle que le plan.
CD. Ligne de coupe ( voir le plan ).
M. Élévation longitudinale du tombeau de saint Guidon .
ÉTULE ARCHÉOLOGIQUE. M
N. Ouverture pratiquée dans le tombeau.
O. Fenêtres bouchées.
P. Fenêtres ouvertes et éclairant encore la chapelle.
P Fenêtre qui est cachée par un mur récent , établi dans le but de former un dépôt de l'ancien
baptistère.
R. Niveau du chœur actuel près de l'autel.
S. Mur d'élévation du chœur actuel.
T. Degrés de l'autel.
V. Bancs des chanoines.
PLANCHE III.
Coupe tramversak, rapportée à la même échelle que le plan.
AB. Ligne de coupe. (Voir le plan.)
E. Nef centrale.
F. Nefs latérales.
G. Nefs extrêmes.
L. Autel principal ( démoli ) vu dans le fond.
K. Autels latéraux (existants) id.
0. Fenêtres.
U. Consoles.
F. Terrain remblayé.
X. Terrain primitif.
Y. Piliers carrés séparant la nef latérale de la nef extrême.
PLANCHE IV.
Élévation et plan des chapiteaux et des bases des colonnes, rapportés à [écheUe de 0,04 ceiUimètreê
par mètre.
A. Élévation du chapiteau.
B. Plan de ce chapiteau. ( .. .. .^ . , ., i, , . „ .
_, _ , , , "^ ) Il y a dix-huit coloones semblables dont quatre isolées et quatorze engagées.
C. Base de la colonne.
D. Plan de cette base.
E. Élévation de chapiteau.
F. Plan de ce chapiteau. f Hy a six colonnes semblables à l'abside; deux coloones sont isolées, les
G. Base de la colonne. ( q"»'" »<"fe» «>nt engagées
H. Plan de cette base.
Sd ÉTUDE ARCHÉOLOGIQUE.
PLANCHE V.
Plan et élévation de l'autel-tombeau de saint Guidon rapportés à f échelle de O^.OS centimètres
pour un mètre.
A. Élévation loDgitudinale.
B. Plan, coupé à 40 centimètres et vu de E en A.
C. Élévation vue de côté.
D. Dalle tumulaire en pierre bleue.
E. Passage des pèlerins.
F. Pierres usées par le frottement des épaules des pèlerins.
FIN.
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f.chelle de lo mètres.
Echelle eu pieds romains delà décadence.
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AUTEL- TOMBEAU DE S' GUIDON.
(XI* Siècle.)
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